PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES GÉNITO-URINAIRES
septième jour d’une récidive de coliques, nous avons trouvé un peu de sucre dans les urines, légèrement muqueuses, mais non albumineuses; la douleur au foie, ressentie par ce dernier, pouvait faire penser à une glycosurie de cause hépatique.
Enfin, les urines des saturnins arrivés à la période terminale de cachexie anémique sont pâles, de faible densité, parfois alcalines ; elles se colorent très-peu sous l’influence de l’acide nitrique; l’albuminurie se produit, dans quelques cas, avec des œdèmes, et trahit alors une profonde altération rénale.
Le plomb se trouve en assez forte proportion dans le rein. Les lésions atrophiques de cet organe, que Rayer et d’autres avaient signalées chez les saturnins, ont été rattachées par Ollivier à l’élimination urinaire prolongée du métal ; mais on est aujourd'hui conduit à admettre que ces lésions, quand elles existent, sont seulement consécutives à l’albuminurie d’origine humorale et cachectique. Les descriptions de Garrod, Lancereaux, Grainger-Stewart, Dickinson et Robert, ont été complétées par les constatations microscopiques de Charcot, Gombault et Kelsch. Le rein est petit, dur à la coupe; sa substance corticale, réduite à une couche mince, présente quelquefois à sa surface des granulations jaunâtres ou rosées, plus ou moins dures. La seule portion à peu près intacte est celle qui correspond à tous les tubes collecteurs. La substance corticale est très-altérée; entre les tubes contournés et dans leur épithélium se montrent des cellules embryonnaires, qui plus tard s’organisent par place en tissu fibreux. Modifications analogues des glomérules, qui, le plus souvent, subissent la transformation colloïde. Cette néphrite interstitielle atrophique s’accompagne d’une albuminurie, avec lésions oculaires, ordinairement non compliquée d’œdème, mais susceptible d’exposer à l’encéphalopathie urémique (Danjoy).
Dans la colique, l’émission des urines peut se faire avec difficulté et même avec douleur (strangurie).
2“ Troubles génitaux. — Le plomb fait sentir son action jusque sur la vie de l’espèce. D’après Pallas, la céruse a souvent servi, en Russie, à rendre les filles stériles. Le saturnisme chronique, même du côté du père, prédispose aux avortements (C. Paul). Le passage du métal de la mère dans les organes du fœtus a été démontré chimiquement. La grande mortalité des enfants d’ouvriers saturnins, par maladies nerveuses , notée d’abord en Angleterre au sujet des potiers du Straffordshire, a été confirmée par la statistique de Roque, qui a montré de plus que les survivants étaient fréquemments atteints d 'idiotie, à' imbécillité et d’ épilepsie ( saturnisme héréditaire).
D eût été étrange qu’agissant sur le produit de la conception, par le père et la mère, le plomb restât sans influence sur les fonctions génitales, comme l’ont avancé les auteurs qui se sont occupés de la question. Nous avons en effet signalé, dans notre ïhèse fl 873), chez deux peintres de trente-deux et trente -quatre ans et un cérusier de vingt-huit ans, de hnuphrodisie, allant, pour le premier, jusqu’à Y impuissance; et der-
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nièrement, l’anaphrodisie a été observée sur la femme elle-même (Ducamp). Ainsi se trouve justifié l’emploi des ceintures antiaphrodisiaques en plomb chez les anciens. Lieutaud prescrivait l’acétate de plomb à l’intérieur contre la nymphomanie.
E. Troubles nerveux et locomoteurs. — 1° Encéphalopathie. — L’encéphalopathie est beaucoup plus rare (un quart des cas) et plus tardive que la colique ; elle n’apparaît guère qu’après dix et même vingt ans de travail à la peinture, et dans la première année, parfois dès le quatrième mois chez les ouvriers en céruse et minium. Elle se développe d’ordinaire à l’occasion d’une violente récidive de colique, le plus souvent à titre de complication initiale ou terminale ; quelquefois néanmoins les coliques et l’encéphalopathie débutent simultanément, et ont une importance 'à peu j près égale, de sorte qu’elles doivent être considérées comme simplement concomitantes; plus rarement enfin, les accidents cérébraux prédominent, et les coliques semblent en être une complication; mais celles-ci ne font presque jamais complètement défaut.
Dans la moitié des cas, l’encéphalopathie est annoncée par des prodromes, un jour ou quelques heures à l’avance. Ce sont des symptômes cérébraux: céphalalgie, vertiges, assoupissement pendant le jour, insomnie ou tout au moins agitation la nuit ; hébétude du regard, éblouissements, diplopie, strabisme, modifications pupillaires, amblyopie, alterations du goût, parfois dysphagie ou sensation de constriction au pharynx; engourdissement, fourmillements et prostration. On observe, en outre, de l’agitation, de la crainte, de la tristesse, de l’inquiétude ou, au contraire, une indifférence absolue. Du côté de l’état général, il y a accélération du pouls, et l’urine, on l’a vu, devient fréquemment albumineuse et uratique. Quand les coliques préexistent, presque toujours avec des troubles cérébraux concomitants plus ou moins marqués, le pronostic de complication encéphalopathique, beaucoup plus difficile, ne pourra se baser que sur la multiplicité et l’intensité croissantes de ces symptômes nerveux centraux, l’insomnie absolue, l’accélération du pouls et les altérations possibles des urines. Chez les autres malades, le saturnisme cérébral éclate d’emblée par une attaque épileptiforme ou un état comateux apoplectique avec ou sans paralysie.
L’encéphalopathie revêt des formes délirante, convulsive, comateuse et paralytique.
Forme délirante. — Le délire, qui survient dans un quart des cas, est irrégulier eWvariable, partiel ou général, quelquefois tranquille , avec une simple divagation dans les idées, pouvant se traduire par des paroles et des actes étranges, et se compliquer d’hallucinations de la vue et de 1 l’ouïe ; le plus souvent, il est d’emblée ou devient agité et furieux, avec incohérence des idées. Le malade se croit malheureux, rarement heureux ( variété raisonnante de Grisolle) ; mais toujours il y a désaccord entre la nature du délire et la physionomie qui reste impassible (Tanqucrel). Chez les trois quarts des sujets, le délire est paroxystique ou tout à fait intermittent. Il y a parfois abolition complète de la sensibilité; le j
PLOMB. — INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES NERVEUX ET LOCOMOTEURS. 521 pouls est constamment petit. Quelques malades meurent sidérés par l’aggravation du mal; d’autres se tuent dans un accès de fureur. Quand le retour à la santé doit avoir lieu, d’ordinaire, après un ou deux jours de durée, le calme survient ; le patient s’endort et se réveille guéri, sans se rappeler ce qui s’est passé pendant l’accès. En général, la forme délirante est suivie de convulsions ou de coma.
forme convulsive. — Cette forme, la plus fréquente de toutes, est quelquefois représentée seulement par des convulsions sans perte de connaissance, mais avec un certain degré de stupeur. Celles-ci sont générales, débutant alors ordinairement par un tremblement généralisé (Compendium), ou partielles, siégeant à la face, dans un ou plusieurs membres ou dans un groupe de muscles, le plus souvent cloniques, elles peuvent être toniques et donner lieu à un état semi-tétanique avec opislhotonos (ïiivet) .
A un degré de plus, l’encéphalopathie épileptiforme consiste, exceptionnellement, en un simple vertige, avec perte de connaissance et de sensibilité, ou presque toujours en une attaque convulsive complète, comme dans, l'accès épileptique véritable, dont elle diffère pourtant. En effet, il n’y a point d’aura précurseur (Grisolle, Tanquerel), mais quelquefois une sensation de tournoiement et rarement un cri initial; en outre, le vertige simple se prolonge beaucoup plus (quelques heures) que dans l’épilepsie, et la stupeur consécutive est plus marquée. Enfin, Tanquerel donne l’intensité de la raideur tétanique, comme un caractère important de l’accès convulsif épileptiforme. Jaccoud a observé dans cette forme des symptômes médullaires : mouvements automatiques, contractures, parésie sensitive et motrice des membres inférieurs et, moins fréquemment, mouvements involontaires de déglutition et rétention d’urine ; c’est afin de tenir compte de ces phénomènes afférents à la moelle que ce clinicien a proposé pour l’encéphalopathie la dénomination de saturnisme cérébro-spinal. L’attaque de convulsion épileptiforme se termine par de la sterteur, qui se dissipe peu à peu, ou parfois par un état apoplectique souvent fatal (Stoll). La mort survient, soit à la fin d’unpremier accès, soit après plusieurs accès s’étant succédé coup sur coup, séparés dans certains cas par du délire furieux, et devenant bientôt subintrants. Les- accès cataleptiformes (Tanquerel) sont très rares.
Lewis a observé des accès hystériques chez de jeunes ouvrières. Selon Auguste Voisin, \' épilepsie vraie serait une des conséquences éloignées du saturnisme.
Les animaux : chiens, chats, oiseaux, qui hantent les ateliers, meurent presque tous de, convulsions.
forme comateuse. — Le coma n’existe guère à l’état isolé; d’ordinaire, il s’établit après un accès convulsif ou de délire, avec lequel on le voit aussi alterner.
Forme paralytique. — Dans la moitié des cas, la 'série des accidents cérébraux débute soudain par une paralysie absolue, sensitive et motrice, rarement . des deux membres supérieurs ou inférieurs, le plus souvent