PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES CIRCULATOIRES
et la rate, ne paraissent pas avoir suffisamment fixé l’attention des observateurs. Pourtant, Mayençon et Bergeret ont trouvé la rate imprégnée d’une forte proportion de plomb ingéré ; et dans un certain nombre de nécropsies, en particulier dans celle due à Négrié et rapportée par Tafforin, cet organe était hypertrophié et ramolli. Aussi n’est-il pas étonnant que plusieurs fois nous ayons rencontré de la sensibilité morbide à la région spléniquè.
B. Troubles circulatoires. — Quelle que soit sa voie d’absorption, le plomb pénètre vite dans le sang, et consécutivement agit sur les parois du système circulatoire, d’où une anémie spéciale et des troubles cardiomculaires.
Le sang des saturnins renferme en permanence, mais en très-petite quantité en dehors des épiphénomènes aigus, ce métal, à l’état libre, ou à l’état d’albuminates (Buckheim, Clarus, Lewald) ; il existe en moins grande abondance dans les vaisseaux (Laennec), et présente une légère augmentation de la fibrine (Pope) ; ses globules rouges sont moins nombreux (Andral et Gavarret, Malassez), deux fois moins qu’à l’état sain, et ils ont subi une augmentation de volume ne compensant pas leur diminution de nombre ; ils sont devenus moins ductiles et chimiquement plus fixes (Béchamp). L’hypoglobulie, se produisant rapidement, s’effaçant avec lenteur, et susceptible de s’aggraver après l’écartement de la cause, semble par conséquent être un symptôme d’empoisonnement chronique ; elle se montre en raison directe avec l’âge du sujet, l’intensité et la durée de l’intoxication et la richesse du milieu professionnel en poussières plombiques. Il est probable qu’elle résulte d’une diminution dans la production des globules par altération de leurs organes formateurs (Malassez).
Le plomb détermine, d’après Kussmaul, de la rigidité spasmodique des fibres musculaires du cœur , qui est un peu plus gros que normalement (Beau et Duroziez) ; contrairement à cette hypertrophie, Leudet a, dans deux cas, trouvé une véritable atrophie cardiaque. L’ endocardite, la dégénérescence graisseuse du myocarde, et des lésions valvulaires athéromateuses ont été signalées par Duroziez. Les artérioles de la plupart des organes ont leur calibre diminué et leur tunique celluleuse épaissie (Kussmaul et Maier) , cé qui rend leur paroi plus rigide (Malassez).
La résultante complexe de ces divers états pathologiques constitue l’anémie saturnine, dont la notion clinique remonte à Stoll et à de Haën.
Outre le ton grisâtre , dépendant d’un dépôt de sulfure de plomb à la surface de la peau, les téguments, spécialement à la face, prennent une teinte jaune-pâle fixe, non modifiable par les émotions, en rapport nonseulement avec l’appauvrissement du sang, mais encore avee la rigidité et le rétrécissement des artérioles cutanées. Dans quelques cas, la coloration jaune devient plus marquée et s’étend aux conjonctives oculaires; trèsprobablement produite par un des dérivés de l’hématoïdine sous l’influence «hromogène des sels biliaires (J. Simon), elle doit être considérée comme symptomatique d’une profonde altération du sang. Cette teinte ictéroïde