POITRINE. - ANOMALIES ET VICES DE CONFORMATION
cations pratiques. Ce sont les altérations complexes et variables de la l'orme, des diamètres et, par suite, de la capacité du thorax, qui constituent les vices de conformation proprement dits. Rarement congénitaux, le plus souvent acquis, tantôt ils sont sans influence appréciable sur l’état de santé de l’individu, tantôt ils sont la manifestation de troubles pathologiques divers , ou représentent les stigmates indélébiles de maladies antérieures locales ou générales. Dans les deux cas, leur étude est étroitement liée à la séméiologie générale et particulière des affections thoraciques. (Voy. Poitrine, Séméiologie).
Ce qu’il importe, avant tout, de connaître, pour se rendre un compte exact de ces variations tant physiologiques que pathologiques, ce sont les caractères essentiels d’une bonne conformation du thorax. L’énumération de ces caractères appartient , en réalité, à la description anatomique, et, à ce titre, aurait dû être déjà faite ; il nous a semblé, néanmoins, qu’il était plus utile de la rapprocher de l’étude des déformations qui sont compatibles avec l’état de santé ou qui se rattachent aux diverses maladies.
. Un thorax d’adulte bien conformé remplit les conditions suivantes :
1° II présente la forme d’un cône dont le sommet est en haut, si Von fait abstraction de ce qui appartient aux membres supérieurs ;
2° 11 est un peu aplati d’avant en arrière, de telle sorte que le diamètre transverse l’emporte sur le diamètre antéro-postérieur;
3° Quand on pratique la mensuration circonférentielle suivant un plan horizontal qui passe par les mamelons, on obtient un périmètre moyen qui dépasse de plusieurs centimètres la demi-taille de l’individu (d’après Walshe, le chiffre de 0m,838 peut être considéré comme une assez bonne moyenne pour l’âge adulte) .
Dans les circonstances ordinaires, la constatation de ces divers caractères peut se faire avec des moyens très-simples, un compas d’épaisseur pour la mesure des diamètres de la partie supérieure, un ruban métrique pour les mensurations circonférentielles pratiquées au-dessous des aisselles. On conçoit, en effet, que les mensurations circonférentielles sont impraticables dans la partie supérieure, où le relief des épaules donne au sommet du thorax une forme absolument opposée à celle qu’il a en réalité. Avec le compas d’épaisseur qui permet de faire abstraction des membres supérieurs, notamment quand on l’applique contre la paroi interne des aisselles, on reconnaît que les diamètres supérieurs d’un thorax bien conformé, sont toujours moindres que les diamètres inférieurs. Cette supériorité des diamètres inférieurs du thorax sur les supérieurs existe ehez tous les sujets ; mais elle est d’autant plus marquée que les individus sont plus robustes, et coïncide ainsi avec le développement plus ou moins grand qu’acquiert la base des poumons. Il semble, au premier abord, difficile de concilier ce fait avec cette proposition vulgaire également vraie, à savoir que le développement de la poitrine se révèle par la largeur des épaules. La contradiction n’est pourtant qu’apparente, ainsi que le fait justement remarquer Richet. Il suffit^
646 POITRINE. — anomalies et vices de conformation.
pour s’en rendre compte, de réfléchir à ce fait bien connu que l’amplitude de la respiration s’accompagne toujours d’un développement proportionnel du système musculaire ; or, comme la partie supérieure des membres thoraciques y participe â l’égal des autres régions, il s’ensuit que le diamètre bi-acromial doit présenter, chez les sujets vigoureux et bien musclés, un élargissement proportionnel, d’aufant plus notable que la base du thorax, recouverte d’une mince couche musculaire, ne subit jamais, sous ce rapport, de grands changements.
Le compas de Baudelocque et le ruban métrique ne suffisent pas, dans certains cas pathologiques où il est nécessaire d’opérer des mensurations précises ; il faut recourir alors aux méthodes et aux instruments perfectionnés dont il sera question dans l’étude séméiologique de la poitrine.
Aux caractères essentiels, énumérés ci-dessus, qui représentent les conditions fondamentales d’une conformation normale de la poitrine, Walshe en joint certains' autres, qui, bien qu’étant d’une importance moindre* n’en sont pas moins intéressants à connaître. Réunis chez le même individu, ils constituent l’idéal, rarement réalisé, d’une conformation absolument régulière. Dans les cas de ce genre, les deux côtés de la poitrine sont symétriques dans leur ensemble et dans leurs diverses régions; les régions sous-claviculaires présentent une légère convexité ; la région sternale inférieure est creuse dans une mesure qui varie avec la vigueur individuelle; les angles formés par l’union des fausses côtes à l’axe antérieur sont sensiblement égaux ; les plans latéraux sont à égale distance de l’axe médian vertical ; les mamelons sont à la même hauteur, c’est-à-dire au niveau de la quatrième côte ou du quatrième espace intercostal. Si l’on examine la poitrine par derrière, on constate que les épaules sont sur le même niveau; la colonne vertébrale est parfaitement droite ou offre, vers son milieu, une légère inclinaison vers le côté droit ; enfin le sillon vertébral est modérément concave de haut en bas, et il est plus ou moins creux suivant que l’individu est maigre ou chargé d’embonpoint.
Comme nous l’avons dit plus haut, il est assez rare de trouver une poitrine qui réunisse tous ces caractères. L’absence de quelques-uns de ceux que nous venons d’énumérer né constitue pas un vice de conformation proprement dit. Aussi n’est-il pas facile de déterminer exactement le point où celui-ci commence. Pour les uns, c’est une question de degré, tandis que les autres invoquent la présence ou l’absence de troubles concomitants de la santé. Ainsi, dès 1838, Woillez qui, l’un des premiers, avait approfondi la question, divisait les hétéromorphies de la poitrine en physiologiques et pathologiques ; les premières étant, pour lui, de simples particularités de conformation qui rendent la poitrine insymétrique sans compromettre en rien la santé, les autres se rattachant, au contraire, manifestement à l’état morbide. L’importance pratique d’une pareille distinction est incontestable ; mais, quand on voit que des déformations thoraciques considérables, consécutives à des déviations vertébrales, par exemple, coïncident souvent avec une santé générale satisfaisante, on est obligé de reconnaître
POITRINE. — anomalies et vices de conformation. 647
que la pathologie fournit ici une hase peu solide aux classifications anatomiques.
Considérées en elles-mêmes, et abstraction faite de leur valeur séméiotique, les déformations du thorax présentent une infinie variété. Tantôt on remarque une dilatation générale de l’un des côtés ou une saillie plus ou moins prononcée d’une région circonscrite. Tantôt on observe des étals entièrement opposés aux précédents : rétraction plus ou moins étendue d’une moitié ou dépression partielle. D’autres fois, on ne constate qu’une élévation ou un abaissement anormal de l’omoplate, de cer taines côtes ou du mamelon. Les changements de courbures et, à for tiori, les distorsions constituent un groupe de déviations beaucoup plus accusées. Enfin, certaines altérations communes ont reçu des noms particulière; telles sont, par exemple, les poitrines dites de poulet, de pig eon on en bréchet, caractérisées par un aplatissement des deux plans la téraux avec saillie prononcée du sternum en avant.
11 est bien rare que les altérations de la forme du thorax soient c ongénitales; elles peuvent apparaître à toutes les époques de l’existence; mais, en dehors de l’état de maladie, elles se produisent surtout pendant la période du développement où les parties osseuses subissent si fa cilement des modifications de tout genre. En dehors du contingent qu’y apportent les maladies, bien d’autres causes entrent en action ; les habitudes ordinaires de la vie, les vêtements, les professions, les attitudes vicieuses, etc., tels sont, pour la production des déformations thoraciques, les facteurs multiples dont les effets souvent combinés semblent, dans beaucoup de cas, compatibles avec l’intégrité au moins apparente de la santé.
Ainsi, la prépondérance d’usage du membre supérieur droit coïncide avec une prédominance très-fréquente du développement du côté correspondant du thorax. Cette asymétrie, sur laquelle Woillez a, le premier,, attiré l’attention, se rencontre si souvent qu’on a fini par la considérer comme l’état normal. Il en résulte que, dans l’état de maladie, si Ton compare les deux moitiés du périmètre thoracique, une différence de quelques centimètres constatée en faveur du côté droit aura (sauf le cas où l’individu serait gaucher), une valeur diagnostique infiniment moindre qu’une différence, même très-peu accusée, en faveur du côté gauche.
Les pressions variées, qui, dans certaines professions, s’exercent sur tel ou tel point , des parois thoraciques, y impriment, en quelque sorte, leurs traces ; de là des déformations particulières qui peuvent fournir quelques données à la médecine légale.
Chez la femme, il n’est, peut-être, pas de cause qui joue un rôle aussi important que l’usage abusif d’un corset trop serré. Cette partie du vêtement semble avoir pour but de lutter contre la forme naturelle du thorax. Disposé et serré de manière à arrondir la taille et à la faire aussi fine que possible, le corset tend, en effet, à rendre le diamètre transverse de la poitrine égal au diamètre antéro-postérieur et à réduire sa partie naturellement la plus évasée. Les entraves qu’il apporte au jeu régulier