KODÏ. DICT. MED. ET CHIB. XL
66 ATHREPSIE. — anatomie pathologique. [Supplément]
raie se faisant dans des conditions défectueuses, les leucocytes surabondants se déposent à la face interne des vaisseaux, et ces dépôts forment les noyaux de thromboses encéphaliques, gastriques, pulmonaires et rénales ; ces thromboses à leur tour sont le point de départ des hémorrhagies, des ramollissements, des stéatoses qu’on rencontre dans les viscères.
Communément, après la mort par athrepsie, on trouve la face interne de l’estomac couverte dans presque toute son étendue, sauf au niveau du cardia et du pylore, soit d’une matière brunâtre qui est du mucus mélangé de sang altéré, soit d’une véritable couche pseudo-membraneuse, épaisse de 1 millimètre environ, plus adhérente au centre qu’à la périphérie. Au-dessous de cette couche, ou voit la muqueuse d’un rouge plus ou moins foncé, tomenteuse, formant des plis, et criblée de petites ulcérations en forme de cupules; au niveau de ces solutions de continuité les vaisseaux sont gorgés de sang, la thrombose des veines est trèsétendue, la couche celluleuse de l’estomac est le siège d’une accumulation considérable de leucocytes devenus graisseux, la membrane muqueuse présente des ecchymoses à contours plus ou moins réguliers. Le microscope montre les glandes gastriques élargies à leur extrémité superficielle, qui atteint un diamètre triple de celui des parties profondes et remplies de cellules épithéliales troubles au centre de la glande, plus claires à la périphérie. Quant à la fausse membrane, elle est aussi formée, dans sa partie profonde, de cellules épithéliales altérées, séparées par des faisceaux de fibrilles ; ces fibrilles manquent dans la couche superficielle, qui ne comprend que des granulations graisseuses.
L’intestin est le siège de lésions analogues à celles de l’estomac, ordinairement moins prononcées.
L’encéphale est habituellement très-congestionné à la périphérie. Dans les sinus se font des thromboses multiples : les caillots sont tantôt noirâtres, composés de globules rouges et blancs en parties égales; tantôt grisâtres, principalement formés de leucocytes. Les méninges, les ventricules eux-mêmes, sont parfois le siège d’hémorrhagies. Souvent enfin des taches grisâtres plus ou moins étendues se rencontrent dans diverses régions du cerveau : ce sont des foyers de stéatose constitués par des gouttelettes graisseuses et des corps granuleux.
Dans le poumon, des branches vasculaires de volume plus ou moins considérable renferment des caillots également formés par thrombose et constitués surtout par des globules blancs avec une petite quantité de corps granuleux de nature protéique; lorsque le caillot est plus ancien, il s’y joint de nombreuses granulations graisseuses qui proviennent d’une dégénération des leucocytes. Dans le territoire du poumon qui répond au vaisseau oblitéré, on trouve des noyaux violacés, noirâtres, mal circonscrits, répandant parfois une légère odeur de gangrène, et, dans la même région, un ramollissement assez prononcé du parenchyme avec de l’œdème pulmonaire.
Les reins enfin présentent souvent, à l’extérieur, de petites taches rosées ;
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à l’intérieur, une teinte brune des pyramides due à la présence dans les tubes de Bellini d’une matière foncée qui se retrouve dans les calices, les bassinets et la vessie, où elles forment de petites masses noirâtres, molles comme la terre glaise (Parrot). La stéatose du parenchyme, la thrombose des veines rénales, sont égalements fréquentes.
Étiologie. — Les causes de l’athrepsie sont prédisposantes, inhérentes au sujet, ou extrinsèques, déterminantes.
Parmi les premières, le sexe a peu d’importance. L’âge au contraire et la constitution ont une grande influence. Les enfants nés avant terme, les avortons, sont particulièrement prédisposés à l’athrepsie. Les enfants nés à terme y sont également sujets lorsqu’au moment de la naissance ils se trouvent dans un état de faiblesse qui nuit à l’exercice normal de leurs fonctions. Enfin quelques vices de conformation congénitaux, tels que le bec-de-lièvre simple ou compliqué, certaines affections communes chez le nouveau-né, comme l’érysipèle, la pneumonie, font que des enfants nés à terme et dans de bonnes conditions peuvent être atteints comme les autres, par suite du trouble apporté dans l’alimentation et dans la nutrition.
Parmi les causes occasionnelles, il faut compter la trop grande élévation de la température atmosphérique : les statistiques prouvent que les mois les plus chauds de l’année, juin, juillet et août, sont aussi les plus chargés de décès par athrepsie, sans doute parce qUe les enfants présentent alors moins de résistance aux agents morbifiques. Une seconde influence nosologique se trouve dans l’agglomération des nouveau-nés dans un espace restreint : il est certain que les cas morbides sont plus nombreux dans les crèches et les maternités que partout ailleurs, soit qu’un virus spécial, engendré par les miasmes humains, se développe dans ces établissements, selon la doctrine d’Hervieux, soit, comme l’admet Parrot, que l’influence nosocomiale consiste simplement dans l’ensemble de conditions hygiéniques fâcheuses.
De toutes les causes de l’athrepsie, la plus fréquente et la plus active est le trouble des fonctions digestives qui résulte d’un vice de l’alimentation. Celle-ci pèche plus souvent par qualité que par quantité. Quelquefois c’est la mère elle-même qui compromet la santé de son enfant, en s’obstinant à le nourrir malgré l’insuffisance de la sécrétion lactée, malgré la brièveté du mamelon qui rend la succion difficile, etc. Plus souvent, c’est une nourrice qui, par des soins insuffisants, par une mauvaise nourriture, expose son nourrisson à l’athrepsie. Mais celle-ci prend surtout naissance dans le cours de l’alimentation artificielle, tantôt parce que le lait de vache donné au biberon est falsifié volontairement ou altéré par manque de soins, tantôt parce que des aliments autres que le lait ont été prématurément donnés à l’enfant.
Traitemekt. — Il est certainement plus difficile d’enrayer la marche de l’athrepsie que d’en prévenir le développement. La prophylaxie des troubles morbides repose essentiellement sur une hygiène bien entendue qui peut aussi suffire au traitement des accidents du début, et qui ne
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peut être établie que sur une connaissance exacte de l’étiologie. Isoler les enfants, les placer dans un milieu sain, les tenir dans une pièce suffisamment spacieuse et aérée, les mettre à l’abri du froid et de l’humidité, de la fumée et des poussières nuisibles à la respiration, leur donner les soins de propreté les plus minutieux : telles sont les mesures qui devront accompagner l’active surveillance du. régime alimentaire, partie capitale du traitement. D’une façon générale, tout aliment autre que le lait doit être sévèrement proscrit, non-seulement chez le nouveau-né dont la faiblesse congénitale peut faire redouter l’apparition de l’athrepsie, mais encore chez tout enfant qui n’a pas atteint au moins 6 à 8 mois, si belle que soit la constitution; à plus forte raison le régime lacté est-il indispensable, si l’on vient à constater ces troubles digestifs qui, comme le dit Parrot, sont au seuil de l’athrepsie. Si ces troubles sont la conséquence d’un sevrage prématuré ou fait avec précipitation, il ne faut pas hésiter à revenir immédiatement au lait.
C’est le lait de femme, mère ou nourrice, qu’il faut toujours choisir de préférence, surtout à la ville où on trouve si rarement ce liquide à l’état pur. Il faut savoir qu’un lait de femme, de quantité suffisante, de qualité jugée bonne par l’analyse chimique et l’examen microscopique, peut cependant ne pas convenir à un nourrisson déterminé : alors il faut changer la nourrice, et renouveler le changement cinq, six fois, jusqu’à ce que le nourrisson ait trouvé un lait à sa convenance, sans redouter les dangers imaginaires faussement attribués à cette conduite (Bouchut) . Si, pour une raison quelconque, l’enfant ne peut être mis au sein, au moins devra-t-il être tenu au régime du lait donné au biberon, et aussi pur que possible
Si l’hygiène, surtout alimentaire, n’a pu arrêter l’athrepsie à son début, il faut intervenir à l’aide des agents pharmaceutiques, et combattre les symptômes simultanément ou successivement. Rarement il est indiqué de débarrasser le tube digestif ou d’exercer sur lui une action perturbatrice par l’administration d’huile de ricin (1 cuillerée à café), de sirop d’ipécacuanha (30 gramm.) ou de poudre de cette substance (25 à 50 centigr.). Pour combattre la diarrhée, le sous-nitrate de bismuth (3 à 6 gramm. en 24 heures), l’eau de chaux (20 à 30 gramm.), sont les agents les plus employés; on peut y joindre d’autres absorbants et antiacides, tels que le phosphate de chaux, la magnésie calcinée. Ces substances peuvent être prises dans du lait ou dans une potion édulcorée avec le sirop de coing ou diacode. Les toniques et les astringents, tels que le quinquina (en extrait ou teinture), la poudre de Colombo, de' rhubarbe, etc., peuvent être utiles. L’élixir de pepsine, le sirop de papaïne, les peptones artificielles, favorisent la digestion et la nutrition.
Le muguet et les ulcérations buccales sont, comme à l’ordinaire, justiciables des collutoires au borax, au chlorate de potasse, des irrigations d’eau de chaux, etc.
Sur l’érythème on appliquera les poudres isolantes de riz, d’amidon, et mieux encore de lycopode. Les érosions et les ulcérations de la peau