TOI V. DICT. MÉD. ET CHIE. XL
226 FORCES. — physioi.ocie. [Scpplémekt]
que, toutes les fois que l’un d’eux cesse de se manifester en un corps, il ne le fait qu’en déterminant, dans un ou plusieurs autres corps, une somme équivalente d’activité mécanique, physique ou moléculaire, égale à la sienne. Un corps en mouvement ne s’arrête qu’en déterminant du mouvement, de la chaleur, de la lumière ou de l’électricité. Jusqu’ici l’équivalent mécanique de la chaleur seul a été calculé; ceux de la lumière et de l’électricité n’ont pu l’être, mais cette absence de mensuration n’enlève rien à la certitude de ce fait que lumière et électricité sont des modes de mouvement qui subissent aussi la grande loi de la corrélation des forces physiques et mécaniques.
11 existe enfin un certain nombre de forces spéciales, dites force attractive, force répulsive, auxquelles on rapporte certaines actions que les corps exercent autour d’eux et qui ont pour mesure le travail effectué ou la force vive communiquée, mais dont la science n’est pas encore parvenue à déterminer la nature. Cependant, si, conformément à la théorie atomique, on considère tous les corps simples comme constitués par la réunion d’atomes de matière pondérable, entre lesquels sont interposés des atomes de matière impondérable ou éther dont les mouvements seraient incessants, tout en ayant une vitesse et une amplitude variables, on pourra considérer les forces attractive et répulsive comme dépendant de ces mouvements qui, faibles dans le premier cas, permettent l’attraction réciproque des atomes pondérables, d’où résulte la cohésion dans les corps solides ; forts dans le second cas, écartent ces atomes pondérables et amènent la répulsion réciproque qui détermine l’expansion des corps gazeux ; dans les liquides, enfin, attraction et répulsion s’équilibreraient, de sorte que les atomes resteraient soumis à l’unique influence de la pesanteur, et, sous cette influence variable d’un moment à l’autre, seraient dans un état d’instabilité constant.
En résumé, « les forces physico-chimiques ne sont pas autre chose que des modes de mouvement ; la corrélation des forces physiques ne consiste pas en autre chose qu’en des transformations de mouvement. Donc les trois choses que l’esprit humain trouve dans les phénomènes de la nature brute, mouvement, mobile et moteur, se réduisent à une chose unique: le mouvement » (Beaunis).
Physiologie. — Les principes que nous venons de résumer comme acquis à la science étudiant la matière biute sont-ils applicables à la matière vivante ? C’est ce qu’il serait intéressant d’établir d’une façon catégorique ; mais c’est un point plus théorique que pratique, que nous ne chercherons pas à approfondir après tant d’autres, et à propos duquel nous devons nous borner à quelques considérations générales.
La majorité des physiologistes contemporains considèrent la vie comme l’activité de l’économie placée dans certaines conditions dites de milieu, spéciales pour chaque espèce d’organisme, comme un attribut dynamique de la substance organisée, et non comme une chose isolable de celle-ci ni douée elle-même d’attributs : cet état d’activité, cet attribut dynamique, disparaît quand les conditions de milieu et de constitution de la
[Sdpplésiekt] forges. — piiysiologie. 227
substance organisée sont modifiées au delà de certaines limites (Littré).
Parmi les propriétés qui sont spéciales à cette substance, la plus générale est la nutrition, qui peut nous servir de terme de comparaison. Les végétaux la possèdent comme les animaux. « Une plante est réellement soumise à deux forces tendant, l’une à lui soustraire, l’autre à lui fournir de la matière, et, selon que l’une de ces forces dominera l’autre, le poids de la plante diminuera ou augmentera. L’indice de la supériorité de la force assimilatrice est, de la part du végétal, une émission d’oxygène, quoiqu’il n’y ait pas seulement du carbone assimilé ; l’indice de la supériorité de la force éliminatrice est une émission d’acide carbonique, bien qu’il n’y ait pas uniquement du carbone éliminé » (Boussingault).
De même, chez l’homme et chez les animaux, la nutrition consiste dans le fait de combinaisons et de décompositions simultanées des principes immédiats constituant la substance organisée. Mais, d’après Cl. Bernard, les propriétés physiques d’endosmose et d’exosmose, les propriétés chimiques de combinaison et de décomposition, ne se manifestent pas dans l’organisme vivant comme dans un laboratoire ; en d’autres termes, si les forces physico-chimiques qui appartiennent aux corps organisés comme à la matière brute interviennent comme conditions d’existence dans la nutrition, il faut admettre ou qu’elles n’interviennent pas d’une façon exclusive, ou que leur modalité habituelle est modifiée par le milieu vivant et organisé dans lequel on les observe.
Si l’on admet la première hypothèse, on est conduit à accepter l’existence d’une force vitale, « puissance par laquelle nous agissons, nous existons durant un espace de temps comme corps individuel, croissant, engendrant et mourant en cet univers ; qualité pi’opre à tous les êtres organisés, animaux et végétaux ; n’existant jamais dans une substance brute et incapable d’organisation, étant ou la cause ou le résultat de cette organisation » (Virey). Le moindre défaut de cette hypothèse est d’être désespérément vague et d’arrêter toute recherche expérimentale nouvelle, que rend inutile l’impossibilité d'arriver à la connaissance exacte d’un principe immatériel : elle recule la difficulté, elle ne la fait pas disparaître.
Cl. Bernard, tout en admettant dans les phénomènes biologiques l’intervention d’une force étrangère aux forces physico-chimiques, qui président seules aux phénomènes par lesquels la matière brute se révèle à nous, lui donne une importance secondaire, comme on peut s’en convaincre par les passages suivants : « L’observation (de l’ordonnance vitale préétablie) nous montre un plan organique, mais non une intervention active d’un principe vital : la seule force vitale que nous puissions admettre ne serait qu’une sorte de force législative, mais nullement exécutive. La force vitale dirige des phénomènes qu’elle ne produit pas ; les agents physiques produisent des phénomènes qu’ils ne dirigent pas. La force vitale n’étant pas une force active, exécutive, ne faisant rien par ellemême, alors que tout se manifeste par l’intervention des conditions phy-
228 FORCES. — physiologie. [Sopplément]
siques et chimiques, la considération de cette entité ne doit pas intervenir en physiologie expérimentale. »
Il est permis de se demander, malgré l’autorité de l’illustre physiologiste, si le déterminisme, dont il a lui-même si éloquemment affirmé la prépondérance, s’accommode de la reconnaissance platonique d’une force inactive, surajoutée aux forces physico-chimiques dont elle dirige et ne produit pas les manifestations. Pourquoi faire intervenir une notion aussi abstraite, inexplicable même, dans l’explication des phénomènes de la matière vivante, alors que personne' ne songe à l’admettre quand il s’agit de la matière brute, qui, pourtant, présente aussi quelques exemples de dessein, d’enchaînement préétabli, tels que la formation des cristaux, qui se fait suivant des lois variables avec la nature du composé chimique, mais constantes pour un même composé ? tels aussi que la cicatrisation du cristal qui, « brisé sur une quelconque de ses parties et replacé dans son eau mère, subit, en même temps qu’il s’agrandit dans tous les sens par un dépôt de particules cristallines, un travail très-actif sur la partie brisée ou déformée, travail qui, en quelques heures, satisfait non-seulement à la régularité du travail général sur toutes les parties du cristal, mais au rétablissement de la partie mutilée » (Pasteur). 11 est évident, d’après cela, que, si l’on se base sur la coordination nécessaire et préétablie des phénomènes pour admettre une ou plusieurs forces vitales, il faut les admettre dans le monde inorganique comme dans le monde organisé ; si on nie leur présence dans un cas, il faut la nier dans l’autre. Cela implique-t-il une similitude complète entre les phénomènes des deux mondes? Non, certes : c’est simplement donner l’importance qu’elle mérite à l’influence du milieu, qu’il faudrait sans cesse avoir présente à l’esprit, quelle que soit la science d’observation ou d’expérimentation à laquelle on s’adonne ; influence qui, dans le cas particulier, suffit à expliquer les modifications subies dans leurs manifestations extérieures par les forces physico-chimiques, suivant qu’on les considère dans la matière brute ou organisée.
Si de la nutrition, le plus général des modes d’activité de la substance organisée, nous passions aux propriétés ou forces spéciales que possèdent la majorité, mais non l’universalité des 'êtres vivants, nous trouverions partout et toujours les phénomènes biologiques régis par les lois que reconnaissent la mécanique, la physique et la chimie. Ce qu’on appelle force musculaire n’est que l’ensemble des phénomènes relatifs aux mouvements des muscles, et non une force propre et distincte. Ces phénomènes ont été étudiés par Math. Duval (t. XXllI, p. 222). De même, à propos de la cAaZewr animale, P. Sert dit avec raison (t. VI, p. 751): « La chaleur n’étant autre chose qu’un mode de mouvement, il serait oiseux aujourd’hui de discuter l’hypothèse d’une propriété calorifîante du prétendu principe vital, de la caloricité, comme on l’a souvent appelée, hypothèse qui mène directement à la recherche du mouvement perpétuel. » Le système nerveux lui-même, « pour coordonner tous les actes de l’économie vers un même but, la nutrition, le développement
[Süpplémest] forces. — pathologie. ‘229
de l’être et la conservation de l’espèce, se contente de modifier les conditions du milieu intérieur dans lequel et sur lequel travaillent ces activités. Précédée par un travail physico chimique accompli dans la trame des centres et des cordons nerveux, aboutissant à une modification de conditions physico-chimiques, et par suite à un travail d’ordre physicochimique, l’activité nerveuse nous apparaît comme une propriété spéciale d’éléments histologiques spéciaux eux-mêmes par leur composition et leur texture. Mais cette activité spéciale des éléments nerveux dérive évidemment de la réaction physico-chimique qui la précède » (Gavarret) .
En résumé, s’il nous est permis d’exprimer toute notre pensée sur un sujet aussi important, nous croyons que faire intervenir dans l’explication de tous les phénomènes biologiques ou de quelques-uns d’entre eux l’activité d'une force hypothétique, immatérielle, insaisissable, inconnue dans son essence, n’ajoute rien à nos connaissances et nuit aux progrès de la science plus qu’elle ne les sert ; que, d’autre part, nier purement et simplement l’existence de cette force, et assimiler les modes d’activité de la substance organisée à ceux de la matière brute, ne satisfait pas complètement l’esprit qui reconnaît dans l’être vivant un quid proprium jusqu’ici inconnu. Cette négation nous paraît absolument conforme à la vérité scientifique, mais elle ne pourra être établie d’une façon inébranlable que sur la définition exacte des conditions dans lesquelles se manifestent les phénomènes dont il s’agit, définition qui devra prendre pour point de départ la spécialité du milieu où ils se passent, laquelle peut seule donner à la physiologie l’autonomie et l’indépendance réclamées pour elle par Cl. Bernard.
Pathologie. — En pathologie, lorsqu’on parle de la force des contractions cardiaques, de la force des mouvements respiratoires, etc., on fait allusion à l’énergie, à l’activité, avec lesquelles une fonction s’exécute. Ce n’est pas à ce point de vue que nous nous plaçons ici, les troubles de cette nature ayant été étudiés à propos des états morbides de chaque organe. Nous n’avons à considérer que les modifications apportées par la maladie dans les forces du malade, c’est-à-dire dans l’ensemble des modalités par lesquelles l’organisme manifeste ou peut manifester son activité.
Dans cet ensemble, une distinction a été établie dès la plus haute antiquité. Galien paraît avoir été le premier à distinguer deux espèces de forces : in passe et in actu, division à laquelle Hunter a donné une forme thérapeutique en disant que le quinquina agit sur la puissance, le vin sur la fonction, et que Barthez a définitivement consacrée en reconnaissant dans l’économie des forces radicales, que l’organisme tient en réserve, et des forces agissantes qu’il dépense pour ainsi dii’eaujour le jour. Qui ne reconnaît là l’énergie potentielle et l’énergie actuelle, les forces de tension et les forces vives, admises dans les sciences physiques?
Trousseau et Pidoux établissent même une subdivision, portant sur les forces radicales, qu’ils distinguent en forces d'assimilation et forces de résistance : ils se fondent sur ce fait facile à vérifier qu’un homme
230 FORCES. - PATHOLOGIE. AUGMEKT.ATIO.\ DES F. [SdPPLÉME.EtJ
peut avoir une grande puissance d’assimilation et n’offrir aux causes morbides qu’une très-faible résistance.
Ces distinctions sont essentiellement pratiques : elles ont amené la séparation des médications tonique et stimulante, la premièi’e s’adressant aux forces radicales, la seconde aux forces agissantes. La séméiologie ne doit pas non plus les perdre de vue ; on aurait une idée très-incomplète de l’énergie vitale de l’individu, si on se bornait à évaluer les forces actuelles sans tenir compte de celles qu’il tient en réserve.
Cette évaluation des forces chez l’homme malade est, comme le fait remarquer Chomel, un des points les plus importants de la médecine pratique : mais c’est aussi une tâche souvent très-difficile et très-incer taine. En effet, les forces représentant un ensemble, ce serait un grand tort et une profonde erreur de vouloir en connaître l’état par des observations localisées : ce n’est ni l’activité de la calorification, ni l’énergie des pulsations artérielles, des battements cardiaques, des mouvements respiratoires, des contractions musculaires, ni l’aspect du visage, ni les caractères de l’urine, ce n’est, en un mot, aucun signe pris isolément, qui permettra d’évaluer les forces : il faut, pour arriver à une mesure approximative, observer et comparer tous les modes visibles et tangibles de l’activité des organes. Encore n’aura-t-on estimé que les forces agissantes, inactu; pour connaître le degré des forces radicales, in passe, il faudra ajouter aux notions précédentes la connaissance exacte de la nature de la maladie et de la façon dont celle-ci agit sur ces dernières forces, puis faire intervenir l’âge, le sexe, la constitution, les antécédents pathologiques du sujet, et autres causes qui influent à un degré plus ou moins prononcé sur leur niveau.
Après ces quelques mots de séméiotique générale, nous aurions à parler des forces envisagées au point de vue thérapeutique, du strictum et du laxum, des systèmes de Brown, de Broussais et de l’École italienne, auxquels nous avons déjà fait allusion. Mais ce serait nous exposer à d’inutiles redites sur un sujet déjà traité par Luton, à propos des Tom- QOES (t. XXXV, p. 631), en bien meilleurs termes et avec beaucoup plus d’autorité que nous ne saurions le faire. Aussi arrivons-nous tout de suite à l’étude des altérations que la maladie peut apporter à l’état des forces, altérations dont on peut l’econnaître quatre espèces ; augmentation, diminution, perversion et oppression.
1. Augmentation des forces. — Elle est caractérisée, d’après Chomel, par la couleur rouge et vermeille de la peau, la rougeur et l’intumescence de la face, la régularité et Tassurance des mouvements, la grandeur de la respiration, la force du pouls, l’élévation de la chaleur, la fermeté des chairs, la diminution notable de la quantité des matières excrétées (l’urine et les matières fécales spécialement), l’amendement qu’amènent dans les symptômes les hémorrhagies spontanées et les saignées, la richesse du sang écoulé. Le même auteur ajoute que cet état est en général plus marqué au début et au moment des paroxysmes des maladies qu’au moment de leur l’émission et de leur déclin.
[SupplémestJ forces. — pathologie, dimisütion des f. 231
Si nous ajoutons, pour ce qui est des causes, que l’augmentation des forces est l’apanage du tempérament sanguin, qu’elle est plus fréquente chez l’homme et les jeunes sujets que chez la femme et à un âge avancé, que le régime animal exclusif, l’excès des boissons alcooliques, le travail manuel et intellectuel trop violent ou trop prolongé, y prédisposent (F. Bérard) ; et, pour ce qui est du traitement que le médecin opposera à cet état morbide, soit la médication antiphlogistique (émissions sanguines), soit la médication contro-stimulante (tartre stibié à haute dose), suivant qu’il voudra obtenir une action rapide, mais fugace, ou lente et continue (Grasset), nous aurons résumé ce qu’il est utile de savoir au sujet de l’augmentation des forces telle qu’on l’observe généralement.
11 est évident que cet état se rencontrera le plus souvent dans les maladies inflammatoires aiguës, mais il ne faudrait pas s’attendre à le rencontrer dans toutes les maladies. Ici intervient très-légitimement la distinction des maladies en sthéniques et asthéniques ; dans les premières seules il interviendra souvent, et non toujours.
11 ne faudrait pas davantage confondre l’augmentation des forces avec leur perversion : dans la première, l’exaltation existe seule aussi longtemps que les forces sont altérées ; dans la seconde, elles sont alternativement exaltées et diminuées, ce trouble consiste dans une marche irrégulière des phénomènes dynamiques.
A coté de cette forme d’augmentation des forces dans laquelle l’élément fébrile est prépondérant et la circulation particulièrement atteinte. Grasset décrit une autre forme principalement caractérisée par l’agitation propre au nervosisme, à l’éréthisme nerveux : c’est ce qu’il appelle l’exaltation des forces avec éréthisme nerveux. Une grande impressionnabilité physique et psychique, se traduisant par l’intensité exceptionnelle d’une douleur habituelle à une maladie, ou par l’apparition de symptômes nerveux étrangers à cette maladie, par du délire survenant à l’occasion du moindre malaise, par une agitation morale excessive qui se manifeste toujours, malgré la mobilité des impressions, par une grande exaltation des facultés intellectuelles : tels sont les principaux caractères de cet état auquel prédispose le tempérament nerveux, qui est par suite plus fréquent chez la femme que chez l’homme, qui est presque toujours fugace et qui doit être combattu par les antispasmodiques et les sédatifs.
Quelle que soit d’ailleurs la forme d’exaltation des forces qu’on envisage, ce trouble de l’activité est certainement moins fréquent que l’état contraire, que la diminution des forces : excitation circulatoire et excitation nerveuse représentent souvent la première phase d’une maladie, dans le cours de laquelle elles seront fréquemment remplacées par l’adynamie.
II. Diminution des forces, adynamie, asthénie. — Si l'on s’en tient au sens littéral de l’étymologie, adi/namze (de a privatif, et S6vaiJ.'.ç, force) et asthénie (de a privatif, et c6évoç, force) sont synonymes ; ces deux ' mots peuvent être employés indifféremment pour désigner l’abolition ou plutôt la diminution des forces. Cependant l’usage a établi entre les deux
232 FORCKS. — pathologie, dimisdtiox des f. [Sui*plémest|
termes une distinction qui n’est pas sans valeur et qui mérite d’être conservée. Pour Brown, continuant l’œuvre d’Hippocrate,' l’astA^me consiste dans un état de l’organisme tel, que le défaut de l’incitabilité rend cet organisme susceptible de contracter des maladies d’une espèce particulière, les maladies asthéniques ; c’est une prédisposition et non un état pathologique. Aujourd’hui l’idée d’opportunité morbide est restée attachée au terme d’asthénie, avec quelques modifications : la notion d’incitabilité est reconnue fausse, aucun élément organique ne possédant une propriété de ce genre ; mais ce qui distingue essentiellement l’asthénie de l’adynamie, c’est que le manque de résistance aux actions morbifiques qui caractérise la première est le plus souvent localisé dans un organe, dans un tissu, dans une fonction, et la meilleure preuve que les auteurs l’ont ainsi comprise, c’est la base qu’ils ont donnée à leur classification de l’asthénie lorsqu’ils ont admis une asthénie nerveuse, vasculaire, etc. Ainsi l’asthénie est un état de faiblesse, de défaut de résistance, ordinairement localisé, pouvant être congénital et permanent, tandis que l’adynamie est un état véritablement morbide, généralisé et transitoire.
Donc, lorsqu’on traite de l’état des forces, c’est-à-dire de l’ensemble des activités vitales, pour en étudier la diminution, c’est de Yadynamie qu’il s’agit. Or, une première division s’impose dans cette étude : il faut distinguer l’adynamie vraie, réelle, de l’adynamie fausse dont nous parlerons plus loin sous le nom d’oppression des forces qui lui est réservé.
Malheureusement une véritable confusion règne, dans le langage courant des médecins, sous le nom à' adynamie, entre la diminution des forces proprement dite et un ensemble symptomatique beaucoup plus étendu. Cullen qualifiait d’adynamiques les maladies dans lesquelles il y a « diminution des mouvements volontaires, tant vitaux que naturels » ; et Vogel appelait spécialement ainsi « les affections caractérisées par l’abattement des forces, par une extrême diminution de l’énergie musculaire ». Mais Pinel, ne se contentant pas de qualifier d’adynamiques les fièvres désignées avant lui par l’épithète de putrides, donna à l’adynamie une extension telle que ce terme devint avec lui et après lui parfaitement synonyme de putridité, et que beaucoup d’auteurs contemporains, sciemment ou non, ont conservé cette synonymie vicieuse. Dès lors, les caractères symptomatiques de l’adynamie deviennent, à peu de chose près, semblables à ceux des fièvres typhoïdes graves ; et nous n’aurions, semble-t-il, qu’à nous reporter au tableau de la dothiénenterie pour avoir celui de la diminution des forces. Une autre conséquence de cette assimilation est une appréciation vicieuse des causes qui déterminent l’adynamie : celle-ci serait uniquement le symptôme des nosohémies qui dérivent de la putridité, de la virulence et de l’intoxication du sang. Cependant il est de toute évidence qu’étymologiquement et cliniquement l’état de faiblesse désigné par ce terme n’implique pas nécessairement « un état infectieux du sang » ; que les forces peuvent être diminuées par l’anémie accidentelle ou par l’anémie lente, par les diathèses tubercu-
[Sdpplémekt] forces. — pathologie, oppression des f. 253
leuse, cancéreuse, etc., autant que par les maladies qui, comme la fièvre typhoïde, ont un caractère manifeste de putridité.
Nous nous rallions donc à l’opinion de Cliomel qui caractérise cet état « par la pâleur de la peau, l’abattement des traits, la langueur dans l’attitude et les mouvements, les défaillances, la fréquence et la petitesse de la respiration, la faiblesse du pouls, la diminution de la chaleur, la sensibilité au froid, la mollesse des chairs, l’abondance et la ténuité des matières excrétées. Si les hémorrhagies ont lieu dans ces circonstances, elles rendent les autres signes plus manifestes encore, et le sang luimême est sans consistance et sans couleur ».
Ces signes varient d’ailleurs, dans leur marche comme dans leur intensité, avec la nature des maladies qu’ils accompagnent. Sans parler de certains empoisonnements dans lesquels ils apparaissent subitement avec une gravité telle que la mort en est fatalement le résultat, quelques maladies aiguës, la fièvre typhoïde, par exemple, déterminent une diminution des forces qui peut être considérable en quelques jours : la faiblesse est alors plus marquée pendant les rémissions qu’au moment des paroxysmes, et peut être portée au point d’interdire au malade le plus léger mouvement. Dans les maladies chroniques, au contraire, elle survient lentement, progressivement, et à la difficulté des mouvements volontaires se joignent des troubles de la nutrition, tels que l’amaigrissement, la sensibilité du corps à l’iufluence du froid extérieur, etc., qui s’accentuent peu à peu, mais amènent rarement l’immobilité complète, fréquente dans les cas aigus.
Pour ce qui est des causes et du traitement de la diminution des forces, de l’adynamie vraie, réelle, il nous suffit de renvoyer à l’article déjà cité de Luton (t. XXXV, p. 641).
111. Oppression des forces. — Dans cet état, auquel on a donné justement le nom de fausse adynamie, le malade, loin de manquer de forces, est embarrassé de leur excès, et opprimé, pour ainsi dire, sous sa propre puissance. On ne saurait mieux le caractériser qu’en citant le passage suivant de ÇXxoraeX [Dictionnaire en 30 volumes, i. XllI, p. 386) :
« L’oppression des forces est cet état dans lequel il n’y a qu’une apparence de faiblesse avec laquelle il serait dangereux de le confondre; erreur d’autant plus facile que l’oppression des forces se montre sous des traits à peu près semblables à ceux qui caractérisent leur diminution : abattement de la physionomie, couleur pâle ou livide du visage, difficulté des mouvements, engourdissement des sens et des facultés intellectuelles, petitesse et parfois inégalité du pouls, froid des extrémités, etc. — La faiblesse réelle est presque toujours due à des causes manifestes, existe chez des sujets naturellement débiles ou débilités par des fatigues excessives du corps et de l’esprit, par des chagrins prolongés, la privation d’aliments ou l’usage d’aliments peu nutritifs, les veilles, l’abus des jouissances. — L’oppression des forces a lieu particulièrement chez des sujets bien constitués, dans la force de l’âge, adonnés à la bonne chère et à l’oisiveté ; elle a lieu subitement ou dans la première période des
254 FORCES. — pathologie, perversion des e. [Supplément]
maladies, tandis que la véritable faiblesse se montre progressivement et à une époque plus avancée des affections aiguës. Si les moyens débilitants, particulièrement la saignée, ont produit du soulagement, si des hémorrhagies ou des évacuations alvines spontanées ont paru diminuer la faiblesse, il y a oppression des forces; si les évacuations spontanées ou provoquées sont nuisibles, si le vin et les cordiaux ont modéré l’intensité du mal, la diminution des forces n’est pas apparente, mais réelle. »
Ce dernier trait distinctif de l’oppression des forces fournit une précieuse donnée à la conduite thérapeutique à suivre, et c’est bien le cas de se conformer aux indications fournies par la nature. Les évacuations spontanées, sanguines et autres, améliorant la situation, c’est à elles qu’on s’adressera d’abord, d’autant plus que la certitude du diagnostic y trouvera son compte. Il faut se rappeler en outre que celte fausse adynamie peut être occasionnée par une lésion d’ordre chirurgical, et que l’intervention du chirurgien peut faire disparaître l’une et l’autre {Voy. t. XXXV, p. 642).
IV. Perversion des forces, ataxie. — Les forces sont perverties lorsque les phénomènes qui en donnent la mesure présentent un désordre plus ou moins manifeste, soit que des symptômes ordinairement isolés se montrent ensemble, soit que des symptômes opposés les uns aux autres se succèdent rapidement, soit enfin qu’apparaisse un trouble sympathique dans l’intelligence, les sensations, l’expression du visage, les gestes et les mouvements. Cette perversion peut exister avec l’augmentation ou la diminution des forces, et aussi indépendamment de l'une et de l’autre (Chomel).
Le terme à' ataxie (de a privatif, et vâ;iç, ordre), qui, employé seul, peut servir de synonyme à celui de perversion des forces, a été usité autrefois pour désigner des phénomènes très-divers : accidents insolites survenant dans le cours d’une maladie, prédominance de troubles nerveux dans certaines fièvres, et même troubles de quelques fonctions normales, la menstruation, par exemple. Hippocrate appelait ainsi tout état morbide, tout désordre de l’organisme ; Galien réservait cette expression à l’irrégularité du pouls. Pinel s’en est servi pour exprimer un ensemble de phénomènes nerveux remarquables par l’irrégularité de la marche et la gravité des maladies auxquelles ils sont liés, et qui indiquent une affection cérébrale plus ou moins grave, primitive ou secondaire.
Les principaux phénomènes rattachés actuellement à l’ataxie (lorsque ce mot est employé sans épithète) sont l’affaiblissement ou la perversion des sens, une mobilité extrême et convulsive des muscles de la face, l’exaltation instantanée de la force musculaire se traduisant par des soubresauts ou une raideur tétanique, et accompagnée ou suivie de paralysies partielles, l’insomnie ou un sommeil agité, etc., symptômes fréquents dans le cours du typhus et de la fièvre typhoïde, et qui, suivant qu’un ou plusieurs d’entre eux prédominent, ont fait créer les mots d’ataxie cérébrale, d’ataxie de l’innervation, d’ataxie du pouvoir sensitivo-moteur, etc.
Mais, lorsqu’on parle à' ataxie du mouvement, on a en vue l’incoor*
[SupiaEMEST] GALBANUM. — histoire >:atürei.le. composition. dination des mouvements volontaires, qui a été si bien étudiée au point de vue patliogénique par Jaccoud, au point de vue thérapeutique par Duchenne (de Boulogne), et dont il a été traité avec tous les développements nécessaires à propos des maladies cérébrales ou médullaires dans lesquelles elle se montre : ataxie locomotrice progressive (t. III, p. 749) ; paralysie agitante (t. XXYI, p. 72); paralysie générale (t. XXVI, p. 89).
Malgré l’excitation passagère qui se montre à intervalles variables dans la perversion des forces, cet état se rapproche beaucoup plus de l’adynamie que de l’augmentation des forces. On le rencontre surtout chez les sujets qui présentaient un alfaiblissement manifeste avant la maladie dans le cours de laquelle on l’observe ; parfois aussi il atteint, à un moment donné, tous les sujets dont l’affection est quelque peu grave, comme si un génie épidémique, emprunté aux circonstances extérieures, rendait ataxiques toutes les manifestations morbides; c’est ce qu’on observe surtout dans le cours des affections typhiques.
Le traitement de la perversion des forces repose sur l’emploi des antispasmodiques, asa fœtida, camphre, musc, etc., en proportionnant l’énergie des moyens à la violence des symptômes, en ayant recours au besoin, aux affusions froides et aux bains froids. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’un élément adynamique est ordinairement lié à l’élément ataxique, et réclame l’association des stimulants et des toniques aux autres agents. P. D.
GALBANÏJM. — Gomme résine stimulante et antispasmodique, dont la provenance n’est pas encore parfaitement connue.
Histoire naturelle. Composition. — Il existe dans le commerce deux sortes de galbanum, l’une molle, l’autre sèche, et il est probable qu’elles sont extraites de deux plantes différentes (Guibourt). Celles-ci appartiennent certainement à la famille des Oaibellifères, vraisemblablement à la tribu des Peucédanées : mais leurs caractères spécifiques sont incomplètement établis.
Une opinion longtemps répandue rapportait l’origine du galbanum in Bubon galbanum L. (Selinum galbanum Spreng.) ; mais, si cette ombellifère, originaire du cap de Bonne-Espérance, donne une résine analogue à celle qui nous occupe (P. Hermann), on ne peut lui attribuer celle du commerce.
Quant au Galbanum officinale Don, commun dans le Levant, peutêtre fournit-il une petite partie de la résine commerciale. Mais la plus grande part paraît provenir du Ferula galbanifera Lobel, et du Fer. erubescens Boissier : peut-être même ces deux noms doivent-ils être rapportés à une seule plante. On admet généralement aujourd’hui que le galbanum est fourni par deux variétés du Fer. erubescens, décrites par Boissier sous les noms de Fer. gummosa et de Fer. rubricaulis, et rencontrées par Buhse en Perse et dans les contrées voisines. De plus, Borsezow a trouvé entre la mer d’Aral ét la mer Caspienne une plante du même genre, le Fer. schaïr, dont le suc est analogue au galbanum du
236 GALBANUM. — emploi thérapeütiqüe. [Sdpplémekt]
commerce. En résumé, celui-ci est fourni par plusieurs espèces ou variétés du genre Férule, distinct du genre Galbanum. Il découle pendant la saison chaude de la lige et de la base des feuilles, en larmes jaunâtres, d’odeur forte et aromatique, de saveur amère. Pour augmenter l’abondance de la récolte, on incise souvent la lige au voisinage du sol, et même la racine, et on recueille le suc qui suinte de l’incision.
Le galbanum mou est en larmes ou en masses jaunes, gluantes, d’aspect extérieur vernissé, à cassure grenue, d’odeur pénétrante; sa saveur âcre et amère le rapproche de la gomme ammoniaque, dont il diffère par la forme de ses larmes libres ou agglomérées ; son odeur et sa saveur le distinguent du sagapénum.
Le galbanum sec diffère du précédent par l’aspect de ses larmes, qui sont blanchâtres à l’intérieur, ni gluantes ni vernissées, et de la gomme ammoniaque par sa friabilité, sa cassure inégale, non vitreuse.
Le galbanum renferme (Vigier) :
Une huile essentielle (6,75 pour 100), incolore, de saveur d’abord chaude, puis fraîche et amère ; d’odeur balsamique, rappelant à la fois celle du camphre et du galbanum ; dextrogyre ;
Une résine (65, 80 pour 100), brunâtre, transparente, friable, insipide; soluble dans l’alcool, l’éther et les solutions alcalines ; se ramollissant entre 55 et 60“ ; donnant, quand on la soumet à la distillation sèche, une huile d’un bleu-indigo, d’odeur aromatique, qui laisse déposer, au bout de quelque temps, des cristaux aciculaires et incolores à’ombelliférone, substance qu’on peut extraire, à l’aide de la distillation ou de l’action de l’acide sulfurique concentré, de toutes les résines provenant des ornbellifères ;
De la gomme (21,50 pour 100), analogue à la gomme arabique;
De l’acide malique, du malate de chaux, et des matières extractives.
Traité par l’acide azotique, le galbanum se colore en rouge violet: bouilli avec un lait de chaux, il prend une teinte hrune ; en présence de la potasse il se dédouble, et, parmi ces produits de dédoublement, Hlasiwetz a signalé la résorcine, homologue de l’orcine.
11 s’émulsionne assez facilement dans l’eau, qui en dissout 1/4 envil’on ; l’alcool en dissout les 2/5.
Emploi thérapeutique. — Stimulant, anticatarrhal et antispasmodique, comme les autres gommes-résines fournies par les ornbellifères, le galbanum a des propriétés thérapeutiques analogues, mais inférieures à celles de ces substances. Il se rapproche, en particulier, de Vasa fœtida (t. III, p. 468), à laquelle on l’a dit supérieur comme excitant de la circulation, mais qui l’emporte certainement sur lui comme antispasmodique : souvent du reste on associe les deux agents. A ce titre, et comme modificateur des catarrhes des muqueuses, on l’emploie, à l’intérieur, à la dose de 25 centigr. à 1 gr. 50, soit en pilules, soit en émulsion, avec un jaune d’œuf, dans une solution de gomme arabique.
Dans les congestions passives des yeux, dans l’œdème des paupières, dans les. ophthalmies scrofuleuses, etc., on fait usage de collyres pré-
[Scpplémext] GAüLTHÉPiIE. — histoire natdrelle. chbhe. 237
parés avec la teinture de galbanum, en raison de son action résolutive.
Cette même action est mise à profit contre les engorgements froids et indolents, dont la résolution est hâtée par l’application de Vemplâtre de galbanum, qui est en réalité un emplâtre simple additionné de galbanum et de térébenthine.
En Allemagne, on lui attribue une influence spéciale sur l’utérus, qui lui a valu le nom de résine utérine.
Enfin il entre dans la préparation de la thériaque, du diascordium, du baume de Fioravanti, des emplâtres diachylon, diabotanum, etc.
Ch. d’Ivors.
GAUIiTHÉRIE. — Gaultheria procumbens L. — Thé du Canada; Palommier. — Mountain-thea ; Box-Berry ; Partridge-Berry .
Plante de la famille des Éricacées, tribu des Éricinées, dont les feuilles fournissent par distillation une huile essentielle qui a été récemment expéi’imentée comme antiseptique et antirhumatismale.
Histoire natürelle. — Originaire du Canada et de la Virginie, où elle croît abondamment sur les montagnes boisées et sablonneuses, la Gaulthérie est un très-petit arbrisseau, dont la tige, longue de 20 centimètres environ, couchée horizontalement, fournit des rameaux courts et légèrement pubescents. Feuilles alternes, presque sessiles, ovales, coriaces, dentées en scie, non stipulées. Fleurs pourprées, hermaphrodites, axillaires, pendantes, portant à leur base deux bractées. Calice gamosépale, à 5 divisions, accrescent. Corolle gamopétale, à 5 dents. Dix étamines libres, à anthères extrorses. Ovaire à 5 loges, à style dressé et filiforme, à stigmate simple. Capsule globuleuse, à 5 loges, à déhiscence septicide, à graines petites et nombreuses.
Chimie. — Ses feuilles sont douées, .surtout quand elles sont sèches, d’une odeur agréable qui les fait employer en infusion théiforme dans les pays d’origine de la plante, et qui est due à une huile volatile qu’elles fournissent par distillation aqueuse ; les ramuscules, les fleurs et les fruits en contiennent aussi une certaine quantité, bien moindre d’ailleurs que la proportion extraite des feuilles.
L’essence ou huile essentielle de Gaulthérie, dite aussi essence de Wintergreen (mais à tort, puisque c’est la Pyrole ombellée qui est connue en Amérique sous le nom de Wintergreen), est un liquide incolore, prenant une teinte rouge par son exposition prolongée à l’air; d’odeur agréable; de saveur aromatique; bouillant à 223*’, 7 ; plus lourde que l’eau et que toutes les autres essences (1,1969); à peine soluble dans l’eau; très-soluble dans l’éther et dans l’alcool à 86“, un peu moins dans l’alcool plus étendu.
Cahours a montré que cette essence est un mélange de salicylate de méthyle (acide méthylsalicylique ou gaulthérique) et d’un hydrocarbure auquel il a donné le nom de gaulthérilène. On sépare ces deux corps en distillant l’essence, redistillant le produit, et recueillant ce qui passe à 222».
23S GAÜLTHÉRIE. — effets physiologiques et thérap. [Süpplémext]
V acide gaulthe'rique ou salicylate de méthyle (C'“1P0“) est un liquide incolore, peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et l’éther, bouillant à 222° ; sa solution aqueuse, traitée par les sels ferriques, prend une coloration violette, comme l’essence elle-même et tous les composés salicylés dans les mêmes conditions. En présence de l’acide nitrique fumant, il se transforme en acide méthylnilrosalicylique. Chauffé avec la potasse, il fournit de l’alcool méthylique et du salicylate de potasse.
Le gaullhérilène est un liquide incolore, d’odeur assez
agréable, bouillant à 160°, dont la densité est de 4,92.
Cahours a également montré que l’huile de gaulthérie peut être obtenue en distillant un mélange de 2 parties d’acide salicylique, 2 parties d’éther méthylique, et une partie d’acide sulfurique concentré.
En6n l’écorce d’un bouleau de l’Amérique du Nord (Belula lenla Dur.) fournit, par distillation, une essence qui se rapproche de la précédente par son odeur et par la présence du salicylate de méthyle, mais qui en diffère en ce qu’elle ne contient pas de gaullhérilène (Procter).
Effets physiologiques et thérapeutiques. — Jusqu’à ces dernières années, l’emploi médical de la gaulthérie était peu intéressant. L’infusion théiforme de ses feuilles donne une boisson agréable qui était utilisée contre l’asthme au Canada (Coxe). L’essence qu’elles fournissent servait, dans les pharmacies américaines, à aromatiser les sirops.
En 1880, Gosselin et A. Bergeron, comparant la valeur thérapeutique d’un certain nombre de substances dont les propriétés antiseptiques se manifestent au contact et à distance (alcool pur, eau-de-vie camphrée, baume du commandeur, teinture d’iode, préparations phéniquées), ont reconnu que les unes étaient irritantes, caustiques même, et parfois toxiques après absorption ; que les autres avaient une odeur forte, qui n’était pas sans inconvénients, ou étaient d’un emploi difficile à cause de leur prix élevé, des taches qu’elles laissent, etc. Aussi ont-ils eu l’idée d’appliquer au pansement des plaies l’huile de gaulthérie, qui leur a paru avoir la même action antiseptique que les autres agents, sans en avoir les inconvénients.
Employant d’abord des solutions de 2,5 et 5 parties d’huile pour 100 parties d’alcool à 86°, ils ont constaté que l’addition de quelques gouttes de ces liquides retardait l’apparition des vibrions et de la putréfaction dans le sang plus que l’addition de pareille quantité d’alcool pur. Mais craignant que ces solutions, comme l’alcool lui-même, favorisent l’escliarification et retardent trop longtemps la suppuration quand celle-ci est inévitable, ils ont essayé les deux préparations suivantes, qui restent parfaitement transparentes :
1° Solution forte :
Huile de Gaullhcria .Alcool à 86°. . . .
Eau .
|Sdi'1'LÉ3iert] GAULTHÉRIE. — effets physiologiques et thérap. 239
2“ Solution faible :
Huile de GauUlieria . 2 gr. 50
Alcool à 86» . 100 —
Eau . 100 —
La première solution contient ainsi de l’alcool à 60“ ; la seconde, de l’alcool à 45“. Or voici les résultats des expériences instituées en vue de faire la part de l’essence et de l’alcool seul, en opérant à une température voisine de celle qui est normale chez l’homme {-h 52" ou 55") : dans un premier flacon contenant 8 gr. de sang, une odeur fétide et des vibrions apparurent le 5" jour; ils se montrèrent le 4" jour dans un second flacon, où le sang avait été additionné de 25 gouttes d’alcool à 60", tandis qu’on ne les constata que le 9" jour dans un 3" flacon où avait été ajoutée pareille quantité de solution forte de gaulthérie ; de même, l’addition de la solution faible retarda jusqu’au 6" jour l’apparition des vibrions, dont la présence était constatée dès le 4" jour dans un dernier flacon contenant de l’alcool à 45“ mélangé au sang.
D’autre part, de deux tubes contenant du pus, le premier, dans lequel ce liquide était seul, présenta de l’odeur et des vibrions dès le 4" jour ; dans le second, où une goutte de la solution forte était ajoutée quotidiennement, aucune altération ne se manifesta jusqu’au 25" jour, malgré l’entretien d’une température ambiante de -t- 33".
Enfin des expériences sur des animaux (cochons d’Inde et lapins) ont montré que ces solutions de gaulthérie ne produisaient après absorption aucun phénomène toxique, et ne déterminaient pas d’escharification aux points d’application.
Forts de ces résultats, Gosselin et A. Bergeron ont commencé des essais cliniques dont les résultats ont toujours été satisfaisants, soit que le pansement de plaies de diverse nature ait été fait avec plusieurs épaisseurs de tarlatane imbibée de la solution forte, soit que celle-ci ait été injectée par un drain dans la profondeur d’une plaie. Tantôt ils ont obtenu une cicatrisation immédiate, sans suppuration ; tantôt la suppuration, rendue inévitable par l’état de la plaie, est du moins restée modérée, et n’a pas été accompagnée de signes d’inflammation locale ou générale intenses.
En résumé, la solution alcoolique de gaulthérie peut être considérée comme un agent antiseptique d’une réelle efficacité et d’un emploi facile, qui, s’il n’assure pas mieux que les autres substances alcooliques ou les phénols la réunion immédiate, a du moins l’avantage de ne produire ni irritation ni gangrène locales, de ne pas offenser l’odorat du malade ou du chirurgien, etc.
Plus récemment, Cassamayer (de Brooklyn), se fondant sur la grande proportion de salicylate de méthyle que renferme l’huile de gaulthérie, a eu l’idée d’employer celle-ci dans le rhumatisme articulaire en qualité de médicament salicylé. Kinnicutt (de New-York) a administré cette huile, à la dose de 15 à 20 gouttes dans 60 gr. d’eau, dans un certain nombre de cas de rhumatisme aigu et subaigu, et a toujours vu la durée de la fièvre et des douleurs articulaires diminuée ; il n’a jamais observé
240 GELSEMIÜM SEMPERYIRENS. — histoire naturelle. [Suppi.ément] de phénomènes d’intolérance gastrique ni d’intoxication ; les bourdonnements d’oreilles ont été rares. Enfin il a constaté que l’huile essentielle est très-rapidement éliminée par les reins, ainsi que l’indiquent l’odeur prise par l’urine et la coloration xiolette produite dans ce liquide par l’addition du perchlorure de fer ; l’action élective sur les reins et les propriétés diurétiques que lui assigne Mallez sont donc hors de doute. De ses expériences Kinnicutt conclut que, par son goût très-supportable, par son bon marché relatif, par la facilité avec laquelle elle est tolérée, par les effets thérapeutiques qu’elle produit, l’huile de gaulthérie l’emporte, dans le rhumatisme articulaire, sur tous les autres agents de la médication salicylée : il est nécessaire d’en continuer l’emploi, à doses décroissantes, pendant les premiers jours de la convalescence.
L. Gosselin et A. Bergeron, Recb. s. la valeur antisept. de certain, subst., et en partie de la solut. alcool, de G- (Arch, gén. de méd.^ 1881, p. 16). — Wdrtz. Dict. de chim., 1. 1, 2^ partie. — Paris méd., 1883, p. 442.
Ch. d’Ivors.
OËLSEMIUM SEMPERVIREKS. — Plante qui a été successivement rangée parmi les Scrofulariées et les Apocynées, et que les botanistes s’accordent généralement à placer, avec de Candolle, dans la famille des Log-aniacées, tribu des Gelsémiées.
Histoire natorelle. — • Le G. sempervirens Ait. {G. nitidum Mich., jasmin jaune ou sauvage) est un arbuste grimpant, glabre, lisse, commun dans les terrains plats qui avoisinent la mer et les fleuves, dans la Virginie, la Caroline, la Géorgie, etc. ; à feuilles opposées, entières, ovales, portées par un court pétiole; à fleurs hermaphrodites, jaunes, disposées en cymes axillaires, exhalant la même odeur que le jasmin d’Europe, à préfloraison imbriquée; calice gamosépale à 5 divisions profondes ; corolle infundibuliforme à 5 lobes ; 5 étamines soudées au tube de la corolle, à anthères oblongues, biloculaires, introrses; ovaire oblong, biloculaire, surmonté d’un style bifide ; ovules nombreux, insérés verticalement, sur un à quatre rangs, dans l’angle interne de chaque loge; fruit capsulaire, à deux loges, dont chacune renferme 5 à 6 graines aplaties, orbieulaires, entourées d’une aile à bords déchiquetés, contenant un albumen charnu et un embryon droit à cotylédons ovales, aplatis.
Les parties usitées en médecine sont le rhizome et la racine, qu’on trouve dans le commerce en fragments longs de 5 à 20 centimètres, ayant souvent 2 centimètres de diamètre, un peu amers, dépourvus d’odeur propre, et parfois mélangés à des morceaux de tige aérienne. Les fragments de rhizome se reconnaissent à ce que leur centre est occupé par une moelle peu épaisse ou par une cavité laissée par la destruction de celle-ci, tandis que les fragments de racine véritable, plus abondants que les premiers, souvent tordus sur eux-mêmes, à écorce grise, à bois jaune parcouru par des rayons blanchâtres, n’ont ni moelle ni cavité centrale.
Chimie. — Les deux substances principales que renferme la racine du gelsemium sont V acide gelséminique et la gelsémins.
[Supplément] GELSEMIÜM SEMPERVIRENS. — effets physiologiques. 241
L’acide gelséminique a été découvert par Wormby en 1870. Il cristallise en aiguilles incolores, inodores, presque insipides, très-peu solubles dans l’eau froide; plus solubles dans l’eau bouillante, d’où, après refroidissement, le bichlorure de mercure le précipite en jaune, et le nitrate d’argent en jaune brun ; très-soluble dans l’alcool et dans l’éther. Chauffé au-dessus de 100“, il se sublime sans se décomposer, ses vapeurs se condensent en cristaux prismatiques. Ses solutions alcalines sont fluorescentes à un degré très-prononcé : la fluorescence hleue existe encore dans une solution au millionième.
Le principe actif du gelsemium est la gelsémine, alcaloïde découvert par Fredigke. C’est un corps solide, incolore, inodore, amer, cristallisant difficilement dans l’alcool; soluble dans l’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone; à peine soluble dans l’eau, soluble dans l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique, et précipité de sa solution par les alcalis. La gelsémine fond à 45“ et se volatilise au-dessus de 100“. L’acide sulfurique additionné de bioxyde de manganèse lui donne, ainsi qu’à ses sels, une coloration rouge brun qui passe au pourpre par une légère élévation de température. Les alcalis la précipitent de ses sels en blanc; le bichlorure de. mercure la précipite aussi en blanc; le chlorure de platine, en jaune; l’acide picrique donne un précipité jaune cristallin ; le chlorure d’or, un précipité jaune amorphe. Elle fournit des sels (chlorhydrate, sulfate, azotate, acétate) cristallisahles, très soluhles dans l’eau, fusibles vers 100" et donnant une masse vitreuse en se refroidissant.
Effets physiologiques. — Des expériences entreprises sur les animaux par Sydney-Ringer, Murrell, Tweedy, Rouch, il résulte que le gelsemium sempervirens et son alcaloïde sont des poisons du système moteur. Lorsqu’on injecte sous la peau d’une grenouille, au voisinage du réservoir lymphatique postérieur, quelques gouttes d’une solution aqueuse de gelsémine ou d’extrait liquide de gelsemium, on voit l’animal devenir paresseux et présenter une grande diminution des mouvements volontaires et réflexes : il garde la position qu’on lui donne, ou ne la quitte qu’avec lenteur et sous l’influence d’une forte excitation; placé sur le dos, il/ y reste une ou deux minutes, et ne se remet sur le ventre que lentement! et maladroitement ; il finit même par ne plus réagir pour échapper aux/ souffrances d’une violente piqûre, il est devenu tout à fait immobile et flasque.
Parfois on observe un frémissement fibrillaire dans les muscles des membres pendant que leur paralysie progresse et s’accentue. A une époque plus avancée de l’intoxication, lorsque l’énergie des mouvements volontaires et réflexes est déjà considérablement diminuée et que la respiration elle-même a déjà cessé, le cœur battant encore, apparaissent des convulsions, vrais mouvements tétaniques spontanés ou provoqués, qui atteignent principalement les membres inférieurs, qui durent peu (de une demi-heure à trois heures au plus), et qui ne succèdent à l’irritation qui les provoque qu’après quelques secondes, comme si la moelle épuisée ne recouvrait son énergie qu’au bout d’un certain temps : ces caractères.
242 GELSEMIÜM SEMPERVIRENS. — effets physiologiques. [SupplémestJ joints au moment d’apparition du tétanos gelséminique, distinguent celuici du tétanos strychnique.
En même temps, la respiration, d’abord accélérée, se ralentit avec rapidité, et cesse avant que la paralysie des membres soit complète. Le cœur subit en dernier lieu l’action du gelsemium ; lorsque celui-ci est administré à dose moyenne, les battements cardiaques présentent un ralentissement progressif, sans irrégularités, aboutissant en plusieurs heures à un arrêt complet; quand la dose est très-forte, le nombre et la force des pulsations diminuent de moitié en quelques minutes, puis viennent des irrégularités, et rapidement l’arrêt du cœur en diastole.
Le chien, le lapin, présentent des phénomènes analogues. Après quelques minutes, pendant lesquelles il n’a pas semblé incommodé, l’animal s’accroupit, rabat ses oreilles en arrière; la pupille se resserre, puis se dilate ; les paupières se paralysent ; l’œil devient saillant, se vitre ; la paralysie des membres progresse, celle de la respiration se manifeste par une dyspnée intense et des convulsions asphyxiques, au milieu desquelles la mort survient, le cœur cessant de battre. Cette terminaison survient, chez le lapin, en une demi-heure à une heure après une injection de 50 centigr. à 1 gr. d’extrait de gelsemium ou de 10 centigr. de gelsémine.
Chez l’homme enfin, les effets physiologiques du gelsemium et de ses préparations ont été étudiés par Rouch, 0. Berger, Sydney-Ringer, etc. Ces effets se font d’abord sentir dans la région du front et des yeux : au début, céphalalgie frontale légère, puis étourdissements, éblouissements, troubles de la vue peu prononcés ; à dose plus forte, diplopie sans strabisme apparent, avec lourdeur de la paupière supérieure et commencement d’atrésie pupillaire ; à dose plus forte encore, chute complète de la paupière, difficulté de l’accommodation, parfois strabisme ; il est remarquable que l’ingestion du gelsemium détermine une contraction primitive de la pupille, bientôt suivie de dilatation, tandis que l’instillation dans l’œil provoque seulement de la mydriase. A ces phénomènes s’ajoutent une fatigue musculaire généralisée, surtout marquée aux membres inférieurs; une dyspnée très-peu marquée lorsque la dose ne dépasse pas 5 gr. de teinture, plus prononcée à dose toxique ; une soif vive, un peu d’ardeur et de gêne dans le pharynx, avec persistance des sécrétions salivaires; enfin la polyurie (Rouch). En somme, le gelsemium paraît exercer sur le centre respiratoire une action moins forte chez l’homme que chez les animaux inférieurs, et seulement consécutive à celle qu’il exerce sur la moelle épinière; son influence semble nulle sur l’intelligence et sur la sensibilité cutanée, peu marquée sur la température et sur le pouls (Sydney-Ringer).
Des cas d’empoisonnement, chez l’homme, ont été signalés par H. de Wolfe, qui, ayant absorbé à une demi-heure d’intervalle deux doses de 60 centigr. de gelsémine, fut pris de somnolence, de frissons, de vertiges, d’abattement général, de vomissements, accidents qu’il est possible de prévenir, d’après Benj. Clarke, en gardant la position horizontale tant
[Süpplémekt] GELSEMIÜM SEMPERVIRENS. — emploi thérapeütiqüb. 245 qu’on est sous l’influence du médicament; par Friedrich, qui observa, après l’ingestion accidentelle d’une cuillerée à bouche d’une teinture de gelsemium préparée depuis plus d’un an, des symptômes d’hydrophobie, qui firent place à une dépression considérable, laquelle disparut sous l’influence d’un vomitif, des excitants employés intus et extra, et de la respiration artificielle; par Dujardin-Beaumetz, qui constata des symptômes pai'alyliques graves chez une malade à laquelle il avait fait prendre, par la bouche, 2 centimètres cubes de teinture; par Freemann, qui vit mourir trois enfants après l’ingestion de 2 grammes de teinture, etc.
La manifestation la plus frappante de l’intoxication gelséminique est la paralysie, et celle-ci résulte, d’après Sidney-Ringer et Murrell, d’une action directe du gelsemium sur la substance grise de la moelle épinière, dont le pouvoir excito-moteur se trouve diminué, puis anéanti. Mais, si l’on se rappelle, d’une part, les contractions tétaniques qui, chez les animaux, interrompent ordinairement l’ensemble paralytique, et d’une part cette observation de Rouch que l’extrait de gelsemium donne une mort relativement calme, tandis que la gelsémine provoque pendant toute la durée de l’intoxication de violentes convulsions cloniques, on se ralliera facilement à l’idée que la plante contient deux principes trèsactifs, dont l’un, paralysant, prédomine dans l’extrait liquide, tandis que l’autre, tétanisant, est représenté par l’alcaloïde.
Emploi thérapeutique. — L’emploi thérapeutique du gelsemium est assez répandu, depuis quelques années surtout, en Amérique, en Angleterre et en Allemagne : par contre, il est encore très-restreint en France, ce qu’expliquent les dangers qu’il présente et qui font clièrement acheter une efficacité douteuse dans bien des cas.
En Amérique, où il est connu sous le nom à’electrical fébrifuge, le gelsemium est depuis longtemps mis en usage contre la fièvre intermittente. J.-D. Gaugbey et Gray se louent de cette application, à laquelle ils auraient vu succéder l’abaissement graduel de la température morbide. Sans nier l’exactitude des observations, il est permis d’èn suspecter la valeur en raison de leur petit nombre, et d’attendre une plus large expérimentation avant d’attribuer au gelsemium les propriétés qui lui ont fait décerner son surnom américain. Serait-il mieux indiqué dans les fièvres continues? Non, d’après Eymery, qui a constaté, chez des lapins, que la diminution de la chaleur animale commençait seulement à se faire sentir quand la paralysie était déjà établie : ce qui n’encourage pas à le donner dans des maladies à tendance adynamique, dans la fièvre typhoïde, par exemple.
Son action antinévralgique est beaucoup plus digne d’attention : c’est principalement à ce titre qu’il a fait son entrée dans la thérapeutique européenne. Les névralgies faciales, surtout celles qui ne revêtent pas une forme congestive, celles qui ne,.s’accompagnent d’aucune fluxion au point malade, constituent son indication capitale (Eymery). Benjamin Clarke, H. de Wolfe, etc., ont vu des névralgies dentaires céder rapi-
244 GELSEMIÜM SEMPERVIRENS. — modes d’adji. et doses. [Sdppléuest] dement à l’emploi de la gelsémine. Les mêmes médecins, ainsi que Wickam Legg, Massini, Dujardin-Beaumetz, Eymery-Heroguelle, ont eu soit des guérisons, soit au moins des améliorations très-notables, dans des névralgies frontales, temporales, sus et sous-orbitaires.
Desmarres, considérant l’action exercée par le gelsemium sur la 5® paire crânienne, et mettant à proGt son influence sur la branche ophthalmique du trijumeau en particulier, obtint un soulagement complet et persistant chez un certain nombre de malades atteints d’iritis rhumatismale, de staphylome, d’irido-choroïdite aiguë d’origine traumatique ou sympathique, etc.
Bien que l’effet antinévralgique du gelsemium se fasse surtout sentir à la face, il n’est pas exclusivement limité à cette région. Une névralgie brachiale (Jurasz), des névralgies intercostales et ilio-lombaires, ont été guéries par le même agent. La névralgie sciatique, quoique plus rebelle, a pourtant disparu dans quelques cas (Eymery, Ortille).
En résumé, et quoi qu’en dise 0. Berger, le gelsemium est, de l’aveu de tous les expérimentateurs, un sédatif puissant des douleurs névralgiques. Malgré cela, un grand nombre de médecins se refusent à l’employer, surtout en France, et cette répugnance s’explique parfaitement par les phénomènes de dépression considérable dont il peut être la source : il en résulte une grande difficulté dans le dosage, qui l’empêchera sans doute de prendre place à côté des autres agents antinévralgiques.
Parmi les affections d’origine nerveuse, Yhémicrânie et la chorée ont été parfois améliorées par le gelsemium, ainsi que le montrent quelques observations citées par Eymery.
John Bead a songé à utiliser l’action que le gelsemium exerce sur la moelle épinière, dont il modère le pouvoir excito-moteur : dans un cas de tétanos, il a administré 40 gouttes d’extrait toutes les deux heures, jusqu’à sédation des symptômes, puis 20 gouttes dans le même temps.
Quant à la mydriase qui succède, au bout de vingt minutes environ, à l’instillation dans l’œil, et qui s'accompagne d’une paralysie du muscle de l’accommodation, nous ne voyons pas quel avantage elle pourrait avoir sur celle que détermine l’atropine, puisqu’elle persiste parfois jusqu’à 8 eh 40 jours d’après Sidney-Binger.
Modes d’administration et doses. — La racine de galsemium peut se donner en poudre, sous forme de pilules ou de cachets, à la dose de 5 à 20 centigr.
Plus souvent, on se sert de la teinture alcoolique : il est prudent de débuter par de faibles doses, 8 à 10 gouttes par jour, pour arriver progressivement à 20 gouttes par jour. Massini a employé 60 gouttes en 24 heures ; dans le même temps; Eymery a vu administrer 80 gouttes : ce sont des doses dangereuses qu’il sera rarement utile d’aborder. La teinture se prend dans de l’ean- .sucrée, ou sert à composer un sirop (50 gramm. de teinture pour WOO gramm. de sirop simple), dont on prend 3 à 4 cuillerées à bouche par jour.
[Scpi'lésiest] gomme AMMONIAQUE. — histoire nat. composition. 245 On peut aussi employer \ extrait aqueux, à la dose de 5 à 20 centigrammes.
Pour éviter les inconvénients résultant de l’emploi des préparations précédentes, dont les effets varient suivant qu’elles sont faites avec la racine seule, la tige aérienne seule, ou le mélange de ces parties, il serait préférable de se servir uniquement de la gelsémine, ou d’un de ses sels solubles dans l’eau. Mais nous avons vu que cet alcaloïde est éminemment toxique, tétanisant, ce qui en rend l’usage difficile. Lorsqu’on y aura recours, on débutera par 3 centigr. et on ne dépassera pas 6 centigrammes.
SïDSEï Risgek et WiLt. MnnBEL [Lancet, 23 décembre 1875). — Etmerï-Herogdelle, Étude du G. et de son act. d. le trailem. des névralg., thèse de Paris, 1877, n» 561. — Wolfe, Bnl. med. Journ., 5 févr. 1881. — B. Clabke, Americ. Journ. of med. Sc., 1882, p. 373. — JoHS Read, Brit. med. Journ., 1882, p. 1243. — Rouen, De Tact, physiol. du G., Paris méd., 1883, p. 43. — Du/abdin-Beaumeiz, Leç. de clin, thér., 5' édit., 1884, t. III, p. 82. Bull, génér. de thér., t. CIX (1883).
Ch. d’Ivors.
GOMUIE AMMONIAQUE. — Nom sous lequel on connaît deux gommes résines, d’origine différente, dont l’une, dite gomme ammoniaque d'Afrique ou fausse, est inusitée en médecine, tandis que l’autre, gomme ammoniaque vraie, est réputée stimulante, antispasmodique, expectorante et résolutive.
Histoire naturelle, Composition. — Les deux sucs dont il s’agit exsudent de plantes qui toutes deux appartiennent à la famille des Ombellifères, mais non au même genre de cette famille.
1. La fausse gomme ammoniaque est fournie par le Ferula tingitana Herm., et est connue au Maroc, d’où elle vient, sous le nom de Fasogh ou Feshoock : c’est elle que connaissaient les Anciens et que Dioscoride en particulier appelle àjj,f;.(i)v’.a-/.ôv, en lui assignant la Cyrénaïque comme lieu d’origine. Elle diffère de la gomme ammoniaque vraie ou médicinale en ce que les larmes ou masses qu’elle forme sont moins blanches, plus friables, moins opaques, laiteuses, d’une saveur et d’une odeur moins prononcées ; enfin elle n’est pas colorée par la solution d’hypochlorite de chaux, qui colore l’autre substance en orangé.
La composition est la suivante (Moss) :
Résine . 67,760
Gomme . 9,014
Eau et huile volatile . 4,290
Bassorine et matière insoluble . 18,8.50
Son seul usage paraît être celui d’encens ou de parfum, auquel on l’affecte en Égypte et à La Mecque.
U. La gomme ammoniaque vraie ou de Perse nous vient de Perse ou d’ .Arménie, où elle est fournie par le Dorema ammoniacum Don (Peucedanum ammoniacum H. Bn.; Dor. Aucheri Buhse; Diserneston
246 GOMME AMMONIAQUE. — effets physiol. et thérap. [Süpplémeyt] gummiferum Spach), ombellifère à tige rameuse, haute de 2 mètres environ ; à feuilles radicales, engainantes, amplexicaules ; à inflorescences capituliformes, portées sur de courts pédoncules, composées de trèspetites fleurs blanches ; le suc gommo-résineux, très-abondant dans toutes les parties de la plante, exsude facilement et spontanément pendant la saison chaude, et se concrète sur la tige où on le récolte.
Cette substance se trouve dans le commerce soit en larmes, d’abord blanches à l’extérieur, devenant jaunes en vieillissant, dures, à cassure blanche et opaque ; soit en masses formées par l’agglomération de larmes que réunit une gangue jaunâtre : cette sorte, moins estimée que la première, ne sert qu’à la préparation des emplâtres. Larmes et masses ont une odeur sui generis, forte et pénétrante ; une saveur âcre, amère et nauséeuse.
La gomme ammoniaque, triturée avec l’eau, donne une émulsion blanche ; l’alcool, l’éther, le vinaigre, la dissolvent en partie.
Braconnot l’a trouvée composée, sur 100 parties, de :
70 p. d’une résine rouge jaunâtre, insipide, ayant l’odeur de la gommerésine elle-même ; soluble en totalité dans les alcalis, l’acide sulfurique, l’alcool, les huiles fixes et volatiles, en partie seulement dans l’éther; fournissant de la résorcine quand on la fond avec la potasse ;
18 p. d’une gomme analogue à la gomme arabique;
6 p. d'eau;
4,20 p. d’une substance gluténiforme insoluble dans l’eau et dans l’alcool.
Elle renferme, en plus, environ 2 p. d’une huile volaille (Hagen), transparente, plus légère que l’eau, à laquelle elle doit probablement son goût amer et nauséeux, et qui, sulfurée d’après Vigier, ne renferme pas de soufre selon Moss et Fliickiger.
Effets physiologiques et thérapeutiques. — L’analogie de composition qui existe entre la gomme ammoniaque d’une part, Basa fœtida et le galbanum d’autre part, explique que depuis l’antiquité jusqu’à nos jours ces gommes-résines aient reçu les mêmes applications, avec quelques modiû-^ cations basées sur l’intensité plutôt que sur la nature de leurs effets.
C’est ainsi que, grâce à l’huile volatile qu’elle renferme, la gomme ammoniaque possède des propriétés stimulantes locales et générales. A la vérité, ces propriétés sont niées par Trousseau et Pidoux, qui ont pu ingérer en un instant jusqu’à 8 grammes du médicament sans éprouver aucun des phénomènes généralement attribués à cette dose élevée. Mais il est probable que cette expérience a été faite avec une gomme éventée et vieillie, que le contact prolongé de l’air avait privée, au moins en partie, de son essence sulfurée; quand celle-ci n’est pas évaporée, la gomme ammoniaque détermine localement la rubéfaction, suivie d’une éruption papuleuse, et, prise à l’intérieur, elle occasionne une excitation circulatoire marquée (Gubler). Toutefois cette action stimulante est moins prononcée que celle qui appartient aux substances de la même espèce, parce que la proportion d’huile volatile est aussi moins élevée.
GÜTTA-PERCHA.
[Supplément]
Cette stimulation d’ailleurs est passagère et fait place à une sédation grâce à laquelle la gomme ammoniaque a pu être employée comme antispasmodique, dans l’hystérie, par exemple. Mais là encore elle se montre inférieure aux autres gommes-résines, à l’asa fœtida en particulier. La principale application de cette substance se tire des modifications qu’elle imprime à la muqueuse broncho-pulmonaire atteinte de catarrhe ; elle est anticatarrhale et antiasthmatique. Elle sera donc employée avec avantage toutes les fois que cette membrane sera le siège d’une hypersécrétion muqueuse ou muco-purulente, qu’il s’agisse d’un état catarrhal chronique ou d’un de ces accès d’asthme essentiel auxquels met fin une abondante expectoration. Dans ce dei’nier cas, elle agit, d’après Trousseau et Pidoux, en hâtant et facilitant le flux qui termine l’accès, et contribue à prévenir le retour de celui-ci, grâce à ses propriétés antispasmodiques. Selon Gubler, elle agit sur les muqueuses à la façon des balsamiques, c’est-à-dire en diminuant leur suractivité sécrétoire. La dyspnée du catarrhe suffocant est également soulagée par son emploi.
La gomme ammoniaque a une action résolutive et fondante, sur laquelle il ne faudrait évidemment pas compter pour combattre, à l’exemple des anciens médecins, ce qu’ils appelaient des obstructions viscérales, mais qui peut se manifester localement, avec une certaine efficacité, contre les engorgements froids et indolents des ganglions et des jointures.
Si la gomme ammoniaque a été considérée, par Alibert entre autres, comme emménagogue, c’est évidemment à cause des modifications qu’elle apporte à l’état nerveux qui retarde l’apparition des règles, et non par suite d’une action directe sur l’utérus.
Modes d’administration et doses. — A l’intérieur, la gomme ammo-^ niaque s’emploie en émulsion ou en pilules, à la dose de 60 centigr. à 2 et 4 grammes.
Si, en cas d’asthme, l’expectoration est empêchée par la viscosité des crachats, Trousseau conseille d’unir à la substance active une égale quantité de savon médicinal, dont l’alcalinité fluidifie les produits à expectorer.
Pour l'extérieur, on l’emploie sous forme à’ emplâtre, ou on en fait une sorte de cataplasme en la délayant dans le vin ou le vinaigre.
Enfin la gomme ammoniaque fait partie des pilules de scille composées, des pilules balsamiques de Morton, du diachylon gommé, de Vemplâtre de ciguë, de l’emplâtre de mercure et d’ ammoniaque.
Ch. d’Ivors.
GÜTTA-PERCHA. — Gomme getlania; Gomme de Sumatra; Gutta tuban.
Sous ces différents noms, sous le premier principalement, on désigne dans le commerce divers produits végétaux dont l’origine botanique est encore mal élucidée, mais que leur mode de formation naturelle et leur composition élémentaire rendent analogues entre eux ainsi qu’au caout-
248 GUTTA-PERCHA. — récoi.te, pdeification, vdlcanisation. [Sdpplément] chouc. Ils diffèrent de celte dernière substance par la propriété qu’ils possèdent de se ramollir à une température peu élevée, et de reprendre en refroidissant leur consistance primitive tout en gardant la forme qu’on leur a imposée pendant qu’ils étaient malléables : celte propriété leur a fait recevoir un certain nombre d’applications médico-chirurgicales.
Histoire xatlrelle. — La gutta-percha est le produit de la concrétion d’un suc laiteux contenu dans les vaisseaux laticifères de plusieurs arbres, en particulier de VIsonandra gutia Hosker, de la famille des Sapotacées.
Originaire de Singapore, répandu dans tout l’archipel malais, haut de 20 à 25 mètres, cet arbre a des feuilles alternes, entières, pétiolées ; des fleurs petites, disposées en grappes à l’aisselle des feuilles; un calice gamosépale, à 6 divisions, persistant; une corolle gamopétale, régulière, à 6 dents; 12 étamines, à anthères biloculaires, extrorses; un ovaire libre, supère, à 6 loges, renfermant autant d’ovules; un fruit bacciforme, charnu, à 6 loges, dont chacune renferme une graine à tégument osseux.
Plusieurs végétaux, voisins ou non du précédent, fournissent aussi de la gutta-percha. Beau visage cite comme laissant exsuder cette substance : parmi les Sapotacées, l’/s. dasyphylla Miq.; Vis. Motleyana de Vriese; Vis. macropliylla, etc. ; — parmi les Asclépiadées, le Cynanchum viminale Willd. ; — parmi les Euphorbiacées, VEuph. nereifolia Willd.; VEuph. tortilis Roltl, etc.
Enfin un autre arbre de la famille des Sapotacées, le Mimusops Balala Gœrtn. [Achras-Balala Aubl. ; Sapota-Mülleri Bl.), originaire de Surinam, fournit un suc laiteux qui, concrété, est connu sous le nom de Balata. Cette substance solide, compacte, assez dure, peu élastique, est en somme une assez bonne sorte de gutta-percha, et peut servir aux mêmes usages.
Récolte, Purification, Vulcanisation. — Primitivement les indigènes des îles de la Malaisie employaient pour recueillir la gutta-percha un procédé qui n’aurait pas tardé à en tarir la source : ils abattaient l’arbre, en enlevaient l’écorce, et recevaient dans des jattes appropriées le suc qui s’en écoulait et dont la quantité était de 7 à 10 kilogr. pour chaque arbre.
Actuellement on se borne à inciser l’écorce du tronc non abattu ; le suc qui en sort est recueilli dans un vase appliqué contre l’arbre, et s’y coagule. Il arrive en Europe sous forme de pains arrondis ou de blocs carrés pesant de 10 à 20 kilogr., qui ordinairement renferment de la terre, des fragments de bois, etc.
Dans cet état la gutta-percha est impropre aux usages industriels et médicaux. Pour la purifier, on la réduit en pulpe ou au moins en minces copeaux, qui, soumis à plusieurs lavages par l’eau froide, se débarrassent des impuretés les plus grossières, lesquelles se précipitent au fond du vase : la masse qui surnage est triturée entre des cylindres, qui la transforment en une bouillie, d’où l’eau enlève mécaniquement les der-
[Scppléuest] GUTTA-PERGHâ. — propriétés phïsico-chimiqües. 249
nières impuretés. Alors, après l’avoir ramollie dans l’eau chaude, et l’avoir réduite en feuilles minces, on la porte à une température de 110" à 115°, où elle subit la fusion pâteuse et perd toute l’eau qu’elle peut contenir.
Enfin, pour diminuer sa fusibilité et augmenter sa résistance, on soumet la gutta-percha à la vulcanisation, qui s’effectue dans le même but et à peu près par le même procédé que lorsqu’on pratique cette opération sur le caoutchouc. En faisant agir sur elle, après l’avoir rendue pâteuse à l’aide du sulfure de carbone, le chlorure de soufre en quantité variable, on obtient une matière d’autant plus dure, d’autant moins fusible, que la proportion du chlorure est plus élevée et que la durée du chauffage a été plus prolongée (Duvivier et Chaudel). L’industrie prépare ainsi une matière susceptible d’être polie et travaillée comme la corne.
Propriétés physico-chi.miqoes. — A l’état de pureté, la gutta-percha est incolore, insipide, inodore, translucide. Elle est plus dense que l’eau et imperméable : cependant elle se laisse pénétrer par ce liquide, grâce aux cavités dont elle est criblée et qu’on peut apercevoir au microscope sur les lames minces qu’on obtient par évaporation de sa solution dans le sulfure de carbone. Elle est insoluble dans l’eau ; très-peu soluble daus l’alcool; en partie soluble, à chaud, dans l’essence de térébenthine, l’huile de schiste et la benzine. Le sulfure de carbone et le chloroforme la dissolvent facilement, et donnent des solutions qui, filtrées, sont transparentes et incolores, et évaporées donnent la gutta-percha parfaitement pure.
Les alcalis, la plupart des acides, les agents de fermentation, sont sans action sur elle. Toutefois l’acide sulfurique concentré la dissout avec coloration brune et dégagement de gaz sulfureux ; l’acide nitrique l’attaque avec production de vapeurs nitreuses; l’acide chlorhydrique très-concentré l’attaque à la longue.
Flexible, dure, tenace et extensible, mais peu élastique à la température ordinaire (contrairement au caoutchouc), elle devient molle à 50", adhésive, pâteuse et malléable à 100" ; elle prend alors toute espèce d’empreinte, qu’elle garde en refroidissant, et se soude facilement à elle-même par justaposition et compression des fragments. Elle fond à 150", et reste poisseuse après refroidissement ; au-dessus de cette température elle bout et distille; elle brûle avec une flamme jaune vif, en donnant beaucoup de fumée. Chauffée à 280“ avec l’acide iodhydrique, dans la proportion d’une partie pour 80 d’acide, elle subit une hydrogénation totale; il se forme des carbures saturés bouillant à une très-haute température (Berthelet). Contrairement au caoutchouc, elle reste souple à - 10".
Mauvaise conductrice de la chaleur, facile à électriser par le frottement, elle a un pouvoir isolant extrêmement prononcé, qui, signalé par Faraday dès 1848, est journellement mis à profit pour le revêtement des fils électriques.
L’action de l’air et de la lumière fait subir à la gutta-percha des modi-
250 GUTTi-PERCHA. — composition, usages. [Supplément]
fications importantes, qui se font sentir de l’extérieur vers le centre de la masse, et qui se manifestent par le dégagement d’une odeur acide, par l’aspect dur et fendillé que prend la surface, enfin par la perte de son pouYoir isolant, par l’accroissement de sa fusibilité, etc.; elle fond alors à 100“, au lieu de se ramollir simplement à cette température. L’altération qui fait ainsi disparaître les principales qualités de la gutta-percha consiste, d’après A. W. Hofmann et W. A. Miller, dans une oxydation rapide, dont on peut la préserver en la tenant immergée dans l’eau ou à l’abri de la lumière, ou encore en la mélangeant de suif ou de paraffine dans la proportion de 5 à 10 pour 100, ou enfin (Hall) en la traitant à chaud par une solution de soude caustique (540 gr. de soude pour i litre d’eau).
CojiPOsmoK. — La gutta-percha du commerce est le plus souvent oxydée dans une proportion plus ou moins considérable, qui réduit parallèlement celle de la substance restée pure. Celle-ci n’avait pas été séparée des parties oxydées par Soubeyran, à qui on doit la première analyse de la gutta-percha. A l’état de pureté, sa composition est représentée, d’après Oudemans et de Baumhauer, par la formule : ; mais cet
hydrocarbure est mélangé, dans les sortes commerciales, à divers produits oxydés. C-“ff^O, (Bleckrode).
Payen a trouvé la gutta-percha composée de 3 principes immédiats :
1“ La gutta (75 à 82 7o)> qui ^ les mêmes propriétés que la gutta-percha pure, et qui est insoluble dans l’alcool et dans l’éther;
2° Valbane (19 à 14 "/„) (C-“ff-0-), résine blanche, cristalline, fusible à 160“, soluble dans la benzine, l’essence de térébenthine, le sulfure de carbone, l’éther, le chloroforme et l’alcool anhydre bouillant;
3“ La fluavile (6 à 4 “/„) (C-'ff-O), résine jaunâtre, dure et cassante à 0“, devenant molle à 50“, pâteuse à 60“, liquide entre 100“ et 110“, soluble à froid dans les mêmes véhicules que l’albane.
La séparation de ces trois principes repose sur la façon dont agit sur eux l’alcool, qui ne dissout pas la gutta, dissout l’albane à chaud seulement et la fluavile à froid.
Usages. — De temps immémorial, les indigènes de l’archipel Malais connaissent et utilisent la gutta-percha : pourtant il y a seulement une quarantaine d’années que le Dr William Montgomerie en fit connaître les propriétés en Europe (1842) et que José d’Almeida en apporta les premiers échantillons en Angleterre (1843).
L’industrie en fait depuis 20 ans, surtout en Angleterre, une large consommation. En raison de son pouvoir isolant, elle sert à protéger les fils électriques, les plateaux des machines et condensateurs. N’étant pas attaquée par les acides à l’état de concentration ordinaire, ni par les alcalis, elle entre dans la confection de récipients, pompes, entonnoirs destinés à recevoir ces substances, de vases pour la galvanoplastie, etc. Amenée à l’état pâteux et triturée entre des cylindres chauffés, elle se transforme à volonté en feuilles minces, en fils ténus, mais résistants, etc. La vulcanisation lui donne, nous l’avons vu, une résistance qui permet de
LSoppléme-nt] GüTTA-PERGHA. - USAGES. 251
la polir, de la tourner, de la travailler, de façon à en fabriquer les mêmes objets qu’avec la corne ou l’ivoire. Si on veut augmenter son élasticité et sa souplesse, on la mélange avec le caoutchouc; veut-on accroître sa raideur, on y incorpore 10 à 30 % gomme laque. Dissoute dans la benzine, et additionnée de suif, de cire, elle donne un vernis qui, appliqué sur le cuir ou les métaux, les met à l’abri des effets de l’humidité.
En médecine et en chirurgie, la malléabilité de la gutta-percha, jointe à l’avantage qu’elle possède de supporter une certaine élévation de température sans que la forme qu’elle a reçue en soit altérée, la rend d’une utilité constante. Elle sert à fabriquer d’excellents bandages appropriés au traitement orthopédique. On la substitue avantageusement à la soie huilée pour confectionner les draps de lit employés par les médecins hydropathes; aussi légère que la soie, non conductrice de la chaleur, imperméable, insensible aux préparations acides ou métalliques qui entrent dans la composition des lotions hydropathiques, elle a sur les tissus soyeux quantité d’avantages.
Par sa propriété de se mouler parfaitement, sans la moindi'e résistance, sur l’objet qui lui sert de base, quand elle a trempé dans l’eau à 50" ou 60", elle est d’un grand secours pour façonner à la minute les appareils à fractures (t. III, p, 53), pour réunir les tendons divisés, pour envelopper les articulations dans les cas d’entorse, etc.
On fabrique également avec la gutta-percha des sondes, des bougies et autres instruments analogues employés en thérapeutique. Mais le caoutchouc, plus souple et plus élastique, est préférable dans certains cas, les altérations que la gutta-percha est susceptible d’éprouver à l’air rendant cassants les objets dans la confection desquels elle entre. On a moins à redouter, il est vrai, ces accidents, si on se sert exclusivement de sortes de bonne qualité, débarrassées de toute la quantité d’eau qu’elles peuvent contenir, de texture fibreuse et non celluleuse : mais le doute qui plane toujours sur cette altérabilité continue à restreindre l’emploi de la gutta-percha au profit du caoutchouc pour ce qui est surtout de la fabrication des instruments chirurgicaux. Ainsi les tubes à drainage en gutta-percha (Chassaignac) sont moins résistants que ceux de caoutchouc vulcanisé.
A l’aide de plusieurs feuilles de gutta-percha, superposées de manière à avoir une sorte de planche qu’on échancre à la façon d’un plat à barbe, on soutient efficacement et commodément les bourses en cas d’orchite.
Dissoute dans le chloroforme, la gutta-percha constitue un topique connu sous le nom de traumaticine. Cette solution se fait ordinairement dans la proportion de 1 partie de gutta-percha pour 10 parties de chloroforme ; étendue sur la peau, elle laisse, par évaporation de ce liquide, une pellicule mince, mais suffisamment protectrice contre l’action de l’air, de la poussière, des corps étrangers, des poisons contagieux (Acton). Elle peut remplacer le collodion en application sur les brûlures et les coupures (Simpson et Acton). Préconisée par Robert contre les dartres squameuses humides, essayée plus tard dans les cas de psoriasis et d’eczéma
352 HAMAMELIS VIRGINICA. — histoire naturelle. [Supplément [
invétérés, elle a récemment (1884) été utilisée comme excipient des acides chrysophanique et pyrogallique par Auspitz et E. Besnier. Ces traumaticines médicamenteuses s’appliquent à l’aide d’un pinceau sur les parties atteintes de psoriasis, une à deux fois par jour. Auspitz emploie la solution suivante :
Acide chrysophanique . 10 parties.
GuUo-percha purifiée . 10 —
Chloroforme . 80 —
Besnier applique d’abord sur la peau une solution d’acide chrysophanique (10 à 15 grammes) dans le chloroforme (90 ou 85 grammes), et badigeonne ensuite les mêmes points avec la traumaticine simple, préparée dans les proportions précédemment indiquées; cette modification a l’avantage de déterminer la formation d’un enduit plus solide, plus résistant aux frottements des vêtements et aux mouvements des malades, et de permettre de véritables frictions avec la solution acide, ce qui assure la pénétration de la substance active après évaporation du chloroforme. On a ainsi un procédé de traitement du psoriasis supérieur à l’emploi des pommades chrysophaniques ou pyrogalliques en ce qu’il est plus propre, exige des applications moins souvent renouvelées, occasionne moins d’accidents. La traumaticine pyrogallique se prépare et s’emploie comme la précédente, seulement la solution se fait dans l’éther au lieu du chloroforme; elle est du reste moins efficace (Bellan).
Il est évident que la traumaticine peut servir de support à tout autre médicament que les précédents, à condition qu’il puisse être dissous ou au moins tenu en suspension dans le chloroforme : ce nouveau mode d’application des topiques pourra être utile dans bien des cas.
Enfin Manoury et Robiquet ont incorporé dans la gutta-percha certains médicaments, particulièrement des caustiques, tels que la potasse et le chlorure de zinc, et en ont fait des plaques, des cylindres, des pois, etc., de façon à avoir des formes variées dont le choix est subordonné à la partie sur laquelle on opère.
Wdbtz, Dict. de chitri., t. I, p. 1646, 1870. — Beadvisage, Conti-ih. à l’étude des orijin. holan. de la G., thèse de Paris, 1881, n° 72. — J. Bellan, contrib. à l’élude du trait, du psoriasis, en partie, p. les traumaticines médicam., thèse de Paris, 1884, n» 516.
HAMAMELIS VIRGEXICA. — Plante de la famille des Hama- •MÉLiDÉEs (ou, suivant certains botanistes, de la famille des Saxifracées, dont les Hamamélidées formeraient une simple tribu), qui est regardée en Amérique comme hémostatique, antihémorrhoïdaire, sédative, etc., propriétés dont quelques-unes seulement ont été confirmées par l’expérimentation des médecins français.
Histoire naturelle. — Connu aux États-Unis sous le nonï de Wilch Hazel (noisetier de la sorcière), l’Hamamélis se trouve communément dans presque toute l’étendue de ce pays, et particulièrement dans la Pennsylvanie et la Virginie.
I Supplément] HAMAMELIS VIRGINIGA. — effets phïsiol. et thérap, 255
C’est un grand arbuste de 6 à 7 mètres de hauteur, fleurissant à la fin de l’automne, et offrant un aspect particulier qui résulte de la présence simultanée sur un même pied de fleurs, de fruits mûrs et de feuilles : cette particularité lui est commune avec les autres espèces, peu nombreuses d’ailleurs, de la même famille, et a fait donner à celle-ci le nom qu’elle porte (de àp-a, en même temps, et membre, organe).
Feuilles alternes, dentées, pétiolées, stipulées ; fleurs disposées en grappes à l’aisselle des feuilles, et entourées d’une sorte d’involucre formé de 3 bractées; calice à 5 sépales, à préfloraison imbriquée; corolle à 4 pétales jaunes, alternant avec les sépales ; 8 étamines, dont 4 fertiles superposées aux sépales, 4 stériles superposées aux pétales, à filet libre, à anthère basifixe, biloculaire, introrse; ovaire semi-infère, biloculaire, surmonté de 2 styles ; dans l’angle interne de chaque loge, 1 ou 2 ovules pendants, dont l’un s’atrophie, l’autre devient anatrope ; fruit sec, capsulaire, semblable à la noisette par sa forme, entouré en partie par le réceptacle devenu ligneux, à déhiscence loculicide se faisant en 2 valves ; graine huileuse, comestible comme la noisette.
L’écorce et les feuilles sont les parties médicinales de la plante. Elles ont une odeur spéciale, agréable et aromatique; une saveur amère et astringente, qui devient âcre, puis douceâtre, et persiste longtemps.
CoMPOSiTi03v. — Van der Espt (de Bruxelles) a analysé l’écorce, qu’il a traitée dans un appareil à déplacement d’abord par le sulfure de carbone, ensuite par un mélange à volumes égaux d’éther sulfurique anhydre et d’alcool à 90° ; l’évaporation du liquide éthéré a laissé un résidu dans l’eau. 11 a trouvé que l’écorce renferme une forte proportion de tannin, une faible quantité d’acide gallique, une matière colorante rouge, de la chaux, de la potasse, du fer, et une substance aromatique : il n’y a rencontré aucun alcaloïde.
Les feuilles, analysées par Guy et Mougin, sont également dépourvues d’alcaloïde. Outre du tannin, une substance cireuse et diverses matières extractives, elles contiennent une huile essentielle qu’ils croient être la substance aromatique trouvée dans l’écorce par Van der Espt, et qu’ils considèrent comme le principe actif de la plante en faisant remarquer que, l’extrait fluide usité en Amérique ne renfermant ni tannin ni acide gallique, la partie active ne saurait être autre chose que cette essence. Cette hypothèse devra s’appuyer sur de nouvelles analyses chimiques et physiologiques avant d’être admise d’une façon définitive.
Effets physiologiqdes et thérapeutiques. — De temps immémorial, les Indiens appliquent les diverses parties de l’hamamélis au traitement des maladies de la peau, des tumeurs de mauvaise nature et des affections inflammatoires. Mérat et de Lens (1831) parlent de l’emploi qu’on peut faire, contre les ophthalmies, de l’écorce de la plante, qu’ils regardent comme astringente et sédative. En 1867, le D" W. Durham fait connaître les succès obtenus avec le même agent contre les menaces d’avortement que provoque la racine du cotonnier.
C’est particulièrement depuis quelques années que cette plante a été
254 HAMAMELIS VIRGINICA. — effets physiol. et thérap. [Scpplémekt] l’objet d’études et d’expériences sérieuses, de la part des médecins américains surtout. Rich. Hughes et Preston paraissent avoir été les premiers à en faire usage (1874) contre les hémorrhagies que fournissent les hémor rhoïdes, et même contre d’autres écoulements sanguins, épistaxis, hématémèse, mélæna, purpura. Après Ludlam et Franklin, qui rapportèrent d’heureux résultats obtenus dans l’inflammation blennorrhagique des organes génitaux, ovarite, orchite, épididymite, vinrent les observations de Haie (1879) qui, regardant l’hamamélis comme décongestionnant, hémostatique, sédatif et analgésique, en recommande l’emploi dans toutes les affections du système veineux (varices, hémorrhoïdes fluentes et douloureuses, varicocèle, phlébite), contre les hémorrhagies veineuses (épistaxis, écoulement sanguin par la muqueuse gingivale, hématémèse, mélæna, métrorrhagie), enfin contre un certain nombre d’affections douloureuses (céphalalgie, névralgie utérine et testiculaire, dysménorrhée, orchite, etc.). Massir insiste surtout sur les succès extraordinaires qu’il aurait eus dans le traitement des varices par l’administration exclusivement interne de l’hamamélide de Virginie. Mêmes observations de la part de Schilly, Scudder, Gervin, et autres médecins américains, qui tous lui attribuent des propriétés hémostatiques et sédatives.
En France, cette plante a été étudiée surtout par Serrand, Tison, Campardon, Dujardin-Beaumetz, H. Guy. Ce dernier a fait sur des grenouilles et des lapins des expériences qui lui ont montré que cette substance n’est pas toxique, même à doses très-élevées : ce résultat concorde d’ailleurs avec ce fait que jamais en Amérique son emploi n’a été suivi d’accideuts; seul Campardon a signalé quelques troubles cérébraux survenus chez ceux de ses malades qui en avaient fait usage, troubles qu’on est en di’oit, jusqu’à plus ample information, d’attribuer à une simple coïncidence. D’autre part, Guy n’a pas constaté d’autre action sur le système vasculaire qu’un resserrement des capillaires, qu’il attribue à juste titre à la présence du tannin dans la teinture et l’extrait aqueux, et qui n’a pas lieu quand on emploie l’extrait fluide qui ne renferme pas de tannin.
Quoi qu’il en soit de la nature, encore mal élucidée, de son principe actif, celui-ci manifeste principalement ses effets thérapeutiques par les modifications qu’il fait subir au système veineux. C’est particulièrement dans les hémorrhoïdes que les préparations d’hamamélis donnent de bons résultats : à l’usage interne, il est utile, dans ce cas, d’ajouter des applications locales, pommade ou suppositoires. On constate alors une amélioration réelle : en même temps que le flux sanguin s’arrête, les douleurs disparaissent, les bourrelets s’affaissent.
Dans les varices des jambes, comme dans l’état variqueux du pharynx, du larynx, des tissus muqueux, l’action du médicament est moins certaine : Tison, Campardon, Serrand, rapportent quelques cas heureux; mais Dujardin-Beaumetz et d’autres expérimentateurs n’ont obtenu aucun résultat. Le plus souvent pourtant on observe la disparition des douleurs causées par la phlébectasie, sinon la cessation de cette lésion elle-même.
Par le resserrement qu’il produit dans les vaisseaux capillaires, l’hama-
[Supplément] HÉBÉPHRÉNIE. 255
mélis peut être utile à la première période des états inflammatoires localisés, en un mot, dans les congestions des organes. C’est ainsi que la métrite parenchymateuse a parfois rétrocédé à la suite de son emploi, quand celui-ci intervenait dès le début, alors que l’utérus est simplement engorgé, congestionné. C’est au même mode d’action que nous attribuerions volontiers le soulagement obtenu dans les orchites, épididymites et ovarites, bien plutôt qu’à un effet sédatif spécial.
Enfin, comme hémostatique, l’hamamélis, sans avoir probablement d’autres effets que les préparations astringentes en général, a été employé avec avantage par H- Guéneau de Mussy dans un cas d’épistaxis, par P. Jousset dans l’hématurie, le métrorrhagie, etc.
En résumé, cette plante ne mérite certainement pas les louanges que lui a décernées l’enthousiasme américain, mais on aurait tort de se priver absolument de son emploi, qui trouve ses indications dans les hémorrhoïdes et quelques autres dilatations veineuses, dans les congestions qui marquent le début des inflammations, contre certains écoulements sanguins intestinaux ou utérins : Christy a même traité avec succès une contusion avec épanchement sanguin par des applications topiques.
Modes d’admotstration et doses. — Pour l’usage interne, on emploie surtout, aux États-Unis, l’extrait fluide, lequel contient 10 0/0 d’alcool. Cette préparation d’odeur forte et désagréable, qu’il est nécessaire de masquer en aromatisant le véhicule, se donne à la dose d’une cuillerée à café toutes les 2 heures.
La teinture, préparée avec parties égales d’écorce pulvérisée, d’eau et d’alcool, est une bonne forme pharmaceutique, recommandée par Campardon, qui la prescrit à la dose, répétée plusieurs fois, de 5 gouttes.
La décoction, préparée avec 50 parties d’écorce pour 500 parties d’eau, s’emploie à l’intérieur (dose, un veri’e) et à l’extérieur.
A l’extérieur, contre les hémorrhoïdes, par exemple, on emploie une pommade préparée avec :
Teinture d’Iiamamélis . 5 grammes.
Axonge . 30 —
OU des suppositoires :
Extrait d’hamamélis . 0,10 centigr.
Beurre do cacao . S grammes.
Hughes, .Act. des médic. hom. (trad. de Guérin-Menneville, 1874, p. 513). — Hale, Materia medica and spec. Therap. of'the new Remed., 1879, t. I, p. 345. — Serra:, d, L’H., son act. thér., tli. de Paris, 1881. — Ed. Tison, Médec. pratic., 28 juill. 1883. — Dujaroln-Beadmetz, S. ITI. et ses propr. thérap. (Bull, gêner, de tliér., 1884, p. 193). — H. Gur, Rech. s. les propr. de l’H., th. de Paris, 1884, n” 269. — Christy, De l’empl. de ITI. contre les hémorrbag. rein, (lhe ther. Gaz., sept. 1884). — C-ahpardon, S. TH., Paris, 1885.
Ch. d’Ivors.
HÉBÉPHRËIVIE. — Ainsi que l’indique son étymologie (de ^6-r„ puberté, et çpsvtv.ç, phrénésie, délire), le terme d’hébéphrénie sert à désigner une espèce de folie spéciale à une époque déterminée de l’exis-
256 HÉBÉPHRÉNIE. [SüpplémestI
tence, l’époque de la puberté. C’est la folie de la puberté, qui, décrite par Hecker et Kahlbaum, Skae, Hagen, a été étudiée en France par B. Bail, auquel nous empruntons les notions actuellement acquises sur cette curieuse forme d’aliénation mentale.
Deux points sont caractéristiques dans l’histoire clinique de l’hébéphrénie : ses origines d’une part ; son évolution d’autre part.
L’àge auquel elle prend naissance, les influences qui président à son développement, doivent d’abord fixer l’attention. Dans son excellent article concernant la folie, Ach. Foville s’exprime ainsi (t. XV, p. 221) ; « La folie proprement dite est très-rare avant l’âge de dix ans ; on en observe encore un très-petit nombre de cas de 10 à 15 ans, puis elle devient progressivement plus fréquente, pour atteindre son summum de 35 à 45 ans. Elle décline ensuite jusqu’aux extrêmes limites de la vie. Elle suit donc le développement du travail intellectuel et physique, sa plus grande fréquence coïncidant avec la période de la vie où les intérêts, les fatigues, les préoccupations de toute sorte, agissent avec le plus d’intensité. » Toutes ces propositions sont parfaitement exactes, et les aliénistes s’accordent à regarder la quarantième année, époque à laquelle l’homme arrive à l’apogée de ses facultés intellectuelles et morales, comme le centre d’une période décennale très-favorable à l’éclosion des troubles de l’intelligence. Il faut remarquer cependant que le développement de ces facultés, tout en se faisant d’une manière régulière et non interrompue, traverse au moment de la puberté, comme l’évolution physique, une véritable crise, susceptible de produire dans l’économie quelques perturbations auxquelles un petit nombre seulement d’individus échappent, mais qui le plus souvent, outre qu’elles sont passagères, n’atteignent pas un degré morbide. Au contraire, « sur un terrain prédisposé aux défaillances intellectuelles par hérédité, par faiblesse ou fragilité de l’intelligence, on pourra voir se développer un véritable délire qui, puisant ses principaux éléments dans les habitudes, l’éducation, les instincts, sera tour à tour érotique, impulsif, mélancolique ou religieux. » Si donc l’intelligence est le plus fréquemment troublée lorsqu’elle a acquis sa pleine activité, elle peut l’être aussi, et trop souvent d’une façon définitive, au moment le plus critique de son développement.
Aussi est-ce de 16 à 20 ans que s’observe l’hébéphrénie (Hagen). Le sexe féminin paraît agir comme cause prédisposante, ce qui s’explique par le surcroît d’action que l’établissement des règles donne à la puberté chez les jeunes filles, l’état chloro-anémique qui survient quand cette transformation de l’organisme s’opère avec difficulté, pouvant contribuer à l’apparition des troubles intellectuels : ceux-ci d’ailleurs disparaissent souvent quand la menstruation est établie.
L’influence de l’hérédité est incontestahle, se fait sentir dans la trèsgrande majorité des cas. Mais l’opinion de Skae, qui la regarde comme absolument nécessaire à l’éclosion de cette forme de folie, est regardée par Bail comme exagérée.
[SdpplémentJ hébéphrénie. 257
Enfin l’affaiblissement général qu’amène l’abus des plaisirs solitaires dans les deux sexes, et la lassitude cérébrale qu’entraîne une éducation viciée par l’excès des travaux intellectuels ou des pratiques religieuses, sont des causes très efficaces de la folie de la puberté.
Cette folie débute assez souvent d’une façon brusque ; ordinairement elle se développe avec lenteur, insidieusement.
Hans une première période, le jeune sujet manifeste une mélancolie vague, sans raison comme sans constance, souvent interrompue par des accès de gaieté pendant lesquels il se laisse aller au rire, à la plaisanterie. Mais déjà, dans certains cas, on voit apparaître quelques idées de persécution, qui résultent ou non d’hallucinations de l’ouïe, et qui inspirent au malade soit de l’éloignement pour les personnes de son entourage, dont il suspecte la malveillance, soit un dégoût de l’existence.
La tendance à l’exagération dans les propos, à l’exaltation des idées, est presque constante. Ce délire, plus ou moins accusé, varie dans son objet suivant le milieu où vit le malade, suivant la direction donnée antérieurement à sa jeune intelligence, suivant ses préoccupations habituelles. Les pratiques religieuses, la politique, les matériaux de l’instruction déjà acquise, etc., sont autant de matières à divagation, et forment le thème d’un langage et d’écrits souvent incohérents, presque toujours empreints de pédantisme et d’emphase. Dans ce langage se font souvent jour des pensées érotiques, dont la bizarrerie et l’origine échappent à toute analyse.
En même temps que cette versatilité des idées, on observe une agitation physique continuelle, qui pousse le malade à remuer, à marcher sans but, à quitter la maison pendant un certain temps, ordinairement assez court, en raison justement de ce défaut de suite dans les idées.
Telle est la première période de la maladie, caractérisée, on le voit, par l’excitation. Celle-ci cependant est parfois interrompue par des intervalles de dépression, après lesquels l’agitation reparaît, de telle sorte que l’hébéphrénie peut revêtir, comme la folie des autres âges, la forme circulaire.
A cette période d’excitation succède celle de déchéance intellectuelle, de démence. En général, le temps est assez long pendant lequel le malade côtoie « les frontières de la raison et de la folie » : même quand la démence a paru, on peut encore voir revenir des symptômes d’excitation. C’est ainsi que dans un cas, après quatorze ans de maladie, l’intelligence n’était pas complètement perdue (Kahlbaum). Ces faits sont rares : ordinairement la perte des facultés survient avec rapidité (en trois mois chez un sujet observé par Hecker) ; des défaillances se manifestent dans la compréhension, les lacunes de l’esprit vont en s’étendant, la démence s’établit.
En même temps que les opérations du cerveau perdent leur lucidité, la nutrition s’altère, la circulation languit, la force du pouls et le niveau de
SOUV. BICT. MÉD. ET CHIE. XL - 17
258 HÉMIGHORÉE. [Süpplémem]
la température s’abaissent, la santé pliysique est troublée parallèlement à la santé intellectuelle.
Malgré des intermittences, de durée plus ou moins longue, pendant lesquelles l’intelligence semble reprendre sa vigueur et sa pondération normales, malgré même quelques cas, fort rares du reste, de guérison en apparence définitive, le pronostic de l’hébéphrénie est fort grave, en raison de l’impuissance où nous sommes à entraver les progrès de cet affaiblissement intellectuel, qui aboutit sûrement et vite à la démence.
Le degré de sa fréquence est différemment apprécié par les auteurs. Assez commune d’après Hecker, rare selon Scliüle, elle est regardée comme assez fréquente, à Paris du moins, par Bail, qui, remarquant combien il est difficile de la distinguer de l’insanité morale des jeune.s enfants, d’autant plus qu’elle se développe de préférence chez les faibles d’esprit, pense qu’elle a pu souvent être confondue avec la folie précoce. « Il n’en reste pas moins, ajoute-t-il, après élimination des observations douteuses, un nombre suffisant de faits authentiques dans lesquels l’explosion de la folie se rattache manifestement à l’époque de la puberté, et où l’influence de l’évolution génitale sur les troubles intellectuels est aussi manifeste que celle des causes les plus acceptées de l’aliénation. »
B. Ball, De la folie de la puberté ou H. {],' Encéphale, janv.-févr. •1884).
HÉMICHORÉEl. — Lorsque les mouvements anormaux qui caractérisent la chorée sont limités à une moitié latérale du corps, l’affection, on le sait, prend le nom à’hémichorée.
Cette localisation est assez rare dans la chorée ordinaire, dans ce qu’on appelle vulgairement la danse de Saint-Guy : elle a été décrite ailleurs, avec grand soin, par J. Simon (t. VII, p. 532). Aussi le but du présent article n’est-il pas d’étudier cette variété de la chorée légitime ou essentielle, mais seulement l’hémichorée, qui est symptomatique de certaines lésions encéphaliques et qui accompagne fréquemment l’hémianesthésie sensitivo-sensorielle, d’origine cérébrale, dont G. Ballet a indiqué les caractères et la pathogéiiie (t. XXXIII, p. 115). Ainsi limitée, l’hémichorée est, on le voit, un symptôme, tout comme l’hémianesthésie, mais un symptôme d’une grande valeur en ce que, son siège anatomique étant connu, on pourra localiser pendant la vie la lésion de laquelle dépendent les autres phénomènes morbides. Cette lésion est parfois une tumeur intracrânienne ou une atrophie partielle du cerveau : mais dans la grande majorité des cas c’est une hémorrhagie cérébrale ayant donné lieu d’abord à une hémiplégie, d’où le nom de posthémorrhagique ou de posthémiplégique que porte la variété la plus fréquente d’hémichorée symptomatique; parfois, pourtant, les mouvements choréiques succèdent immédiatement à l’hémorrhagie et précèdent l’hémiplégie : c’est l’hémichorée præhémorrhagique.
Ainsi, « sous le nom d’hémichorée posthémorrhagique ou posthémiplégique, quelquefois præhémiplégique, ou encore symptomatique de
[Sdppléiiejît] UÉMICHORÉË. — caeactères cLiisiQtJEs. l’atrophie cérébrale, des tumeui’s cérébrales, il faut comprendre lesmouvements se montrant dans les membres supérieur et inférieur du côté qui est déjà depuis quelque temps (le plus ordinairement) le siège de l’hémiplégie, ou qui le sera bientôt, mouvements analogues à ceux de la chorée ordinaire en ce qu’ils sont involontaires, qu’ils s’exagèrent pendant les mouvements intentionnels, qu’ils sont continus, excepté pendant le sommeil. U y a analogie entre les mouvements, mais non identité entre les deux affections qui leur donnent naissance » (Raymond).
Cette différence d’origine entre des mouvements de caractères semblables est de connaissance assez récente : non pas que l’existence même de l’hémichoi’ée symptomatique ait été jusqu’ici totalement inconnue, mais les mouvements observés n’étaient pas distingués de la chorée vulgaire, leurs rapports de succession avec l’hémiplégie étaient à peine indiqués, et surtout la région cérébrale dont la lésion leur donne naissance restait indéterminée.
La dénomination d’hémichorée symptomatique a été employée pour la première fois (octobre 1874) par S.-W. Mitchell (de Philadelphie), qui, dans un journal américain, attira l’attention sur ce fait que l’hémiplégie peut être suivie d’hémichorée ou de mouvements choréiformes plus limités encore, lesquels apparaissent chez l’adulte au moment où la paralysie unilatérale est presque complètement guérie. Peu après, l’étude de ce nouveau symptôme fut reprise et complétée par Charcot (1875), qui l’avait déjà, du reste, signalé chez quelques hémiplégiques, et par F. Raymond, qui en fit un des sujets de sa thèse inaugurale.
Aujourd’hui les observations sur ce point ont paru en assez grand nombre pour qu’on puisse préciser assez exactement le siège de l’hémichorée symptomatique : l’expérimentation sur les animaux est d’ailleurs d’accord avec le résultat des nécropsies pour le fixer au voisinage de celui de l’hémianesthésie cérébrale.
Caractères cliniques. — L’hémichorée symptomatique posthêmorrhagique, la variété de beaucoup la plus fréquente, est un phénomène tardif parmi ceux qui succèdent à l’ictus apoplectique. Elle débute plusieurs mois après l’accident initial, au moment où l’hémiplégie est moins complète, où la contracture dont les membres du côté atteint étaient affectés commence à faire place à une souplesse suffisante pour que le déplacement limité de ces membres soit possible, où enfin les fonctions de nutrition et de relation ont repris leur équilibre à peu près normal : seule l’hémianesthésie persiste, dans cette variété, aussi complète que précédemment, en général du moins, et porte comme d’habitude sur les sens spéciaux aussi bien que sur la sensibilité générale.
A ce moment donc, on voit apparaître dans le bras, du côté précédemment privé de mouvement, et ordinairement dans le membre inférieur correspondant, des mouvements involontaires, d’abord peu prononcés, puis de plus en plus accusés, dont l’analogie avec ceux qui caractérisent la chorée devient plus évidente à mesure que leur étendue augmente. Nuis pendant le sommeil, nullement influencés par la vue, peu marqués,
260 HEMICHOliÉE. — caractères clikiqïïes. [ScppLÉaEST]
quoique existant toujours, pendant l’état de repos du malade, ils s’exagèrent considérablement dès que celui-ci applique son attention soit à les enrayer, soit au contraire à accomplir un acte déterminé; ils entretiennent ainsi dans les doigts, l’avant-bras, la jambe, une sorte d’instabilité qui se traduit par des flexions et extensions alternatives et brusques, et qu’interrompent de violentes secousses dès que commence l’exécution (l’un mouvement intentionnel. De plus, comme dans la cborée vulgaire, les muscles de la face peuvent être pris d’agitation convulsive, qui donne à la physionomie les expressions les plus variées ; pour être limitée ici à un seul côté de la face, celui qui correspond aux membres supérieur et inférieur atteints, cette agitation n’en produit pas moins un aspect grimaçant, pénible à voir. Enfin ces mouvements, une fois établis, ont une durée indéterminée : la mort seule, le plus souvent, y met un terme.
L’hémichorée præhémorrhagique se distingue de la précédente par le moment de son début, beaucoup plus rapproché de l’attaque apoplectique. Immédiatement après cette attaque, avant l’hémiplégie, surviennent les mouvements choréiques qui durent quelques jours seulement, et sont remplacés par l’hémiplégie. La paralysie motrice, qu’accompagne ordinairement l’hémianesthésie, tantôt persiste jusqu’à la mort qui survient en une à trois semaines, tantôt aboutit à une guérison relative, à laquelle succèdent des nouveaux mouvements choréiques, que remplace bientôt l’hémiplégie; les phénomènes alternent ainsi jusqu’à la terminaison fatale (Raymond), Les mouvements sont ici moins étendus que dans la variété posthémorrhagique.
Ils ont, au contraire, une certaine ampleur dans l’hémichorée symptomatique de l'atrophie partielle du cerveau. Cette lésion irrémédiable, que Cotard a montrée dépendre d’une encéphalite traumatique, d’un ramollissement ou d’une sclérose du cerveau, d’une hémorrhagie cérébrale ou méningée, remontant à l’enfance ou même à la vie intra-utérine, compte au nombre de ses symptômes l’hémiplégie avec contracture ; mais celle-ci peut être remplacée, dès le début ou dans le cours de l’évolution morbi(ie, par une hémichorée qui dure autant que l’existence, et que n’accompagne jamais l’hémianesthésie.
Celle-ci est également rare dans l’hémichorée qui est symptomatique, de tumeurs cérébrales. Ici les mouvements sont peu marqués; ils sont souvent limités à une région très-circonscrite, à la main, par exemple; ils se développent lentement, n’ont pas le début brusque qu’ils affectaient dans les formes précédentes; leur durée est illimitée.
Tels sont les caractères assignés par Raymond aux différentes variétés de l’hémichorée symptomatique, mais il s’en faut de beaucoup que ce symptôme soit toujours facile à distinguer des tremblements et mouvements involontaires, limités ou plus marqués dans un côté du corps, qui se présentent dans un certain nombre d’autres affections du système nerveux.
11 y a lieu d’abord de différencier l’hémichorée symptomatique de l’hémichorée vulgaire, essentielle : dans ces deux variétés, les mouvements se présentent avec les mêmes caractères cliniques, mais les cir-
[Scpplémekt] hémichorée. — caractères clisiqdes. constances au milieu desquelles ils apparaissent sont bien différentes, et la brusquerie de leur début dans le premier cas, leur concomitance avec une hémiplégie en voie de guérison et avec une contracture constante, suffisent à établir le diagnostic.
Les tremblements qui existent ou prédominent dans un côté du corps, comme il peut . arriver chez les hémiplégiques et dans la sclérose de la moelle épinière, peuvent être confondus avec l’hémichorée symptomatique, et la confusion paraît avoir été faite, pour le premier cas, par E. W. Mitchell. Ici le diagnostic repose sur deux points principaux : dans les deux affections dont il s’agit le tremblement unilatéral n’apparaît que lorsqu’il est provoqué ou à l’occasion d’un mouvement intentionnel, et d’autre part les mouvements involontaires dont il se compose conservent une certaine régularité, se font dans le même sens ; dans l’hémichorée symptomatique, au contraire, ils n’ont aucune direction déterminée, et sont constants, quoique moins forts, à l’état de repos.
Les difficultés du diagnostic augmentent lorsqu’il s’agit d’une hystérique chez laquelle les trémulations existent d’un seul côté. Raymond invoque la brièveté, la rapidité des oscillations, lesquelles n’auraient pas l’irrégularité des mouvements hémichoréiques, ainsi que l’absence d’apoplexie antérieure. Une prudente réserve doit pourtant être gardée, ainsi que le montre l’observation, citée par Dejerine, d’une femme, ancienne hystérique, atteinte d’affection cardiaque, qui présenta de l’hémianesthésie et de l’hémichorée jusqu’à sa mort, survenue par suite d’une pneumonie : l’autopsie montra l’intégrité absolue de la capsule interne comme de tout autre point du cerveau ; les symptômes observés pendant la vie étaient sous la dépendance de l’hystérie.
Le tremblement d’un seul côté du corps peut encore exister dans la paralysie agitante : la lenteur du début et de la progression de ce symptôme dans ce cas, la brièveté et la régularité des oscillations, les phénomènes concomitants de propulsion et de rétropulsion, sont des caractères distinctifs.
L’incoordination propre à l’ataxie locomotrice progressive peut prédominer dans un seul côté du corps au point de simuler l’hémichorée symptomatique : on tiendra principalement compte de ce que cette incoordination cesse pendant le repos, augmente dans l’obscurité, consiste en une série de mouvements dont la forme diffère de celle des mouvements choréiques.
En somme, l’hémichorée symptomatique, plus rare que l’hémianesthésie d’origine cérébrale qui l’accompagne ordinairement, est aussi plus difficile à reconnaître ; la finesse d’analyse qu’exige son diagnostic explique qu’elle soit souvent passée inaperçue, ou plutôt qu’elle ait été confondue avec des troubles analogues de la motilité jusqu’à ce qu’eussent été accomplis les progrès réalisés dans ces dernières années par la pathologie du système nerveux.
Sa valeur séméiotique est, à juste titre, regardée comme considérable. Au point de vue du pronostic, c’est un signe de fâcheux augure, aussi
■262 HÉMIGHORÉE. — akatomie pathologiqde. [Supplément]
Rien dans les processus à évolution lente comme l’atrophie et les tumeurs ■du cerveau, dans lesquelles l’hémichorée indique une redoutable progression de la lésion existante, que dans l’hémorrhagie cérébrale : præhémorrhagique, survenue immédiatement après l’attaque d’apoplexie, elle annonce la formation prochaine d’un foyer, dont la mort est presque ■toujours la conséquence rapide; posthémorrhagique, elle montre que la lésion originelle a détruit la région de l’encéphale intéressée et fait perdre l’espoir du retour des mouvements à l’intégrité.
Elle n’est pas moins importante à connaître au point de vue du diagnostic : car, si elle est impuissante à préciser la nature du mal, elle permet de localiser son siège.
Anatomie pathologique. — 11 serait hors de propos de faire ici une ■nouvelle description anatomique de l’hémorrhagie, du ramollissement, de l’atrophie et des tumeurs du cerveau, description qui a été tracée par •Jaccoud et Hallopeau à l’article Encéphale (t. XIII). Ces altérations sont semblables à elles-mêmes, qu’il y ait ou non hémichorée ; mais elles occupent, quand celle-ci existe, une région déterminée dont, par suite, la ■connaissance importe grandement à l’exactitude du diagnostic.
La théorie indique que, ce symptôme accompagnant souvent, mais non toujours, l’hémianesthésie, l’un et l’autre doivent reconnaître pour cause l’altération (par irritation ou destruction) de fibres nerveuses très-voisines, mais non identiques. Or l’hémianesthésie siège au niveau de la partie la plus reculée de la capsule interne, dans ce point qu’on a appelé le carrefour sensitif parce que toutes les fibres servant à la sensibilité spéciale et générale, et venues de l’autre côté du corps, s’y donnent pour ■ainsi dire rendez-vous : il était donc naturel de chercher aussi dans ce point le siège de l’hémichorée, et les faits, aussi bien expérimentaux que ■cliniques, ont paru jusqu’ici justifier ces prévisions.
Les constatations faites à l’autopsie de sujets qui avaient, pendant la vie, présenté de l’hémichorée, isolément ou conjointement avec l’hémianesthésie, ont été rapportées par Vulpian, Charcot, Raymond, etc.; un •certain nombre ont été consignées depuis dans les Bulletins de la Société anatomique. Or, dans presque toutes les nécropsies on a noté la compres- ■sion ou la déchirure des fibres du pied de la couronne rayonnante qui partent de la partie postérieure et interne de la couche optique ou qui y aboutissent : en d’autres termes, la partie lésée répond au tiers postérieur de la capsule interne et se compose de fibres situées immédiatement ■en avant et en dehors de celles qui conduisent la sensibilité, de sorte que ■le siège de l’hémichorée est aussi voisin que possible de celui de l’hémianestbésie, sans se confondre avec lyi.
L’expérimentation a confirmé ces résultats. Raymond et Laborde ont, chez le chien, introduit par une très-petite ouverture faite à la paroi crânienne, au niveau de l’angle postérieur de l’apophyse zygomatique, un trocart de Veyssière, contenant un ressort de montre, à l’aide duquel ils ont pu léser exclusivement une portion très-limitée de la partie postérieure de la couche optique et tout le faisceau adjacent de la capsule in-
[Süpplémekt] hémichorée. - ANATOaiE PATHOLOGIQUE. 263
terne. Toutes les fois que cette opération, qui demande une grande habileté et nécessite de minutieuses précautions, a réussi, l’animal a présenté dans les membres du côté opposé à la lésion, surtout dans la cuisse et dans l’épaule, des mouvements involontaires et persistants, rappelant ceux de l’hémichorée symptomatique.
Celle-ci résulte donc manifestement de l’abolition des fonctions de la partie postérieure de la couche optique et des fibres de la capsule interne en rapport avec cette partie. Il est intéressant de rappeler que, d’après les recherches de Duret, cette région reçoit ses vaisseaux de la cérébrale postérieure par l’intermédiaire de l’artère optique postérieure.
Toutefois nous devons ajouter que quelques doutes ont pu être soulevés au sujet, non de l’existence de la lésion dans la région indiquée, mais de sa circonscription exacte à cette région. Hallopeau, en particulier, à propos d’un cas de cécité survenue brusquement et accompagnée d’hémichorée, a posé la question suivante : d’autres parties de l’encéphale ne peuvent-elles pas donner lieu au trouble dont il s’agit, et les tubercules quadrijumeaux ne participeraient-ils pas à sa production? A la vérité, Vulpian a montré, après Serres et Flourens, que les excitations portées sur la région des tubercules quadrijumeaux donnent lieu à des troubles du mouvement (Leçons sur la physiologie du système nerveux, 1876, p. 583); Kobts a conclu de ses expériences sur des grenouilles, des pigeons, des chiens, que les tubercules postérieurs sont des centres nécessaires à la coordination des mouvements, et a constaté l’existence d’une tumeur sur un tubercule à l’autopsie d’un enfant dont la démarche était incertaine ; mais il faut remarquer que la lésion expérimentale des organes en question détermine des mouvements de rotation rentrant dans la catégorie des mouvements de manège, tandis que les mouvements choréiques ne sont nulle part signalés par les expérimentateurs cités. Il est vrai aussi que, dans plusieurs observations de Raymond, un des tubercules quadrijumeaux était lésé, ainsi du reste que la queue du noyau caudé : mais il est expressément noté que la lésion de ces parties était fort peu prononcée relativement à celle de la capsule interne, qui l’accompagnait dans tous les cas : jamais au contraire, jusqu’ici du moins, on n’a vu les tubercules quadrijumeaux exclusivement lésés, sans participation de la capsule à l’altération morbide.
Nous sommes donc encore en droit de conclure que c’est bien à la lésion de la partie postérieure de la couche optique et de la région adjacente du pied de la couronne rayonnante qu’il faut rapporter l’hémichorée symptomatique, qui acquiert ainsi une importance égale à celle de l’hémianesthésie au point de vue des localisations physiologiques et pathologiques du cerveau.
s. VY. MiicHELt, Post paralytic Chorea (the American Jour», of the med. Sciences, octobre 1874, p. 342). — Chabcot, De l’H. posthémiplég. (Progr. méd., 1873, p. 37 et 69). — F. RayïOYD, Etud. anat., physiol. et cliniq. s. Pliémianesth., l’H. et les tremblem. symptom., th. de Paris, 1876, n” 157. — Hallopead, Ess. de localis. d’une cécité accomp. d’H. [Union méd., 16 mai 1885. Bull, de la Soc. anal., 27 févr. 1880, 20 mai 1881, 7 décemb. 1882).
264 HYDROCOTYLE ASIATICA. — effets phïs. et thérap. [Supplémest]
HYDROCOTYIiE ASIATICA. — Plante de la famille des Ombel- LiFÊRES, tribu des Hydrocotylées, qui a été employée contre diverses affections cutanées par Boileau, dans l’Inde, par Cazenave et Devergie en France. C’est le bevilacqua de Boileau; le pes equinus de Rumphius; les habitants du Malabar l’appellent codagen; son nom tamoul est vellârai.
Histoire naturelle. Composition cmMiouE. — Elle est commune dans toute l’Asie orientale, ou mieux dans presque toutes les parties chaudes de l’hémisphère austral (Inde, Ccylan, Afrique méridionale, etc.), où elle croît sur les bords des cours d’eau et des étangs, et en général dans tous les terrains humides.
C’est une petite plante herbacée, à souche ronde, charnue, grisâtre, plus ou moins longue, dont le collet émet des racines adventices, souvent longues de plusieurs centimètres, renflées de distance. en distance; du collet partent aussi des feuilles alternes, pétiolées, stipulées, réniformes, analogues à celles de la violette, et des ombelles florales imparfaites. Calice rudimentaire, représenté par 5 petites dents implantées sur le réceptacle sacciforme. Corolle polypétale, régulière, formée de 5 pétales sessiles. 5 étamines épigynes, à anthère biloculaire, introrse. Ovaire infère, composé de deux carpelles biovulés, et surmonté de deux styles épaissis à leur base en une sorte de disque. Fruit composé de deux akènes, et comprimé sur les côtés ; graines comprimées dans le même sens.
Analysant l’hydrocotyle asiatique, Lépine, pharmacien de la marine, y a trouvé, en plus d’une résine brune et d’une résine verte, d’extraits sucré et amer, etc., une substance particulière qu’il a nommée vellarine (du nom tamoul vellârai), et qui paraît être le principe actif de la plante.
La vellarine est une huile épaisse, jaune pâle, d’odeur forte, de saveur amère, piquante et persistante; soluble dans l’alcool, l’éther, l’ammoniaque; se volatilisant en partie à 100°; s’altérant sous l’influence de la chaleur, de l’air et de l’humidité, et disparaissant même de la plante quand celle-ci est avariée. Elle est plus abondante dans la racine que dans les feuilles : il est donc irrationnel d’employer exclusivement cette dernière partie suivant la méthode indienne.
Effets piiïsiologiqües et thérapeutiques. ■ — Il est actuellement très-difficile d’indiquer d’une façon précise et complète l’action de l’hydrocotyle, en raison de l’absence d’expérimentation sur les animaux et de riiisuffisance des essais cliniques tentés sur l’homme.
Il paraît certain, d’après ce que rapporte Boileau, qu’elle doit être placée dans la classe des poisons hyposthénisants, à côté de la ciguë. Outre les accidents d’irritation locale, gastro-intestinale, qui se traduisent par les vomissements, la diarrhée, etc., elle détermine, à dose toxique, une dépression générale des forces, affaiblissement, tendance au sommeil, étourdissements, céphalalgie, vacillation des membres. Aussi son emploi à l’intérieur doit-il être soigneusement surveillé, et doit-ori débuter par l’administration de petites doses.
[Sdpplémekt] JEQÜIRrfY. 265
C’est dans l’éléphantiasis des Grecs ou lèpre que Boileau a surtout fait usage et vanté les propriétés de l’hydrocotyle asiatique. Il en a ensuite étendu l’emploi aux affections syphilitiques et scrofuleuses de la peau, ainsi qu’au traitement des nlcères non diathésiques. Son exemple a été suivi par un certain nombre de médecins de l’Inde, qui ont annoncé quelques succès obtenus par le même agent.
Encouragés par ces résultats, Cazenave et Devergie ont à leur tour essayé l’hydrocotyle dans la thérapeutique de diverses dermatoses, en variant les modes d’emploi. Ils ont réussi dans quelques circonstances, en particulier contre les ulcérations syphilitiques, et mieux encore contre les ulcérations non spécifiques. Mais plus souvent ils ont échoué; de plus, il a été reconnu que l’hydrocotyle est impuissante à guérir la lèpre, contre laquelle elle avait été déclarée infaillible (Lecoq). En somme, les tentatives faites jusqu’ici ne permettent pas de lui accorder une grande valeur thérapeutique.
Pour l’usage externe, l’hydrocotyle a été employée sous forme de cataplasmes et en bains (1500 grammes de plante fraîche).
A l’intérieur, on a administré la poudre de feuilles (30 à 50 centigr. trois fois par jour) ; l’infusion de racine (10 grammes de racine par litre d’eau); l’extrait hydroalcoolique (25 milligr.). On a aussi préparé avec la racine un sirop et une alcoolature. Ch. d’Ivous.
Fie. 30. — Jequirity ou
266 JEQUIRITY. — histoire naturelle, mode d’emploi. [Supplément] une plante légumineuse, VAbrus precatorius L. (fig. 30), également connue sous le nom de liane à réglisse, dont les graines constituent un remède très-populaire depuis des siècles, dans le même pays, contre les ophthalmies.
En 1867, le D'' Castro e Silva a publié sur ce sujet un mémoire qui était passé inaperçu, lorsqu’au mois d’août 1882 de Wecker communiqua à l’Académie des sciences de Paris le résultat d’une série d’expériences qu’il avait entreprises, sur un certain nombre de malades atteints d’ophtbalmie granuleuse, à l’aide de graines de jequirity qui lui avaient été envoyées du Brésil. L’auteur de la communication présentait ces graines comme un moyen de guérison rapide et non douloureux des granulations, dont l’action thérapeutique serait toujours le résultat de la production d’une ophthalmie purulente factice, et qui aurait sur la méthode des inoculations purulentes employées dans le même cas l’avantage d’influencer favorablement les ulcères cornéens au lieu d’être contreindiqués par eux.
Peu de temps après (octobre 1882), Moura-Brazil (de Rio-Janeiro) adressait à la même Société savante un mémoire relatif au Jequirity, dans lequel il déclare que depuis plus d’un an il a employé le même médicament avec succès : cette réclamation de priorité n’enlève rien au mérite que conserve de Wecker d’avoir été le premier à faire connaître le nouvel agent en France et en Europe.
Après ces premiers ophthalmologistes, les spécialistes belges, français, allemands, etc., ont à l’envi expérimenté les propriétés du jequirity, et, il faut l’avouer, le concert de louanges qui s’était d’abord élevé en sa faveur n’a pas tardé à être troublé par la note discordante de quelques observations dans lesquelles il s’est montré impuissant : l’enthousiasme exagéré du début a fait place à une plus sage appréciation de sa valeur réelle, mais son rôle dans la thérapeutique oculaire, quoiqu’il ne soit pas définitivement fixé, paraît rester assez honorable pour qu’il y ait lieu de compter avec lui.
Histoire naturelle. Mode d’emploi. — VAbrus precatorius ou jequirity appartient à la famille des LÉouAnNEusEs-PAPiLiONACÉEs. C’est un arbrisseau que les naturalistes les plus autorisés (Linné, Bâillon, Decaisne) considèrent comme originaire de l’Afrique et des Indes Orientales, d’où il aurait été transplanté en Amérique : d’après Moura-Brazil, au contraire, le Brésil est son pays d’origine.
Les feuilles servent à la préparation d’un extrait analogue à celui de la réglisse; ses racines servent aux mêmes usages dans l’Inde et en Amérique : d’où son nom vulgaire de liane à réglisse.
Ses graines, communément appelées pois d'Amérique, pois de pater noster, sont la seule partie usitée en thérapeutique. Contenues dans une grande gousse très-allongée, elles ont en moyenne la grosseur d’un pois et pèsent sensiblement 1 décigramme, ce qui permet à la rigueur de les doser en évaluant leur nombre : elles sont rouges, luisantes, marquées d’un hile noir, dures, difficiles à broyer.
[Süpplémekt] JEQÜIRITY. — histoire natdrelle. mode d’emploi. 267
Ces graines contiennent, d’après l’analyse de Sattler, une substance albumineuse distincte de la légumine; un corps gras en grande quantité; des sels ; enfin une petite quantité d’un saccharate susceptible de fermentation. Bruylants et Venneman ont donné le nom jéquiritine à un ferment inorganisé qui, selon eux, prend naissance pendant la germination des graines, et auquel ils attribuent l’action phlogogène du jequirity : si ce ferment existe, ce qui n’est pas démontré, ce n’est certainement pas à lui, comme nous le verrons, qu’on doit rapporter cette action, mais à un microbe spécial.
Le mode d’emploi des graines de jequirity a subi quelques vicissitudes. Primitivement de Weeker avait recours à la préparation suivante, en usage au Brésil ; 52 grammes de graines, décortiquées et pulvérisées, macèrent pendant 24 heures dans 500 grammes d’eau froide; le jour suivant, on ajoute 500 grammes d’eau chaude, on laisse refroidir et on filtre immédiatement. Avec le liquide froid, le malade se lave les yeux trois fois par jour, pendant un quart d’heure ou une demi-heure chaque fois, ou il s’applique sur les yeux des compresses imbibées de liquide et renouveléês de 5 en 5 minutes. Pendant la durée du traitement, il est confiné dans une pièce obscure.
L’expérience a montré d’abord que cette dernière précaution est inutile, puis que l’intervention de l’eau chaude est plutôt nuisible; enfin que les lotions faites par le malade lui-même et les bains oculaires ne suffisent pas. Voici comment on procède aujourd’hui.
L’épisperme n’ayant aucune action sur la conjonctive, il est préférable d’en débarrasser les graines par l’action d’une pression modérée. Ainsi décortiquées, les semences restent au contact de l’eau froide pendant 24 heures, dans la proportion de 6, 9 ou 15 grammes pour 300 grammes d’eau : ce qui donne une solution à 2, 5 ou 5 pour 100, qu’on filtre et qu’on emploie immédiatement. On en imbibe une éponge avec laquelle on lave la face interne des paupières préalablement renversées, et de plus on verse directement sur la conjonctive une petite quantité du liquide. Cette macération faite uniquement à froid est beaucoup plus active que celle que l’on complétait par l’addition d’eau chaude : mais il faut se rappeler qu’elle perd son activité en vieillissant, qu’il est bon de l’employer très-peu de temps après sa préparation pour avoir un maximum d’action, et qu’on doit se garder d’ajouter au macéré, en vue d’assurer sa conservation, des substances antiseptiques qui empêcheraient le développement du bacille nécessaire à la production de l’ophthalmie curative (Chauzeix). Encore moins faut-il se servir de la décoction des graines dans l’eau à 100°, qui est complètement inactive.
Ordinairement on se sert de la solution à 3 pour 100 (9 grammes de graines dans 300 grammes d’eau froide) : celle à 5 pour 100 n’est employée que dans les cas exceptionnels où il est nécessaire d’avoir une action rapide et très-énergique.
Enfin les applications, surtout avec les macérations concentrées, doivent être assez espacées : il ne faut faire un nouveau badigeonnage
268 JEQÜIRlTy. — effets locaux et géséraux. [Sdpplémekt]
que 24 à 36 heures après le précédent, lorsque celui-ci a produit son effet maximum (Wecker). A. Dujardin (de Lille) éloigne encore plus les applications, n’en fait qu’une à deux fois par semaine, ce qui permet aux malades d’éviter le séjour dans les hôpitaux et les cliniques. Grâce à ces précautions, ou pourra le plus souvent éviter les accidents cornéens graves qui ont parfois été signalés.
Effets locaux et généraux. — « Incontestablement, dit de Wecker, les lotions avec la macération des graines du jequirity donnent une ophthalmie purulente de nature croupale dont on peut doser l’intensité suivant le nombre de lotions qu’on fait et suivant la force de la solution qu’on emploie. Incontestablement la cornée ne court aucun risque pendant l’évolution de l’ophthalmie ».
L’application avec un pinceau de la macération à 3 pour 100 n’a aucun effet immédiat : le badigeonnage de la conjonctive n’est nullement douloureux. C’est après une période d’incubation d’environ trois heures que se manifestent les premiers phénomènes locaux, sensation de corps étranger et rougeur de la conjonctive. L’bypei'émie augmente progressivement, et 12 à 24 heures après l’application l’ophthalmie artificielle est parfaitement caractérisée. Alors les paupières, la supérieure surtout, sont tuméfiées, luisantes, douloureuses à la pression ; un liquide pui'ulent ou séro-purulent s’écoule de l’œil abondamment et agglutine les cils; la conjonctive tarsienne est tapissée par une fausse membrane blanchâtre, d’abord très-adhérente : si on enlève cette membrane à l’aide d’une pince, ce qui est possible le deuxième ou troisième jour, on trouve audessous d’elle la conjonctive rouge vif, sanguinolente, bourgeonnante, hyperémie qui s’étend à la muqueuse bulbaire; dès le lendemain, !a fausse membrane a commencé à se reproduire, et cette formation de produits morbides se poursuit ainsi pendant plusieurs jours. Ce caractère croupal, joint à la nature séreuse de l’écoulement purulent et à l’absence fréquente du chémosis, rapproche l’ophthalmie jequiritique de la conjonctivite diphthéritique plus que de l’ophthalmie purulente (Carette). Cependant, si l’ophthalmie ainsi produite est très-intense, le chémosis apparaît, la cornée manifeste une participation plus ou moins prononcée aux troubles inflammatoires, allant rarement, il est vrai, jusqu’à la formation d’un abcès, mais suffisants pour infirmer l’opinion de de Wecker, d’après lequel l’immunité de cette membrane à l’action du jequirity est absolue. Hâtons-nous du reste d’ajouter qu’il est bien rarement nécessaire de chercher, dans un but curatif, une ophthalmie assez intense pour que les complications cornéennes, abcès, ulcération, perforation, puissent devenir redoutables, et qu’un des principaux avantages de la macération de jequirity est précisément la possibilité d’en doser l’action, l’acuité de la réaction inflammatoire étant influencée, au gré de l’opérateur, par la concentration du liquide et la durée des applications. Il est d’ailleurs toujours possible d’enrayer la kératite menaçante par la suspension de l’emploi du jequirity et par l’instillation dans l’œil, répétée deux à trois fois par jour, de la solution de sublimé au 250® (Tangenam, E. Smith).
[Süpplémeht] JEÜÜlRrrY. — mode d’action. 269
Les phénomènes inflammatoires sont plus marqués quand le remède est appliqué sur des yeux très-enflammés d’avance, lorsqu’il existe déjà une photophobie intense et un larmoiement abondant : ils sont d’autant moins intenses que le cas où on agit a un caractère plus chronique. On peut augmenter artificiellement leur énergie en employant pour les badigeonnages un pinceau dur qui irrite légèrement la conjonctive palpébrale et détermine l’abrasion d’une partie de l’épithélium.
L’ophthalmie jequiritique conserve un état aigu pendant une huitaine de jours au plus, puis elle va en s’affaiblissant et finit par disparaître d’elle-même, sans que l’intervention d’aucun traitement spécial soit nécessaire : mais il faut deux à trois semaines pour que toute rougeur, toute trace d’inflammation de la conjonctive ait disparu.
Quant aux accidents généraux qui peuvent accompagner les phénomènes locaux qui précèdent, ils sont inconstants, peu graves et passagers. Pendant les deux ou trois premiers jours seulement, le malade présente un état fébrile qui ne fait guère monter le thermomètre au delà de 38", une céphalalgie assez prononcée, de l’anorexie, des nausées et parfois des vomissements.
L’œil n’est pas le seul organe qui manifeste une réaction inflammatoire au contact de la macération des graines de jequirity. L’effet paraît être le même sur toutes les muqueuses, quelles qu’elles soient, et il est plus marqué sur les tissus de structure physiologique que sur les tissus de structure morbide (ïangenam).
La peau elle-même n’est pas insensible à cette action. Non-seulement la macération injectée sous la peau détermine la formation d’un abcès, mais nous verrons que l’inflammation qu’elle provoque à la périphérie des lésions cutanées à caractère proliférant a pu être mise à contribution dans le même but thérapeutique que pour le cas de granulations oculaires.
Mode d’actiok. — A quel principe le jequirity doit- il la .curieuse propriété qu’il possède de déterminer dans les tissus muqueux, et même cutanés, avec lesquels il est en contact, dans la conjonctive particulièrement, tes phénomènes inflammatoires que nous venons de passer en revue ?
L’inertie manifestée par la décoction des graines, ainsi que par une macération trop ancienne, a fait supposer que ce principe devait appar tenir à la classe des ferments organisés; l’hypothèse de la présence d’un microbe a été confirmée par l’examen micrographique et par l’expérimentation physiologique. En 1883, Sattler (d’Erlangen) a montré qu’il existe dans les macérations récentes et faites à froid de graines de jequirity un bacille de forme cylindrique, d’aspect opaque et homogène, long de 2, 5 à 4, 5 p., épais de 0, 58 p. ; exécutant des mouvements très-rapides, se multipliant rapidement par segmentation; susceptible de donner dans la gélatine de peptone d’extrait de viande des produits de culture qui, inoculés à des lapins au niveau des culs-de-sac conjonctivaux, ont donné naissance à la conjonctivite purulente à caractère croupal dont le
270 JEQUIRITY. — mode d’actios. [Sdpplésiekt]
développement suit le badigeonnage des mêmes points avec la macération ; celle-ci est stérilisée par la température de l’ébullition, et ne provoque plus alors la réaction inflammatoire caractéristique.
De leur côté, Cornil et Berlioz, injectant sous la peau des poules la macération de jequirity, au niveau du muscle pectoral, ont observé des lésions comparables à celles que produit l’injection d’un liquide contenant le microbe du choléra des poules : la seule différence avec celui-ci consiste dans la nature et la forme du parasite. L’injection de 10 gouttes de macéré amène la mort de l’animal en 24 à 48 heures : on constate un œdème inflammatoire considérable de la peau et du tissu conjontif souscutané, la tuméfaction et l’induration de la plus grande partie du muscle pectoral ; le sang contenu dans le cœur contient les bacilles du jequirity. Faite dans le péritoine, l’injection détermine le développement d’une péritonite caractérisée parla présence de fausses membranes fibrineuses, solides, dures, épaisses, renfermant les mêmes bacilles. Les mêmes auteurs ont constaté qu’une première inoculation a conféré une immunité absolue dans un cas, incomplète dans un autre, pour de nouvelles injections sous-cutanées ; la même incertitude existe pour l’homme, certains sujets ayant présenté plusieurs fois l’inflammation caractéristique après plusieurs applications du macéré, d’autres s’étant montrés réfractaires dès la seconde tentative.
L’élimination des bacilles se fait tantôt par les urines, tantôt par le flux diarrhéique : en tout cas, les abcès caséeux du tissu cellulaire, les mortifications de la peau et des muscles, les inflammations chroniques scléreuses, persistent longtemps alors que les bacilles, cause initiale de ces lésions, ont été depuis plusieurs mois éliminés ou détruits (Cornil et Berlioz). Ces phénomènes pathologiques ne se produisant plus lorsque le liquide injecté a été . stérilisé, il est hors de doute qu’il doit ses propriétés phlogogènes à l’existence du bacille, qui représente son seul principe actif.
Cependant, comme nous l’avons dit, Bruylants et Yenneman affirment que l’action du jequirity est due non à un microbe, mais à un principe chimique spécial, à un ferment inorganisé, la jequiritine, qui prendrait naissance pendant la germination de la graine, et qui provoquerait chez le lapin et la grenouille des désordres graves, semblables à ceux produits par Schmidt avec le ferment de la fibrine, par Bergman avec la pepsine et les autres zymases. Deneffe, un des principaux adversaires du jequirity, aurait observé, après avoir appliqué sur la conjonctive une solution de jequiritine dans la glycérine (5 à 4 centigrammes pour 10 grammes de véhicule), une inflammation croupale semblable à celle du macéré des graines, mais moins douloureuse, moins violente, n’atteignant jamais la cornée.
Tout en avouant qu’il faut tenir grand compte de ces résultats, qui pourront servir de point de départ à de nouvelles recherches, nous restons convaincu, avec la grande majorité des expérimentateurs, que les bactéries du jequirity en sont le principal, sinon le seul agent. A l’ap-
[Sdpplément] JEQUIRITY. — isdicatiohs thérapeotiques. 274
pui de cette opinion, nous citerons cette expérience de Martineau, qui introduisit dans le vagin d’un certain nombre de femmes des doses élevées de jequirity : celui-ci restait inactif quand on se bornait à cette introduction; si au contraire un courant d’air était dirigé dans les cavités imprégnées du liquide, immédiatement une inflammation intense s’y développait ; il est évident que, comme l’a fait remarquer de Wecker, un principe chimique ne se comporterait pas de cette façon.
Étant admis la nature microbienne de l’ophthalmie jequiritique, comment agit-elle pour modifier les granulations oculaires ? L’explication la plus vraisemblable est celle qu’en a donnée Sattler, et qui assimile ce mode d’action à celui de l’inoculation blennorrhagique. Cet auteur a montré que le trachome est de nature parasitaire (1881) : or c’est en stérilisant le terrain sur lequel se développe le microbe trachomateux qu’agit l’inflammation déterminée par le bacille du jequirity. Celui-ci a la propriété de se développer au niveau de la conjonctive en produisant des phénomènes réactionnels, lirais ne peut coexister sur ce terrain avec le microbe des granulations, pas plus du reste que la bactérie propre au pus blennorrhagique : qu’on inocule ce pus ou le macéré jequiritique, la conjonctive devient impropre à l’existence du premier microbe, qui disparaît.
Indications thérapeutiques. — L’ophthalmie granuleuse a été la première et reste la principale application du jequirity. Mais parmi les ophthalmologistes les uns lui accordent une puissance d’action illimitée, se faisant sentir dans toutes les variétés de cette affection ; d’autres lui refusent toute efficacité ; d’autres encore se réservent de choisir les cas dans lesquels son emploi peut être avantageux : l’opinion de ces derniers est certainement la plus digne de rallier les suffrages.
De Wecker, qu’il est impossible de ne pas citer sans cesse à propos d’un traitement dont il est l’initiateur et le plus chaud partisan, s’exprime ainsi :
Incontestablement l’ophthalmie jequiritique guérit rapidement les granulations, et, même si on la reproduit plusieurs fois, elle agit avec beaucoup moins de dangers et de désagréments pour le patient que l’inoculation. Car toujours elle disparaît sans l’intervention d’aucun traitement. — Ce sont essentiellement les granulations sèches avec sécrétion modérée, et qui commencent déjà à montrer quelques traces de cicatrisation, les formes indolentes et chroniques, qu’on soumet le plus avantageusement au jequirity. Le pannus, les ulcérations ou infiltrations que pareils malades présentent, seront très-avantageusement modifiés par le traitement. Dans le trachome, non-seulement tous les cas où on serait tenté de se servir de l’inoculation sont propres à l’emploi du jequirity, mais aussi les cas monoculaires et ceux qu’à cause d’une moindre gravité on n’aurait pas osé soumettre aux périls de la première, ou ceux enfin qui, par suite de complications ulcéreuses, auraient formellement présenté une contre-indication à l’inoculation. — Après un emploi rationnel, suffisamment énergique, du jequirity, la conjonctive, précédemment héris-
272 JEQUIRITY. — indicatioks thérapedtiqdes. [Sdpplémest]
sée de granulations, n’est pas absolument saine : mais elle est uniformément recouverte d’un épithélium lisse, la cicatrisation des granulations est en pleine voie d’évolution, de façon qu’aucune intervention nouvelle n’est nécessaire pour activer cette guérison et hâter la disparition progressive des altérations que la maladie a produites sur la cornée.
En somme, le jequirity convient dans certains cas de conjonctivite granuleuse, mais non dans tous indistinctement. Il réussit particulièrement dans la forme chronique, sèche, torpide, de cette affection, dans le trachome invétéré, qui résiste à l’action des caustiques, dans le pannus rebelle qui l’accompagne, et est pourtant indiqué lorsqu’il existe des troubles du côté de la cornée, cette membrane n’ayant pas à redouter de l’ophthalmie jequiritique les dangers que lui fait courir l’inoculation blennorrhagique : plus sûr que celle-ci, plus rapide et plus efficace que les autres moyens de traitement, il reste le remède le plus utile dont nous disposions contre les trachomes conjonctivaux et cornéens, contre le pannus trachomateux. Au contraire, dans les conjonctivites granuleuses légères, et à la première période de cette ophthalmie, quand la conjonctive palpébrale présente un bourgeonnement, un gonflement hypertrophique, il est inférieur aux caustiques, au sulfate de cuivre et à l’acétate de plomb. Il est encore plus impérieusement contre-indiqué par la purulence de la conjonctive, que celle-ci soit la suite d’une ophthalmie purulente chronique accompagnant une affection granuleuse de la conjonctive ou une affection cornéenne quelconque (Wecker, Knapp). Il faut également être prévenu que l’inoculation du pus blennorrhagique à un œil antérieurement jequiritisé donne des résultats lamentables (Coppez) .
Ainsi limité, l’emploi du jequirity a donné d’excellents résultats entre les mains non-seulement de de Wecker et de Moura-Brazil, mais aussi dans celles de Panas, Abadie, Dujardin, Tangenam, Warlomont, Coppez, E. Smith, Luc. Howe, A. Mazza, etc. A la vérité, Deneffe l’a trouvé impuissant dans le traitement du pannus comme des granulations, qu’il n’a pas vues améliorées après l’inflammation la plus vive, renouvelée même après quelques semaines ; Terrier a constaté des résultats aléatoires ; Galezowski conseille de se défier des résultats des premiers jours, la conjonctive prenant d’abord un aspect lisse, mais la maladie reprenant bientôt les caractères qu’elle avait avant l’intervention; Gayet n’aurait obtenu aucun effet bien sensible. Ces revers ne sont ni assez nombreux, ni assez probants, pour faire renoncer à l’emploi du jequirity : ils montrent seulement que celui-ci, même appliqué suivant les règles et dans les cas indiqués par l’expérience, n’est pas plus infaillible que tout autre agent thérapeutique ; jusqu’ici du moins la somme de ses succès l’emporte sur celui de ses échecs.
Nous ne saurions mieux terminer ce qui a trait à l’emploi du jequirity dans les affections oculaires qu’en citant l’opinion très-autorisée de Warlomont. « L’inventeur, comme il arrive toujours en semblable occurrence, a vu l’horizon s’élargir en raison de ses désirs et de ses espérances. Il lui restera toujours une partie] d’honneur incontestable :
[Sdppléuent] JEQüIRITY. — indications thérapedtiqdes. 275
c’est d’avoir introduit au sein de notre arsenal thérapeutique une ressource nouvelle qui aura son jour de succès et de gloire, »
Nous serons bref sur les autres applications] thérapeutiques du jequirity, encore trop rares pour qu’on en puisse fixer la valeur exacte. Tangenam rapporte qu’ayant employé la macération dans un certain nombre de cas d’otite moyenne purulente, il a vu se développer dans le conduit auditif une violente inflammation : à la suspension du traitement, la sécrétion purulente était tarie, et l’otite était guérie. Les résultats ont été surtout remarquables dans les cas où l’oreille moyenne était remplie de bourgeons fongueux : ceux-ci ont disparu sous l’influence de l’inflammation artificiellement provoquée.
Enfin Shœmaker a eu l’idée d’appliquer le jequirity au traitement des affections cutanées caractérisées par une prolifération active des éléments cellulaires : lupus, épithélioma, etc. Sur la surface à traiter il applique une macération de graines plus concentrée et plus épaisse que celle qui sert habituellement dans les affections oculaires : quand cette surface est ulcérée et granuleuse, il s’y développe, parfois en une heure, une inflammation très-vive qui en infiltre les bords et détermine un aspect oedémateux, brillant, des régions circonvoisines, en même temps que des symptômes fébriles apparaissent. En quelques heures, les produits de cette inflammation spécifique forment une sorte de cuirasse qui se ramollit le jour suivant, et dont on peut aider la chute par des lotions et des cataplasmes émollients ; au-dessous d’elle on trouve la plaie de bel aspect, granuleuse, en voie de cicatrisation. L’auteur cite à l’appui du traitement qu’il préconise une ulcération spécifique de la jambe, un ulcère scrofuleux du cou, un lupus ulcéreux de la joue, un papillome, etc. ; il recommande, d’ailleurs, d’user avec ménagement de ce procédé thérapeutique qui peut provoquer chez les sujets irritables des troubles généraux et chez tous des troubles locaux alarmants.
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