‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 31 (volume 4)Chapitre 19 sur 90 · REINS. - ANOMALIES DE SITUATION. ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

REINS. - ANOMALIES DE SITUATION. ÉTIOLOGIE

Von Dusch a publié une observation qui offre de grands points de ressemblance avec celle de Martineau. Elle est relative à une jeune femme qui avait eu des accouchements très-laborieux. A la suite d’une chute du haut d’un escalier, cette femme s’aperçut de la présence dans l’hypochondre droit d’une tumeur qui n’était autre qu’un rein mobile.

La distension du ventre pendant la gestation et le relâchement des parois abdominales, qui en est la conséquence, ont été invoqués par la plupart des auteurs comme une des causes de l’ectopie rénale. On a dit encore que la tendance plus marquée de l’utérus à se porter à droite aiderait à expliquer l’inégale fréquence de la mobilité anomale du rein gauche. Entre autres preuves, notre savant maître, le professeur Peter, a rapporté l’observation d’une mère et de sa fille, qui toutes les deux avaient vu se produire l’ectopie du rein droit à la suite d’un accouchement. N. Guéneau de Mussy et d’autres .auteurs ont également cité des exemples de rein mobile survenu à la suite d’une couche. Pourtant Lancereaux objecte que cette condition étiologique, d’une ou de plusieurs grossesses antérieures, fait souvent défaut. Sur huit femmes avec un rein mobile observées par lui, trois n’avaient jamais eu d’enfants.

Le même auteur estime qu’on a exagéré également l’influence que peut exercer sur la dislocation du rein l’usage immodéré du corset. Cruveilhier a le premier attiré l’attention sur cette cii’constance étiologique ; « Le déplacement du rein, a dit ce grand maître, arrive lorsque par la pression exercée par le corset sur le foie le rein droit est chassé de l’espèce de loge qu’il occupait à la face inférieure de cet organe, à peu près comme un noyau de cerise glisse entre les doigts qui le pressent. » Ce déplacement a beaucoup moins de chances de se produire à gauche, l’hypochondre de ce côté étant occupé par la rate et la grosse tubérosité de l’estomac, ce qui lui permet de supporter plus aisément la pression du corset que l’hypochondre droit.

On a dit que les femmes du monde, qui poussent l’abus du corset jusqu’à ses dernières limites, ne sont pas précisément celles qui payent le plus large tribut à l’ectopie rénale; que, d’autre part, cette infirmité est fréquente parmi les femmes du peuple, qui ne font pas usage du corset. Ce dernier argument a perdu de sa valeur depuis les recherches récentes de Bartels faites à l’hôpital de Kiel. Dans la plupart des cas de rein mobile qui se sont présentés à l’observation de cet auteur, il s’agissait de jeunes filles ou de jeunes femmes de la campagne qui ignoraient l’usage du corset. Par contre, elles retenaient leurs jupes au moyen de liens qui exerçaient sur le tronc, à la base du thorax, une constriction trèsprononcée. A l’autopsie de certaines d’entre elles le médecin de Kiel a pu retrouver le sillon imprimé à la surface des organes intra-abdominaux par le lien constricteur. Sur le vivant, le sillon creusait les tégu= ments entre la deuxième et la troisième vertèbre dorsale, en arrière et à deux centimètres au-dessous de l’ombilic en avant, chez les sujets non obèses. La constriction s’exerce donc sur la partie moyenne du rein droit; elle n’atteint pas le rein gauche, qui occupe un niveau plus élevé.

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