BOUT. DICT. MED. ET CHIR. XXVIII
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n’est pas l’augmentation de toutes les humeurs, mais seulement de la masse du sang normal. Les accumulations de bile jaune ou noire, de pituite, de sérosité n’appartiennent pas à la pléthore, mais à la cachexie. Il admet aussi, d’après une opinion reçue de son temps, deux espèces de pléthore : l’une relative aux vaisseaux (wp'oç <*f f'èta), et l’autre aux forces (icpbç tyjv S6vap.iv) . La première implique une réplétion extrême des vaisseaux, au point d’exposer à une rupture imminente, et de, gêner le jeu des fonctions par cette distension même ; la seconde ne consiste plus dans une réplétion trop grande du système vasculaire, mais dans ce fait que la force vitale amoindrie peut à peine mettre l’humeur centrale en mouvement.
Ces vues sur la pléthore restèrent classiques tant que dura le règne du Galénisme, c’est-à-dire jusqu’à une époque assez rapprochée de nous, et se retrouvent dans presque toute leur pureté première chez Boerhaave, qui leur a donné l’appui de son autorité. C’est encore là qu’on trouve la description la plus complète de la pléthore, à peine distinguée comme cas morbide particulier par les autres auteurs. Yan Swieten, le commentateur des aphorismes, s’en prend à Van Helmont, qui hésite à compter la pléthore parmi les maladies, n’admettant pas que ce qui est bon puisse pécher par excès ; et il fait observer que, si la pléthore n’est pas encore la maladie, elle est une telle situation, que la moindre addition d’humeurs, ou que la raréfaction de ces humeurs sous l’influence du calorique, ne peut manquer de troubler les fonctions.
Quelque soit, du reste, le rôle qu’on- accordât à. la pléthore, soit qu’on eût égard à la surabondance générale du sang, soit qu’on vît dans les accumulations partielles de cette humeur, constituant les congestions actives ou les fluxions inflammatoires, de véritables pléthores locales, jamais plus grand emploi delà saignée, pour ne pas dire abus, ne fut fait que pendant le siècle dernier, et jusqu’à l’époque .presque contemporaine, finissant avec Broussais et son influence. Ce n’est pas que cet abus justifie absolument l’espèce d'abandon où se trouvent à l’heure présente les émissions sanguines ; mais les idées ont pris un autre cours : les hypérémies partielles ont reçu une interprétation plus conforme à la réalité des choses, et sont combattues par des moyens non moins énergiques, tout en épargnant le sang, dont il ne semble pas qu’on ait jamais une trop grande proportion.
Durant cet intervalle, des données plus positives s’étaient introduites dans l’histoire de la pléthore. On avait cherché à déterminer quelle devait être la masse totale du sang chez un homme, dans les conditions normales, d’après certaines comparaisons faites avec les animaux (Allen Moulin). Mais, indépendamment de l’incertitude attachée à une pareille méthode, la quantité du sang peut encore varier avec la taille de l’individu, avec la capacité relative des vaisseaux, et enfin avec beaucoup d’autres circonstances encore. La considération de la pression exercée par le sang sur les parois vasculaires offrait déjà des résultats plus facilement appréciables; mais, en raison de l’impossibilité d’obtenir cette
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pression sur le vivant par des moyens directs, on en était toujours réduit à l’apprécier d’après certains caractères du pouls, dont les rapports avec la tension vasculaire sont d’une nature tout à fait contradictoire.
Avec les conquêtes de l’hématologie chimique, la question prit un tout autre aspect. Lés travaux de Becquerel et Rodier (1841), d’Andral et Gavarret (1842), et de tant d’autres, servirent de base à une étude plus rigoureuse de là pléthore. C’est le globule rouge qui devint l’unité de mesure, comme étant l’élément le plus' essentiel du sang; mais il ne fut d’abord évalué qu’en masse , et par rapport aux autres parties constituantes de l’humeur centrale. Nous verrons dans quelles limites oscillent les résultats obtenus, et quel écart peut exister entre le plus et le moins, entre la pléthore et l’anémie.
La science moderne fit mieux encore. Aidée du microscope, elle chercha à dénombrer ces globules rouges, principe de la richesse du sang, malgré lés difficultés de l’entreprise, et l’énormité des chiffres qu’on devait trouver. Nous aurons à fournir quelques détails sur ce sujet, qui n’a reçu ses perfectionnements pratiques que de nos jours (Malassez, 1872; Hayem, 1875).
La qualité du sang ne fut pas seulement appréciée au moyen de la numération des globules rouges, elle parut aussi subordonnée s l’intensité de sa coloration, due elle-même à Y hémoglobine, substance intimement attachée à la constitution du globule rouge. Le procédé dedosage de l'hémoglobine est plus facile à mettre en œuvre que la numération des globules rouges ; nous dirons sur quels faits il est fondé, et nous aurons à juger de sa valeur réelle. Il a été imaginé par ces mêmes auteurs que nous venons déjà de citer (Malassez, 1874; Hayem, 1875) : comme on le voit, il est né d’hier, pour ainsi dire.
Nous n’avons pas voulu détourner l’attention de la pléthore vraie, classique, pour parler de certaines acceptions que le. mot a reçues chemin faisant : nous: réservant d’y rëvenir en dernier lieu, pour être complet. C’ést ainsi que l’excès absolu de la masse du sang, nécessitant une dérivation de cette humeur vers certaines dépendances du système vasculaire, où elle s’emmagasine, donne lieu à une sorte de pléthore partielle, avec dilatation variqueuse de diverses sections du système veineux. Parmi ces déterminations d’un ordre si particulier, nous mentionnerons la pléthore abdominale, dans ses rapports avec la disposition hémorrhoïdaire et toutes ses conséquences. Qui ne voit ici comme une consécration des opinions de Stahl, et comme le principe de cette grande affection hypochondriaque, qui joué un rôle si considérable dans ses doctrines? La pléthore se révèle, sous ce nouvel aspect, avec son véritable sens, que nous aurons à faire prévaloir en temps opportun, et prend ainsi une consistance qui laisse bien loin dans un vague indéterminé cet état sans limites et sans attributions, tel que l’on conçoit la pléthore généralement.
One dernière acception de ce terme repose sur certains faits observés, d’abord, dans le cours de la grossesse; alors qu’il semble y avoir sura-
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bondance de sang, donnant lieu à quelques accidents qui cèdent précisément à l’emploi de la saignée. Cette disposition paraît justifiée par l’état du pouls, qui implique une grande masse de sang en mouvement ; et par l’hypertrophie temporaire du ventricule gauche, reconnue par Larcher (1828). Mais d’autres circonstances reproduisent les mêmes phénomènes en dehors de la grossesse, toutes dominées par une certaine dilution du sang. L’état cachectique, en un mot, se trouve mainte fois doublé d’une sorte de polyémie séreuse (Beau, 1846), forme de pléthore, qui ne simule la véritable pléthore que par ses caractères les plus accessoires. Néanmoins nous aurons à tenir compte de cette assimilation plus ou moins forcée, pour mieux en faire ressortir les oppositions et les apparences paradoxales.
Cet historique serait incomplet, si nous ne signalions pas l’influence de la méthode graphique sur les progrès de la question qui nous occupe en ce moment. Les rapports réciproques des circulations locales avec la circulation générale, et l’action des mouvements respiratoires sur la tension vasculaire, sont nettement établis au moyen de tracés qui ne laissent guère de place à l’équivoque. La véritable pléthore se trouve ainsi dégagée des simples troubles circulatoires, qui sont plus ou moins fugaces, et qui nécessitent l’emploi de moyens différents, destinés à y remédier. On peut donc affirmer, sans crainte d’être contredit, que la question de la pléthore, longtemps stationnaire, a reçu de la science contemporaine des éclaircissements qui vont nous permettre de décider ce qu’il y a à prendre ou à laisser de cet état qu’on ose à peine appeler morbide.
II. Physiologie pathologique. — La notion de la pléthore, au point de vue objectif, est relative aux diverses circonstances suivantes : 1° à la masse totale du sang ; 2° au degré de pression que ce sang exerce sur les parois vasculaires ; 3° à sa richesse , soit en globules rouges, soit en hémoglobine; 4° enfin à quelques autres particularités secondaires. Nous allons examiner la question sous chacun de ces différents aspects, laissant à la clinique le soin de coordonner ces éléments et de conclure sous le rapport nosologique.
1° On ne peut arriver à la connaissance de la masse totale du sang, chez l’homme vivant, que par des voies détournées et d’une façon tout approximative. Partant, il est encore plus difficile de dire à quel point précis commence la pléthore par surabondance de la masse sanguine; car, à l’absence de moyens certains pour évaluer la quantité de sang que l’on possède, s’ajoutent les incertitudes provenant des écarts considérables dans les résultats obtenus tant bien que mal, sans sortir des limites physiologiques. C’est ainsi que, d’après Cl. Bernard , et suivant qu’un animal est à jeun ou en pleine digestion, la masse totale du sang peut varier du simple au double. Dans ces termes, on conçoit quelles perturbations apportent à la solution du problème les actes les plus simples de la vie, qui tantôt ajoutent et tantôt enlèvent à la masse de nos humeurs.
On avait bien songé à appliquer la méthode de numération des globules rouges à l’évaluation de la quantité moyenne du sang ; et Vierordt,