‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 31 (volume 4)Chapitre 43 sur 90 · RÉTINE. - PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

RÉTINE. - PHYSIOLOGIE

De même pour la rétine : 1“ deux fils très fins, placés à une distance toujours égale de l’œil, sont rapprochés ou éloignés l’un de l’autre, de manière que leurs deux images restent distinctes ou se fusionnent en une seule ; 2“ on considère sur un pendule oscillant des points plus ou moins rapprochés de l’axe de suspension, de telle sorte que ces points paraissent immobiles ou animés de mouvements oscillatoires. En dirigeant le regard de manière que, par la vue directe, puis par la vue indirecte, les fils ou les points ainsi considérés viennent successivement se peindre sur la tache jaune et puis sur les autres parties de la sphère creuse rétinienne, on constate que lorsque, par exemple, l’image des deux fils vient se produire sur l’équateur de l’œil, il faut, pour qu’ils restent perçus distinctement l’un de l’autre, qu’ils soient 150 fois plus écartés que lorsqu’ils se peignent sur la tache jaune. L’expérience avec le pendule donne des résultats semblables.

11 résulte des expériences d’Aubert et de Fœrster que non-seulement l’acuïté visuelle diminue progressivement du centre vers la périphérie, mais encore que cet affaiblissement se produit d’une façon plus prononcée dans certaines directions méridiennes : elle s’émousse plus rapidement en haut et en bas, tandis que les parties externe et interne sont relativement plus sensibles à des distances égales du centre, mais la sensibilité (acuité visuelle) s’émousse plus lentement vers la région externe que vers l’interne; on trouve du reste sans ce rapport des variations individuelles assez notables.

Il ne faudrait pas conclure de ces faits que la rétine soit absolument moins sensible à la périphérie qu’au centre; ils montrent seulement que cette sensibilité ne permet plus à la périphérie de distinguer deux impressions portant sur des points rétiniens voisins : c’est une question à’ acuité visuelle, de même que les expériences sur le tact avec le compas de Weber nous instruisent sur Y acuité du tact. Quant à l’excitabilité absolue de la rétine, elle ne varie pas comme son acuité visuelle, car les expériences récentes de Charpentier ont démontré que le minimum de lumière nécessaire pour impressionner la rétine est le même pour les divers points de cette membrane, c’est-à-dire que toutes les parties de la rétine sont susceptibles d’être impressionnées également par un même point lumineux ; par contre. Charpentier a constaté de son côté que Vacuité visuelle décroît très-rapidement en dehors de la tache jaune, puis, après cette chute rapide, diminue lentement et régulièrement jusqu’à la périphérie.

Bien plus, G. Shadow vient de publier, sur l’excitabilité de la rétine à la lumière, des résultats qui, nous devons le dire, ne sauraient être acceptés qu’après nouveaux contrôles : en effet, d’après cet auteur, à 50 degrés en dedans de la fovea, c’est-à-dire sur une région déjà trèspériphérique, la rétine serait plus impressionnable à la lumière qu’au niveau du centre même. L’auteur fait remarquer toutefois que ce résultat est obtenu en excitant isolément (successivement) les deux régions considérées, mais que, lorsque le centre rétinien est éclairé en même temps

RÉTINE. - ORCITABILITÉ DE SES DIVERSES COUCHES. o5§

que la région périphérique, la sensibilité de cette dernière paraît moindre que dans le cas où elle reçoit isolément la lumière.

En résumé, nous pouvons conclure que la faculté de distinguer les objets les plus fins, de lii’e et d’écrire, de fixer les objets, etc., appartient à la macula , tandis que pour nous conduire et nous rendre un compte suffisant du milieu qui nous entoure, nous pouvons nous contenter des parties périphériques de la rétine. Que la tache jaune soit altérée ou détruite par un processus morbide quelconque, et que le reste de la rétine se maintienne sain, Tacuïté visuelle sera complètement éteinte, la lecture sera impossible, tandis que le malade pourra se conduire; lorsque au contraire la tache jaune seule est intacte, pendant que le reste de la rétine est détruit et atrophié, l’individu pourra lire les caractères les plus fins de l’imprimé, mais il ne pourra se conduire qu’avec peine.

Le centre et la périphérie rétiniennes présentent encore dans leur mode de sensibilité une autre différence mise en évidence par l’expérience suivante de C. Émery (1876) : on fait sur une feuille blanche un 'point noir et à quelque distance une ligne noire ; lorsqu’on fixe le point avec un seul œil, la ligne noire, d’abord bien visible, cesse bientôt d’étre distincte. C. Emery en conclut que toute image qui agit quelque temps sur un point périphérique de la rétine cesse bientôt d'être perçue, c’est-à-dire que l’excitabilité de cette partie est vite épuisée ; seule la fovea centralis est apte à la fixation et à l’analyse des images. Mais la périphérie de la rétine, inapte à la fixation, est au contraire très-sensible aux moindres modifications qui se produisent dans le champ visuel.

C. Sensibilité à la lumière des diverses couches de la rétine.

Après avoir déterminé la sensibilité relative des différentes régions de la rétine considérée en surface, nous devons faire cette même étude en considérant la rétine selon sa profondeur, c’est-à-dire examiner, parmi les nombreuses couches de cette membrane, quelles sont celles dans lesquelles se produit essentiellement l’excitation. Ce problème paraît au premier abord presque insoluble ; mais l’étude de certaines images entoptiques subjectives vient fournir à l’expérimentateur un moyen d’analyse très exact ; nous voulons parler de l’image des vaisseaux rétiniens, qui, situés dans les couches antérieures de la rétine, doivent projeter une ombre sur les couches postérieures. Cette ombre, nous ne la voyons pas normalement. Mais ne serait-ce pas que, par un résultat de l’habitude, cette ombre se projetant toujours sur les mêmes points, nous finirions par en perdre la conscience? Il s’agissait donc de trouver un moyen d’éclairage qui, déplaçant ces ombres, les rendît sensibles et nous permît de trancher ainsi la question d’impressionnabilité des couches sur lesquelles elles se projettent. C’est ce à quoi on est arrivé par plusieurs moyens, dont Purkinje a indiqué les principaux. Décrivons rapidement les expériences, nous eu tirerons plus tard les conclusions.

1“ Si au moyen d’une lentille convergente à court foyer on concentre un faisceau de lumière très-intense en un point de la surface externe de îsclérotique, le plus éloigné possible de la cornée, de manière à former

Page 1