NOUV. DICT. HÉD. ET CHIR. XXVIII
plus grave et nous avons déjà signalé ces broncho-pneumonies remarquables par leur prédominance dans le tissu périlobulaire et périacineux où l’on observe des lymphangites plus intenses que dans les autres formes et qui sont peut-être en rapport avec la tendance spéciale de la maladie à porter principalement sur le système lymphatique. Cette forme de bronche-pneumonie s’observe également chez l’adulte. La broncho-pneumonie peut se développer pendant les divers stades de la fièvre typhoïde, quelquefois pendant îa convalescence. Comme nous le verrons, elle peut revêtir la forme subaiguë, et aboutir à la sclérose et à la dilatation des bronches.
Les diverses maladies que nous venons de passer en revue influent d’une manière prépondérante sur le développement de la broncho-pneumonie, en donnant à l’inflammation bronchique une gravité et quelquefois une forme toutes spéciales. Beaucoup plus rarement dans la bronchite simple causée par un refroidissement, on peut voir l’inflammation gagner peu à peu les bronches lobulaires et le lobule. Habituellement, cette marche s’observe dans les bronchites qui présentent de bonne heure des caractères de gravité, et quelquefois même l’évolution se fait avec une extrême rapidité, tellement qu’il semble que les deux phlegmasies bronchiques et pulmonaires se soient développées en même temps et que la broncho-pneumonie se soit constituée primitivement. Ces cas s’observent à la suite d’une perturbation de la circulation et de l’innervation, froid prolongé, brûlures très-étendues, etc... Cette marche foudroyante, (Wilks, Bàlzer) peut également s’observer dans les maladies que nous avons citées, notamment dans la diphthérie et dans la rougeole. Mais, même dans ce cas où la phlegmasie semble s’étendre d’emblée à toute la surface des voies respiratoires, l’examen des lésions montre que leur filiation existe toujours, et que leur succession, pour être plus rapide, n’en est pas moins réelle. C’est surtout, en effet, la lésion épithéliale qui progresse avec cette rapidité ; le parenchyme est noirâtre, gorgé de sang, en sorteque, avant l’intervention du microscope, ces lésions étaient considérées comme de simples congestions. Mais l’analyse histologique démontre l’existence d’une pneumonie desquamative plus ou moins intense dans tous les points congestionnés et de plus, dans les lobules qui ont été atteints les premiers, des lésions parenchymateuses variables en étendue et dont la localisation autour de la bronche prouve bien que celle-ci est le point de départ de l’inflammation.
Parmi les maladies chroniques qui se compliquent de broncho-pneumonie, il faut citer surtout les maladies du cœur et des reins. Les maladies du cœur se compliquent assez fréquemment de broncho-pneumonie, principalement chez le vieillard. Rayer l’a observée plusieurs fois dans le mal de Bright, et le récent travail de Lasègue sur les bronchites albuminuriques donne à penser que cette complication ne doit pas être très-rare. Nous nous bornerons à signaler l’ impaludisme chronique qui a également paru, dans plusieurs cas, se compliquer de broncho-pneumonie.
La tuberculose n’est pas, en réalité, une cause de broncho-pneumonie;
celle-ci ne se développe que lorsqu’une bronchite coïncide avec elle. Le fait peut se produire pendant une tuberculose pulmonaire en voie d’évolution et les noyaux de broncho-pneumonie se montrent le plus aux bases des •deux poumons. Il est rare qu’on ne trouve pas, à l’autopsie des enfants tuberculeux, des noyaux de pneumonie développés pendant la période terminale.
Chez les enfants mal nourris, épuisés par de longues maladies, on voit souvent survenir des broncho-pneumonies qualifiées par les auteurs de ■cachectiques et qui apparaissent surtout dans les derniers jours de la vie. La cachexie et l’anémie qui résultent des maladies constitutionnelles, scrofule, tuberculose, rachitisme, diabète (Steiner) favorisent le développement de çcs accidents. Il en est de même des affections chroniques de longue durée pendant lesquelles les malades restent trop constamment dans le décubitus dorsal (coxalgie, mal dePott , ètc...), La dysenterie, l’entérite le coryza simple ou syphilitique, le sclérème des nouveau-nés, présentent souvent cette complication ultime. C’est l’affaiblissement, la cachexie qui doivent surtout être mis en cause, le catarrhe bronchiquè serait sans gravité dans le plus grand nombre des cas. La stagnation du sang et des mucosités dans les parties déclives du poumon provoque ces broncho -pneumonies cachectiques qui ne s’accompagnent que d’une réaction peu marquée; la toux, la dyspnée, les signes physiques, sont également peu accusés et la complication reste le plus souvent latente.
Pathog'émie. — Comme nous l’avons vu, on admettait autrefois que toutes les lésions de la broncho-pneumonie devaient être rapportées à l’exagération des sécrétions bronchiques. Les grains jaunes , d’après Fauvel, Béhier, etc..., seraient dus uniquement à la pénétration du pus dans le lobule, lequel en réalité ne participerait pas à la production des lésions : c’est la théorie dite de la bronchite capillaire.
D’après une autre théorie, soutenue surtout par’Ziemssen et Bartels, le muco-pus formant bouchon commence par obturer les bronches et par déterminer l’affaissement et la congestion du lobule. Cette congestion constitue le premier degré de la pneumonie lobulaire, consécutivement l’hépatisalion ne tarde pas à paraître. Nous avons déjà discuté et rejeté cette théorie qui tend à créer une pneumonie lobulaire indépendante de la bronchite (Voyez page 546). Elle est également détruite par ce fait, qu’il est fréquent de voir des noyaux de broncho-pneumonie se développer dans des portions de poumon non envahies par l’état foetal. Celui-ci favorise cependant d’une manière évidente la marche des lésions dans le lobule ; la congestion des zones splénisées doit lui être rapportée en grande partie, ainsi que l’œdème et l’exsudation qui lui succèdent.
En somme, le problème à résoudre est le suivant : est-ce l’inflammation elle-même qui se propage, de proche en proche, des bronches jusqu’aux lobules? Faut-il admettre que les produits de sécrétion, en pénétrant dans les bronches lobulaires et acineuses, déterminent l’inflammation du lobule en agissant comme les corps étrangers?
L’expérimentation sur les animaux confirme, jusqu’à un certain point,
cette dernière manière de voir. A l’aide d’injections de liquides irritants dans les bronches: térébenthine (Trasbot et Cornil), nitrate d’argent, chlore, ammoniaque (Jürgensen), les expérimentateurs ont produit des bronchites rapidement suivies de pneumonies lobulaires suraiguës. Les mêmes lésions résultant également de l’irritation directe produite par les corps étrangers, ont été obtenues à l’aide de méthodes moins brutales. La section des pneumogastriques faite par Traube (1846) produit des lésions trop intenses, trop rapidement suivies de mort pour que les analogies soient complètes. Avant Traube, Reid (1839) et Longet (1840) avaient vu également ces lésions, mais ils les avaient considérées comme des pneumonies; Magendie (1816) pensait qu’elles succédaient à l’accumulation des mucosités dans les bronches dont la muqueuse avait perdu sa sensibilité; Legallois, Schiff, Wundt, ont simplement vu des troubles de l'innervation vaso-motrice. Arnsperger (1856) croit qu’il s’agit seulement d’un collapsus; Boddaërt (1862) adopte une opinion mixte, reliant les opinions divergentes. Friedlaënder, renonçant à la section des pneumo-gastriques, a imaginé de faire chez le lapin la section du récurrent, qui permet une survie beaucoup plus longue pouvant atteindre vingt jours, et cause des lésions comparables à celles qu’on obtient par la section des pneumogastriques. Les expériences de Frey ont confirmé les résultats obtenus par Friedlaënder; l’examen microscopique a prouvé qu’il s’agit bien d’une pneumonie lobulaire aiguë. Ces expériences, répétées par Charcot, lui ont démontré l’évolution d’un processus semblable à celui de la broncho-pneumonie : hypersécrétion bronchique, d’abord muqueuse, puis muco-purulente, lésions pulmonaires principalement dans les lobes supérieurs présentant l’aspect de l’hépatisation et de la splénisation. Au microscope, on retrouve les lésions caractéristiques de la splénisation et les nodules péribronchiques. Chez les chiens surtout, les lésions se rapprochent beaucoup de celles qu’on observe chez l’homme; il y a même de la fibrine dans les exsudats. Charcot fait remarquer un point important, c’est qu’il n’y a point d’atélectasie. Si l’animal survit pendant quelque temps, on voit les lésions envahir progressivement tout le lobule, et la plèvre participer à l’inflammation. L’accumulation des leucocytes et des cellules épithéliales fait peu à peu disparaître les zones splénisées. Les éléments, vers la troisième semaine, subissent la dégénérescence granulograisseuse, le tissu conjonctif qui entoure la bronche et les acini prolifèrç et s’épaissit, le processus^ devient chronique. Évidemment la marche de ces lésions se rapproche beaucoup de celles qu’on observe chez l’enfant; les auteurs allemands vont même jusqu’à admettre identité complète (Wyss) ; la pathogénie de ces lésions s’explique par la pénétration de corps étrangers dans les voies aériennes, liquide buccal, parcelles alimentaires, résultant de la paralysie des nerfs laryngés et de l’occlusion incomplète de la glotte. Chez jle lapin, on observe, après la section des nerfs laryngés, des troubles considérables delà respiration et du cornage. Mais ces désordres s’apaisent bientôt et ils ne peuvent être expliqués par des troubles de l’innervation vaso-motrice du poumon, les nerfs laryngés étant
sans relation avec cet organe. Après la section du pneumogastrique, les mêmes effets se produisent, mais plus accentués ; par suite de la paralysie du larynx, les matières accumulées dans la bronche pénètrent en grande quantité dans les bronches où leur introduction est encore facilite par les respirations profondes qui succèdent à la section du pneumogastrique. Les animaux succombent bientôt à une pneumonie suraiguë. A part la paralysie des vaso-moteurs qui, dans ce dernier cas, aggrave encore les accidents, ceux-ci résultent aussi de l’action irritante, traumatique, exercée par les corps étrangers à la surface interne des bronches et amenant consécutivement une inflammation plus ou moins intense. Dans plusieurs expériences, l’introduction directe des mucosités dans les bronches, sans section des nerfs vagues, a donné des résultats positifs ; d’après les auteurs allemands, ces mucosités buccales sont plus irritantes que les autres matières qui pénètrent dans les bronches. Ils attribuent aussi un rôle trèsimportant à la présence de parasites, de micrococcus formant des agglomérations plus ou moins considérables qui ont été vues dans les bronches, les alvéoles, les vaisseaux, les lymphatiques. Bulh, Éberth, Ivanowsky, Wyss, les ont trouvés dans la diphthérie, la grippe, la rougeole, la variole, la fièvre typhoïde. On les trouve surtout dans les broncho-pneumonies au début ; mais leur présence dans des broncho-pneumonies d’origines si diverses, nous semble en contradiction avec le rôle important qu’on veut leur faire jouer.
Une première catégorie de broncho-pneumonies correspond directement à ces broncho-pneumonies expérimentales ; ce sont celles qui se produisent dans les cas d’apoplexie par lésions cérébrales accompagnés de parésie pharyngienne, par suite de la pénétration dans les voies aériennes des mucosités buccales, des matières alimentaires et des boissons, celles qui s’observent chez les aliénés (Calmeil, Guislain), dans les paralysies du pharynx et de l’œsophage, chez les individus cachectiques ; de même les broncho-pneumonies aiguës qu’on observe à la suite de la carie du rocher, du cancer de la langue, du noma, des abcès retro-pharyngiens, et qui s’accompagnent habituellement de gangrène. Au contraire, celles qui succèdent à l’introduction de corps étrangers non irritants donnent lieu à des broncho-pneumonies chroniques (Pneumonokonioses).
Mais dans les cas les plus nombreux de broncho-pneumonies, il n’y a pas pénétration de corps étrangers dans les voies aériennes; dans ces cas, le muco-pus non rejeté par l’expectoration et séjournant dans les bronches, joue en partie le même rôle (Charcot) ; entraîné par la pesanteur, il vient irriter la muqueuse des petites bronches dans lesquelles il pénétre (Bühl), et facilite ainsi la propagation de l’inflammation. Celle-ci finit par atteindre le lobule et la pneumonie lobulaire ne tarde pas à se développer ; le muco-pus peut même pénétrer jusque dans les- bronches lobulaires et participer ainsi à la formation des grains jaunes ou nodules péribronchiques. Cependant, comme nous l’avons déjà dit, ce fait de la pénétration du pus est secondaire, son rôle se borne à entretenir et à exagérer l’irritation. Les lésions éloignées, comme l’a fait remarquer Charcot,
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telles que la splénisation dont le caractère anatomique est la pneumonie desquamative, ne peuvent en dériver. La splénisation ne peut être considérée davantage comme le résultat d’une action irritative exercée à distance par les noyaux d’hépatisation péribronchique, car souvent elle les précède. Il se produit là de proche en proche des lésions irritatives semblables à celles qui succèdent dans les acini des glandes aux lésions de leurs canaux excréteurs. Ces lésions sont surtout remarquables à la suite de la ligature du canal cholédoque et retentissent jusque dans les canaux biliaires les plus profonds. L’épithélium alvéolaire en continuité avec l’épithélium bronchique et originellement, de même nature, subit les mêmes influences irritatives et participe aux mêmes altérations. Il y a donc desquamation alvéolaire et si l’irritation continue et devient chronique, il y aura formation d’un revêtement épithélial cubique, semblable à celui des petites bronches ; l’irritation épithéliale, dit Charcot, serait le fait le plus général, la pénétration des produits muco-purulents dans la cavité alvéolaire serait en quelque sorte accidentelle et ne jouerait qu’un rôle adjuvant. La formation des nodules péribronchiques serait subordonnée à l’existence de la péribronchite. Comme on le voit, c’est le processus dont nous avons donné le résumé à la fin du chapitre de l’anatomie pathologique ; favorisée par l’action de la pesanteur, par la persistance de l’hypostase et la progression du rnucopus, la bronchite gagne les conduits lobulaires. Si elle est peu profonde, catarrhale, c’est la pneumonie desquamalive ou splénisation qui en sera le premier effet ; si elle comprend toute l’épaisseur de la bronche, si elle est parenchymateuse, en un mot, des lésions du même ordre se produiront dans les portions du parenchyme lobulaire voisines de la bronche et dans lesquelles viennent se perdre les ramuscules terminaux de l’artère bronchique. La notion des espaces interlobulaires et intralobulaires établie d’une manière si ingénieuse par Charcot, montre d’une manière saisissante la marche de ce processus (Voy. art. Phthisie, t. xxvii, p. 696.) Dans la structure du poumon, on peut distinguer, d’une part, le tissu pulmonaire proprement dit, représenté par les lobules et les acini, et d’autre part, le tissu conjonctif des espaces interlobulaires et inleracineux. Or, ces espaces forment naturellement deux grandes classes : A, les grands espaces interlobulaires où se trouvent les bronches cartilagineuses avec les artères, les lymphatiques péribronchiques, les veines pulmonaires et bronchiques ; B, les petits espaces intralobulaires avec la bronche lobulaire et l’artère bronchique, les vaisseaux lymphatiques et le tissu conjonctif qui les unit, et les petits espaces interlobulaires et interacineux composés surtout de tissu conjonctif, et renfermant de nombreux lymphatiques et les veines pulmonaires (Charcot). Il est aisé de se rendre compte, d’après ces notions d’anatomie, du véritable siège de la broncho-pneumonie; c’est avant tout une maladie des espaces, et ce caractère s’affirme d’autant plus qu’elle présente une durée plus considérable.
L’inflammation atteignant à la fois les divers éléments de la bronche, les parois des vaisseaux, les lymphatiques et le tissu conjonctif de l’espace.
elle donnera lieu dans le lobule aux mêmes lésions de l’espace intralobulaire. Celles-ci sont rapidement propagées au tissu pulmonaire voisin pour former le nodule péribronchique, et aux espaces périacineux et périlobulaires dont les vaisseaux sanguins sont tributaires des vaisseaux situés dans les espaces intralobulaires et interlobulaires avec lesquels ils se continuent directement.
Ces notions sont importantes à connaître: elles expliquent les anomalies qui se rencontrent dans les diverses variétés de broncho-pneumonies. La forme suffocante, si dangereuse à cause de l’hypersécrétion considérable qui l’accompagne et qui produit l’emphysème par obstruction bronchique, est celle qui guérit le plus rapidement, parce que les lésions n’occupent que la surface des voies aériennes. Les formes parenchymateuses, au contraire, sont graves et se résolvent difficilement, parce que l’inflammation est en même temps superficielle et interstitielle, et comme telle, présente la tendance à la chronicité qui caractérise toutes les pnlegmasies interstitielles.
La pneumonie franche, au contraire, a pour siège le tissu intermédiaire aux espaces ou tissu propre du poumon. D’abord limitée, mais sans localisation spéciale par rapport aux bronches, elle s’étend rapidement à tout un lobe, en envahissant des zones étendues de tissu pulmonaire. L’exoudat composé de fibrine et de globules blancs est libre dans l’intérieur des alvéoles; les espaces sont respectés. U y a tendance naturelle à la résolution qui résulte à la fois du siège et de la nature de l’exsudât.
L’examen de ces diverses lésions et de leur pathogénie peut déjà nous faire prévoir que les phénomènes cliniques qui les accompagneront seront surtout ceux d’une bronchite généralisée, engouement bronchique avec dypsnée et toux, conduisant à une asphyxie rapide dans la forme suffocante, plus ordinairement lente dans les formes parenchymateuses. L’accumulation des mucosités peut être assez considérable pour empêcher de percevoir par l’auscultation les signes de l’induration pulmonaire, soit qu’elle empêche la pénétration de l’air dans les bronches, soit que les râles soient trop nombreux et couvrent le souffle bronchique. Celui-ci reparaît lorsque les mucosités se déplacent. Ces variations dans les symptômes physiques ne doivent être rapportées qu’aux deux éléments capables par leur mobilité d’apporter des modifications dans l’état des poumons, savoir : les mucosités et le sang. Il faut écarter, en effet, dans les causes de variations des signes physiques, la mobilité d’envahissement, celle qui dépend de la formation de nouveaux noyaux de pneumonie. D’autre part, ce que nous savons sur la fixité des lésions du lobule, ne nous permet pas de penser à une résolution rapide. La mobilité des signes physiques tient donc aux déplacements de la masse sanguine en rapport avec l’état fœtal, les poussées inflammatoires, les troubles de l’innervation vaso-motrice, et aux déplacements des mucosités par suite d’efforts, de spasmes des bronches, etc. Mon excellent maître, Cadet de Gassicourt, attribue un grand rôle aux congestions dans la physiologie pathologique de la broncho-pneumonie; elles s’accompagnent de submalité, de souffle, d’une augmenta-
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tion de la dypsnée, signes qui peuvent durer 24 heures, 2 ou 3 jours, puis cesser complètement. Il montre qu’à côté du processus inflammatoire, il y a des poussées congestives révélées par l’examen clinique et par le tracé thermométrique et qui modifient beaucoup la physionomie de la maladie, surtout son début. Cadet de Gassicourt établit l'existence de deux variétés cliniques sur cette mobilité des congestions, l’une à symptômes stéthoscopiques variables, l’autre à symptômes stéthoscopiques fixes.
Une réaction fébrile plus ou moins vive avec des exacerbations caractéristiques accompagne l’évolution de la broncho-pneumonie. Le rétrécissement du champ de l’hématose par suite de l’obstruction des bronches, et de la formation des foyers de pneumonie lobulaire, entraîne le développement de l’emphysème supplémentaire. Si le malade n’est pas tué par les progrès de l’asphyxie ou par une réaction trop violente, il y aura toujours à redouter une résolution incomplète, à cause des lésions interstitielles.
Traitement. — L’étude des causes nous impose immédiatement un certain nombre d’indications prophylactiques importantes. Comme nous l’avons vu, la broncho-pneumonie se présente avec une fréquence et une gravité toutes spéciales dans certaines épidémies de fièvres éruptives. On devra autant que possible dans ces circonstances établir une bonne aération des salles, éviter l’encombrement des malades, en un mot, mettre sévèrement en pratique toutes les règles de l’hygiène des épidémies.
Une source d’indications découle aussi de la faiblesse et de la débilité des malades en rapport soit avec leur âge, soit avec des affections antérieures. Lorsqu’une bronchite intense et généralisée se déclare chez un enfant, chez un vieillard, ou chez, un individu affaibli, il faut s’efforcer d’éviter les conséquences redoutables qui résultent de l’influence d’un décubitus dorsal trop prolongé. Il est indiqué de forcer les malades à s’asseoir dans leur lit, de les faire changer fréquemment de position, de les promener dans la chambre si cela est possible. Yalleix conseille le décubitus abdominal pour faciliter l’expectoration, et d’enlever directement avec le doigt les mucosités qui s’accumulent dans le pharynx. Ce traitement préventif ne s’applique évidemment qu’aux bronchites simples; il rie faut guère compter sur lui, non plus que sur les agents thérapeutiques, s’il s’agit d’une bronchite diphthéritique.
Au début, on doit régler tout d’abord l’emploi des moyens hygiéniques ; la chambre est maintenue à une température de 15 degrés et le malade chaudement vêtu d’une camisole. On favorise ainsi la diaphorèse ; on doit éviter cependant que l’air soit trop chaud et surtout trop seç et il est utile de faire autour du malade des pulvérisations ou des fumigations émollientes. L’air doit être renouvelé fréquemment avec les précautions voulues en pareil cas ; le calme, le repos sont nécessaires. La plupart des auteurs, frappés des tendances adynamiques de la maladie, proscrivent la diète absolue. Le régime peut être réglé souvent d’après les désirs de l’enfant ; le bouillon, le chocolat, le lait, les œufs, le lait de poule, le vin coupé, etc., sont les aliments le plus facilement acceptés.
Pour Pùlliet et Barthez, les indications doivent être tirées principalement de la nature de la maladie : appartenant aux affections catarrhales, elle doit être combattue par les indications spéciales qu’elles réclament. Ce sont les évacuants beaucoup plus que les antiphlogistiques, qui rendront les meilleurs services.
Les émissions sanguines sont considérées aujourd’hui comme inutiles et même dangereuses dans le plus grand nombre des cas. La bronchopneumonie, mgjadie secondaire, survenant le plus souvent chez des enfants déjà affaiblis par une autre affection, causée fréquemment par cet affaiblissement même, ne peut être favorablement modifiée dans sa marche par une médication aussi énergiquement spoliatrice. A ce titre, Damaschino, d’Espine et Picot les repoussent complètement; nous ne les avons jamais vues mises en usage pendant notre internat à l’hôpital Sainte- Eugénie. Hervieux, Pùlliet et Barthez conseillent, dans certains cas, l’emploi des émissions sanguines locales (sangsues à l’anus, ou à la base du thorax, ventouses scarifiées). Roger croit aussi qu’une émission sanguine peut être d’une utilité réelle, chez les sujets âgés de plus de quatre ans, quand il s’agit de cas suraigus, à forme suffocante, dans lesquels la phlegmasie s’étend rapidement à tout l’arbre aérien. 11 conseille également les ventouses scarifiées, les sangsues et même la saignée du bras (100 à 200 grammes), dans le but de diminuer l’intensité du mouvement fébrile et l’hypérémie des bronchioles.
Il est possible que cette perturbation énergique exerce une heureuse influence sur le mouvement fluxionnaire intense qui se produit dans le système broncho-pulmonaire. Cependant cette médication ne peut être appliquée qu’à un très-petit nombre de cas, et on peut en dire presque autant de celle qui consiste à employer les contro-stimulants. L’émétique à doses fractionnées (5 à 15 centigr.), de manière à obtenir la tolérance, l’oxyde blanc d’antimoine (de 5 à 5 déc;igr. à 1 gramme), et surtout le kermès minéral (de 5 à 10 centigrammes) ont été vantés par Rilliet et Barthez, par Legendre, etc. Les préparations antimoniales combattent l’élément congestif de la maladie, mais elles ont l’inconvénient de déprimer les forces ; aussi leur emploi méthodique et continu s’est-il fort restreint depuis quelques années.
On a prescrit comme exerçant une action antiphlogistique plus modérée, l’aconit, à la dose de 15 à 50 gouttes (Rilliet et Barthez). La digitale est considérée par H. Roger comme diminuant l’intensité de la fièvre; il a vu la température s’abaisser, le pouls tomber de 150 à 120 et même à 110. Ces diverses préparations peuvent être prescrites seules ou associées au kermès (extrait de digitale et kermès, 5 à 5 centigr. de chacun dans un julep gommeux ou un looch blanc) ; leur action sur le cœur doit toujours être surveillée avec la plus grande attention.
Les préparations antimoniales, et principalement l’émétique, ont un rôle plus important à jouer, lorsque les signes d’obstruction bronchique indiquent impérieusement la nécessité de l’expulsion des produits de sécrétion accumulés dans les bronches. Cependant, parmi les vomitifs,
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l’ipécaçuanha est celui qu’on emploie de préférence, car on peut le répéter plusieurs fois, sans crainte de le voir affaiblir les malades, où exercer une action nuisible sur le tube digestif. Laënnec, Fauvel, Rilliet et Barthez ont souvent insisté sur les avantages qu’on retire des vomitifs répétés coup sur coup. L’acte même du vomissement est utile, par les secousses qu’il produit, par l’hypersécrétion fluide et prompte qu’il détermine. L’ipécacuanha peut être infidèle dans quelques cas, soit à cause d’une tolérance spéciale, soit à cause de l’atonie du tube, digestif, ou de la dépression causée par l’asphyxie. Rilliet et Barthez conseillent d’abord de faire précéder son administration de stimulants énergiques (sinapismes aux jambes, bains de pied sinapisés), à la suite desquels on voit parfois les efforts de vomissement se reproduire avec assez de force pour expulser le contenu des bronches. Dans d’autres cas, il faut recourir au tartre stibié qui agit parfois plus sûrement. Ce sel peut même être préféré dans les cas où l’on veut provoquer en même temps des évacuations stomacales et intestinales (H. Roger). Le sulfate de cuivre produit également ce double effet, mais parfois d’une manière beaucoup trop intense. Il est d’ailleurs peu employé, ainsi que l’apomorphine qui pourrait cependant être prescrite aux enfants qui refusent obstinément tous les médicaments. Dans ces derniers temps, les médecins ont restreint l’emploi des vomitifs ; évidemment très-utiles au début, alors que la bronchite prédomine, ils sont moins avantageux ou même inutiles lorsque l’infiltration des lobules est effectuée, il est préférable de recourir à ce moment aux autres moyens thérapeutiques.
Après les vomitifs qui agissent surtout comme expectorants, nous devons signaler les autres médications qui modifient :la sécrétion bronchique ; le kermès, l’ipéca à dose nauséeuse (0,25 centigr. en potion ou en infusion) sont encore employés dans ce but, ainsi que la poudre de Dower dont l’action sédative répond en outre à d’autres indications. Ils peuvent rendre la sécrétion plus abondante, en même temps plus fluide, et faciliter ainsi son évacuation. Les balsamiques, la gomme ammoniaque, la décoction de baies de genièvre ou de bourgeons de sapin, les sirops de Tolu, de térébenthine, etc., rendent plutôt des services dans la période de déclin de la maladie, ou lorsqu’elle présente de la tendance à la chronicité. Il en est de même du sirop de ratanhia et de tannin, des préparations de soufre, et en particulier des eaux sulfureuses.
Les médications que nous venons de passer en revue répondent à des indications diverses ; elles agissent sur l’état général et combattent l’élément inflammatoire de la maladie, soit en agissant sur la turgescence du système vasculaire des bronches et des poumons, soit en empêchant l’accumulation des produits sécrétés dans l’arbre aérien. Les révulsifs, et principalement les vésicatoires volants, empêchent également l’extension de la fluxion sanguine broncho-pulmonaire. Repoussés par Trousseau, par Legendre, Becquerel, qui redoutaient la production d’ulcérations rebelles ou d’accidents plus graves (érysipèle, diphthérie, gangrène), ils ont été au contraire préconisés par Rilliet et Barthez et la plupart des
auteurs. Il est seulement recommandé de les faire peu étendus, de limiter leur temps d’application à cinq ou six heures tout au plus et dè les panser avec le plus grand soin, de manière à éviter le contact de l’air et les frottements. L’apparition de la matité ou de la submatité, du souffle ou des râles sous-crépitants fins, annonce la production de poussées inflammatoires, et détermine ainsi le point où ils doivent être placés ; le plus souvent, c’est aux parties postérieures et inférieures de la poitrine, ou audessous de l’omoplate, et dans la direction des côtes. Dans beaucoup de cas, ils ont paru exercer une action très-manifeste sur la marche de la maladie, en empêchant l’extension des foyers de pneumonie, en diminuant la fluxion des voies respiratoires, et dans les dernières périodes, en hâtant la résolution. A ce moment, d’autres révulsifs, huile de croton sur le dos (Legendre), sinapismes, emplâtres de thapsia, teinture d’iode peuvent être employés également ; mais il faut leur préférer les vésicatoires pendant la période des poussées aiguës du côté des bronches ou des nbules pulmonaires. L’enveloppement des membres inférieurs dans la ouate simple ou légèrement sinapisée est un excellent moyen adjuvant.
Il y a moins à compter sur les agents de la révulsion intestinale. Les purgatifs sont employés pour hâter la résolution dans la période terminale, et quand il se présente des indications spéciales du côté du tube digestif. On prescrit surtout les laxatifs doux, la manne, le sirop de rhubarbe, l’huile de ricin, le sirop de. chicorée et de fleurs de pêcher. Les médecins anglais se servent aussi du calomel à dose purgative ou à dose altérante, et dans ce dernier cas, l’associent parfois aux antimoniaux (West). Les mêmes indications spéciales s’appliquent aux diurétiques (sous-carbonate de potasse, oxymel scillitique, etc.).
% Les sédatifs répondent à plusieurs indications symptomatiques ; sans parler du délire, des convulsions qui constituent une véritable complication, on a souvent à calmer une agitation très-vive qui s’empare du malade et s’accompagne d’une sorte d’éréthisme douloureux. Les quintes de toux, la dyspnée, l’insomnie sont exagérées dans ces circonstances. Les narcotiques peuvent être prescrits, même le laudanum (goutte par goutte) et le chloral (0,25 centigr., à 1 gramme) ; mais ces agents doivent être maniés avec précaution et réservés autant que possible pour les cas trèsgraves. On leur préfère l’eau distillée de laurier-cerise (4 à 10 grammes), la belladone (extrait, 1 à 5 centigrammes), le datura, la jusquiame, le bromure de potassium, les préparations de ciguë, de phellandrie, l’éther, le sirop de valériane, etc. L’alcoolature d’aconit est également prescrit (Rilliet et Barthez, II. Roger) et paraît exercer une action antiphlogistique ■modérée. Lorsque la fièvre est vive, quand la température atteint 39°, 5 ou 40°, et qu’il existe en même temps des phénomènes nerveux alarmants, Rilliet et Barthez conseillent l’usage des bains de son, à 34°, ou 35°, d’une durée de dix minutes et répétés au besoin deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures. Ges bains sont suivis d’une sédation marquée, l’agitation cesse, et le malade retrouve parfois le sommeil. Dans quelques cas, ce moyen rend une plus grande énergie aux efforts
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de toux, suivis d’expectorations qui débarrassent les bronches. Guersant, Blache, H. Roger, etc... et la plupart des auteurs ont reconnu également que les bains tièdes dans la broncho-pneumonie exercent une action à la fois sédative et stimulante, Ils s’accordent à dire cependant qu’on ne doit pas les prescrire dans le cas de trop grande prostration. Nous insisterons un peu sur d’autres moyens hydrothérapiques, peu employés en France jusqu’ici, mais qui, au dire des médecins étrangers qui les préconisent, rendent des services éclatants dans le traitement de la broncho-pneumonie.
Hildenbrand et Campagnano ont, les premiers, conseillé l’emploi des lotions et des affusions froides dans les pneumonies. Ghisi obtint, au moyen des bains froids, la guérison d’un enfant de 15 ans, arrivé à la période asphyxique de la broncho-pneumonie. Ziemssen recommande l’application de compresses d’eau fraîche sur le thorax, renouvelées toutes les dix minutes. Il a réussi par ce moyen à calmer les malades, à diminuer la dyspnée, à abaisser le chiffre de la température et des respirations. Jurgensen, dans les cas très-graves, où la dyspnée et la cyanose sont extrêmes, fait prendre aux malades un bain tiède de 20 à 25 minutes, après lequel il donne une douche d'eau froide en jet sur la nuque. Steffen a aussi employé cette méthode chez les jeunes enfants ; cependant sa statistique n’est pas encourageante, 4 cas de guérison seulement sur 97 cas.
Bohn, dans l’Encyclopédie de Gerhardt, conseille l’enveloppement dans le drap mouillé pendant plusieurs heures jusqu’à ce qu’on ait obtenu un abaissement suffisant de la température, la cessation de l’agitation et de la dyspnée. Cette pratique est recommandée aussi parLiebermeister, Schedel, Jürgensen, Cohn. Bartels n’a pas craint, dans les cas très-graves, de continuer l’emploi des enveloppements pendant plusieurs jours et plusieurs nuits sans interruption. Wyss va jusqu’à dire que ces enveloppements doivent être préférés à tous les autres moyens thérapeutiques. Voici comment ils doivent être employés : un drap ou une couverture de laine sont trempés dans de l’eau froide et tordus fortement ; après avoir été plié plusieurs fois, le drap est étendu sur une couverture de laine qui le dépasse dans tous les sens. L’enfant est d’abord emmaiilotté jusqu’aux aisselles dans le drap, puis dans la couverture sèche, laquelle est fixée au moyen de fortes épingles. Les bras doivent rester libres, et après l’enveloppement, la chemise de l’enfant qu’on avait eu soin de relever au-dessus des épaules est ramenée sur la couverture de laine. L’enveloppement dure deux heures ; on laisse l’enfant sec pendant une demiheure ou une heure et l’on recommence. Les enveloppements doivent être faits jour et nuit à intervalles plus moins éloignés suivant l’intensité de la fièvre. On emploie de l’eau plus ou moins froide, ou simplement de l’eau à la température delà chambre. Après chaque enveloppement, il est bon de faire prendre à l’enfant une cuillerée d’un vin généreux dans un peu d’eau. Il faut veiller à ce qu’il ne se produise pas de refroidissement des extrémités. Lorsque ces enveloppements sont commencés, on constate bientôt que l’enfant respire mieux, il tousse moins; l’état géné-
ral et local se trouvent améliorés ; l’enfant dort paisiblement dans l’intervalle des enveloppements. Ces intervalles deviennent de plus en plus grands à mesure que la température tombe ; à 39° ils sont de deux heures ; à 38°,5, de trois heures. A cette température, on les cesse le soir si la température du matin est normale ; il est bon cependant de les continuer encore une ou deux fois par jour.
Nous avons vu que la diaphorèse obtenue à l’aide des antimoniaux ne peut être recherchée longtemps, à cause des contre-indications spéciales fournies par Y état des forces. Depuis longtemps les médecins ont reconnu que l’asthénie est le trait dominant dans les diverses formes de la broncho-pneumonie (de la Berge, Legendre, etc.). On s’adresse surtout aux stimulants, pour la combattre : parmi les stimulants externes on prescrit surtout les onctions chaudes (axonge, huile, beurre de cacao), les fermentations vinaigrées, les sinapismes. Le marteau de Mayor, l’inhalation de vapeurs d’ammoniaque, sont réservés pour les cas où il y a menace de suffocation et d’asphyxie. Les sudorifiques, la chaleur, les boissons chaudes aromatiques, le thé, le café, seraient d’une grande utilité, mais les enfants ne les acceptent souvent qu’avec les plus grandes difficultés. Les sels d’ammoniaque (chlorhydrate ou carbonate d’ammoniaque, 20 centigr. à 50 centig. , acétate d’ammoniaque) répondent à une double indication, en modifiant les sécrétions bronchiques, et en stimulant l’énergie des malades. On emploie dans le même but l’acide benzoïque, (20 à 40 centigr.), l’infusion de polygala senega (4 à 3 grammes); le musc (20 à 40 centigr. dans un looch).
Mais parmi les agents delà médication stimulante, les alcooliques sont ceux dont paraissent résulter les meilleurs effets ; la potion cordiale du Codex, les vins de Malaga, de Xérès, Bagnols, Porto (30 à 100 grammes par jour) sont de puissants excitants dans les cas de débilitation profonde. L’alcool, le rhum (10 à 30 grammes, dans une infusion aromatique) , le punch léger, l’élixir de Garus, remplissent les mêmes indications et combattent l’asphyxie en augmentant l’énergie des efforts respiratoires : il en est de même des préparations alcooliques, du quinquina (teinture de quinquina, 20 grammes). Dans les cas d e gangrène, outre les stimulants, on prescrit encore les désinfectants et les antiseptiques (eau de Labarraque, acide phénique, eucalyptus, térébenthine, etc.., etc...).
Les divers alcooliques répondent à la nécessité de combattre la prostration qui survient si fréquemment dans le cours de la broncho-pneumonie. On leur adjoindra, si cela est possible, une alimentation tonique, lait de vache ou d’ânesse, bouillon américain, jus de viande, jaunes d’œufs, boissons vineuses, etc... L’inappétence absolue des enfants apporte souvent un obstacle invincible à l’ingestion des aliments; les alcooliques, les préparations de quinquina, sont alors les ressources les plus puissantes dont nous disposions contre la débilitation.
Pendant la convalescence, on a encore à combattre le catarrhe bronchique qui persiste plus ou moins longtemps ; les expectorants, le tannin, les balsamiques, les eaux sulfureuses naturelles (Bonnes, Cauterets, etc.).
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coupés avec le lait, peuvent rendre de grands services. Une surveillance attentive est nécessaire pour prévenir le retour des rechutes : un long séjour à la chambre (deux à quatre semaines) doit être imposé aux enfants. Pour le lever, pour l’alimentation, il est souvent sage de s’en rapporter à leur instinct (II. Roger). On ne tardera pas à leur donner une alimentation de plus en plus fortifiante (potages, œufs, viandes). L’emploi de l’huile de foie de morue, de l’iodure de fer, du phosphate de chaux, les cures de lait de chèvre, sont souvent nécessaires pour combattre l’anémie. Le rétablissement des forces peut être complété et avancé par un séjour à la campagne, dans les montagnes ou dans une station maritime ou thermale convenablement choisie.
Nous ne pouvons entrer ici dans de longs détails sur les indications spéciales : le traitement doit être modifié suivant les causes, les formes, les périodes de la maladie, suivant l’âge des sujets, l’état des forces, suivant les complications (convulsions, emphysème, pleurésie, gangrène, etc.), la prédominance de certains symptômes, etc., etc... Toutes ces indications thérapeutiques, variables avec chaque malade, sont du ressort de la clinique et ne peuvent être développées dans le cadre que nous sommes forcés d’adopter ici. Nulle ou à peu près dans les broncho-pneu monies consécutives au croup, la thérapeutique est également désarmée dans celles qui sont le résultat d’une cachexie profonde. Les toniques, les stimulants, sont les seules ressources qui nous restent contre les effets de la maladie. Dans les fièvres éruptives, dans le noma, dans la fièvre typhoïde, dans la coqueluche, des modifications spéciales sont nécessitées dans le traitement par l’affection primitive. Mais les indications principales sur lesquelles nous avons insisté dominent toujours ; on doit toujours s’opposer aux congestions actives et passives et à l'accumulation des sécrétions bronchiques, en agissant soit mécaniquement au moyen des vomitifs, soit indirectement par les stimulants, les révulsifs, etc. Quelle que soit la maladie primitive, la broncho-pneumonie qui vient la compliquer présente, en effet, des indications constantes tirées de la forme qu’elle revêt-, de la prédominance de l’élément bronchique ou de l’élément parenchymateux. Dans la forme suffocante, bronchite capillaire, les vomitifs, les sédatifs, les révulsifs cutanés (ventoûses, sinapismes) sont employés surtout pour combattre la dyspnée, etl’engouement des bronches. Dans les formes parenchymateuses, on peut parfois, au début, essayer des antiphlogistiques ; mais les révulsifs énergiques (vésicatoires), les stimulants et les toniques font ordinairement la base du traitement.
En résumé, au début, quand prédomine l’engouement bronchique, on peut commencer le traitement par un ou deux vomitifs ; puis tout en excitant une révulsion cutanée énergique (sinapismes, ventouses, pédiluves, enveloppements ouatés, vésicatoires), on prescrira les modificateurs des sécrétions bronchiques (kermès), les antiphlogistiques et les modificateurs de la circulation (digitale, aconit, etc...). A la période d’état, lorsque le parenchyme pulmonaire est envahi, les révulsifs doivent encore être prescrits, et de plus, les toniques, l’alcool, le quinquina, etc.... Pendant
la période de déclin, les toniques, une alimentation plus substantielle, les balsamiques et les sulfureux sont spécialement indiqués.
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