‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 31 (volume 4)Chapitre 37 sur 90 · SOUV. DICT. MÉD. ET CHIE. XXXI · texte numérisé non relu

SOUV. DICT. MÉD. ET CHIE. XXXI

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reil particulier. Outre qu’il est le plus souvent impossible de se procurer de l’oxygène en temps utile, l’efficacité de ce gaz en pareils cas est douteuse ; on sait d’ailleurs que son emploi a déterminé dans d’autres circonstances de sérieux accidents.

A quelque source que l’on puise, et quel que soit le procédé employé, il importe d’opérer lentement, régulièrement, 15 à 18 fois par minute, de manière à imiter autant que possible le rhythme de la respiration naturelle. Chaque fois que celle-ci paraîtra commencer à se rétablir on devra s’arrêter et attendre avant de continuer les manœuvres que les mouvements spontanés ne se montrent plus. Il faut se rappeler en effet qu’on n vu des insufflations pratiquées expérimentalement sur des animaux en bonne santé, et chez l’homme en manière de plaisanterie, amener des accidents graves et même mortels.

Ceci nous amène à parler des critiques dont l’insufflation a été l’objet. Ces critiques ont été vives, nombreuses, et acceptées, surtout à une certaine époque, par beaucoup de médecins. En premier lieu, on a nié la possibilité de l’entrée de l’air en quantité suffisante dans les poumons par cette méthode; Albert et Lebon, notamment, ont cherché à démontrer scientifiquement que l’insufflation amène l’abaissement de l’épiglotte, l’obturation du larynx, et que par suite l’air pénètre dans l’estomac et dans les intestins qu’il distend, en rendant très-difficile la dilatation ultérieure des poumons. Cette distension du tube digestif serait en effet très-fâcheuse ; mais en réalité elle ne se produit pas quand on pousse l’air avec ménagement et quand on se sert d’un tnbe introduit dans la bouche ou dans une narine ; en opérant dans ces conditions sur un cadavre, il est facile de s’assurer que presque tout l’air injecté pénètre dans les poumons.

D’un autre côté, on a considéré pendant quelque temps l’insufflation comme une manœuvre fort dangereuse, capable de produire de graves lésions et d’amener la mort. Duméril et Magendie, chargés en 1829 de faire un rapport sur une note présentée par Leroy d’Étiolles à l’Académie, ont vu comme celui-ci des déchirures mortelles du poumon avec épanchement de gaz dans la plèvre survenir chez des animaux, et ils ont pu reproduire les mêmes lésions sur des cadavres humains. Il faut remarquer d’aboi’d que, pratiquée sur un individu en état de mort apparente, et qui est inerte, l’insnfflation a beaucoup moins de chances d’êîi’e dangereuse que lorsqu’elle est exercée sur des animaux bien vivants qui opposent une résistance vigoureuse et font des efforts violents de nature à amener par eux-mêmes des lésions pulmonaires, ou un troublp profond de la respiration. Quant aux lésions produites sur les cadavres humains, les auteurs pi’écédents reconnaissent eux-mêmes qu’elles n’apparaissent que quand on a poussé l’air avec force et d’une manière continue. Néanmoins, il était résulté de la note de Leroy d’Étiolles et des travaux qui l’avaient suivie que l’insufflation était tombée dans un discrédit général. Ces craintes exagérées ont été pleinement dissipées depuis par des recherches qui sont en effet tout à fait probantes. Depaul a montré le premier, par

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des expériences pratiquées sur des cadavres de nouveau-nés, qu’à moins d’employer une force extraordinaire, l’insufflation n’amenait jamais d’emphysème ni de déchirures pulmonaires. Il a fait mieux, il a prouvé par de nombreux succès l’efficacité et l’innocuité de cette méthode, chez les nouveau-nés au moins. Plus récemment, Budin a institué des expériences qui permettent d’apprécier la résistance considérable des vésicules pulmonaires : il a mis un poumon en communication avec une grande vessie à parois épaisses. « Une planche était placée sur cette vessie et lui transmettait une pression égale au poids de deux personnes; l’air passait avec cette énorme pression dans les deux poumons qui se distendaient considérablement. Dans toutes ces expériences, les poumons, qui étaient ceux d’enfants ayant vécu, restèrent intacts. Une fois seulement, il se produisit un peu d’emphysème. » — - En présence de tels résultats, on est bien en droit de ne pas redouter de lésions pulmonaires traumatiques, quand on pratique l’insufflation doucement et avec des interruptions assez fréquentes. Ces pi’écautions ne doivent pas être perdues de vue quand on se sert d’un soufflet ou d’un instrument analogue : c’est l’enseignement qui doit rester des craintes anciennes.

Une autre objection, qui paraît beaucoup plus fondée, a été formulée par le docteur Pacini. Ce médecin, se préoccupant à juste titre de l’état de la circulation chez les personnes en état de mort apparente, reproche à l’insufflation d’amener une augmentation de pression dans le poumon et dans la cage thoracique, tandis que lors d’une inspiration naturelle c’est âu contraire une diminution de pression qui se produit. De cette façon, l’acide carbonique ou les gaz toxiques contenus dans le sang n’ont aucune tendance à, s’en échapper; les capillaires pulmonaires se trouvent comprimés et apportent un obstacle à la pénétration du sang ; et le cœur, loin de bénéficier d’une aspiration qui favoriserait son fonctionnement, subit au contraire une compression qui ne peut que diminuer encore l’énergie de ses battements. Il y a dans cette considération un argument sérieux en faveur de la préférence à accorder aux procédés d’aspiration. Mais le docteur Pacini, auteur de l’un de ces procédés, va trop loin quand il s’écrie ; « Donc en traitant les asphyxiés par le procédé de l’insufflation on ne fait que les achever. Et dire que l’on a inventé tout un arsenal d’appareils, de machines et de soufflets, dans l’intérêt de l’humanité ! » Ce jugement est beaucoup trop sévère, et l’expérience a démontré l’efficacité de l’insufflation dans un grand nombre de cas. D’après une statistique de Guérard, sur 185 noyés rappelés à la vie, l’insufflation aurait été employée seule dans 54 cas. Enfin, il serait impossible aujourd’hui de compter les nouveau-nés en état de mort apparente qui ont été sauvés, souvent d’une manière presque miraculeuse, par cette méthode.

Aspiration. — La seconde méthode, celle par aspiration, comprend un grand nombre de procédés. La cavité thoracique peut en effet être dilatée de diverses façons ; en diminuant la pression extérieure que l’atmosphère exerce sur la poitrine, en comprimant d’abord le thorax et en le laissant ensuite revenir à ses dimensions premières par le seul fait

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de l’élasticité de ses parois, en faisant contracter les muscles inspirateurs par l’électricité, enfin en opérant sur ces muscles des tractions qui déplacent et écartent les parois thoraciques sur lesquelles ils s’insèrent.

Le premier procédé est représenté par le spirophore de Woillez. Cet instrument consiste essentiellement en un manchon cylindrique de métal dans lequel on introduit le corps du patient, à l’exception de la tête qui reste à l’extérieur. Une pièce d’étoffe fixée à l’extrémité du cylindre est enveloppée autour du cou de façon à produire une fermeture aussi complète que possible. A l’autre extrémité de l’appareil se trouve un soufflet. On comprend facilement la théorie et le jeu de cet instrument ; en tirant le soufflet, on produit une diminution de pression dans le cylindre ; il en résulte un appel de l’air extérieur qui, ne pouvant pénétrer que par la bouche et le nez, seuls orifices communiquant avec l’intérieur, s’y précipite et remplit uniformément les poumons. Woillez a expérimenté avec son instrument sur des cadavres d’adultes ; il a obtenu facilement une inspiration de 1 litre d’air ; l’expiration, amenée par une manœuvre en sens inverse du soufflet de l’appareil, est énergique et chasse les mucosités contenues dans les voies respiratoires. Appliqué à des personnes en bonne santé qui se sont prêtées à l’expérience, il n’a déterminé aucun phénomène fâcheux, ni aucun sentiment de malaise. Il est incontestable que le spirophore réalise d’une manière élégante le but de toute respiration artificielle ; mais il faut convenir aussi qu’il est peu susceptible d’être mis utilement en usage chez des personnes en état de mort apparente. En admettant même que l’instrument fonctionne toujours parfaitement et ne soit pas susceptible de déterminer d’accidents ; en admettant, ce qui est difficile, qu’on l’ait à sa portée en temps convenable, il faut y introduire le corps, faire marcher quatre écrous pour fermer hermétiquement le cylindre, adapter exactement la toile autour du cou, point indispensable pour le succès des manœuvres. Que de temps perdu dans un moment où les minutes, les secondes mêmes sont si précieuses ! En outre le corps se trouve soustrait à tous les autres moyens d'action qui, bien qu’accessoires, ne peuvent être négligés et ont souvent une grande importance, Ces considérations expliquent comment le spirophore, malgré l’ingéniosité de son principe et malgré l’autorité qui s’attache au nom de l’auleur, a peu de chances de passer jamais dans la pratique.

Après le spirophore, nous mentionnerons de suite, comme moyen presque exclusivement théorique, Yexcitalion électrique des muscles inspirateurs et notamment du diaphragme. Outre que ce procédé exige des appareils difficiles à se procurer, il demande de la part de l’opérateur une habileté toute spéciale, car tout le monde n’est pas à même de pratiquer convenablement l’électrisation du nerf phrénique, du pneumogastrique, etc. Enfin, il peut ne pas être exempt de dangers.

Nous arrivons maintenant aux procédés vraiment pratiques qui n’exigent aucun instrument, qui peuvent être mis en usage au besoin par une seule personne, même dépourvue de connaissances médicales.

La compression du thorax a pour but de mettre en jeu l’élasticité

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des parois de la poitrine, et de déterminer par sa cessation même une dilatation qui est accompagnée d’aspiration d’air nouveau. Leroy d’Etiolles, et après lui d’autres médecins, ont imaginé dans ce but une ceinture garnie de boucles qu’on serre et qu’on relâche alternativement autour de la poitrine du patient. D’autres fois c’est directement avec les mains qu’on exerce une pression sur le thorax; cette pression a son maximum d’effet quand elle est appliquée sur le tiers inférieur du sternum. Ces procédés sont peu recommandables. Il est évident qu’ils ne peuvent faire entrer unegrande quantité d’air dans les poumons, puisqu’ils no placent pas le thorax dans les conditions de l’inspiration, mais qu’ils lui donnent seulement les dimensions qu’il a à l’état de repos. Les expériences de la Société médico-chirurgicale de Londres ont démontré que l’air n’entrait en effet dans les poumons qü’en quantité relativement minime : 8 à 10 pouces cubes, en se plaçant dans les meilleures conditions. En outre, on a exprimé la crainte, qui paraît fondée, qu’une compression peu ménagée n’exerce une action nuisible sur le cœur et n’arrête définitivement ses mouvements déjà faibles et rares. L’un de ces procédés, celui de Marshall-Hall, recommandé par la Société royale humanitaire de Londres (Société de sauveteurs), a cependant joui pendant longtemps d’une grande faveur et paraît avoir donné souvent de bons résultats. Voici en quoi il consiste : on place le patient la face vers le sol, la poitrine soulevée et appuyée sur un coussin fait avec une couverture ou avec les pièces du vêtement; puis on tourne doucement le corps sur le côté, presque sur le dos, et on le replace subitement la face vers la terre. On répète ces manœuvres une vingtaine de fois par minute, en changeant de temps en temps le sens du mouvement de rotation ; quand le corps est en pronation, on exerce une forte pression entre des omoplates. Dans le premier temps de ces manœuvres (fig. 37) le poids du corps abaisse la

Fig. 37, — Procédé Marsliall-Hall, première position.

paroi antérieure, mobile de la poitrine; il en résulte un rétrécissement du thorax, augmenté encore par la pression entre les omoplates ; dans le second temps (fig. 38) le thorax revient à ses dimensions naturelles, et une

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inspiration se produit ; mais la simple inspection de la figure montre que cette inspiration ne peut s’effectuer que d’un seul côté à la fois.

Fie. 38. — Procédé Marshall-Hall, deuxième position.

Ce procédé est encore inférieur à ceux qui nous restent à décrire et qui ontjpour caractère de dilater la poitrine en exerçant des tractions sur ses parois par l’intermédiaire de certains muscles ou de certains os. Le premier en date est celui du docteur Sylvester. Outre les précautions qui ont pour but de maintenir libres les voies respiratoires, il consiste à placer le patient sur le dos, les épaules soulevées et soutenues par un vêtement replié ; puis on élève les bras des deux côtés de la tête et on les maintient dans cette position pendant deux secondes. Ou soulève ainsi les côtes et Qji produit une inspiration en agrandissant surtout le diamètre antéropostérieur du thorax. Puis on abaisse les bras, et on les presse doucement, mais fermement, contre les côtés de la poitrine. A la dilatation du thorax succède ainsi une compression qui amène une expiration forcée. On reproduit les mêmes manœuvres une quinzaine de fois par minute. On voit combien ce procédé est d’une exécution facile, simple et dépourvue de dangers ; quant à son efficacité, elle a été mise en évidence par les expériences très-précises instituées avec le plus grand soin par la Société médico-chirurgicale de Londres. Ces expériences ont démontré que, tandis qu’avec le procédé Marshall-Hall on n’obtient que des inspirations de 10 pouces cubes au maximum, que ces inspirations sont très-irrégulières, souvent moindres que l’expiration, avec le procédé Sylvester on aspire facilement de 50 à 50 pouces cubes, et cela d’une façon régulière. Pacini a prétendu, il est vrai, que, quand les muscles pectoraux étaient en état de relâchement, l’écartement des bras ne pouvait soulever les côtes, et il déclare que ces manœuvres ne peuvent être efficaces que sur un cadavre dont les muscles sont en rigidité. Mais les commissaires de la Société médico-chirurgicale de Londres ont noté exactement le contraire ; « On observa, disent-ils, qu’après des expériences prolongées la rigidité trèsmarquée au début disparaissait complètement à la suite des mouvements répétés des bras et des parois thoraciques. A mesure que ce changement

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survenait, la quantité d’air inspiré ou expiré augmentait, de sorte qu’à la fin de l’observation les résultats étaient presque le double de ceux du commencement. » L’objection de Pacini n’est donc pas fondée. Voici, du reste, l’appréciation de la Société médico-chirurgicale de Londres dont les expériences, nous le répétons, ont été faites avec le plus grand soin et par des hommes d’une compétence indiscutable : « Le procédé de Sylvester doit être considéré à juste titre comme un moyen puissant de produire des mouvements d’inspiration et d’expiration semblables à ceux de la respiration normale. Un autre avantage, c’est que dans chaque mouvement d’inspiration les deux côtés de la poitrine sont libres de toute compression et fonctionnent facilement, tandis que le procédé de Marshall- Hall laisse seulement à un côté la liberté d’expansion. Quant à l’application, au point de vue de la facilité et de la promptitude il n’y a aucun doute que la méthode du docteur Sylvester ne le cède eu rien, si même elle n’est pas supérieure à celle de Marshall-Hall. »

Plusieurs auteurs ont proposé de modifier de diverses façons le procédé de Sylvester; quelques-unes de ces modifications constituent de réels perfectionnements.

Hovrard conseille d’agir de la manière suivante : On déshabille la victime jusqu’à la ceinture et avec les vêtements on forme un rouleau qu’on place sous la région épigastrique, le corps étant retourné sur la face. La langue tombe, la bouche se trouve plus déclive que l’estomac, et une pression sur la partie postérieure du corps favorise la sortie des liquides par la bouche et le nez. Alors le corps est retourné, la langue est saisie avec un linge et confiée à un aide. Le coussin conserve sa place, de sorte que la région épigastrique se trouve plus élevée que le reste du corps. On saisit ensuite les mains et on les place en croix sous la tête où elles sont maintenues par la personne qui tient déjà la langue. De cette façon on obtient la position des plus grandes inspirations comme dans le procédé de Sylvester. Puis on s’agenouille à côté du patient, on place les pouces des deux mains sur la poitrine, de façon qu’ils correspondent à l’union des cartilages des dernières côtes avec le sternum, pendant que les autres doigts embrassent la base de la poitrine. Dans cette position on exerce une pression continue, que l’opérateur rend très-forte en s’inclinant de façon que tout le poids de son propre corps porte sur les mains. On compte lentement jusqu’à trois et on cesse brusquement la pression : une forte inspiration succède ainsi à une expiration forcée. On compte jusqu’à deux, et on recommence les mêmes manœuvres. Howard ajoute que des recherches sur le vivant montrent que l’on peut résister aux manœuvres de Marshall et de Sylvester, tandis qu’avec son procédé qu’il qualifie de « méthode directe » on est absolument contraint d’obéir aux mouvements d’expiration et d’inspiration provoqués. Cette considération n’est peut-être pas aussi en faveur du procédé que le croit l’auteur; ce n’est pas tant en effet l’augmentation exagérée de l’inspiration qu’on doit rechercher en pareils cas que l’obtention de mouvements respiratoires modérés sans violence, quoique suffisamment

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efficaces. Nous avons déjà signalé plus haut l’inconvénient d’une trop forte pression sur la poitrine.

Pacini, au lieu de se servir comme Sylvester des muscles pectoraux pour transmettre la traction inspiratoire au thorax, opère cette traction par l’intermédiaire des clavicules. Nous le laissons décrire lui-mêine son procédé : « On place l’individu noyé ou asphyxié sur un plan légèrement incliné ; on lui ouvre la bouche, et on la débarrasse des corps étrangers qu’elle pourrait contenir. On dégage le thorax et l’abdomen des vêtements qui serrent ces cavités ; on maintient la tête dans la direction ordinaire du tronc et, après s’être placé derrière elle, on empoigne fortement la partie supérieure des deux bras près du moignon des épaules, en plaçant le pouce en avant sur le col de l’humérus, et les quatre autres doigts par derrière. En soulevant en même temps le moignon des épaules, on cherche à utiliser la connexion des clavicules avec le sternum pour élever cet os avec les côtes correspondantes. Il est évident que ce mouvement a pour résultat d’obtenir l’ampliation des trois diamètres du thorax, bien que le diaphragme n’y participe pas, si ce n’est d’une manière passive en restant immobile. » Pacini raconte que l’idée de ces manœuvres lui est venue en voyant les garçons d’amphithéâtre transporter un cadavre en le tenant par les bras sous les aisselles ; on entend souvent alors l’air pénétrer dans la poitrine en faisant vibrer les cordes vocales, et au moment où le corps est jeté sur la table, une expiration bruyante se produit.

Le procédé de Pacini agit plus sûrement et plus énergiquement sur la poitrine que celui de Sylvester, et la quantité d’air inspiré paraît supérieure. Il est de plus dépourvu de dangers, et réalise d’une façon trèssatisfaisante la respiration artificielle par aspiration. Cependant Bain a proposé de le modifier encore, en glissant les mains sous les aisselles du patient, les pouces appliqués sur l’extrémité externe des clavicules, et en tirant ensuite sur les épaules. Cette modification est bien légère ; elle consiste, en somme, à placer les mains derrière le moignon des épaules au lieu de les appliquer en avant. Les résultats sont les mêmes qu’avec le procédé de Pacini ; c’est du moins ce qu’a constaté une commission médicale anglaise en 1870.

En résumé, on voit que de tous les procédés de respiration artificielle ce sont ceux de Sylvester et de Pacini qui se recommandent le mieux à la pratique, parla simplicité de leur emploi et par leur efficacité très-satisfaisante. L’insufflation, quoique d’une application peut-être un peu moins simple, et bien que ne plaçant pas aussi bien le sujet dans des conditions d’une respiration physiologique, peut cependant être employée aussi avec succès. Elle peut d’ailleurs être combinée avec l’un des procédés précédents.

L’utilité de la respiration artificielle a été, sinon niée^ du moins restreinte à un très-court moment. G. Colin (d’Alfort), dans la discussion qui a suivi à l’Académie la présentation du spirophore de Woillez, a développé avec force le principal argument qui peut être opposé à l’utilité

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de l’introduction artificielle de l’air dans les poumons. Il demande comment on peut espérer obtenir l’artérialisation du sang, ce qui est, en somme, le véritable but poursuivi, alors que les contractions du cœur sont trèsralenties et si faibles que chacune d’elles ne peut faire pénétrer qu’une ondée sanguine insignifiante dans la petite circulation. On peut répondre que ce n’est pas uniquement l’artérialisation du sang qu’on demande à la respiration artificielle, mais aussi une véritable excitation générale qu’il' est légitime d’espérer, puisqu’on a vu la respiration naturelle se rétablir après des insufflations d’un gaz inerte, comme l’hydrogène, par exemple. Colin ajoute que cet affaiblissement du cœur est très-rapide et que, quand les mouvements sont bornés aux oreillettes, la mort doit être considérée comme confirmée. Le temps pendant lequel l’intervention peut être utile serait donc extrêmement limité et ne s’étendrait pas en général au delà de cinq ou six minutes après l’accident. Ces considérations ne peuvent s’appliquer évidemment qu’à un certain nombre de cas, et visent surtout la mort par submersion.

En regard des assertions de Colin, il est intéressant de placer le résultat d’expériences entreprises par Boehm. Cet expérimentateur a opéré sur des chats empoisonnés par le chloroforme, les sels de potasse, asphyxiés par l’obturation de la trachée ou par des inhalations d’hydrogène. Quand l’animal était en état de mort apparente, on tentait de le ranimer par des insufflations d’air faites directement dans la trachée et par une compression rhythmique du thorax. L’artère carotide avait été mise au préalable en communication avec un kyrnographe. Or, les animaux empoisonnés par le chloroforme purent être rappelés à la vie, alors que le cœur avait cessé de battre (au moins de façon à transmettre une impulsion à la carotide) depuis 7, 8, 9 et 19 minutes, et que la respiration ne s’effectuait plus depuis 10, 15, 14 et 24 minutes; l’intervention n’avait commencé que 1, 3 1/2, 5 et 9 minutes après l’arrêt du cœur. Chez les animaux asphyxiés par privation d’air, on ne réussissait que si les manœuvres étaient commencées immédiatement ou au plus tard 1 minute Ou 1 minute 1/2 après l’arrêt du cœur. On voit que ces expériences étendent d’une façon considérable la limite fixée par Colin. Admettons qu’elles aient besoin d’être confirmées, il restera de nombreux exemples authentiques de gens rappelés à la vie après plusieurs heures de mort apparente. Cela n’est pas contestable pour certains cas : empoisonnement, etc. ; même pour la submersion et la pendaison, où la mort est la plus rapide, on a obtenu des succès après des manœuvres répétées pendant plusieurs heures. Un exemple bien instructif est le cas fameux du pendu de Bloomfield. Après 10 minutes de suspension, le D” Jakson déclare que la vie a cessé ; la suspension dure encore quelques minutes, puis le corps est détaché ; les médecins constatent qu’il n’y a plus de respiration, ni de battements cardiaques. Ils pratiquent néanmoins la respiration artificielle, mais sans résultats; Jackson et Mac-Donald électrisent alors le nerf vague, et, malgré une interruption de l’opération motivée par l’intervention d’un magistrat, ils obtiennent des

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mouvements respiratoires; 1 heure 10 après la pendaison, le pouls était perçu à la radiale, les pupilles se contractaient et le pendu avala un peu d’eau-de-vie; au bout de 151 minutes, la peau rougit sous l’influence des frictions, il y eut quelques mouvements et l’homme suivit des yeux les personnes présentes ; mais la continuation des soins fut interdite et la mort survint définitivement au bout de quelques heures. Des cas de ce genre prouvent tout au moins que les battements du cœur peuvent rester pendant plusieurs heures si faibles qu’il est impossible de les constater, et reprendre ensuite leur énergie. Ces exemples démontrent aussi qu’il ne faut par renoncer trop tôt à l’intervention. — D’ailleurs, même dans le court espace de temps où tout le monde reconnaît que l’introduction de l’air dans les poumons peut être suivie de succès, la respiration artificielle rend des services incontestables. Elle figure entête des moyens recommandés par la Société royale humanitaire de Londres, et il résulte d’une statistique de cette Société que parmi les noyés qui sont restés moins de einq minutes sous l’eau, et qui ont reçu des soins, la proportion des décès est seulement de 1 pour 40 ou 50.

Il nous reste à dire quelques mots des autres moyens de traitement de la mort apparente qui constituent toujours des adjuvants utiles de la respiration artificielle, et qui acquièrent parfois une importance prépondérante. Mais on comprend que, la cause même de la mort apparente exerçant une grande influence sur le traitement qui doit être institué, nous ne pouvions donner ici que des indications générales. La première <ie ces indications est de ranimer l’action du système nerveux par des excitations sur la peau, les muqueuses, les organes des sens. — L’usage populaire de placer sous le nez du patient de l’ammoniaque, des allumettes en combustion, etc., réussit quelquefois dans les cas légers. — Les affusions d'eau froide projetée avec force sur le visage sont souvent utiles; elles sont spécialement efficaces dans les cas d’asphyxie par la chaleur; mais alors elles doivent être pratiquées plus largement et intéresser toute la tête. — La chaleur, les frictions avec des linges chauds, sont recommandées chez les noyés ; on a même conseillé les bains chauds, et les pavillons de secours qui ont été récemment installés sur les bords de la Seine sont munis à cet effet de baignoires et d’eau chaude. — La cautérisation superficielle, appliquée principalement sur le thorax, donne aussi de bons résultats ; M. Faure la considère comme un des meilleurs moyens de ranimer les asphyxiés par le chai’bon. Le marteau de Mayor figure dans les boîtes de secours aux noyés ; à défaut de cet instrument on peut se servir d’un autre ustensile en fer, ou de cire à cacheter qu’on enflamme et qu’on laisse tomber goutte à goutte sur la peau, d’amadou enflammé, etc. — L’insufflation de tabac dans le rectum est d’un usage très-ancien et encore actuellement en vigueur ; son utilité a été souvent contestée ; il importe en tous cas, si l’on fait usage de ce moyen, de ne pas employer trop de tabac, et de ne pas dépasser la dose de 10 grammes. A défaut de l’appareil spécial imaginé parPia, on peut se servir de deux pipes quelconques: on en charge une

RESPIRATION. — r. artificielle chez les kodveaü-nés. 315 que l’on allume et dont on introduit le tuyau dans l’anus ; on souffle par le tuyau de l’autre qui est appliquée sur la première, fourneau contre fourneau.

U électricité peut être employée comme excitant général. On l’a appliquée spécialement à l’excitation du cœur, en plaçant un des rhéophores au nheau de la pointe de cet organe, et l’autre à la nuque, ou même en implantant l’aiguille conductrice dans les ventricules. Ces moyens ont pu donner des succès ; mais, en raison des dangers qu’ils comportent, il convient de ne les employer qu’avec une très-grande réserve et comme ressource ultime.

La saignéescmhXe d’un usage rationnel; le cœur n’ayant plus l’énergie suffisante pour chasser le sang qui continue de lui arriver et qui le distend, il paraît utile de diminuer la masse de celui-ci . Cependant la saignée ne se montre vraiment efficace que dans certains cas, dans l’asphyxie par la chaleur surtout. Quand il y a une congestion très-marquée de la tête, comme on le voit quelquefois dans la pendaison et la strangulation, on retire souvent beaucoup d’avantage de l’application de sangsues à la nuque ou demère les oreilles.

Les vomitifs trouvent aussi leur indication dans certains cas : ivresse, ingestion de substances toxiques, réplétion de l’estomac; malheureusement on a toujours à craindre l’introduction de matières vomies dans les voies respiratoires. Chez les noyés, où l’on redoute beaucoup l’obstruction produite par l’écume qui remplit les bronches et le parenchyme pulmonaire, on pourrait peut-être, quand on sait d’ailleurs que l’estomac est vide, tenter de débarrasser les poumons par un vomitif. Si les manœuvres mécaniques ne permettent pas d’obtenir le vomissement, on pourrait recourir à des injections sous-cutanées d’apomorphine.

Les soins devront être continués longtemps, car souvent la vie dont on a pu rappeler quelques manifestations s’éteint ensuite définitivement. Chaque fois qu’il en sera besoin, on répétera les manœuvres qui ont déjà réussi ; il importe de combattre un sommeil trop profond, et de faire changer souvent le malade de position pour s’opposer autant que possible aux congestions passives des poumons, que Faure regarde comme une des causes principales de la mort non immédiate. — On trouvera, dans la cause même qui a produit les accidents, des indications spéciales pour le traitement consécutif.

Respiration artificielle chez les nouveau-nés. — IL n’est pas de circonstances où la respiration artificielle rende plus de services et trouve mieux son indication que dans la mort apparente des nouveau-nés. — Mais les causes spéciales qui déterminent ici la mort apparente, et les conditions toutes particulières dans lesquelles se trouvent des poumons qui n’ont pas respiré et qui sont encore à l’état fœtal nécessitent des manœuvres qui ne sont pas tout à fait les mêmes que chez l’adulte.

Il importe d’abord d’inspecter les voies respiratoires et de les débarrasser autant que possible des mucosités qu’elles pourraient contenir, puis de réchauffer l’enfant en l’enveloppant de linges chauds ou en le plongeant

316 RESPIRATION. — r. artificielle chez les sodyead-nés. pendant une ou deux minutes dans un bain. S’il est congestionné, en état de pléthore, on recommande de laisser saigner le cordon, et même d’appliquer une ou deux sangsues derrière les apophyses mastoïdes. Enfin on pourra essayer d’amener la respiration par des excitations légères appropriées à la faiblesse du petit être : frictions sur le corps, titillation des narines et de l’arrière-bouche, chatouillement de la plante des pieds, etc. Après quelques minutes consacrées à ces tentatives, si l’on n’obtient rien, il faut passer de suite à l’insufflation. Mais, pour que l’air pénètre dans les poumons qui n’ont pas encore été déplissés par une respiration antérieure, il est nécessaire qu’on l’introduise directement dans le larynx, et qu’on l’empêche de pénétrer dans le tube digestif. — Des divers instruments qui ont été imaginés dans cette intention, celui qui par aît le mieux adapté à son but est encore le tube de Chaussier. Il se compose d’un tube métallique légèrement conique, différant peu par sa forme et son volume d’une sonde ordinaire pour la vessie, sauf qu’il est un peu aplati latéralement pour ne point vaciller entre les doigts, et pour s’accommoder à l’ouverture oblongue de la glotte. La courbure du tube est telle qu’introduit dans la bouche il puisse pénétrer dans le larynx ; au niveau du commencement de cette courbure, il existe une rondelle transversale percée de plusieurs trous qui sert à fixer une petite éponge ou un morceau d’agaric. Cette disposition a pour but de fermer le larynx et de forcer l’air qu’on y injecte à pénétrer dans les poumons en l’empêchant derefluer à l’extérieur. — Ribemont a fait subir à cet instrument d’importantes modifications; il lui a donné une courbure moulée directement sur les régions à traverser, il a supprimé la rondelle d’agaric et y supplée par la forme conique qu’il donne à l’extrémité laryngienne du tube ; son but est d’obtenir ainsi une introduction plus facile et une fixation plus solide dans le larynx. 11 a adapté en outre à son instrument un insufflateur consistant en une poire en caoutchouc dont la capacité a été calculée sur celle des poumons de nouveau- né. Le tube laryngien de Ribemont n’a pas encore remplacé dans la pratique celui de Chaussier. C’est de ce dernier, dont il a réduit les deux ouvertures latérales donnant issue à l’air insufflé en une seule ouverture tout à fait terminale, que se sert Depaul, et il en décrit ainsi le mode d’emploi ; « L’enfant est couché sur un coussin de manière que la tête soit plus élevée que le bassin ; il est même bon que celle-ci soit un peu inclinée en arrière pour rendre un peu saillante la partie antérieure du cou. Avec l’indicateur ou le petit doigt, je suis la langue sur la partie médiane jusqu’à l’épiglotte. Je saisis alors de la main droite et comme une plume à écrire le tube laryngien très-près de son xtrémité renflée, et je le fais pénétrer dans la bouche par sa petite extrémité en la conduisant le long du doigt qui est déjà dans cette cavité. Quand l’instrument est parvenu au niveau de l’entrée du larynx, je l’incline vers la commissure gauche des lèvres, et par quelques légers mouvements je cherche à soulever l’épiglotte, ce qui s’obtient avec facilité. Il suffit alors de redresser l’instrument et de le porter en même temps vers la ligne médiane pour que son extrémité trouve la glotte. Avant de

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