‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 28 (volume 5)Chapitre 81 sur 155 · PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES DIGESTIFS · texte numérisé non relu

PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES DIGESTIFS

d’ordinaire et se résorbent à leur ourlet ( gingivite ), laissant les dents déchaussées, de teinte brun-clair, encroûtées de tartre et souvent cariées.

Sur 50 cas de saturnisme professionnel, nous avons vu le liséré manquer 4 fois sans qu’il parût avoir jamais existé (Edelmann vient de publier un cas semblable) , et une fois chez un ancien ouvrier qui avait pu en être porteur antérieurement ; il est vrai qu’alors les sujets n’avaient pas un métier à poussières.

Parfois, avec le liséré, et même en son absence, on trouve sur la muqueuse des lèvres et des joues, des plaques ardoisées (Gubler), sous forme d’un fin pointillé, presque toujours par tatouage au niveau d’ulcérations correspondant aux saillies des dents.

Ces diverses colorations buccales sont pathognomoniques du saturnisme. Si, en effet, des lisérés plus ou moins analogues peuvent se montrer en dehors de cette intoxication, ceux dus à l’imprégnation professionnelle par le cuivre, ou thérapeutique par le nitrate d’argent (Duguet) et par le fer, et même, selon Gubler à l’emploi prolongé du charbon porphyrisé, comme dentifrice, ou à une simple exhalation scorbutique, il sera toujours possible d’en distinguer le liséré saturnin par des réactions chimiques faciles à déterminer. L’eau oxygénée, mise en contact avec le liséré ou les plaques, donne naissance à une traînée blanchâtre de sulfate de plomb (D’Arcet, Tanquerel et Gréhant) ; la solution d’hydrogène sulfuré restaure la coloration noire, plus intense même que primitivement. Dans un autre procédé d’analyse, on recueille le dépôt recouvrant le collet des dents, et on le traite par l’acide nitrique et de l’eau distillée, pour transformer le sel de plomb en azotate soluble ; le liquide, repris par une solution d’iodure de potassium au donne la coloration jaune caractéristique de l’iodure de plomb (Pauvert).

Comme troubles fonctionnels accompagnant les colorations buccales, et légitimant la dénomination de stomatite : outre la gingivite, l’haleine est fétide, saburrale ; la réaction de la salive se montre extrêmement acide; il y a un léger ptyalisme, et le malade éprouve une saveur persistante, sucrée et styptique à la fois.

2 ° Dyspepsie. — Les sujets soumis à l’action lente et prolongée du plomb présentent bientôt les symptômes d’un léger embarras gastrique permanent: bouche pâteuse et amère, « empoisonnée », suivant l’expression même des malades, langue jamais nette, appétit émoussé ou capricieux, parfois état nauséeux avec vomissements pituiteux le matin.

A un degré un peu plus avancé, la langue devient blanche et sèche, l’inappétence plus complète ; il y a même du dégoût pour les aliments et quelquefois des vomissements ; pesanteur et sensibilité à la pression au creux de l’esjSmac. L’intestin est aussi intéressé dans une certaine mesure : constipation, dureté et sensibilité morbide de l’abdomen spontanément et Aj la pression, avec douleurs lombaires, et, par moments, quelques légrers élancements passagers; fréquemment alors on observe tfl même temps de la céphalalgie.

Tout peutj se borner à ces sortes de poussées subaiguës dans le cours

PLOMB. — istoxica:

CHROKIQUE. TROUBLES DIGESTIFS.

de la dyspepsie chronique; mais d’ordinaire celles-ci se répètent plusieurs j fois avant l’explosion d’accidents plus graves, et leur série est close par ■ un dernier accès bien caractérisé, prémonitoire de la colique.

On ne peut nier que ces troubles gastro-intestinaux, préexistant à la colique, reconnaissent dans certains cas une origine indirecte, et qu’ils j résultent alors d’une élimination du poison par la muqueuse digestive, surtout par celle de l’estomac, spécialement chez les alcooliques où* ;

celle-ci sécrète d’une manière exagérée; d’autre part néanmoins, ils |

peuvent légitimement être considérés comme manifestations d’entrée, lorsque le métal est évidemment introduit avec les ingesta, ou quand des , ouvriers travaillent dans une atmosphère chargée de poussières toxiques, [ dont le transport jusque dans l’estomac s’effectue par l’intermédiaire des , aliments et de la salive sans cesse déglutie. Quoi qu’il en soit, l'action du poison plombique se traduit là comme ailleurs par de la parésie douloureuse.

La dyspepsie observée dans l’intervalle des attaques de colique participe des caractères de la dyspepsie préparatoire et de celle essen- 1

bellement chronique des saturnins cachectiques que nous décrirons1 1

plus loin.

3° Colique. — Sur 45 ouvriers saturnins réclamant les soins de la médecine, 35 étaient ou avaient déjà été atteints de colique ; parmi les 10 autres (plus d’un ‘cinquième des sujets) qui n’en avaient jamais éprouvé, 5 souffraient alors d’embarras gastro-intestinal simple.

La cotique, qui ne se développe généralement chez les peintres qu’après un certain nombre d’années, peut se montrer dans les premiers mois et même les premières semaines du travail chez les ouvriers en céruseet minium.

Bien que susceptible d’éclater soudain, elle est ordinairement annoncée par les prodromes dyspeptiques déjà connus , auxquels se joignent du malaise , une expression de souffrance , de l’endolorissement et de l’engourdissement des extrémités, et des urines uratiquès ou albumineuses. Alors se déclarent des douleurs abdominales, faibles d’abord, plus tard intolérables, siégeant au niveau de l’ombilic, à l’épigastre, aux flancs ou à l’hypogastre, et s’irradiant jusque vers les lombes, la vessie, les parties génitales et les cuisses. Ces douleurs continues, obtuses et gravatives, affectent, par intervalles, la forme d’accès paroxystiques avec élancements atroces , causant l’insomnie ; elles sont calmées par une pression lentement progressive et méthodique sur une large surface (Fernel), et elles s’exaspèrent, au contraire, sous l’influence d'une pression brusque et par soubresauts avec l’extrémité des doigts. L’abdomen est rarement météorisé; on le trouve, en générat'Pjnégaleinent dur et rétracté'par suite d’une contracture des muscles abdominaux, comprimant et immobilisant les intestins dont les douleurs sont aiii/i modérées; ces mêmes muscles, surtout les droits, sont quelquefois atteints d’hyperalgésie au pincement ou au grattage (Briquet) , manœuvres qui peutêtre aussi déterminent des contractions désordonnées, réveillant les dou-

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