‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 10 sur 531 · BROMURE DE CAMPHRE · texte numérisé non relu

BROMURE DE CAMPHRE

[Sdpi'lément]

E. Dans Y otite moyenne purulente, on fait usage, comme nous l’avons vu, d’acide borique en poudre, qu’on maintient à demeure dans le conduit auditif : au moment du pansement, et dans le cas de blessures de l’oreille, on fait des lotions avec la solution à 4 pour 100, ou on instille le mélange suivant :

Acide borique.

Acide phénique

Glycérine. . .

Alcool absolu .

WcRTZ, Dictionn. de chimie, t. I, p. 654. — J. B. Filippixi, Contrib. à l’ét. du trait, de l’otite moyenne suppurée simple par l’acide bor. en poudre, thèse de Paris, 1881. — Villix, Tr. des désinfectants et de la désinfection, Paris, 1882. — Baumfelu, L’acide bor. et ses applic. thérap., thèse de Paris, 1884. — Cosses, Du trait, prophyl. de l’ophthalmie des nouveaunés par l’acide bor., thèse de Paris, 1884. — Rabdteaü, Traité de thérap. et de pharmacol., 4" édit., 1884, p. .525 et 1174. — F. Gdyon, Leçons cliniq. sur les mal. des voies urinaires, 2' édit., 1885, p. 1015.

BROMURE DE CAMPHRE. — Syn. : Camphre bromé (Deneffe) ; Camphre monobromé (Wurtz) ; Monobromure de camphre (Maisch). — C^^H^BrO*.

Le nom de bromure de camphre, mot évidemment impropre, que nous conserverons néanmoins comme étant le plus usité dans le langage des médecins français, sert à désigner un composé chimique qui n’est autre que du camphre dans lequel un atome d’hydrogène est remplacé par un atome de brome : c’est un camphre monobromé.

Découvert en 1862 par Swarlz (de Gand), introduit en 1871 dans la thérapeutique des maladies du système nerveux par Deneffe (de Gand) et par Hammond (de Philadelphie), ce composé fut pour la première fois l’objet d’expériences physiologiques précises entre les mains de Bourneville (1874). Peu de temps après R. Lawson, L. Pathault, etc., conhrmaient et complétaient ces expériences, dont les résultats étaient cliniquement mis à profit par Yulpian, Charcot, Potain, Desnos, etc. Bien que la nouvelle substance n’ait pas justifié toutes les espérances qu’elle avait fait concevoir, on peut affirmer qu’elle a des propriétés sédatives souvent utilisables, et que son droit de cité dans le domaine thérapeutique n’est pas usurpé.

Chimie. — Clin et Silva furent les premiers en France qui obtinrent le bromure de camphre chimiquement pur et cristallisé. On le prépare en chauffant à 100“, dans des tubes scellés, pendant quelques heures, un mélange de camphre et de brome, dans la proportion d’une molécule du premier corps pour deux du second : à l’ouverture des tubes, le contenu encore liquide est versé dans une capsule où la masse se solidifie, après dégagement de gaz bromhydrique à l’air libi’e. Il ne reste qu’à la purifier en la comprimant entre des doubles de papier buvard, et la faisant cristalliser plusieurs fois dans l’acool.

Le bromure de camphre se présente alors sous forme de prismes allongés, plus ou moins volumineux, réunis souvent par leur hase en

0,50 centig.

20 gramm.

[Sopplémest] bromure DE CAMPHRE. -- chimie, effets physiolog. 109 formant de belles aigrettes brillantes, transparentes, incolores; craquant sous la dent; d’une odeur voisine de celle de la térébenthine; d’une saveur âcre, un peu brûlante, qui rappelle à la fois celle du camphre et de l’essence de térébenthine. t

Insoluble dans l’eau, il se dissout très-facilement dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, la benzine, les huiles fixes et volatiles, etc.

11 fond entre 76“ et -4- 77“, et bout, en se décomposant partiellement, à ‘274". Chauffé à 180" pendant 12 heures, avec une solution alcoolique d’ammoniaque, il est légèrement attaqué et donne naissance à une base indéterminée (Perkin) .

Il contient une grande quantité de brome (34,78 pour 100). Il s’unit à. ce liquide à froid en donnant un nouveau composé liquide qui, chauffé, fournit du camphre bibromé, avec mise en liberté d’acide bromhydrique.

Effets physiologiques. — C’est au mois de juin 1874 que Bourneville communiqua à la Société de Biologie le résultat de ses expériences, au nombre de 25, faites sur des chats et des cochons d’Inde. De ces premiers essais physiologiques, et deceux qui les suivirent, il résulte que le bromure de camphre agit primitivement sur la circulation, la respiration, la calorification, le système nerveux, et secondairement sur la nutrition, et qu’il s’élimine par les reins.

Action sur la circulation. — Le bromure de camphre détermine une diminution du nombre des pulsations cardiaques, diminution dont la rapidité et le degré sont directement proportionnels à la dose du médicament injectée ou ingérée. Ainsi chez un jeune cochon d’Inde qui avait reçu une injection de 28 centigrammes on constata au bout de 3 heures que les battements du cœur étaient descendus de 160 à 108 ; l’abaissement augmenta jusqu’à la 18" heure, et après 24 heures le nombre des pulsations n’était pas revenu à ta normale. Les doses toxiques ont produit un effet encore plus marqué : une injection de 50 centigrammes a déterminé chez un jeune chat une dimimution de plus de 70 pulsations; 60 centigrammes, chez un chat plus âgé, ont réduit de 188 à 80 le nombre des battements du cœur. Ceux-ci n’ont d’ailleurs jamais présenté d’irrégularité : leur fréquence seule est modifiée.

Chez les mêmes animaux, les vaisseaux des oreilles et des paupières ont subi pendant les expériences une diminution de calibre telle qu’ils sont devenus à peine perceptibles.

Ces expériences de Bourneville, répétées par Lawson, ont toujours donné les mêmes résultats.

Action sur la respiration. — Ces observateurs ont également constaté une diminution du nombre des mouvements respiratoires, qui est tombé de 60 à 44 en une heure chez un chat auquel 25 centigrmines de bromure de camphre avaient été injectés ; de 44 à 1 6, en 3 heures, chez un cochon d’Inde qui avait reçu une dose mortelle. Ce ralentissement des inspirations ne paraît s’accompagner d’aucun trouble dans le rhylhme respiratoire : mais Bourneville a constaté, à une période avan-

110 BROMURE DE CAMPHRE. — effets physiolociqües. [SüpplémemJ cée de l’intoxication, une sorte d’ondulation, pendant l’inspiration, qui semblait s’accomplir en plusieurs temps.

Action sur la calorification. — Le bromure de camphre abaisse la température d’une façon régulière en général, mais avec quelques particularités qui ont trait à la dose absorbée, l’abaissement restant d’ailleurs proportionné à cette dose. Lorsque celle-ci est telle que la mort soit inévitable, la température suit une marche décroissante depuis le moment de l’injection jusqu’à celui de la terminaison fatale. Dans le cas contraire, lorsque la dose n’est pas nécesairement mortelle, il semble, dit Bourneville, qu’à une certaine époque de l’empoisonnement il s’établit une lutte annoncée par l’état de la température : l’animal doit-il guérir, le thermomètre remonte, mais son arrivée au chiffre normal a lieu en un temps beaucoup plus long que celui qu’il a mis à descendre à son minimum. L’animal doit-il succomber, l’ascension thermique a lieu par saccades jusqu’à un chiffre relativement peu élevé, à partir duquel se fait un nouvel abaissement, rapide et sans retour.

Ainsi, chez un cochon d’Inde auquel pendant plus d’une semaine une injection de 5 centigrammes fut faite chaque jour, la diminution de température varia de 0,5 à 2,8. Chez un jeune chat auquel une dose mortelle (50 centigrammes) avait été injectée, l’abaissement était de 3 degrés au bout d’une heure (39M à 36") ; après un nouvel abaissement moins rapide que le premier, et une réascension également lente, le thermomètre marquait 31", 8, 43 heures après l’injection.

Lawson a noté qu’en cas de survie l’animal se rétablit plus vite lorsqu’on a soin d’entretenir la température à l’aide d’une chaleur artificielle, et que celle-ci suffit même à le sauver lorsque la dose administrée devait être rapidement fatale.

Action sur le système nerveux. • — Une dose de 10 à 15 centigrammes suffit à produire la somnolence chez les cobayes; avec 30 centigrammes, c’est du sommeil et de l’affaissement qu’on observe; avec des doses plus fortes, le corps de l’animal est complètement inerte : le bromure de camphre est donc hypnotique. De plus, il détermine des convulsions cloniques et des tremblements dans les membres, surtout dans les membres postérieurs : Lawson, remarquant la coïncidence de ces phénomènes avec l’abaissement minimum de la température, y voit un rapport de cause à effet ; Bourneville a également observé chez le chat de véritables convulsions épileptiformes, avec ou immédiatement après le début de la dépression thoracique.

Toutefois Trasbot a nié devant la Société de thérapeutique (27 janvier 1875) la plupart des résultats qui précèdent : chez des chiens atteints d’épilepsie et de chorée, des doses successives de 10 centigrammes, 50 centigrammes, 1 gramme de bromure de camphre, n’auraient amené aucune sédation des symptômes nerveux. Dans d’autres expériences il n’aurait jamais observé la somnolence, l’abaissement du pouls et de la température signalés, mais au contraire une excitation très-manifeste et de véritables accès convulsifs comparables à ceux que détermine la strychnine.

ISdpplément] bromure DE CAMPHRE. — effets physiologiques. IH Ces conclusions ne nous paraissent pas fondées sur une expérimentation assez longue et assez variée pour infirmer celles des physiologistes et des cliniciens, qui se sont accordés à reconnaître la diminution des battements cardiaques et la sédation nerveuse produites par le camphre monobromé; sans doute, les animaux intoxiqués présentent des convulsions cloniques manifestes, mais, outre que celles-ci ne succèdent pas fatalement à l’administration de cette substance, il y a loin, comme le fait remarquer le D’’ Pathault, de ces mouvements cloniques passagers aux convulsions tétaniques permanentes, avec redoublements, qui caractérisent le strychnisme.

Aussi conclurons-nous de ce débat que, si les faits annoncés par le professeur d’Alfort doivent mettre les médecins en garde contre l’exagération des doses, ils ne sauraient interdire l’emploi thérapeutique du médicament qui, nous le verrons, a déjà fait ses preuves.

Action sur les voies digestives et la nutrition. — Bourneville a reconnu que l’administration quotidienne de faibles doses de bromure de camphre produisait, après quelques jours d’expérience, chez les animaux, la perte de l’appétit, et qu’à la suite d’une dose moyenne administrée une seule fois l’appétit diminué redevenait normal au bout de 2 jours en général. Toutefois l’anorexie ne se rencontre pas chez l’homme malade, au moins avec les doses qu’on a l’habitude de donner en France.

Quelles que soient les doses, on ne voit jamais apparaître des vomissements , mais les selles sont un peu plus rares. Enfin l’accoutumance au médicament ne paraît pas exister, et les animaux (cobayes ou cochons d’Inde) qui recevaient chaque jour une injection de 10 centigrammes présentaient un amaigrissement rapide.

Élimination. — Pathault a fait sur lui-même des expériences qui prouvent que le bromure de camphre s’élimine par les reins. L’urine est plus jaune qu’à l’état normal ; sa quantité est augmentée d’après Bourneville. L’élimination comnience peu de temps après l’absorption, puisque une heure après l’injection on peut déjà constater la réaction caractéristique ; en revanche, elle se fait avec lenteur, et a duré au moins 36 , heures dans un cas où 8 dragées de 10 centigrammes chacune avaient été prises en 24 heures.

Le professeur Gubler avait déjà noté cette apparente anomalie en vertu de laquelle le camphre, qui habituellement ne traverse pas les reins, est éliminé par eux quand il est à l’état de camphre monobromé : le brome jouerait, d’après lui, dans cette circonstance, le rôle de corps vecteur, c’est-à-dire que, passant lui-même par les reins, il entraînerait par cette même voie le camphre auquel il est uni.

D’après Rabuteau, une partie du médicament s’élimine aussi par la voie respiratoire.

Indications thérapeutiques. — Les propriétés hypnotiques et sédatives du système nerveux reconnues au bromure de camphre en font un médicament précieux dans un certain nombre d’affections caractérisées par les troubles des fonctions de ce système : c’est ce que montrent les

112 BROMURE DE CAMPHRE. — indications thérapedtiques. [Sdpplément] essais thérapeutiques auxquels il a donné lieu, et qui permettent de préciser les cas dans lesquels il est spécialement indiqué.

C’est dans un cas de delirum tremens que Deneffe l’a employé pour la première fois : l’amélioration considérable obtenue par le médecin belge engage à suivre son exemple.

Vinsomnie persistante a souvent cédé après l’usage du médicament (Bourneville, Pathault, Hammond, Lawson) : il réussit surtout lorsque l’agrypnie est sous la dépendance de l’hyperémie cérébrale.

Hammond a eu aussi de bons résultats dans les convulsions des enfants, quand celles-ci étaient liées à la dentition.

Les différentes formes de dyspnée, la dyspnée asthmatique entre autres, ont été trouvées améliorées par Potain et Pathault.

Desnos a signalé l’effet utile du bromure de camphre dans la névralgie du trijumeau.

Dans trois cas de paralysie agitante observés dans le service du professeur Charcot, Bourneville a constaté un amendement très-prononcé des symptômes.

C’est également à la Salpêtrière que Bourneville a fait les plus nombreux essais du camphre monobromé dans le traitement de Y épilepsie. H conclut de ses recherches que les modifications vraiment caractéristiques apportées à cette névrose sont : la diminution considérable des vertiges ; la disparition presque complète de l’excitation maniaque si commune à la suite des accès. L’indication serait formelle dans les cas où les vertiges constituent toute la maladie ; l’influence sur les accès eux-mêmes serait bonne, mais moins prononcée. Le camphre monobromé ne saurait donc remplacer le bromure de potassium dans toutes les circonstances, mais il peut lui servir de succédané dans certains cas déterminés. Une observation rapportée par le D'' Décès (de Reims) en fait foi.

Dans Vhystêrie et Vhystéro-épilepsie, les résultats obtenus sont contradictoires. Raymond a présenté à la Société de biologie (26 décembre 1874) deux observations d’hystériques, traitées avec succès, dans les services de Gombault et de Vulpian, par le bromure de camphre. En 1875, Petrovitz a signalé dans sa thèse inaugurale plusieurs essais encourageants, faits dans les mêmes conditions à Montpellier (service du professeur Combal). Hammond déclare aussi que de grands services lui ont été rendus par la même substance dans plusieurs cas d’hystérie où l’emploi de l’éther et du chloroforme était contre-indiqué. Potain, Tommasi, Mathieu, ont également vu diminuer le nombre et l’intensité des accès. En revanche, Dujardin-Beaumetz n'a eu que des résultats incertains dans l’hystérie, nuis dans l’épilepsie. Gubler n’a pas constaté d’effets bien remarquables dans les névroses. G. Paul fait le même aveu. Il faut évidemment tenir compte, dans l’appréciation de ces résultats opposés, venant de thérapeutistes également autorisés, du caractère protéiforme de l’hystérie et des grandes névroses en général ; mais on n’en doit pas moins, croyons-nous, se défier d’un enthousiasme exagéré, et mettre les

[Sdppi.ément] BliOMüRE DE CAMPHRE. — ■ indications thérapeutiques. 113 échecs en balance avec les succès avant de se prononcer définitivement sur la valeur antihystérique du médicament qui nous occupe.

Lorain, Desnos, Gallard, l’ont expérimenté dans la chorée, et ont obtenu une amélioration considéi’able. Le D"' des Brûlais a rapporté une observation satisfaisante à ce sujet.

En raison de l’action modératrice qu’il exerce sur l’organe central de la circulation, le bromure de camphre est indiqué dans les palpitations cardiaques, surtout lorsqu’elles ont une origine nerveuse (Berger, Petrovilz) .

Enfin il est un groupe d’affections dans lesquelles il a donné d’heureux résultats presque unanimement confirmés : nous voulons parler des affections des voies génito-urinaires. Dans les excitations génitales, dans le priapisme blennorrhagique, Gubler a constaté des phénomènes de sédation véritablement très-notables. Les pollutions nocturnes (Lorain, Vulpian), le priapisme (Longuet), la nymphomanie (Potain), les troubles nerveux de la vessie (Desnos), ont été améliorés ou guéris par le bromure de camphre. Son action, d’après Lannelongue, est heureuse et rapide dans les cystites du col qui sont douloureuses sans être sous la dépendance d’une altération organique (cystites névralgiques), ou qui sont d’origine congestive, liées à une altération vasculaire du col : au contraire, l’effet est à peu près nul lorsqu’à la cystite s’ajoute un catarrhe vésical, à moins que celui-ci soit léger ; une prostatite plus ou moins aiguë surajoutée à la cystite du col n’empêche pas l’action salutaire du médicament. Pétrovitz cite l’observation d’un étudiant en médecine sujet à des érections nocturnes suivies de pollutions, qui, traité sans succès par le bromure de potassium, vit ces accidents disparaître sous l’influence du bromure de camphre.

Doses, modes d’administration. — Les doses ordinaires, efficaces et non toxiques, sont, suivant l’âge et l’impressionnabilité du sujet, de 50 centigrammes à 2, 3 et 4 grammes. Dans l’épilepsie, Bourneville conseille de débuter par 50 centigrammes et d’arriver rapidement au delà de 2 grammes. Lorsque la température descend au-dessous de la normale, il faut diminuer les doses ou suspendre l’usage du médicament.

L’estomac est la voie d’administration la plus habituelle. Deneffe, Hammond, ont employé la forme pilulaire : chaque pilule renferme 10 centigrammes desubstance active, avec quantité suffisante de gomme et de sucre. EnFrance, à l’hôpital comme en ville, les dragées et capsules.du D" Clin sont le mode d’emploi généralement usité : il est commode pour le malade, et offre toutes garanties de pureté et de dosage au médecin. Les dragées contiennent 10 centigrammes de bromure de camphre; les capsules 20 centigrammes.

Pour certains cas où l’administration des dragées, et des capsules serait difficile ou impossible, Bourneville conseille les injections hypodermiques avec la solution suivante :

Monobromure de camphre .

— Alcool . . .

114 BROMURE D’ÉTHYLE. [Supplémeht}

Bien que les piqûres n’aient jamais déterminé d’accidents, il est prudent de n’injecter dans le même point que 30 à 40 gouttes. Ces injections pourraient trouver leur emploi dans l’état de mal épileptique, dans le tétanos, dans la rage : nous n’avons pas parlé de ces deux dernières affections à propos des indications, parce que l’absence d’observations (à notre connaissance du moins) ne permet pas jusqu’ici de porter un jugement sur ce traitement.

WonTz, Dict. de chim., 1. 1, 2» partie, 1870. — Deneffe, Du c. m. et de ses applications à la tliérap. méd. {Presse médicale belge, 1871 , p. 405) . — Boubkeville, Note sur quelques pointsde l’action physiol. du b. de c. [Progrès méd. n" 25 et 26). — De l’empl. thérap. du m. de c. [Progrès mêdic., 1874, n» 31). — Du m. de c. dans l’épilepsie [Progrès médic., 1874, n° 43). — Physiological and therapeulical Researclies on the m. of c. [Praclit., août 1874).

— G.4DLT, Sur le c. m. [Journ. dephaim. et de chim., 1874, p. 435). — Ed. Dubois, Préparai. du c. m. (Bull, de l'Acad. des sciences, de Belgique, 1874, p. 281). — L Pathault, Des propriétés physiol. du b. de c. et de ses indic. thérap., thèse de Paris, 1875, n» 146. — Lieshabt, Recherch. expérim. s. le c. m., thèse de Nancy, 1875. — Petbovitz, Etude cliniq. du b. de c., thèse de Montpellier, 1875. — Mathieu, Palpit. hystér., insomnie, trait, p. le b. de c. [Tribune médic., 3janv. 1875). — R. Lawsox, On the m. of c. [Pract., avril 1875). — Losgdet, Priap. ch. un malade atteint de leucémie splén. [Progrès médic., 1875, n» 52). — Clis, Note s. le b. de c. [C. B. de l'Acad. des sciences de l'aris, 9 août 1875).

— Gubleb, Leçons de thérap., 2' éd., 1880, p. 275.

Ch. d’Iyors.

BROMURE D’ÉTRYEE. — Le bromure d’éthyle, ou éther bromhydrique (C*H"Br), a été découvert en 1829 par Serullas. Mais c’est seulement en 1849 que Nunneley (de Leeds) institua sur les animaux les premières expériences qui établirent les propriétés anesthésiques de cet agent. Deux ans après, Ed. Rohin, expérimentant sur des oiseaux, confirmait l’existence de ces propriétés, qu’il faisait connaître à l’Académie des sciences de Paris (28 avril 1851). Nunneley fut également le premier qui demanda au bromure d’éthyle l’insensibilité nécessaire à une opération chirurgicale pratiquée sur l’homme (1865).

A une époque plus rapprochée de la nôtre, nous trouvons successivement les recherches physiologiques de Rahuteau (1876-1880) ; les essais tentés par Lavvr. Turnbull (de Philadelphie) sur les ani.maux, sur riiomme sain ou malade (1877), et sur la femme en travail (1880) ; l’emploi chirurgical fait dans un grand nombre de cas par Lewis (Philadelphie) depuis 1879 ; en France enhn les travaux de Terrillon (1880), de Bourneville et d’Ollier (1881), de Roux (1882), de Ducasse (1883), etc.

Tous ces travaux tendent à faire considérer le bromure d’éthyle comme un anesthésique d’une certaine puissance, présentant, quand on le compare à l’éther sulfurique et au chloroforme, des avantages et des infériorités qui en restreindront l’usage à des cas déterminés.

Chimie. — On le prépare en distillant un mélange de phosphore rouge, d’alcool absolu et de brome (Personne), ou de bromure de potassium, d’acide sulfurique et d’alcool à 95" (de Vrij) : le liquide est reçu dans un flacon contenant un peu d’eau qui, le surnageant, en empêche l’évaporation. Pour le rectifier, on le débarrasse de l’alcool qu’il renferme en le lavant avec 5 ou 6 fois son volume d’eau, et le soutirant au moyen d’un

[SdpplémestJ bromure D'ÉTHYI.E. - tHlMIE. EFFETS PIIYSIOLOGIQÜES. 115

entonnoir à robinet; on le dessèche à l’aide du chlorure de calcium fondu ; enfin les dérivés bromés, l’acide bromhydrique en particulier, auxquels il est mélangé et auxquels sont dus l’odeur désagréable d’un produit impur, ainsi que la toux, l’éternument, le larmoiement qu’il provoque, sont absorbés par la potasse caustique contenue dans le flacon où on le reçoit. Après rectification, il se conserve presque indéfiniment dans un récipient bien bouché : si cependant, au moment de l’emploi, on le trouvait coloré ou acide, il faudrait le laver successivement à l’eau alcaline (additionnée d’une petite quantité de soude) et à l’êau pure.

C’est un liquide neutre, incolore, d’odeur éthérée peu pénétrante, de saveur d’abord fraîche et sucrée, puis chaude, n’ayant pas la causticité du chloroforme. Plus lourd que l’eau (sa densité est de 1,43), il se mêle à ce liquide en proportion très-faible, suffisante pourtant pour lui communiquer son goût et son odeur ; il est miscible en toute proportion avec l’alcool et l’éther ordinaires.

Très-volatil, il bout à 40°, 7. C’est à cette grande volatilité qu’il doit ses propriétés réfrigérantes, et par suite le pouvoir anesthésiant local qu’il manifeste lorsqu’il est en contact avec la peau ; pulvérisé sur le réservoir d’un thermomètre, il le fait rapidement descendre à — 14“ ou — 15“ ; versé sur une éponge, après avoir été mélangé d’une petite quantité d’eau, il congèle celle-ci, et des glaçons couvrent l’éponge.

11 n’est pas inflammable, ne prend pas feu au contact d’une allumette ou d’un fer rouge ; approché d’une lampe à alcool, il brûle difficilement avec une flamme verte en dégageant des vapeurs d’acide bromhydrique (Rabuteau).

Effets phtsiologiooes. — I. Action locale. — Projeté sur la peau, le bromure d’éthyle produit d’ahord une sensation de refroidissement local, auquel succèdent des picotements désagréables, mais supportables, puis la partie pâlit et devient rapidement le siège d’une plaque blanche, indice d’une réfrigération suffisante pour que l’insensibilité de cette partie soit complète (Terrillon). En continuant la pulvérisation, et activant l’évaporation du liquide à l’aide d’un courant d’air, on obtiendrait un abaissement de température plus prononcé, mais qu’il serait dangereux de chercher, une eschare plus ou moins profonde pouvant être la conséquence d’une pareille réfrigération.

Sur les voies respiratoires, l’action topique des inhalations paraît inoffensive, en raison de l’ahsence de causticité du bromure d’éthyle, à la condition toutefois que celui-ci soit parfaitement pur : dans ces conditions, la toux est rare, la suffocation exceptionnelle.

Le tube digestif ne paraît pas davantage irrité par le liquide ingéré. Rabuteau en a pris une fois 1 gr. 25, une autre fois 1 gr. 50, sans autres sensations qu’une saveur éthérée, non caustique, et une chaleur au niveau de l’estomac et du duodénum au moment du passage du liquide dans ces cavités, un peu avant que l’absorption et la diffusion se soient manifestées par un commencement d’anesthésie générale.

11. Action diffusée, action anesthésique générale., —.Sans remonter

Ii6 BROMURE D’ÉTHYLE. — effets physiologiques. [Supplément]

aux expériences de Nunneley et de Ed. Robin, nous devons relater brièvement les effets observés sur les animaux ou sur l’homme par Rabuteau, Terrillon, Berger, etc.

Un chien, auquel on fait respirer les vapeurs dégagées par une éponge largement imbibée de bromure d’éthyle, s’endort en 4 à 5 minutes, progressivement, sans la dépression brusque que le chloroforme détermine souvent chez cet animal, sans convulsions, avec quelques mouvements tumultueux peu intenses et peu durables, sans phénomènes d’asphyxie ; pendant le sommeil, les pupilles sont dilatées et insensibles, les battements cardiaques sont réguliers, la respiration est normale, l’anesthésie est assez prononcée pour qu’on puisse pratiquer diverses opérations plus ou moins douloureuses sans que le chien manifeste aucune souffrance. L’anesthésie s’est montrée plus rapide et plus profonde lorsqu’on avait fait à l’animal, quelque temps avant l’expérience, une injection hypodermique de narcéine ou de chlorhydrate de morphine. Le réveil se fait facilement, deux à quatre minutes après la fin des inhalations; pendant quelques minutes, le chien titube comme s’il était ivre, puis il reprend ses allures habituelles, sans aucun trouble dans l’état général le jour de l’expérience ni les jours suivants.

Mêmes effets chez le cochon d’Inde, le lapin, le cobaye, placés sous une cloche en verre ouverte à sa partie supérieure et contenant une éponge imbibée de bromure d’éthyle dont les vapeurs se mélangent peu à peu avec l’air : dans ces conditions, on n’observe pas de mouvements convulsifs. Les convulsions apparaissent au contraire, si l’animal est plongé dans une atmosphère saturée de vapeurs anesthésiques, ou si le liquide est coloré, acide, impur.

Chez les grenouilles, l’anesthésie survient plus vite et cesse plus lentement. Elle est encore plus lente à se manifester et à disparaître lorsque ces animaux sont placés dans une eau saturée de bromure d’éthyle au lieu d’être soumis à ses vapeurs (Rabuteau).

Chez l’homme, les opinions sont contradictoires. Terrillon, d’accord avec les chirurgiens américains, regarde l’aiiesthésie générale déterminée par le bromure d’éthyle comme moins dangereuse et plus rapide que celle donnée par le chloroforme, à la condition que les premières inspirations contiennent une assez grande quantité de vapeurs. Il distingue dans les effets produits deux périodes se succédant bien vite. Dans la première, dite période de préparation, l’agitation serait plus rare et moins violente qu’avec les autres anesthésiques ; parfois apparaissent quelques convulsions à caractère tonique ; le plus souvent tout se borne à une certaine raideur musculaire qui persiste ordinairement jusqu’au réveil. Dans la plupart des cas, la face se congestionne, se colore fortement, ainsi que le cou et la partie supérieure du thorax, congestion surtout marquée chez les alcooliques, en raison de la raideur musculaire plus grande qu’ils présentent, de la résistance qu’ils offrent à l’anesthésie, et du surcroît d’efforts thoraciques qui en est la conséquence. La rigidité des muscles est également plus prononcée lorsque les vapeurs sont

[Sdpplémest] bromure D’ÉTHYLE. — effets physiologiques. U7

trop parcimonieusement dispensées au début. Sauf ces cas, le sommeil arriverait sans secousses, et, au bout de 1 à 3 minutes, commencerait la période d'anesthésie.

A ce moment les pupilles, toujours plus ou moins dilatées d’après Terrillon, sont, selon Bourneville, tantôt dilatées, tantôt rétrécies, dans d’autres cas successivement contractées et dilatées. La congestion de la face et du cou persiste et s’accentue, sans les alternatives de pâleur et la tendance syncopale observées pendant les inhalations chloroformiques ; le pouls accéléré, mais régulier, présente parfois une diminution de volume peu prononcée, sans jamais disparaître ; la température varie trèspeu, en plus ou en moins suivant le cas ; la respiration est presque toujours accélérée, parfois bruyante, stertoreuse, ce queTerrillon attribue à l’accumulation dans le pharynx de mucosités qu’il est toujours facile d’enlever à l’aide d’une éponge montée sur une pince.

Quel est pendant ce temps l’état de la sensibilité et de la motricité? Il est certain que le plus fréquemment l’anesthésie survient après 2 à 3 minutes d’inhalations, succédant à la perte de connaissance, précédant la résolution musculaire, augmentant à mesure qu’on prolonge les inhalations, et pouvant ainsi durer de quelques minutes à une heure : mais il est des cas où, quoi qu’on fasse, elle reste incomplète ; il faut même avouer que bien souvent l’analgésie est loin d’être absolue. Quant à la résolution musculaire, il n’y a plus de doute à son sujet ; elle n’est jamais ou presque jamais complètement obtenue ; elle est seulement ébauchée.

De son côté, Berger a fait sur les animaux et sur l’homme des expériences dont il a donné connaissance à la Société de chirurgie (mai 1880); outre l’absence de résolution musculaire, il a constaté, chez un malade opéré dans le service de Gosselin, une forte congestion de la face avec cyanose et teinte violacée, de la dilatation pupillaire, un caractère petit et ondulatoire du pouls qui faisait craindre la cessation des battements du cœur ; l’anesthésie était incomplète, et le sang qui s’échappait de la plaie était noir. Terrillon, il est vrai, avait signalé l’état congestif de la face, la dilatation de la pupille, la petitesse du pouls, comme des symptômes ordinaires à l’anesthésie par le bromure d’éthyle, symptômes dont il suffirait de connaître l’existence habituelle pour ne pas s’en inquiéter. Cependant il est difficile à un esprit non prévenu de ne pas voir dans l'état du malade de Berger des menaces d’asphyxie qui, pour ne s’être pas encore réalisées, n’en doivent pas moins être prises en très-sérieuse considération. Il faut également tenir compte d’une expérience du docteur Wood, qui, touchant avec une goutte de bromure d’éthyle le cœur d’une grenouille, vit les mouvements de cet organe s’arrêter: d’où l’auteur conclut que la syncope est autant à craindre qu’avec le chloroforme.

Reste la question des vomissements, qui, d’après les chirurgiens américains, seraient moins fréquents qu’avec les autres anesthésiques, et faciles à arrêter par une légère augmentation de la dose du liquide lors-

118 JîPiÜMÜRE D’ÉTHYLE. — emploi thérapedtiqde. [Supplément |

qu’ils se produisent pendant l’anesthésie. En réalité, ils paraissent aussi fréquents qu’après l’emploi de l’éther ou du chloroforme, et se manifestent surtout au réveil : Berger les a constatés chez deux opérés ; Terrillon, sur 14 malades, ne les a pas observés chez 5 hommes, mais sur les 11 femmes restantes 7 eurent des vomissements ou des régurgitations de mucosités ; 5 eurent des'nausées pendant la période anesthésique ; 1 vomit pendant le sommeil et quelques minutes après le réveil ; 4 présentèrent les mêmes phénomènes quelques heures après l’anesthésie. Les vomissements sont peu dangereux à la vérité, mais leur seule existence suffit à infirmer l’assertion américaine d’un réveil toujours simple et sans malaise. Ajoutons que dans tous les cas le réveil a été rapide, s’est fait en quelques secondes.

Nous reviendrons sur quelques-uns des effets physiologiques à propos des indications thérapeutiques.

III. Action sur la nutrition. — Cette action a été recherchée par Bourneville et d’Ollier, qui ont soumis un certain nombre d’enfants épileptiques aux inhalations de bromure d’éthyle pendant deux mois. Ces observateurs n’ont jamais vu l’appétit diminuer, ni la nutrition souffrir : au bout de ce temps, 15 enfants, âgés de 12 à 16 ans, qui avaient chaque matin été endormis pendant 5, 10, 15 minutes, présentaient une augmentation de poids de 1 à 9 kilogrammes.

Mais deux de ces enfants ont présenté, dans les 15 derniers jours du traitement, des accidents paraplégiques, caractérisés par la rigidité des membres : il y avait, en outre, un tremblement, surtout prononcé aux membres supérieurs, et égal des deux côtés.

IV. Élimination. — Le bromure d’éthyle s’élimine presque entièrement par les voies respiratoires, en nature, sans avoir subi de modification dans l’organisme (Babuteau). Une très-faible partie sort avec les urines : celles-ci ne contiennent ni sucre ni albumine; leur quantité n’est pas modifiée, lorsque la substance a été prise par la voie gastrique, mais pendant et après l’anesthésie par inhalations les animaux en expérience ont abondamment uriné.

EiffLOi THÉRAPEUTIQUE. — I. Emploi chirurgical. — Les chirurgiens ont cherché à obtenir, par le bromure d’éthyle, l’anesthésie locale et générale.

A. Comme anesthésique local, cet agent a sur les produits similaires (bichlorure de méthylène, éther ordinaire, chloroforme) de grands avantages. Pulvérisé sur la peau, il produit comme eux la réfrigération et l’insensibilité : mais, n’étant pas irritant, il ne détermine pas sur une plaie saignante la cuisson douloureuse que causent les autres pulvérisations ; il n’a pas une odeur aussi pénétrante, source de gêne pour l’opérateur et l’opéré ; enfin sa grande supériorité est son absence d’inflammabilité, qui permet d’employer le fer rouge, le thermo-cautère, d’approcher une lampe ou une bougie, sans avoir à redouter les brûlures qui résultent de l’inflammation du liquide pulvérisé (l’éther principalement) et de ses vapeurs.

.[Supplément] BROMURE D'ÉTHYLE. — emploi thérapedtiqoe. H9

Son action anesthésiante est d’ailleurs suffisante pour que le bistouri plongé dans les tissus ne produise pas autre chose qu’une sensation de contact, qui ne devient douloureuse que lorsqu’on dépasse en surface ou en profondeur la plaque blanche cutanée qui indique la réfrigération. C’est ainsi que Terrillon a pu, avec l’instrument tranchant ou le thermocautère, opérer une fissure anale, retrancher des végétations volumineuses, ouvrir des abcès, enlever une partie de la paroi d’un trajet fistuleux qu’avait laissé un abcès de la glande vulvo-vaginale ; Verneuil a opéré une femme d’un épithélioma de la face; Lucas-Championnière, Kicaise, ont également pratiqué des opérations qui n’ont causé aucune sensation douloureuse, et qui suffisent à montrer la supériorité du bromure d’éthyle comme anesthésique local, surtout, nous le répétons, lorsque l’opération est telle qu’on doive redouter l’inflammation du liquide anesthésique.

B. Comme anesthésique général, au contraire, il paraît devoir le céder à l’éther et surtout au chloroforme. Que l’anesthésie qu’il produit soit plus rapide, cela semble démontré pour l’homme comme pour les animaux; mais qu’elle soit moins dangereuse, comme l’ont avancé Turnbull et Lewis, c’est ce qui n’est nullement prouvé. Si l’on se rap^ pelle que le sommeil produit par le bromure d’éthyle s’est déjà accompagné de phénomènes asphyxiques (observation de Berger); que des vomissements se sont souvent montrés avant ou après ce sommeil (Berger, Terrillon) ; que l’anesthésie complète a été rarement obtenue ; que la résolution musculaire ne l’a presque jamais été; que l’agitation même, quoique peu fréquente, a été observée au début des inhalations, ■on aura peine à partager l’enthousiasme des promoteurs du nouvel agent et l’on continuera à donner la préférence au chloroforme pour ■obtenir l’insensibilité complète et générale : c’est ce que font du reste la plupart des chirurgiens français.

II. Emploi médical. — Bourneville et d’Ollier, qui, nous l’avons dit, ont expérimenté les inhalations de bromure d’éthyle sur un certain nombre de jeunes épileptiques, ont observé les effets suivants :

1" Au point de vue du traitement de l’accès, diminution de la durée et de l’intensité des convulsions dans quelques cas ; ailleurs, pas d’effet appréciable, surtout dans les cas où le malade était pris d’accès au cours même des inhalations quotidiennes ;

2“ Au point de vue du traitement de la maladie, diminution constante du nombre des accès.

Les résultats sont assez encourageants pour qu’il y ait lieu de rependre ces expériences, le cas échéant. Ils l’ont été également dans l’hystérie, où Bourneville a presque toujours obtenu la cessation des phénomènes convulsifs, et plusieurs fois le passage rapide à la résolution par avortement de la phase convulsive.

Le bromure d’éthyle pourrait encore rendre des services dans la gas. tralgie, dont les douleurs sont apaisées par l’ingestion et l’action locale de cet agent, qui n’irrite pas le tube digestif et laisse l’appétit intact, et

120 MOMÜRE D’ÉTHYLE. — MODES d’emploi. DOSES. [Sopplémext]

dans la toux convulsive de la coqueluche, de la rougeole, qui est momentanément calmée par action anesthésique locale et diminution du pouvoir réflexe (Rabuteau).

III. Emploi obstétrical. — Turnbull a administré le bromure d’éthyle en inhalations à une femme en travail, accouchant de son quatrième enfant (1880) : l’effet aurait été très-satisfaisant, sans aucun symptôme fâcheux consécutif.

Cependant les essais tentés en France ont montré que ces inhalations éloignaient le moment de l’accouchement, diminuaient sensiblement la durée des contractions utérines, n’abolissaient pas la douleur (Ducasse). Il est vrai que la dose administrée était généralement insuffisante pour amener une anesthésie complète : mais la quantité suffisante n’offriraitelle pas des inconvénients, des dangers même ? c’est ce qu’il n’est pas encore possible d’établir.

Modes d’emploi, doses. — Pour V anesthésie locale, Terrillon conseille d’employer un pulvérisateur à tubulure assez large, permettant une projection facile, et de maintenir l’extrémité de l’instrument à 10 centimètres environ de la partie sur laquelle on opère ; ces conditions ont été montrées par les expériences les plus propres à produire une action efficace. La durée des pulvérisations, nécessaire à une réfrigération convenable, est de 5 minutes en moyenne, parfois 2 minutes suffisent.

Pour les inhalations, le manuel opératoire est le même que celui indiqué pour le chloroforme à l’article Anesthésiques (t. II, p. 235) : sur une compresse épaisse, recouvrant toute la face, on verse le liquide, dont la quantité doit être assez grande (4 à 6 gramm.) dès le début. Quant à la quantité totale employée pour obtenir l’anesthésie, elle est moindre que celle qui est nécessaire avec l’éther.

Pour Vusage interne, le bromure d’éthyle peut être préparé en sirop, potion, lavement, etc. Le meilleur mode d’administration est le globule de 10 centigr., analogue aux perles d’éther : on peut en prendre 10 et 15 par jour, en plusieurs fois, sans troubles digestifs. La dose quotidienne est de 1 à 2 grammes.

On peut enfin, pour l'usage externe, employer le bromure d’éthyle en Uniment, ou en imbiber des boulettes de coton qu’on introduit, en cas d’odontalgie, dans la cavité dentaire ou dans les oreilles.

Kabdieau, C. b. de l’ Acad, des Sciences de Paris, 27 décembre 1876. — Recli. s. les propr. physiol. et le mode d’élimin. du br. d’éth., usages de cet étber {ilém. de la Soc. de Biol., 1880). — Lawr. Torsbdil, Advantages and accid. of ai titic. anestliesie, Philadelphia, 1879. — Dublin med. Journ., août 1880. — Terrillon, De l’anesthésie p. le b. d’éth. [Bull, de théraj)., 1880, p. 300, 337, 393). — Berger, Bull, de la Soc. de chirurg. (mai 1880). — Todrreil, de l’emploi du brom. d’éth., thèse de Paris, 1880, n» 201. — Bodrketille et d’ÛLLiER, Rech. sur Tact, physiol. et thérap. du brom. d’élh. d. l’épil. et l’hyst. (fiaz. méd. de Paris, 1881, p. 173). — Dotal, De l’anesth. gén. p. les inhal. de brom. d’éth., thèse de Paris, 1881, n” 201. — Roux. Trait, de l’épil. et de la manie p. le brom. d’éth., thèse de Paris, 1882, n” 220. — Lebert, Des accouchcm. sans donleur par l’emploi du brom. d’éth. Paris, 1882. — Docasse, Essai s. l’empl. du brom. d’éth. d. les accouchein. natur. simples, thèse de Paris, 1885, n' 147.

Page 1