RÉSECTIONS. - R. ART. PATHOLOGIQUES. TUMEURS BLANCHES
Telles méthodes de traitement, la mortalité de cette résection si grave aux yeux des chirurgiens français, n’aurait pas atteint ce chiffre de 24 0/0 ; et elle serait même descendue au-dessous dans le service de quelques chirurgiens.
C’est ainsi que dans les quatre plus grands hôpitaux de Londres, Picard a trouvé que pendant les années 1871 à 1875, on avait pratiqué 96 résections du genou pour tumeurs blanches. Celles-ci n’auraient donné que 18 morts soit 19 0/0 de mortalité.
Howse de Londres, au mois d’août 1875, avait fait 27 résections au genou en utilisant le pansement de Lister, et sur ce nombre, deux opérés seulement avaient succombé, l’un de méningite tuberculeuse, l’autre de complications indépendantes de l’opération.
Pour la hanche, les résultats de la resection, lorsqu’elle est pratiquée dans des conditions qui en assurent le succès, semblent avantageux et bien dignes de fixer l’attention.
La mortalité de cette opération atteignait autrefois, d’après Fock, .56,50"/o; ^6, 57 “/o d’après BarwelU -Sô, 6 "/o d’après Eulenberg et Sayre; 41 "/o’ suivant Le Fort; 45, 90 "/o d’après Lyon; 45, 15 "/o suivant Giraldès; 47, 62 “/o suivant Heyfelder; 47 74“/» pour Hogdes. Pour Good, qui a suivi très longtemps ces opérés, 2, 5, 10 ans et plus, cette mortalité se serait élevée à 52, 29 “/„.
Si ces chiffres qui se rappoi’tent à des opérations faites avant l’adoption des nouvelles méthodes de pansement, sont élevés ; aujourd’hui il faudrait les diminuer de moitié et plus, pour arriver à la proportion réelle des décès.
Or, les résultats qu’on obtient du traitement conservateur, dans les coxalgies suppurées ne sont pas toujours si brillants qu’on le pense.
C’est ainsi que Gibert (Th. Paris, 1859), qui a observé à Sainte- Eugénie, compte sur 12 enfants de 6 à. 10 ans, atteints de coxalgies suppurées qui ont séjourné à cet hôpital pendant un temps déterminé; 8 morts, 5 non-guérisons, 1 guérison. Encore fait-il avec raison des réserves sur les derniers blessés.
, Gibney et Taylor, ont fourni il est vrai une séria plus heureuse. Il ont réuni 94 cas de coxalgie traités par la méthode expectante, observés jusqu’à la mort ou la guérison, et dont 24 présentaient des fistules. Sur ces 24, 2 succombèrent, 5 suppuraient encore au moment de l’examen et 17 étaient guéris, 14 en conservant les mouvements de la jointure (8, 55“/, demortalité). Cette statistique paraît extrêmement avantageuse pour la conservation. Mais Volkmann sur 48 réséqués de la hanche, opérés par lui de 1875 à 1877 et traités par la méthode antiseptique, ne signalait que 4 morts, soit 8,55 de mortalité.
Sur une série de 18 coxalgies suppurées, observées par Ollier, et traitées par la conservation 5 seulement s’étaient terminées ou devaient se terminer par la mort (17"/„). Cette série est très favorable, sans doute, mais sur 7 réséqués de la hanche opérés par le même chirurgien, aucun blessé n’avait succombé du fait de l’opération.
RÉSECTIONS. — n. art. pathologiqdes. tüheurs blasches. H7
Le C Cazin, chirurgien de l’hôpital maritime de Berck, a insisté en 1876, sur les heureux effets du traitement maritime, dans la coxalgie suppurée.
Ses chiffres et les données qui en découlent, sont dignes d’être pris en sérieuse considération :
Sur 80 coxalgiques de 6 à 9 ans, cet auteur compte 44 guérisons, 6 améliorations, 20 non guéris, 10 jnorts.
La proportion des morts est comme on le voit déjà ass3z considérable, et elle le serait inOniment plus, si l’on avait pu suivre les 20 blessés non guéris, et les 6 légèrement améliorés. Ce n’est pas tout. 0. Lannelongue, chirurgien de Sainte-Eugénie, a fait remarquer qu’on n’envoyait seulement à Berck, que les enfants qui pouvaient être déplacés, c’est-à-dire ceux qui se trouvaient dans des conditions relativement bonnes, tandis que les plus malades, mouraient en grande partie dans les hôpitaux.
Le D’' Cazin lui-même a fait remarquer que ce traitement sur lequel les partisans de la conservation fondent de si grandes espérances, très légitimes dans une certaine mesure il faut bien le reconnaître donnait surtout ses succès chez les opérés âgés de moins de 10 ans.
Sur 10 réséqués âgés de 10 ans, il ne compta en effet que 3 succès; a succombèrent : 1 n’était pas guéri à sa sortie de l’hôpital; le dernier sortit seulement amélioré (50 d’insuccès). Toujours d’après le même auteur, après 10 ans, le traitement maritime fournit à peu près autant d’insuccès que de succès (50 7o)-
Et il ajoute, ce qui a bien son importance au point de vue des indications de l’intervention : les coxalgiques qui ne sont pas très rapidement améliorés par le traitement maritime, au bout de quelques semaines par exemple, ont peu à gagner à la poursuite de cette thérapeutique.
Sans attacher aux chiffres précédents trop d’importance, il ne semble pas moins en ressortir qu’à l’âge où l’on entreprend d’ordinaire la résection précoce à l’étranger, l’expectation avec tout son cortège de soins dispendieux, ne donne pas toujours, chez nous, des résultats plus avantageux. Et il n’est pas inutile de faire observer, que les statistiques d’opérations que nous avons données tout à l’heure, pour les opposer à celles du traitement conservateur, comportent les résections pratiquées sur des sujets de tout âge ; or l’on sait que le chiffre de mortalité des résections faites sur les enfants, et les jeunes gens, est beaucoup moins élevé.
Loin de nous la pensée de nous appuyer sur les données qui précèdent, trop insuffisantes, pour juger cette question si importante et si controversée; mais nous sommes en droit de les utiliser pour montrer une fois de plus la nécessité de la régler en se basant non sur les résultats d’une pratique plus ou moins heureuse et limitée, mais sur un ensemble considérable de faits récents, et bien observés.
Les pratiques nouvelles de pansement et certaines modifications dans le mode opératoire ont, en effet, considérablement diminué les accidents
•118 RÉSECTIONS. — e. art. pathologiques, tüheues blanches. et la mortalité des résections articulaires’pathologiqnes. Ces mêmes pratiques ont eu beaucoup moins d’influence sur les accidents et la mortalité des tumeurs blanches suppurées. Il y avait lieu d’établir l’influence que celles-ci pouvaient avoir sur les résultats des résections au point de vue de la vie. L’expérience est faite aujourd’hui ; elle a été très favorable à l’intervention active et elle permet de conclure au moins à un emploi plus large de l’excision dans des cas bien déterminés. Comme Ta dit Ollier, elle a changé l’objectif des chirurgiens, et doit « les forcer à soumettre à la critique, leurs anciennes idées, et à examiner le problème à nouveau ».
Nous pensons, qu’entre la pratique de la 'résection systématique, que suivent certains opérateurs étrangers qui méconnaissent les heureux effets du traitement expectant et s’adressent à cette opération dans beaucoup de cas de tumeurs blanches non suppurées ou compliquées seulement de quelques fistules toutes récentes, qui font en un mot des résections hâtives, et la pratique de la non interventation systématique, il y a place pour un emploi plus large de la resection, dans les cas où l’immohilité et ses adjuvants (traitement maritime, etc.) n’ont pas empêché la formation de fistules, ou n’ont pu amener leur occlusion relativement rapide alors que les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent les blessés sont fâcheuses, et que les dégâts portent plutôt sur les os que sur les parties molles. Nous verrons plus loin quelles sont les conditions qui en assurent le succès des résections pathologiques.
Attendre, c’est s’exposer à des suppurations persistantes, épuisantes, qui ne peuvent que compromettre les résultats de tous les modes de traitement employés, quels qu’ils soient.
Indépendamment de l’objection tirée de sa gravité, d’autres considérations ont été opposées à la pratique des résections ;
1° La persistance de fistules, après l’opération ; 2° son influence fâcheuse sur l’état du membre.
La persistance de trajets fistuleux, après la résection peut tenir à des fautes opératoires où à d’autres conditions plus indépendantes de la volonté de chirurgien.
Un mode opératoire imparfait, qui consiste à dénuder les os au delà des limites de la section, ce qui est infiniment moins rare qu’on ne le pense, peut être déjà invoqué pour expliquer la persistance des trajets fistuleux. Il faut y joindre l’influence du traumatisme même de la scie, contre laquelle le chirurgien ne peut rien.
La persistance, après l’opération, de granulations des parties molles prolongeant la cure, ou amenant une récidive, était une ces causes principales, qui autrefois faisait rejeter la résection. Le soin particulier qu’on met aujourd’hui à modifier, à détruire, à abraser ces granulations, sans se laisser arrêter par l’étendue de la surface traumatique, sans mettre complètement à l’abri des récidives, en ont au moins diminué notablement le nombre. Or, c’est là un résultat important d’acquis, car plus que la persistance de quelques points osseux malades après l’opération.