‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 28 (volume 5)Chapitre 91 sur 155 · PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES NERVEUX ET · texte numérisé non relu

PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE. TROUBLES NERVEUX ET

Tumeur dorsale de la main. — On voit fréquemment, chez les saturnins affectés de paralysie des extenseurs, une tuméfaction siégeant sur le dos de la main, au niveau du métacarpe. Remarquée dès 1602 par Plater, et depuis lors étudiée par de Haën et les auteurs classiques, la tumeur dorsale de la main a été l’objet de travaux récents de la part de Gubler, flérard, Nicaise, Bouchard, Daviot et Huc-Mazelet. Il peut y avoir au début un œdème plus ou moins marqué et une douleur quelquefois vive ; mais bientôt la tumeur est constituée par une ou plusieurs nodosités indolentes, ordinairement sans rougeur, ayant une consistance cartilagineuse, une forme allongée, et participant aux déplacements qu’on imprime aux tendons ; ces nodosités donnent sous le doigt explorateur la sensation de l’épaississement des tendons extenseurs ou de leur synoviale, et peuvent être compliquées de téuosite crépitante à l’avant-bras. Elles sont rarement plus grosses qu’un œuf de pigeon, et elles varient plusieurs fois de volume dans une même journée. Anatomiquement, la tumeur dorsale est caractérisée à un degré avancé, par un état fongueux des tendons et de leur gaine synoviale, qui est d’ordinaire injectée (Nicaise, Charcot). Elle se développe peu après le début de la paralysie, et disparaît en général avec elle, sans laisser de trace.

Attribuée par Tanquerel à la saillie des extrémités osseuses, ou rattachée à la goutte (Mérat), elle fut, avec raison, rapportée à l’appareil tendino-synovial par Plater, de Haën, Desbois, Pariset. On a cru devoir la rapprocher des artrhopathies et des ténosites que le repos amène chez les fracturés (Gosselin). Son siège spécial ne peut s’expliquer, comme le veut Gubler, par le frottement des tendons extenseurs contre les saillies osseuses, résultant de la chute du poignet, car dans un cas de Landrieux, la tumeur existait sans paralysie des extenseurs. On doit plutôt, avec Charcot, la considérer comme une lésion trophique consécutive aux altérations du système nerveux. Les observations de Gubler, Charcot et Yulpian ont du reste montré que la tumeur dorsale se rencontre aussi en dehors du saturnisme, dans les paralysies d’origine cérébrale, l’atrophiemusculaire.. .etc .

5“ Paralysie sensitive. — Dans le saturnisme professionnel la paralysie de sensibilité est un des accidents les plus précoces, qu’on peut observer longtemps avant la paralysie motrice, surtout chez les ouvriers bien portants, qui ne se doutent pas en être atteints. Toujours elle coexiste avec la paralysie motrice, qu’elle dépasse en intensité et en étendue ; c’est seulement sur les ouvriers ayant depuis longtemps cessé de travailler, ou qui ont suivi un long traitement, qu’il est possible de trouver de la parésie motrice survivant aux troubles sensitifs, dont le siège superficiel explique la plus rapide disparition, II est présumable qu’il n’en est pas de même dans l’intoxication ab ingestis, mais les observations à ce sujet laissent encore à désirer. Nous avons vu, d’une manière plus évidente encore que pour la paralysie motrice, la paralysie sensitive exister exclusivement ou prédominer au point de contact du métal : chez les cérusiers, soit au pli du coude gauche sur lequel glisse le saumon de

554 PLOMB. — intoxication chronique. troubles nerveux et locomoteurs. plomb pendant l’enfournement, soit à l’extrémité du membre supérieur droit jusqu’au milieu de F avant-bras, niveau d’aifleurement du bain de lait de céruse pendant les manipulations ; ou bien à la main gauche soutenant la cuiller pleine de céruse ; à l’épaule droite sur laquelle un gazier portait fréquemment des tuyaux de plomb enroulés circulairement ; aux deux derniers doigts et à la partie correspondante de la paume de la main, servant à capsuler les flacons; au médius droit accolé au pinceau d’un peintre. L’influence des vêtements, comme obstacle à la pénétration des particules métalliques a été mise en évidence chez une poudreuse de porcelaine, dont les poignets et les avant-bras furent protégés par des manchettes de laine, ainsi que dans quatre autres observations, où les surfaces laissées à nu par le devant de la chemise entr’ ouverte et au-dessous des pans ou des manches retroussées plus ou moins haut , ont été frappées de paralysie sensitive.

Des faits analogues avaient déjà été signalés dubitativement per Ladreit et d’une manière affirmative par Frank-Smith; après nous, ils ont été confirmés par les observateurs cités à l’occasion de la paralysie motrice, et dernièrement par Proust.. Dans ses expériencés sur les animaux, Drouet a trouvé un affaiblissement de la sensibilité électrique aux membres intoxiqués localement par des frictions saturnines.

Si la paralysie de sensibilité est un des accidents directs qui se localisent le mieux, c’est aussi un de ceux qui se diffusent le plus vite, s’irradiant, pour s’atténuer il est vrai, dans toute la moitié correspondante du corps. Il s’ensuit alors une apparence d’hémianesthésie, que nous avons décrite le premier dès 1870, mais il n’y a pas, à proprement parler, hémianesthésie comparable à celle des hystériques, car, d’une part, on observe toujours dans l’autre moitié du corps un certain degré de paralysie sensitive, parfois assez considérable ; et d’autre part, elle prédomine constamment au point d’absorption cutanée, qui est le plus souvent à la périphérie, tandis que dans l’hémianesthésie, elle est de plus en plus prononcée vers le centre, plus, par exemple, à la face qu’aux membres. Dans quelques cas, nous avons rencontré un croisement de la paralysie à la face par rapport au reste du corps. On trouvera, à propos des altérations des sens, les curieuses relations de siège que chacune de celles-ci présente alors avec la paralysie sensitive de la face et du reste du corps. Cette fausse hémianesthésie accompagne toujours la pseudo-hémiplégie, mais elle peut exister en dehors d’elle.

L’apparence paraplégique de l’anesthésie est plus rare ; elle peut se combiner avec la forme précédente,

Dans les quelques cas où la paralysie sensitive paraît généralisée, on la retrouve toujours plus marquée dans ses sièges de prédilection ordinaires.

La prédominance à la face dorsale des mains et des avant-bras est fréquente, mais non absolue ; nous avons vu tantôt précisément le contraire, tantôt sur le même sujet, la main et l'avant-bras plus atteints, l’une sur son dos et l’autre à sa face palmaire. Il n’existe aucune relation

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