RÉSINES. - R. NATURELLES
OU les conifères; tantôt le tissu presque tout entier est pénétré de la substance (gaïac) ; tantôt on ne la voit apparaître qu’à la surface extérieure des organes. (sang-dragon).
Les physiologistes ne sont pas d’accord sur le mode de formation de la substance i-ésineuse elle-même; les uns voient en elle un produit de décomposition des matières tanniques résultant de la transformation de la cellulose; les autres admettent qu’elle provient de l’oxydation des huiles essentielles. De fait, on observe bien dans les laboratoires la formation de véritables résines, soit en traitant quelques essences par l’anhydride phosphorique ou l’acide sulfurique concentré, soit en soumettant à l’action des alcalis les aldéhydes de la série grasse, soit en abandonnant certains carbures à l’action lente de l’oxygène; mais rien ne prouve que les choses se passent de même dans l’intimité des organes.
Nous ne nous occuperons ici que des résines proprement dites, c’est-àdire de celles qui ne se trouvent associées ni à des acides aromatiques, ni à des gommes, ni à des essences, et nous les diviserons en trois groupes selon qu’elles sont fournies directement par le végétal : résines naturelles; ou pi’éparées dans les laboratoires : résines officinales; ou trouvées dans le sol : résines fossiles.
Mais avant d’aborder l’étude particulière des plus importantes de ces substances nous ajouterons encore quelques mots sur leurs propriétés générales.
Par elles-mêmes, les résines ne sont ni odorantes ni colorées; elles doivent ces propriétés à des matières étrangères peu abondantes dont on peut entièrement les priver par les procédés ordinaires de purification ou de décoloration; elles sont, en général, amorphes et cassantes, trèsfacilement fusibles, mais non volatiles ; un excès de chaleur les détruit; elles brûlent avec une flamme fuligineuse. Elles ne sont pas formées par un corps unique, mais bien par des mélanges de plusieurs résines différentes qu’on peut séparer les unes des autres par l’emploi successif de divers dissolvants organiques tels que : alcool, éther, térébenthène, benzine, chloroforme, pétrole, etc. Quelques-unes d’entre elles rougissent franchement le tournesol à la manière des acides et peuvent se combiner aux oxydes métalliques et surtout avec les bases alcalines en donnant naissance à des résinâtes et à des savons de résine ; ceux-ci moussent par l’agitation mais ne sont pas précipités de leur dissolution par le sel marin comme les savons ordinaires; ils sont facilement décomposés par les acides énergiques.
La potasse fondante en réagissant sur les résines et les gommes résines donne naissance à divers corps de la série aromatique qui présentent un grand intérêt pour les chimistes ; ce sont : l’orcine, la résorcine, la phloroglucine, les acides benzoïque, para-oxybenzoïque, proto-catéchique, etc.
Résines naturelles. — Elles sont extrêmement nombreuses; nous ne parlerons ici que de celles qui font partie de la matière médicale, nous arrêtant seulement aux plus importantes.
RÉSINES. - K. SATÜRELLES.
Animé. — La résine animé des Anglais n’est autre chose que celle qui porte en France le nom de copal dur.
Caragne. — Elle est produite à la Nouvelle Grenade par 17cica carana (térébinthacées).
Copals. — Tous les produits désignés sous ce nom sont fournis par des arbres de la famille des Légumineuses.
Les uns, désignés sous le nom de copals tendres, viennent du Brésil ou de Cayenne et découlent de l’hymœnæa Courbaril; ils sont facilement attaqués par le couteau et se dissolvent en partie dans l’alcool, l’éther et l’essence de térébenthine.
Les copals durs viennent principalement de la côte de Zanguebar d’où ils sont portés à Calcutta et à Bombay ; c’est pour cette raison qu’on les a souvent désignés sous le nom de copals des Indes ; ils proviennent surtout du Trachy lobium verrucosum. Leur couleur est d’un jaune pâle analogue à celle du succin ; leur dureté, qui est notable, tient probablement à ce qu’ils ont été longtemps enfouis dans les sables après s’être détachés de l’arbre. Si l’on enlève au couteau ou au moyen d’une lessive alcaline la surface blanchâtre des morceaux, la résine apparaît avec un aspect brillant et chagriné tout à fait caractéristique.
La côte occidentale d’Afrique fournit aussi des copals durs, moins estimés que les précédents; ils sont donnés par le Guibourtia copallifera.
Filhol a retiré du copal dur cinq résines différentes dont les unes sont solubles, les autres insolubles dans l’alcool. Après avoir été pulvérisé et exposé pendant quelque temps à l’air chaud le copal devient complètement soluble dans l’alcool.
Par distillation sèche il ne donne pas d’acide succinique ; il prend feu à la flamme d’une bougie et coule goutte à goutte; ces deux caractères suffisent pour le distinguer du succin, qui se boursoufle sans couler.
Dammar. — On désigne sous ce nom plusieurs produits résineux qui découlent des Dammar a orientalis, D. australis, D. moori, de la famille des Conifères. Ils sont solubles dans l’alcool bouillant, les huiles grasses et les essences.
Elemi. — La substance désignée sous le nom de résine elemi est une véritable térébenthine {Voy. art. Térébenthines).
Labdanum. — Cette résine, usitée autrefois en médecine, apparaît sous forme de gouttes sur les feuilles de diverses espèces de cistes très-répandus dans la région méditerranéenne, les Cistus creticus, C. cyprins, etc. ; on le recueillait autrefois sur la barbe des chèvres qui avaient brouté les cistes; aujourd’hui on racle des lanières de cuir que l’on a fait passer sur les plantes dans la saison des chaleurs.
Le produit, lorsqu’il est pur, ce qui arrive rarement, est d’un rouge brun foncé, presque noir, possède une odeur très-agréable, une saveur amère et balsamique.
Laque. — La résine laque, improprement appelée gomme-laque, est
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produite sur les rameaux de plusieurs espèces de ficus (Euphorbiacées) par la piqûre d’un insecte hémiptère, le coccus lacca. On la trouve également sur le Rhamnus jujuba, le Butea frondosa, VAleuriles lacifera, etc. Ce sont les femelles qui, rassemblées à l’extrémité des branches en très-grand nombre, piquent les rameaux et sont ensevelies sous le suc qui en sort et se solidifie autour d’elles.
La branche entière, bois et résine, constitue la laque en bâtons ; elle est d’un rouge foncé ; séparée du ligneux et grossièrement concassée, on l’appelle laque en grains ; fondue dans l’eau bouillante, passée à travers une toile et coulée en plaques minces, elle devient la laque en écailles. Dans cette dernière opération elle perd une plus ou moins grande proportion de matière colorante, ce qui la fait encore distinguer en blonde, rouge ou brune.
La résine brute renferme de 70 à 90 pour 7o de résine et de 4 à 10 pour “/o de matière colorante.
Cette dernière se comporte à peu près comme celle de la cochenille ; elle est moins vive, mais plus solide ; elle sert à teindre la laine, la soie et les maroquins du Levant ; on la sépare facilement de la résine au moyen d’une solution alcaline étendue ; celle-ci additionnée d’alun laisse précipiter la lac-laque.
La résine est brune, translucide, très-fusible, facilement soluble dans l’alcool, l’acide chlorhydrique, l’acide acétique et les alcalis ; elle contient au moins 4 ou 5 corps résinoïdes différents ; on peut la décolorer complètement au moyen du chlorure de chaux.
On a fait une teinture de résine laque qu’on a seulement conseillée comme dentifrice ; la solution alcoolique a été employée aux mêmes usages que le collodion.
Mastic. — Il est donné par un arbrisseau de la famille des Térébinthacées très-commun dans les îles de l’Archipel grec,\^ Pistacia lentiscus. L’île de Chio en faisait un commerce important ; on provoque l’écoulement de la résine en faisant de légères incisions au tronc et aux branches principales du lentisque ; les larmes arrondies qui se forment et sèchent sur ces blessures sont recueillies 15 ou 20 jours après sur la plante même ; celles qui tombent à terre sont également recueillies, mais possèdent une moindre valeur ; la récolte se fait au mois d’août. Le mastic en larmes est d’un jaune très-clair ; il possède une odeur balsamique trèsfaible qui se développe par la chaleur ; sa saveur est aromatique ; il s’écrase et se ramollit facilement sous la dent, ce qui permet de le distinguer de la sandaraque. Il possède une densité del,074, et fond vers 108°. Il se dissout entièrement dans l’éther, l’essence de térébenthine et la benzine. L’alcool froid permet d’en retirer deux résines différentes : l’une est neutre, insoluble dans ce véhicule, et a été désignée sous le nom de Mastîcine; le mastic en renferme environ 10 pour 0/0; l’autre plus abondante possède une réaction acide; elle est dissoute par l’alcool.
Le mastic est employé communément en Orient comme masticatoire pour parfumer l’haleine ; associé à d’autres substances, les Arabes s’en
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servent pour prévenir le scorbut. Il jouissait d’une grande vogue au seizième et au dix-septième siècle, car les pharmacopées de cette époque le font entrer dans la plupart des masses pilulaires et des onguents qui s’y trouvent inscrits. On l’emploie encore assez fréquemment en Allemagne comme expectorant. Sa solution alcoolique paraît constituer un bon hémostatique externe ; mais son principal usage est de servir à la confection de nombreux ciments oblitérateurs destinés au plombage des dents ; on le dissout, à cet effet, dans l’élher ou le collodion.
Sa3s-daraqüe. — Cette résine vient principalement du Maroc ; elle est produite par le Thuya articulata (Conifères) qui croît sur l’Atlas; elle est en larmes plus allongées que le mastic ; très-fragile et fusible vers 145°. Elle n’est plus usitée en médecine.
S.usG-DRAGOx. Voy. cc mot.
Résines officinales. — Ce groupe de résines, d’ailleurs peu nombreux, comprend les corps qui sont l’objet d’une préparation spéciale dans les officines ou dans l’industrie.
Colophane. — C’est le résidu de la distillation de la térébenthine de Bordeaux fournie par le Pinus pinaster, distillation qui a pour but l’extraction de l’essence. Elle est jaunâtre, à cassure vitreuse, très-friable; elle donne une poudre d’un blanc jaunâtre, se ramollit à 80“ et fond vers 100“ en un liquide jaune-clair qui se fonce à mesure que la température s’élève. Elle est insoluble dans l’eau ; elle se dissout entièrement dans l’alcool, l’éther, les huiles grasses et les essences. Elle se combine aux alcalis pour former des savons de résine ; sa composition chimique répond à la formule C®“H“'0®; elle est très-probablement constituée, en majeure partie, par un anhydride de l’acide abiétique, car, agitée avec de l’alcool dilué tiède, elle fixe une molécule d’eau et donne près de 90 pour 0[0 d’acide abiétique. Les acides pinique, sylvique et pimarique, des anciens auteurs, n’étaient sans doute que de l’acide abiétique impur.
Lsl poudre de colophane est encore employée fréquemment pour arrêter le sang des piqûres de sangsues ; la résine elle-même fait partie de l’emplâtre de Thapsia, des onguents basilicum et styrax, du papier goudronné, etc.
Brassée avec de l’eau, elle constitue la résine jaune {Voy. Poix, t. XXYIII).
Résine de Gaï.ac {Voy. Gaïac, t. XV, p. 542;.
Résine DE Jalap (Foy. art. J.alap, t. XIX, p. 446).
PoDOPHYLLiN. — Le phizome du Podophyllum peltatuni (Berbéridées), employé depuis fort longtemps comme émétique par les Indiens de l’Amérique du Nord, doit ses propriétés à une résine particulière désignée sous le nom de podophyllin ou podophylline, qui est aujourd’hui l’un des purgatifs les plus populaires en Angleterre et aux Etats-Unis. On la prépare de la façon suivante : Le rhizome pulvérisé est épuisé par l’alcool dans un appareil à déplacement ; la teinture concentrée ainsi obtenue est versée par petites portions dans une grande quantité d’eau acidulée par IplOO* environ d’acide chlorhydrique ; la résine se précipite ainsi à l’état
pulvérulent, on la lave et on la dessèche à une température qui ne doit pas dépasser 55». Elle se présente alors sous forme d’une poudre brillante d’un jaune brun ; elle a une saveur âcre et amère. Le rendement varie entre 3 et 5 pour 100.
Elle est constituée par le mélange de deux résines, l’une soluble, l’autre insoluble dans l’éther, qui toutes deux possèdent des propriétés purgatives énergiques.
Le podophyllin est presque toujours administré sous forme de pilules associé à un excipient convenable (miel et poudre de réglisse, par exemple) ; à la dose de 2 à 5 centigrammes il agit comme laxatif ; dose moyenne 5 à 1 0 centigrammes.
Résike de Scammoxée. Voy. ce mot.
Résine de Thapsia, Voy. ce mot.
Résines fossiles. — On a donné ce nom à quelques substances fusibles, trouvées en assez grande abondance dans les terrains houillers ou dans les couches de lignite et qui sont pour la plupart constituées par des carbures d’hydrogène solides; nous ne ferons que les citer, car elles n’ont reçu aucune application pharmaceutique, sauf le succin, ce sont rOzokérite ou cire fossile de Moldavie ; la Schéerérite qui vient de Suisse, la Rétinite, le Copal fossile de Highgate, enfin l’ambre jaune ou succin [Voy. ce mot).
E. Yillejean.
RÉSORPTÏOlV. — Sous ce nom on entend communément le retour dans la circulation, soit directement par la voie des capillaires et des veines, soit indirectement par la voie lymphatique, de produits normaux ou pathologiques déposés par l’économie dans des lieux divers (séreuses, parenchymes, cavités naturelles ou accidentelles, eic,.). h’ absorption, dans son acception propre, désigne la pénétration, dans l’intimité de l’organisme vivant, de substances provenant du dehors et précédemment étrangèi’es à l’économie ; la résorption, au contraire, implique l’idée du retour, dans la circulation, de matériaux provenant du sang par un travail antérieur de sécrétion, de transsudation ou d’exsudation ou même d’organisation (s’il s’agit de la résorption de tissus solides) .
Gomme P. Bert ledit excellemment [Voy. art. Absorption), l’absorption prise dans son acception rigoureusement physiologique s’applique nonseulement à la pénétration dans l’économie de substances étrangères à elle (absorption des aliments dans le tube digestif, de l’oxygène à la surface pulmonaire) , mais encore et surtout à la pénétration, dans l’intérieur des éléments anatomiques eux-mêmes, de principes qu’ils empruntent aux milieux ambiants et qui sont nécessaires à leur conservation et à leur accroissement. Quand une cellule vivante puise dans le sang ou dans la lymphe de l’eau, de l’albumine, du sucre, des sels, de l’oxygène, ce sont autant de phénomènes d’absorption, absorption élective qui est la première étape et la plus importante de la nutrition des éléments histologiques. Mais ces éléments, en même temps qu’ils emmagasinent des
matériaux empruntés au sang, en produisent incessamment d’autres qui résultent des modifications que la vie imprime à la substance cellulaire (oxydation, dédoublements). Ces matériaux (acide carbonique, urée, créatine, créatinine, glycine, etc.), les cellules les livrent au milieu ambiant, à la lymphe, qui les déverse finalement dans le système sanguin. C’est donc là un véritable phénomène de résorption, de retour dans la circulation de matériaux provenant de l’intimité de l’organisme. Quoique à un point de vue philosophique il s’agisse là proprement de phénomènes d’absorption, d’excrétion et de résorption élémentaires, cependant l’étude de ces phénomènes appartient surtout à l’histoire de la vie cellulaire et de la nutrition en général, et nous ne saurions, sans péril, nous engager dans les problèmes délicats que cette question soulève.
Autre point. On sait que, parmi les sécrétions de l’économie, les unes, telles que la sueur, l’urine, la matière sébacée, sont destinées à être définitivement expulsées hors de l’économie ; il en est d’autres, la salive, le suc gastrique, labile, le suc pancréatique, etc., qui, en totalité ou partiellement, rentrent dans la circulation, sont résorbées, en un mot. De là l’ancienne division des sécrétions en excrémenlitielleset récrémentitielles, ces dernières rentrant, rigoureusement parlant, dans le cadre de l’étude des résorptions. Pour certaines sécrétions, telle que la bile, il est des parties constituantes qui sont résorbées (les glycolates notamment), d’autres principes, au contraire (dyslysine, cholestérine), étant évacués au dehors. Pour ce qui est de l’urine elle-même, ce liquide excrémentitiel par excellence, nous ignorons si certains éléments qu’elle contient ne sont pas résorbés pendant le long trajet que l’urine parcourt depuis le glomérule de Malpighi jusqu’à la vessie. Il n’est pas inadmissible que l’urine, au point où s’effectue surtout la filtration, c’est-à-dire au niveau du glomérule, soit beaucoup plus diluée qu’elle ne le devient plus loin, à la suite de la résorption d’une portion de l’eau qu’elle contient. On sait même que, d’après une théorie ingénieuse, mais purement hypothétique, de Küss, l’urine serait physiologiquement albumineuse à sa sortie du glomérule, l’albumine qu’elle contient étant résorbée par l’épithelium de revêtement des canaux urinifères. Quant à la résorption de certaines parties liquides et solubles que l’urine pourrait éprouver par suite de son séjour plus ou moins prolongé dans la vessie saine, c’est là un point de physiologie qui n’est pas encore complètement élucidé.
On sait aussi que les cellules hépatiques jouissent delà propriété d’emmagasiner dans leur intérieur des substances qu’elles empruntent au sang ou à la lymphe et qu’elles transforment en matière glycogène (Cl. Bernard). Cette matière, incessamment transformée en sucre par un ferment spécial, est aussi incessamment abandonnée par la cellule ; le sucre produit par la glande hépatique est ainsi résorbé et passe dans le sang.
Pour la graisse, les choses se passent de même. Un certain nombre de cellules (cellule hépatique, cellule fixe du tissu conjonctif) fixent dans leur protoplasma des particules graisseuses. Pendant la digestion, l’infil-
tration graisseuse des cellules marginales du lobule hépatique est constante ; pendant la lactation, il excite une infiltration analogue, mais portant sur les cellules du lobule hépatique qui entourent la veine centrale (de Sinéty). La graisse ainsi emmagasinée par les cellules du foie est aussi incessamment reprise par la circulation, résorbée, en un mot.
De même les cellules adipeuses du pannicule sous-cutané, de l’épiploon, etc., abandonnent avec la plus grande facilité la graisse qu’elles contiennent; cette graisse est résorbée et brûlée dans l’économie, quand le besoin s’en fait sentir, soit par suite d’une dépense, d’une déperdition excessive éprouvée par l’économie, soit par suite d’une réparation insuffisante, d’une alimentation défectueuse, etc. Cette résorption de la graisse n’est autre que le phénomène de l’amaigrissement.
On voit par ces quelques exemples, qu’il serait aisé de multiplier, combien, au point de vue physiologique, les phénomènes de résorption sont nombreux, et quels liens étroits existent entre la résorption et l’absorption proprement dite. Dans leur signification générale et dansleur intimité, les deux actes sont identiques.
Au point de vue pathologique, il en est autrement, et la conception de la résorption doit être maintenue pour désigner les processus en vertu desquels des produits liquides ou solides anormalement déposés dans un point de l’économie sont, partiellement ou en totalité, repris par le courant sanguin.
Le type le plus simple des résorptions pathologiques est réalisé dans les hydropisies. Le liquide de l’hydropisie n’est, à tout prendre, que le résultat d’une augmentation excessive du liquide interstitiel qui résulte, soit d’une transsudation exagérée, soit d’une résorption insuffisante. Dans la grande majorité des cas, ces deux conditions sont étroitement combinées, car l’augmentation de la pression dans les capillaires sanguins, en même temps qu’elle exagère la transsudation, entrave aussi la résorption du liquide transsudé. Ce n’est pas ici le lieu de revenir sur la pathogénie des hydropisies ; cependant nous ne pouvons complètement passer sous silence les principaux résultats des récentes recherches sur la production des œdèmes. Un obstacle apporté à la circulation lymphatique ne saurait, à lui seul, déterminer l’œdème de la région correspondante, attendu que la résorption peut toujours continuer à se faire par la voie des capillaires et des veines. D’une façon générale, l’œdème est presque toujours le résultat d’une augmentation de transsudation ; le manque de résorption par les lymphatiques, quand il existe, n’agit qu’à titre de cause adjuvante (Cohnheim).
D’autre part, on sait depuis les expériences de Lower et de Bouillaud que la cause la plus fréquente des œdèmes, c’est l’entrave apportée à la circulation veineuse enretour; deux facteurs interviennent dans ce cas ; d’une part, l’augmentation de pression dans les capillaires sanguins et les radicules veineuses, d’autre part, la stase, c’est-à-dire le ralentissement de la circulation. L’augmentation de la pression dans les capillaires ne joue pas le rôle prépondérant, quoiqu’il ne soit pas sans quelque in-
SODV. DICT. BÉD. ET CBIR. XXXI— 14
fluence (expériences de Ranvier) ; quelque considérable qu’elle soit, elle ne peut à elle seule déterminer l’hydropisie : c’est ce qui ressort nettement de certaines expériences de lleidenhain. Chez un chien empoisonné par l’atropine (chez lequel, par conséquent, les nerfs sécréteurs des glandes salivaires sont paralysés) on a beau exciter la corde du tympan, et déterminer à la suite de cette excitation une irrigation artérielle énorme de la glande, l’écoulement de la lymphe par la canule placée dans le tronc lymphatique du cou n’est nullement augmenté. L’augmentation de la pression ne suffit donc pas pour la production des transsudations, et les recherches plus récentes de Runeberg déposent dans le même sens. Les expériences de ce physiologiste sur la filtration des liquides albumineux, faites sur des membranes mortes, ont montré que la filtration est en raison directe de la pression que présente le liquide à filtrer. Mais, en employant comme membranes filtrantes des membranes vivantes (intestin de lapin), Runeberg arriva à ce résultat en apparence paradoxal, à savoir que, toutes choses égales d’ailleurs, la quantité d’albumine filtrée est en raison inverse de la pression que présente le liquide à filtrer. Le facteur prédominant dans la production des œdèmes mécaniques n’est donc pas l’augmentation de la pression veineuse et capillaire, mais le ralentissement de la circulation. Cohnheim invoque en outre une lésion de la paroi des capillaires (lésion purement hypothétique, il le reconnaît le premier,) augmentant la porosité de ces vaisseaux et facilitant la transsudation. Dans les œdèmes dit cachectiques, où l’élément mécanique fait presque totalement défaut, c’est cette lésion qui entraînerait l’œdème.
Tout en faisant des réserves au sujet des expériences de Runeberg dans leur application à la théorie de l’œdème, il faut reconnaître cependant que celte théorie est loin d’être aussi simple qu’on le pensait jusqu’ici, et que la part de l’excès de transsudation et du défaut de résorption est difficile à établir. Admettre avec Cohnheim une lésion constante, vitale, de l’endothélium des capillaires, comme étant la cause principale de la pi’oduction des hydropisies, c’est évidemment la façon la plus simple de se dérober aux obscurités des théories physiques ; mais ce n’est qu’une hypothèse ne reposant sur aucune base anatomique.
Quoi qu’il en soit, ce qui importe surtout au médecin, c’est, l’hydro- ' pisie une fois produite, de connaître les moyens les plus propres à la faire disparaître, à amener, en un mot, la résorption de Tœdème. Dans l’œdème mécanique, la suppression de l’obstacle à la circulation du sang veineux estlemoyen à la fois le plus simple et le plus efficace. Cet obstacle levé, le sang veineux circulera avec une vitesse plus grande et sous une pression moindre, double condition qui favorise la résorpiion en même temps qu’elle diminue la transsudation. L’établissement de la circulation veineuse collatérale agit dans le même sens. Dans les hydropisies d’origine cardiaque, le phénomène désigné sous le nom de compensation de la lésion, en augmentant la puissance de contractilité du cœur et en masquant aussi les inconvénients résultant du vice organique, rétablit pour un
temps plus ou moins long l’équilibre circulatoire et favorise la résorption des épanchements.
Celte résorption peut encore être obtenue par une voie différente : tout le monde sait l’efficacité des diurétiques et des purgatifs pour favoriser la résorption des épanchements ; il en est de même des bains de vapeur répétés. Toutes ces pratiques, en privant l’économie d’une partie de son eau, amènent une véritable inspissation du sang, lequel, avide de récupérer les liquides qui lui ont été soustraits, les enlève, par résorption, à tous les tissus de l’organisme. On sait qu’à la suite d’une attaque de choléra et de la spoliation aqueuse excessive qu’elle détermine on a parfois observé la résorption de vastes épanchements séreux.
Les épanchements qui occupent les cavités séreuses (plèvres, péritoine, etc.) obéissent, quand ils sont passifs, non inflammatoires, aux mêmes lois de résorption que nous venons de signaler pour le liquide de l’œdème. Il en est autrement quand l’épanchement est de nature inflammatoire, c’est-à-dire quand, au lieu de transsuder purement et simplement à travers l’endothélium de la séreuse saine ou à peine modifiée, il traverse une séreuse irritée et enflammée. La composition chimique du liquide aussi est différente ; il contient de la fibrine, des leucocytes et des globules rouges en plus ou moins grande abondance. La résorption, dans ces cas, no peut s’effectuer qu’une fois que l’inflammation est tombée, et que le mouvement d’exsudation est arrêté du même coup. Souvent la portion séreuse seulement de l’épanchement est résorbée ; la fibrine exsudée et les leucocytes extravasés contribuent à la formation d’un tissu stable, organisé, que l’on désigne communément sous le nom de fausses membranes, d’adhérences, etc. Quand l’épanchement est trèsriche en globules blancs, qu’il est purulent, la résorption, si elle parvient à se faire, a lieu par un mécanisme plus compliqué. Les parties aqueuses sont résorbées d’abord et le pus s’épaissit de plus en plus ; en même temps les leucocytes subissent la dégénérescence graisseuse et sont ainsi également en grande partie résorbés. Dans certains cas, la résorption demeure incomplète, et il persiste indéfiniment des foyers caséeux ou crétacés, résultant de l’inspissation du pus et de l’infiltration du reliquat par des sels calcaires.
Dans certaines formes de nécrose des tissus, notamment dans le ramollissement cérébral, on assiste aussi à des faits de résorption intéressants au point de vue anatomo-pathologique. Dans les foyers de ramollissement cérébral, en effet, tels qu’ils résultent d’une thrombose ou d’une embolie, la myéline subit au bout d’un certain temps une transformation granulo-graisseuse des plus accusées. La poussière graisseuse, ainsi formée, est résorbée en partie par les gaines lymphatiques avoisinantes, que l’on trouve remplies de ces granulations ; les leucocytes euxmêmes se gorgent des granulations graisseuses ainsi formées, et constituent ce que l’on appelle les corpuscules de Glüge.
Les foyers hémorrhagiques présentent dans leur évolution régressive des phénomènes de résorption que nous ne pouvons passer sous silence.
Quand un épanchement de sang se produit dans un organe, il se coagule au bout d’un temps plus ou moins long ; la partie liquide est résorbée par la voie des lymphatiques. Mais le coagulum lui-même diminue de plus en plus de volume par la résorption progressive des parties liquides qu’il contient. Le caillot de plus en plus solide qui persiste ne persiste pas non plus indéfiniment. La fibrine subit graduellement une sorte de liquéfaction et est résorbée ; les leucocytes éprouvent le même sort, soit qu’ils rentrent dans la circulation en vertu de leur locomotion amiboïde, soit qu’ils subissent la fonte granulo-graisseuse et soient résorbés sous cette forme. Mais les modifications subies par les globules rouges sont de beaucoup les plus intéressantes. La matière colorante quitte le stroma des globules ; la plus grande partie de cette matière colorante est résorbée à l’état liquide ; mais une partie se cristallise sous forme de cristaux rhombiques obliques d’hématoïdine ou de pigment amorphe qui subsistent pendant un temps indéfini, engagés dans une cicatrice ocreuse.
Ce qu’en anatomie pathologique on nomme caséification d’un produit inflammatoire ou d’un néoplasme n’est autre chose que la modification imprimée à des amas cellulaires par la résorption de leur partie liquide. C’est par un mécanisme analogue de résorption des liquides que le pus s’inspisse dans les foyers où il stagne depuis longtemps, pour se transformer en des amas caséeux, graisseux ou calcaires.
Ce qui précède suffira, sans doute, pour donner une idée des phénomènes de résorption si nombreux qui se passent dans l’économie, et de leurs rapports intimes avec les phénomènes de nutrition proprement dite, qu’on les envisage au point de vue physiologique ou pathologique. Nous devons nous borner à ces généralités. Les particularités qui caractérisent la stagnation et la résorption de l’urine, dans les différentes maladies des organes génito-urinaires, seront étudiées à l’article Urine. Ce que l’on a désigné (improprement) sous le nom de Résorption purulente se trouve traité, de main de maître, dans l’art. Porulente {Infection). {Voy. t. XXX, p. 237.)