PLOMB. - INTOXICATION CHRONIQUE, ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE
Le traumatisme peut réveiller et même provoquer pour la première fois des manifestations toxiques (coliques, encéphalopathie, albuminurie) chez des sujets en puissance de plomb (Yerneuil et Sabatier).
II. Etiologie générale. — Le plomb pénètre par les diverses voies cutanée et muqueuse, digestive et respiratoire. L’absorption par la peau, même intacte, en quelque point que ce soit, a été suffisamment établie, à propos de la paralysie, pour que nous n’y revenions pas ici ; les accidents locaux résultant de ce mode d’absorption ont été étudiés chacun en leur lieu.
Les causes de l’intoxication saturnine chronique peuvent être groupées en deux classes, suivant qu’elles sont accidentelles ou professionnelles.
A Causes accidentelles. — Dans le premier cas, l’absorption a lieu soit par le tube digestif, soit par la surface tégumentaire, soit enfin par les voies respiratoires.
1° Par le tube digestif. — Le métal est dégluti avec les boissons et les aliments, avec les médicaments internes ou la salive souillée par divers objets portés à la bouche.
a ) Boissons. ■ — • L’eaw se charge de plomb au contact des terrasses, des toitures, des gouttières, des réservoirs, des tuyaux, des robinets, des pompes et des appareils distillatoires (navires et pharmacies) en plomb, en étain pauvre, en fer ou cuivre étamé, en zinc plombifère soudé avec l’alliage d’étain et plomb, ou en tôle galvanisée avec du zinc plombifère (charniei's des vaisseaux) ; elleen dissout d’autant plus qu’elle est plus pure (eau distillée) et, plus aérée, comme l’eau de pluie (Bobierre), et qu’elle renferme des matières organiques (Medlock) et certains sels : azotates, azotites et chlorures (eau de mer) . Riche en acide carbonique, et surtout en carbonate, sulfate et phosphate de chaux, telle que la plupart des eaux potables (Frankland), l’eau, en rapport avec le plomb, donne lieu à des dépôts insolubles, nuisibles quand elle est trouble (eau de Seltz) mais susceptibles d’être séparés par repos, décantation naturelle ou filtration. Le plomb se dissout mieux en présence d’un autre métal qui complète les éléments d’une pile galvanique : ce qui rend si dangereux les récipients ■ faits de divers métaux plombifères, de zinc par example.
Dans le vin , le poison peut provenir des vases en plomb dans lesquels on les cuisait à la méthode antique, des pièces de plomb des pressoirs, des plats de plomb dans les tonneaux contre la fermentation acide, et actuellement des grains de plomb restés dans les bouteilles, ou du séjour | des égoultures sur les comptoires en étain pauvre (Leroux) ; on l’â parfois, à une certaine époque, frelaté avec la litharge (colique végétale du Poitou-Citois).
Le cidre contenu dans des brocs de plomb, adouci avec la litharge, ou clarifié avec l’acétate et le sous-acétate de plomb, a donné lieu aux coliques végétales du Devonshire (Huxham) et de Normandie (Le Pecq de la Clôture). Leudet a insisté sur la nocuité des égouttures de comptoirs en étain pauvre.
A propos des coliques dites végétales, il est indispensable d’ajouter
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que, si la majorité d’entre elles sont saturnines, il paraît réellement en exister d’autres, . épidémiques, ressemblant beaucoup à la colique de plomb (constipation, encéphalopathie, paralysie des extenseurs), mais reconnaissant une cause toute différente. Bouckaert, qui les a longuement observées en Belgique, dès 1853, les attribue à une constitution morbide particulière (Arch. méd. milit. belges, t. XXX); celte affection, très-probablement la même que la colique nerveuse endémique des pays chauds, a été rencontrée aussi dans le Midi de la France par Castan, en 1872 ( Montpellier méd., 1873).
Les autres boissons contenant du plomb sont : la bière clarifiée par l’acétate et le sous-acétate de plomb, falsifiée aveclalitharge(Hourmann), ou pompée avec des tuyaux en plomb (Gosselet); — le vinaigre et Y eau de Séltz en rapport avec des robinets d’étain pauvre ; Veau de fleurs d'oranger en contact avec des serpentins en plomb, l'étamage pauvre des estagnons et les plaques de plomb mises au fond des vases; — le rhum distillé dans des appareils plombifères, ou contenu dans des vases vernis; — les eaux-de-vie et les sirops de miel et de raisin, clarifiés par l’acétate de plomb (Cadet-Gassicourt, Boudet); — le thé fait avec les déchets restés au fond de boîtes doublées-en plomb (Potain), — et le lait aspiré avec des biberons abouts en plomb (Elemming), en caoutchouc vulcanisé plombifère (13,5 p. 100 de carbonate de plomb, Eulenberg), ou donné par une nourrice, sur les mamelons de laquelle ont été appliquées des préparations plombiques contre des gerçures (solution d’acétate de plomb de Mme Delaconr, cas de Bouchut).
b) Aliments. — Le pain peut être toxique parce que la farine a été, soit frauduleusement additionnée de .céruse (Gmelin), soit accidentellement mélangée avep de l’acétate de plomb (Bancks) ou avec des parcelles. détachées. du plomb servant à boucher les éveillures des meules, comme dans les épidémies de Saint-Georges-sur-Eure (Maunoury et Salmon), de Fresnay-le-Gilbcrt, de Laval, et dans celle observée par Brillat-Savarin, soit enfin parce qu’il a été cuit avec des bois peints ou vernis ; la croûte est alors presque exclusivement toxique : épidémies de Montrouge (Combalusier), de Marly, et récemment de Paris, VIIe et XVIIe arrondissements (Ducarap).
Le beurre a été falsifié avec la litharge et la céruse (GaubiusJ, coloré avec le chromate de plomb (Poggiale), ou enfin salé avec un mélange accidentel de sel et d’acétate de plomb (G. Bergeron et Lhôte).
Mentionnons encore le sucre fabriqué par le procédé de Scoffern, ou coulé dans des formes peintes intérieurement à la céruse; — les gâteaux colorés avec le chromate de plomb (Galippe) ; — les pastillages colorés aux sels de plomb : massicot, minium, carbonate et chromate, et les bonbons, soit colorés de la même façon, soit enveloppés de papiers peints à la, céruse et au chromate (Tanquere!) ; — le chocolat, les fruits et les conserves, entourés de papier d’étain plombifère, ou contenus dans des boîtes en fer-blanc (Armand Gautier), — et les jambons de Cincinnati enveloppés de toile teinte au chromate (Bouchardat) .
D’une manière générale, les aliments et les boissons peuvent s’impré-