PLÉTHORE. - APPLICATIONS CLINIQUES
L’atténuation de la masse sanguine peut encore être obtenue, dans quelques cas, par l’action des eaux minérales alcalines, et particulièrement des eaux de Vichy et congénères. Il est de tradition, en effet, que les hommes à tempérament bilieux, et voués aux conséquences de la pléthore abdominale et de la vénosité, se trouvent bien d’un pareil traitement.
2° Pléthore par excès de pression intravasculaire. — Nous avons tu plus haut quelles étaient les conditions physiologiques de cette forme de pléthore, et comment, par une adaptation particulière du système vasculaire, les apparences du trop-plein se reproduisaient exactement, de même que dans le cas précédent. C’est une pléthore essentiellement relative, que, par rapport à la pléthore ad vasa, on qualifiait de pléthore ad vires, comme si la gêne de la circulation ne provenait plus de la surabondance du liquide à mouvoir, mais seulement de l’insuffisance dans l’impulsion.
Cette pléthore est plus souvent partielle que générale. Cependant il existe telles circonstances presque physiologiques qui nous mettent en présence d’un état de cette nature, étendu à l’universalité du corps : c’est, d’une part, lorsqu’il y a plénitude vraie du système circulatoire, et que par conséquent la tension vasculaire reste toujours voisine d’un point maximum, et limite les excursions des parois des vaisseaux ; et, d’autre part, dans les cas de pression atmosphérique forte, soit libre, soit artificielle. Ici encore les oscillations du ressort vasculaire sont nécessairement bornées. De toute façon les explorations sphygmographiques, ou simplement tactiles, indiquent ce qu’il en est, par les signes de la forte tension, qu’il est inutile de reproduire en ce moment.
On connaît mieux les troubles qui résultent d’une rupture brusque d’équilibre entre la pression atmosphérique et la pression intravasculaire, lorsque la première vient subitement à baisser, comme dans les ascensions de montagnes ou en aérostat, que les phénomènes inverses. Cependant, il est admis qu’une forte pression à l’extérieur, dans la cloche du plongeur ou dans les appareils à air comprimé, est plutôt accompagnée de bien-être général, d’une respiration plus libre et d’un allègement de tous les mouvements : au point que l’art s’est emparé de ce fait, et l’exploite au grand avantage de certains malades, parmi lesquels on range précisément les asthmatiques et les anémiques.
Mais les pléthores partielles, de la nature de celles qui nous occupent, apportent un bien plus grand trouble fonctionnel que les précédentes, et nous placent définitivement sur le terrain morbide. Nous distinguerons, à cet égard, le groupe de 1 ’algidité, celui de Yoppressio virium, et enfin celui des congestions proprement dites. Nous avons établi les données de physiologie pathologique qui correspondent à ces formes exceptionnelles de pléthore; il nous reste à les présenter au point de vue clinique.
Le groupe de Yalgidité est bien connu ; c’est cet état dans lequel tout le sang semble s’être réfugié à l’intérieur des principaux viscères, tandis que la chaleur et la vie ont en quelque sorte abandonné la périphérie. On
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ne peut douter qu’il n’en soit ainsi, lorsqu’on voit tout le réseau vasculaire extérieur vide de sang, et comme un ratatinement de l’enveloppe générale du corps qui est, dans les conditions ordinaires de la vie, dans une sorte d’érection physiologique. Il faut bien admettre dès lors qu’il y a trop-plein ou pléthore des cavités viscérales, y compris les organes qu’elles recèlent. Nous n’avons pas à entrer dans les détails d’une pareille situation; il nous suffira de renvoyer aux cas qui y correspondent cliniquement : à l’algidité cholérique, au frisson de la fièvre, aux malaises de la nausée, de la migraine, aux accidents de l’iléus et du péritonisme, à la colique hépatique, néphrétique, etc. Lorsque cet état est porté à l’extrême, on peut observer des ruptures hémorrhagiques, des transsudations séro-sanguines, et des mouvements colliquatifs dont le flux cholérique donne une idée exacte. Il ne s’agit là que des accidents purement mécaniques, qui ne jugent pas la maladie; celle-ci n’a d’autre fin que la cessation même du spasme, le relâchement du réseau capillaire périphérique, et le retour du sang dans les parties qu’il avait quittées : c’est, en un mot, la réaction. Cet événement est l’issue habituelle d’un état fort grave, qui à lui seul est dans le cas de compromettre l’existence, si la nature ou l’art n’interviennent pas promptement. Dans cette dernière circonstance, on a recours au réchauffement artificiel du malade, aux frictions, et à certaines substances, données à l’intérieur, qui opèrent dans le même sens, tel que l’opium ou la morphine, et en général toute la classe des excitants diffusibles.
Le groupe de V oppressio virium offre beaucoup d’analogies avec le précédent. Il n’en diffère que parce qu’il correspond à une détermination morbide définie, qu’il n’est pas fugace à la façon de l’algidité, et qu’il fait souvent illusion sur sa véritable signification. On l’observe à la suite des grands traumatismes, des brûlures étendues, dans le cours d'importantes phlegmasies viscérales, comme la pneumonie, par exemple, dans certains anthrax de mauvaise nature, etc. La présente circonstance est remarquable surtout par une extrême prostration des forces, et par cet état qualifié d'adynamie. Malgré la gravité de sa situation, le malade, frappé de stupeur, demeure indifférent à ses souffrances et à tout ce qui l’entoure. C’est sous l’empire d’une sensation excessive, que se fait cette sorte de concentration des forces; il y a comme une compression des centres nerveux par l’afflux du sang, qui cesse pour ainsi dire de circuler: du moins il y a la plus grande analogie entre cet état et les signes de la compression cérébrale. Cette plénitude des vaisseaux de l’encéphale et du canal médullaire cesse comme par enchantement, et les désordres qu’il entraine, par une dérivation puissante qui appelle le sang loin des régions où il est accumulé, et notamment par l’emploi de la saignée générale. A la suite de l’émission sanguine, il semble qu’un obstacle soit écarté; et que, l’humeur centrale recommençant à circuler, les fonctions se raniment et la vie se réveille. D’autre part, l’affection morbide, qui commande une pareille situation, ne peut entrer en résolution qu’à ce prix. Il faut encore remarquer que tout moyen capable