ANATOMISTES
douloureux, dur, et parfois il s’y développe une petite tumeur que Follin désigne sous le nom de tubercule anatomique. C’est une hypertrophie papillaire du derme, violacée, indolente, saignant facilement, et quelquefois divisée en une multitude d’élevures papuleuses au centre desquelles existe un vide dont on peut faire sortir par la pression une gouttelette de pus. Ces tubercules sont très-nombreux chez quelques sujets, et cela s’observe particulièrement sur les garçons d’amphithéâtre, qui ont les mains constamment plongées dans des liquides cadavériques.
Dans le second des cas que nous avons prévus, la petite plaie ne présente d’abord rien de particulier, mais, dans [ajournée qui suit la blessure, le doigt se gonlle et devient douloureux ; on y sent de la chaleur, de la tension et des battements : c’est le début d’un panaris. Les accidents peuvent rester bornés à la phalange et aux ganglions axillaires, qui deviennent toujours plus ou moins douloureux en pareil cas, mais parfois il survient une véritable angéioleucite, avec un mouvement fébrile très-accusé et une tuméfaction considérable des ganglions de l’aisselle, laquelle se termine souvent par un abcès.
Dans le troisième cas, le plus grave de tous, mais heureusement le plus rare, les accidents généraux débutent brusquement, de 12 à 18 heures après la blessure. Le malade est pris de frisson, de nausées et parfois de vomissements ; il accuse une céphalalgie frontale intense ; le pouls est petit, concentré et fréquent, l’anxiété est extrême et le système nerveux profondément déprimé. En même temps, on voit se produire, sur le point où siège la piqûre, une petite vésicule à bord très-nets, qui prend bientôt l’aspect d’une pustule remplie d’un liquide trouble. Il survient alors de violentes douleurs dans l’aisselle et dans l’épaule ; les ganglions axillaires se tuméfient, ainsi que le tissu cellulaire des régions sous-scapulaire et souspectorale, qui semblent envahies par une sorte d’œdème inflammatoire. L’état général s’aggrave rapidement; l’anxiété respiratoire augmente ; il survient un délire fugace qui fait place à un accablement profond ; le pouls se déprime, devient irrégulier, et la mort arrive parfois avant la fin du second jour. Dans quelques cas, les accidents se montrent plus tard et marchent avec moins de promptitude. Le gonflement général du membre ne survient qu’au bout de quatre ou cinq jours ; il remonte rapidement jusqu’à l’épaule et jusqu’au cou, prend une teinte livide et se termine bientôt par une suppuration gangreneuse et des décollements étendus. En même temps, des symptômes ataxiques se manifestent, l’adynamie se -prononce et la mort survient vers le dixième jour, avec tous les signes d’une infection purulente entée sur un phlegmon diffus gangreneux.
Dans les deux premiers cas, il y a lieu de croire que les fluides putréfiés ont porté leur action sur le système lymphatique seulement et qu’elle s’est traduite par de simples phénomènes inflammatoires ; mais, dans le dernier, il faut bien admettre une intoxication produite par un poison septique qui a pénétré dans le torrent circulatoire, en un mot, une véritable SEPTICÉMIE.
Nous n’insisterons pas sur la marche et sur le traitement des accidents
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que nous venons de passer en revue, parce qu’il en a été question dans d’autres articles; mais nous devons dire un mot des précautions à l’aide desquelles on peut les prévenir. Elles sont simples et, le plus souvent, suivies de succès. Le premier soin à prendre, lorsqu’on vient de se blesser à l’amphithéâtre, consiste à faire saigner la petite plaie en comprimant le doigt de haut en bas et à y faire tomber en même temps un filet d’eau froide. On peut également en opérer la succion. Il faut continuer cette manœuvre pendant huit ou dix minutes. Cela suffirait, dans la majorité des cas, pour atteindre le but, mais nous trouvons plus prudent d’y joindre une cautérisation légère. Le nitrate d’argent, auquel on a recours d’habitude, a l’inconvénient de ne pouvoir pénétrer jusqu’au fond de la plaie : nous lui préférons les caustiques liquides, tels que le nitrate acide de mercure ou tout simplement l’acide nitrique qu’on a toujours sous la main, dans les amphithéâtres. Il suffit d’en laisser tomber une gouttelette entre les lèvres de la petite plaie et de la replacer immédiatement sous le jet d’eau froide. Ces moyens, d’un emploi facile et très-peu douloureux, réussissent presque toujours, lorsqu’on y a recours sur-le-champ, à prévenir les accidents auxquels les anatomistes sont exposés. Jules Rochard.
Questions médico-légales relatives aux plaies. — Pour qu’il y ait plaie, il faut qu’il y ait solution de continuité des parties sous-jacentes à la peau; il y a toujours dans ce cas, plus ou moins, une effusion de sang, mais sans qu’il y ait nécessairement hémorrhagie ; ce fait de l’effusion du sang est expressément retenu, dans notre loi, comme un caractère aggravant les violences exercées et constitutives du crime lui-même (art. 321 C. P.).
Une plaie est une blessure, et l’histoire des blessures, au point de vue médico-légal, a été assez bien faite, dans ce Dictionnaire, par notre éminent et regretté maître, Ambroise Tardieu, pour que nous n’ayons que peu à ajouter à ce qu’il a dit sur ce sujet; nous insisterons seulement sur quelques considérations relatives aux blessures en général, mais plus spécialement applicables aux plaies et que notre pratique a pu nous apprendre.
I. Il faut se préoccuper, avant tout, lorsqu’on examine un blessé ou lorsqu’on procède à l’autopsie d’un cadavre, d’énumérer et de décrire les plaies. Pour cela, nous ne saurions trop conseiller de ne point se contenter de simples notes ; il est préférable de faire, en quelques coups de crayons , un schéma représentant la partie du corps où existent les plaies, puis de représenter ces plaies dans leur direction, leurs dimensions, que l’on mesure avec soin et que l’on reporte sur le dessin. Des renvois chiffrés permettent, pour telle ou telle plaie, d’ajouter une note complémentaire.
Depuis quelques années , un service photographique a été institué, à la Préfecture de Police, pour reproduire, avant l’autopsie, dans les cas de mort violente, avec plaies, la configuration extérieure des blessures ; l’intervention du médecin chargé de l’autopsie peut être, utile pour indiquer au photographe quelles sont les parties qui doivent être plus spécialement reproduites.
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II. Lorsque les plaies ont été énumérées et décrites, il faut déterminer d’abord de quelle façon ou avec quelle arme elles ont été produites. Nous n’avons pas à rappeler ici les caractères, généraux des plaies par arrachement, par morsures. Les plaies par arrachement (à l’exception de l’arrachement du pénis, mutilation qui peut être volontaire, ou criminelle et dans certains cas provoquée par un attentat à la pudeur), s’observent dans les cas de blessures par imprudence.
Les plaies par morsures sont facilement reconnaissables; elles existent aux doigts, au nez, aux oreilles; elles peuvent être trouvées sur le corps de la victime, souvent aussi sur le corps du meurtrier; elles sont l’indice d’une lutte ayant précédé la mort. Pour n’en citer qu’un exemple, Troppmann, lorsque nous l’avons examiné, avait sur le corps des cicatrices de morsures, des égratignures au visage , des traces de cheveux arrachés. Ces cicatrices de morsures doivent être décrites et dessinées avec le soin le plus minutieux, car l’inculpé cherche le plus souvent à les expliquer par une tout autre cause, écorchure ou brûlure, etc. On examinera avec soin l’état des dents de la victime, on peut avoir occasion, dans certaines circonstances, dé faire des comparaisons utiles.
11 faut savoir reconnaître aussi les plaies par morsures produites par les dents d’un animal ; on trouve souvent, sur les cadavres d’enfants submergés dans les égouts, des morsures de rats qui, dans certains cas, ont été considérées comme l’indice de violences criminelles par des médecins peu expérimentés.
Les plaies contuses se reconnaissent à leurs caractères spéciaux : attritions des lèvres de la plaie et des tissus sous-jacents, irrégularité et largeur de la plaie correspondant souvent à la forme du corps vulnérant, etc. Cependant, il faut être prévenu que dans certains cas la forme extérieure de la plaie peut être toute différente ; cela dépend surtout de la configuration des plans osseux sous-jacents; nous avons vu des plaies du cuir chevelu faites avec un bâton, plaies de formes régulièrement curviligne, aux lèvres écartées, mais nettement divisées, et qu’à un examen superficiel on aurait attribué à des coups de couteau. Un corps contondant quadragulaire et massif peut faire des plaies étoilées.
Les plaies par instrument piquant gardent plus souvent l’empreinte de l’arme spéciale qui les a produites. Les plaies faites avec des ciseaux ont ce caractère spécial d’êtres doubles et formant un lambeau triangulaire dont le, sommet est souvent mousse (Tardieu) ; la plaie faite par un compas est triangulaire ; par un flèuret, anguleuse et carrée. Cependant, par le fait de l’écartement des tissus, de la direction suivie par l’instrument vulnérant, la forme extérieure de la plaie peut varier : c’est ainsi qu’un poinçon rond peut faire une plaie elliptique.
Lorsque l’instrument est à la fois piquant et tranchant, la blessure présente alors des particularités qu’il est bon de connaître. Souvent la largeur de la plaie extérieure est plus considérable que celle de l’arme (Bayard, Annales d'hygiène publ. et de médecine légale). Si la lame est introduite par la pointe, les angles de la plaie varieront suivant que
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l’instrument offrira un tranchant simple ou double. Au dos de la lame correspondra un angle tronqué, au Iranchant un angle très-aigu (Tardieu, Étude médico-légale sur les blessures).
Dans les plaies par instrument tranchant , les bords sont nets, les angles, plus ou moins aigus, se terminant parfois par un prolongement de moins en moins profond. Les bords sont souvent écartés, mais l’écartement des lèvres ne dépend pas de l’épaisseur de la lame ; elle dépend surtout de la profondeur de la plaie, de la direction des fibres des tissus divisés par rapport à celle qu’a suivie l’instrument vulnérant. Lorsque la blessure a été faite avec un rasoir, on peut reconnaître en quel point l’arme a été enfoncée par son talon et dans quelle direction elle a été ramenée ensuite, l’incision se terminant par une sorte de queue effilée. On peut reconnaître également , par les entailles pouvant exister sur les lèvres de la plaie ou dans sa profondeur, si l’arme a été ramenée dans la plaie; mais il faut ne pas perdre de vue ce fait que, dans les cas de plaie profonde, l’inégale rétraction des tissus divisés par une seule incision, peut donner l’apparence d’entailles plus ou moins régulières.
La distinction de la nature de la plaie et de l’espèce de l’arme qui l’a produite n’est point des plus faciles; sur des parties du corps où la peau recouvre des parties molles et épaisses, un instrument tranchant à lame mal affilée, comme un vieux couteau, un sabre, etc., peut faire des plaies à bords mâchés, contus et à angles mousses analogues à celles que produit d’ordinaire un instrument ccatondant. Dans les autopsies auxquelles nous avons procédé , lors de l’affaire Troppmann, nous avons constaté, sur trois des victimes, des plaies contuses semielliptiques. et nous avons pu reconnaître « qu’elles avaient été faites par une arme telle qu’un couteau brisé, agissant à la fois comme instrument tranchant et contondant. »
Dans certains cas, les plaies ont été faites à l’aide d’instruments servant à l’exercice de professions spéciales ; et il est nécessaire de connaître la forme et la dimension des instruments tranchants ou contondants utilisés dans certaines professions, et qui peuvent servir d’armes dans certaines conditions.
La forme des plaies, en apprenant de quelle arme on s’est servi, peut donner des renseignements utiles sur la profession du meurtrier.
Le siège et l’étendue des blessures faites peuvent donner également, au point de vue de la profession du meurtrier, des indications utiles. Dans le cas d’un jeune garçon boucher de quinze à seize ans, trouvé, la gorge coupée, au voisinage de l’abattoir de Saint-Oucn, la forme et la situation de la plaie du cou nous indiquèrent que la victime avait été égorgée par le procédé dont on se servait, à l’abattoir même, pour tuer les moutons; et ce détail a permis de retrouver le meurtrier parmi les compagnons de travail du jeune apprenti boucher.
En même temps que l’on est chargé d’énumérer et de décrire les blessures, on doit également examiner les armes saisies et que l’on croit avoir servi à faire les biessures. On ne peut jamais affirmer que telle arme
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a dû nécessairement faire telle ou telle blessure ; on peut dire seulement que cette arme a pu faire les blessures constatées lors de l'examen du blessé, de l'autopsie du cadavre ; et lorsqu’il s’agit de l’examen d’un blessé, il faut tenir compte, pour apprécier ce que devait être la plaie primitive, du temps qui s’est écoulé depuis la blessure et de la déformation à laquelle ont pu donner lieu, dans l’aspect primitif de la plaie, la tuméfaction, l’infiltration des tissus et l’inflammation consécutive.
Les plaies par arme à feu doivent être spécialement étudiées, au point de vue de la nature du projectile et de la distance à laquelle le coup a été tiré. Depuis quelques années, l’arme le plus souvent employée est le revolver. Comme la cartouche de cuivre du revolver ne contient que des traces de poudre, les recherches faites précédemment et consignées dans les livres, sur la distance à laquelle se produisent les brûlures et l’incrustation des grains de charbon, n’offrent plus grand intérêt. Lors de l’affaire Godefroy, nous avons dû chercher à déterminer jusqu’à quelle distance avaient pu se produire, dans un cas déterminé, la brûlure et l’incrustation des grains ; les expériences ont été faites avec l'arme ellemême et avec des cartouches identiques à celles qui avaient servi au meurtrier. Lorsque cette question de la distance du coup, très-importante au point de vue de la distinction entre le suicide et l’homicide, sera soulevée de nouveau, nous croyons qu’il conviendra de procéder de la même façon et de se servir, pour chaque cas particulier, de l’arme et de la cartouche qui se rapprochent le plus de celles qui ont servi à commettre le meurtre. La charge de fulminate et de poudre n’est point la même dans les cartouches de différentes fabrications, et ces conditions font varier la distance à laquelle peuvent se produire la brûlure et les incrustations.
Dans les cas des plaies par armes à feu autres que le revolver (fusil de chasse...), il faut recueillir avec soin tous les débris qui peuvent se trouver dans la plaie ou qui sont entraînés par la suppuration. Dtns certains cas, il a été possible de recueillir ainsi des débris de papatr ayant servi à la bourre et qui ont constitué ultérieurement d’importantes pièces à conviction.
III. La question du pronostic des plaies a été traitée à l’article : Blessures en général. Rappelons seulement qu’il ne convient point de porter un pronostic d’après une seule visite; en effet, on sait combien sont nombreuses les complications des plaies . il faut tenir compte du siège de
la blessure (plaies de tête, de la racine du nez, etc.), de la constitution et des habitudes du sujet (ivrognerie, syphilis, scrofule), des épidémies régnantes (érysipèle, etc.).
Au point de vue de la responsabilité de l’auteur des plaies, il faut tenir grand compte du défaut de soins donnés à la victime, et surtout rechercher si l’on n’a point employé, pour panser les plaies, des pommades ou onguents fournis par des empiriques. C’est ainsi que, s’il survient un phlegmon diffus, consécutivement à une plaie du dos de la
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main, pansée avec un onguent irritant, la responsabilité n’en saurait être attribuée à l’auteur d’une blessure souvent légère.
Le pronostic des plaies par arme à feu, alors même qu’elles semblent insignifiantes, telles que celles faites par quelques grains de plomb, doit toujours être réservé ; nous avons vu, aux environs de Chartres, un individu atteint au cou de deux grains de plomb, dans un accident de chasse, chez lequel les deux petites plaies avaient guéri, après quelques jours, et qui succombait, deux ans après, aux suites d’un anévrysme de la carotide causé par la blessure de l’artère.
IY. Il est difficile de répondre avec précision à cette question : A quelle époque la plaie a-t-elle été faite ? La durée de la cicatrisation varie, en effet, suivant la profondeur et l’étendue de la blessure, l’intensité de l’inflammation, l’abondance de la suppuration, etc. La plaie cicatrisée, rouge ou violacée d’abord, pâlit ensuite, puis devient tout à fait blanche, dure et nacrée. L’étude des cicatrices, au point de vue de l’identité, est importante en médecine légale, mais, lorsque la cicatrice se forme, déjà la plaie n’existe plus, et nous n’avons point à en parler
Il est plus facile de distinguer les plaies faites pendant la vie des déchirures ou Solutions de continuité faites après la mort; celles-ci sont pâles et livides, et leurs bords, incomplètement rétractés, ne sont pas infiltrés de sang. Celte distinction est importante à faire, lorsqu’on examine un cadavre de noyé, qui peut être mutilé, sur lequel existent des plaies profondes, faites à l’aide du croc, ou des plaies plus petites provenant de morsures d’animaux, alors qu’il ne s’agit cependant que d’une submersion accidentelle.
Enfin on doit se demander si les plaies proviennent d’un accident, d’un suicide ou d’un meurtre. Nous n’avons point à répéter ce qui a été dit à ce sujet, à propos des blessures en général ; rappelons seulement que, dans la pratique, cette question est des plus complexes.
Pour ne parler que de l’apparence extérieure des plaies, la multiplicité des coups portés est une présomption de meurtre, mais nous avons vu, dans. des cas de suicide avéré, le corps criblé de blessures.
Lorsque plusieurs armes ont été employées, il y a également présomption de meurtre; cependant nous avons vu, dans des cas de suicide, des blessures faites avec des armes différentes, rasoir et revolver, poinçon et couteau, serpette, etc.
L’examen du cadavre , au point de vue des traces extérieures de violences indiquant une lutte, l’examen des vêtements surtout, donneraient, dans cette difficile question, des éléments de conviction. Souvent, dans les cas de suicide, l’individu, avant de se frapper, écarte ses vêtements, puis s’assure du point où il veut frapper ; il n’en est pas de même, dans les cas de meurtre, les vêtements sont atteints par l’arme. Lorsqu’il s’agit de décider s’il y a suicide ou meurtre, on attache, et avec raison, une grande importance à la découverte de l’arme près du cadavre. Il convient de rappeler cependant que quelquefois l’arme peut être projetée à une
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assez grande distance ; dans un cas de suicide par égorgement, que nous avons eu occasion d’observer, l’arme n’avait pu, malgré les recherches les plus attentives, être retrouvée auprès du cadavre ; en fouillant le gilet, on trouva le couteau fermé et plein de sang dans une des poches ; l’individu, après s’être ouvert la gorge, avait pu, par une sorte de mouvement automatique, fermer son couteau, et l’avait remis dans la poche où il le plaçait d’habitude. Ilne faut point oublier que, dans les blessures les plus graves, alors que le cœur est percé, la gorge ouverte, la mort n’est pas toujours foudroyante; l’individu peut marcher quelque temps encore.
En résumé, dans cette question de la distinction du suicide et du meurtre, l’étude de la plaie en elle-même ne peut, le plus souvent, que donner des présomptions ; mais dans certaines circonstances, ces présomptions équivalent presque à la certitude. Dans l’affaire Godefroy, l’accusé prétendait que sa victime s’était suicidée, tenant le pistolet à deux mains, par conséquent très-rapproché du front (à moins de douze centimètres). A cette distance, il eut dû y avoir incrustation de grains de poudre et brûlure des bords de la plaie ; les bords de la plaie étaient nets ; ils n’étaient ni brûlés, ni noircis ; le coup avait été tiré à une plus grande distance. On ponvait donc conclure qu’il n’y avait pas eu suicide.
Georges Bergeron,
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