‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 40 sur 531 · L. Robert · texte numérisé non relu

L. Robert

TERPIIVE et TERPIXOL. — La terpine ou bihydrale de térébenthène (C’^Il^SII-O -+- ffO) est une substance cristalline dont l’action est assez analogue à celle de l’essence de térébenthine, mais à un degré plus prononcé. Elle a été récemment (1885) introduite dans la thérapeutique par le professeur Lépine (de Lyon), qui en fait un puissant modificateur des sécrétions bronchiques et rénales. G. Sée a postérieurement fait connaître les succès qu’il a obtenus, grâce à elle, non-seulement dans la bronchite chronique, mais encore dans la phthisie catarrhale et dans les hémoptysies initiales de la tuberculose pulmonaire.

Quant au terpinol, qui dérive de l’action des acides sur la terpine et qui a pour formule (G”’H*®)-H®0, Dujardin-Beaumetz a trouvé qu’il agit puissamment aussi sur les voies pulmonaires par lesquelles il s’élimine.

Chimie. — La terpine prend naissance quand on expose au contact de l’eau le térébenlhène (C*"!!*®), liquide incolore obtenu lui-même par distillation fractionnée de l’essence de térébenthine. C’est une substance solide, cristallisée en prismes droits, parfaitement limpides, solubles dans 200 parties d’eau froide, dans 22 parties d’eau bouillante, dans 6 à

-490 ÏERPIiNE ET TERPINOL. — effets physiol. et thérap. [Supilémem] 7 partins d’alcool à 85°, plus encore dans l’élher, les huiles grasses et l’essence de térébenthine cliaude. L’acide nitrique ajouté à ses solutions y développe une odeur de jacinthe (par formation de terpiiiul); l’acide «ulluri(|iie donne lieu à l’appaiiiion d’un précipité vert. A l’aide de lavages répétés à l’alcool, les cristaux de terpiiie perdent toute odeur et toute saveur, ce qui constitue une réelle supériorité sur l’essence de térébenthine.

Le lerpinol est un liquide huileux, incolore, d’odeur agréable de jacinthe, bouillant à lOS", qui se forme quand on distille eu présence d’une petite quantité d’acide sullurique ou chlorhydrique une solution de ter|iine.

Effets riiysiOLOGiQUES et thérapeutiques. — Employée à l’état cristallin, la terpine fond dd'ficilenient au contact de la salive, donne à la bouche la sensation d’un corps siliceux et provoque au premier moment une légère nausée (Guelpa). En solution alcoolique, le goût nauséeux n’existe que si la substance est impure. Toutefois les fortes doses (1 granmie 50) répétées pendant plusieurs jours provoquent parfois des envies de vomir qui peuvent forcer à l’administration en lavements, et une lemlanceà la diarrhée à laipielle on obvie facilement par l’association de sirops astringents. En tout, cas, il faut se rappeler, dans les expériences physiologiques comme dans les essais thérapeutiijues, que la terpine n’agit qu’à l’état de solution; c’est probablement pour n’avoir pas tenu compte de ce principe, peut-être aussi pour avoir e.mployé une substance d’une pureté douteuse sur un mauvais terrain d’analyses, que Guelpa est arrivé à des résultats négatifs.

Introduisant directement dans le sang d’un chien une forte dose de terpine en solution, Lépine a constaté, avec ou sans diminulinn de la ■sécrétion urinaire, l’apparition de l’albiiminurie et même de l’hématurie. Le rhythme de la respiration est moditié : les mouvements respiratoires sont accélérés et irréguliers. La lempéralure est plus élevée qu’à l’état normal. Lorsque la dose de substance active est toxique ranimai manifeste un état d’abrutissement, présente une titubation dans la marche, qui indiquent clairement que le système nerveux est iniluencé; il y a de la tendance à l’hémoglobinhémie, à la polycholie et même à l’hcinoglobinurie: enfin la mort survient quand la dose atteint 15 centigraniiiies par kilogramme du poids total.

En somme, le tableau des effets jihysiologiques de la terpine présente une grande analogie avec celui de l'-iciion de l’essence de térébenthine {t. XXXV, p. 211); l’intensité seule dilfère.

Eu thérapeutique, Lépine a mis à profit l’influence qu’il a reconnue à la terpine sur les fonctions du système nerveux, sur celles du rein, sur les sécrétions des bronches.

lin gramme de cette substance aurait, d’après lui, le même effet sur les névralgies que plusieurs grammes d’essence de térébenthine. 11 a ainsi guéri plusieurs douleurs do cette nature, et croit avoir obtenu au moins un amendement dans un cas d’hystéio-épilcpsie.

jSoppLÉHEKTj TERPliNE ET TERPÏNOL. — effets physiol. et thébap. 491

Les fonctions rénales sont avantageusement modifiées, en cas de ralentissement pathologique, par la tcrpine, au dire de Lépine, qui la consiilère comme un diurétique vrai, agissant sur l’épithélium rénal, et qui l’aurait employée avec avanlage dans plusieurs cas de néphrite chronique. Dujardiii-Beaumetz toutefois la croit moins efficace, comme diurétique, (|ue l’essence de térébenthine.

Quoi qu’il en soit, si même à la dose quotidienne de \ gramme 50 elle ri’est jamais nuisible chez les individus dont les reins sont sains, et ne provoipie alors ni albuminurie, ni hématurie, son maniement exige une certaine prudence en cas de mal de Bright. Car alors on peut voir apparaître l'hématurie, si on dépasse la dose de 50 centigrammes par 'OUI'.

Nous arrivons à la plus sérieu.so application thérapeutique de la terpine, celle qui mérite le mieux, et peut-être exclusivement, de rester dans la praii(|ue : son application au traitement des affections bronchiques accoruiiagoees d'hypersécrétion. Ici une distinction importante s’impose : à P bie do.se (20 à 00 centigrammes) la sécrétion des bronches est augmentée et fluidifiée, de sorte que l’expectoration est rendue plus facile; au lontraire, la sécrétion est diminuée et tarie, si les doses sont élevées. Lépine a surtout fait appel au premier mode d’action, et l’a utilisé dans les catarrhes bronchiques, aigus ou chroniques, non spécifiques : sur 200 iiiiilailes atteints de ces alleclions qu’il a ainsi traités, c’est à peine si chez quelques-uns la terpine a été peu eflicace : aussi se loue-t-il plus de son usage comme expectorant et modificateur des sécrétions bronchi'iiies que coiiiine desséchant.

Tel ll’e^t pa< l’avis de G. Sée, qui formule ainsi ses conclusions : la terpine constitue un modificateur énergique de la muqueuse respiratoire et un aiilisécri'toire jiiiissant; elle dimiiioe et tarit rapidement l’exiiectoralion purulente dans les formes catarrhales de la phthisie; que la sécrétion mnco-|)uriileiile provienne des hronehes irritées par les tubercules ou lie la paroi des cavernes pulmonaires, ()ue la maladie soit au début, «U dans la phase de la fonte purulente, ou même à la période des excavations foi niées, elle sera indiquée toutes les fois que la formation du pu? est assez abondante pour faiigiier le malade, ou pour épuiser ses forces et pour entraîner le dépérissement; elle sera em[doyée avec succès dans Ifs hémoptysies de la tuberculose commençante, c’est-à-dire quand la maladie n’est pas arrivée au développement des grandes cavités avec anévrysmes de l’artère pulmonaire; dans le traitement des catarrhes pul le , des bronchites chroni(|ues indépendantes de l’asthme et ne provoqii.uit qu'une dys[)iiée par e.ncomhrement des hronehes, elle est le medlrur moy n d’amoindrir l’hypersécretion bronchique; son action proiiqile, sûre, exempte d’inconvénients physiologiques, doit la faire préférer aux préparations île téréheiithine, au goudron, aux bourgions de sapin, à l’e^.^ence de lérébenlhine qui n’est pas tolérée; elle présente même, à cause de sa parfaite innocuité et de sa parfaite digestibilité, des avantages sur la créosote; dans l’asthme nerveux, emphysémateux ou

492 TERPINE et TERPINOL. — modes d’admimstr. et doses. [Supplément] catarrhal, qu’il faut distinguer du catarrhe primitif, l’iode et la pyridme ont une supériorité incontestable.

Donc si, comme il y a lieu de le croire, les résultats obtenus par les deux savants professeurs dont nous avons cité l’opinion sont confirmés par les observateurs qui ne pourront manquer d’explorer la voie ainsi tracée, la thérapeutique sera enrichie d’un nouvel agent précieux par la facilité avec laquelle on le manie et par son efficacité dans un grand nombre d’affections des voies broncho-pulmonaires.

Modes d’administration et Doses. — La terpine peut être administrée sous la forme pilulaire. Mieux vaut la donner en solution légèrement alcoolique. La solubilité dans l’alcool diminue quand on l’étend d’eau. Cependant on peut ajouter à 100 grammes d’excipient (eau sucrée et aromatisée) quelques grammes de sa solution alcoolique sans qu’il se forme de précipité (Lépine).

Chez les personnes où l’alcool est contre-indiqué, on peut faire prendre 1 gramme de la substance active dans 250 grammes de solution non alcoolique. Lorsqu’on redoute la diarrhée, on ajoute une petite quantité d’un sirop astringent, tel que le sirop de cachou. Enfin, lorsqu’on cherche les effets diurétiques, on peut faire dissoudre la terpine dans du vin blanc (Lépine).

Quand on veut augmenter la fluidité et la facilité de l’expectoration, les doses quotidiennes de 50 à 60 centigrammes suffisent. Quand on veut tarir les sécrétions muco-purulentes, la meilleure dose est celle d’un gramme, mais on peut aller sans crainte d’accidents jusqu’à 2 grammes et plus dans les cas rebelles.

G. Sée prescrit la potion suivante :

Terpine . 10 grammes

Eau . 50 —

Alcool à 83“ . 250 —

Prendre chaque jour 3 cuillerées à bouche de cette solution dont il est facile de dissimuler la saveur par l’addition d’un sirop acide.

Quel que soit le mode d’administration, il est bon de prendre le médicament au moment des repas pour éviter les troubles digestifs.

Quant au terpinol, qui, s’éliminant très-vite et presque exclusivement par les voies respiratoires, peut aussi être utile dans les affections catarrhales des bronches (Guelpa), Dujardin-Beaumetz en a fait faire des capsules renfermant chacune 10 centigrammes du médicament; on peut en prendre 10 à 20 par jour sans inconvénients.

Léhse, s. la T. (Rev. de méd., févr., août 1883). — Sée (G.), Trait, de la phthisie catarrh.,

des hémoptys. et des bronch. chron., p. la T. (Bull, de l’Ac. de me'd., 28 juillet 1885). —

Gdelpa, Contrib. à l’étude de la T. et du T. (Bull, de thérap., 1885, t. CVIII, p. 341).

Ch. D’Ivors.

[Supplément] THAPSIA. — histoire naturelle, pharmacologie.

THAPSIA. — Histoire naturelle. — Le genre Thapsia appartient à la famille des Ombellifères orlhospermées . En 1857, Reboulleau et A. Berlherand ont introduit dans la matière médicale une résine irritante, extraite à l’aide de la chaleur de la racine du Thapsia garganica L., actuellement très employée à titre de révulsif.

Celte plante est commune dans les contrées méridionales de l’Europe, les îles de la Méditerranée et le nord de l’Afrique, particulièrement en Algérie. L’écorce de sa racine est en fragments inégaux, friables, peu Tolumineux, épais de 4 à 10 millimètres, d’un jaune brunâtre très-clair à leur face externe, qui est tantôt lisse, tantôt garnie de rides plus ou moins profondes, délimitant parfois de petits espaces saillants, bombés, irrégulièrement quadrilatères ; la face interne est blanche, crayeuse, sourent tachée de rouge, brunâtre et finement striée en long. La surface de section est souvent garnie d’une résine jaune doré très-clair, que l’on trouve aussi dans les anfractuosités intérieures de l’écorce. La cassure est grenue, crayeuse, compacte; examinée à la loupe, elle se montre criblée de pores à parois jaunâtres, très-rapprochés les uns des autres et disposés en séries linéaires, concentriques, entre lesquelles s’interpose le tissu blanc crayeux qui constitue la plus grande partie de la masse; ces pores sont formés par la section transversale des canaux résineux (Cauvet).

La résine que l’on trouve dans le commerce est loin d’être pure : 6 parties sur 15 sont représentées par un acide particulier {acide thapsique?), de l’extractif, de la chaux, de l’amidon et du ligneux.

La résine de thapsia contient une huile essentielle volatile qui a une grande part dans son action irritante.

Pharmacologie. — Les Arabes emploient localement l’écorce fraîche de la racine, ou le produit de sa coction dans l’huile, pour obtenir une rubéfaction énergique.

En France, la résine est exclusivement utilisée sous forme d’emplâtre ou sparadrap.

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