AUTOPSIE
[Supplémest]
seront pansées avec des corps gras, à la condition qu’ils soient toujours d’extrême fraîcheur au moment de leur application : la vaseline, corps neutre ne rancissant pas, leur est supérieure. Elles seront lavées plusieurs fois par jour avec l’eau légèrement alcoolisée, ou avec la solution d’acide borique à 5 ou 4 pour 100. L’hydrate de chloral réussit aussi bien dans les accidents convulsifs de l’athrepsie que dans les convulsions produites par d’autres causes.
Enfin il est nécessaire de diminuer, sinon d’empêcher, l’abaissement progressif de la température, en entourant l’enfant d’ouate, de couvertures de laine, en lui faisant prendre quelques boissons alcooliques, tels que punch chaud, vin de Malaga; en le plongeant dans des bains sinapisés (30 à 50 gramm. de farine de moutarde). La couveuse artificielle, dans laquelle on entretient une température constante et suffisamment élevée, et dont l’emploi a été conseillé par Tarnier, peut être essayée, quoiqu’elle n’ait pas donné jusqu’ici, à notre connaissance, tous les résultats qu’on en espérait.
J. Parrot, Étude sur l’encéphalopathie urémique et le tétanos des nouveau-nés (Arch. de méd., t. XIX, p. 257, et t. XX, p. 158). — De l’Athrepsie (Progrès médical, 1874-1875). — Bull, de la Soc. anal., 1872 à 1875 (passim). — DEscROizit-i-Es, Manuel de pathol. et de clinique infantiles, Paris, 1884.
AUTOPSIE. — Ce mot figure déjà dans le Dictionnaire, mais l’article écrit par Tardieu expose seulement les formalités légales et administratives nécessaires pour qu’une autopsie puisse être accomplie, en passant sous silence tout ce qui est relatif à la technique de l’opération. Tardieu estimait que « chaque médecin saura se faire à lui-même sa propre méthode et procéder suivant ses habitudes et ses convenances particulières. » — Il y a là une lacune qui doit être comblée. Sans doute un médecin habitué depuis longtemps à pratiquer des autopsies se crée souvent une méthode propre dont il tire un parti excellent ; sans doute aussi on ne saurait tracer des règles absolues, immuables, applicables à tous les cas, ni prévoir toutes les manœuvres qu'’il sera nécessaire d’improviser en présence de telles ou telles circonstances particulières. Mais d’un autre côté il est utile de donner au médecin qui n’a pas en cette matière une grande expérience personnelle des indications précises ; en procédant en quelque sorte au hasard, au gré du caprice de l’inspiration du moment, on risque en effet de rendre dans bon nombre de cas certaines constatations inexactes ou incomplètes, de laisser passer inaperçues certaines lésions, ou d’en produire d’artificielles dont l’interprétation restera ensuite douteuse. Au reste, la nécessité de suivre dans les autopsies certaines règles précises est bien comprise aujourd’hui. En Allemagne ces règles sont imposées pour les autopsies médico-légales. Des anatomo-pathologistes éminents, comme Virchow, n’ont pas dédaigné de donner sur ce sujet les instructions les plus minutieuses, et récemment la littérature médicale française s’est enrichie d’un excellent Manuel de la Technique des autopsies, dû à Bourneville et Bricon.
70 AUTOPSIE. — ADT. MÉDIC^LÉGALE. [SüPPLÉMEKT]
Nous exposerons successivement ici ce qui est relatif à l’autopsie médico-légale et à l’autopsie faite dans un but exclusivement scientifique.
Antopsie médico-légale. — L’autopsie médi^-Iégale a pour but de rechercher si un individu a succombé à une cause naturelle, ou- au contraire par suite de blessures, de violences, d’empoisonnement, etc. La technique de l’opération diffère un peu ici de ce qu’elle est dans les autopsies purement scientifiques, parce que d’une part il faut porter spécialement son attention sur certaines constatations relatives aux traces de violences, aux signes de l’asphyxie, de l’empoisonnement, etc., et d’autre part que, le cadavre étant livré par la justice, étant souvent en outre celui d’un inconnu ou d’un individu non réclamé par sa famille, le médecin a toute liberté pour pratiquer l’ouverture du corps de la façon la plus commode, faire toutes les incisions qu’il juge nécessaires, sans se préoccuper outre mesure de ne pas laisser de traces trop apparentes de son opération.
Toute autopsie médico-légale doit être faite d’une façon complète, c’est-à-dire que tous les organes (à l’exception de la moelle épinière qu’on peut ne pas extraire, sauf indications spéciales) doivent être successivement examinés et leur état mentionné dans le rapport. Cette règle est absolue et s’applique même aux cas où la cause de la mort est indiquée avec évidence par la lésion d’un organe particulier. Il peut en effet surgir ultérieurement telle ou telle question qu’on ne saurait résoudre, si l’on n’a pas noté exactement l’état des divers organes. Par exemple, au cours de l’instruction ou des débats, longtemps après que le cadavre autopsié a été inhumé, on demande quelquefois au médecin si la victime avait mangé depuis longtemps, quels alim.ents, si elle était en état d’ivresse, si elle avait succombé très-peu de temps après avoir uriné ou déféqué ; si un homme avait la blennorrhagie, si une femme portait les traces d’un accouchement ancien, s’il existait des signes de telle ou telle affection chronique, etc.
Il convient de faire les constatations d’une façon aussi précise que possible: par exemple, on mesure et on pèse les organes dont le développement est anormal, surtout quand cette circonstance peut jouer un rôle dans l’explication de la mort ; on mesure également ou on apprécie le mieux possible la quantité des épanchements pathologiques, etc.
Pour faire une autopsie complète et des constatations exactes, un certain nombre d’instruments sont nécessaires. En voici l’énumération : des scalpels, des couteaux à autopsie, un couteau à cerveau, une paire de ciseaux, un entérotome, un costotome ou un sécateur ordinaire de jardinier, des pinces à dissection, une scie, un marteau (dont l’extrémité inférieure du manche est recourbée en crochet), une rugine, un rachitome ou un ciseau, une sonde cannelée, un stylet, une sonde uréthrale, un insufîlateur à robinet (qu’au besoin on peut remplacer par un soufflet ordinaire) pour reconnaître certaines perforations intestinales, certaines lésions pulmonaires, un mètre (de préférence rigide), un compas d’épais-
[SdPPLÉMESt] AÜTOP^. - ADT. MÉDICO-LÉGALE. 71
seur (indispensable dans les autopsies de nouveau-nés, pour mesurer les diamètres du crâne), un ou plusieurs vases gradués, des tubes de verre, dits tubes à essai, munis de bouchons s’adaptant exactement, une pipette, des lames j|[ie verre dites porte-objets, des éponges.
Nous savons fort bien que dans la pratique médico-légale on ne peut pas toujours disposer d’un outillage aussi complet. Quand le médecin doit se transporter, comme cela arrive souvent, à une grande distance, il ne peut emporter avec’ lui tous les instruments qui viennent d’être indiqués, et il est obligé de laisser ceux dont il ne prévoit pas la nécessité absolue pour le cas actuel. D’ailleurs, il faut dire que, sauf dans les grandes villes, les autopsies judiciaires sont faites souvent dans des conditions extrêmement défectueuses. On est obligé d’opérer dans un local tout à fait insuffisant, parfois en plein air, au milieu d’un cimetière, d’improviser une table ou un support quelconque pour le cadavre ; quelquefois même l’eau manque. Une autopsie pratiquée dans ces conditions ne peut souvent donner que des résultats tout à fait insuffisants; le médecin doit s’efforcer de le faire comprendre à l’autorité judiciaire et d’obtenir que, sauf le cas où il y a impossibilité réelle, le cadavre soit apporté dans un local convenablement aménagé.
L’autopsie médico-légale comprend deux parties : l’examen extérieur du corps, l’ouverture du cadavre.
A. Examen extérieur. — On note successivement :
1) L’état de vigueur ou de marasme du corps, l’embonpoint ou l’amaigrissement, les vices de conformation, s’il en existe. Quand le cadavre est celui d’un inconnu, on relate les signes pouvant servir à établir l’identité (Voy. ce mot.)
2) La coloration des téguments : lividités cadavériques, cyanose ou congestion de la face, ecchymoses ponctuées des conjonctives ou de la peau, cyanose des extrémités, teinte rose spéciale des hypostases et des lividités faisant soupçonner l’intoxication par l’oxyde de carbone. Les traces de sangsues, ventouses, vésicatoires, etc., récemment appliqués; l’œdème, la présence de corps étrangers dans la bouche ou dans les narines, de matières fécales autour de l’anus; on examine les parties génitales (saùg, sperme, état de la vulve et de l’hymen).
3) Le degré de putréfaction, en indiquant les principaux signes qui pourront le faire reconnaître.
4) Les traces de violences qui existent sur le corps. Les blessures ou lésions qui ont une origine évidemment accidentelle, les érosions causées par les frottements, les morsures de rats, etc., sont indiquées brièvement. On décrit au contraire avec détails le siège, la forme, les dimensions, la couleur des ecchymoses ; on incise la peau au niveau de celles-ci pour constater leur étendue et leur profondeur. On décrit également le siège, la forme, la direction et les dimensions des blessures, l’état de leurs bords. Leur trajet est examiné au moment de l’ouverture du corps ; ce n’est que dans des circonstances exceptionnelles que l’on introduit à ce moment la sonde dans les plaies.
72 AUTOPSIE. — ADT. médic^légale. [Supplément]
B. Ouverture du corps. — 5) S’il existe des blessures, on dissèque la région où elles se trouxent et, si elles pénètrent dans le crâne, le thorax ou l’abdomen, on ouvre en premier lieu celle de ces cavités qui est intéressée.
Après que l’on a décrit la direction du trajet de là blessure, les parties qu’elle a successivement traversées, l’abondance de l’infiltration sanguine, on remet momentanément les parties en place, et l’on mesure la profondeur de la plaie, soit à l’aide de la sonde, soit à l’aide du compas, si l’on craint que la sonde ne retrouve pas le trajet ou risque de l’agrandir.
6) On incise les téguments suivant une ligne qui part du menton, descend à la partie supérieure du sternum, gagne la partie externe du sein, descend verticalement sur le thorax et l’abdomen, s’incurve pour atteindre le pubis et remonte symétriquement de l’autre côté. On complète avec des ciseaux ou un scalpel l’incision des parois de l’abdomen, y compris le péritoine, en évitant de léser les organes sous-jacents; pour cela on peut faire un pli que l’on ouvre avec des ciseaux, soulever la paroi avec deux doigts introduits dans cette ouverture, et inciser en suivant l’espace compris entre les doigts. — On sectionne les côtes au niveau de l’incision extérieure avec un fort costotome; on ouvre au couteau les articulations sterno-claviculaires en évitant de blesser les vaisseaux sousclaviers. Relevant alors d’une main la paroi détachée de l’abdomen, on sectionne de l’autre le diaphragme à ses insertions antérieures et latérales, et l’on enlève toute la paroi antérieure du tronc. On pratique quelques incisions profondes sur cette paroi, si l’on soupçonne qu’elle a pu être contusionnée.
On a alors sous les yeux les cavités thoracique et abdominale, et l’on aperçoit souvent du premier coup d’œil quel est l’organe lésé. On note s’il y a quelque anomalie dans la position des viscères, s’il existe des fractures de côtes, des épanchements dans les cavités. Dans les cas où il y a un épanchement abondant dans les plèvres ou dans le péritoine, le liquide s’écoule dès que ces cavités sont ouvertes, et il faut toujours avoir à proximité un vase pour recueillir immédiatement ce liquide et en évaluer, au moins approximativement, la quantité.
7) Cavité thoracique. — Les organes étant encore en place, on ouvre le péricarde, on note l’aspect extérieur du cœur et des gros vaisseaux, on ouvre successivement les ventricules et les oreillettes par quatre incisions parallèles au grand axe de l’organe, on recherche si ces cavités contiennent du sang liquide, des caillots rouges ou blancs. On enlève ensuite le cœur en sectionnant les gros vaisseaux un peu au delà du péricarde, on examine l’état des valvules, de l’endocarde, des parois musculaires (hypertrophie, amincissement, surcharge et dégénérescence graisseuse, sclérose du myocarde), les vaisseaux coronaires. — On examine ensuite l’aorte, notamment au niveau de sa crosse (dilatation, athérome) ; la partie inférieure de la trachée, l’état des ganglions bronchiques.
8) Les poumons sont enlevés ; s’il existe des adhérences solides et
[Supplément] AUTOPSIE. — aut. médico-légale. 73
étendues, il est bon de détacher la plèvre costale pour faire l’extraction. L’examen de la surface pulmonaire (coloration, ecchymoses sous-pleu raies, emphysème, fausses membranes récentes), déjà commencé au moment où les organes étaient en place, est terminé à ce moment. S’il y a quelques motifs de soupçonner une embolie pulmonaire, on ouvre l’artère et ses ramifications (sur les organes encore en place). On incise les poumons, on examine la quantité de sang qu’ils renferment, s’ils sont congestionnés uniquement dans les parties déclives; on s’assure par des sections multipliées s’il existe des tubercules, des foyers d’hémorrhagie ou d’inflammation, etc. On recherche si les bronches contiennent du pus ou des corps étrangers.
9) Cou. — Le larynx et la partie supérieure de la trachée sont ouverts par une incision médiane et verticale, et on examine leur contenu ainsi que leurs parois. Dans certains cas, et notamment chez les noyés, il est bon de pratiquer cet examen avant l’extraction des poumons, parce que, en comprimant ces organes, on peut faire refluer dans la trachée de l’écume ou du liquide qui ne s’y trouvaient pas auparavant. Dans quel, ques cas, il est utile de détacher les insertions de la langue en rasant avec un scalpel la face interne du maxillaire que l’on aborde par son bord inférieur, et d’enlever d’un seul bloc la langue, le pharynx, le larynx, la trachée et l’oesophage ; l’examen de ces divers organes se fait alors plus commodément.
10) S’il y a Heu de supposer que le sujet a été étranglé ou a subi des violences sur le cou, on examine l’os hyoïde et les muscles de la région, les carotides, afin de rechercher s’il existe des ecchymoses, des épanchements sanguins ou des déchirures.
11) A ce moment, ou avant l’ouverture du tronc, on examine la cavité de la bouche, son contenu, l’état des parois.
12) Cavité abdominale. — Les viscères de la cavité abdominale sont enlevés suivant l’ordre qui paraît le plus utile dans chaque cas particulier. Il est bon de cornmencer par l’examen sur place du duodénum et des voies biliaires, et de rechercher si celles-ci renferment un calcul ; on peut ensuite enlever le foie. On note l’état de cet organe et de la vésicule biliaire.
13) La rate est examinée sous le rapport de son volume et de sa consistance.
Pour les reins, l’examen porte sur leur volume, leur consistance, l’état de leur surface (lisse ou granuleuse) ; on recherche si la capsule peut être détachée sans enlever de fragments de la substance corticale. On divise ensuite l’oi-gane en deux moitiés par une coupe passant par le bord convexe ; sur la surface de la coupe on examine les deux substances corticale et médullaire, les lésions qu’elles peuvent présenter, l’état des vaisseaux.
14) Après avoir posé une ligature sur la partie terminale ou initiale du duodénum, on enlève l’estomac, on examine son contenu et l’état des parois. Au moment où on l’ouvre, on note s’il n’existe pas une
74 AUTOPSIE. — AUT. médico-légale. [Supplément]
odeur spéciale : acide cyanhydrique (odeur d’amandes amères), alcool, éther, etc.
15) Si les intestins paraissent sains extérieurement, et qu’on n’ait aucun motif de les examiner particulièrement, on peut ne pas les détacher, et se borner à les ouvrir en plusieurs points, notamment au voisinage de la valvule iléo-cæcale, et noter l’état de la muqueuse et du contenu.
Dans les autres cas, on détache le paquet intestinal en incisant le mésentère juste à son insertion aux intestins ; on déroule ceux-ci et on les ouvre dans toute leur étendue. (On trouve quelquefois, et spécialement chez les petits enfants, une ou plusieurs invaginations intestinales, qui se sont produites pendant l’agonie et qui n’ont joué aucun rôle dans le mécanisme de la mort. Dans ces cas le bout supérieur de l’intestin n’est pas distendu par des gaz, et la séreuse de la partie herniée est intacte, présente le même aspect que sur les autres points.)
Dans tous les cas on exam ine les ganglions mésentériques.
16) Avant d’ouvrir la vessie, il est bon d’évacuer à l’aide de la sonde l’urine qu’elle peut contenir; on peut apprécier ainsi s’il existe en un point quelconque un rétrécissement du canal de l’urèthre. On note la quantité et l’aspect de l’urine, ainsi que l’état des parois vésicales.
1 7) Chez l’homme, on incise le canal de l’urèthre, on ouvre le scrotum et on examine les testicules en les incisant.
Chez la femme, on examine les ovaires, l’utérus (parois, cavité du corps et du col). Quand cet examen doit être fait d’une façon particulièrement minutieuse, par exemple, dans les cas où il y a lieu de soupçonner un avortement, on désarticule la symphyse pubienne et on enlève d’un seul coup l’utérus, les ovaires, la vessie, le vagin et l’extrémité inférieure du rectum, en détachant avec un scalpel les insertions de ces organes sur les parois du bassin. On examine ensuite successivement et à loisir ces diverses parties.
18) Cavité crânienne. — L’incision du cuir chevelu se fait suivant une ligne qui va transversalement d’une apophyse mastoïde à l’autre ; on peut faire en outre une seconde incision perpendiculaire à la première, allant du milieu du front jusqu’à la ligne courbe occipitale. S’il existe des plaies, l’incision doit les respecter.
Les lambeaux du cuir chevelu étant décollés, on examine s’il existe des épanchements sanguins, on note leur siège (au-dessus ou au-dessous du périoste). On recherche s’il existe des fractures de la voûte du crâne.
Si ces fractures existent, ou s’il y a lieu de les soupçonner, il faut toujours ouvrir le crâne à l’aide de la scie; dans les autres cas on peut se servir du marteau, mais il est encore préférable d’employer la scie. On détache d’abord les muscles temporaux, puis on scie le crâne suivant une ligne qui passe un peu au-dessus du pavillon des oreilles. Il est sans inconvénient de scier en même temps le cerveau de façon à enlever la partie supérieure des hémisphères avec la calotte crânienne. Sur la surface de coupe, on peut le plus souvent apprécier immédiatement s’il
[Supplément] AUTOPSIE. — aut. médico-légale. 75
existe des hémorrhagies intra ou extra-cérébrales, et quelle est leur disposition, reconnaître exactement l’asymétrie crânienne, l’inégal volume des hémisphères, etc.
19) On extrait la partie supérieure du cerveau de la voûte crânienne, on examine le sinus longitudinal, on détache la dure-mère et on recherche si les parois osseuses sont fracturées, si elles présentent d’autres lésions, si elles sont d’une minceur ou d’une épaisseur exceptionnelles (en cas de fractures ou de lésions traumatiques). On examine la pie-mère, son état de congestion, si elle se détache facilement des circonvolutions cérébrales, puis on pratique une série de nombreuses coupes transversales sur la portion enlevée du cerveau, afin d’apprécier l’état de ses diverses parties.
20) On opère de la même façon sur la partie inférieure du crâne et du cerveau. Pour enlever celui-ci, avec le cervelet et le bulbe, on incise la tente du cerveau à ses insertions périphériques, on sectionne les divers troncs nerveux qui partent du cerveau, et la moelle en plongeant le scalpel aussi loin que possible dans le trou occipital. Il faut examiner particulièrement la pie-mère au niveau de la base du cerveau (tubercules), les artères sylviennes, et toutes celles de la base (embolie, thrombose, athérome). Sur la partie extraite du cerveau, on pratique les coupes qui seront indiquées plus loin (Fbÿ. p. 84).
21) Rachis et moelle. — Cet examen n’est fait, ainsi que nous l’avons dit, que dans certains cas. Il est réservé pour la fin de l’autopsie, après que tous les organes ont été extraits du thorax et de l’abdomen.
L’ouverture peut être faite par la partie postérieure ou par la partie antérieure du corps ; on place un billot sous le tronc et on le déplace successivement de façon à rendre saillantes les parties sur lesquelles on opère.
Si l’on ouvre le rachis par derrière, on place le cadavre sur le ventre ; on fait une incision verticale et médiane qui s’étend de l’occipital au sacrum; on dissèque largement les lambeaux de l’incision, en y comprenant les muscles, puis à l’aide du rachitome ou d’un ciseau ordinaire sur lequel on frappe avec un marteau on divise de chaque côté les lames vertébrales, et on enlève les fragments qu’elles forment avec les apophyses épineuses.
Il est un peu plus rapide d’ouvrir le rachis par devant. Le cadavre étant couché sur le dos, on coupe avec de fortes cisailles toutes les côtes à environ cinq centimètres du rachis ; on fait saillir fortement celui-ci à l’aide d’un billot placé sous le dos, et on sectionne avec la scie le corps antérieur des vertèbres, parallèlement à l’axe du corps ; on enlève successivement les fragments au niveau des disques intervertébraux, et on voit ainsi si la section est bien dirigée, si elle ne peut intéresser les méninges.
22) Le rachis étant ouvert, on examine s’il contient du sang ou du pus, on incise la dure-mère, on inspecte la moelle pendant qu’elle est encore en place, puis on l’enlève de haut en bas en coupant les racines antérieures et postérieures. On divise ensuite la moelle par une série de
76 AUTOPSIE. — OPÉRATIONS complémentaires. [SopplémentJ
coupes horizontales très-rapprochées, afin d’apprécier exactement l’état de ses diverses parties.
25) En terminant l’autopsie, il est bon, toutes les fois qu’il y a lieu de croire que le corps a subi un traumatisme (coups, chute, etc.), de pratiquer sur les membres et sur le tronc de longues et profondes incisions qui permettent de reconnaître s’il existe des épanchements sanguins dans les muscles et dans le pannicule adipeux sous-cutané, ou des fractures des divers os.
Opérations complémentaires. — Il est souvent nécessaire de compléter les résultats qu’a fournis l’examen anatomique des divers organes par d’autres recherches.
Beaucoup de lésions ne peuvent être appréciées avec certitude que par l’examen histologique, et, quand il y a lieu de soupçonner leur existence et de penser qu’elles ont joué un rôle important dans le mécanisme de la mort, il est indispensable de les rechercher. L’examen du myocarde, des reins, du foie, de certaines tumeurs, est, par exemple, souvent trèsimportant et parfois peut seul permettre des conclusions certaines. Il est vrai qu’en médecine légale on pratique souvent les autopsies longtemps après la mort, et que l’on se trouve par suite dans des conditions trèsdéfavorables pour l’examen histologique; mais cependant cet examen peut encore fournir quelquefois des données utiles, à moins que la putréfaction ne soit très-avancée. Si ces recherches doivent être faites par un autre médecin que celui qui a pratiqué l’autopsie, les fragments d’organes ou de tissus destinés à l’examen lui seront envoyés dans l’alcool, ou, s’il^ s’agit de l’encéphale ou de la moelle épinière, dans la liqueur de Millier (bichromate de potasse 2 grammes, sulfate de soude 1 gramme, eau distillée, 100 grammes). Souvent aussi il est nécessaire de recueillir les matières contenues dans l’estomac et l’intestin ou les petits corps étrangers que l’on trouve dans les bronches (chez les noyés) pour déterminer exactement leur nature au microscope. En cas de viol ou d’attentat à la pudeur, on recherchera attentivement les traces de sperme. Sur la peau le sperme forme une mince couche vernissée un peu analogue à du collodion; il est facile d’enlever avec la pointe d’un scalpel des écailles de cette couche qu’on recueille entre deux lames de verre, ou, au besoin, dans une petite boîte. Sur les poils des organes génitaux, le sperme forme souvent de petites masses grisâtres agglomérant ces poils sur une partie de leur étendue. Enfin, l’on doit avoir soin de racler la muqueuse du vagin et de l’extrémité inférieure du rectum; le produit ainsi obtenu sera conservé entre deux lames de verre.
Quand il y a lieu de soupçonner une intoxication par l’oxyde de carbone, il faut évidemment recueillir du sang pour pratiquer l’examen spectroscopique. Ce sang doit être pur et non mélangé de corps étrangers ; il est commode de le prendre dans le cœur ou dans les gros vaisseaux veineux.
L’urine doit être conservée quand il y a lieu d’y rechercher le sucre ou l’albumine. En ce qui concerne l’albumine, il y a toutefois une cause importante d’erreur à signaler. Des recherches que nous avons faites avec
[Sopplémiskt] AüTOPSIK. — aut. siédico-légale ee nouveau-né. 77
Ogier nous ont montré en effet qu’après la mort l’urine contenue dans la vessie devient rapidement albumineuse ; la quantité d’albumine (ou du moins d’une substance se coagulant par la chaleur et l’acide azotique) est d’autant plus grande que l’urine est moins abondante et qu’elle a séjourné plus longtemps dans la vessie.
Dans certains cas, il est utile de conserver des pièces anatomiques, soit en prévision d’une contre-expertise possible, soit même pour permettre aux jurés de contrôler de visu une constatation d’une importance exceptionnelle. Dans une expertise relative à l’assassinat d’un individu dont le cadavre avait été dépecé (affaire Mielle), le professeur Brouardel et moi avons préparé et montré ensuite aux jurés plusieurs des ossements de la victime ; le coi’ps avait été divisé en deux, puis, le fragment inférieur '''étant trop (^^pour tenir dans la malle employée pour le transport, les jambes avaient été cassées un peu au-dessus des pieds; l’assassin avait entamé les os avec la scie, puis avait achevé la division en les fracturant. Or, on voyait très-nettement sur une vertèbre, sur les deux tibias et les deux péronés, la trace de la scie, les traits incomplets résultant de son échappement, et l’on pouvait même voir que l’épaisseur de la lame employée correspondait à celle de la scie trouvée au domicile de l’inculpé. — Quelquefois il peut être utile de conserver un fragment de peau pour montrer la forme d’une plaie, le tatouage qui accompagne les blessures par arme à feu ; on peut alors conserver la pièce dans l’alcool, mais en ayant soin de la tendre d’abord soigneusement sur une planchette pour éviter la rétraction considérable qui se produirait sans cette précaution.
Souvent il est bon de reproduire la forme et la disposition des plaies par le dessin, et mieux encore par la photographie, quand on le peut. Les reproductions photogi’aphiques qu’on fait à la Morgue de Paris donnent en général de très-bons résultats, mais il faut une certaine habitude pour bien disposer les parties, et dans quelques cas un simple croquis est préférable.
Adtopsie médico-légale de kouveau-né. — Dans la pratique médicolégale, les autopsies de nouveau-nés sont relativement très-fréquentes. ' Elles comportent, en raison des questions à résoudre, des règles spéciales qui doivent être exposées. Le tableau suivant indique les constatations qui doivent être faites dans tous les cas.
1) Noter le sexe.
2) Déterminer la longueur ; pour cela placer une tige verticalement et tangentiellement au vertex, mesurer avec un mètre rigide la distance qui s’étend de cette tige à la plante des pieds ; avoir soin d’étendre complètement les membres inférieurs.
3) Déterminer le poids, séparer le placenta, s’il est encore relié au corps, et le peser séparément.
4) Mesurer les diamètres antéro-postérieur et bipariétal de la fête.
5) État du cordon ombilical ; mou ou desséché ; sa longueur ; sectionné nettement, déchiré ou rompu ; s’il porte une ligature ; s’il existe à la base les traces d’un commencement de travail d’élimination.
78 AUTOPSIE. — AUT. médico-légale de nodveau-mé. [Supplément]
6) Noter la putréfaction, son degré.
7) État de la surface du corps; si elle est souillée de sang, de méconium ou de corps étrangers. Enduit sébacé.
8) Congestion de la face, ecchymoses des conjonctives.
9) Traces de violences à l’extérieur du corps, les décrire minutieusement. Faire sur la face et sur la partie antérieure du cou de nombreuses incisions, rapprochées les unes des autres, et comprenant la couche celluio-adipeuse, afin de constater s’il existe des ecchymoses souscutanées.
10) Inciser les parois de la bouche en suivant les commissures labiales ; rechercher s’il existe des corps étrangers dans les cavités de la bouche et du pharynx, ou des traces de violences sur les parois de la langue, de la bouche et du pharynx.
11) Désarticuler une des moitiés du maxillaire inférieur, l’enlever en détachant la gencive, sectionner le bord libre, et rechercher s’il existe quatre alvéoles dentaires cloisonnées.
12) Ouvrir l’articulation du genou, diviser le cartilage de l’extrémité inférieure du fémur en tranches minces, perpendiculaires à l’axe de l’os, rechercher et mesurer le point d’ossification. Si celui-ci fait défaut, rechercher et mesurer ceux du calcanéum, de l’astragale, du sternum, etc. (Les opérations indiquées dans les numéros 10, 11 et 12, peuvent être faites à la fin de l’autopsie.)
13) Rechercher s’il existe des traces de violences dans les parties profondes du cou ; épanchements sanguins, déchirures musculaires ; détacher les carotides depuis la base du cou Jusqu’à leur bifurcation, constater s’il existe des ecchymoses de leur tunique externe ou des déchirures de leur paroi interne.
14) Ouvrir par une incision médiane et antérieure le larynx et la trachée, noter s’il existe dans leur intérieur de l’écume ou des corps étrangers ; noter l’état de la muqueuse.
15) Ouvrir également Lœsophage.
16) Inspecter l’état de la colonne cervicale.
17) Enlever la partie antérieure du tronc de la façon indiquée précédemment.
18) Noter le volume des poumons, l’état des gros vaisseaux de la poitrine (vacuité, réplétion, injection des parois).
19) Couper en travers la trachée et l’œsophage à la base du cou; enlever en bloc les poumons, le thymus et le cœur.
20) Examiner toute la surface des poumons, noter leur coloration, les ecchymoses sous-pleurales, les plaques d’emphysème, la putréfaction. Ecchymoses ponctuées des plèvres costale et diaphragmatique, du thymus.
21) Procéder à l’épreuve de la docimasie pulmonaire hydrostatique. Plonger dans un vase rempli d’eau la masse formée par les poumons, le cœur et le thymus ; constater si elle surnage, si elle dépasse à peine le niveau de l’eau, si elle reste suspendue au milieu du liquide, ou si elle
[Supplément] AUTOPSIE. — rapport médico-légal d’aüt. tombe au fond du vase. Recommencer la même épreuve sur chaque poumon pris isolément ; les diviser en petits fragments et constater si tous ces fragments surnagent ; les comprimer entre les doigts au-dessous du niveau de l’eau pour voir s’ils laissent échapper de très-fines bulles de
gaz-
22) Congestion des poumons; quantité de sang et d’écume qui s’écoule d’un fragment pressé entre les doigts. Corps étrangers dans les bronches (sang, mucus', méconium, matières fécales, etc.).
25) État du cœur; ecchymoses sous-péricardiques; quantité de sang liquide ou coagulé contenu dans les cavités.
24) Détacher l’estomac en coupant l’extrémité inférieure de l’œsophage et la partie moyenne du duodénum; l’ouvrir sous l’eau pour reconnaître s’il contient de l’air ou des gaz ; noter si le mucus est mélangé de bulles gazeuses plus ou moins fixes et nombreuses.
2.5) Examen de l’intestin ; s’il contient des gaz ; quantité de méconium dans le gros intestin. Imperforation de l’anus.
26) Foie, son degré de congestion. — État des vaisseaux ombilicaux.
27) Reins; infarctus d’acide urique.
28) Autres viscères abdominaux ; anomalies.
29) Incision du cuir chevelu suivant une ligne circulaire qui passe audessus des oreilles ; l’enlever. Rosse séro-sanguine, son siège et son volume. Ecchymoses épicrâniennes, abondantes ou non. Épanchements sanguins au-dessus ou au-dessous du périoste. Congestion des enveloppes du crâne.
50) Détacher le périoste et s’assurer si les os ne sont pas fracturés. Noter leur minceur anormale, les lacunes ou les fissures.
51) Ouvrir le crâne soit à l’aide de la scie, soit, ce qui est préférable, avec de forts ciseaux qu’on introduit par la fontanelle antérieure et qu’on dirige suivant la suture fronto-pariétale, puis en arrière en divisant le pariétal et l’occipital. Noter s’il existe du sang épanché à la surface du cerveau.
52) Enlever l’encéphale, examiner ses diverses parties; noter son degré de congestion et celui des méninges.
55) On n’examine la moelle que dans certains cas spéciaux : quand on soupçonne qu’une torsion a été exercée sur le cou, quand il existe une malformation du rachis. Pour procéder à l’extraction on sectionne les lames vertébrales avec de forts ciseaux.
Autopsie d.ans les cas ou il t a lieu de soupçonner un empoisonnement (Voy. l’art. Empoisonnement).
' Rapport médico-légal d’autopsie. ^ Les constatations faites à l’autopsie sont consignées dans un rapport que le médecin remet à l’autorité requérante. Dans certains pays, en Prusse notamment, ce rapport est rédigé suivant une forme obligatoire, de même que l’autopsie doit être pratiquée suivant les prescriptions d’un règlement spécial. En France aucune obligation n’est imposée au médecin sur ces points , mais un
80 AUTOPSIE. — RAPPORT MÉDICO-LÉGAL d’aüt. [Supplément]
rapport ne peut être complet et clair, s’il n’est rédigé suivant certaines règles que nous allons indiquer.
Tout rapport comprend au moins trois parties qui sont : le préambule, l’exposé des constatations et les conclusions. On fait quelquefois précéder celles-ci d’une discussion des faits.
Le -préambule comprend 1“ les noms, prénoms et domicile du médecin; 2° l’indication de l’autorité requérante ; 3“ la date de réquisition ; 4“ la mention de la prestation de serment (mention indispensable); 5“ la date de l’opération (jour et heure), le lieu où elle a été pratiquée, la mention des autorités présentes ; 6“ le nom ou la désignation de l’individu dont le corps est soumis à l’autopsie, et la reproduction des questions posées par l’autorité requérante.
1 L'exposé des constatations est fait, d’après les notes qui ont été prises ’ au moment même de l’autopsie, suivant l’ordre qui a été indiqué pour celles-ci ; il comprend deux subdivisions, l’une relative à l’aspect extérieur du cadavre, l’autre à l’autopsie proprement dite.
L’état de tous les organes doit être indiqué de façon, par exemple, à remplir toutes ou presque toutes les parties des cadres que nous avons tracés plus haut. On se borne à mentionner simplement l’intégrité des organes trouvés intacts, mais on décrit avec détails les blessures et les altérations pathologiques. Il ne faut pas remplacer la description par une assertion pure et simple, se contenter, par exemple, de dire qu’il y a un cancer de l’estomac, sans donner la forme, les dimensions, la consis tance, le siège et les caractères de la tumeur. On insiste plus particulièrement sur les faits qui serviront à établir les conclusions; on doit quelquefois aussi insister sur les constatations négatives quand l’absence de certaines lésions mérite d’être signalée dans le cas actuel.
On ne peut rédiger cette partie du rapport sans employer des mots techniques, mais il ne faut pas en faire abus, et il est bon de donner entre parenthèses l’explication de ceux de ces mots dont le sens est généralement tout à fait ignoré des personnes n’appartenant pas à la profession médicale.
Dans quelques cas il est utile d’intercaler dans le rapport des croquis représentant la forme et le. siège des blessures ou des lésions. On trouve dans le commerce des dessins représentant les diverses régions du corps, et sur lesquels il est facile de tracer ces indications qui rendent la description beaucoup plus claire et plus rapide. Nous reproduisons plus loin quelques figures empruntées aux feuilles d'autopsie de Paul Richer, qui facilitent beaucoup la description des lésions cérébrales.
Dans certains cas, il est bon de disposer les faits par groupes que l’on numérote ; on peut ainsi renvoyer facilement à ceux des faits qui servent» de base à la discussion ou aux conclusions, et le rapport gagne ainsi en clarté et en précision.
; Discussion. Quand les conclusions ne découlent pas clairement et évidemment du simple exposé des faits, il est nécessaire de faire suivre celui ci d’une discussion dans laquelle on fait ressortir la signification des
[Supplément] AUTOPSIE. aut. anatomo-pathologique.
1 principales constatations, on en signale la portée et on en interprète la valeur. On peut aussi faire intervenir ici les renseignements qui ont été communiqués par les magistrats sur les circonstances dans lesquelles s’est produite la mort.
Conclusions. Les conclusions doivent être la déduction logique de l l’exposé des faits ou de la discussion; elles doivent être rédigées avec j^claité et précision. Il faut surtout éviter les formules vagues, les phrases ambiguës; quand une question est restée indécise, il faut le déclarer nettement, à l’aide, par exemple, de formules comme celles-ci: « Il n’est pas démontré que. ...» « Les constatations médicales ne permettent pas de reconnaître si — ».
Les conclusions sont rédigées pour les magistrats et pour les jurés : par conséquent elles doivent être formulées en termes parfaitement clairs et intelligibles, et ne pas renfermer de mots techniques dont le sens puisse échapper à des personnes qui n’ont pas de connaissances médicales; si l’un de ces mots ne peut être évité, du moins on en donnera l’explication dans un renvoi ou dans une parenthèse. Pour plus de clarté, il est bon de scinder autant que possible les conclusions, et d’exprimer en propositions bien distinctes, numérotées, l’opinion médicale qui ressort de l’expertise.
Il faut répondre successivement à toutes les questions posées par le magistrat, alors même que la réponse à l’une d’elles serait implicitement contenue dans les autres conclusions.
Les conclusions doivent contenir tout ce qui se dégage du rapport et semble au médecin de nature à présenter de l’utilité pour la manifestation de la vérité. On ne doit pas toujours se borner à répondre uniquement aux questions posées, et l’on peut quelquefois, quand les constatations y amènent, aborder un point qui n’avait pas été indiqué dans l’ordonnance du magistrat, à la condition qu’il se rapporte directement et étroitement au but principal de l’expertise. C’est du reste ce à quoi est invité le médecin par la formule fréquente de la réquisition : « rechercher tous indices de crime ou délit », ou encore ; « faire toutes recherches utiles à la manifestation de la vérité. »
Autopsie anatomo-pathologique. — Nous désignerons ainsi l’autopsie qui est pratiquée dans un but uniquement scientifique, à l’hôpital, ou, beaucoup plus rarement, en ville.
La direction des recherches et la technique sont ici un peu différentes de ce qu’elles sont dans le cas précédent. Il s’agit de rechercher nonseulement la lésion qui rend compta de»lâiTiW)rt, mais toutes celles qui se sont développées secondairement ou simultanément, celles mêmes qui peuvent n’exister que par coïncidence. En règle générale, tous les organes doivent être examinés, car l’autopsie n’a pas seulement pour but d’expliquer par les altérations pathologiques des organes les symptômes observés pendant la vie, mais encoi’e de recueillir tous les documents pouvant intéresser l’anatomie pathologique.
A l’hôpital on dispose généi'dement d’un outillage complet que l’on
82 AOTOPSIE. — AUT. anatomo-pathologique. [Supplément]
a eu le temps de rassembler à loisir. Il comprend tous les instruments que nous avons énumérés plus haut, plus une balance, des verres et vases gradués, des seringues à injection, et en outre tous les instruments et réactifs nécessaires pour l’examen histologique qui, aujourd’hui, est le complément indispensable d’un grand nombre d’autopsies. Nous n’avons/ pas à décrire ici l’outillage nécessaire pour ces recherches.
Pour les autopsies pratiquées en ville, il faut se munir, en outre des ' instruments nécessaires pour l’ouverture du corps, d’une toile de cabut- • chouc ou de taffetas gommé que l’on placera sous le cadavre, de nombreuses éponges destinées à empêcher autant que possible l’effusion des liquides ; on se procurera des baquets et des seaux ; on aura eu soin d’apporter des aiguilles et du fil pour recoudre les incisions extérieures. Bourneville et Bricon, qui sont entrés à cet égard dans des détails minutieux, recommandent de rhabiller le cadavre comme il l’était avant l’autopsie, de se munir même d’un peigne pour disposer les cheveux de la même façon qu’auparavant.
Que l’autopsie soit pratiquée à l’hôpital ou en ville, il faut s’efforcer en effet qu’elle laisse le moins possible de traces extérieures, de délabrements visibles. On doit ménager les justes susceptibilités de la famille qui serait souvent affectée très-péniblement en apercevant des plaies béantes, des incisions multipliées et étendues. Il y a là un sentiment naturel à respecter, et en outre il est de l’intérêt du médecin de ne pas inspirer au public de la répulsion pour une opération qui est faite dans l’intérêt de la science, mais à laquelle les parents peuvent ''stoujours s’opposer.
Pour se conformera ce principe, on procède à l’ouverture du cadavre et à l’extraction des organes de la façon suivante.
Après que l’on a noté l’aspect extérieur du corps (colorations anormales, congestion de la face, œdème, varices, etc.), on pratique sur la partie antérieure et médiane du tronc une incision qui va de la fourchette du sternum au pubis en passant un peu à gauche ou à droite de l’ombilic pour respecter les vaisseaux ombilicaux. Au niveau de l’abdomen l’incision doit être faite en deux temps, de façon à éviter la blessure des organes sous-jacents, en opérant comme il a été dit précédemment. On sectionne ensuite transversalement les deux moitiés de la paroi abdominale à leur partie inférieure, et, revenant à l’incision thoracique, on saisit successivement chacune de ses lèvres et on la décolle, en rasant avec un couteau les côtes jusqu’à quelques centimètres au delà de leur portion cartilagineuse, ^ûn neiÿdésarticuler de suite les clavicules.
' ^ On inspecte la cavité thoraciq^ etiesdivers organes qu’elle contient, en les déplaçant légèrement au besoin ; on peut déjà reconnaître ainsi les principales lésions du péritoine, des intestins et des divers viscères abdominaux. Mais il est préférable de ne faire- l’extraction de ces viscères qu’après l’examen complet de la poitrine et du cou.
Pour ouvrir la poitrine, on sectionne avec un couteau tous les cartilages costaux près de leur extrémité externe ; s’ils sont ossifiés, ôn se sert
I Supplément] AUTOPSIE. — adt. anatomo-pathologique.- ,, 83
du costotome ou d’un sécateur ordinaire. On coupe ensuite les insertions du diaphragme, on fait basculer le sternum de bas en haut en rasant avec le couteau la face interne de cet os et des cartilages costaux. Après avoir examiné les organes en place, leur aspect extérieur, leurs dispositions générales, on ouvre le péricarde et les cavités cardiaques, avant d’enlever le cœur. Celui-ci est extrait en sectionnant les gros vaisseaux hors du péricarde, et on procède à l’examen des valvules et des parois musculaires. On enlève ensuite chaque poumon en sectionnant le hile ; on pratique sur chacun de ces organes une série de coupes longitudinales ; on ouvre avec les ciseaux les principales bronches. On a ouvert également la partie non enlevée de l’aorte.
Les organes du cou, larynx, trachée, œsophage, peuvent être enlevés eu bloc, avec la langue, les amygdales et une partie du pharynx, sans pratiquer d’incisions sur le cou, et par conséquent sans que cette ablation laisse de traces extérieures. Voici comment Bourneville et Bricon conseillent d’opérer : « Pour éviter que les liquides provenant de l’estomac souillent la cavité thoracique, on applique d’abord sur l’œsophage une ligature au-dessus de la crosse de l’aorte et on sectionne ce conduit un peu au-dessus de cette ligature. On incise à la même hauteur les vaisseaux, etc. Puis, après avoir tendu la partie antérieure du cou, en plaçant un billot en arrière, on passe le couteau entre la peau de la région cervicale antérieure et les organes sous-jacents en commençant par le côté gauche ; on l’enfonce jusque vers l’angle de la mâchoire, et l’on décolle toute la peau de la région antérieure de gauche à droite. L’extrémité du couteau doit raser exactement la surface interne du maxillaire inférieur; son manche doit être légèrement abaissé, surtout au niveau du menton, et le décollement doit être pratiqué par des mouvements semblables à ceux de la scie. On procède alors de gauche à droite au décollement des régions latérales et postérieure, manœuvre facilitée par la main gauche qui tire et soulève en même temps le larynx et les organes environnants par leur extrémité thoracique. Le premier temps est généralement accompli avec promptitude et sans^fticulté ; il n’en est pas de même quand il s’agit de détacher la partie buccale du pharynx, les amygdales, etc. Il est nécessaire, pour bien terminer l’opération, de s’aider delà main gauche introduite comme guide entre les parties déjà séparées de façon à sectionner les derniers obstacles, le plus souvent les piliers, qui s’opposent à l’enlèvement des organes. » — Il est bien préférable, à moins de raisons particulières, de prolonger l’incision du thorax jusqu’au menton ; on opère ainsi beaucoup plus commodément et l’on apprécie bien plus facilement l’état des vaisseaux, des nerfs et des ganglions du cou.
On procède ensuite à l’extraction des viscères abdominaux. On peut commencer par la rate et les reins, placer ensuite une ligature sur la partie inférieure du duodénum, examiner en place les voies biliaires, enlever le foie, puis l’estomac, le pancréas, examiner le plexus solaire, détacher les intestins jusqu’à la partie inférieure du rectum sur lequel on
84 AUTOPSIE. — AUT. asatomo-pathologiqoe, [SuppLÉaEsi]
passe une ligature. On passe alors aux organes contenus dans le petit bassin, qu’on enlève en bloc en détachant la partie inférieure du rectum, et en suivant avec le couteau toute la surface osseuse de la cavité pelvienne ; on termine en sectionnant le rectum un peu au-dessus de l’anus, et en continuant la section parallèlement au périnée, de façon à enlever une partie de l’urèthre chez l’homme. On peut aussi continuer l’opération en sectionnant de dedans en dehors la peau du périnée, de façon à enlever en même temps l’anus, et chez la femme le vagin et la vulve. Sauf les cas où il existe certaines affections spéciales des testicules, du cordon ou du scrotum, on peut, comme le conseillent Bourneville et Bricon, examiner ces organes en les faisant sortir par le canal inguinal que l’on a préalablement agrandi.
L’extraction et l’examen du cerveau pourraient être faits comme il a été dit précédemment à propos des autopsies médico-légales; mais ce procédé n’est pas accepté généralement, et il y a d’ailleurs des cas où l’on tient à enlever le cerveau en entier, lorsque, par exemple, on veut le conserver. On procède de la façon suivante : après avoir incisé le cuir chevelu suivant une ligne qui passe par le vertex et les apophyses mastoïdes, et avoir décollé et rabattu les lambeaux, incisé les muscles temporaux, on ouvre le crâne, soit avec le marteau, soit, ce qui est préférable, avec la scie. Le trait passe un peu au-dessus des arcades sourcilières en avant, et de la ligne courbe occipitale en arrière ; il faut que la section intéresse seulement l’os, on peut même ne pas la faire tout ’à fait complète en certains points, quitte à l’achever par le ciseau et quelques coups de marteau ; on enlève la calotte crânienne en introduisant le crochet qui se trouve à l’extrémité du marteau entre les deux surfaces de section, et en exerçant des tractions qui surmontent la résistance des quelques points restés incomplètement divisés. Après avoir examiné les parois osseuses, les sinus, la dure-mère, qu’on incise suivant deux lignes parallèles à la scissure interhémisphérique et deux autres lignes perpendiculaires à celles-ci, on soulève légèrement le cerveau, on coupe tous les nerfs de la basé, on incise la tente du cervelet à ses insertions périphériques, on plonge le couteau dans le trou occipital, on divise la moelle en un point aussi éloigné que possible. On peut alors enlever l’encéphale entièrement et, après avoir examiné la base du crâne, procéder à son étude. On constate l’état des vaisseaux, hexagone de Willis, artères sylviennes, on examine la pie-mère et on l’enlève.
Pour l’étude du cerveau proprement dit, on a recours à une série de coupes pour lesquelles divers procédés ont été indiqués, suivant qu’on veut faire ces coupes dans telle ou telle direction, et examiner plus particulièrement telle ou telle partie. Parmi ces procédés, celui de Pitres nous semble préférable parce qu’il s’applique au plus grand nombre de cas e est d’une exécution simple et facile. L’auteur a d’ailleurs bien montré l’avantage de son procédé dans la description très-claire qu’il en donne. « Les hémisphères cérébraux, dit-il, ayant été séparés l’un de l’autre et dépouillés de la pie-mère, on pratiquera une première coupe verticale.
[SuPPtÉHENT] AUTOPSIE. — AÜT. ANATOMO-PATHOLOGIQUE. 85
parallèle au sillon de Rolando, et passant à 5 centimètres en avant de ce sillon. Une deuxième coupe parallèle à la première sera pratiquée à un centimètre en avant de la scissure perpendiculaire interne. Ces deux coupes diviseront par conséquent l’hémisphère en trois régions, l’une antérieure ou préfrontale, l’autre moyenne ou fronto-pariétale, et la troisième postérieure ou occipitale.
« La région préfrontale correspond à la portion inexcitable antérieure du cerveau, et les lésions du centre ovale limitées à cette région ne doivent donner lieu à aucun phénomène moteur.
« La région fronto-pariétale, au contraire, comprend toute la zone motrice corticale, le corps opto-strié, toute la partie motrice de la capsule interne et le carrefour des fibres sensitives dont la lésion détermine l’hémianesthésie. C’est dans son intérieur ou à sa surface que doivent siéger toutes les altérations qui se traduisent pendant la vie par des phénomènes paralytiques ou convulsifs. Aussi cette région mérite-t-elle une description détaillée.
« Pour mettre à découvert les différents faisceaux du centre ovale qui entrent dans sa composition, je propose de lui faire subir quatre coupes successives, parallèles au sillon de Rolando, et passant : la première au niveau des pieds des circonvolutions frontales (coupe pédiculo-frontale) ; la deuxième sur la circonvolution frontale ascendante (coupe frontale) ;
la troisième sur la circonvolution pariétale ascendante (coupe pariétale), f
Fie. 1. — Coupe préfronlole, * Fus. S. — Coupe occipitale. «*
« Sur la surface de section des coupes préfrontale et occipitale (fig. 1 et 2), le centre ovale est entouré de tous côtés par le liséré continu que forme à sa périphérie la substance grise des circonvolutions, et comme il n’y a, pour le moment du moins, aucune raison de supposer que les différents faisceaux blancs qui entrent dans la composition de ces régions
[Supplément] ADTOPSIE. - AÜT. ANATOMO-PATHOLOGIQUE. 87
frontales antéro-postérieures au voisinage de leur insertion sur la frontale ascendante. Elle doit intéresser en particulier la troisième frontale au niveau de la première courbe à convexité supérieure que forme cette circonvolution en se séparant de la frontale ascendante. Au point de vue anatomo-pathologique, on peut dire que c’est dans son aire que doivent siéger les lésions qui donnent lieu à l’aphasie. Sur cette coupe on aperçoit le plan de section des trois circonvolutions frontales antérieures (1, 2, 3,) de l’extrémité antérieure du lobule de l’insula (4) et de l’extrémité postérieure des circonvolutions orbitaires (5). Le corps strié est divisé à son extrémité antérieure, et ses deux noyaux (noyau caudé 11, noyau lenticulaire 13), ayant à ce niveau à peu près le même volume, sont séparés par la capsule interne.
« La figure 4 représente l’image que donne la coupe frontale; on y voit le plan de section de la frontale ascendante sur toute son étendue (1), du lobule de l’insula (2), et plus bas celui des circonvolutions du lobe sphénoïdal (3). Le noyau caudé (9) est beaucoup moins volumineux que dans la coupe précédente ; le noyau lenticulaire a atteint au contraire un grand développement et montre distinctement ses trois noyaux superposés (12); enfin la couche optique (10) etl’avant-mur (14) apparaissent.
« La figure 5 représente la coupe pariétale. Par son aspect général elle ressemble beaucoup à la coupe frontale, mais le noyau lenticulaire et l’àvant-mur y sont moins développés.
« La figure 6 représente la coupe pédiculo-pariétale qui atteint la couché
« 1, CirconTOlutioi} pariélale asçepdante; 2, IoI)i|le de l’insula; Si lobule sphénoïdal; 4, faisceau 8, corps calleux ; 9, noyau caudé ; 10, couche optique ; 11, capsule interne; 12, noyau lenticuiaire j