PLOMB. — INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES RESPIRATOIRES
s’irradiant dans le bras et le cou de ce côté. L’auscultation révèle en outre des bruits de souffle cardiaques et vasculaires de cause anémique et même organique (Duroziez). Avec le stéthoscope déprimant légèrement les gros vaisseaux du cou et du pli du coude, nous avons perçu des bruits de souffle, quelquefois doubles, même en l’absence du souffle cardiaque; il s’en est parfois produit dans les vaisseaux du pli du coude, sans qu’il yen eût à ceux du cou. Bien plus, chez un peintre droitier, paralysé de la sensibilité aux membres supérieurs, surtout à droite, présentant un souffle exclusivement au pli du coude, ce bruit se montra plus intense à droite, où il était en tout comparable au bruit d’un générateur à vapeur. On, a trouvé, en dehors de l’insuffisance aortique, un double souffle crural artériel, encore inexpliqué. Le frémissement des veines jugulaires se rencontre rarement. Le saturnisme produit encore des péricardites (Andral), le plus souvent chroniques, affectant quelquefois une forme aiguë.
Il est regrettable qu’on ne connaisse rien de l’état du système lymphatique (vaisseaux et ganglions) ; ses altérations que rend probables la fréquence de l’érysipèle et de la lymphangite, seraient pourtant très-intéressantes à connaître au point de vue pathogénique.
C. Troubles respiratoires. — Les expériences de Rosenthal sur les animaux ont prouvé que les particules de blanc de plomb pénètrent par, inhalation jusque dans les petites bronches. Chez des chevaux employés dans les fabriques de céruse et morts saturnins, on a constaté, entre autres dèsrdres graves de l’appareil rèspirâtoire, une atrophie du nerf récurrent et une dégénérescence graisséusé des muscles dilatateurs de la glotte (Günther, Gurlt et Hertwig). L 'aphonie s’observe d’ailleurs quelquefois chez l’homme (Pariset, Tanquerel).
Les troubles respiratoires se montrent sous deux formes bien différentes. l’asthme aigu , de cause externe, est cliniquement caractérisé par une dyspnée paroxystique et des quintes de toux pénibles, avec rares crachats muqueux, grisâtres, et un abondant écoulement de mucus nasal, constamment plombifère ; l’auscultation ; fait percevoir de simples râles vibrants de bronchite. Cette forme dure de quelques heures à huit et douze jours; la réaction fébrile est faible ou nulle. Lewy a trouvé les plus petits rameaux bronchiques remplis et partiellement obstrués de parcelles saturnines. La muqueuse bronchique, recouverte d’un exsudât grisâtre, réqueux, plombifère, est rouge, gonflée, ecchymosée et même parsemée de plaques blanches et grises, au niveau desquelles le tissu pulmonaire est cirrhosé. Sur les animaux, la, -muqueuse des grosses bronches a présenté des ulcérations arrondies, isolées, de la dimension d’une tête d’épingle.
l’asthme chronique, déjà mentionné par Sauvages, succède à de nombreuses attaques de la forme aiguë, ou apparaît chez des ouvriers cachectiques ou des convalescents d’affections thoraciques graves, qui ont repris trop tôt le travail; nous l’avons rencontré affectant des ouvriers exposés à l’inspiration dépoussiérés ou de vapeurs plombiques. Là, plus qu’ailleurs,
318 PLOMB. — ■ INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES GÉNITO-URINAIRES, il est nécessaire de tenir compte de la prédisposition individuelle, ta toux est sèche,, par accès paroxystiques prolongés; expectoration peu abondante de mucosités toujours plombifères; oppression extrême; les hydropisies surviennent; les râles vibrants du début sont remplacés par de fines bulles humides, éclatant à la base des poumons œdématiés. Cet asthme conduit à Y emphysème, à la pneumoconiose saturnine , arec complication de pneumonie caséeuse chronique.
L’antagonisme entre le saturnisme et la phthisie tuberculeuse, admis par Tanquerel, Beau et Pidoux, était journellement démenti par les faits, lorsque Hirt démontra par sa statistique que la tuberculose est près de deux fois plus fréquente chez les ouvriers qui manient le plomb que chez ceux qui travaillent le fer ou le cuivre.
D. Troubles génito-urinaires. — 1° Troubles urinaires. — Les reins sont le principal émonctoire du plomb, dont l’analyse chimique décèle la présence dans les urines (Orfda). L’élimination de ce métal, variable et intermittente, est favorisée et rendue continue par l’administration de î’iodure (Gô’Uot et Melsens, Parkes) et peut-être du bromure de potassium (Piabufp ducquoy, Banzolini, Gueneau de Mussy et Gubler), qui le transforment en sel double soluble. Chez les albuminuriques, le plomb s’éliminerait à l’état d’albuminate (Lewald).
Pendant la période d’anémie initiale, l’urine est souvent peu acide, et dans certains cas, neutre ou alcaline (A. Robin). A un degré un peu plus avancé, elle prend une couleur rappelant celle du vieux vin du Rhin; et plus tard, quand la cachexie est confirmée, elle ressemble à l’urine ictérique, mais n’a pas de reflet verdâtre ; l’acide nitrique lui donne une coloration acajou, sans produire la réaction spectrale de la matière colorante biliaire; elle tache le linge en rose-saumon. Sa quantité diminue; l’acide urique paraît souvent un peu augmenté, probablement par concentration. En général, cette urine coexiste avec l’ictère hématique; on suppose qu’elle doit alors sa teinte à un dérivé de l’hématoïdine en excès dans le sang, par suite tout à la fois d'une déglobulisation rapide et d’une insuffisance hépatique ( urine hémaphéique de Gubler). Dans les cas rares d’ictère vrai, l'urine donne les réactions caractéristiques des acides et de la matière colorante de la bile.
Que la cachexie toxique arrive à un haut degré, ou que des épiphénomènes variables (coliques, accidents cérébro-spinaux) viennent à se déclarer, Y albumine du sérum, en excès dans le sang par rapport aux globules détruits, tend à s'éliminer par les urines; et d’autre part, les principes de désassimilation, ne subissant plus une combustion suffisante pour évoluer en urée, s’éliminent à l’état d’acide urique. C’est ainsi que de l’albumine et des dépôts uraliques, colorés par l’acide rosacique, et ayant l’aspect de la brique pilée ou du minium, apparaissent dans l’urine, temporairement pendant un épiphénomène aigu, définitivement quand la cachexie poursuit sa marche progressive. Un de nos malades, en proie à des coliques depuis huit jours, et émettant une urine uratique et muqueuse, avait les reins très -douloureux à la pression. Chez un autre, au