‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 9 sur 531 · SOUT. DICT. XÉD ET CHIR. XL · texte numérisé non relu

SOUT. DICT. XÉD ET CHIR. XL

98 BOLDO oti BOLDü. — compos. chimique, pharmacologie. [SdpplémeiNt] citrique, chaux, sucre, gomme, tannin, matières aromatiques noires, épaisses, dues probablement à l’oxydation de l’essence.

L’essence, abondante surtout dans les feuilles, d’où on l’extrait de préférence, est un liquide incolore ou vert jaunâtre clair ; neutre au tournesol; très-peu soluble dans l’eau, à laquelle elle communique sa saveur piquante et son odeur aromatique; miscible en toute proportion avec l’alcool à 85°, mélange qui brûle avec une flamme très-claire, tandis que l’essence seule donne une flamme fuligineuse. L’acide sulfurique la colore en rouge hyacinthe foncé; l’acide nitrique, en violet; la potasse, en rouge.

La boldine s’obtient en faisant bouillir des jeunes rameaux de la plante dans de l’eau aiguisée par l’acide sulfurique, évaporant la décoction en consistance sirupeuse, et neutralisant le produit par un alcali : l’agitation avec l’éther sépare la boldine impure, qu’on purifie par plusieurs précipitations ; on ne l’a pas obtenue à l’état cristallin. C’est une poudre blanc jaunâtre, très-amère, peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et le chloroforme. Les acides nitrique et sulfurique la colorent en rouge.

Sa composition chimique est encore mal définie : regardée généralement comme un alcaloïde, elle paraît plutôt appartenir à la classe des glycosides.

Pharmacologie. — Dujardin-Beaumetz a fait usage de l’huile essentielle, de l’extrait alcoolique, de l’extrait aqueux, de la teinture, du vin, du sirop et de l’élixir.

Vessence s’obtient en traitant les feuilles par l’éther dans un appareil à déplacement, ou mieux en tes distillant à la vapeur : 1000 gramm. de feuilles cèdent ainsi 20 gramm. d’essence, dont la couleur et l’odeur, d’abord très-prononcées, diminuent par la rectification.

Extrait alcoolique : 100 gramm. de feuilles, traitées par 400 c. c. d’alcool à 60° dans un appareil à déplacement, fournissent 20 gramm. d’extrait sec, rouge, de saveur chaude et amère.

Extrait aqueux : 100 gramm. de feuilles contusées macèrent24 heures au B. M. avec q. s. d’eau distillée pour qu’il reste, après l’opération, 1000 gramm. de liquide qui, filtré et évaporé au B. M., fournit 15 gramm. d’extrait rougeâtre, de saveur aromatique et sucrée.

Teinture : feuilles contusées, 100 gramm.; alcool à 60°, 500 gramm. Après macération pendant 8 jours, ûltrez.

Vin : feuilles contusées, 30 gramm.; alcool à 60°, 60 gramm. Faites macérer 24 heures. Ajoutez : vin de Madère, 1 litre. Après 8 jours de macération, passez avec expression ; filtrez.

Sirop : feuilles contusées, 100 gramm. ; eau bouillante, 1000 gramm. ; laissez infuser 6 heures, passez avec expression, filtrez. Ajoutez : sucre blanc, 950 gramm. ; faites fondre au B. M. couvert.

Elixir : feuilles contusées, 200 gramm, ; alcool à 60°, 1500 gramm. ; traitez par déplacement, et versez sur les feuilles eau q. s. pour avoir 1500 gramm. de teinture. Avec les feuilles épuisées faites un décocté

[SnmÉuEsi] BOLÜO ou BOLDü. — effets physiologiques. 99

aqueux de 600 gramm. ; ajoutez sucre, 600 gramm. , et mêlez ce sirop à la teinture. Après 24 heures de contact, filtrez au papier.

Effets physiologiques. — Ces effets ont été recherchés pour la première fois d’une façon scientifique, par Dujardin-Beaumetz et Cl. Verne (1876). De nouvelles expériences ont été faites par Cl. Verne en 1882, et par Laborde au commencement de l’année 1885.

Appareil digestif. — L’ingestion de la teinture de boldo à la dose d’un gramme dans un verre d’eau produit d’abord une impression très-marquée sur l’organe du goût, qui éprouve la même sensation aromatique que lui donnent les labiées, la sauge, la menthe, etc. , puis une vive chaleur à l’estomac, et une plus grande activité des fonctions digestives. Si on dépasse 2 gramm., la saveur devient âcre; la chaleur épigastrique se change en brûlure; des vomissements, des coliques, de la diarrhée, apparaissent.

De même l’essence, à la dose de30 ou 40 centigr., détermine une sensation de cuisson au creux de l’estomac, des renvois fréquents ayant Codeur qui est propre à l’huile essentielle et qu’ils présentent encore 12 heures après l’ingestion, quelques nausées. Si cette dose est dépassée en une seule fois, ou prolongée pendant plusieurs jours, l’effet se traduit par des vomissements et delà diarrhée.

Mêmes troubles digestifs chez les chiens lorsque l’essence est donnée à fortes doses.

Circulation ; Température. — L’action du boldo est ici bien peu marquée, si elle existe. Tandis que Dujardin-Beaumetz et Cl. Verne ont noté un abaissement d’un demi-degré chez un r.hien auquel ils avaient injecté 1 gramm. d’extrait alcoolique de feuilles dissous dans 14 c. c. d'alcool, le second de ces expérimentateurs, à la suite d’expériences plus récentes, nie au boldo toute influence sur la circulation et la température. A priori, il est permis de croire qu’une plante aromatique comme celle-là doit avoir sur ces deux fonctions connexes une action excitante plutôt que déprimante : mais cette question demande à être élucidée.

Système nerveux. — Le chien dont il vient d’être parlé a présenté, à la suite d’une nouvelle injection faite une heure après la première, un certain degré de somnolence, qui a bientôt disparu; l’animal a alors repris ses allures ordinaires. Après une injection de 2 gramm. d’extrait alcoolique dissous dans 8 c. c. d’alcool, la somnolencea été plus accusée ; elle a augmenté encore lorsque l’injection fut renouvelée au bout de 2 heures : paupières fermées, tête penchée en avant, tout indique une profonde dépression du système nerveux.

Dans ces expériences, une certaine part pourrait être attribuée à l’alcool : il n’en est pas de même dans les résultats suivants, rapportés par Laborde.

L’administration do la boldine à des cobayes, des lapins , des chiens, en ingestion stomacale, en injection hypodermique ou intraveineuse, a toujours fait apparaître une somnolence qui peut aller jusqu’à l’état de mort apparente ; la mort réelle, sans réaction, sans convul-

100 BOLDO OD BOLDÜ. — emploi thérapeutique. [Suppléhest]

sions, survient lorsque la dose est toxique (plus de 20 centigr. par kilogr. d’animal). Chez la grenouille, l’injection de boldine produit en outre l’insensibilité du point piqué ; l’instillation de quelques gouttes de la solution dans l’œil l’insensibilise comme la cocaïne. L’actionhypnotiquedela boldine disparaît lorsque, préalablement à l’injection, on a enlevé le cerveau ou sectionné le bulbe : elle a donc lieu par l’intermédiaire du système nerveux. Enfin, deux fois chez l’homme l’ingestion, par doses très-fractionnées de 5 à 6 grammes de boldine, a déterminé un sommeil calme et profond.

Urines. — La boldine et l’essence de boldo s’éliminent certainement par les urines. Celles-ci prennent l’odeur très-nette et très-caractéristique de l’essence, qu’elles manifestent une heure après l’ingestion, et qu’elles conservent pendant plus de 12 heures. D’après Cl. Verne, la quantité de l’urine excrétée n’est pas notablement accrue, mais l’élimination de l’urée est augmentée d’une manière sensible : à ce titre, le boldo pourrait prendre place à côté de la coca.

Emploi thérapeutique. — Des effets physiologiques du boldo, deux jusqu’ici ont paru applicables au traitement des maladies : d’une part, l’excitation générale et la stimulation des fonctions digestives que déterminent ses préparations alcooliques (teinture, vin, élixir), à l’instar des plantes aromatiques ; d’autre part, l’excitation^ des fonctions urinaires que produit son essence, et qui le rapproche des térébenthines.

Quant aux propriétés carminatives, diaphorétiques, modificatrices des états pathologiques du foie, qui sont attribuées au boldo dans son pays d’origine, l’expérimentation n’en a pas confirmé l’existence. Reste l’action hypnotique de la boldine, qui ne saurait être mise en doute après les expériences que nous avons relatées, mais qui n’a pas encore, à notre connaissance, reçu d’applications thérapeutiques.

En raison de son effet d’excitation générale et digestive, le boldo a été utilisé avec avantage par Dujardin-Beaumetz dans un certain nombre decas où l’atonie des fonctions de l’estomac et la dépression des forces existaient isolées ou réunies : dans l’anémie essentielle, dans la dyspepsie, dans la convalescence de la fièvre typhoïde, on pourrait donc prescrire la teinture alcoolique ou le vin de boldo.

Plus important est le rôle que l’essence de boldo paraît appelée à jouer dans le traitement des affections des voies urinaires (Delioux de Savignac), et grâce auquel elle peut prendre rang à côté de la térébenthine et du copahu : non pas, nous le répétons, qu’elle augmente notablement la diurèse, mais parce que, comme ces deux médicaments, elle imprime à la muqueuse de ces voies, par lesquelles elle s’élimine, une modification qui, diminuant les sécrétions morbides, rend à l’urine ses propriétés physiologiques. Aussi son emploi donne-t-il de bons résultats dans la cystite aiguë et dans le catarrhe chronique de la vessie ; la diminution rapide des douleurs vésicales, le prompt et heureux changement apporté dans l’état des urines, sont de sûres manifestations de l’effet anticatarrhal,

[SoppLÉaEKi] BORIQUE (\ciDE). — chimie. 101

qui certainement se ferait aussi bien sentir dans le catarrhe des autres parties de l’appareil urinaire (pyélite, uréthrite).

Modes d’administbatiok et doses. — L’essence de boldo se donne à la dose de 20 à 40 centigr. Son odeur forte et sa saveur brûlante obligent à l’administrer sous forme de perles de 10 centigr. chacune : on prescrira donc par jour 1 à 4 perles, qu’on fera prendre de préférence au moment des repas, afin d’atténuer les phénomènes d’intolérance gastrique.

La teinture alcoolique se donne à la dose de 50 centigr. à 1 gramme, dans une potion ; le vin et l’élixir, un verre à liqueur à la fin des repas ; ces deux dernières préparations sont les meilleures parce qu’elles n’ont rien de répugnant et que l’alcool est le meilleur dissolvant des principes contenus dans la plante (Dujardin-Beaumetz).

Ed. Bobiigoin et Cl. Veuke, Sur l’existence d’un alcali organique dans le b. [Bull, de la Soc, chimiq., 1872, p. 481). — Baillos, Hist. des plantes, t. I, p. 298. — Ddjardix-Beadsietz et Cl. Verse, Étude sur le b. (Bull, de Ihérap., 1876, p. 165, 219). — Cl. Verse, Exp. physiologiques sur le b. (Bull, de thérap., 1882, p. 286). — Laborde, Le b. et la boldine (Mémoire de la Soc. de biol., février 1885).

Ch. d’Ivors.

BORIQUE (Acide). — AngL.Bo rade Acid; alï., B oi'saüre. — Composé oxygéné du bore (BoO®) découvert en 1 702 parHomberg, etregardé primitivement comme sédatif et antispasmodique, d’où le nom de sel sédatif de Homberg sous lequel il était connu. Après une longue période d’oubli, il a repris faveur dans ces dernières années, non plus comme calmant, mais à cause de ses propriétés antiseptiques, que les doctrines contemporaines sur les ferments pathogènes ont mises à juste titre en honneur auprès des chirurgiens de notre époque.

Chimie. — L’acide borique existe à l’état libre dans les lagoni voisins de Monte Rotondo (Toscane), d’où on l’extrait en profitant, pour évaporer le liquide, de la chaleur dégagée par les vapeurs qui s’échappent des fissures du sol : pour le purifier, on le traite à chaud par le carbonate de soude et on décompose le borate de soude formé par l’acide chlorhydrique; l’acide borique cristallise en refroidissant; dissous dans l’eau bouillante et reeristallisé, il est parfaitement pur.

En France, en Angleterre et en Amérique, on l’obtient en traitant par l’acide sulfurique des gisements constitués en grande partie par du borate de chaux : même procédé de purification.

C’est un corps solide, qui se présente sous forme de petites lamelles nacrées un peu grasses au toucher, sans odeur, d’une saveur acide trèspeu prononcée. Chauffé, il perd peu à peu son eau de cristallisation, devient anhydre au rouge sombre et subit la fusion ignée ; en se refroidissant, il se prend en une masse vitreuse et se couvre alors, au contact de l’air, d'une couche d’acide borique hydraté qui lui ôte sa transparence. Cristallisé, il a pour densité 1,48; fondu, 1,83.

11 est soluble dans 35 parties d’eau à 10”; dans 25 parties à 20“ ;

102 BORIQUE (acide). — propriétés aatiseptiqües. [SdpplémestJ

dans 12 1 /2 à 100“ ; cette solution colore en brun le papier de curcuma, conime les alcalis ; en rouge vineux la teinture de tournesol : c’est donc un acide très-faible ; cependant il la colore en rouge à chaud ou lorsque la proportion d’acide est considérable relativement à celle de la teinture (Malagutti).

Il se dissout également dans l’alcool, qui brûle alors avec une flamme verte.

La plupart des acides le chassent à froid de ses combinaisons ; à chaud, au contraire, c’est lui qui les remplace, à cause de sa grande fixité. Cette fixité n’empêche pas l’acide borique d’être entraîné en notable quantité lorsqu’on distille sa dissolution aqueuse : effet tout mécanique qui est mis à profit dans le mode de préparation italien.

Aucun métalloïde isolé n’a d’action sur lui, mais, si on fait agir en môme temps le chlore qui se combine au bore, et le carbone qui s’unit à l’oxygène, il se forme du chlorure de bore et de l’oxyde de carbone.

Le potassium et le sodium le décomposent, en donnant naissance à du bore amorphe; l’aluminium, en donnant du bore cristallisé. Fondu, il dissout la silice, l’alumine et un grand nombre d’oxydes.

Mélangé avec du fluorure de calcium et de l’acide sulfurique, et chauffé, il forme du fluorure de bore qui fume à l’air et brûle avec une flamme vorte.

Propriétés antiseptiques ; Effets physiologiques. — I. Les effets antiseptiques du borax ont été connus avant ceux de son acide, et sans remonter plus loin dans l’histoire de ce sel, il suffit de rappeler qu’en 1872 Dumas attirait l’attention sur ses propriétés antiputrides (Académie des sciences, séance du 2 août). Peu après, le professeur Polli (de Florence), J. Neumann (de Dorpat), Herzen, Panum (de Copenhague), etc., ont fait connaître M action antifermentescible et antiseptique de l’acide borique.

G. Polli a reconnu expérimentalement que, sous l’influence de cet acide, l’urine humaine normale reste limpide, en conservant son odeur et sa réaction ordinaires, pendant 15 à 50 jours, suivant la concentration et la proportion de la solution employée ; que le sang de bœuf défibriné et additionné d’acide borique est encore liquide, rutilant, inodore, sans aucune altération, en un mot, au bout d’un mois, alors que l’action antifermentescible de l’acide phénique, du sulfite et de l’hyposulfîte de soude, du sulfite de magnésie, est épuisée depuis plusieurs jours.

D’après Neumann, la viande se conserve en parfait état de fraîcheur pendant S jours dans une solution d’acide borique à 1/2 0/0; pendant 21 jours, dans une solution à 4 0/0. Une solution d’acide à 1 ou 2 pour 1000 suffirait à conserver le lait pendant 8 jours.

La bière, un mélange d’œufs et d’eau, des débris d’animaux, toutes les substances animales et putrescibles, ont été mis à l’abri de la fermentation par des additions d’acide borique : quoique moins soluble dans l’eau que le borax, il a toujours montré une action antifermentescible plus prononcée que celle de ce sel ; du reste, à quantités égales, il a un

[SdpplémentJ borique (acide). — effets physiologiques. 103

effet plus marqué sous la forme solide, pulvérulente, qu’à l’état de solution.

Herzen et Panum ont montré que la présence de l’acide borique n’entravait pas l’action de la diastase salivaire sur l’amidon, qu’elle transforme en sucre, ni la transformation des matières albuminoïdes en peptones sous l’influence de la pepsine du suc gastrique ; bien plus, celle-ci serait notablement accélérée : d’où on pourrait conclure à l’innocuité de l’acide pour la conservation des matières alimentaires, et même à l’avantage de ses solutions comme véhicule des substances nutritives artificiellement ingérées dans le gavage de l’estomac.

II. Les effets physiologiques de l’acide boi'ique, en dehors de ses propriétés antiseptiques, se réduisent à peu de chose.

Localement, il ne détermine ni douleur ni irritation ; encore moins est-il caustique, même en applications sur des muqueuses, ou sur des surfaces enflammées ou blessées; il diminuerait plutôt la douleur et l’inflammation en même temps qu’il tarit les sécrétions purulentes, ce qui justifie jusqu’à un certain point le nom de sel sédatif cpie. lui avait imposé Hamberg.

Quant à son action générale, elle ne paraît pas être toxique pour l’homme : le docteur Capelli a administré à plusieurs aliénés des doses quotidiennes de 4 grammes pendant 23 jours, et 2 grammes pendant 45 jours, sans inconvénient; Polli cite l’observation d’uii jeune homme qui, après avoir bu par méprise 300 grammes d’eau tenant en dissolution 55 grammes de borax, n’a pas vu son état de santé ti'oublé.

Rabuteau a injecté 2 grammes d’acide dans les veines d’un chien sans déterminer de phénomènes anormaux ; toutefois Neumann a vu survenir, chez le chien, des vomissements, de la diarrhée, du refroidissement général, lorsque la dose dépassait 6 grammes ; chez les mêmes animaux, une injection, dans la plèvre ou le péritoine, de 6 à 10 grammes d’une solution d’acide à 3 7o> a amené la mort par paralysie motrice.

Quelle est chez l’homme le maximum de la dose physiologique ? Il paraît beaucoup plus élevé, si l’on s’en rapporte aux observations de Vulpian, qui, ayant prescrit 12 à 16 grammes d’acide borique par jour à plusieurs malades atteints de fièvre typhoïde, a vu la dose de 12 grammes être toujours bien supportée, et celle de 16 grammes produire dans un seul cas des vomissements, malgré une prolongation de ce traitement pendant 24 jours. Notons en passant que ces malades ont eu un abaissement progressif de la température, qui en dix jours avait diminué de 5 degrés.

C’est par les urines que l’acide borique est éliminé ; il favorise la dissolution de l’acide urique et la fonction des reins, comme le borate de soude, soit qu’il donne naissance à ce sel dans le sang, comme le dit Rabuteau, soit qu’il sorte en nature de l’économie, comme l’indiquent Wôhler et Polli; en tout cas, la métamorphose saline qu’il subirait n’altère pas ses propriétés antiseptiques, puisque son usage interne a sur

BORIQUE (acide). — euploi thérapedtiqde. [Sdpplémekt] l’urine contenue dans la vessie la même action que son emploi en injections intra-vésicales.

Quant à son mode d'action, il est encore impossible d’en donner une explication précise ; d’une part, on ne connaît pas exactement son influence sur la nutrition ; d’autre part, il n’agit ni comme caustique ni comme oxydant direct. Faut-il s’en tenir à la théorie de Pavesi (de Mortara) qui, ayant noté la production d’ozone dans une solution concentrée de borate de soude, rapporte à ce principe les propriétés antifermentatives de l’acide borique? C’est une hypothèse contre laquelle doit mettre en défiance, ainsi que le fait observer Vallin, l’exagération avec laquelle on a trop souvent, dans ces dernières années, fait intei^venir l’ozone dans la production des phénomènes difficiles à expliquer.

Emploi thérapeutique. — I. Vusage interne de l’acide borique a donné de bons résultats entre les mains de Guyon et de Guéneau de Mussy dans le catarrhe chronique de la vessie, particulièrement chez des vieillards dont l’urine, stagnant dans son réservoir naturel, ne pouvait être désinfectée. Il est indiqué dans tous les cas où ce liquide, pour une raison quelconque, est exposé à subir avant son émission la fermentation ammoniacale : les injections intra-vésicales de la solution boriquée sont certainement supérieures, dans cette circonstance, à l’administration de l’acide par l’estomac, mais on aurait tort de se priver de ce dernier moyen, qui peut rendre service au moins à titre d’adjuvant et qui chez les malades du docteur Capelli a suffi à maintenir son acidité naturelle à l’urine pendant plusieurs jours.

Nous avons relaté plus haut les effets antithermiques obtenus par Vulpian, dans la fièvre typhoïde, à l’aide de fortes doses d’acide borique ingérées chaque jour : il est bon d’ajouter que le cours de la maladie n’a pas été modifié, mais que Bouchard, qui les a également prescrites, a réussi par ce moyen à désinfecter les selles des typhiques.

II. Le pansement des plaies a dans l’acide borique un agent précieux, inodore, efficace, ne produisant pas l’irritation que déterminent souvent les autres antiseptiques, l’acide phénique entre autres. Dans tous les cas où la sensibilité des surfaces à recouvrir est développée, dans les plaies de la face, de la bouche et du rectum en particulier, où l’acide phénique se montre trop irritant, une solution concentrée d’acide borique imbibant des plumasseaux d’ouate ou de charpie, des pièces de lin ou de chanvre (lintboracique), donne un pansement propre, facile à renouveler, qui amène la cicatrisation prompte et régulière des solutions de continuité, en s’opposant à l’altération putride des liquides qui les baignent.

III. Dans le traitement des maladies des voies génito-urinaires, Guyon a été le premier à montrer l’excellent profit qu’on pouvait tirer des injections intra-vésicales d’acide borique, et son exemple a été généralement suivi. Tous les chirurgiens savent que les injections de liquides antiseptiques dans la vessie conviennent à un grand nombre d’états morbides : mais le salicylate de soude, les acides salicylique et phénique, sont irritants pour la muqueuse du réservoir urinaire à dose Ihéra-

[Sopplémeht] borique (acide). - EMPLOI THÉRAPEÜTIQÜE.

peutique, insuffisants à dose inoffensive. L’acide borique, au contraire, n’irrite pas les muqueuses avec lesquelles il est en contact ; et, d’autre part, Pasteur a montré (1876) que c’est l’agent qui modifie le plus sûrement la fermentation alcaline de l’urine, parce qu’il a l’action la plus certaine sur la torulacée, qui représente le ferment de l’urée (mfcrococcMs ureæ) : ces raisons ont conduit Guyon à en adopter l’emploi, toutes les fois qu’il s’agit d’empêcher la décomposition intra-vésicale de l’urine, d’entraîner au dehors le pus que contient la vessie et de modifier sa surface interne de façon à empêcher la reproduction du liquide pathologique, d’évacuer les graviers et de laver le réservoir après les opérations de taille et de lithotritie; par ce moyen, l’urine reprend, en 5 ou 6 jours au plus, ses qualités normales.

La blennorrhagie, l’uréthrite purulente, sont aussi guéries en quelques jours par l’injection de la solution boriquée, qui reste, avec le nitrate d’argent, le meilleur moyen d’action sur la vessie et l’urèthre. La vaginite purulente est également améliorée par les irrigations répétées avec ce liquide (J. Chéron).

Enfin W.-II. de AVitt (de Cincinnati), dans un cas de catarrhe utérin, a obtenu un succès en introduisant aussi loin que possible dans l’orifice du col un pinceau chargé d’acide borique en poudre, et recouvrant de cette poudre la surface du col, qui était excoriée.

IV. Les affections oculaires forment un contingent très-important de la médication boriquée, qu’il s’agisse de plaies du globe de l’œil, d’opérations pratiquées sur ses milieux, d’inflammations de ses parties constituantes ou annexes. Warlomont, Stockart, en Belgique, l’emploient dans lesblépharites, les conjonctivites simples, phlycténulaires ou purulentes ; les kératites mêmes sont avantageusement traitées par ce moyen. En France, Panas, Galezowski, Abadie, etc., lui reconnaissent une supériorité marquée sur les autres antiseptiques pour tous les pansements des yeux : c’est avec la solution d’acide borique qu’on obtient le plus sûrement l’antisepsie oculaire à la suite des plaies accidentelles ou chirurgicales (opération de la cataracte) de l’organe de la vision.

Le lavage des yeux avec cette solution mérite d’être employé comme traitement prophylactique de l’ophthalmie des nouveau-nés (A. Doléris, Connen) : il suffit d’instilier matin et soir, dans chaque œil de l’enfant, immédiatement après sa naissance, quelques gouttes d’une solution à 3 pour 100, en ayant soin que le liquide baigne tous les points de ta surface du globe oculaire. Les statistiques relevées à la Clmique d’accouchement de Paris sont très-favorables à cette méthode.

V. Les otites suppurées sont également tributaires de l’acide borique. Bezold (de Munich), qui a fait connaître les bons résultats obtenus par cet agent, a montré que, n’étant ni astringent, ni irritant, mais plutôt détersif et calmant, et surtout antiseptique, il diminue ou arrête la suppuration de l’oreille moyenne, à la condition toutefois que l’inflammation soit simple, ne présente pas de complications sérieuses : si la caisse du tympan est le siège de polypes, de végétations, de granulations.

106 BORIQUE (acide). — modes d’emploi, doses. [SdppléhektJ

l’acide borique pourra être un utile adjuvant, mais ne tarira la suppuration que si ces lésions sont préalablement traitées par d’autres moyens.. De plus, il ne doit être employé que dans les formes suppuratives de l’otite, quelle que soit d’ailleurs l’abondance de l’écoulement purulent, et ne donne aucun résultat dans les formes catarrhale, périostique, sèche ou sclérémateuse. Ces réserves faites, l’action de l’acide borique est ici encore plus sûre et plus rapide que celle de l’acide phénique ou salicylique ; elle se manifeste surtout lorsque l’otite purulente est passée à l’état chronique.

Pour ne pas limiter l’action désinfectante et détersive au moment du pansement, et empêcher d’une façon permanente l’entrée dans l’oreille des germes contenus dans l’air, on préfère l’insufflation de l’acide en poudre aux injections liquides : après avoir soigneusement lavé le conduit auditif avec la solution d’acide borique, on remplit ce conduit avec la substance finement pulvérisée, et oa la maintient à l’aide d’un tampon d’ouate boriquée ; la guérison a lieu en 15 à 20 jours.

TI. Enfin certaines maladies de peau sont amendées par l’emploi topique de la même poudre : c’est ainsi que dans l’intertrigo des aines, l’eczéma, l’impétigo, etc., on préfère l’acide borique parfaitement pur, débarrassé de toute trace d’acide sulfurique ou chlorhydrique, aux poudres inertes qui, comme lui, mettent les parties à l’ahri du contact de l’air.

Modes d’emploi; Doses. — I. Usage interne. — Pour combattre le catarrhe chronique de la vessie, accompagné de fermentation ammoniacale de l’urine, une dose de 2 à 5 grammes d’acide borique par jour suffit. L’absence d'odeur et de saveur de la solution aqueuse de cette substance la fait parfaitement accepter des malades auxquels on l’administre par l’estomac, mais il ne faut pas oublier que le degré maximum de la solubilité de l’acide dans l’eau est de 4 pour 100 à la température ordinaire, afin de lui proportionner la quantité du véhicule prescrit.

Dans la fièvre typhoïde, les essais ont été faits avec des doses bien plus élevées, sans que les résultats obtenus aient dépassé un léger abaissement de la température et la désinfection des matières fécales. On pourrait sans crainte administrer, à l’exemple de Yulpian, 12 à 16 gramm. d’acide borique, dissous dans la limonade tartrique.

L’action dissolvante qu’il exerce sur l’acide urique a fait songer à l’employer contre les calculs constitués par cet acide : toutefois les médecins allemands, Bœcker, Kœhler, etc., qui ont vanté la médication boriquée contre les graviers et les calculs uriques, administrent de préférence le borocürate de magnésie, obtenu en dissolvant le borate de magnésie dans l’acide critique, et le donnent à la dose de 2 à 3 gramm. par jour.

Enfin l’acide borique a été conseillé pour l’usage interne comme tempérant et rafraîchissent : il n’est plus employé en cette qualité.

II. Emploi topique. — A. Sous forme de gargarismes, l’acide borique est parfois prescrit à la dose de 8 à 46 gramm. dans 300 gramm. d’eau

[SiiPPLÉMENi] BORIQUE (acide). — modes d’emploi, doses. d’orge miellée, contre les angines pultacées, couenneuses ou gangréneuses (Gubler).

B. Pour \e pansement des plaies, on fait usage d’une solution concentrée (4 pour 100) pour laver la solution de continuité, qu’on recouvre ensuite soit avec des plumasseaux d’ouate humectés d’une solution saturée d’acide borique; soit avec plusieurs doubles de Uni boracique, qu’on prépare en plongeant le lint dans cette solution saturée et le faisant sécher, et qu’on humecte de nouveau avec la liqueur à 4 pour 100 au moment du besoin; soit encore avec la charpie à l’acide borique, préparée comme le lint boracique.

On peut aussi appliquer sur la plaie une pommade composée de 2 gramm. d’acide borique pour 10 gramm. de vaseline (Guyon), ou un onguent boriqué ainsi formulé par Lucas-Championnière :

Acide borique lavé . 1 partie

Cire blanche . 1 —

Paraffine . 2 —

Huile d’amandes . . . . • . 2 —

En Amérique, on emploie pour le pansement des plaies la boroglycéride, obtenue par simple addition du borax à la glycérine, ou une solution d’acide borique dans la glycérine chaude, dissolution qui se fait dans la proportion de 2,5 pour 100 : ces deux préparations ont l’avantage d’être miscibles à l’eau.

G. La solution à 4 pour 100 étant bien tolérée par la muqueuse vésicale, c’est elle que Guyon emploie dans les affections de la vessie que nous avons énumérées plus haut. Pour combattre la purulence ou la fermentation intra-vésicale de l’urine, il pousse lentement l’injection, en plusieurs fois, laissant écouler une première partie du liquide avant d’en faire passer une nouvelle, et en laissant toujours une certaine quantité dans la vessie après l’opération.

Dans la vaginite purulente, J. Chéron, pour remédier au peu de solubilité de l’acide, en fait préparer d’abord un glycéré (glycérine neutre, 120 gramm. ; acide borique, 80 gramm.), qu’on étend sur des tampons (l’ouate laissés dans le vagin pendant 24 heures, ou dont on fait une solution aqueuse (glycéré, 1 partie; eau, 10 parties) pour irrigations 2 fois par jour.

Dans Vurëthnte purulente, on fait chaque jour une injection de 00 gramm. d’eau tiède additionnée d’une cuillerée à café de ce glycéré.

D. Dans toutes les lésions de l'organe de la vision, blessures ou inflammations des membranes ou des milieux de l’œil, blépharites, conjonctivites simples ou purulentes, l’acide borique constitue l’antiseptique par excellence. On l’emploie sous forme de solution (à 3 pour 100) pour les pansements consécutifs aux plaies accidentelles ou opératoires, pour les lotions prophylactiques de l’ophthalmie des nouveau-nés; sous forme de collyres dans les conjonctivites purulentes, conjointement avec le nitrate d’argent ; à l’état pulvérulent et pur, pour saupoudrer le bord libre des paupières enflammées.

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