‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 23 sur 531 · KODT. DICT. MÉD. ET CHIB. XL · texte numérisé non relu

KODT. DICT. MÉD. ET CHIB. XL

178 DPiOSERA. — effets phtsiol. et thérapeutiques. [Sopplémekt] transformation consécutive des peptones, voilà ce qui reste peu connu. Sont-elles absorbées pour servir à la nourriture de la plante? C’est possible, mais non démontré même par les expériences sur lesquelles Reiss et Darwin se fondent pour déclarer que le végétal dépérit quand il manque de régime animal, ces expériences ne pouvant être concluantes, en raison de la complexité des conditions dans lesquelles elles devraient être tentées et répétées.

Aussi la question ne nous paraît-elle pas résolue dans un sens affirmatif, et il serait prématuré de compter sur le Drosera et les plantes dites carnivores comme remèdes utiles dans les dyspepsies par défaut de sécrétion du suc gastrique. Ce point de thérapeutique stomacale explique les développements dans lesquels nous avons cru devoir entrer au sujet des phénomènes manifestés par ces plantes.

Effets physiologiques et thérapeutiques. — Localement, le Drosera est très-irritant : cette action corrosive, signalée par Linné, qui recommandait le suc de la plante comme topique contre les verrues, par Haller, par Vicat, a été observée par P. Vigier sur un de ses garçons, qui eut des excoriations aux mains pour les avoir laissées trop longtemps imbibées de l’alcoolature qu’il préparait.

Après Dodoens, Tabernoemontanus et Hermann, qui l’administraient à l’intérieur, aux dix-septième et dix-huitième siècles, dans la phthisie pulmonaire et l’asthme, Siegesbeck, guidé par cette observation que le Drosera faisait tousser les moutons qui en ^mangent, et appliquant les préceptes homœopathiques, en prescrivait la décoction dans la toux humide et la bronchite catarrhale, la teinture dans la grippe et la coqueluche épidémiques.

Ce sont les mêmes préceptes qui, à une époque beaucoup plus voisine de la nôtre, ont ressuscité son emploi dans la phthisie. Le D" E. Curie, après une administration prolongée de cette plante à deux chats, trouva à l’autopsie de ces animaux un développement anormal des diverses parties du système lymphatique, telles que ganglions, plaques de Peyer, acinis de la rate, etc., et, en second lieu, des granulations blanchâtres très-nombreuses, analogues à des tubercules miliaires, dans les deux poumons. Chez l’homme, le même médecin a employé l’alcoolature de Drosera, aux doses les plus variables, dans la phthisie pulmonaire, et ce remède continue, paraît-il, à être usité par les homœopathes : cependant son promoteur avoue que les succès obtenus, en regard de nombreux échecs, se rapportent à des cas où l’état général était favorable, où les signes locaux étaient assez peu tranchés pour que l’existence de la tuberculose fût au moins douteuse. Donc, expériences trop peu nombreuses pour donner une certitude sur les effets physiologiques consécutifs à l’absorption; action curative fort peu certaine sur la phthisie : tel est le résumé du mémoire de Curie, fort peu encourageant, on le voit, en ce qui touche la tuberculose pulmonaire.

Reste à l’actif du Drosera son influence salutaire sur les quintes et la marche de la coqueluche. Siegesbeck, nous l’avons dit, avait déjà utilisé

[Sdppléuent] DROSERA. — doses, modes d’administbation. cette action : c’est seulement en 1878 que Louvet-Lamare (de Saint-Germain-en-Laye) a de nouveau attiré sur elle l’atteution des médecins. D’après ce praticien, si on administre la teinture de Drosera lorsque l’élément quinte s’accentue et caractérise nettement la deuxième période, on obtient un soulagement réel, on prévient les complications qui peuvent résulter des secousses de toux trop fréquentes, mais la toux persiste encore atténuée 2 à 5 semaines. Si on l’administre lorsque l’enfant a des quintes depuis 3 semaines, on peut espérer une guérison de la coqueluche la plus pénible en quelques jours. Créquy, C. Paul, Hérard, Dujardin-Beaumetz, ont conGrmé ces observations. Lamare ajoute que le Drosera manifeste également son action calmante contre les quintes qui accompagnent certaines bronchites, et même celles des phthisiques : mais l’effet ne serait pas aussi constant que dans la coqueluche.

En tout cas, ce sont les quintes, ce n’est pas la maladie elle-même, qui sont améliorées : de là les insuccès constatés dans la laryngite et la laryngo-trachéite qu’accompagne une toux pénible, mais non quinteuse.

Quant au mode d’action de la plante, il est difficile à préciser, aucun des principes révélés par l’analyse que nous avons fait connaître ne pouvant rendre compte de l’effet antispasmodique qu’elle paraît déterminer.

Doses, modes d’administration. — Il résulte des expériences de Curie que l’alcoolature de Drosera peut être prise sans inconvénient à des doses fort élevées. Après avoir débuté par 10 à 20 gouttes, il en administrait plusieurs grammes par jour, 10 à 15 en moyenne : lui-même a pu en absorber 100 grammes en un seul jour sans avoir éprouvé de phénomènes bien appréciables.

Lamare a également constaté que la teinture peut sans inconvénient être donnée à forte dose, puisqu’il en a fait prendre une dose quotidienne de 10 grammes à des enfants de 7 ans. Toutefois il a reconnu qu’à cet âge une dose de 1 gramme se montre aussi active que la précédente.

D’après P. Vigier, une quantité quelconque de Drosera, traitée par son poids d’alcool à 60°, donne une teinture identique à l’alcoolature. Celle ci s’obtient en faisant macérer la plante fraîche, préalablement contusée, pendant un mois dans son poids d’alcool à 90°; en soumettant 1 kilogr. d’alcoolature à la distillation, on obtient 25 grammes d’extrait peu consistant, aussi facile à administrer, d’un effet thérapeutique aussi certain, dont on peut préparer des pilules (Vigier).

Extrait de drosera . 5 grammes,

Poudre de réglisse . Q. S.

Pour 100 pilules non argentées.

E. CuBiE, Rech. exp. sur l’act. physiol. et thérap. des D. (C. 1{. de l’Âcad. des sc., 2 sept. 1861). — Dabwis {Revue scientif., 1871). — LoovET-LAiiARE, Trait, delà coquel. p. la teint, de D. [Journ. de thérap., 1878; — UuU. de la Soc. de thérap., 10 avril-22 mai 1878). - Caibice, Essai sur le trait, de la coquel., spécial, sur l’emploi du D., thèse de Paris, 1878, n” 447. — P. Vigier, Des D. et de leur empl. en thérap. (Bull, de thérap., 1878, p. 25). — G. Lugan, s. la compos. du D. [Journ. de la Soc. de médec. de Caen et du Calvados, juin 1878).

Ch. d’Ivors.

180 DUBOISIA ET DÜBOISINE. — cosipositiOiN chimiqde. [Supplémekt]

DUBOISIA et DUBOISI^îlS. — Histoire naturelle. — Le genre Duboisia, par ses caractères botaniques, semble pouvoir être classé indistinctement parmi les Scrofulariées et les Solanées, ou plutôt il paraît former un trait d’union entre ces deux familbis : cependant c’est dans la seconde que la majorité des botanistes le rangent, quoique ses étamines soient didynames (et non tétradynames); d’ailleurs les propriétés thérapeutiques de son principal représentant le placent à côté de la belladone et du stramoine.

Voici, d’après de Lanessan, les caractères du D. myoporoïdes R. Br., la seule espèce du genre qui soit actuellement bien connue et utilisée :

Originaire d’Australie, rencontré aussi en Nouvelle-Calédonie et dans la Nouvelle-Guinée, cet arbuste, haut de 4 à 5 mètres, a un tronc recouvert d’une épaisse couche subéreuse; des rameaux dressés; des feuilles alternes, simples, lisses, elliptiques, lancéolées, sans stipules; des fleurs petites, blanches, hermaphrodites, disposées à l’extrémité des rameaux en grappes coniques de cymes unipares ; un calice l’égulier, gamosépale, à cinq divisions égales ; une corolle gamopétale, tubuleuse, légèrement bilobée, à 5 lobes alternant avec les dents du calice ; 4 étamines didynames, les plus grandes en face des sépales antérieurs, les deux autres en face des sépales latéraux (de Lanessan n’a constaté aucun vestige de la cinquième, qui devrait se trouver en face du sépale postérieur, et à la place de laquelle Endlicher, Bentham et Hooker, signalent un starninode représenté par une courte languette), à filet aplati, un peu élargi à la base, à anthères réniformes; un ovaire supère, ovoïde, à 2 loges contenant chacune une douzaine d’ovules anatropes ; un style cylindrique, un stigmate à peu près entier. Le fruit est une baie noire, arrondie, entourée à sa base par le calice persistant, biloculaire : chaque loge contient 2 à 5 graines allongées, réniformes, brunes, à albumen assez abondant.

Composition chimique. — Le principe actif du Duboisia, la duboisine, a été isolé presque au même moment (mars-avril 1878) par Petit en France et Gerrard en Angleterre. Le procédé employé par le premier de ces chimistes consiste à dissoudre l’extrait de la plante dans la plus petite quantité d’eau possible et à ajouter à la solution du bicarbonate de potasse jusqu’à ce que la réaction soit franchement alcaline : on agite alors avec de l’éther, qui, par distillation, abandonne la duboisine sous forme d’un vernis peu coloré. Pour avoir un produit très-pur, on le dissout dans l’acide sulfurique étendu, et on répète le traitement par le bicarbonate de potasse et l’éther.

Gerrard traite par l’alcool l’extrait aqueux des feuilles jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité, sépare l’alcool par filtration, et lave le résidu avec l’alcool; après distillation, le nouveau résidu est étendu d’une petite quantité d’eau, traité par l’ammoniaque, et agité par le chloroforme. Celui-ci étant distillé, on obtient un produit ayant l’aspect d’une masse visqueuse jaune très-soluble dans l’alcool, le chloroforme, l’éther, la benzine, le sulfure de carbone; soluble dans l’eau, qu’elle rend très-nettement alcaline.

[Sdpplémekt] DUBOISIA et DUBOISINE. — effets physiologiques. 181

Depuis cette époque, Gerrard, Ladenburg, Duquesnel, ont obtenu la duboisine à Tétât cristallin (1880).

C’est un alcaloïde isomère avec Tatropine (C^^ff'AzO®), et présentant les mêmes réactions que celle-ci :

Avec le tannin, précipité blanc, soluble dans Tacide chlorhydrique ;

Avec Tiodhydrargyrate de potassium, précipité blanc;

Avec la potasse, la soude, l’ammoniaque, précipité soluble dans un excès d’alcali;

Avec le chlorure d’or et le bichlorure de platine, précipité jaunecitron.

Les deux alcaloïdes se volatilisent en partie quand on les chauffe entre deux verres de montre.

Les différences sont les suivantes. La duboisine se dissout bien plus facilement dans Teau, et ses solutions sont fluorescentes. Elle est lévogyre, tandis que Tatropine ne dévie pas sensiblement la lumière polarisée. L’acide azotique brunit la solution de la première, ne colore pas la seconde.

En présence de Tacide sulfurique concentré, la duboisine prend une coloration ronge brun et dégage, à chaud, une odeur d’acide butyrique ; la solution d’atropine dans le même acide ne change pas de couleur, et, chauffée, dégage une odeur agréable en même temps qu’elle se trouble : si on ajoute du bichromate de potasse, il se fait dans la solution atropique un dépôt de vert de chrome qui n’a pas lieu avec la duboisine, mais avec celle-ci il y a dégagement de vapeurs acides. Bouillie avec l’hydrate de baryte, Tatropine donne une odeur d’essence de gaulthéria, la duboisine une odeur désagréable.

Enfin ce dernier alcaloïde paraît mieux neutraliser les acides : Gerrard a obtenu les sulfate, chlorhydrate, nitrate, phosphate, acétate, bromhydrate, tartrate, de duboisine. Toutefois le sulfate et le bromhydrate sont seuls cristallisables : c’est du premier de ces sels qu’on fait usage en thérapeutique.

Effets physiologiques. — I. Bankroft (de Brisbane) fut le premier à expérimenter sur Thomme et sur les animaux le Dub. myoporoïdes, qu’il employa sous forme d’extrait, et auquel il reconnut des propriétés presque identiques à celles que manifeste Tatropine (1877). Peu après, Fortescue (de Sydney) en Australie, Sydney Ringer et Tweedy en Angleterre, Galezowski en France, confirmaient les résultats annoncés par le premier observateur.

Lorsqu’une petite quantité d’extrait non dilué est mis en contact d’un œil malade, celui-ci est immédiatement le siège d’une douleur intense et d’un épiphora abondant ; une solution au ^ ne détermine pas de douleur, provoque un larmoiement très-peu marqué et a un effet consécutif plus complet et plus rapide (Tweedy). Cet effet, qui se manifeste aussi bien à la suite de l’administration de la solution à l’intérieur qu’après son instillation, consiste dans une dilatation pupillaire qui peut durer 6 et

182 DÜBOISIA ET DUBOISINE. — effets physiologiques. [Supplément]' 10 jours, et dans une paralysie concomitante de l’accommodation qui persiste encore le 3” et le 4' jour.

Là ne s’arrêtent pas les analogies de l’extrait de Duboisia avec l’atropine. Comme celle-ci, ilmodère les sécrétions buccales et cutanées, tarit la salive et les sueurs, est antagoniste du jaborandi : S. Ringer, ayant injecté successivement à un malade, à neuf minutes d’intervalle, le nitrate de pilocarpine d’abord, l’extrait de D. ensuite, vit la transpiration et la salivation, exagérées par la première injection, s’arrêter après la seconde : la gorge était encore sèche et chaude au bout de dix-neuf heures.

EnOii, comme l’atropine encore, le D. manifeste sur le cœur une action antagoniste de celle de la muscarine, augmente la fréquence du pouls, provoque la céphalalgie, détermine de l’engourdissement et un certain degré d’affaiblissement de la force musculaire.

II. Depuis que la duboisine a pu être isolée, son action a été étudiée par les médecins anglais précédemment cités, et, en France, par Guider, Galezowski, de Wecker, Fauqué, etc. Elle est d’ailleurs identique à celle de la plante dont elle constitue le principe actif, mais elle est naturellement plus prononcée et plus facile à analyser.

Localement, elle n’est pas irritante. Elle ne détermine pas sur la bouche d’autre sensation que celle d’une amertume assez forte. Injectée sous la peau, elle ne provoque ni irritation primitive, ni induration consécutive.

Son action sur Vorgane de la vision est la plus importante. Instillée dans l’œil sous forme de collyre, la duboisine ne cause aucune cuisson et détermine du côté où l’instillation a été faite une dilatation très-rapide de la pupille, bientôt accompagnée d’une paralysie absolue de l’accommodation. La mydriase survient plus vite avec la duboisine (en 6 à 8 minutes chez l’homme) qu’avec l’atropine (14 à 15 minutes) ; la durée de la dilatation maximum est plus longue avec la première, mais la durée totale de l’action est plus prolongée avec la seconde. La paralysie de l’accommodation est aussi plus rapide avec la duboisine (10 minutes en-, viron) qu’avec l’atropine (23 minutes) ; elle dure, en outre, plus longtemps avec la première qu’avec la seconde (Hermann Schaffer, de Wecker). , Enfin la duboisine serait encore supérieure à l’atropine dans son action sur l’œil en ce que, le plus souvent, elle n’irrite pas la conjonctive et fait disparaître l’injection de cette membrane plus vite que l’autre alcaloïde. Cependant cette règle n’est pas absolue, des conjonctivites ayant: été observées à la suite de l’emploi topique de l’alcaloïde du D. comme de celui delà belladone (Schæler).

Les mêmes phénomènes oculaires apparaissent, mais moins prononcés, . à la suite des injections sous-cutanées. Ils sont probablement dus à l’action stupéfiante exercée par l’alcaloïde sur les filets que le nerf moteur oculaire commun envoie au sphincter de l’iris et au muscle ciliaire (Fau- , qué).

L’action de la duboisine sur la circulation également intéressante-

[Sdppléjiest] DUBOISIA et DUBOISINE. — emploi thérapeotiqïïe. 185 Elle accélère les battements du cœur chez l’homme et les animaux à sang froid (Gubler, Sidney Ringer, etc.); augmente la tension artérielle lorsque la dose est inférieure à 5 milligr. , diminue cette tension et le nombre des pulsations à 5 centigr., amène la mort avec le cœur en diastole audessus de cette dernière dose (Gibson). Chez la grenouille, les battements cardiaques sont moins nombreux ; les mouvements respiratoires diminuent de nombre et de force, tandis qu’ils ont chez l’homme une augmentation proportionnelle à celle des pulsations du cœur.

Lorsque la dose absorbée est assez forte, on voit apparaître des rougeurs scarlatiniformes sur toute la surface du corps : c’est une substance vasodilatatrice. Les sécrétions, celles delasMcwret delà saZiue en particulier, sont très-nettement influencées par la duboisine, dans le même sens que par l’atropine, c’est-à-dire qu’elles sont momentanément arrêtées, même lorsqu’elles avaient été exagérées par l’usage préalable de. la pilocarpine. Fauqué attribue cette action suspensive à une paralysie des fibres nerveuses qui, d’après Yulpian, excitent ces sécrétions.

Enfin le système nerveux subit facilement l’action paralysante de la duboisine. Ainsi, à la dose de 1 milligr., Gubler a observé de la faiblesse musculaire, une parésie des membres inférieurs qui refusaient leur office; chez un tuberculeux, le même observateur a vu survenir des accidents de collapsus à la suite d’une injection sous-cutanée de 1 milligr. Fauqué rapporte une observation dans laquelle l’absorption du médicament fut suivie dé titubation, sensation de duvet sous les pieds, maladresse des mains, délire, réponses incohérentes; cependant le malade avait parfaitement conscience du désordre de ses facultés intellectuelles. : Enfin Galezowski a fait connaître que les collyres mêmes au sulfate de duboisine pouvaient amener quelques accidents généraux toxiques : tremblement général, faiblesse des membres inférieurs, etc.

Emploi thérapeltique. — I. L’action de la duboisine sur la pupille et sur le muscle ciliaire en indique l’emploi dans les affections oculaires où l’atropine était seule mise en usage jusqu’à la découverte du nouvel alcaloïde. Celui-ci présente d’ailleurs certains avantages qui le font préférer dans certains cas déterminés.

Ainsi une seule instillation de collyre au sulfate de duboisine suffit à paralyser très-vite et complètement le muscle ciliaire, tandis que, pour obtenir cette impuissance absolue du muscle accommodateur, plusieurs instillations de fortes doses d’atropine sont nécessaires : il en résulte qu’avec la première substance on peut presque instantanément supprimer l’influence exercée sur la lecture par l’accommodation et par suite constater avec précision le véritable degré de la réfraction chez des myopes ou des hypermétropes (de Wecker).

D’autre part, lorsque l’emploi de l’atropine est interdit par l’apparition de l’irritation conjonctivale qu’il provoque plus ou moins vite chez des individus prédisposés, l’oculiste lui trouve dans la duboisine un puissant succédané qui, doué de la même action thérapeutique, ne détermine que très-rarement les mêmes phénomènes d’irritation : cependant Galezowski

iS4 DüBOISIA ET DÜBOISINE. — emploi thérapeutique. [SoppléhehtJ rapporte deux cas d’iritis où ils ont apparu avec l’un comme avec l’autre de ces alcaloïdes.

L’action de la duboisine paraît d’ailleurs moindre sur les yeux enflammés qu’à l’état sain (Galezowski). Toutefois elle a donné de bons résultats dans la kératite.

Quant à la rupture des adhérences de l’iris, elle ne paraît pas pouvoir être obtenue avec la duboisine quand elle ne s’est pas faite avec l’atropine, si peu larges d’ailleurs que soient les synéchies.

II. Les sueurs profuses, celles des phthisiques en particulier, sont aussi avantageusement traitées par la duboisine que par l’atropine (Gubler). Hirsch affirme même que la transpiration nocturne peut alors disparaître pendant une ou deux semaines.

Rappelons, à propos de la tuberculose pulmonaire, que la duboisine paraît exercer sur la circulation, à dose physiologique, une action tonique se rapprochant jusqu’à un certain point de celle de la digitale. Dans un cas où celle-ci avait échoué, Gubler vit le pouls, tombé à 40 battements, se relever au chiffre de 60 et 70, en même temps que la quantité des urines augmentait.

IH. Dujardin-Beaumetz a eu l’idée de substituer la duboisine à l’atropine dans le traitement du goîlre exophthalmique, et se loue de cette nouvelle application. E. Desnos, qui a également employé dans cette maladie les injections sous-cutanées de duboisine, a vu au bout de quelques jours la rougeur du globe de l’œil diminuer ainsi que l’angoisse précordiale, les palpitations et la dyspnée; en même temps la tumeur du cou cessait de battre, l’état général s’améliorait.

Mais dans tous les cas, anciens ou récents, cette amélioration a été passagère : après quelques semaines, les palpitations et l’exophthalmie reparaissaient avec la fatigue et l’aggravation de la santé générale; seul le goitre était amélioré, non pas que son volume fût sensiblement diminué, mais ses battements, ses mouvements d’expansion, le souffle dont il était le siège, disparaissaient progressivement ; sa consistance augmentait; la gêne étant moindre, les accès de dyspnée s’éloignaient.

En somme, l’amélioration obtenue paraît assez marquée pour qu’il y ait lieu de compter avec ce mode de traitement.

IV. Il n’est pas jusqu’à la dépression exercée par la duboisine sur le système nerveux central qui ne semble pouvoir être mise à profit dans un but thérapeutique, dans l’excitation maniaque ou alcoolique, par exemple. C’est ainsi que Gubler, chez une malade atteinte de délire alcoolique, et que n’avaient pu calmer une injection de 5 centigr. de chlorhydrate de morphine et l’ingestion de 3 grarnm. de chloral, obtint une sédation complète par l’injection sous-cutanée de 1 milligr. de duboisine.

V. Les effets qui précèdent pourraient être obtenus avec l’extrait de Dub. myoporoïdes : c’est de cet extrait que Tweedy faisait usage dans la kératite, l’iritis, le spasme de l’accommodation, et toutes les fois qu’il était nécessaire de paralyser momentanément le muscle ciliaire. Actuellement cet extrait a fait place à la duboisine, ou plutôt à son sulfate, qui.

[Sdpplémekt] DUBOISIA et DÜBOISINE. — modes d’administr. et doses, 185 d’une action plus rapide, plus sûre et plus complète, est exclusivement employé.

Modes d’administration et doses. — Des sels de duboisine, c’est le sulfate qui est employé de préférence, comme le plus facilement cristallisable.

I. Pour agir sur l’œil, on se sert ordinairement de collyre ;

Sulfate neutre de dubosine 0,023 nailligr. à 0,10 centigr.

Eau distillée . 10 grammes.

3 à 4 gouttes dans l’œil, en instillations.

On peut aussi faire usage de la pommade suivante :

Sulfate neutre de dubosine . 0,23 centigr.

Vaseline . 10 grammes.

Pour introduire entre les paupières, matin et soir, en cas de brûlure ou de corps étranger de la cornée (Fauqué).

n. A l’intérieur, pour arrêter les sueurs profuses, par exemple, on peut employer les pilules suivantes :

Sulfate neutre de duboisine

Miel .

Poudre de guim.iiive . . .

Pour 100 pilules ; 1 à 2 par jour.

Mieux vaut avoir recours aux injections hypodermiques, dont l’effet est plus sûr :

Sulfate neutre de duboisine . 0,01 centigr.

Eau distillée . 20 grammes.

Injecter sous la peau 20 gouttes de cette solution, représentant un demi-milligr. de sel.

Cette dose de 1 demi-milligramme est celle par laquelle il est toujours prudent de commencer, 1 milligramme administré dès le début pouvant déterminer d’emblée le collapsus.

Il faut aussi se rappeler, lorsqu’on administre ce médicament, que ses doses s’accumulent facilement et peuvent déterminer au bout de quelques jours des signes d'intoxication analogues à ceux que provoque la belladone ; aussi, lorsque le traitement doit avoir une certaine durée, comme dans le goitre exophthalmique, est-il prudent de l’interrompre tous les huit jours pendant quelques jours (Dujardin-Beaumetz).

G. K. Aiexandrof, Les propr. mydriat. du D. m. [Journ. de ihérap., 1878, p. 236). — Gdbler, Quelq. propr. tbérap. de la d. (Journ. de thérap., 1878, p. 351). — Galezowski, C,wi. des h6p., 1878, p. 1022. ~ De "Weckeb, De l’empl. comparé de l’ésér., de la d. et de l’alrop., en thérap. ocul. [Bull, génér. de thérap., 1878, p. 337). — De Lanessan, Caract. botan. du D. m. [Bull, génér. de thérap., 1878, p. 362). — L. Holmes et Geebaud, Le D. m. et son alcal. [Pharmac. Journ., 9mars-6avril 1878). — Fadqbé, De la d., thèse de Paris, 1879, n» 78. — Ddjardin-Beaumetz, De la d. d. le trait, du goitre exopbth. [Soc. de ihér., 7 juillet 1880). — E. Desnos, Du trait, du goitre exophth. par les injcct. sous-cut. de d. [Bull.

•186 ÉLECTRICITÉ. — physique médicale. [Suppléme.ntJ

gênêr. de thêrap., 1881, p. 59). — Hermass-Schæffeb, Expér. comparai, de Tact. s. J’œil de

l’atrop., de la d. et de l'homatrop. [Archiv of Ophthalmol.,imn\&iV). — Gibsox, Act. de la

d. s. la circul. [Practit., l'évr. 1882).

Ch. d’Ivors.

ÉLECTRICITÉ (Nouvelles applications cliniques de 1’). — A tous ceux qui ont lu les remarquables articles consacrés par Jaccoud et de Saint-Germain à l’étude des effets physiologiques de l’électricité et de ses applications médico-chirurgicales (t. XII) il semblera sans doute que rien ne reste à dire après ces savants maîtres, et qu’il y a présomption à traiter de nouveau une question qu’ils ont pour ainsi dire épuisée. Toutefois, si les considérations qu’ils ont formulées restent inattaquables tant au point de vue théorique que pratique, il est certain que depuis 1870 la médecine a protité comme l’industrie des progrès accomplis par l’électricité ; ingénieurs et médecins ont modifié les anciens appareils, en ont construit de nouveaux : de là est résultée une extension du cercle des applications de cet agent au diagnostic et au traitement des maladies.

Ce sont ces progrès que nous nous proposons de passer en revue, en faisant successivement connaître les améliorations et inventions récentes (‘physique médicale), leur emploi séméiotique et thérapeutique (applications médico-chirurgicales).

Physique médicale. ' — I. Unîtes pratiques d’électrîcîté. — Avant d’aborder la description des appareils électro-médicaux récemment construits, il nous paraît nécessaire de faire connaître les termes de comparaison à l’aide desquels on peut actuellement, en électricité comme en toute autre science, parler une langue précise, que tout le monde comprenne. Jusqu’ici il n’existait pas d’unité électrique commune, de sorte que les observations électrothérapiques ne pouvaient recevoir la sanction de la critique ou de l’expérimentation : cette lacune a été comblée par le Congrès international des électriciens réuni à Paris en 1881, , qui a admis les unités de mesure d’électricité suivantes, déjà adoptées par l’Association britannique.

Vunité de force électro-motrice ou de tension électrique (la force électro-motrice déterminant la tension) est appelée Volt, du nom de Volta. Le volt correspond à peu près à la force d’un élément Daniell. Un élément Gaiffe au chlorure d’argent est inférieur à l’unité (0,'9 volt)', ■ 1 élément Leclanché lui est supérieur (1,5 volt). i

Vunité de résistance prend le nom de Ohm (physicien allemand) :

1 ohm équivaut à la résistance opposée au passage du courant par une colonne de mercure de 1 millimètre carré de section et de 1 m., 05 de longueur.

Vunité d'intensité de courant (autrefois appelée Weber) porte actuellement le nom d’ Ampère. 1 ampère répond à une force électro-motrice de 1 volt, développée dans un circuit qui a 1 ohm de résistance. En médecine, on n’emploie que des divisions de l’ampère, les courants qui possèdent l’unité d’intensité étant beaucoup trop énergiques, et on compte

[Sdpplémekt] ÉLECTRICITK. — appareils d’électkicité statique. J 87

par milliampères : pour l’électrisation des membres, on ne dépasse guère 25 à 30 milliampères, 5 milliampères pour celle du cerveau.

L’unité de quantité est dite Coulomb (autre physicien français). Le coulomb est la quantité d’électricité qui passe pendant l’unité de temps (la seconde) dans un fil que traverse un courant dont l’intensité est de, 1 ampère.

L’unité de capacité, plus rarement usitée, est appelée Faead (du nom de Faraday). C’est la capacité d’un condensateur qui se charge d’une, quantité d’électricité égale à 1 coulomb, la force électro-motrice de ses armatures ayant une différence de 1 volt.

Les unités qui précèdent sont dites unités pratiques; c’est d’elles que se compose le langage courant des électriciens. Le congrès international de 1881 a également adopté des unités fondamentales qui permettent de rattacher le travail électrique à la loi d’équivalence et de corrélation, des forces. Ces unités fondamentales sont : pour la longueur, le centimètre; pour la masse, le gramme; pour le temps, la seconde. Elles forment un système qui est dit système C.G.S., de la lettre initiale de leur nom.

IL Appareils d’électrîcîtê statique. — Tous les médecins savent que le principal obstacle à l’emploi des machines de Ramsden, Nairne, Hoitz, etc., est, outre leur grand . volume, la nécessité d’un air ambiant parfaitement sec, sans lequel leur fonctionnement est défectueux.

La machine diélectrique Carré, échappant à ces reproches, nous paraît mériter une description.

Cette machine (fig. 15) se compose de deux plateaux verticaux, l’un en verre A, frottant entre deux coussins D; l’autre en caoutchouc B, plus grand et placé plus haut que le premier dont il couvre une partie par son extrémité inférieure. Ces deux plateaux, assujettis par deux axes d’acier à deux montants latéraux et parallèles, composés moitié de verre, moitié d’ébonite, qui portent supérieurement un gros cylindre de cuivre horizontal C, sont mis en mouvement par une manivelle il adaptée à une poulie qui correspond au plateau de verre, et sur laquelle s’enroule un câble de cuir qui transmet la rotation à la poulie du plateau de caout- ,

Fig. 15. — Machine Carre.

188 ÉLECTRICITÉ. - APPAREILS d’électricité DYNAMIQUE. [SuPPLÉMENtJ

chouc ; en raison de l’inégalité des dimensions des poulies , ce dernier disque marche dix lois plus vite que le premier. La machine est complétée par deux peignes en cuivre, placés en regard de la même face du plateau de caoutchouc, mais à des hauteurs différentes : l’un, supérieur, F, contigu au cylindre horizontal, est séparé par ce plateau d’une lame d’éhonite qui joue par rapport à lui le rôle d’inducteur; l’autre, inférieur, E, pouvant être plus ou moins rapproché du cylindre de cuivre à l’aide d’un long support mobile, T, correspond à la partie supérieure du plateau de verre, dont le sépare la partie inférieure du plateau de caoutchouc.

Lorsque le plateau de verre est mis en mouvement, l’électricité positive dont il se charge agit par induction sur le peigne inférieur, par l’intermédiaire du plateau de caoutchouc qui les sépare (d’où le nom de diélectrique donné à la machine), et celui-ci, dans son rapide mouvement de rotation, porte au devant du peigne supérieur l’électricité négative dont il s’est chargé en passant au devant du peigne inférieur. Le peigne supérieur attire l’électricité positive, qui s’en dégage abondamment, tandis que l'électricité négative s’accumule sur le cylindre horizontal. L’énergie de la machine, renforcée par la présence de la lame d’ébonite en face du peigne supérieur, est d’autant plus intense que l’extrémité supérieure du support mobile est plus rapprochée du cylindre horizon-

îctte des

étincelles qui, pour une machine de moyennes dimensions, ont jusqu’à 27 centim.

Au moment de l’emploi médical, le malade est mis en communication avec le cylindre horizontal, et le support , mobile avec le sol, ce qui augmente la quantité de fluide accumulée. ; •

III. Appareils d’électrîcîté dynamique. — H. Bui- • gnet a cité (t. XII, p. 454) un • certain nombre de piles à un .

ou deux liquides propres à l’usage médical. Aujourd’hui on n’emploie guère en médecine que des piles Leclanché ou du type Daniell (plus ou moins modifiées) , les pre- ; mières à un seul liquide, les secondes à deux liquides. Nous y ajouterons la pile secondaire Planté, > dont les applications sont nombreuses. -

[SnppiÉMENTj ÉLECTRICITÉ. — APPAREILS d’électricité dïnamiqde. 189

A. Pile Leclanché (modifiée pqr Gaiffe). — Elle se compose (fig. 16) d’un vase en verre renfermant une solution de chlorure de zinc à 5 qui représente le liquide excitateur, et dans lequel plonge un bâton de zinc amalgamé, formant le pôle négatif. Le pôle positif est formé par un cylindre creux en charbon de cornue, servant en même temps de vase poreux et renfermant du bioxyde de manganèse granulé.

La force électro-motrice d’un pareil élément est d’environ 1,4 volt.

B. Piles a deux liquides. — 1“ Pile au bisulfate de mercure à flotteurs de Chardin. — Elle se compose essentiellement (fig. 18) d’une éprouvette en verre V, plus haute que large, et contenant deux flotteurs en liège L, L, le sel excitateur (bisulfate de mercure) et l’eau ; à une planchette en bois M sont vissés le zinc, %, et le charbon, c. A l’état de repos, les flotteurs se trouvent à la surface du liquide ; mais, si le fond de l’éprouvette vient à être soulevé, les flotteurs s’enfoncent dans le liquide, dans lequel le zinc et le charbon sont immergés à leur tour, et l’appareil fonctionne. Le flacon reprend-il son niveau primitif, les flotteurs remontent, le zinc et le charbon abandonnent le liquide excitateur, l’appareil est de nouveau au repos; de plus, l’étanchéité de l’élément est absolue, la fermeture de l’éprouvette résultant d’un effet de capillarité entre les parois et les flotteurs.

Chardin construit avec ses piles des appareils à courants continus, qui, grâce à la force électro-motrice des élémeuts (1 volt, 526), peuvent conserver des dimensions restreintes ; qui sont d’un transport facile, en raison de l’étanchéité des éléments ; qui peuvent être facilement réparés ou régénérés par le médecin lui-même, sans l’intervention du constructeur, les flacons étant facilement accessibles et fermés seulement par les flotteurs mobiles ; dont enfin la mise au repos est automatique comme

Î90 ÉLECTRICITÉ. — appareils d’électricité dynamiqde. [SdpplémestJ leur mise en aetion est instantanée, grâce à la construction des appareils qu’on voit dans la figure 17. Un casier C, contenant les éprouvettes P, peut être soulevé ou descendu en 0 (place qu’il occupe au repos), à l’aide d’un anneau A, terminant une tige fixée au casier ; quand le système AG est en l’air, il est soutenu par une pièce B en forme de gouttière, qui, glissant sur une crémaillère, peut s’arrêter en divers points et régler l’ascension du casier, de sorte que, les éléments zinc et charbon trempant plus ou moins dans le liquide, la quantité d’électricité peut être à volonté augmentée ou diminuée. Ces éléments sont fixés supérieurement à une planchette mobile M, que des boutons I permettent d’enlever facilement. Enfin le courant est pris à l’aide des bornes NN, peut être renversé par le renverseur LR, et est appliqué au moyen des tampons TT. Il est facile de comprendre que la simple fermeture de la boîte met l’appareil au repos, puisque alors le couvercle appuie sur l’anneau A et la tige qui lui fait suite : la descente de cette tige entraîne celle du casier C et jiar suite la séparation du liquide excitateur et des éléments, ceux-ci restant fixés à la planchette M.

2° Piles Trouvé. — Trouvé a construit deux piles nouvelles au sulfate de cuivre ; l’une, modification de la pile Gallaud ; l’autre, dite au papier.

La pile Callaud-Trouvé (fig. 19) se compose d’un vase en verre au fond duquel sont des cristaux de sulfate de cuivre et de l’eau. Un fil de cuivre l’epose sur ce fond, où il forme une spirale à plusieurs tours, puis le quitte pour s’engager à l’état rectiligne dans un tube de verre qui le conduit à l’orifice du vase, où il forme le pôle positif A. Le zinc, au contraire, rabattu sur les bords du verre, n’y plonge pas au delà de la moitié de la profondeur du vase, et forme le pôle négatif B.

Fig. i9. — Pile Caliaud-Trouvé.

Dans sa pile au papier, Trouvé se sert, comme corps isolant, d’une couche de rondelles de papier à filtre, placées entre des rondelles de cuivre et de zinc, et imbibées d’une solution concentrée de sulfate de cuivre sur la face qui regarde le cuivre, d’une solution de sulfate de zinc

[SüpplémentJ électricité. — appareils dTnductios. 191

sur l’autre. Toutes les rondelles sont maintenues en place par une sorte de broche isolante et des écrous.

3”Pt7e Onimus. — La seule différence essentielle qu’elle présente avec la pile Callaud-Trouvé consiste en ce que, pour retarder la diffusion de la solution cuprique, qui, dans cette dernière pile, se mêle assez vite à la solution de sulfate de zinc, malgré la différence de densité des deux liquides, Onimus place les cristaux de sulfate de cuivre dans un tube en verre qu’il bouche à l’aide d’une bourre à fusil, au lieu de les laisser libres au fond du vase.

C. Pile secondaire Planté. — Un long bocal en verre contient de l’eau acidulée par ^ d’acide sulfurique, dans laquelle plongent deux lames

de plomb, longues de 1 mètre, hautes de 20 centimètres, épaisses de

I millimètre, enroulées concentriquement, mais isolées par trois lames minces de caoutchouc, et mises en rapport avec les pôles d’une pile composée de deux éléments Bunsen ou de trois éléments Daniell {pile primaire). Dès que le courant passe, il décompose l’eau en hydrogène qui se porte sur la lame négative, et en oxygène qui, se portant sur la lame positive, amène sur celle-ci la formation d’une couche de peroxyde de plomb. Cette couche protégeant le métal sous-jacent, la réaction s’arrête bientôt, et des bulles de gaz se dégagent. Dès lors, la pile secondaire est chargée : si l’on interrompt la communication de la pile primaire avec les lames de plomb, et qu’on réunisse celles-ci par un conducteur, il se produit un courant de peu de durée, mais de grande énergie, qui résulte de la recombinaison des deux gaz en présence, et représente la somme des quantités électriques fournies par les éléments Bunsen pendant leur connexion avec les lames de plomb.

IV. Appareils d’induction. — Les seules modifications apportées à ces appareils dans ces dernières années ont eu pour but de les rendre moins encombrantes et plus portatives, et de faciliter la graduation du courant en la rendant plus précise. Nous ne citerons que deux types parmi les nouveaux modèles :

1° Appareil voUa-faradique de Gaiffe. — Ce nouvel appareil est actionné par une pile au chlorure d’argent qui a sur la pile au sulfate de mercure l’avantage de ne fonctionner que lorsque le circuit est fermé.

II est contenu dans une boîte rectangulaire ABCD divisée par une traverse EF en deux cases (fig. 20) : la première renferme les deux éléments de la pile LL' ; dans la seconde est la bobine M, dont une extrémité porte un bouton plat R, par lequel le tube graduateur se termine à l’extérieur ; à l’autre extrémité est le trembleur, dont les vibrations sont plus ou moins rapides suivant que le levier articulé P, mobile de P en P', est plus ou moins incliné : quand il occupe la position P', qu’il doit conserver lorsque l’appareil est jau repos, le circuit est rompu d’une manière permanente, et l’on peut obtenir des intermittences espacées en exerçant avec le doigt sur la tête du levier des pressions qui le mettent momentanément en contact avec la vis 0. Enfin les fils induc-

192 ELECTRICITE. — téléphone. [Sopplémest]

leur et induit enroulés sur la bobine aboutissent aux trous numérotés que porte la traverse médiane : la combinaison 1 et 2 donne l’extra-courant; 2 et 3, les courants induits; 1 et 3, les deux courants réunis.

2“ Appareil volta-faradique de Trouvé. — Les principales pièces dont il se compose ont été décrites (t. XII, p. 479). Ce sont : la pile hermétique, susceptible de prendre toutes les positions imaginables ; la bobine et le trembleur spécial, qui se prolonge à l’extérieur et peut prendre diverses positions ; le limbe gradué sur lequel une aiguille marque le nombre des vibrations du trembleur ; enfin des électrodes, et un élui imperméable comme la pile, contenant le bisulfate de mercure nécessaire au fonctionnement de celle-ci. Sur les bords de la boîte se trouvent des trous dans lesquels on enfonce des chevilles métalliques, et qui portent des numéros indiquant les points où l’on peut recueillir l’extra-courant seul, le courant induit seul, l’extra-courant et le courant induit réunis.

V. Téléphone. — Inventé par Graham Bell en 1876, le téléphone (de vviXs, loin, et voix) est un instrument qui transmet les sons, tels que ceux de la voix humaine, à grande distance.

Le téléphone de Bell (6g. 21) se compose d’une plaque de tôle très-

LSüppléîiest] électricité. — phïsiqüe médicale. 195.

mince, derrière le centre de laquelle se trouve, à une très-courte distance, un Barreau aimanté rectiligne entouré d’une, bobine d’induction sur une petite étendus de sa partie antérieure. Les deux extrémités du fil, très-fin, de la bobine, sont réunies en une tresse qui est mise en communication avec le fil semblable d’un second appareil identique au premier : téléphones transmetteur et récepteur ne diffèrent en rien l’un de l’autre. Comme pièces accessoires, chacun d’eux présente, en avant de la plaque de tôle, une pièce de bois disposée en cornet acoustique pour recueillir une plus grande somme de vibrations ; en arrière de la plaque, une seconde pièce de bois qui relie entre elles et protège les diverses parties de l’appareil.

Si l’on parle devant la plaque de tôle, elle vibre à l’unisson des sons de la voix comme de tout autre son ; ses vibrations entraînent dans le magnétisme de l’aimant des variations qui engendrent à leur tour dans le fil de la bobine des courants induits ; ces courants, transmis par le fil au téléphone récepteur, provoquent dans le magnétisme de son aimant des variations qui déterminent dans la plaque de tôle correspondante des vibrations exactement semblables en nombre, forme et amplitude, à celles qu’a déterminées la voix dans la première plaque. La voix est ainsi reproduite fidèlement, mais avec un timbre nasillard, et avec une diminution d’intensité qui tient à ce qu’une faible partie de l’énergie vibratoire initiale arrive au téléphone récepteur : Demoget (de Nantes) estime que le son est 1 500 000 fois plus faible à l’arrivée qu’au moment de l’émission.

Le téléphone est le plus sensible des galvanoscopes pour déceler la présence soit de faibles variations électriques, soit de faibles courants continus : plus sensible que la patte de grenouille galvanoscopique, il constitue le meilleur instrument qu’on puisse employer pour étudier le tétanos du muscle, et l’électricité animale en général (d’Arsonval). Marey s’est servi du téléphone pour étudier la décharge des poissons électriques, qu’il a montrée se composer d’une série de flux discontinus.

194 ÉLECTRICITÉ. — physique medicale. [SuppLÉMEiiTj

Outre ses usages ça physiologie, le téléphone, seul ou associé au microphone, a reçu des applications cliniques que nous étudierons dans le chapitre suivant.

Le téléphone de Bell a été modifié par Edison, qui a substitué à l’électro-aimant un disque de charbon pressé entre deux lames de platine et traversé par un courant de pile qui agit comme inducteur sur une bobine dont le courant induit est envoyé dans un récepteur à peu près semblable à celui de Bell; par Boudet de Pâris, qui a l’emplacé le disque de charbon par 6 petites sphères de même substance contenues dans un tube où elles peuvent être plus ou moins fortement pressées l’une contre l’autre à l’aide d’une vis, ce qui permet de régler la sensibilité de l’instrument ; par Hughes, Gower, etc.

VI. Microphone. — Sous ce nom (de p.'.'/.pbc, petit, et çwvq, voix) sont compris tous les appareils qui rendent perceptibles les sons les plus faibles des corps sonores avec lesquels ils sont en contact, par suite de la variation instantanée qu’une vibration quelconque détermine dans leur résistance électrique : cette variation influence un appareil récepteur, qui n’est autre qu’un téléphone.

Fig. 22. — Microphone de Hughes.

Les microphones usités en médecine dérivent de celui de Hughes (fig. 22). Sur une planchette en bois horizontale, portée par deux tubes de caoutchouc qui mettent l’appareil à l’abri des trépidations de la table sur laquelle celui-ci est disposé, s’élève une deuxième planchette en bois, verticale, qui supporte deux morceaux de charbon de cornue AB, au contact desquels un crayon de même su bstance G est simplement maintenu dans une position verticale à l’aide d’un ressort parfaitement élastique. A travers les charbons passe le courant d’une pile P qui comprend un téléphone T dans son circuit. Le crayon étant mobile, ne supportant aucune pression, le moindre ébranlement détermine dans son

[ScpplémextJ électricité, — applications sémiotiques. 195

contact avec les autres charbons des variations suffisantes pour modifier l’intensité du courant électrique qui traverse les charbons. Le téléphone, dont l’aimant subit dans son intensité magnétique des changements proportionnels, rend des sons d’autant plus forts que les modifications du courant sont plus considérables. Grâce à sa sensibilité, cet appareil renforce les vibrations résultant de la marche d’une mouche sur la tablette horizontale au point que l’auditeur, même placé à une grande distance, entend un bruit énorme dans le téléphone récepteur.

Applications médico-chirurgicales. — ■ I. Applications an diagnostic. — 1“ Signal électrique de Marcel Deprez. — En clinique comme en physiologie, il est souvent nécessaire de connaître exactement la durée d’un phénomène, d’obtenir automatiquement l’inscription de son début et de sa fin. C’est à ce besoin que satisfait le signal de Deprez (fig. 23), composé de deux bobines électro-magnétiques qui, au moment où le courant d’une pile les traverse, attirent un fer doux placé au-dessus d’elles et avec lui un stylet écrivant : dès que le courant est rompu, un ressort antagoniste relève le stylet. On, peut donc facilement connaître le moment précis où un courant électrique est lancé dans le corps humain, et par suite calculer soit le retard dans la sensibilité cutanée indiqué par l’intervalle qui sépare l’excitation électrique portée sur la peau de sa perception par les centres nerveux, soit la durée de l’excitation latente du muscle. Ainsi, au premiér signal indiquant l’instant auquel se fait l’excitation, le malade ferme lui-même, en pressant sur un bouton au moment où il le perçoit, le courant d’une pile qui actionne un second signal : l’intervalle qui sépare les mouvements des deux signaux, et qui se trouve inscrit sur le cylindre enregistreur, est égal à la différence d’apparition entre l’excitation et la perception.

Fie. 23. — Signal éleclrique de Marcel Deprez.

Boudet de Pâris, à qui nous devons cet emploi du signal électrique, l’a aussi utilisé dans ses recherches, faites avec Debove, sur la pathogénie des tremblements : un muscle étant mis en rapport, à l’aide d’un fil ordinaire, avec un ressort très-voisin d’une lame de platine, chaque secousse musculaire, en faisant mouvoir le ressort, établit un contact d’où résulte la formation d’un courant de pile qui peut être lancé dans le signal; celui-ci, pouvant donner jusqu’à 1200 oscillations par seconde, inscrit sur le cylindre enregistreur le nombre d’oscillations musculaires qui ont lieu dans l’unité de temps.

2“ Polyscopes. — Sous ce nom on connaît en médecine des instruments destinés à explorer les cavités de l’économie à l’aide de la lumière électrique. Cette lumière est obtenue par l’incandescence d’un fil de pla-

196 Electricité. — aitucatioss sémiotiques. lsupplément]

tine auquel on adapte les deux fils d’une pile, et qui est enfermé dans un globe de verre où on a fait le vide ; on a ainsi une lampe à incandescence, qui, fixée par une courroie sur le front du praticien, projette dans les cavités vaginale et laryngée une très-vive lumière. Mais cette lampe exige, pour être actionnée, l’emploi d’une pile à grande surface, inconvénient qui disparaît avec le polyscope Trouvé (6g. 24), lequel en outre peut servir à l’éclairage d’un plus grand nombre de cavités profondes, et même peut être employé pour la cautérisation avec un artifice supplémentaire de construction.

Cet instrument se compose : d’une pile secondaire Planté ; de quatre éléments Callaud-Trouvé, jouant le rôle de pile primaire ; d’un galvanomètre spécial B, destiné à faire connaître d’une façon distincte l'état des deux piles ; d’un graduateur E avec lequel on règle très-facilement l’écoulement de fluide électrique par la pile secondaire; enfin d’une série de réflecteurs appropriés à l’éclairage des parties à explorer. La pile secondaire étant chargée, on met ses deux électrodes CD en communication avec les deux fils du polyscope, dont le manche F reçoit à son autre extrémité le réflecteur voulu ; on peut ainsi éclairer la bouche, les fosses nasales, le pharynx, le larynx. Pour l’exploration des cavités profondes, comme la vessie ou l’estomac, il est nécessaire, afin d’éviter f.g. 21. — Polyscope de G. Trouvé. tout rayonnement calorique sur

les muqueuses, d’enfermer le fil de platine dans une petite ampoule de verre susceptible de parcourir les conduits les plus étroits : hâtons-nous d’ajouter que, malgré les perfectionnements apportés à l’appareil par son inventeur, on a généralement renoncé à ce mode d’investigation pour les parties profondes, en raison de l’insuffisance des résultats obtenus, et qu’on le réserve à la partie supérieure des voies digestives et aériennes, ainsi qu’au vagin et au rectum.

5“ Sphygmophone. — Instrument destiné à explorer les caractères du pouls en mettant à profit la sensibilité du microphone uni au téléphone. La première idée de ce mode d’investigation appartient à Richardson, dont l’appareil a été amélioré par Boudet de Pâris : c’est du sphygmophone de ce dernier auteur (fig. 24) qu’on se sert aujourd’hui.

. [Supplément] ÉLECTRICITÉ. — applications sémiotiques. 197

11 se compose d’une plaque d’ébonite sur le bord de laquelle est fixée une lame métallique formant ressort E et portant le charbon inférieur H, en forme de pastille, du microphone. Immédiatement au-dessus se trouve le charbon supérieur D, cylindrique, mobile, suspendu autour de son axe transversal par une espèce de chariot que constitue une chape métallique à laquelle s’adapte une vis G susceptible de glisser entre les deux branches d’une pièce de métal B, mobile elle-même le long d’une tige de cuivre A qui repose par sa partie inférieure sur la plaque d’ébonite. Au centre de cette plaque est percée une ouverture, à travers laquelle passe un boulon explorateur K supporté par un ressort F parallèle à celui qui porte le charbon inférieur, et situé au-dessous de lui ; une vis G, permettant d’écarter les deux ressorts, règle la pression du bouton explorateur sur le vaisseau. Enfin la pression nécessaire au contact des deux charbons est obtenue et réglée à l’aide d’un morceau de papier écolier 1 plié en V et faisant ressort.

Pour se servir de l’appareil, on applique la plaque d’ébonite sur l’avant-bras à l’aide d’un ruban passant sur les crochets des ailettes latérales L que porte cette plaque et on met les charbons en communication avec les pôles d’une pile ; sur le circuit se trouve un téléphone récepteur. Chaque pulsation artérielle est transformée en un bruit nettement perceptible, avec des modifications qui correspondent aux troubles pathologiques connus : dans le polyerotisme, accroissement du nombre des bruits répondant à. une pulsation ; dans les Fio. 25. — Sphjgmophone de Boudet de Paris, intermittences, intervalles de

silence complet entre les bruits; dans les palpitations, bruit rotatoire, etc.

4° Microphone à transmission. — Pour éviter la pression qu’exerce nécessairement le sphygmophone sur les vaisseaux, et pour étendre le champ de l’auscultation microtéléphonique, Boudet de Pâris a imaginé le microphone, à transmission, ou stéthoscope microphonique (fig. 26), qu’il décrit de la façon suivante :

« Les charbons CG' sont placés sur un tambour à air T assez semblable à ceux de Marey. Un petit embout d’ivoire ou de corne B sert d’explorateur et s’applique très-légèrement (par son propre poids) sur la peau, au niveau des vaisseaux. Un tube de caoutchouc relie cet embout au tambour récepteur, dont la membrane est faite en vessie de porc très-

198 ÉLECTRICITÉ. - APPLICATIONS SÉUIOTIQÜBS. [SdPPLÉMEKt]

fortement tendue. Si on veut atténuer l’influence de certains mouvements mécaniques, on adapte à l’orifice de l’embout une seconde membrane également très-tendue et munie d’un bouton explorateur A. Quant au réglage de la pression des charbons, il s’exécute par le moyen indiqué par d’Arsonval : le ressort en papier est remplacé par l’attraction qu’exerce une vis en acier aimanté M sur une petite aiguille d’acier couchée sur la partie postérieure du charbon horizontal. Gaiffe a réuni les diverses pièces de cet appareil dans une boite portative qui renferme en

Boudet a ainsi pu entendre « les claquements valvulaires du cœur, le frottement du sang contre les parois de l’organe et le bruit musculaire qui accompagne ses contractions ; il est même possible de distinguer les bruits auriculaires des bruits ventriculaires. Lorsque l’appareil est bien réglé, on entend très-nettement la contraction de l’oreille; le rhythme des bruits cardiaques se rapproche alors beaucoup de celui qu’on désigne en pathologie sous le nom de bruit de galop. »

5“ Myophone. — Dans cet instrument (fig. 27), également dû à Boudet de Paris, et destiné à l’étude du bruit musculaii-e, le charbon inférieur H repose sur la partie supérieure d’un bouton explorateur B, qui traverse une membrane de parchemin fortement tendue sur une embouchure de téléphone. Quant au charbon supérieur mobile D, il est, comme dans le sphygmophone, suspendu à un chariot qu’on peut élever ou abaisser à l’aide d’une vis de pression Y ; un ressort en papier I règle le contact des charbons.

Cet instrument permet de constater : que le téléphone récepteur fait entendre un bruit rotatoire pour le tonus normal; que la hauteur et l’intensité du son augmentent au moment d’une contraction volontaire, diminuent en cas de paralysie ; qu’en cas de contracture, le bruit rota-

Fig. 27. — Myophone.

[Sopplément] électricité. - — APPLICATIONS SÉMIOTIQUES. 199

toire est plus faible que le bruit normal de contraction volontaire, et caractérisé par des intermittences d’augment et de diminution; que la contraction hystérique s’accompagne des mêmes irrégularités, avec peu de diminution dans l’intensité du bruit, les muscles n’étant pas atrophiés; que le tremblement sénile n’atteint en général qu’un muscle ou un seul groupe de muscles ; que dans l’ataxie locomotrice progressive, à la consistance inégale que présentent au toucher les muscles d’un même membre correspondent des différences considérables dans le degré de leur tonus (Boudet).

6° Plaques thermo-électriques. — Sous ce nom, Redard a fait connaître en 1880 un appareil qui permet d’obtenir d’une façon très-rapide et très-exacte la température d’une région déterminée ou les différences de température de deux parties. Il se compose : 1° de plaques thermo électriques constituées par la soudure de deux métaux (fer et maillechort) ; la plaque de fer, élargie à celle de ses extrémités qui doit être en contact avec la partie à explorer, est réunie à un manchon en caoutchouc durci contenant deux fils de même métal que les plaques, fixés dans deux trous de la plaque de fer ; les plaques sont réunies aux fils du circuit par deux écrous, l’un en fer, l’autre en maillechort ; — 2“ d’un galvanomètre spécial, sorte de tambour en cuivre recouvert par une glace plane qui permet de lire les divisions de l’échelle ; l’instrument, très-sensible, a un fil gros et court, un système astatique très-léger, suspendu par un fil de cocon à une vis qui permet d’élever ou d’abaisser les aiguilles ; ce galvanomètre est réuni aux plaques par deux fils de maillechort et un fil de fer formant un circuit.

L’emploi de l’instrument est basé sur cette loi de Becquerel, que, lorsque deux soudures sont à la même température, l’aiguille du galvanomètre reste au 0, dont elle s’écarte dans le cas contraire. Si donc on place sur des régions symétriques les deux plaques thermo-électriques, le sens et le degré de la déviation de l’aiguille indiqueront les différences de température de ces régions : ainsi, d’après la graduation du galvanomètre', une déviation de 20 degrés indique une différence de deux degrés centigrades entre les deux régions.

Pour avoir la température d’une région déterminée, il suffit de placer sur celle-ci l’une des plaques, et l’autre dans un milieu dont on peut faire varier la température, connue d’ailleurs au moyen d’un thermomètre sensible plongé dans le milieu, puis de refroidir ou réchauffer ce milieu jusqu’à ce que l’aiguille du galvanomètre soit à 0 : à ce moment, les deux plaques sont à la même température, et la lecture du thermomètre indique celle de la surface explorée. Le milieu dont on se sert est du mercure contenu dans un tube, lequel est suspendu dans un autre tube rempli en partie d’alcool méthylique : en envoyant des bulles d’air dans l’alcool on refroidit le milieu ; on le réchauffe en plongeant le tube pendant quelques secondes dans de l’eau à 50°.

7° Sonde vésicale micro-téléphonique. — Thompson a fait une trèsintéressante application du microphone à la recherche des calculs vési-

200 ÉLECTRICITÉ. — applications sémiotiqdes. [Supplément |

eaux. L’appareil construit par Chardin se compose d’une sonde ordinaire, dans le manche de laquelle est contenu un microphone, et qui est reliée à l’un des pôles d’une pile dont l’autre pôle est mis en communication avec un téléphone : un circuit fait également communiquer celui-ci avec le microphone.

Dès que le bec de la sonde, introduite dans la vessie, rencontre un corps solide, dur, comme un calcul, le téléphone, actionné par le microphone, rend un bruit facilement perceptible.

8° Explorateur chirurgical de Hughes. — Il est évident que la sonde de Thompson pourrait aussi bien servir à la recherche d’un corps étranger (balle, etc.) introduit dans les tissus que d’un calcul vésical. Pour cette même recherche, le chirurgien a encore à sa dispo.sition, outre l’explorateur de Trouvé déjà décrit (t. XII, p. 477), celui de Hughes.

Ce dernier est formé do deux cylindres métalliques dont chacun renferme deux bobines identiques entre elles et superposées : aux bobines inférieures arrive d’une pile un même courant électrique, sur le trajet duquel est un interrupteur; des supérieures partent des courants induits, qu’on lance en sens inverse dans le fil d’un téléphone, lequel, recevant deux courants d’égale intensité dont les actions s’annulent, reste silencieux, à moins qu’un corps métallique approché d’un des cylindres ne vienne le faire chanter, par suite de la rupture qu’il détermine dans cet équilibre des deux courants. Si donc, tandis qu’on promène un des cylindres sur la partie du corps où on suppose la présence d’une balle, etc., le téléphone vient à résonner, le point où la résonnance est à son maximum est celui qu’occupe le projectile.

9“ Acoumètre de Hughes. — La mesure micro-téléphonique de l’acuité auditive est fondée sur le principe suivant.

Si l’on fait traverser un microphone par le courant d’une pile qui circule ensuite sur les fils, enroulés en sens contraire, mais de résistances rigoureusement égales, de deux petites bobines placées aux extrémités d’une règle graduée sur laquelle peut se mouvoir une troisième bobine reliée à un téléphone, celui-ci restera silencieux, quelle que soit la vibration imprimée au microphone, tant que la bobine mobile sera à égale distance de deux autres, puisque celles-ci lui font subir des inductions égales, de sens inverse, se neutralisant par conséquent. Qu’elle s’approche au contraire d’une bobine fixe, l’égalité d’induction n’existant plus, le téléphone chantera à la moindre vibration microphonique; il rendra un son d’autant plus fort que la bobine mobile sera plus rapprochée d’une bobine fixe.

Pour mesurer l’acuité auditive, on place sur la planchette du microphone une montre, un réveil, un diapason électrique, dont les vibrations peuvent faire entrer l’instrument en action dès que la bobine mobile est déplacée. La règle sur laquelle elle court portant les graduations qui correspondent à des unités de résistance, il suffit de lire cette règle pour connaître la sensibilité auditive du sujet : celle-ci sera d’autant plus

[Scpplémest] électricité. — appi.icatioks thérapeutiques. 201

développée que la perception du bruit téléphonique aura exigé un moindre déplacement de la bobine, et inversement.

II. Applicatioks thébapeütiques. — Les développements dans lesquels Jaccoud et de Saint-Germain sont entrés à propos de l’usage médicochirurgical de l’électricité nous dispensent de lopgs détails à ce sujet, d’autant plus que l’électrothérapie a certainement moins fait de progrès que la sémiotique électrique, et que, comme l’écrivait récemment Bardet, ï le problème de l’emploi de l’électricité en médecine, loin d’être résolu, se pose à peine. » Nous nous bornerons donc à indiquer quelques applications nouvelles, et les résultats récemment fournis par la réapparition d’applications anciennes.

1” Contre les douleurs, névralgiques ou autres, on a essayé avec un certain succès, dans ces dernières années, l’emploi des vibrations mécaniques. Ce procédé, dont nous n’avons pas à discuter le mécanisme, peu connu d’ailleurs, a d’abord été expérimenté par Vigoureux (1878) à l’aide d’un grand diapason monté sur une caisse volumineuse. Boudet de Pâris a fait intervenir l’électricité dans ce traitement, en employant un diapason de petites dimensions monté électriquement. « Les bobines de l’électro-aimant sont disposées de telle sorte qu’on peut à volonté utiliser le courant d’une pile à faible résistance intérieure (Grenet) ou à grande résistance (Leclanché). La planchette-support, longue de 17 centimètres, large de 7, est tenue à la main au moyen d’une poignée qui se visse sur le milieu de sa face inférieure. Enfin sur un des bords de la planchette, au point où les vibrations sont le plus intenses, on visse une petite tige de cuivre longue de 10 centimètres et terminée par un petit disque qui s’applique sur le nerf ou la partie du corps qu’on veut exciter. Ce disque ne doit pas avoir un diamètre supérieur à un centimètre, pour que les vibrations ne diffusent pas sur une grande surface. En appliquant la tige vibrante sur un point de la peau, on produit une analgésie locale et souvent même une anesthésie très-marquée : les effets sont d’autant plus rapides et plus complets qu’on agit plus près d’un rameau sensitif, que les tissus ont moins d’épaisseur, que le plan sur lequel ils reposent est moins résistant. »

2“ La révulsion cutanée peut être produite avec la plus grande énergie et dans le maximum de temps, sans aucune dérivation du courant de la pile sur les parties voisines de celle sur laquelle on veut agir, grâce à un instrument qu’a fait construire Boudet de Pâris, et qui se compose d’un disque et d’un cercle en cuivre nickelé maintenus concentriquement dans le même plan par une rondelle d’ébonite; au cercle extérieur aboutit l’élecü’ode positive de la pile; le disque central communique avec le pôle négatif au moyen d’un manche vissé sur la partie postérieure et armé d’un bouton interrupteur. Cette disposition concentrique des deux pôles limite l’action du courant aux points où on l’applique.

3° Quelque idée qu’on se fasse de la nature du goitre exophthalmique {Voy. t. XVI, p. 504), il est certain que des troubles circulatoires existent dans cette affection â titre de symptômes fondamentaux. C’est

202 ÉLECTRICITÉ. — applications thérapeutiques. [SupplémentJ

contre ces troubles que l’électricité a été employée, sous forme de courant faradique par les uns, galvanique par les autres. Les points d’application sont, pour le pôle positif, la partie supérieure du sternum, au niveau de l’insertion inférieure du bord interne du sterno-mastoïdien ; p*ur le pôle négatif, la main du côté correspondant ou le niveau du ganglion cervical supérieur. Rochwell, qui cite 10 cas traités par cette méthode, sur lesquels il aurait eu 6 guérisous, préfère le courant faradique, dont il applique le pôle négatif au-dessus de la septième vertèbre cervicale, au niveau du centre cilio-spinal.

4° Les arthropathies sont justiciables dans une certaine mesure de l’électricité, ainsi que l’ont montré expérimentalement Remak etRenedikt, et que Jaccoud l’a signalé (t. XII, p. 528). Récemment A. Joffroy s’est attaché à préciser les indications et contre-indications de ce traitement, dans un travail dont voici la conclusion.

L’éleclrothérapie (sous forme de courants continus) peut donner des résultats satisfaisants dans certaines arthropathies assez nettement caractérisées : mais on ne doit y avoir recours que quand tout symptôme d’acuité est passé ; il faut en suspendre l’usage dès que des phénomènes aigus reparaissent. C’est surtout contre les lésions extra-articulaires, hypertrophie des tissus fibreux, atrophie concomitante des muscles, que le traitement peut être dirigé ; il ne paraît pas influencer les lésions intra-articulaires diathésiques : de là il suit qu’il est rarement indiqué dans la goutte et le rhumatisme articulaire chronique progressif, tandis que dans les arthropathies produites par le traumatisme ou développées sous l’influence d’une infection momentanée (puerpérale ou blennorrhagique) on peut obtenir la guérison complète ou une amélioration rapide et considérable des accidents périarticulaires; les mouvements normaux de la jointure se rétablissent, autant que le permettent les lésions intraarticulaires restées indemnes.

5° Le traitement de Vocclusion intestinale par l’électricité a eu des fortunes diverses depuis sa première apparition entre les mains de Leroy d’Étiolles (1826) jusqu’à nos jours. Les succès obtenus par ce médecin, puis par Duchenne (de Roulogne), Christison, Stokes, n’avaient pas suffi à concilier à cette méthode la faveur du monde médical, lorsque les communications récentes de Rucquoy (1878) et de Boudet de Pâris (1880) attirèrent l’attention sur elle grâce aux résultats très-encourageants qu’elles relatent.

Rucquoy rapporte trois cas d’invagination guéris par l’électricité, et conclut que la gravité du pronostic de cet accident est atténuée par l’électrisation, à condition que celle-ci soit pratiquée de bonne heure, avant l’apparition de toute complication inflammatoire. Elle est alors parfaitement supportée, même par les très-jeunes enfants, amène la guérison en 2 à 3 séances, et n’exclut pas d’ailleurs les autres médications, telles que l’emploi de la glace, des lavements froids ou purgatifs. L’auteur a toujours appliqué des courants induits.

Boudet, au contraire, recommande l’usage des courants continus,

[Soppiément] électricité. - APPLICATIONS THÉRAPEUTIQDES. 203

dont s’était servi Leroy d’ÉtiolIes, et base son opinion sur la physiologie des mouvements normaux de l’intestin : la contraction des muscles lisses de ce conduit, comme de toute autre région de l’économie, se compose en effet d’une secousse unique, de durée plus ou moins longue, et non d’une série de secousses comme il arrive pour les muscles striés, ce qui implique l’inutilité de courants dont les excitations se répètent 80 à 100 fois par seconde; de plus le passage du courant induit dans l’intestin est l’origine d’une douleur atroce, tandis que celui des courants continus, appliqués à la fois dans le rectum et sur la peau de l’abdomen, ne produit qu’une sensation de chaleur peu douloureuse. Donc, lorsqu’il y a paralysie de l’intestin, les courants continus permanen ts istabiles] sont indiqués, d’autant plus que mieux que tout autre ils réveillent la tonicité des muscles lisses (Erb, Remak, Heidenhain). Dans le cas d’étranglement subit par une bride péritonéale, de volvulus, d’invagination, lorsqu’on d’autres termes l’occlusion s’est produite dans un intestin dont la contractilité est intacte, on pourrait employer le courant induit, avec de rares interruptions, de façon à déterminer dans le canal de fortes contractions capables de le dégager : pourtant Boudet préfère encore les courants continus non permanents (labiles), qui agissent plus efficacement sur les muscles lisses, causent moins de douleurs et sont facilement gradués.

Il emploie le procédé suivant pour éviter les eschares intestinales que pourrait déterminer l’application, souvent longue et répétée, de l’électricité. Sur l’abdomen du malade il applique une large plaque recouverte de peau de chamois mouillée, qui est mise en communication avec le pôle positif de la pile. En même temps, il introduit dan s le rectum une grosse sonde en gomme armée d’un mandrin métallique tubulaire, dont l’extrémité n’atteint pas le premier trou de la sonde, et qui est rattachée d’une part au pôle négatif à l’aide d’un fil conducteur, d’autre part à la canule d’un irrigateur plein d’eau légèrement salée. L’électricité négative arrivant seulement par l’intermédiaire de l’eau à la muqueuse intestinale, celle-ci est à l’abri du danger qui résulterait de l’action chimique du courant sur ses éléments .

Boudet de Paris rapportait, en 1880, 57 cas d’occlusion intestinale, d’origines diverses, traités par l’électricité, et comptait seulement 16 insuccès : résultat très-satisfaisant, mais qui ne doit pas faire perdre de vue la nécessité d’une intervention rapide lorsque le diagnostic est assez clairement posé pour autoriser une action chirurgicale (laparàtomie), et que l’électricité n’a pas, dès les premières séances, modifié suffisamment les symptômes pour faire espérer la guérison avec son seul concours.

6° Parlant de l’application de l’électricité au traitement des anévrysmes, Richet, après en avoir fait l’historique jusqu’en 1865, écrivait (t. II, p. 329) : « L’expérience a parlé assez haut pour détourner les chirurgiens de tenter, avec les ressources actuelles du galvanisme, la guérison de certains anévrysmes qu’on atteint d’une façon plus sûre par d’autres méthodes plus simples et moins dangereuses : si l’on veut faire

20 i ELECTRICITE. — applications thérapedtiqdes. [SdppléuektJ

de nouvelles tentatives, il faut les diriger contre des anévrysmes que ces mêmes méthodes sont impuissantes à guérir. Là, à mon sens, est l’avenir de la galvano-puncture. »

Les prévisions du savant chirurgien se sont trouvées justifiées par les tentatives faites dans ces dernières années, au sujet de l’application de l’électrothérapie aux anévrysmes intra-thoraciques par Duncan, Froser, Bastian, etc., en Angleterre; Fischer, en Allemagne; Bail, Proust, Dujardin-Beaumetz, Moutard-Martin, Bucquoy, à Paris ; Mollière, à Lyon ; Verardiiii, en Italie, etc. Les observations publiées montrent que ce procédé ne guérit pas plus les anévrysmes de l’aorte que toute autre médication, mais qu’il procure dans plus de la moitié des cas un amendement des symptômes consistant dans une dimution notable des battements de la tumeur, dans un grand soulagement accusé par le malade, etc. La durée de cette amélioration a varié, dans les 68 cas où elle a été obtenue sur 144 cas réunis par le B’’ Petit, entre 1 mois et plus de 5 ans : sur les 46 cas restant, il y a eu 40 morts sans amélioration, 5 états stationnaires ; dans les 5 derniers, la terminaison est restée inconnue.

Sans être très-brillants, ces résultats encouragent à de nouvelles expériences, nécessaires non-seulement pour permettre d’apprécier exactement la valeur de la méthode inaugurée par Pétrequin et Ciniselli, mais encore pour fixer les idées sur le mécanisme de l’action de l’électricité sur les anévrysmes. Que cet agent puisse déterminer la coagulation du sang dans la tumeur, c’est incontestable : mais dans quelles limites se fait cette coagulation? sur quels éléments sanguins agit l’électricité? enflamme-t-elle en même temps les parois du sac? Ce sont des questions aussi obscures, aussi discutées qu’il y a vingt ans.

Quant au mode opératoire, il est mieux établi aujourd’hui, grâce sur tout aux expériences de Dujardin-Beaumetz, de Tessier, de L. Robin, etc. De ses recherches ce dernier auteur conclut que c’est le pôle positif seul qui doit être mis en communication avec l’anévrysme. Quand on introduit dans le vaisseau les deux aiguilles à la fois, on a une coagulation plus rapide, mais peu prononcée, et on s’expose à avoir des accidents consécutifs; quand on enfonce l’aiguille négative seule, on n’a pas de caillot, l’hémorrhagie est fréquente; quand on se sert de l’aiguille positive seule, le caillot est le plus souvent petit, mais solide, résistant, adhérent.

Pour éviter la dérivation du courant sur les organes voisins, Boudet de Paris conseille l’emploi de pôles concentriquement disposés dans un appareil analogue à celui que nous avons signalé à propos de la révulsion électrique : un anneau métallique, recouvert de peau de chamois, et vissé sur un manche à bouton interrupteur, est mis en rapport avec le pôle négatif de la pile et appliqué sur le flanc du malade; un bras coudé, isolé du reste de l’appareil par une petite lame d’ébonite, supporte le pôle actif, représenté par une aiguille d’acier recouverte en partie d’un vernis isolant.

[Süi'i'LÉHEKT I ÉLECTRICITÉ. — ■ applications thérapeutiques. 205

7° Il nous reste à mentionner l’emploi de l’électricité en ophthalmologie. Benedikt, Chéron, Onimus, qui se sont successivement occupés de l’action des courants continus sur l’œil, l’attribuent à la galvanisation du grand sympathique cervical et à la modification qui en résulte pour la circulation intra-oculaire : ainsi s’expliquerait l’heureuse influence de ces courants sur les affections oculaires.

Le Fort, qui traita avec succès, en 1874, deux cas à’opacilé du corps vitré par les courants continus faibles et permanents, pense que ceux-ci « pourraient bien, en excitant Faction du nerf, agir sur tous les phénomènes qui sont d’une manière immédiate sous l’influence de l’innervation, c’est-à-dire sur la calorification, la nutrition et le fonctionnement des organes. » Quoi qu’il en soit de l’explication, il est certain que cette opacité disparaît sous l’influence de courants continus constants : c’est, d’après Giraud-Teulon, le moyen de traitement le plus efficace et le plus rapide, quels que soient l’étendue et le degi’é de l’opacité, pourvu que son développement n’ait pas atteint les formes confirmées de l’hypertrophie.

Gillet de Grandmont, qui a institué récemment une série d’expériences en vue d’étudier le mécanisme de l’action de l’électricité snr l’œil et de préciser les cas où son emploi est indiqué, conclut de ses recherches que les courants continus agissent sur la circulation encéphalique et oculaire, et en même temps sur la sécrétion des humeurs de l’œil ; qu’on pourra employer les courants continus avec succès toutes les fois qu’il faudra activer la circulation des membranes profondes, réveiller l’excitabilité nerveuse de la rétine, modifier la sécrétion du corps vitré, au début de V atrophie du nerf optique, dans le glaucome et V irido-choroïdite chronique, etc. L’auteur ajoute que dans ces cas les courants continus appliqués 4 à 5 minutes au voisinage de l’œil, 2 à 3 fois par semaine, sont suffisants, et moins dangereux que les courants permanents, qu’il accuse de produire des cicatrices indélébiles et des phénomènes congestifs vers le cerveau.

L’action thermique de l’électricité a aussi été mise à profit dans les affections des voies lacrymo-oculaires. Onimus a fait construire, pour traiter les lésions du sac lacrymal et le rétrécissement du canal nasal, une sonde lacrymo-nasale de très-petit calibre, formée d’une anse de platine longue» d’un centimètre, et dont les deux extrémités communiquent avec les pôles d’une pile au moyen de deux fils de cuivre ou d’argent isolés l’un de l’autre. Ces deux métaux ont la propriété de ne s’échauffer que légèrement, tandis que le platine rougit presque instantanément, ce qui permet de cautériser exclusivement le point rétréci.

Enfin, dans le décollement de la rétine, Abadie a cherché à provoquer des adhérences artificielles entre la rétine et la choroïde en ponctionnant celle-ci et la sclérotique avec un étroit couteau de platine rougi par la pile : le liquide sous-rétinien s’échappe par la perforation, au niveau de laquelle se produit une inflammation adhésive qui maintient le contact des deux membranes. Sur 8 cas ainsi traités, il a obtenu un résultat

206 ESTOMAC (lavage de l’). [SupplémentJ

satisfaisant et définitif chez 2 malades dont le décollement était limité ; l’amélioration a été passagère dans les 6 autres cas, où le décollement était ancien et très-étendu.

La galvano-puncture de l’œil amène un abaissement considérable de la tension intra-oculaire, abaissement qu’Abadie a utilisé avec succès pour combattre les états glaucomateux rebelles à l’iridectomie et à la sclérotomie.

Parmi les nombreux traités et monographies publiés sur l’électricité depuis la bibliographie donnée par Jaccoud et de Saint-Germain (t. XII, p. 528 et 555), nous citerons les suivants. Osmus et Legbos, E. médic., 1872. — Lepeüvke, Empl. de l’é. d. la hern. étrangl. {France méd., 1873, p. 856). — Boulakd, Trait, de la constip. p. la faradis. (France méd., 1873, p. 791). — Macaeio, Observ. d’iléus guéri p. l’é. farad. (Lyon méd., 1874). — Osmos, Applic. de l’é. à la chir. (Progrès méd., 1874). — Le Fort, Guéris, de la cécité due à l’opac. du c. vitré p. l’applic. des cour, continus (Bull, de l'Acad. de méd., 7 juillet 1874). — Fleoriot, Du trait, de l’occlus, intest, interne p. l’é., thèse de Paris, 1875. — Bdcqdot, Considér. pratiq. s. le trait, de l’invagin, intest. (Journ. de ihérap., 1878, p. 121). — D’Absosval, Du téléphone empl. comme galvanosc. (C. R. de VAcad. des scienc., l'”’ avril

1878) . — Yerardwi, Trait, d’un anévr. de l’aorte p. l’él.-punct. (Bull. d. scieme med.,

1879) . — P. Beri et d’Arsokvae, S. un appar. micropbon. recueill. la parole à distance (C. R. de VAcad. des scienc., 15 mars 1880). — Ballouhey, De l’é. appliq. au trait, de l’occlus, intest., thèse de Paris, 1880. — Boudet be Paris, Note s. 2 cas d’occlus. intest, traités et guéris p. l’é. (Progrès méd., 1880, p. 659, 680). — Trailem. de la doul. p. les vibrât, mécaniq. (Progrès méd., 1881). — L’é., ses applic. au diagn. et au trait, d. malad. (Rev. de méd., 1881, p. 760, 829; 1882, p. 81, 253, 349). — Dujardin-Beaumetz, Trait, d. anévr. p. l’él.-punct. (Bull, génér. de thérap., 1880-1881, passim). — L. Boris, De l’él.-punct. d. la cure des anévr. intra-thorac., thèse de Pai'is, 1880. — Volpian, De Tinfluence de la faradis. localis. s. Tanesthés. de cause diverse, 1880. — Redard, Note s. un appar. thermo-él. destiné à la recherche des tempér. loc. (France méd., 1880, p. 449). — Cazin, Trait, des pii., 1881. — Debove et Boudet de Paris, Recherch. s. la pathog. des tremblem. (Progrès mdti.,1881). — Giraud-Teulon, Contrib. à l’étude de Télectrothér. (BuW. de VAcad. de méd., 18 oct. 1881). — Lôwekfeld, Elektrother. des Gehirnes, Munich,

1881. — A. JoFFROT, Trait, de certaines aribrop. p. Té. (Arch. génér. de méd., 1881, p. 598). — Eeb, Elektrother., Leipzig, 1882. — Tripier, De Té. en chir. (Méd. pratic., 1882). — De Té. en méd. (Bull, génér. de thérap., 1882). — Abadie, Gaz. d'ophth., 1" jany,

1882. — Mollière, Trait, des anévr. p. Tél.-punct. (Lyon méd., avr. 1882). — Wosdt,' Traité de physiolog. méd., 2' édit., 1884. — Bardet, Traité d'él. méd., 1884.

ESTOMAC (Eavage de 1’). — Dans l’excellent article, aussi complet qu’intéressant, qu’il a consacré à l’étude des affections de l’estomac, A. Luton, parlant du traitement de la dilatation de cet organe par le lavage de sa cavité, déclarait que cette méthode lui paraissait « mériter d’être prise en sérieuse considération » (t. XIV, 262). Les faits observés depuis cette époque ont fourni à cette appréciation du, savant médecin de Reims une confirmation telle, que le procédé thérapeutique dont il s’agit, grâce surtout aux perfectionnements qui lui ont été récemment apportés, est entré dans la pratique courante, et a franchi le cercle de ses indications primitives. Ce sont ces améliorations dans le mode opératoire et les applications cliniques nouvelles que nous nous proposons défaire connaître, sans revenir en aucune façon sur la description des maladies auxquelles convient ce traitement, description faite ailleurs de main de maître.

En lavant l’estomac, on se propose d’abord de débarrasser sa cavité

[Supplément] ESTOMAC (lavage le l’). — procédé opératoire. ^07

des résidus alimentaires qu’une digestion imparfaite y laisserait séjourner presque indéfiniment, et des enduits qu’un état catarrhal accumule sur la muqueuse : deux sortes d’impuretés qui nuisent également à l’accomplissement des fonctions digestives.

En second lieu, si, à la suite du simple lavage et à l’aide du même appareil qui a servi à la première opération, on fait passer dans l’estomac des liquides médicamenteux dont le choix est déterminé par l’état morbide de la muqueuse, on exerce sur celle-ci une action locale et modificatrice, avec autant de précision que lorsqu’on applique un pansement sur une partie visible et tangible.

• Actuellement donc le but du lavage est double : nettoyer la cavité de l’estomac ; modifier avantageusement sa membrane interne. Mais à l’origine de la méthode, qui remonte au début de ce siècle, la déplétion mécanique du ventricule gastrique était seule en cause.

C’est un médecin français, Casimir Renault, qui le premier proposa dans sa thèse inaugurale (1802) dé vider l’estomac des liquides qu’il renferme, en cas d’empoisonnement. En 1810, des expériences à ce sujet furent faites par Dupuytren, et un peu plus tard par un médecin anglais, Edw. Jukes : quoique le résultat en fût très-favorable à la méthode, déclarée dès lors utile et inoffensive, elle retomba dans un long oubli d’où ne purent la tirer les tentatives successives de Blatin (1832), de Robert (1834), de Lafargue (de St-Emilion) (1837), non plus que les indications fournies vers cette époque par un médecin américain, nommé Somerville, au sujet du lavage simple de l’estomac à l’aide de longs tuyaux formant siphon, idée qui passa alors complètement inaperçue.

Aussi, bien que Blatin ait expressément parlé de l’application du lavage de l’estomac à la cure des gastrites, est-ce à Küssmaul que revient rbonneur de l’avoir sérieusement mis en pratique, d’en avoir généralisé l’emploi, d’en avoir posé les indications. C’est au Congrès médical de Francfort-sur-le-Mein (1867), et à propos de la dilatation stomacale, qu’il donna les premières règles de l’opération. Propagée en Allemagne par. Niemeyer, Bartels, Liebermeister, puis en Angleterre, elle fut introduite en France par Leven et y trouva pour défenseurs G. Sée, Bucquoy, C. Paul. Mais certains inconvénients reprochés à l’instrumentation alors usitée, et dont nous parlerons plus loin, rendaient un grand nombre de nos compatriotes peu favorables ou même hostiles à cette ■ méthode; lorsqu’en 1879 Faucher inventa le siphon stomacal qui, supprimant tout danger et toute difficulté d’application, fit définitivement admettre le lavage au nombre des moyens thérapeutiques communément employés dans les maladies chroniques de l’estomac. Telles sont les phases par lesquelles a passé l’histoire du lavage de l’estomac. Voyons maintenant comment et dans quels cas on le pratique.

Procédé opératoire. — I. Instrumentation. — Jusqu’à l’invention du tube souple ou siphon stomacal, on s’est exclusivement servi d’une sonde œsophagienne à laquelle on adaptait, après son introduction dans l’estomac, une pompe spéciale ou une simple seringue destinée à aspirer les

208 ESTOMAC (lavage de l’). — procédé opératoire. [Sdppléjiekt]

liquides gastriques et à pousser dans la cavité de l’eau ou des solutions médicamenteuses. Ce procédé est encore employé par un certain nombre de médecins et non des moins autorisés, tels que G. Sée.

D’autre part, le siphon lui-même a déjà été perfectionné par Debove et Audhoui, dont nous avons à faire connaître les appareils.

1° Pompe stomacale. — Dès 1825, Weiss (de Londres) avait construit une pompe spéciale, dont Küssmaul s’est servi dans ses premières expériences. Cet instrument primitif a fait place à ceux qu’ont fabriqués Charrière, Collin et Mathieu.

La pompe de Collin, généralement usitée par ceux qui n’ont pas recours au siphon, est en gutta-percha et pourvue d’un robinet à double effet, dont une embouchure, qui se trouve dans l’axe du corps de pompe, s’adapte à un tube de caoutchouc anglais ajusté lui-même à la sonde œsophagienne, tandis que l’autre embouchure, placée perpendiculairement à la première, s’adapte à un autre tuyau de caoutchouc, dont l’extrémité libre, garnie d’un anneau de plomb, reste flottante à l’extérieur, ou plonge dans un vase rempli d’eau ou d’un liquide médicamenteux. Le corps de pompe est donc en communication soit avec ce dernier tube, soit avec l’estomac, ce dont on est prévenu par la position, verticale dans le premier cas, horizontale dans le second, d’un index d’ivoire destiné à régler la manœuvre de l’instrument.

Une sonde œsophagienne ordinaire, à bout olivaire muni de deux fenêtres, étant introduite avec les précautions habituelles, et adaptée au tube de caoutchouc qui fait communiquer l’estomac avec le corps de pompe, on peut, enmodifîant l’inclinaison de l’index d’ivoire et tirant ou poussant successivement le piston, vider l’estomac de son contenu ou le remplir du liquide que renferme le vase dans lequel plonge le tube à anneau de plomb : opérations qui se font d’ailleurs sans qu’on ait à retirer la sonde œsophagienne.

2“ Tube souple ou siphon stomacal Faucher. — Presque au même moment (1879), Oser, médecin de Vienne (Autriche), et Faucher, alors interne des hôpitaux de Paris, mirent en pratique l’idée déjà émise par Somerville, mais parfaitement oubliée, d’appliquer au lavage de l’estomac l’instrument connu en physique sous le nom de siphon. Cette simultanéité n’enlève rien d’ailleurs au mérite de notre confrère et ami, qui fit sa première communication à l’Académie de médecine avant de connaître la proposition d’Oser.

Faucher se sert d’un tube de caoutchouc rouge, très-souple, long de 1 mètre 50, ayant un diamètre extérieur de 8 à 12 millimètres, et des parois assez épaisses pour que ses inflexions n’effacent pas son calibre : l’extrémité stomacale porte un œil latéral qui peut suppléer l’orifice terminal, si celui-ci vient à se boucher; à l’autre extrémité s’adapte un entonnoir de métal, ou mieux de verre, ce dernier permettant de surveiller la descente du liquide.

En cas d’empoisonnement, ou dans les premières séances du traitement des affections chroniques de l’estomac, le médecin doit procéder lui-

[Süpplbhekt] estomac (es

l’). - PROCÉDÉ OPÉRATOIRE.

même à l’introduction du tube. Celui-ci étant mouillé avec de l’eau ordinaire, de l’eau de Vichy ou du lait, de préférence à la vaseline et aux corps gras qui inspirent de la répugnance au malade, on pousse l’instrument comme une sonde œsophagienne ordinaire, en le tenant le plus près possible du point engagé le dernier, afin d’éviter qu’il se courbe avant d’avoir pénétré dans l’estomac. Dès que le tube est introduit jusqu’au niveau d’une marque tracée à une distance de 50 centimètres de son extrémité libre, on remplit l’entonnoir de liquide et on l’élève à la hauteur de la tête du malade (fig. 28) ; au moment où le liquide a presque entièrement quitté l’entonnoir, on abaisse rapidement celui-ci au-dessous de l’estomac, et, le siphon se trouvant amorcé, le contenu de la cavité gastrique se précipite au dehors par le tube dans un vase vide disposé pour cet usage (fig. 29). Il est très-important d’abaisser l’entonnoir lorsqu’il est -presque et non complètement vide, sans quoi, le siphon n’étant pas amorcé, le liquide ne reflue pas par le tube, et on est obligé de recommencer la manœuvre.

Lorsque le liquide sort parfaitement clair et incolore, que par conséquent l’estomac est lavé à fond, il est facile de faire passer dans le ventricule les solutions calmantes, modificatrices, désinfectantes, etc., appropriées.

Le plus souvent, au bout de deux ou trois séances, le malade, pour

SODV. DICT, SÉD. ET CHIE. XL - 1 4

210 ESTOMAC (lavage de l’). — procédé opératoire. [Sdpplémest]

peu qu'il soit intelligent et adroit, peut procéder lui-même à l’introduction du tube et à la manœuvre de l’entonnoir. Il faut seulement lui recommander de porter profondément dans le pharynx l’extrémité de l’instrument, de le maintenir autant que possible dans une position rectiligne à l’aide des dents et des lèvres légèrement rapprochés, enfin de le faire progresser au moyen de mouvements de déglutition répétés et de temps en temps interrompus par de larges inspirations.

Mieux vaut procéder à l’opération la tête penchée en avant ou au moins inclinée de côté que dans le décubitus dorsal ; dans celte dernière position, l’orifice du larynx est plus exposé à donner passage au flux de salive dont le contact du tube avec le pharynx détermine la sécrétion par action réflexe, d’où résultent la toux et la suffocation. Ces accidents sont très-rares, si le malade, bien placé, laisse couler la salive sans s’en inquiéter et sans cesser de respirer aussi largement que posssible : il est exceptionnel alors que la tolérance ne s’établisse pas. Cependant l’introduction du tube peut être rendue difficile par un spasme œsophagien (hystérie), par la présence d’ulcérations sur l’épiglotte ou la partie postérieure du larynx (tuberculose) : mais, si l’instrument, après avoir franchi le premier tiers du conduit, est arrêté par une résistance infranchissable, on peut affirmer l’existence d’une lésion organique de la partie inférieure de l’œsophage.

Si le malade paraissait doué d’une sensibilité particulière de l’isthme du gosier et de la région pbaryngo-laryngée, il pourrait être utile de diminuer les réflexes par l’ingestion de bromure de potassium répétée pendant deux ou trois jours avant la première tentative, ou par le badigeonnage de ces parties avec une solution de chlorhydrate de cocaïne fait quelques minutes avant l’opération.

A l’emploi du tube Faucher, muni de son entonnoir. Clément (de Lyon) a proposé de combiner celui de l'aspirateur Potain, produisant le vide dans un récipient de verre de la contenance d’un à deux litres, et muni de deux tubulures : à l’une s’adapte le bouchon de l’aspirateur; l’autre communique à l’aide d’un robinet avec un tube de caoutchouc, muni d’un index de verre, qu’on ajoute à l’extrémité du tube Faucher. Le liquide, versé dans l’estomac par l’entonnoir, se précipite ensuite dans le récipient lorsque après avoir fait le vide dans celui-ci on ouvre le l’obinet qui le fait communiquer avec le tube œsophagien. On serait ainsi plus sûr de vider complètement le ventricule gastrique.

5“ Appareil de Debove. — Ce n’est autre chose qu’un tube Faucher perfectionné en ce qu’étant plus rigide, tout en gardant sa souplesse, il surmonte plus facilement le spasme du pharynx, souvent provoqué, quoi qu’on fasse, par le contact du corps étranger, et qu’il ne forme plus dans la cavité buccale celte arcade à convexité supérieure d’où résulte la titillation du voile du palais, parfois suivie de vomissements. Cet avantage est obtenu par l’adjonction au tube de caoutchouc d’un mandrin métallique dont la courbure suit celle des voies qu’il a à parcourir. Lorsque l’isthme du gosier est franchi,, on fait glisser sur le mandrin, qui est

[Sdppléîient] estomac (eavage de l’). — procédé opératoire. 211

maintenu imnaobile et sert de conducteur, le tube de caoutchouc, qui arrive sans encombre dans l’estomac (à moins de lésion organique du cardia) : alors on retire le mandrin, et au tube resté en place on en ajoute un autre de même nature, qui s’adapte au premier à l'aide d’un ajutage, et porte à son extrémité un entonnoir de verre. L’appareil a ainsi une longueur suffisante pour former siphon.

4° Sonde d’Audhoui. — Audhoui se sert d’une sonde à double courant, longue de 1 mètre 45, formée de deux tubes de caoutchouc dont le calibre est inégal, et qui sont soudés ensemble sur une longueur de 60 centimètres destinée à pénétrer dans l’estomac, isolés dans le reste de leur étendue. Le petit tube a un calibre extérieur de 5 millimètres : il s’ouvre par un orifice latéral à 12 centimètres au-dessus de l’extrémité stomacale de la sonde. Le gros tube a 9 millimètres 1/2 de calibre extérieur : il porte, outre son ouverture terminale, 2 orifices latéraux, ovales, longs de 1 centimètre sur 5 millimètres de large.

La sonde étant introduite dans l’estomac et mise en communication avec un réservoir capable de donner une grande masse d’eau sous une pression suffisante, on fait tomber la longue branche du siphon dans un bassin placé à côté du sujet, et on ouvre le robinet du réservoir. L’eau se précipite dans l’estomac d’une façon continuelle, et s’en échappe sous l’influence d’un effort ou d’une secousse de toux : le courant ainsi établi peut durer presque indéfiniment.

5“ Choix de l’appareil et du moment du lavage. — « Faucher, dit G. Sée, a eu le grand mérite de remplacer la sonde dure, que le médecin seul peut manier, par une sonde molle que le malade peut s’introduire directement. Sauf cette modification, le siphon paraît moins sûr que la pompe, qui n’a jamais d’inconvénient, si on la manie doucement, avec précaution, et présente le grand avantage de produire l’évacuation complète, même du grand cul-de-sac, où les liquides nuisibles s’accumulent si facilement. »

A quoi donc tiennent les défiances ou l’opposition manifestées par tant de médecins à l’égard du lavage pratiqué avec la pompe, et le revirement produit par l’invention du siphon et de ses dérivés ? A ce que, contrairement à l’assertion précédente, l’emploi de la première peut produire des accidents, même entre des mains prudentes et exercées, ainsi que le montrent plusieurs observations : on conçoit en effet que, le contenu de l’estomac épuisé par l’inspiration, celle-ci puisse continuer à agir sur les parois du ventricule au point de déterminer des érosions de la muqueuse, l’arrachement de lambeaux de cette membrane (Ziemssen), ou des hémorrhagies plus ou moins graves (Wiessner).

Sans aucun doute la pompe a un effet plus marqué, mais plus violent ; le siphon a une action moins prononcée, mais moins dangereuse. Il faut remarquer, en outre, que la sonde œsophagienne, par sa rigidité, peut froisser, irriter l’œsophage et la muqueuse stomacale avec lesquels elle est destinée à être en contact une fois au moins chaque jour pendant un temps plus ou moins long : qu’il survienne un effort de vomissement

212 ESTOMAC (lavage de l’). — procédé opératoire. [Sopplément]

pendant qu’elle séjourne dans les voies digestives, celles-ci, pressées sur un corps aussi dur, pourront être blessées avant qu’on ait eu le temps de l’enlever. Considérant enfin que le siphon suffit le plus souvent à débarrasser l’estomac de son contenu, nous lui donnons, avec la grande majorité des médecins, la préférence sur la pompe. Si pourtant on voulait opérer un vide plus complet, mieux vaudrait appliquer la pompe ou l’aspirateur Potain sur le tube de caoutchouc anglais, souple et lisse, que sur une sonde dure et rigide, le tube flexible ne pouvant pas comme celle-ci froisser le point de la muqueuse sur lequel il presse.

En résumé, nous conseillons, dans les cas ordinaires, de commencer le traitement à l’aide de l’appareil de Debove, dont l’introduction est plus facile pour le médecin que celle du tube Faucher, puis, lorsque la tolérance gastro-œsophagienne est établie, de faire employer le simple tube en caoutchouc, que le malade fait pénétrer lui-même par des mouvements de déglutition ; enfin de ne recourir à l’aspiration, toujours appliquée au tube flexible, que dans des circonstances déterminées où il est nécessaire d’employer une certaine violence pour laver toute la surface interne de l’estomac.

A quel moment de la journée convient-il de pratiquer le lavage de l’estomac? La règle d’opérer à jeun, posée par Kussmaul, suivie par Leube, G. Sée, Dujardin-Beaumetz, est la plus rationnelle : à ce moment, on retire de l’estomac les liquides qui pourraient nuire à la digestion qui va avoir lieu, c’est-à-dire, d’une part, un suc gastrique sans propriétés digestives qui se mêlerait sans profit au suc actif, acide, dont le contact des aliments avec la muqueuse stomacale va déterminer la sécrétion ; d’autre part, une couche de mucus plus ou moins considérable, qui agirait aussi dans un sens fâcheux (G. Sée). Ce nettoyage, fait le matin avant le déjeuner de préférence, facilitera donc le fonctionnement de l’estomac.

Lorsqu’on lave l’estomac à la fin de la digestion, ce n’est plus un liquide clair, mais des résidus alimentaires ayant subi souvent un commencement de décomposition putride, qu’on extrait : l’auto-infection cessant, on voit reparaître l’appétit, et l’arrivée de nouveaux aliments provoquera une sécrétion pepsique de bonne nature (G. Sée).

D’une façon générale, un seul lavage par jour suffit. Cependant, s’il existe des accès de cardialgie que termine cette opération, s’il reste d’un repas à l’autre une grande quantité de résidus alimentaires dans l’estomac, il peut y avoir intérêt à le laver deux fois chaque jour, en se rappelant que l’abus fatigue et peut fiiire contracturer le ventricule gastrique, et en supprimant le plus vite possible le lavage du soir.

ÏI, Liquides à employep. — Après avoir vidé l’estomac des matières inutiles ou nuisibles qu’il contient, on se propose, avons-nous dit, d’agir sur la muqueuse pour en modifier l’état d’une façon appropriée aux circonstances morbides.

Le plus souvent, on se sert simplement de liquides alcalins, eaux naturelles de Yichy, de Châtel-Guyon (Audhoui), de Sailies-les-Bains

[Sdppléhent] estomac (lavage de i.’). — ikdicatioss. Ü15

(C. Paul), riche en silicate de soude; solutions de bicarbonate de soude (5 à 5 grammes par litre d’eau), ou de sulfate de soude (5 à 10 grammes par litre). Ces liquides ont pour effet d’aider à la dissolution des mucosités et de modifier favorablement les sécrétions gastriques (Bucquoy) .

Pour prévenir la fermentation que subissent les liquides gastriques dans les dyspepsies dites putrides, pour détruire les sarcines du ventricule, Kussmaul fait usage d’hyposulfite et de borate de soude, d’eau créosotée ; Andeer, d’une solution aqueuse de résorcine (à 1 °/o) > Dujardin-Beaumelz, d’une solution aqueuse d’acide borique (1 7o)> <1® charbon végétal (2 à 4 cuillerées à bouche). Les solutions d’acide phénique, de nitrate d’argent, peuvent être ajoutées à l’eau de lavage.

Celle-ci peut encore être additionnée, en cas de douleurs vives, d’hy drate de chloral ; d’un lait de bismuth (Dujardin-Beaumetz), préparé en délayant 2 cuillerées à bouche de sous-nitrate de bismuth dans 500 grammes d’eau; d’eau saturée de chloroforme (Blanchi), dont on mêle 2 cuillerées à bouche par litre d’eau ; d’eau sulfo-carbonée, qu’on ajoute à l’eau ordinaire dans la proportion d’un tiers, etc.

La quantité du liquide à faire passer dans l’estomac varie d’un malade à l’autre avec la sensibilité gastrique : deux à trois litres sont la dose moyenne, mais celle-ci échappe à toute règle générale.

Reste à déterminer la température du liquide ; l’eau chaude dissout plus vite les résidus de la digestion (C. Paul), mais l’eau froide exerce sur les membranes un effet tonique plus salutaire. Comme un liquide non chauffé peut avoir des inconvénients, surtout en hiver, le plus sage est d’employer d’abord de l’eau dégourdie, et de terminer l’opération, lorsque la tolérance est établie, avec de l’eau presque froide, qui aura sur l’estomac une action hydrothérapique propre à réveiller la contractilité de la tunique musculaire sous-jacente à la muqueuse.

Ikdications. — C’est à propos des empoisonnements qu’on rencontre dans l’histoire médicale la première mention du lavage de l’estomac (C. Renault), et pourtant les observations sont rares dans lesquelles on a eu recours à cette pratique dans des cas semblables. Nous la tenons cependant pour très-rationnelle, et nous sommes convaincu, avec G. Paul, que l’évacuation mécanique des substances toxiques contenues dans la cavité stomacale est appelée à rendre des services, nonseulement comme moyen thérapeutique, mais aussi comme ressource diagnostique. Les recherches médico-légales bénéficieraient aussi immédiatement d’une opération que l’arsenal dont nous disposons aujourd’hui rend si pratique, et qui n’a peut-être dû qu’aux difficultés de son exécution la rareté de son emploi en cas d’empoisonnement.

Dans la dilatation de l'estomac, quelle qu’en soit la cause, le lavage est formellement indiqué, à titre curatif ou palliatif. L’ectasie du ventricule gastrique dépend, on le sait, soit d’un obstacle mécanique siégeant au pylore (rétrécissement cancéreux ou cicatriciel), soit d’un défaut de contractilité de la tunique musculaire, d’une paralysie de cette tunique, qui tantôt accompagne les lésions précédentes, tantôt est symptomatique

214 ESTOMAC (lavage de l’). — ikdicatioks. [Sdpplément]

d’une inflammation chronique de la muqueuse ou a une origine nerveuse dont le mécanisme nous échappe. Dans toutes ces conditions, l’estomac étant impuissant à chasser par ses seules contractions la totalité de son contenu, les matières alimentaires, mêlées à des mucosités sécrétées en excès, sont incomplètement digérées, s’accumulent entre deux périodes digestives dans les parties déclives du ventricule, où elles subissent des fermentations putrides qui irritent à leur tour les parties avec lesquelles elles sont en contact. Si on lave alors l’estomac, on en extrait une quantité considérable de résidus alimentaires, d’odeur acide et nauséabonde, mêlés à des gaz aussi fétides : dès la première séance, le malade est soulagé par suite de la diminution du tympanisme et de la sensation de plénitude qu’entretenait la présence de ces résidus. La quantité et l’odeur de ceux-ci vont en diminuant à mesure qu’on s’éloigne du début du traitement, lequel doit être continué même après le cessation des vomissements, et repris, s’il a été interrompu, au moindre trouble gastrique : on voit alors l’appétit renaître; les garde-robes reprennent leur cours normal, le poids du malade augmente.

Cette amélioration est durable, équivaut à une guérison définitive, toutes les fois que la lésion qui a causé la dilatation est elle-même curable : il n’en est plus de même quand la lésion est incurable. On ne saurait espérer la guérison du cancer de l’estomac par le lavage plus que par toute autre méthode thérapeutique. Il peut cependant rendre des services même dans cette affection ; d’une part, il éloigne ou empêche les vomissements, en débarrassant l’estomac des matières fermentées qu’il renferme, et soulage ainsi le malade ; d’autre part, il peut éclairer le diagnostic, souvent douteux au début de la maladie. Si le rétablissement des fonctions digestives n’est que passager à la suite du lavage, si la nutrition ne s’améliore pas d’une façon continue, c’est au cancer qu’on a affaire ; dans le cas contraire, il y a lieu d’espérer qu’il s’agit d’une lésion inflammatoire curable.

Cette dernière considération s’applique particulièrement à la gastrite chronique scléreuse, forme d’inflammation lente dont tous les symptômes, y compris une induration diffuse de l’épigastre, peuvent être rapportés pendant la vie au cancer. Dans ce cas le lavage, outre qu’il lève des doutes parfaitement légitimes, donne des résultats d’autant plus inattendus qu’on s’attendait à une terminaison fatale, à échéance plus ou moins longue.

Dans la gastrite alcoolique, les succès du lavage sont aussi beaux et s’expliquent facilement. On sait que les vomissements ou pituites communs chez les buveurs, au réveil, se composent de mucosités filantes formées sur place ou dans l’arrière-gorge, et qui, dégluties avec la salive dont la sécrétion est augmentée par l’irritation gastrique agissant d’une façon réflexe, s’accumulent dans l’estomac. En évacuant au dehors ces liquides complexes, on obtient d’excellents résultats, ainsi que le montrent les observations de G. Paul et de Dujardin-Beaumetz.

G. Sée a employé le lavage de l’estomac dans un grand nombre de dyspepsies, variables d’origine, et contre lesquelles il avait vaine-

[SDPPtÆaENx] ESTOMAC (i.avage de l’). — l^’DICATIOKs. 213

ment essayé des moyens ordinaires. Il a toujours vu le tympanisme, l’oppression et les douleurs disparaître, l’estomac reprendre sa contractilité normale, les digestions s’améliorer, la constipation cesser. Le lavage est donc aussi indiqué dans la dyspepsie que dans la dilatation stomacale, dont elle est d’ailleurs une des causes les plus fréquentes : ici encore il agit en débarrassant la muqueuse gastrique de l’enduit qui englobe les aliments et annule ou diminue l’effet du suc gastrique, et en stimulant la tunique musculaire à la façon d’une douche froide.

Les vomissements incoercibles indépendants de lésions graves de l’estomac, ceux qui accompagnent l’hystérié, par exemple, sont heureusement traités par le lavage, ainsi que l’anorexie invincible qu’on observe parfois dans cette névrose. Ces vomissements sont souvent tardifs et coïncident fréquemment avec l’irritation de la muqueuse, déterminée elle-même par le séjour prolongé des aliments dans l’estomac : on est donc ramené au catarrhe gastrique, et en modifiant celui-ci on fait disparaître non la névrose, mais les accidents digestifs qui l’accompagnent.

h'ulcère simple est une cause commune de dilatation stomacale, par le rétrécissement cicatriciel qu’il détermine, ou au moins par la lenteur et la difficulté qu’il entretient dans les fonctions digestives. Il semble donc que l’utilité du lavage ne doit faire aucun doute dans ce cas. Cependant des médecins très-compétents s’élèvent fortement contre cette pratique. L’ulcère, d’après G. Sée, constitue une contre-indication absolue : on risquerait de compléter la destruction d’une paroi vasculaire, d’où résulterait une hémorrhagie, ou de détruire une cicatrice encore imparfaite. Et pourtant le même médecin admet l’utilité du lavage, à titre palliatif, dans le cancer, même ulcéré ! Il y a là une contradiction que nous nous permettrons de relever, après A. Broca, en faisant remarquer qu’un écoulement sanguin serait aussi imminent et fâcheux dans un cas que dans l’autre. Un autre argument contre cette interdiction du lavage dans tous les cas d’ulcère simple se tire du siège ordinaire de cette lésion, qui occupe habituellement le pylore et la petite courbure de l’estomac, points que n’atteint guère la sonde flexible, qui se couche bien plutôt le long de la grande courbure et dans le grand cul-de-sac. Certes ce n’est pas dans une période d’hématémèses que nous conseillerons le lavage, mais, cette période passée, la crainte d’hémorrhagies graves écartée, le lavage donnera certainement de bons résultats dans l’ulcère (Debove), à condition encore de s’en tenir au simple siphon, sans recourir à l’aspiration.

Enfin Faucher emprunte à Péan la relation d’un cas de faux étranglement interne, dans lequel le lavage i-amena les contractions du tube digestif, suspendues par suite d’une sorte de parésie du plan musculaire sous-jacent à la muqueuse. Récemment des médecins anglais, se basant sur l’opinion émise pas Kûssmaul que des lavages de l’estomac abondants et répétés pourraient être utiles dans V occlusion intestinale, ont publié plusieurs succès obtenus par cette méthode, qui, comme les lavements, l’électricité, etc., ne doit être employée que dans les premières heures ;

216 EUPHORBIA PlLliLIFERA. — histoire satürelle. [Sopplémest]

elle soulage le malade en diminuant le tympanisme, favorise la réduction de l’anse intestinale en l’exonérant d’une partie de son contenu, et en tout cas ne nuit pas à l’exécution d’une opération ultérieure.

C. Renault, Ess. s. les contre-pois, de l’arsenic, thèse de Paris, an X (1802), n» 39. — Blatis, Bu 1. de l’e. et de la médicat. admédiatriq. interne d. quelq. cas de gastrite aig. [Rev. médic. fr. et étr., 1832, p. 367). — Laf argue (de Saint-Émilion), Be la déplét. mécan. de l’e. au moy. de la pompe stomac. d. le traitent. des empoisonn. [Bull, génér. de thérap-, 1857, p. 307). — Küssmaul, Trait, de la dilat. de l’e. au moy. de la pompe stomac. [Arch. génér. de médec., avr.-mai 1870). — H. F.aucher, Bull, de l'Ac. de méd., 1879. — Du traitera, des malad. de l’e. p. les lavag. [Journ. de thérap., 1880, p. 481 et 568). — Du 1. de l’e., thèse de Paris, 1881, n‘>168. — Bucqdoy, Du 1. de l’e. d. quelq. malad. de cet organe et principal, d. la dilat. de l’e. [Gaz. hebd. de médec. et de chirurg., 1880, p. 691, 705 et 726). — Bücqdoï et C. Paul, Discuss. à la Soc. de tliér., 13-27 octobre 1880. — G. Sée, Desdyspeps. gastro-intestin., Paris, 1881, p. 298. — Eafage, Traitera, de la dilat. stomac. p. le 1., thèse de Paris, 1881, n» 435. — Audhooi, Thérap. contemp., 21 sept. 1881. — Traité du nettoiera, des voies digest. et du 1. de l’e., Paris, 1881. — Decove, communie, à la Soc. méd. des hôp., 25 févr. 1881. — Remarq. s. le traitera, de l’ulc. simple de l’e. [Union médic., 1882, p. 1081). — Beissadd, Du 1. de l’e. (Arch.gén. de méd., juin 1882). — .4. Broca, Du 1. de l’e. et de l’aliment. artif. d. quelq. affect, chron. de l’e. iProgr. méd., 1882, p. 735, 757, lH et 791). — Clément, Du 1. de l’e. p. l’aspirat. Potain (Lyon-médical, 27 avr. 1882). — Dujaedis-Beadmetz, Leç. de cliniq. thérap., 3* édit., 1882, t. I, p. 446. — Des nouvell. médicat. stomac. [Bull, génér. de thérap., 1884, p. 289). — Ledbe, Contribut. à la thérap. des affect, de l’e. [Zeitachr. f.klin. Med., 1883). — .4. Biascbi, Lo Sperimentale, octob. 1883.

EUPHORBIA PIUUUIFERA. — Plante de la famille des Ed- PHORBiACÉES, qui a été récemment expérimentée en France, à titre d’antidyspnéique, par Tison, Dujardin-Beaumetz et Marsset. Sans être suffisamment démonstratifs, les travaux de ces médecins donnent sur le nouvel agent, sur son mode d’emploi et ses effets physiologiques, quelques détails qui ont paru assez intéressants pour mériter d’être consignés ici.

Histoire xatdbelle, cosiposition. — Très-commun dans les régions tropicales de l’Amérique, de l’Afrique, dans l’Inde orientale, etc., \'E. pilulifera L. est une plante herbacée annuelle, à racine fibreuse ; tige haute de 50 à 40 centimètres, plus ou moins couchée, pubescente; feuilles opposées, dentelées, velues, stipulées; fleurs très-petites, en capitules, d’un blanc rougeâtre, à quatre pétales, quelquefois cinq; fruit composé de 3 coques couvertes de poils fauves ; graines rougeâtres.

Le suc laiteux que cette plante possède, comme toutes celles du même genre, renferme, d’après Descourtilz : résine âcre, gomme, huile grasse, caoutchouc, albumine, matière extractive, acide tartrique et eau.

400 grammes de plante sèche donnent 14 gr. d’extrait aqueux mou, et 14 gr. 50 d’extrait hydro-alcoolique. La solution aqueuse contient du tannin, colore en noir les persels de fer, précipite l’albumine ; elle ne paraît pas renfermer d’alcaloïde. Évaporée à siccité, elle laisse un corps brun rougeâtre, à cassure vitreuse, d’odeur aromatique, de saveur peu prononcée, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool.

Effets physiologiques et thérapeutiques. — I. Marsset a étudié l’action physiologique de cet euphorbe sur la grenouille, le cobaye et le lapin.

[Supplehekt] EUPHORBIA PILULIFERA. — effets physiol. et thérap. 217 Il a trouvé que, pour une grenouille de moyenne taille, l’extrait aqueux ou hydro-alcoolique devient toxique à la dose de 10 à 15 centigr., qui correspond à près de 1 gramme de plante sèche : en d’autres termes, la limite physiologique équivaudrait à 5 grammes de plante sèche pour 100 grammes de l’animal. Pour le cobaye, cette limite serait de 1 gramme de plante sèche pour 100 grammes de l’animal. II ne paraît pas y avoir d’effets d’accumulation.

L’extrait n’a d’action d’aucune sorte sur la peau saine, sur les muqueuses oculaire et rectale. Injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané, il détermine la gangrène sèche de la peau lorsque sa proportion est supérieure à celle de 1 centigramme par gramme d’eau.

Les voies digestives sont plus fortement impressionnées. La muqueuse buccale perçoit seulement une saveur un peu styptique, sans inflammation ni douleur : mais à l’ingestion de teinture ou d’extrait insuffisamment étendu d’eau succèdent un état nauséeux et une irritation pouvant aller jusqu’à la douleur épigastrique.

La sensibilité, la motricité et les sécrétions, ne semblent nullement influencées.

A dose faible, l’extrait détermine chez la grenouille une courte accélération des pulsations cardiaques, bientôt suivie d’un ralentissement qui va en augmentant jusqu’à ce que le cœur s’arrête définitivement en diastole. Chez le lapin, la période d’accélération est plus accentuée et a une plus longue durée. A dose très-forte, le ralentissement est instantané, non précédé d’accélération.

Les mouvements respiratoires présentent les mêmes oscillations : augmentation de nombre d’abord, puis diminution. Ils cessent de se manifester avant l’arrêt du cœur.

De là Marsset conclut que le principe actif de la plante, une gommerésine probablement, agit sur les centres nerveux, respiratoire et cardiaque, qu’il excite et déprime successivement : conclusion que l’auteur émet d’ailleurs avec une sage réserve, bien qn’il la considère comme propre à expliquer les faits cliniques, encore plus problématiques, cités par lui et d’autres médecins.

II. Au point de vue thérapeutique, la première notion relative à \’E. pilulifera remonte à Pison, qui en recommande l’emploi, intus et extra, contre les morsures de serpents. Poupée-Desportes a fait usage des feuilles fraîches dans la gonorrhée, d’après Descourtilz.

Ces applications étant tombées en désuétude, la plante était sans emploi médical lorsqu’on 1884 Bancroft (de la Jamaïque), atteint d’une bronchite chronique, eut l’idée de la traiter par la teinture alcoolique, qui, paraît-il, apporta un grand soulagement à la dyspnée dont il souffrait. Peu après, le Dr Tison fait connaître en France le mode d’administration de cet euphorbe, annonce les heureux effets qu’il manifeste dans les dyspnées d’origine asthmatique et même cardiaque, et rapporte deux observations à l’appui de cette proposition. Tiennent ensuite trois cas d’asthme, avec emphysème, appartenant à la clientèle privée de Dujardin-

‘218 EVONYMIN, HYDRASTIN, etc. [Sdpplémem]

Beaumetz, et dans lesquels le même agent aurait produit une grande amélioration.

Marsset enfin donne les observations de douze malades sur lesquels l’effet avait été aussi avantageux : onze souffraient de crises de dyspnée avec ou sans emphysème, dyspnée survenue brusquement chez les uns, à la suite d’une lésion pulmonaire chez les autres ; le douzième malade avait peut-être eu des attaques d’asthme, mais son récit seul en fait foi, ce qui est bien insuffisant. Quoi qu’il en soit, la lecture de ces observations montre qu’il s’agissait le plus souvent de bronchite chronique : or, la toux, l’expectoration, les râles, n’étaient en aucun cas modifiés, alors même que la sensation de bien-être, due à la disparition de la dyspnée, était au maximum. Comme Marsset n’a pas eu l’occasion d’essayer le remède dans l’asthme urémique; qu’il se déciderait difficilement, malgré les observations de Tison, à l’employer dans les dyspnées d’origine cardiaque ; enfin que dans l’asthme humide crachats et râles ne présentent pas de modifications, il faut conclure que la dyspnée spasmodique est l’indication capitale de l’emploi de VE. pilulifera. Donc, dans le traitement de l’asthme, la forme nerveuse serait seule justiciable de cet emploi : mais, ainsi que le fait remarquer G. Sée, l’asthme nerveux est précisément ce qui n’a pas été traité par Marsset : on ne peut donc en affirmer la guérison à priori.

En résumé, que le nouvel agent soit antidyspnéique, dans une certaine mesure, c’est probable ; qu’il soit antiasthmatique, ce n’est nullement démontré. Son rôle thérapeutique reste donc aussi hypothétique que son mode d’action, et l’avenir permettra seul déporter un jugement définitif, basé sur des observations suffisamment nombreuses et concluantes.

Modes d’emploi. — La meilleure préparation, d’après Marsset, est l’extrait aqueux ou hydro-alcoolique, pris à la dose de 5 à 10 centigr. par jour, immédiatement avant le repas de préférence, et dans une quantité d’eau assez abondante, afin d’éviter l’ii’rifation de l’estomac.

Tison préfère la décoction de plante sèche (15 gr. pour 2 litres d’eau), dont il fait prendre 3 à 4 verres à bordeaux par jour.

La teinture se donne à la dose de 10 k 30 gouttes.

Enfin A. Petit prépare un sirop dont chaque cuillerée à bouche renferme 5 centigr. d’extrait.

E. Tiso.\, Conseiller médic., juillet 1884. — Mabsset, Contrib. à l’étude fcolan., physiol. et

thérap. de l’E., thèse de Paris, 1884, n" 46.— G. Sée, Traitem. de l’asthme [Bull, de thérap..

Ch. d’Ivors.

EVOlWllim, HYDRASTm, etc. — En 1866, l’association médicale britannique chargea une commission de médecins anglais d’étudier, au point de vue de leur action sur la sécrétion biliaire, les propriétés physiologiques d’un grand nombre de médicaments : sulfates de soude et de magnésie, rhubarbe, calomel, etc. Parmi ces médicaments se trouvaient plusieurs résines d’origine végétale, qui sont employées

[SdppléuektJ EVONYMIN, HYDRÂSTIN, etc. 219

en Amérique, comme cholagogues, depuis un temps plus ou moins long, et qui, après avoir été essayées à ce titre en Angleterre, ont été récemment introduites en France avec un certain succès. Ce sont, outre l’évonymin, le baptisin, Vhydrastin, Viridin, le juglandin, le leptandrin, le phytolaccin et le sanguinarin.

Les études de la commission anglaise ont duré plus de douze années, et leur résultat a été consigné (1879) par Rutherford dans un travail d’ensemble, qui a été traduit et analysé par Guéneau de Mussy en 1880 : c’est à ce travail que nous empruntons la plus grande partie des renseignements qui suivent.

Dans tous les temps, dit le médecin anglais, on a admis l’existence de médicaments ayant la propriété d’activer la sécrétion de la bile, et auxquels on a donné le nom de cholagogues. Leur action ne pouvait être appréciée que par la quantité et la coloration des évacuations alvines : mais les sécrétions intestinales sont mêlées aux produits de la sécrétion hépatique ; certaines substances, la rhubarbe, par exemple, donnent aux matières une coloration semblable à celle de la bile ; d’ailleurs une proportion exagérée de celle-ci, après l’ingestion d’une substance médicamenteuse, ne pourrait faire décider si cette substance a augmenté la production de la bile, ou si elle a seulement provoqué une exci’étion plus active du liquide que renfermaient la vésicule et les canaux biliaires. Pour ces raisons, et bien qu’on ne soit pas rigoureusement en droit de conclure des animaux à l’homme, il était nécessaire d’instituer au sujet des médicaments dits cholagogues des expériences directes qui pussent au moins servir de base aux observations cliniques.

C’est ce qu’a fait Rutherford, par le procédé suivant. Après avoir injecté dans la jugulaire d’un chien, laissé à jeun pendant 15 heures avant l’expérience, une dose de curare propre à annuler l’action des mouvements de l’animal sur la sécrétion biliaire, mais non à influencer cette sécrétion, il pratique sur la ligne blanche une incision qui lui permet d’atteindre le canal cholédoque près de son embouchure dans l’intestin, et introduit dans ce canal une canule adaptée à un tube de caoutchouc dont l’extrémité libre, restée hors du ventre, se termine par un tube en verre à travers lequel la bile s’échappe goutte à goutte dans une éprouvette graduée : on peut ainsi apprécier les variations quantitatives et qualitatives de la sécrétion hépatique. La vésicule biliaire a d’ailleurs été comprimée et vidée au début de l’expérience, pendant laquelle la vie est entretenue par la respiration artificielle. La plaie abdominale étant refermée, l’injection directe dans le duodénum d’un médicament donné en fait connaître l’action sur le foie d’après les modifications subies par la bile qui arrive dans l’éprouvette.

Ce procédé, qui nous paraît mettre l’expérimentateur à l’abri de toute cause d’erreur, a montré, d’une façon générale, que les médicaments énergiquement cholagogues n’avaient qu’une faible action purgative , et réciproquement que les purgatifs violents n’augmentaient pas la quantité de bile sécrétée.

220 ÉVONBim, HYDRASTIN, etc. — évosïuin. [Supplément]

Après ces généralités, il nous faut entrer dans le détail des résultats concernant, non pas toutes les substances expérimentées (la plupart, aloès, rhubarbe, etc., ayant été déjà suffisamment étudiées), mais seulement les résines ou oléo-résines qui font le sujet de cet article.

Evonymis. — C’est une substance résineuse (et non un alcaloïde ou un glycoside, comme pourrait le faire croire le nom d’évonymine qu’on lui donne parfois à tort) retirée de l’écorce de la racine de ï’Evonymus atro-purpureus L. (fusain d’Amérique, Wahoo), grand arbuste.de la famille des Célastrinées, oi’iginaire de l’Amérique septentrionale, à feuilles opposées, pétiolées, dentées ; à fleurs disposées en cymes, petites, d’un brun foncé, ayant 4 sépales et autant de pétales ; à fruit capsulaire.

L’écorce, blanc jaunâtre, inodore, de saveur légèrement amère, puis âcre, a été analysée (1862) par de Wenzell, qui y a trouvé ; quatre résines; une huile fixe; asparagine, cire, glycose, albumine, amidon, pectine ; des sels constitués par la combinaison avec la chaux et la magnésie d’acides organiques, malique, citrique, tartrique et évonyque, celui-ci encore mal défini chimiquement, cristallisable en aiguilles, très-soluble dans l’eau ; enfin des sels inorganiques, phosphates de chaux et de fer, sulfates de chaux et de potasse, etc.

Quant au produit connu sous le nom d’évonyrain (qu’il ne faut pas confondre avec Vémnymite, sucre retiré du cambium des branches de fusain, isomérique avec la mannite d’après Kubel, identique avec la dulcite selon Gilmer), ce n’est pas une substance bien définie, mais une résine complexe et impure, ou plutôt un mélange de résines et de l’huile fixe contenues dans l’écorce. C’est une substance pulvérulente, verdâtre, inodore, très-amère, soluble dans l’alcool et le pétrole, insoluble dans le sulfure de carbone, soluble en partie dans l’éther et le chloroforme.

A côté de celte sorte verte, la seule qu’indique Conil dans sa thèse, P. Thibault a montré qu’il en existait deux autres dans le commerce : l’une, en poudre gris brunâtre, très hygrométrique, soluble dans l’eau qu’elle colore en brun foncé, peu soluble dans l’alcool et l’éther, réduisant fortement la liqueur cupro-potassique; l’autre liquide, qui n’est qu’une solution aqueuse, légèrement alcoolisée, de la précédente. La sorte brune paraît être la plus active.

L’attention a été attirée dès 1874 sur l’emploi thérapeutique de l’évonymin par J. Wood et Fr. Bâche, qui le regardent comme cathartique et diurétique. G. A. Santos le considère comme tonique, purgatif hydragogue, diurétique et anti périodique. Rutherford et Vignal, en injectant 30 centigr., mêlés à une petite quantité de bile et d’eau, dans le duodénum d’un chien, avec les précautions que nous avons fait connaître, ont constaté une réelle excitation du foie en même temps qu’une légère hypercrinie intestinale ; toutefois, d’après eux, l’action purgative observée chez l’homme serait vraisemblahlement due à l’elfet cholagogue : aussi conseillent-ils l’administration simultanée d’une dose d’eau de Pullna ou de tout autre purgatif, pour favoriser l’action laxative.

En France, les travaux de Guéneau de Mussy, Blondeau, G. Paul,

[Sdppléuent] ÉVONYMIN, IlYDRASTIN, etc. — bapiistin, ieidin. 221 Dujardin-Beaumetz, Conil, ont fait connaître Jes indications et le mode d’emploi de l’évonymin.

C’est contre ces affections bénignes assez mal définies, dans lesquelles un embarras gastro-intestinal ou un état bilieux entretient une constipation opiniâtre ou un ictère simple plus ou moins prononcé, que G. de Mussy dit en avoir obtenu les meilleurs résultats. De plus, d’après Conil,

11 convient dans les cas, fréquents chez la femme, où la constipation habituelle est entretenue soit par un défaut de contractilité de la tunique musculaire de l’intestin, d’origine chlorotique, soit par une compression du rectum sur lequel presse l’utérus gravide, ou rétrofléchi, ou atteint de néoplasme : n’ayant pas d’influence fâcheuse sur les règles, il peut être employé avec avantage même au moment des époques menstruelles. En somme, ses effets sont analogues à ceux du podophyllin, mais moins sûrs. Malgré quelques inconvénients (coliques et horhorygmes fréquents après son emploi, fugacité de son action laxative qui s’épuise en 8 ou 10 jours, et laisse le plus souvent après elle une constipation égale, sinon supérieure à celle qui existait auparavant, même si on augmente progressivement la dose), î’évonymin reste indiqué comme cholagogue et laxatif, à la dose de 10 à 30 centigr. par jour.

On le prend dans des cachets médicamenteux, ou en pilules de 10 centigr. : 1 à 2 le soir, au dernier repas ou au moment du coucher, de façon que l’effet laxatif se produise dans le courant de la nuit ou le lendemain matin. Pour éviter les coliques qui suivent parfois son ingestion, Blondeau l’a uni à l’extrait de jusquiame dans des pilules composées de 10 centigr. d’extrait et de 5 centigr. d’évonymin.

Baptisin. — Résine tirée de la racine de la baptisie ou indigo sauvage {Baptisia tinctoria R. Br.), plante de la famille des Légumineuses papilionacées.

C’est une substance d’aspect terreux, jaunâtre, pulvérulente, en petits grumeaux que l’addition d’une goutte d’eau fait prendre en masse; d’odeur aromatique et vireuse ; de saveur acidulé ; peu soluble dans l’eau ; soluble dans l’alcool et dans l’éther.

A haute dose, c’est un éméto-cathartique violent; à petite dose, c’est un laxatif doux. Pour l’adulte, la quantité laxative est de 10 à 30 centigrammes.

Hydrastev. — Substance extraite du rhizome de VHydrastis canadensis L., de la famille des Anémonées.

On l’ohtient sous forme de poudre jaune brunâtre, de saveur amère et astringente, d’odeur faible de seigle ergoté; peu soluble dans l’eau, partiellement soluble dans l’alcool et l’éther, presque insoluble dans le chloroforme.

C’est un laxatif léger et un cholagogue très actif, à la dose de 6 à

12 centigrammes.

Iridin. — Oléo-résine extraite du rhizome du glaïeul bleu (Iris versicolor L.), de la famille des Iridées.

Cette substance se présente en petits grumeaux qui se réunissent faci-

222 ÉVONYMIN, HYDRASTIN, etc. — jcglaxdin, leptandrin. [Supplément] lement en masse ; de couleur noirâtre, à reflets brillants ; d’odeur un peu aigre; de saveur d’abord acidulé, puis saline et astringente; insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool et dans l’éther, très-solubles dans les alcalis caustiques.

Gholagogue, diurétique et apéritif d’après YVood et Bâche, l’iridin à une action purgative incontestable et assez prononcée (Rutherford), moins marquée que celle du podophyllin, plus accentuée que celle de l’évonymin. N’irritant pas la muqueuse intestinale comme la première de ces résines, modifiant puissamment l’état bilieux en raison de son action sur le foie, il est très-utile comme laxatif cholagogue.

La dose est de 6 à 30 centigr., en 1 ou 2 pilules prises le soir au moment du sommeil. Mais il ne faut pas oublier que l’administration du médicament répétée plusieurs jours de suite détermine une dépression générale d’où l’indication de ne le donner qu’une à deux fois par semaine.

JuGLAKDiN. — Substance fournie par l’écorce de la racine du Juglans cinerea Willd. (J. cathartica Michx), de la famille des Jüglakdées. Petits grumeaux noirâtres, à cassure brillante, d’odeur d’huile rance, de saveur astringente et un peu amère, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool et l’éther, très-solubles dans les alcalis, se prenant à l’air en une masse assez cohérente.

Laxatif doux, agissant sans irritation intestinale, sans coliques, à la dose de 6 à 12 centigrammes.

Leptandrin. — Principe actif de la racine du Leptandra virginica Nutt., de la famille des Scrofülarinées.

Poudre amère, cristalline, d’un noir brillant, d’odeur vireuse et nauséeuse, s’agglomérant facilement en grumeaux. On l’emploie beaucoup, aux États-Unis, comme laxatif et cholagogue, dans la dysenterie chronique, dans l’atonie gastro-intestinale, et pour régulariser la sécrétion biliaire. D’après Rutherford, cette résine excite peu la sécrétion du' foie et des glandes intestinales, et trouve surtout son emploi dans la médecine des enfants. On peut cependant le prescrire aussi aux adultes, à la dose de 5 à 18 centigr. répétée trois ou quatre fois par jonr.

Phytolaccin. — Résine extraite du Phytolacca decandra L., famille des Phytolaccées.

Cette substance, d’aspect terreux, d’odeur vireuse, de saveur salée, est un peu soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. A la dose de 6 à 18 centigr., c’est un laxatif léger et un puissant cholagogue.

Sangüinarin. ~ Résine analogue aux précédentes, extraite du rhizome de la Sanguinaire du Canada {Sanguinaria canadensis L.).

Dès 1830, Tully fit connaître qu’à doses faibles et répétées cette substance était cholagogue ; qu’à haute dose elle faisait vomir, qu’à dose massive elle déterminait une brûlure au creux épigastrique, des vertiges, de l’obnubilation, une insensibilité générale, du refroidissement, la diminution de force et de fréquence du pouls, de la résolution musculaire, parfois enfin une rigidité convulsive des membres. Rutherford a

[Süpplémest] forces. 223

reconnu qu’à la dose de 2 à d 2 centigr. elle excite *a sécrétion du foie et augmente celle des glandes intestinales.

En résumé, toutes ces résines sont laxatives et surtout cholagogues. Leurs effets sont analogues entre eux et à ceux du podophyllin. Au point de vue de l’action sur le foie, l’iridin et l’évonymin ont les effets les plus prononcés, et se placent immédiatement après l’aloès, le salicylate de soude et le sublimé (le calomel n’agissant que par suite de sa transformation ou sublimé).

E. Labbée, Kouv. faits relat. aux cholagog. (Journ. de ihér., 1878, p. 239). — Rdthekfokd, De l’act. physiol. des médic. s. la sécrét. bil. {Bull, de thér., 1880, p. 289). — Davet, De quelq. cholagog. d’orig. végét., thèse de Paris, 1880. — Clément, De la médic. purgat., thèse d’agrég., 1883. — Conil, Étude s. l’E., thèse de Paris, 1885, n'>198. — Ddjakdis-Beaometz, Cliniq. thér., 2‘ édit., t. Il, p. 27, 29 et suiv.

FORCES. — En proclamant, à l’encontre de Descartes, que toutes les substances sont actives, douées de force et de mouvement, Leibniz donna une consécration scientifique à cette idée de force qu’a dû faire naître dans l’esprit humain la première observation d’un effet produit, et qui pourtant est encore une cause de profondes divergences entre savants comme entre philosophes. Certes, lorsque avec Littré on définit la force : toute cause d'un effet produit, qu'elle soit ou non mesurable d'après le résultat, on est sûr de rallier l’unanimité des suffrages. Mais si, non content d’exposer les divers modes suivant lesquels la force produit ses effets, on cherche à caractériser sa nature, son siège, ses attributs, les difficultés surgissent ; on se trouve alors en présence de confusions et de coutracdictions sans nombre auxquelles la méthode expérimentale elle- 9 même n’a pu faire échapper nos contemporains.

En médecine autant qu’ailleurs la notion de force s’impose, et il suffit d’écrire les mots de force vitale pour évoquer le souvenir de discussions qui, bien que déjà trop longues, restent toujours ouvertes. Cette notion intervient dans la pratique de l’art comme dans la conception des théories générales, car, suivantl’idée qu’il s’en fera, le médecin non-seulement expliquera de façons différentes les phénomènes biologiques, mais encore établira un traitement plus ou moins actif de la maladie déclarée : la force médicatrice ne dérive-t-elle pas de la force vitale, et ne conduitelle pas à l’expectation pure et simple lorsque son principe est poussé à l’extrême.

Quant à ce qu’on entend en médecine par les forces d’un sujet, c’est l’ensemble des manifestations de l’activité vitale de ce sujet, c’est le consensus de toutes les parties de son organisme aboutissant, dans l’état de santé, à l’accomplissement normal des fonctions auxquelles préside et par lesquelles s’affirme cette activité. La rupture de cet équilibre détermine, suivant le cas, l’exaltation, la diminution ou la perversion des forces ; et ces troubles ont une importance telle que les deux premiers ont servi de base aux classifications nosologiques de Brown, de Broussais,

FORCES. — sciE.N'CEs puYsico-CHiHiQUES. [Soppi.émestJ de Rasori. Aussi, sans nous arrêter à l’étude critique des doctrines de Vincitation, du stimulus et du contre-stimulus, qui nous entraînerait à des développements hors de proportion avec le cadre de cet article, réserverons-nous la meilleure part de celui-ci à la description de l’état des forces chez l’homme malade, afin d’en tirer les déductions pratiques qu’elle peut fournir.

Toutefois il nous paraît indispensable d’établir d’abord, aussi succinctement que possible, ce qu’est actuellement la notion de force dans les sciences physico-chimiques et physiologiques, avant d’entrer sur le terrain de ta pathologie.

Sciences physico-chimiques. — Les attributs de la force envisagée dans le monde inorganique sont caractérisés d’une façon à peu près identique par les savants de toutes les écoles : les découvertes successives de la science ont fait faire à leur connaissance des progrès considérables et incontestés.

Il est généralement admis que toute propriété inhérente à la matière brute devient force dès l’instant que, envisagée dans un corps, elle modifie l’état moléculaire, l’état physique ou les propriétés d’un objet voisin ou éloigné : il faut donc entendre par force une manière d’examiner les propriétés inhérentes aux corps bruts dans leurs relations réciproques, telles qu’elles s’offrent à l’état actif, au lieu de les considérer d’une ma nière indépendante, cette indépendance n’existant jamais autrement que par un effet d’abstraction. Ici il ne pouvait être question de cette identité c< simple et une, identique et inaltérable, spirituelle et immatérielle, » complaisamment admise autrefois. Le mot force désigne abstractivement une source quelconque de mouvement, et prend, au fond, le même sens que le moi propriété, puisqu’une source de mouvement ne saurait être autre chose qu’une propriété.

L’idée de force est dès lors inséparable de l’idée de matière, mais toutes deux sont des conceptions abstraites. « C’est un contre-sens de considérer la matière comme réelle et la force comme une simple conception ; la matière et la force sont deux attributs de la réalité, deux abstractions formées par le même procédé intellectuel ; nous ne connaissons et ne pouvons connaître que la matière active » (Helmholtz). On arrive donc à cette définition concise : une force est une cause de mouvement.

A la fin du siècle dernier (1775), Lavoisier a scientifiquement démontré la permanence de la matière, et établi d’une façon irréfutable cette loi que « rien ne se crée, rien ne se perd ».

A son tour, Helmholtz a ainsi formulé le principe de la permanence ou de la conservation de la force (1847) : la quantité de force capable d’agir qui existe dans la nature inorganique est éternelle et invariable, tout aussi bien que la matière. De même que, quand elle semble disparaître, la matière change simplement d’état, de même la force, quand elle paraît s’anéantir, subit seulement une transformation ; le mouvement extérieur devient intérieur, la force vive se change en force de tension.

[Sdpplésient] forces. — sciences physico-chimiqdes. 225

Celte distinction, qu’on retrouve en médecine sous les noms de forces agissantes et de forces radicales, est la base du principe de la corrélation des forces. Un corps suspendu dans l’atmosphère forme avec la terre un système dont la gravitation tend sans cesse à changer l’état en rapprochant la terre et le corps jusqu’au contact ; abandonné à lui-même, il tombe, entraîné par un mouvement uniformément accéléré dont la vitesse, à un moment quelconque de la descente, est proportionnelle à la racine carrée de la hauteur de chute ; lorsqu’il atteint la surface de la terre, il effectue un travail que représente le produit de la moitié de sa masse par le carré de la vitesse acquise, et qui prend le nom de force vive. Mais, tant que le corps est maintenu à la hauteur initiale, la gravitation n’a effectué aucun travail ; seulement elle peut effectuer le travail maximum : l’énergie du système est potentielle au lieu d’être actuelle, la force est à l'état de tension.

De même, tant que deux corps susceptibles de se combiner restent en présence, le système qu’ils représentent a en lui la force à l’état de tension. Quand la combinaison s’effectue, la force vive se manifeste, et le travail accompli pendant la combinaison se montre par la quantité de chaleur dégagée.

Non-seulement les forces vives se transforment en forces de tension, et réciproquement, mais les forces vives se transforment les unes dans les autres. Toute propriété d’un corps envisagée dans ses relations avec celles de quelque autre corps prend, avons-nous dit, le nom de force. Or les formules qui expriment les lois fondamentales des propriétés mécaniques, physiques ou chimiques, expriment aussi la manière dont se transmettent la lumière, la chaleur, les vibrations sonores des corps, etc. Toutefois le mieux connu actuellement de ces remplacements est la substitution de l’effet thermique au travail mécanique et du travail mécanique à l’effet thermique, autrement dit l’équivalence de la chaleur et du mouvement, qui se fait suivant une loi constante, identique, pour les deux ordres de substitution. Cette loi, basée sur les observations de Joule (1844), qui trouva l’équivalent mécanique de la chaleur en déterminant le degré d’échauffement que fait subir à l’eau une roue mue parla chute d’un poids, est ainsi formulée : 1° Quand une force motrice suffisante pour effectuer un travail de 425 kilogrammètres est consommée sans produire ni travail mécanique ni force vive appréciables, il y a nécessairement production d’une unité de chaleur; — 2“ réciproquement, quand une unité de chaleur est consommée sans déterminer un effet thermique appréciable, il y a nécessairement production d’une force motrice suffisante pour effectuer un travail mécanique de 425 kilogrammètres ; — 3“ les quantités de force motrice et de chaleur qui peuvent se substituer l’une à l’autre sont donc dans le rapport constant de 425 à 1.

Cette solidarité ou corrélation des forces est telle que, toutes les fois qu’un de ces états d’activité de la matière se transmet à un autre corps, il détermine dans celui-ci le même ou un des autres modes d’activité ;

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