RÉTINE. - MAGES CONSÉCUTIVES
par le fait même de sa circulation et de sa nutrition, à des causes d’excitation propre qui y font naître une impression lumineuse constante plus ou moins prononcée. Lorsqu’une partie de la rétine a été épuisée par une forte excitation extérieure, cette partie devient moins sensible à la lumière propre, c’est-à-dire que celle-ci joue alors le rôle de lumière réagissante, et qu’en définitive les conditions des images négatives dans le champ visuel dit obscur se trouvent ainsi identiques à celles de leur production dans le champ visuel uniformément clair ; il n’y a de particulier que l’origine de la lumière réagissante, qui est d’origine extérieure dans un cas, d’o'-iginc intérieure dans l’autre. On peut du reste, et c’est là une expérience très-démonstrative, emprunter à n’importe quelle source d’excitations artificielles (phosphènes, électrité) la lumière réagissante nécessaire pour développer les images consécutives négatives : ainsi, lorsqu’après avoir fait naître dans l’œil une image négative on fait traverser l’œil et le nerf optique par un courant électrique ascendant, ce qui produit l’éclairement bleuâtre du champ visuel, on voit l’intensité de l’image négative augmenter considérablement.
Nous l’avons dit précédemment, dans tous ces phénomènes d’images persistantes et d’images négatives, on ne saurait faire exactement la part de ce qui revient aux éléments rétiniens, nerveux (nerf optique) ou centraux (cerveau). C’est donc à tort (]ue Plateau, dont nous résumerons plus loin les théories dans une vue d’ensemble, n’a voulu voir dans ces faits que des manifestations de l’excitabilité rétinienne. Il semblerait même qu’ici, comme pour les images consécutives colorées dont nous aurons encore à parler, c’est la rétine qui prend la moindre part au phénomène. Nous ne citerons à l’appui de noire manière de voir que deux expériences : — 1“ Quand une image consécutive s’est produite, la grandeur de cette image paraît varier avec la distance de la surface sur laquelle on jette les yeux; cette circonstance avait été invoquée par J. Plateau pour prouver que le fait de la persistance est bien un fait rétinien, quant à son siège : « Car, disait-il, la partie modifiée (de la rétine) ayant une étendue constante, si nous attribuons successivement aux images des distances différentes, en les projetant sur des surfaces plus ou moins éloignées, nous devons nécessairement juger leur grandeur absolue plus ou moins considérable ». Mais cela ne prouve rien : car, en admcltant que le cerveau seul soit le siège de cette réviviscence de l’image, nous savons que tout organe central rapporte ses perceptions subjectives à l’extrémité des nerfs sen-iiifs corresjiondant et précisément dans une étendue périphérique en rapport avec l’étendue de l’organe central mis en action. Mais il est des preuves direclcs que la grandeur variable de l’image dé|)cnd d’un effet moral, et que, par suite, cette image ellemême est principalement de nature centrale. Van Breda a rernanjué qu’il voyait, en se couvrant parfaitement les veux, l’image accidentelle se rapetisser ou s’agrandir lorsqu’il c.xécutait des mouvements qui le rapprochaient ou qui l’éloignaient d’un objet réel occupant le lieu apparent de l’image. — 2" Si l’on examine une image stéréoscopique transparente,
NOUT. DICT. IIÉD, ET CHIR. XXXI — St)
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lorsque l’une des rétines est affectée par une image accidentelle, on voit celle-ci dans l’un des plans de l’image stéréoscopique sur lesquels on fixe particulièrement les yeux ; il est curieux de voir l’image suivre les reliefs donnés par le stéréoscope ; lorsqu’elle se rapproche des plans situés sur le devant, sa grandeur diminue; elle est plus grande incontestablement quand on l’observe dans les derniers plans, dans ceux qui paraissent les plus éloignés. « Il semblerait, di Melsens, auquel nous empruntons cette expérience, et qui se montre cependant très-partisan de la théoide de Plateau, il semblerait donc que l’imagination a une part très-considérable dans l’apparence, la petitesse et la grandeur de l’image accidentelle » .
Un phénomène très-remarquable, et dont l’explication est également facile par les données de la physiologie générale des nerfs, est celui connu sous le nom à' alternance des images consécutives. Nous en empruntons à Helmholtz la description et l’explication : « Dans l’état où l’on a rendu visible pour un instant, sous sa forme négative, au moyen de la lumière réagissante, une image consécutive persistante, bn voit quelquefois apparaître, aussitôt après, une image accidentelle positive dans le champ visuel obscur. Il faut conclure de là que l’excitation des parties fatiguées de la rétine, au moyen de la lumière réagissante, excitation qui est plus faible que celle des parties non fatiguées, présente cependant une durée plus longue, circonstance analogue à ce qui se passe pour les nerfs moteurs, puisque la contraction d’un muscle fatigué, moins énergique que celle d’un muscle qui ne l’est pas, présente une durée plus considérable ».
Couleurs des images consécutives et images consécutives des objets colorés. — Au moment où les images consécutives passent du positif au négatif, elles présentent des alternances de phases colorées dans leurs parties primitivement claires, c’est-à-dire que les parties blanches passent successivement par un bleu verdâtre à l’indigo, puis au violet, à l’orangé et finalement au vert jaunâtre. 11 est facile de se rendre compte de ces phénomènes en admettant que, pour les fibres qui président à l’impression par chacune des couleurs fondamentales, les périodes d’excitation persistante et d’épuisement ou fatigue consécutive, c’est-à-dire, en un mot, les différentes périodes des images consécutives (positive et négative) ont des durées différentes : ainsi une partie impressionnée par le blanc, c’est-àdire par du rouge, du vert et du violet, présentera d’abord une image persistante positive blanche ; puis, la persistance de l’excitation sur la fibre rouge cessant plus vite que sur les deux autres fibres, l’image positive perdra son élément rouge, c’est-à-dire passera au vert bleuâtre, etc. Mais l’arrivée d’une lumière réagissante pourra modifler l’aspect ou l’accentuer davantage. Si, pendant la présence de l’image accidentelle, dit Helmholtz, on laisse pénétrer peu à peu de la lumière réagissanle, en écartant doucement les mains dont on a recouvert les yeux, on voit cette image accidentelle passer à des phases plus avancées de son développement cliromatique ; elle revient au contraire à des phases moins avancées, lorsqu’on affaiblit la lumière réagissante. Si on laisse pénétrer la lumière
RETINE. - CONTRASTES.
au moment où les parties claires de l’image sont bleues, on les voit devenir jaunes; si l’on recouvre alors les yeux, on retrouve le bleu.
C’est qu’en effet ce que nous avons dit pour les images consécutives des corps simplement lumineux se reproduit, avec une modification facile à comprendre, pour les objets colorés. Si l’on regarde un objet rouge, puis qu’on ferme les yeux, par le fait de la persistance de l'excitation, on continue à voir l’objet avec sa couleur rouge; c’cst ici l’image consécutive positive, dite dans ce cas homochroïque (de même couleur que l’objet) ; mais, dès que cette image disparaît et est remplacée par une négative, cette dernière prend la couleur complémentaire, c’est-à-dire que, dans l’exemple choisi, elle est vue verte ou d’un bleu verdâtre. Pour obtenir ce résultat il faut que la lumière réagissante, qui développe le négatif, soit assez intense ; il faut, par exemple, après avoir regardé un objet coloré, porter le regard sur du papier blanc ou gris clair : si donc on a regardé du papier rouge, l’image consécutive négative obtenue en fixant du papier gris sera d’un bleu verdâtre. Du papier rose, au contraire, donnera une image négative complètement verte ; du vert en donnera une rosée, du bleu une jaune, et du jaune une bleue. La rétine (ou le nerf optique) peut donc éprouver une fatigue partielle pour les couleurs (Foi/, ci-dessus, pag. 372, la question des couleurs saturées) ; si, par exemple, d’après l’hypothèse de Th. Young, les fibres sensibles au vert ont subi une grande excitation et une grande fatigue en présence d’une lumière verte, lorsque cette même partie de la rétine reçoit ensuite de la lumière blanche, l’impression du vert est affaiblie ou supprimée, et celles du rouge et du violet sont vives et dominantes ; leur somme donne alors l’impression du pourpre, qui, en se mélangeant avec le blanc invariable du fond, produit la couleur rose. 11 va presque sans dire que, si Ton emploie comme lumière réagissante non de la lumière blanche, mais de la lumière colorée, l’image négative aura une couleur mixte, résultant de la couleur du fond et de la couleur que doit avoir l’image négative en raison de la nature des fibres qui ont été précédemment épuisées par l’impression directe.
Contrastes. — C’est encore par la fatigue rétinienne que s’expliquent la plupart des phénomènes connus sous le nom de contrastes des couleurs. Cependant il faut distinguer ce que Chevreul a appelé le contraste successif et le contraste simultané.
Tous les faits que nous venons d’indiquer relativement aux images consécutives colorées et négatives (non homochroïques) rentrent dans la classe des contrastes successifs ; ce sont des phénomènes grâce auxquels une partie de la rétine, selon qu’elle vient d’être fatiguée par l’impression d’une couleur, devient par cela même plus ou moins apte à être impressionnée par une autre couleur ; si Ton a regardé une surface rouge, puis qu’oii regarde une surface bleu vert, les fibres du rouge étant fatiguées par la première impression, il n’y a que les fibres du vert et du violet qui entrent fortement en action, et alors le bleu vert est vu avec une netteté, une saturation toute particulières (Foÿ., p. 372) ; on dit alors que ce bleu
RÉTINE. - PHYSIOLOGIE DE LA RÉTINE
vert est vu plus fortement par un effet de contraste, ce qui revient à dire que l’impression du bleu vert objectif est comme renforcée par l’image accidentelle négative du rouge, puisque celle image négative est précisément complémentaire du rouge, c’est-à-dire formée de vert et de violet. — C’est encore dans la classe des contrastes successifs que rentrent les moiliflcalions qu’imprime à une couleur une autre couleur placée dans son voisinage immédiat : c’est qu’en effet, dans l’usage habituel de nos yeux, nous laissons toujours le regard errer sans cesse d’un point à un autre ; le regard «lissant ainsi sur des surfaces et des objets clairs, sombres ou colorés, l’impression de chaque couleur est modiûée, puisqu’elle vient successivemént exciter des pai ties de la rétine qui immédiatement auparavant avaient été frappées par d’autres couleurs et dont la sensibilité est ainsi modiQée: chaque champ coloré donne ainsi une image consécutive négative, qui, par suite des oscillations du regard, arrive à être couverte par le champ coloré voisin et en change la teinte perçue. — De même nature est le phénomène qu’on observe lorsqu’un champ très-petit, d’une couleur déterminée, se présente sur un fond large d'uue autre teinte : si, par exemple, il y a un espace ronge (un petit carré de papier rouge) sur un fond gris, notre reirard passant toujours, par des oscillations presque insensibles de l’œil, par-dessus le bord du rouge au gris, les parties grises les plus voisines du rouge sont atteintes par une image consécutive négative du rouge, et apparaissent avec une faible teinte de vert bleuâtre. Inversement, si l’on fixe un morceau de papier blanc ou gris avec un œil et qu’on glisse derrière un verre coloré, le morceau de papier [ireiid immédiatement la couleur complémentaire du verre coloré, et la prend seulement sur ses bords, si le papier a une large surface, sur toute son étendue, si cette surface est peu considérable. — Tous ces phénomènes sont des contrastes successifs, quoiqu’à première vue on soit tenté de les prendre pour des contrastes simultanés, si l’on ne tient pas compte de ce fait que dans l’usage habituel de nos yeux nous laissons toujours le regard eirer d’un point à un autre.
Quels sont doue les phénomènes qui méritent le nom de contrastes simultanés? Ce sont, ceux dans lesquels les mouvements de l’œil sont absolument exclus, de sorte qu il n’y ait pas inodilîcation de l’excitabilité d’une région rétinienne par la fatigue résultant d’une impression colorée antérieure. Ces contrastes sont rares, et nous n’en citerons qu’un exemple destiné à montrer qu’il s’agit ici non pas de phénomènes rétiniens, mais d’actes purement psychiques dans les(|uels le jugement joue le rôle le plus important. Nous voulons parler de la célébré expérience des ombres colorées. Si, à la clarté du jour, on al'mne une bougie dont la lumière est rougeâtre, et si l’on fait tomber l’ombre d’un corps éclaii'é par cette bougie sur un papier blanc, roinbre devrait paraî're grise, puisqu’elle n’est due qu’à la lumière diurne, et cependant elle est bleuâtre. La cause en est évidemment dans la comparaison avec la lumière rougeâtre ambiante qui provient de la bougie. Cette lumière nous semble blanche, parce que nous sommes habitués à considérer la lumièiœ diffuse comme blanche.