PLOMB. — INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES NERVEUX ET LOCOMOTEURS
Bien que les accidents cérébraux saturnins aient pu, dans des cas exceptionnels, reconnaître une origine urémique, ce qui ne paraît pas rigoureusement établi, on ne doit point considérer l’urémie comme leur cause générale. La théorie palhogénique la plus communément acceptée est celle de l’anémie cérébrale résultant du spasme musculaire des petits vaisseaux (Rosenstein), ou de la compression par l’œdème interstitiel (Heubel). Nous rapprochant plutôt de l’opinion de Hermann, nous croyons à une action primitive du plomb sur le système nerveux central, qui se manifesterait lorsque ce métal s’y serait accumulé en quantité suffisante.
T douleurs rhumatoïdes. — Goutte. — Osléo-arthrites . — Les douleurs rhumatoïdes mobiles, si fréquentes chez les saturnins, siègent principalement dans les muscles (myalgie), les articulations et les tissus libreux et tendineux qui les avoisinent (arthralgie), et par exception dans la substance même des os. Variables dans leur nature, elles affectent toutes les formes et tous les degrés, depuis les simples sensations de lassitude, de courbature et de raideur pénible, jusqu’aux véritables douleurs contusives, constrictives, lancinantes et dilacérantes. Elles sont tantôt spontanées, fréquemment avec exacerbations nocturnes, tantôt, et plus rarement, accrues ou provoquées par les mouvements et la pression brusque (endolorissement), bien qu’il survienne d’ordinaire de sensibles rémissions sous l’influence d’une compression méthodique ; la chaleur les calme quelquefois, les exaspère souvent. Enfin nous avons vu, dans le cours de la cachexie, des cas rares, le hasard néanmoins vient encore Je nous en fournir deux, avec rougeur et gonflement limités à de gi'andes articulations et même diffus, à évolution rapide, mais toujours sans appareil fébrile. Ce sont probablement des faits semblables que les anciens auteurs. Sauvages en particulier, entendaient désigner sous le nom de rhumatisme métallique .
Ces douleurs se font sentir à peu près également dans les membres supérieurs et inférieurs, avec une légère prédominance pour les derniers. Les muscles le plus souvent atteints sont ceux du côté de la flexion : aux membres supérieurs, les muscles des bras, surtout le biceps, et aux inférieurs, ceux des jambes, spécialement des mollets. Leur siège de prédilection dans les parties les plus rapprochées du point d’absorption cutanée du plomb, chez les ouvriers, doit souvent les faire classer parmi les accidents directs.
Les douleurs rhumatoïdes peuvent coïncider en une même z'égion avec l'analgésie proprement dite ( analgésie douloureuse) ; mais nous avons prouvé qu’elles cessent de se produire dès qu’il y a anodynie (a priv., et 5wvp souffrance), c’est-à-dire si, à la suite d’une brûlure, par exemple, il ne se développe pas ultérieuremnt de douleurs liées au processus inllammatoire. Un membre analgésié n’est donc susceptible de douleurs spontanées qu’autant qu’il a conservé son odynie intacte. Comme l’odynie parait avoir pour conducteurs les filets nerveux du grand sympathique, il en résulte que ces derniers sont très vraisemblablement le siège anatomique des douleurs rhumatoïdes.
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De ces douleurs, nous rapprocherons les névralgies, parfois intercostales (Rosenthal), qui semblent liées à la dyscrasie anémique. |
Quant à la goutte saturnine, mentionnée dès 1752 en Angleterre par Musgrave, au sujet de la colique du Devonshire, et nettement indiquée par H. Parry (1808), sa notion fut introduite en France en 1854, aveu la traduction de l’ouvrage de Garrod, où se trouvait formulée la tendance des ouvriers saturnins anglais à contracter cette affection. En France, la goutte, rare d’ailleurs dans la classe ouvrière, s’est retrouvée, mais peu fréquente, chez les saturnins. La plupart des observateurs n’accordent à l’intoxication qu’une influence adjuvante dans la production de cette maladie. Il existe pourtant des cas dans lesquels, en l’absence de prédisposition héréditaire et avec un genre de vie opposé à celui des goutteux, on ne découvre d’autre cause appréciable que le saturnisme (Charcot, Ollivier, Bailley, Bucquoy, Lancereaux, Brouardel, Pinet et Halmagrand). On a remarqué que la goutte provient en général de l’intoxication lente et à petite dose ; les attaques alternent d’ordinaire avec les coliques; son évolution serait plus rapide que celle de la goutte vraie. Notons enfin la coexistence fréquente des altérations rénales, dites rein goutteux de Todd, rein contracté; néphrite interstitielle, déjà étudiées plus haut. d
Le tissu osseux , dans lequel le plomb s’accumule en la plus grande proportion, 2 à 3 p. 100 (Heubel et Lé.wy), est sujet, dans la période de cachexie ultime, chez 2 saturnins p. 100, à des affections diverses ; caries , nécroses , périostites alvéolaires avec carie dentaire, siégeant à la mâchoire supérieure dans plus de la moitié des cas (Léwy, Binet), et ostéo-arthrites (Yerneuil et Sabatier) ; leur pronostic est ordinairement favorable. 1 9.
3° Crampes et contractures. —Tremblement. — Hémichorèe.-rAtaxie. — Les crampes douloureuses, communes dans le saturnisme, sont plus précoces chez les ouvriers en céruse et minium que chez les peintres; elles se manifestent surtout lors d’une attaque de colique, ou dans la première période de la paralysie motrice. Rarement généralisées, elles siègent à peu près aussi fréquemment aux membres inférieurs qu’aux supérieurs. Les crampes des membres inférieurs, plus souvent liées à la colique, seraient de cause générale, tandis que celles des membres supérieurs, compagnes habituelles de la paralysie, affectent de préférence le; parties les plus rapprochées des points de contact du plomb et auraient plutôt une origine locale par absorption cutanée. Elles sont spontanées ou provoquées par de fausses positions, par l’extension forcée dans le décubitus au lit, pour les membres inférieurs, et dans quelques cas rares, par le moindre attouchement. Si d’ordinaire les crampes sont espacées, elles deviennent par exception presque continuelles et fatiguent ainsi le patient. La douleur qu’elles déterminent est parfois très -violente..
Un de nos malades, peintre droitier, atteint de paralysie prédominant à droite, était sujet à des spasmes musculaires du globe oculaire de « côté.
Nous avons rencontré, chez un plombier, de la contracture intermit-