‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 28 (volume 5)Chapitre 23 sur 155 · K007. DICT. MED. ET CHIE. XXVIII · texte numérisé non relu

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de celle-ci d’après les lois de la réflexion, elle tend à s’en rapprocher sans cesse en vertu de sa rotation sur elle-même et la suit jusqu’à ce que ce mouvement soit éteint. Les balles sphériques peuvent seules se comporter ainsi, et encore à la condition qu’elles ne soient pas déformées. Les balles oblongues, animées d’un mouvement hélicoïde, n’ont encore, dit Legoüest, offert aucun exemple de ces déviations circulaires. Ce n’est pas à dire, pour cela, qu’elles ne s’écartent jamais de leur trajet, ainsi qu’on l’avait cru d’abord. En général, elles marchent plus droit que les autres parce qu’elles ont une portée plus longue et qu’elles atteignent plus souvent le but, avant d’avoir sensiblement perdu de leur force d’impulsion, mais, dans le cours des dernières campagnes, tous les chirurgiens militaires ont pu constater qu’elles se déviaient parfois de leur route. Leur forme allongée, la pointe qu’elles présentent à leur partie antérieure, les disposent même à s’écarter de la ligne droite, quand leur vitesse a diminué et qu’elles frappent des parties résistantes.

Les balles de plomb ne se bornent pas toujours à se dévier au contact des os, souvent elles se déforment à la suite de ce choc. Tantôt elles s’aplatissent et deviennent semblables à des pièces de monnaie; tantôt elles se creusent de sillons profonds, de rainures ou de stries parallèles, au fond desquelles on trouve de petits fragments osseux qui s’y sont incrustés; dans d’autres cas, après avoir causé la fracture de l’os, elles se brisent contre ses saillies anguleuses ou tranchantes et se divisent en plusieurs fragments qui poursuivent isolément leur route et donnent lieu à plusieurs ouvertures de sortie, tandis qu’il n’y a" qu’une ouverture d’entrée. Il peut arriver aussi que l’un des fragments sorte seul tandis que les autres restent dans les tissus et que le chirurgien, induit en erreur par l’existence de deux ouvertures opposées, méconnaisse la présence des fragments de balle restés dans la plaie.

Les balles oblongues se déforment et se brisent comme les autres. Il y a même lieu de penser qu’en raison de leur vitesse elles se partagent souvent en un plus grand nombre de fragments que ne le feraient les balles sphériques ; toujours est-il que pendant la dernière guerre, on a observé des faits de ce genre qui n’avaient pas été signalés auparavant. On a trouvé sur les champs de bataille des blessés dont les plaies étaient littéralement remplies de petits morceaux de plomb disséminés au milieu des tissus, et ce fait a donné lieu à différentes interprétations. On s’est d’abord accusé réciproquement d’avoir fait usage de balles explosibles, mais cette allégation n’a pas tenu devant l’examen consciencieux des faits. On a supposé, ensuite, que ce morcellement provenait de la fusion des balles brusquement arrêtées dans leur course et de la transformation en chaleur du mouvement dont elles étaient animées. Cette explication a été proposée par Mulhaüser. S’appuyant sur les calculs de Tyndall et d’Hagenbach, d’après lesquels une vitesse de quatre cents mètres produit, au moment du choc, une température de cinq cent quatre-vingt-deux degrés, et partant de ce fait que le plomb fond à trois cent trente-quatre degrés, Mulhaüser en conclut que toute balle qui pénètre dans le corps

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humain doit s’y fondre instantanément en cautérisant les tissus. Coze (de Strasbourg) a. adopté cette manière de voir, qui est trop évidemment en opposition avec les faits pour qu’il soit nécessaire de la discuter. Nous sommes encore moins disposé à mettre, avec Baudon, la friabilité des balles sur le compte des insectes, et nous pensons, comme Legouest, que le choc très-violent des projectiles contre les corps durs suffit pour rendre compte de leur fragmentation.

Les balles explosibles produisent des effets bien autrement sérieux, quand elles éclatent au milieu des tissus vivants. Elles ont été, comme on le sait, inventées par Devisme, pour la chasse des grands animaux, et les Américains en ont fait l’application à la pêche de la baleine. Des essais faits à Paris et en Angleterre ont prouvé qu’elles peuvent être adaptées aux armes de guerre sans nécessiter aucun changement dans celles-ci, mais les résultats de ces. expériences ont été tels, qu’en 1868 l’empereur de Russie provoqua la réunion d’un congrès diplomatique à la suite duquel les grandes puissances militaires de l’Europe s’engagèrent à ne pas s’en servir. Cette convention a été respectée. Dans aucun pays, il n’a été délivré dé projectiles de cette espèce à des corps d’armée. Il paraît certain qu’il en a été tiré dans le cours de cette dernière guerre, mais ce sont là des faits individuels dont on ne saurait, sans injustice, faire remonter la responsabilité jusqu’aux gouvernements. Ils n’auraient du reste aucun avantage à recourir à de pareils moyens. La fabrication en grand, la conservation, le transport et le maniement de ces engins exposeraient à trop de périls. Ils s’altèrent facilement et manquent souvent leur effet. S’ils sont extrêmement sensibles, comme ceux qui ont servi aux expériences anglaises, et qui éclataient en traversant de simples membranes, ils constituent un danger de tous les instants pour ceux qui s’en servent; s’il n’éclatent qu’au contact des os, comme ceux dont nous nous sommes servi dans les expériences que nous avons faites nous-même à Lorient, en 1870, et qui sortaient des magasins de Devisme, ils manquent complètement leur but, car sur le champ de bataille il ne s’agit pas de tuer des hommes, mais d’en mettre le plus possible hors de combat, et toute blessure compliquée d’une lésion osseuse suffit, quel que soit le projectile qui l’a faite, pour entraîner l’incapacité de servir pendant le reste de la campagne.

Les balles des fusils de chasse, des pistolets, des revolvers, produisent des effets semblables à ceux des armes de guerre, à la gravité près ; celle-ci est d’autant moindre que le projectile est plus petit et que sa force d’impulsion est plus faible. Les plombs de chasse, quelqu’en soit le numéro, s’écartent en sortant de l’arme et couvrent une surface d’autant plus grande que le but est plus éloigné. A bout portant, le coup fait balle, et les désordres sont considérables. A une distance plus grande chaque grain de plomb pénètre isolément, mais, s’ils sont de gros calibre et très-rapprochés les uns des autres, il peut en résulter des accidents sérieux. Nous avons vu survenir chez un blessé qui avait reçu, à huit mètres environ, un coup de fusil chargé avec du plomb n° 5, une

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gangrène de tout l’avant-bras qui nous força à pratiquer l’amputation au-dessus du coude. Quand le coup est tiré à grande distance, les grains de plomb se bornent le plus souvent à traverser la peau sous laquelle ils restent souvent sans occasionner de désordres. Enfin la bourro des armes chargées à blanc et la poudre elle-même peuvent déterminer des blessures sérieuses quand le coup est tiré de très-près. Les grains de poudre qui ont échappé à la combustion pénètrent dans le tissu de la peau et y produisent un véritable tatouage. Si l’explosion a lieu à bout portant, le choc des gaz qui s’échappent de l’arme peut occasionner des plaies contuses d’une extrême gravité.

Les plaies d’armes à feu s’accompagnent rarement de douleur trèsvive. Le blessé, au moment où il est atteint, perçoit la sensation d’un choc qu’il compare à un coup de bâton et qui est suivi d’un engourdissement, d’un sentiment de pesanteur dans la partie. Souvent, dans l’ardeur du combat, les soldats ne ressentent pas le coup, et ne s’aperçoivent qu’ils sont frappés qu’en tombant à terre, ou en constatant l’impossibilité de mouvoir un de leurs membres. Pour que la douleur soit intense, il faut qu’un ou plusieurs cordons nerveux aient été dilacérésou incomplètement divisés. Dans ce cas, le blessé ressent des élancements, des frémissements extrêmement pénibles qui s’étendent à toute la longueur du membre. L’ébranlement nerveux est beaucoup moins considérable qu’à la suite des blessures faites par les gros projectiles. La stupeur générale fait presque toujours défaut, sauf, bien entendu, dans les cas de lésion du crâne, et la stupeur locale ne se traduit habituellement que par l’engourdissement et le sentiment de pesanteur dont nous avons parlé ; mais, sur le champ de bataille, les blessés surpris au milieu de l’animation du combat arrivent souvent à l’ambulance en proie à une excitation des plus vives, à une sorte de délire qui se traduit par de la loquacité, des mouvements incohérents, des rires ou des larmes, et qui se termine le plus souvent par le sommeil ou par le retour au calme, après que la blessure a été pansée. Lorsque cet état se prolonge, on en triomphe facilement à l’aide des antispasmodiques ou des narcotiques.

Les plaies par armes à feu ne sont pas en général suivies d’hémorrhagies abondantes, et nous en avons déjà donné les raisons. Dans lamajorité des cas, elles laissent s’écouler quelques gouttes d’un sang noir qui se coagule- promptement et dont il n’y a pas lieu de s’occuper, mais il n’en est plus ainsi lorsqu’un vaisseau artériel de quelque importance a été ouvert. Dans ce cas, l’hémorrhagie est la règle et elle est souvent suivie de mort. Morard a sans doute été trop loin en disant que les trois quarts de ceux qui perdent la vie dans une bataille périssent par suite de la perte de sang, mais il résulte des recherches faites pendant la campagne de Crimée que ce genre de mort entre pour 18/00 dans la totalité des décès causés par le feu de l’ennemi ; encore ne fait-on pas figurer dans cette évaluation les hémorrhagies consécutives, à la suite desquelles tant de blessés succombent. Nous reviendrons sur cette complication à l’occasion du traitement.

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La marche et le pronostic des plaies d’armes à feu diffèrent suivant qu elles sont simples ou compliquées. On considère comme simples celles qui n’intéressent que la peau et les masses musculaires ; comme compliquées celles qui s’accompagnent de la présence de corps étrangers, de la lésion de nerfs, de vaisseaux ou d’organes importants, de la fracture d’un ou de plusieurs os, et celles qui pénètrent dans les articulations ou dans les cavités splanchniques. On peut voir survenir enfin, pendant le cours du traitement, les accidents qu’il y a lieu de redouter à la suite de toutes les blessures et qui constituent des complications nouvelles.

Les plaies simples marchent régulièrement vers la guérison, lorsque leurs cours n’est entravé par aucun des accidents consécutifs dont nous venons de parler. Dans les vingt-quatre heures qui suivent la blessure, il survient un peu de gonflement et de chaleur dans la région que le projectile a traversée; le trajet de la plaie devient plus sensible, les mouvements du membre plus pénibles et plus douloureux. Les deux ouvertures laissent suinter un peu de liquide séreux et roussâtre. Ces phénomènes augmentent d’intensité pendant trois ou quatre jours, puis il se produit une détente, la suppuration apparaît, un sillon éliminateur s’établit autour des eschares, qui se détachent du huitième au douzième jour, en laissant à leur place une surface vermeille, couverte de bourgeons charnus et sécrétant un pus de bonne nature. Les phénomènes inflammatoires disparaissent, puis la suppuration diminue et la cicatrisation s’opère. Elle est complète au bout d’un mois ou six semaines. Ce terme ne peut être considéré que comme une moyenne ; il est des plaies qui se ferment beaucoup plus vite que d’autres ; on en a même vu se réunir par première intention ou du moins après une suppuration insignifiante. Les plaies linéaires, celles qui sont peu profondes ou qui siègent à la face se cicatrisent plus vite que celles qui présentent de longs trajets sinueux peu favorablement disposés pour l’écoulement des fluides. L’état de santé du blessé influe également sur la durée de la guérison. Rapide chez les hommes vigoureux et bien portants, la cicatrisation devient interminable chez les sujets affaiblis, anémiés, et surtout chez ceux qui sont en proie au scorbut ou à toute autre affection débilitante. En général, l’ouverture desortie se ferme la première.

Pour être certain qu’une plaie d’arme à feu est exempte de complications, il faut de tout nécessité en explorer le trajet. Dans quelques cas rares, la vue et les commémoratifs suffisent pour établir le diagnostic, mais cette exception ne fait que confirmer la règle. Lorsque la blessure siège sur une partie encore recouverte de vêtements, il faut les enlever avec les plus grandes précautions et les couper ou les fendre, si cela est nécessaire. Pendant qu’on déshabille le blessé, il arrive souvent que le projectile tombe sur le sol, soit qu’il ait été arrêté par les vêtements, qu’il n’ait pénétré qu’à une petite profondeur et qu’il ait été chassé par les mouvements ou par les contractions musculaires, soit enfin qu’il ait repoussé devant lui la chemise du malade et qu’il s’en soit coiffé comme d’un doigt de gant. Parfois enfin la balle reste collée aux vête-

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