L. Marchand
CAJFBPUT. — On connaît sous ce nom en pharmacie une huile ou , pour mieux dire, une essence qui nous arrive toute préparée des Moiuques. On la retire par distillation des feuilles fraîches d'un arbre de la famille des Myrtacées, le Mélaleuque nain, Meldenca Cajâputi Roxb., Melaleuca minor Smith.
Description. — L*huile deCajeput est un liquide très-mobile, très-fluide, d'une odeur forte et agréable, qui rappelle à la (ois celles du Camphre, de la Térébenthine, de la Menthe poivrée et de la Rose ; elle est entièrement soluble dans l'alcool, sa densité varie entre 0,916 et 0,919. La couleur verte de Thuile du commerce est due à l'oxyde de cuivre (Guibourt) ; cependant on peut en distillant les feuilles fraîches obtenir naturellement cette couleur, en ce cas on peut la supposer due à la chlorophylle (Caventou) ; elle jaunit à la longue et dans ce cas l'odeur de Rose prédomine.
Propriétés et usages. — C'est un excitant très à la mode chez les Chinois et les Malais. En Europe, on Ta employée à l'intérieur comme stimulant dans les névroses de la digestion, la colique venteuse, Tépilepsie à la dose de quelques gouttes sur un morceau de sucre. A rextérieur, on s'en est servi en frictions dans la goutte, le rhumatisme chronique et le choléra.
Lessox, Notice sur l'huile de Caiou^Pouli ou de Cajeput, etc. (Journal de chimie médicale^
V série, t. III, p. 236).
X..., Note sur l'huile de Cajeput [Bulletin de thérap., 1831, t. I, p. 188, 228). M^RAT et DE Lehs, Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique, t. IV.
{j^N Marchand,
CAILLE-LAIT. — CALABAR. — CALAMUS AROMATICUS. 71
CAIIiIifi-lAitlT. — Le Caille-lait ou Gaillet, ea latin Galium^ est un genre de la famille des Rudiagées dont plusieurs espèces ont été employées en médecine.
l*" Oallle-Uilt vrai, Gaillet jaune, Galium verum Linn. C'est une plante très-commune dans les prés secs, sur le rebord des fossés, à la lisière des bois. Les racines sont irivaces, rampantes, les tiges grêles, carrées, rameuses, atteignant à peine 50 cent, de hauteur; les feuilles sont opposées, linéaires, étroites, à bords rouges en dessous, accompagnées chacune de deux stipules libres ou connées ayant les mêmes formes et la même dimension que les feuilles elles-mêmes, en sorte qu'on les décrit en général comme verticillées. A Taisselle des deux vraies feuilles, dans la partie supérieure de la tige, on trouve des fleurs disposées en cymes : elles sont petites, jaunes, asépales. On leur trouve une corolle rotacée à quatre divisions, quatre étamines, un ovaire infère donnant par la suite deux petits akènes.
Usages. — De tout temps on a employé le Gaillet en infusions comme diurétique et sudoriGque, et Ton a prétendu que le suc exprimé (100, 200 gr.) était un anti-épileptique. Ferramosa Ta vanté comme un antiscrofuleux.
T Cttllle-lalt Manc, Galium palustre Linn.; il ressemble beaucoup au précédent, mais les fleurs sont blanches et les cymes plus lâches et plus étalées.
Usages. — On Ta présenté comme un parfait antispasmodique. Miergués le préconise dans Tépilepsie, et dit Tavoir employé avec succès. H serait du plus haut intérêt de poursuivre ces observations.
Succédanés. — On a administré, dans les mêmes circonstances, le Gallium rigidum et le Galium mollugo Linn. Léon Marchand.
CAIiABAR, (Fève de). Voy. Fève.
CAIiAHlIli AR#]IIATIClJ(i. — Sous ce nom, on a désigné, en pharmacie, deux produits difTérents qu'il faut distinguer :
1^ Le Calamus aromaticus des anciens est un rhizome d'une plante de la famille des Gentianées (Guibourt). Il se trouve sous la forme de fragments de tiges de la grosseur d*une plume, rougeâtres au dehors, imrsemés de nœuds, remplis d'une moelle blanche, d'un goût amer, se divisant en éclats quand on la brise ; son odeur est douce, aromatique.
On connaît encore cette substance sous les noms de Calamus verus^ Calamus odoratus.
T Le Calamus aromaticus ^ que les modernes ont confondu avec le précédent, est le rhizome d'une Aroïdée appelée Acorus Calamus Linn. Acore vrai.
Ce rhizome est gros comme le doigt, articulé, spongieux, couleur fauve à l'extérieur, blanc rosé à l'intérieur, d'une odeur suave et agréable, d'une saveur aromatique. La partie supérieure montre des cicatrices demi-annulaires, traces de l'insertion des feuilles; la partie opposée porte les racines ou leurs débris.
72 CAL. — CALCULS. — DÉFiNmo».
Usages et doses. — A la dose de 4 à 5 grammes,* la poudre est stimnlante. En Allemagne, on l'administre en décoction, 40 grammes pour un litre d'eau, dans les fièvres intermittentes, la goutte, l'œdème, etc.
Léon Marchand.
CAli. Voy. Fractures.
€AI«€lJiiS. — Déllnitloii. — Lorsque dans les conduits excréteurs ou dans les réservoirs d'une glande, le produit de sécrétion s'épaissit et se dessèche, il devient une masse concrète, une concrétion. Lorsqu'en même temps que la matière organique, se précipitent des matières salines organiques ou inorganiques, la concrétion devient dure, pierreuse : elle prend alors le nom de calcul.
Les calculs étant ainsi définis, il est évident que nops ne comprendrons point sous ce nom les concrétions du poumon, de la plèvre, les phlébolithes, les tophus articulaires. Nous ne trouverons donc de véritables calculs que dans les réservoirs et les conduits de sécrétion ; c'est ainsi qu'on a décrit les calculs des fosses nasales, des amygdales, les calculs biliaires, vésicaux, prostatiques, les entérolithes (Cruveilhier).
Devrons-nous décrire, en même temps que les calculs et sous la même dénomination, les graviers et les sables, la boue biliaire? Reportons-nous h la signification de ces mots; graviers, sables, boue, pierre, quoique formés des mêmes éléments, silice et chaux, ne seront jamais confondus les uns avec les autres dans le langage vulgaire : la pierre de grès n'est que du sable aggloméré, et cependant il ne viendra à l'idée de personne de confondre ces deux choses, de les appeler du même nom. C'est donc le volume et Tagglomération des sédiments qui fait le calcul et la pierre.
La formation des calculs est un fait très-général dans l'histoire des êtres organisés : ici nous touchons aux rapports complexes des matières organiques et inorganiques dans la trame même des tis^rus vivants. Que devient cette quantité considérable de sels fixes que les racines puisent dans le sol et qui circulent dans la plante, que l'alimentation chez les animaux emprunte à ces mêmes plantes et qui circulent dans le sang? Rien de plus commun que de trouver dans les fruits charnus des plantes des concrétions pierreuses; rien de moins rare que de trouver ces mêmes concrétions pierreuses dans les glandes d'excrétion des animaux.
La physiologie comparée nous donnera peut-être un jour la loi de ces formations similaires ; elle nous montrera que, dans l'évolution des calculs, tout n'est point abandonné aux lois physiques. Une simple réflexion qui ne peut manquer de venir à l'esprit de tout le monde nous en donne la preuve : si les calculs se formaient inertes, par le fait seul de la précipitation, dans l'urine acide ou alcaline, de sels organiques ou inorganiques insolubles, ils devraient exister dans tous les cas où l'urine oiïre par sa réaction, par sa composition, les conditions favorables à leur formation. Pour qu'il y eût concrétion lithique, calcul, il ne suffit pas qu'il se fasse un dépôt, il faut que ce dépôt s'agglomère, se concrète, .se dépose en couches régulièrement concentriques.
CALCULS. — cARACTèRES giSnIradx. 75
Là est rinconnu ! Quel est le brin de paille autour duquel ces masses considérables se sont déposées? En dehors des cas où un corps étranger venu du dehors leur a donné naissance, par quoi est formé le noyau des diverses espèces de calculs? C'est une question qui nous semble capitale, et à laquelle on a accordé jusqu'à présent trop peu d'attention. Nous avons cru devoir Tétudier avec plus de détail ; et après un court résumé des caractères généraux de forme, de texture et de composition des différents calculs, c'est en commençant par leur noyau qui en forme le point point central, que nous chercherons à préciser leur mode de formation et la signification physiologique des éléments qui les constituent.
cmwmetéwmm nfénéraax* — Les caractères extérieurs des calculs sont variables suivant leur origine et leur siège. Petits et nombreux dans les glandes sans réservoirs, ils peuvent, dans la vésicule biliaire et dans la vessie, acquérir des dimensions énormes. Un calcul trouvé par J. F. Meckel dans la vésicule biliaire avait cinq pouces de longueur et quatre de circonférence.
Leur forme est variable : les calculs interstitiels sont irréguliers, ramifiés; on les trouve ainsi dans les glandes sali vaires et surtout dans le rein (fig. 5). Baillie a dessiné un calcul pancréatique ramifié, qui formait jcorome un moule des fines divisions de la glande; Seifert a trouvé un calcul biliaire d'un bleu pâle et ayant la forme d'une étoile à six rayons.
Le plus souvent, lorsqu'il n*y a qu'une seule pierre, elle est de forme
ovalaire, quelquefois apla- ^''' ^' - ^^"^ '^"'^- ^^^ ^"' '*'*^""''"^ ^'^''^
tie sur deux de ses faces et
•ayant une de ses extrémités légèrement renflée; elle se moule sur le basfond du réservoir glandulaire où elle s'est lentement formée. Un calcul de . la vésicule biliaire qui se prolonge jusque dans le canal cystique, présente ordinairement un étranglement correspondant au point même où le canal fait suite à la vésicule. Lorsqu'il y a de nombreux calculs roulés les uns . contre les autres, ils deviennent polyédriques, et cela d'autant plus facilement que le calcul est de consistance molle (calculs biliaires); dans certains cas on a vu, par suite de ce frottement, un calcul se creuser sur une de ses faces et recevoir, comme dans une mortaise, la saillie demisphérique d'un autre calcul qui s'emboîtait avec lui.
Les calculs, alors même qu'ils sont de forme régulière ou définie, ovalaire, sphérique, polyédrique, peuvent être lisses ou hérissés de sail-
74 CALCUIiS. — CAnACTÊRES généraux.
lies. Ces saillies mamelonnées, souvent cristallines, donnent ou calcul sphérique et dur (car ceux«là résistent et ne s'aplatissent point) la forme d'un fruit de mûrier : de là le nom de calaih muraux (fig, 6).
Nous avons dit que la consistance des calculs était très-variable ; entre ces calculs biliaires charbonneux qui s'écrasent facilement entre les doigts et les caU culs durs> pierreux, cristallins, d'oxalate de chaux, nous avons certains calculs crayeux, phosphatiques, Fig, c.^ Calcul mural, ^^jj^ g^^g j^ pression du doigt, 80 fragmentent sans s'écraser. Les calculs peuvent être rudes et âpres {calculs mura^ix) secs et terreux (calculs phosphatiques) doux et savonneux au toucher (calculs de cholestmne) .
Les calculs peuvent être d un blanc crayeux, terreux, jaunâtre ; les calculs biliaires sont jaunes, vert foncés, noirâtres, d'un vert brillant métallique.
Ils peuvent être peu denses ou compactes, lourds, surnager ou s enfoncer au. fond de l'eau ; ils peuvent être terreux ou offrir la consistance onctueuse de la cire et brûler à la lumière. Ces caractères extérieurs de forme, de consistance, de couleur, ne peuvent servir de base à une classification des calculs. Walter l'avait essayé pour classer la collection du musée de Berlin ; mais en dehors de la constitution chimique des calculs prise pour base, tout essai de classification est et doit demeurer stérile. Les calculs sont le plus souvent formés de couches concentriquement
disposées ; lorsqu'on les a sciés, on voit souvent des stries radiées aller du centrée la périphérie. Dans certains calculs, surtout dans les calculs biliaires, on reconnaît, par la simple fragmentation, leur nature cristalline ; on les dirait formés de minces paillettes de mica. Quelques calculs possèdent plusieurs séries de couches concentriques autour de noyaux différents. Nous en donnons un exemple emprunté à la collection de Le Roy dttiolles (fig. 7). Fau- ^ ,* ^ -, , ,., . , conneau Dufresne en a observé
Fig. 7. — Calcul a noyaux multiples pris dans . * r« "il i • j
une gangiie d'urale disposée par couches con- quatre Cl (jUllbcrt Cinq dans Un
centriques. (Le Rot d'ètiolles fils.) même calcul. Morgagni parle d'un
calcul creux en dedans et en renfermant plusieurs autres de couleur noire. Non-seulement les différentes couches concentriques, mais les deux moitiés d'un même calcul, peuvetit être d'aspect dissemblable : une extrémité sera, par exemple, demi-transparente et cristallisée, et l'autre sera opaque et d'apparence crayeuse.
La composition chimique d^s calculs noup les montre constitués le
CALCULS. — CAIUCTÈRES GÉNÉRAOX. 75
plus souvent : les calculs biliaires, par de la choleslérinc ; les calculs urinaires, par des urates et des phosphates terreux, de l'oxalate de chaux; les calculs des autres régions, par un mélange de phosphate et de carbonate de chaux. Ce groupement des calculs est parfaitement naturel ; l'observation de Stôckhardt et Faber, celle de Marchand, qui auraient trouvé des calculs biliaires formés d'acide urique est évidemment erronée. Frerichs croit avec raison qu'il y a eu, dans ce cas, une erreur de collection.
Mais il est nécessaire de revenir, pour les compléter, sur la composition de ces différents calculs. Les calculs de la prostate (Béraud), les calculs salivaireSj des amygdales, du pancréas (Fauconneau Dufresne), les rhinolithes (Grâfe), sont formés de mucus, de phosphate et de carbonate de chaux, le plus souvent avec excès de l'un ou l'autre de ces deux constituants.
Ainsi, à propos des calculs salivaires, si nous prenons au hasard dans les résultats d'analyses de Bibra, Wright, Lecanu, et de celles plus récentes de Golding Bird, nous trouvons, pour deux calculs, ces chiffres extrêmes :
dans l'un, 81 pour 100 de carbonate de chaux, 4 de phosphate ; dans l'autre, 75 de phosphate, 2 de carbonate de chaux. On trouve encore, dans ces calculs, des traces de phosphate de magnésie. Il en serait de même des ^'«- ^•->» ^^""'^ ^ ^^^ f'"»*^« verticalement par
" , . , , . p sa paroi postérieure, et la prostate p«r sa paroi
concrétions lacrymales, si 1 on inférieure. On voit sur la tranche droite de la
s'en rapporte aux deux seules co"P« ""^ multitude de petits calculs miliairea,
analvses aue nous connaissons dp brunâtres, semblables à de gros grains do sable, analyses que nous connaissons ae ^^^^j^ ^^ ^^^^^ j^ ^^^^^^^^ ^^^^j^^ présente la
ces calculs, et qui sont dues, l'une structure celluleuse de la prosUte; chacune des
à Fourcroy et Vauquelin, l'autre <»"«*«» contenait un ou plusieurs petits calculs.
\ D LJif • 1 1 Une coupe verticale, faite sur la paroi supérieure
à BoUChardat. Les vrais calculs ^^ ^anal de rurèlhre, éUblit que la portion de
prostatiques sont presque exclu- prostate qui entoure cette portion supérieure pré-
sivement formés de phosphate de ?^"1^ ** "fr"" ^i'P?"'^ «P?"Ç'«"«;f ^\ «^'^'i^»^
o ««^ £/iivoptia ^ également des calculs. (Cruveilhier,i4 «fl/(>ifii^pfl- Chaux, avec des traces de car- thologiqw du corps humain, Za* livraison. —
bonate de chaux et de phosphate Civiaie, i. lï, p. 345.) ammoniacp-magnésie (fig. 8).
Les calculs urinaires seraient, d'après les très-nombreuses analyses de Samuel Bigelow, foyrmés, dans leur ordre de fréquence, par les matières suivantes : acide urique, urates, phosphate de chaux et phosphate ammoniaco-magnésie, oxalate de chaux, xanthinc, cystine, etc. On aurait en-
78 CALCULS. — siéfiE, âge et rature.
corc trouvé dans les calculs, d'après les analyses faites par Bigelow, de la silice, de Toxyde de fer, du phosphate de fer, du benzoate et de Foxalate d'ammoniaque, du mica ; silice et mica sont deux éléments qu'on ne s'attendrait guère à trouver dans un calcul urinaire.
Sur 200 calculs qui ont été analysés par Bigelow, 115 étaient des calculs d'acide urique et de ses dérivés. Beale donne les chiffres suivants : sur 100 calculs, 60 d'acide urique, 22 d'oxalate de chaux, 10 de phosphate, 5 de cystine; cette proportion considérable des calculs de cystine est évidemment exagérée. Du reste ces classifications ne peuvent jamais être absolument exactes, attendu que souvent les calculs sont mixtes, et un même calcul peut être formé à lu fois de phosphates, d'acide urique et d'oxalate de chaux.
Les calculs biliaires sont le plus souvent formés par de la cholestérine, des matières colorantes (choléchlorine, cholépyrrhine) mal définies et à peine étudiées, du glycocholate (Frerichs) et du cholate de chaux (Luton). Gerhard a analysé plusieurs calculs biliaires presque entièrement formés de carbonate de chaux. Andral cite un fait dans lequel il a constaté l'existence de plusieurs calculs phosphatiques. Frerichs a trouvé, dans un calcul biliaire, 68 pour 100 de margarate de chaux. On a de plus constaté, dans ces concrétions, des traces de fer, de manganèse, de cuivre, métaux dont les sels ont tendance à s'accumuler dans le foie.
Siège. — On a observé des calculs dans la vessie, le rein, les uretères, dans l'urèthre, au prépuce ; on les a trouvés remplissant les canaux biliaires (Fauconneau Dufresne, Barth et Duménil), remplissant la vésicule, engagés dans les canaux cystique et cholédoque, descendant dans l'intestin qu'ils peuvent obstruer et formant les seuls vrais calculs intestinaux, les bezoards de l'homme; dans la prostate, les calculs ne sont que Texagération des petits grains concentriques, véritables calculs dont la glande est remplie (Sappey); dans les vacuoles de Tamygdale, il se dépose du phosphate de chaux autour de concrétions caséiformes; quant aux calculs salivaires, ils ne se rencontrent guère que dans le canal de Wharton et sont rarement concentriques.
Ai^e* — Les calculs peuvent exister à tout âge de la vie de l'homme ; on en a observé avant la naissance, et il y a plus d'un siècle que ce fait avait été signalé (YanSwieten). Relativement au sexe, à l'iniluence du régime, des habitudes, il ne saurait être rien dit qui puisse s'appliquer aux calculs en général; ces questions, fort importantes du reste, n'ont d'intérêt que lorsqu'on étudie isolément les calculs biliaires, vésicaux, etc.
QUELLE EST LA NATURE DU NOYAU DES CALCULS, COMMENT ET DE QUELLE MANIÈRE SE FORMENT LES CALCULS AU SEIN DES ORGANES?
Nous rapprochons ces deux questions à dessein, parce que la première nous donne, en partie, la solution de la seconde :
I. Il y a un siècle et demi, Nuck avait fait devant ses élèves la trèscurieuse expérience suivante : ayant pratiqué une incision au bas-ventre
CÂLCIXS. — QUELLE EST LA WATUBB DU NOTAU. 77
sur un chien vivant et mis à nu la vessie, il fit une ponction, et par cette plaie, introduisit dans la cavité vésicale un petit fragment de bois ; la vessie herniée fut réduite, la petite plaie se ferma et Tanimal guérit. Plusieurs mois après, il tut sacrifié, et pn trouva, dans sa vessie, un calcul ayant pour origine ce petit morceau de bois : a Eodem modo^ cal" culum^ in renibus primo genitutriy dein in vesieam ddapsumy nucleum
constituerez cui dein substantia calculosa accresdt dissimili haud
modo quo saccharum cantum album bacillis suis adhxrere videmus. v>
On savait donc très-bien au siècle dernier, quelle était Tinfluence des corps étrangers accidentellement introduits dans la vessie sur la production des calculs, et Ton savait aussi que de très-petits calculs rénaux descendus dans la vessie n'étaient en réalité que le globulum ligneum^ le noyau des gros calculs vésicaux.
Nous ne ferons que mentionner les corps étrangers qui ont ainsi servi de noyau à des calculs. Pour la vessie : des fragments de sonde, des morceaux de bois, des débris de corps étrangers de toutes formes ; pour les calculs biliaires : du sang, des lombrics, des corps étrangers venus de Vestomac à la suite de perforation (Fuchs, Frerichs).
Ce sont laies noyaux des calculs accidentels ; il faut maintenant savoir, dans les calculs spontanément formés, quelle est cette première couche concentrique autour de laquelle toutes les autres se sont déposées ; nous ne ferons point d'hypothèses, nous contentant de dire ce que Ion sait, ce que l'on a observé.
Les calculs peuvent n'avoir pas de noyaux proprement dits; ainsi les calculs salivaires ne sont, le plus souvent, qu'une masse de phosphate de chaux mal cimentée; d'autres fois, des calculs volumineux sont formés par l'agglomération de petits calculs : c'est ainsi que ^eale donne, d'après Haynes Walton, la description d'un gros calcul de quatre centimètres de long sur deux de large, ainsi constitué : par la section, on ne découvrait aucune trace de couches concentriques ni de noyau, mais en regardant à un grossissement de quelques diamètres, on voyait, sur tous les points de la surface de la coupe, de tous petits calculs, formés chacun d*un noyau, avec plusieurs couches concentriques.
Le point de départ des calculs peut se trouver dans Tépithélium infiltré de chaux (calculs amygdaliens). Lebert*, Bramson et Seifert font jouer à l'incrustation de Tépithélium par des sels calcaires, du cholate de chaux, un rôle essentiel dans la genèse des calculs biliaires. Quekctt pense que les granulations terreuses, point de départ des calculs prostatiques, se forment dans les cellules de l'épithélium de la glande.
Beale a observé qu*un grand nombre des calculs vésicaux venus du rein, ont pour noyau de petits amas de cristaux en sablier d'oxalate de chaux, autour lesquels s'agglomèrent les granulations d'acide urique : il en serait ainsi de la plupart des calculs à base d'acide urique.
II. A. Pour que l'acide urique se dépose, il faut, ou bien qu'il soit excrété en plus grande quantité, ou que l'urine soit plus concentrée; il suffit même que l'urine soit acide, et Vogel en donne la raison : les
78 CALCULS. — quelle est la nature du koyau.
urates devenus acides dans une urine acide, étant moins solubles que les urates neutres, se précipitent. Ainsi se forment la plupart des calculs (ïacide urique.
B. Toutes les fois que l'urine, pour quelque cause que ce soit, devient alcaline, des sédiments de phosphates terreux se précipitent au sein de lurine; Ja fermentation qui s'établit alors, faisant rapidement avec l'urée du carbonate d'ammoniaque, ne tarde pas à rendre toute la masse du liquide alcaline; le phosphate de chaux, qui n'est soluble que dans une urine acide ou neutre, se précipite. Ainsi se forment les calculs de phosphate de chaux.
C. Dans le cas seulement où Talcalinité de l'urine tient à la décomposition de Purée, il peut se faire en présence du carbonate d'ammoniaque, produit de la fermentation, et du phosphate magnésien normalement contenu dans l'urine, du phosphate ammoniaco-magnésien : ce qui ne se produit jamais quand l'alcalinité de l'urine est due à toute autre cause qu'à la décomposition de l'urée (Hassall). Tel est le point de départ des calculs de phosphate ammoniaco-magnésien.
D. On comprend très-bien que de petits graviers d'oxalate de chaux agglu-
tinés, tombant dans une urine acide, se recouvrant d'acide urique ; plus tard la vessie enflammée sécrète du muco-pus, l'urine fermente, devient alcaline, et des couches de phosphates s'ajoutent aux couches précédemment formées d'acide urique (fig. 9). Ainsi se forment les calculs mixtes.
''d-.^i^'t,t'^Ê:rS xTv: lU. Quei'e est maintenant l'origine de fjg. 151.) l'oxalate de chaux? En dehors des aliments
végétaux qui peuvent l'introduire dans l'organisme, le sucre incomplètement brûlé, l'acide urique en s'oxydant, deviennent de l'acide oxalique, et partout où il se trouvera un sel soluble de chaux, l'oxalate de chaux va se déposer, tant est grande son insolubilité. Mais comment cet oxalate de chaux va-t-il traverser le rein, puisqu'il ne s'y forme point et qu'il y arrive entraîné par le sang? C. Schmidt prétend qu'il se fait là un albumino-oxalate de chaux soluble qui perd son albumine dans le rein; les expériences de Kletzinsky sur la filtration de l'oxalate de chaux, dans un milieu acide et son passage au travers de membranes endosmotiques, nous permettent de conclure que, dans l'en* dosmomètre humain, dans le tissu du rein, la même action pourra se produire. D'après Lehmann, le phosphate acide de soude que l'urine renferme normalement, suffirait pour tenir en solution des quantités très-appréciables d'oxalate de chaux.
Le fait de la présence en grande quantité des phosphates alcalins dans les sécrétions catarrhales des muqueuses, sous des conditions encore mal définies, est un fait d'observation. Il rend compte de la formation des calculs phosphatiques qui constituent tous les calculs en dehors delà bile et de l'urine. Il nous reste maintenant à parler des calculs biliaires.
Thénard avait attribué la précipitation de ces calculs à la diminution de la quantité de soude que renferme la bile ; cette idée est bien près de ce que nous croyons être la yérité.
Il y a deux éléments à considérer dans les calculs biliaires : les sels (le chaux (cholatcs de chaux, carbonate, etc.) et la cholestérine.
a. Prerichs a souvent trouvé, dans la cholécystite, la face interne de la vésicule biliaire couverte d'innombrables cristaux de carbonate de chaux; et c'est avec raison que Hein et Meckel regardent le catarrhe des voies biliaires comme une des causes essentielles des calculs.
6. Dans la bile fermentée, devenue acide d'alcaline qu'elle était, la cholestérine se précipite ; comme elle est maintenue en dissolution dans la bile normale par le cholate de soude et les savons, elle doit se déposer lorsque ceux-ci se décomposent.
Chez le vieillard, le sang renferme plus de cholestérine, il en passe plus dans le foie ; on comprend ainsi le plus grand nombre de calculs biliaires à cet âge de la vie, surtout si Ton réfléchit que l'existence sédentaire habituelle aux vieillards amène forcément la stagnation de la bile, favorise le dépôt des sédiments biliaires : ce sont des conditions physiologiques analogues à celles qui rendent si fréquentes, chez les ruminants réunis en étable, les calculs de la vésicule biliaire (Glissoa).
Les calculs une fois formés, peuvent se détruire, se carier, se fragmenter (Frerichs), mais nous ne pensons pas que les calculs subissent des métamorphoses secondaires, comme le voudrait H. Meckel. Cptte idée du métamorphisme, si ingénieuse et si vraie lorsqu'il s'agit des couches concentriques du globe, ne l'est plus quand il ne s'agit que des couches concentriques des calculs biliaires, ^t parvis magna componere licet.
rV. Il y a dans cette question de la pathogénie des calculs, un point à élucider, car il est tout à fait inconnu ; nous voulons parler de la nature du ciment organique qui réunit les particules salines. On a beaucoup parlé de la matière organique des calculs, mais on n'a pas fait une seule analyse, une seule détermination exacte que nous puissions mettre à profit (Robin).
En résumé, nous croyons être dans le vrai en ne faisant pas dépendre les calculs d'un vice de nutrition ; le calcul n'est pas comme le tophus de la goutte, comme les sables de la gravelle, la conséquence nécessaire de désassimilations imparfaites, de combustions inactives, c'est un acci-* dent qui survient, il est vrai, plus souvent dans les cas où se formant les dépôts auxquels nous venons de faire allusion, mais qui ne leur est pas nécessairement subordonné ; il ne suffit pas qu'il se fasse un dépôt d'urate ou de phosphate, il faut que quelque chose vienne cimenter ce sable, cette gravelle urique ou phospha tique, pour en faire un calcul.
riyaipUlinea. — Admettrons-nous une diathèse calculeuse, ou plutôt des diathèses calculeuses de difTérente nature : urique, phosphatique, oxalique, etc. Si Ton comprend^ comme le voudrait Bence Jones, sous le nom de diathèse phosphatique et sulfotique, les cas dans lesquels l'urine renferme un excès de phosphates et de sulfates, il faudra faire
80 CALCULS. — bYMPTÔMES.
autant de diathèses qu'il y a dans Turine de principes constituants distincts.
Mais si Ton attache à ce mot de diathèse une toute autre signification; si Ton comprend, sous ce nom, l'ensemble de conditions organiques dont Texcès d'acide urique ou de phosphates dans l'urine est un des caractères, une des conséquences, on aura posé la question sur son véritable terrain, mais on n en aura point, par cela même, ayancé la solution. L'inconnu reste toujours, mais c'est déjà quelque chose que d'avoir exactement posé les termes de Téquation qui le renferme ; ce qui doit préoccuper avant tout, ce n'est point l'excès de tel ou tel principe constituant de l'urine, mais l'étude des conditions qui le détermine.
Nous n'admettrons pas de diathèse calculeuse, car nous ne trouvons ^ pas dans ce que l'on appelle l'affeclion calculeuse, ces caractères d'hérédité et de généralisation, cette évolution, pour ainsi dire fatale, d'un produit morbide, qui, toujours le même pour une affection diathésique déterminée (granulations grises pour l'affection tuberculeuse, alvéoles infiltrées pour l'affection cancéreuse, etc.), caractérise la diathèse et lui donne son nom. Nous admettrions peut-être une diathèse calculeuse, si un même sujet nous présentait en même temps des calculs dans la salive, dans la bile, dans Turine, etc.; mais ce caractère de généralisation manque d'une façon absolue.
Cela posé, des calculs existent et se sont formés plus ou moips lentement dans les glandes salivaires ou dans le canal parotidien, dans la vésicule biliaire, dans le rein ou dans la vessie, etc. Us agissent à la façon de corps étrangers. S'ils sont d'un petit volume, s'ils sont peu nombreux et logés de façon à ne pas interrompre ou gêner le cours régulier du liquide excrété, on ne saura point qu'ils existent; il suffit d'avoir passé quelques semaines dans un hôpital de vieillards, surtout de vieilles femmes, pour s'assurer du nombre considérable de cas dans lesquels on trouve, à l'autopsie, la vésicule pleine de calculs biliaires souvent volumineux, et qui n'ayant jamais amené le moindre accident, ont par cela même passé inaperçus pendant la vie des malades.
En prenant le rein pour exemple, si ces calculs, s'accroissant lentement, enfoncent leurs prolongements ramifiés des bassinets dans le tissu du rein, ils l'irritent mécaniquement, en amènent l'inflammation et peuvent le désorganiser presque entièrement ; le rein se trouve réduit à une coque fibreuse distendue par des calculs de la sérosité et du pus (hydronéphrose), ou bien transformé en une masse graisseuse (Rayer). A côté de la néphrite calculeuse, n'a-t-on pas des hépatites calculeuses (Frcricbs)? Les abcès de la prostate, des glandes salivaires peuvent tenir à la présence de calculs dans les canalicules sécréteurs de la glande : les concrétions des follicules amygdaliens sont une cause fréquente des inflammations successives et répétées de ces glandes.
Dans tous ces cas, le calcul agit comme un corps étranger, irrégulier, anguleux; dans un autre ordre de faits, les calculs, devenus arrondis, ayant perdu leurs aspérités en roulant les uns sur les autres dans le cou-
rant d'un liquide qui afflue et s'écoule sans cesse, n'agissent plus alors qu'en obstruant les orifices d'écoulement de ces liquides, amènent une rétention qui cesse après Texpulsion du calcul, lorsque se rétablit le cours libre et régulier du liquide, momentanément interrompu.
Il y a donc des accidents A*irritation et des accidents d* obstruction; leur étude générale nous fera connaître ce qui a trait à la symptomatologie des calculs.
Comparons, en effet, ce qui se passe dans les deux grandes classes de calculs : urinaires et biliaires.
L Un des premiers phénomènes qui s'observent chez les malades atteints de calâds de la vessie^ consiste dans les difficultés de la miction ; de là les efforts auxquels le malade se liyre, les positions bizarres qu'il est obligé de prendre, et les souffrances quelquefois si vives que provoque la suppression brusque du jet de l'urine. La sécrétion biliaire dans les cas de calculs de la vésicule peut être gênée ou ralentie sans qu'il en résulte immédiatement des troubles aussi accusés ; c'est à peine si on voit survenir de vagues douleurs dans la région du foie, quelques troubles digestifs, de légers accès fébriles et un ictère fugace.
Les frottements, les éraillures que la surface, quelquefois rugueuse du calcul vésical exerce sur les parois des uretères, de la vessie, de Turèthre, expliquent très-bien la présence du sang dans les urinés; ne pourrait-ou rapprocher de ces hématuries cette observation de Fauvel dans laquelle on trouva du sang dans les conduits de la bile à la suite d'une angéiocholite symptomatique de calculs biliaires.
On a encore signalé dans Vaffection calculetise urinaire l'intermittence (Civiale) et la rémittence du pouls.
La fièvre urineuse, quand elle n*est pas la conséquence du cathétérisme de Turèthre, indique ordinairement une cystite entretenue par la présence d'un calcul. De même l'existence d'un calcul dans les voies biliaires pourra occasionner une fièvre pseudo-intermittente, fièvre remit' tente hépatique (Monneret), mais en l'absence de l'ictère et de la douleur au niveau des fausses côtes droites, signes auxquels on doit donner une plus grande valeur, on ne saurait faire de cette fièvre pseudo-intermittente la preuve absolue d'une angéiocholite symptomatique.
On sait, depuis longtemps, quelle est la cause toute mécanique des accès de coliques hépatiques et de coliques néphrétiques : les accès dus a une cause identique, les tentatives d'expulsion des corps étrangers, offrent, dans leur évolution, une remarquable analogie : la névralgie viscérale produite par l'éraillure, le tiraillement, le déchirement des filets splanchniques enlacés tout autour des conduits excréteurs par lesquels le calcul tend à se frayer un passage, est, dans la colique hépatique comme dans la colique urinaire, accompagnée d'une légère élévation du pouls, mais sans fièvre : la douleur sourde devient à certains moments aiguë, lancinante, excessive; elle s'apaise bientôt pour revenir ensuite avec plus de fureur et d'intensité, à tel point que certains malades tombent en syncope ou sont pris de spasmes nerveux convulsifs.
IIOUV. DICT. m£d. bt aiiR. VI. — G
82 CALCULS. — symptômes.
Dans la colique biliaire tout aussi bien que dans la colique urinaire, la douleur cesse quand le calcul s'est déplacé ; et, par la pensée, on peut suivre pas à pas un calcul engagé dans le canal cholédoque ou dans lu* rctère, car chaque pas qu'il a fait, a été marqué par une douleur plus vive.
L'ictère et la rétention d'urine sont deux phénomènes du même ordre ; une cause analogue les produit, et ils ont la même valeur séméiologique; il n'est donc pas étonnant que Tictère ne soit point une conséquence forcée de Taccès de colique hépatique pas plus que la rétention d'urine ne succède nécessairement et d'une façon absolue à la colique néphrétique.
Quant à la valeur de la colique hépatique comme signe absolu de calculs biliaires, nous ne pensons pas qu'on lui ait jusqu'ici accordé une signification clinique trop absolue, en disant que quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, une colique hépatique bien constatée est l'indice certain de calculs biliaires.
Nous croyons plus simple et plus rationnelle l'explication de la colique hépatique par la distension et Téraillure des conduits dans lesquels s'est engagé le calcul, que cette autre manière de voir, soutenue et défendue par Beau avec une grande habileté, et d'après laquelle, la douleur de la colique hépatique serait due à l'action de matières irritantes remontant de rintestin jusqu'au foie par la veine porte.
II. Lorsque les calculs sont rejetés au dehors, ils peuvent être expulsés en très-grand nombre à la fois : cela dépend de leurs dimensions. Engagés dans les uretères (calculs vésicaux), dans le canal cholédoque (calculs biliaires), ils peuvent, non-seulement érailler, mais rompre et déchirer ces canaux, et de là, une péritonite suraiguë généralisée, accident rare, il est vrai, qui reconnaît la même origine et les mêmes causes, qu'il s'agisse d'un calcul bihaire ou d'un calcul rénal.
Les fistules biliaires cutanées et intestinales constituent pour les calculs biliaires un mode d'expulsion dont nous trouvons l'analogue dans l'évolution des calculs du rein; ce n'est pas seulement, au voisinage de la vésicule^ que s'ouvre ainsi la tumeur biliaire (Morand, Fauconneau Dufresne, Levacher, Hoffmann), on l'a vu s'ouvrir au niveau de l ombilic (Bûttner et Leclerc, de Caen), de la région iliaque droite (Mackinder), du pli de raine (Siry) et du pubis (Huguier). Quant aux fistules vésicales, uréthro-péniennes, etc., elles sont comme les fistules biliaires, une voie indirecte d'expulsion des calculs : beaucoup plus rarement, de la même façon, peuvent être expulsés les calculs nés dans la prostate; les fistules salivaires sont également une voie d'élimination des calculs de ces glandes.
Diagnostic. — 1** Quels sont les signes qui font soupçonner l* existence d'un calcula
2** Quels sont les moyens de le démontrer?
La réponse à la première de ces questions est tout entière dans les pages précédentes : s'il existe des douleurs de colique, descendant sur Ids
t ' lombes et les membres inférieurs, ou bien au contraire, partant du I creux de l'estomac et retentissant dans toute la partie droite du dorps, f dans le haut de la poitrine et jusque dans l'épaule et le bras droit, si ces
> douleurs, moins accusées, moins étendues, moins profondes, présentent uu csiTdiCière paroxystique et surviennent par accès de peu de durée ^ si,
I avec et en même temps que ces douleurs, on constate des signes d'ob-
' struction, rétention d'urine, ictère, etc., des accidents d'inflammation
f des cavités d'excrétion, cystite, cholécystite, fièvre urineuse, fièvre
> pseudo-intermittente biliaire^ on sera en droit de soupçonner l'existence ^ des calculs ; nous ne parlons ici que de la bile et de l'urine. Dans les
amygdales, les glandes salivaires, les fosses nasales, lorsqu'il existe des l calcub, on les trouve mêlés au pus, on les sent, on en perçoit l'existence, I mais on ne pourrait, sans cela, avoir même le soupçon qu'ils puissent I exister.
I Quels sont maintenant les moyens de démontrer l'existence d'un
calcul.
C'est d'abord le cathétérisme : il est surtout applicable aux calculs de la vessie ; dans les cas de fistules, il peut faire reconnaître des calculs biliaires, salivaires; nous n'avons point à donner les règles du cathétérisme urinaire ; il doit nous suffire de le mentionner.
Dn bon signe, c'est la collision des calculs et la perception du bruit de froissement, du choc résultant de cette collision. Avec la sonde, on peut faire se choquer les uns contre les autres des calculs entre lesquels on pénètre; ce n'est point à cela que nous voulons faire allusion, mais bien au bruit de sac de noix (J. L. Petit), au bruit de collision que l'on peut percevoir dans les cas où la vésicule biliaire, distendue sous la peau, se prête facilement à la percussion. Cette sensation, que la percussion produit, Tauscultation la rend encore plus nette et plus complète (Martin- Selon) ; l'auscultation a été aussi conseillée dans les cas de calculs vésieaux pour percevoir ce même bruit de collision.
Mais ce qui donn^ au diagnostic une valeur absolue, c*est la constatalion de visu d'un calcul o;i d'un fragment de calcul; aussi, doit-on trier avec soin les concrétions qui peuvent être mêlées au pus d'une parotidite suppurée, d'une amygdalite, etc., au liquide suintant d'une Gslule vcsicale ou biliaire.
Pour les calculs biliaires, il faut les rechercher dans les selles et les y rechercher avec le plus grand soin ; il faut bien prendre garde de confondre avec un calcul, de petites masses de savon biliaire, que l'on trouve quelquefois mêlées aux selles (Fauconneau Dufresne). Il faut remarquer également si le calcul présente deux ou plusieurs fa^ttes : on peut ainsi reconnaître s'il existe un ou plusieurs calculs : Yan Swieten avait déjà fait cette remarque* Enfin il faut être prévenu de la possibilité où l'on est de trouver des calculs biliaires comme agents d'obstruction intestinale. Neil^ Puble et H. Bourdon ont signalé des cas de ce genre. Si le calcul se trouvait arrêté au-dessus du sphincter de l'anus, on pourrait le sentir à l'aide du toucher rectal (Luton).
84 CALCULS. — symptômes.
Analyse. — Après avoir pesé le calcul, on doit commencer, avant quil ne soU desséchéy par déterminer la composition exacte du noyau du calcul ; on doit aussi prendre sur différents points des couches concentriques, de petits fragments que Ton soumettra à l'analyse pour savoir si c'est un calcul mixte et qu'elles sont les substances différentes qui alternent dans sa formation. Ces deux recommandations sont de celles que le médecin ne doit jamais manquer de faire au chimiste auquel il confie les soins d'analyser un calcul.
Maintenant, existe-t-il une méthode d'analyse, simple, exacte et de facile exécution, qui permette de se rendre compte de la composition d'un calcul? c'est à dessein que nous insistons sur ce point. Une analyse confiée à des mains étrangères peut être longtemps différée et ne donne pas toujours, si bien faite qu'elle soit, des résultats intéressants pour la pratique. Il faudrait pouvoir faire cette détermination le plus vite et le plus facilement possible. C'est un des problèmes qui ont surtout préoccupé Lionel Beale, nous simplifierons, en quelques points, ses procédés.
Mais auparavant, et pour permettre à l'observateur de contrôler par les données de l'observation microscopique, les résultats de l'analyse chimique, nous croyons devoir indiquer sous quelle forme cristalline se rencontrent, le plus habituellement, les éléments constituants des calculs.
La choleste'rine se présente sous l'aspect de plaques rhomboïdales, trèsminces, à bords souvents brisés; ces plaques sont larges de un cinquantième à un quart de millimètre et au delà. Incolores habituellement, elles ont été trouvées dans un cas, teintes en jaune par la matière colorante biliaire (Lebert). L'emploi du réactif iodo-sulfurique donnant aux tables de cholestérine une couleur qui varie du rose tendre au bleu violet foncé, permet de les caractériser.
Le glycocholate de chaux se présente sous forme de petits amas brillants, ressemblant à de la leucine (Frerichs).
Le cholate de chaux a la forme de petites aiguilles cristallines entremêlées.
L'acide margarique^ rare dans les concrétions biliaires (Charcot, Lebert), donne des cristaux aciculaires, recourbés, minces, jaunâtres, réunis en faisceau, en feuille, en étoile, en rosace, mêlés de granulations dans leur centre.
La forme cristalline fondamentale de l'acide urique est le prisme rhomboédriquc à angles arrondis. Les cristaux sont tantôt groupés irrégulièrement, d'autrefois, au contraire, groupés en rosaces simples ou stelliformes (fig. 10). Leur couleur varie entre la teinte jaune paille et orange foncée.
Insolubles dans l'alcool, Téther, les acides chlorhydriques et acétiques, ils se dissolvent, lorsqu'on vient à chauffer légèrement la préparation, dans la potasse et l'acide nitriqne. Traités par ce dernier réactif, ils donnent après addition d'une ou deux gouttes d'ammoniaque, la coloration de la murexide {purpurate d'ammoniaque).
CALCULS. — STMPTÔIIES.
On rencontre le carbonate de chaux sous forme de granulations ou bien en petites masses sphéroïdales de cristaux rhomboédriques à angles émoussés, de couleur pâle et ombrée.
Fie. 10. — Acide urique. [Robin et Yerdeii, Chimie anatomiqHe.)
Le Phosphate basique de chaux est le plus souvent à l'état amorphe,
Fie. il. — Petits fragments de phosphate de cbaax. (Beale, fig. 101.)
FiG. 12. — Phosphate de chaux cristallisé. (Beale, fig. 102.)
rarement cristallisé en prismes rectangulaires droits (fig. 11 et 12). Celte dernière assertion de Lebert demanderait à être vérifiée.
Phosphate ammoniaco-magnésien (triple p/i05p/ia(^): lorsqu'il cristallise rapidement, ses cristaux aciculaires, prismatiques, un peu aplatis, se groupent confusément en forme de feuilles de fougère finement découpées. Lorsqu'il cristallise régulièrement, on peut reconnaître que les formes si variées qu'il présente dérivent toutes du prisme droit à base rectangulaire (Robin et Yerdeii. Fig. 13). Les cristaux se dissolvent sans effervescence dans les solutions acides même trèsétendues.
Voxal(Ue de chaux se présente sous forme de très-petits cristauxDctaédriques, à Taces égales, à arêtes vives et nettement limitées ; ils se laissent facilement traverser par la lumière réfléchie, mais s'éteignent dans la lumière polarisée. Leur transparence permettant de voir à la fois les angles
Fig. 13. — Phosphate ammoniacomagnésien. (Beale, fig. 60.)
ioférieurs et les angles supérieurs ^ il en résulte des formes quelquefois
bizarres dont il est assez difticiie de se rendre compte quand on n'a pas
suffisamment Thabitude de ce genre d'observation (fig. 108, deBeale).
Ces octaèdres (fig. 44) forment parfois, à la surface des concrétions,
Fig. 14. — Cristaux oc- Fig. 15. — Cristaux en sablier prove-
taédriques d'oxalate do nant de l'urine d'un enfant aUeint
chaux. (Beale, fig. 106.) d'ictère. (Beale, fig. 108.)
des plaques ou lames carrées d'un brun pâle ; quelquefois ces cristaux ou amas cristalloïdes, diversement colorés et quelquefois parsemés de cristaux entièrement transparents, rayonnent autour du centre du calcul. L'oxalate de chaux se présente sous forme de masses cristallines comme étranglées à leur centre, renflées aux deux extrémités. Golding-Bird les a découverts un des premiers; Bainey et Beale ont étudié avec soin cette forme cristalline qui n'est pas très-rare (fig. 15).
Vurate de soude existe dans les dépôts de Turine, les concrétions tophacées des goutteux. S. Bigelow et Smith Tout constaté, mais rarement, dans les calculs urinaires; il ne s*y trouve jamais qu'en petite quantité. Il se présente, au microscope, sous forme de sédiments aciculaires noirâtres (Bobin). Ces petites aiguilles sont fortement et intimement unies ensemble, plus renflées à leurs extrémités qu'au centre (cristaux en sablier).
L'urate d'ammoniaque se dépose sous la forme d'aiguilles très-longues et très-déliées qui forme des faisceaux, des amas sphériques, irradiés, opaques. Le précipité d'acide urique qui apparaît sous le microscope quand on ajoute une goutte d'acide à la préparation, permet de le distinguer facilement du lactate de chaux dont la forme cristalline rappelle celle de Turate d'ammoniaque, mais qui disparait entièrement dans une dissolu* tion acide.
Vurate de chaux se rencontre très-rarement dans les calculs urinaires, et l'on n'en trouve jamais que des traces ; on ne l'observe que dans des calculs phosphatiques (Bigelow et Smith); on n'a pu jusqu'ici l'extraire des calculs dans lesquels il se. trouve, et l'on s'est contenté de* déterminer, d'une part, la présence de la chaux, de l'autre, celle de l'acide urique.
Préparé artificiellement, il cristallise en petits grains arrondis, jaunâtres, à bords foncés.
La cystine se présente sous la forme de cristaux lamelleux, hexagones, ordinairement réguliers, la plupart isolés et quelquefois réunis en groupe ;
fréquemment ces hexagones ont deux ou trois de leurs côtés plus longs ou plus courts que les autres (Gg. 16).
Pour déterminer, par l'analyse chimique, la composition d'un calcul, il faut d'abord en calciner un fragment. Si le calcul prend feu et brûle avec une flamme fuligineuse, on est sûr qu'il s'agit d'un calcul de cholestérine ; s'il ne s'enflamme point, et s'il reste à peine des traces de résidu fixe par la calcination, on traite un autre petit fragment du calcul à analyser par de l'a- Fis. 16. — Cysiine. cide nitrique, dans une petite capsule de por- '^®"*®' ^^^' ^^-^
celaine que l'on chauffe doucement à la flamme d une lampe à alcool. S'il se produit des vapeurs rutilantes et une vive effervescence, on éloigne un peu la capsule de porcelaine, et quand il n'y a plus de dégagement rutilant, on approche une baguette trempée dans l'ammoniaque.
S'il se produit une coloration pourpre, on est sûr qu'il s'agit d'un calcul diacide urique ou à*urate : sinon on devra rechercher si le calcul est ou non soluble dans l'ammoniaque ouïe carbonate d'ammoniaque; dans le premier cas, il s'agit d'un calcul de cystine^ sinon de xanthine; dans ce dernier cas, on aura remarqué que la solution dans l'acide nitrique brunit en s'évaporant.
S'il s'agit d'un calcul qui laisse par calcination un résidu fixe, il faut déterminer la nature de ce résidu fixe, terreux; reconnaître si c'est de la soude, de la chaux ou de la magnésie ; c'est une détermination des plus simples, en se basant sur les réactions connues de leurs sels : il faut avoir soin, préalablement, de dissoudre dans un peu d'acide chlorhydrique légèrement chauffé, le résidu que l'on se propose d'analyser.
Cela fait, il n'y a plus que deux choses à déterminer : 1° existe-t-il de l'ammoniaque comme base mêlée aux autres bases ; 2^ le sel est-il un urate, un phosphate, un oxalate ou un carbonate?
ta première détermination se fait en chauffant un petit fragment de calcul avec un peu de potasse, et quelques gouttes d'eau dans un tube à analyse, et exposant aux vapeurs qui sortent du tube un papier réactif de tournesol rougi par les acides.
Il ne reste plus qu'à déterminer l'acide du sel alcalin ou terreux : on reconnaîtra un urate à la réaction obtenue par l'acide nitrique et l'ammoniaque (purpurate d'ammoniaque) : en traitant par l'acide acétique, si le fragment reste insoluble^ phosphate de chatut; s'il se dissout mais sans donner, une foisdissous, un précipité avecl'oxalate d'ammoniaque, phospha^^ ammaniaco-magnésien (réaction complémentaire des sels à base d'ammoniaque) ; s*il donne un précipité abondant par l'oxalate d'ammoniaque, carbonate de chaux; s'il est soluble, mais sans eïtenescence^ oxalate de chaux. Ce sont là des procédés très-simples, suffisamment exacts lorsqu'il ne s'agit que d'analyses qualitatives, et qui, par leur simplicité et leur facilité d'exécution, peuvent être mis en œuvre par les médecins eux-
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88 CALCULS. — pronostic, traitement.
mêmes, et leur apprendre tout ce qu'ils ont besoin de savoir, sur la nature et la composition d'un calcul; vouloir obtenir un chiffre exact à un millième près, est simple affaire de curiosité.
Pronostic. — Le pronostic est de peu de gravité lorsque les calculs, quels qu'en soient le nombre et le siège, -restent latents; mais il devient sérieux lorsque les calculs amènent à leur suite les accidents si variés auxquels ils peuvent donner lieu. Pour ce qui est de la lithiase biliaire, on comprend, sans qu'il soit besoin d'y insister, qu'entre une ictère fugace, quelques troubles dyspeptiques, d'une part, et la rupture de la vésicule suivie de péritonite suraiguë, d'autre part, entre ces deux acci* dents qui indiquent l'extrême simplicité et l'extrême gravité de la maladie, il y a bien des dangers intermédiaires ; attaque de colique hépatique dont l'excessive intensité a pu amener la mort de malades épuisés de douleurs (Luton), inQammation des voies biliaires qui peut être suivie de ruptures, de perforation, de gangrène.
Pour les calculs urinaires, nous trouverons les mêmes raisons de craindre ou d'espérer. Le pronostic dépend du siège rénal ou.vésical du calcul ; il dépend surtout des complications. Chez les enfants, les complications sont moins fréquentes ; les calculs des reins sont plus rares chez eux que chez tes adultes et les vieillards. Chez les vieillards, suivant la juste remarque de Delpech, a les affections catarrhales et goutteuses, si familières chez eux, peuvent être facilement attirées sur la vessie, et ces complications sont des plus fâcheuses ; » chez eux, les rechutes, les récidives sont comparativement plus nombreuses. Le pronostic est donc, en réalité, plus favorable lorsqu'il s'agit d'un enfant, que s'il s'agissait d'un adulte et surtout d'un vieillard.
Le danger d'un calcul est principalement dans les accidents de voisinage qu'il détermine, inflammation, obstruction, ulcération et gangrène, rupture et perforation. Lorsque le calcul est expulsé, ou qu'il a été possible de l'extraire, la question se pose en d'autres termes, et le pronostic dépend alors de la facilité plus ou moins grande et de la rapidité avec laquelle se formeront de nouveaux calculs. C'est ici qu'il convient de rechercher l'action des modificateurs généraux sur les actes de désassimilation, d'étudier les changements de composition de l'urine suivant qu'on soumet le malade à tel ou tel régime, à telle ou telle médication. S'il est possible de régulariser le cours de l'urine, de faire diminuer les urates et les phosphates en excès, en un mot, si l'on peut réagir sur les excrétions^ on devra porter un pronostic favorable ; dans le cas contraire, il ne faut se prononcer qu'avec réserve.
Nous ne pouvons dire, dans les limites restreintes que doit comporter une étude trè3-générale des calculs, comment et de quelle façon le pronostic varie lorsqu'on se décide à l'intervention chirurgicale, lorsqu'on se propose d'extraire ou de briser le calcul ; ce serait traiter la question des indications et des contre-indications de la taille et de la lithotritie.
VralteHieni. — On a divisé le traitement en médical et chirurgical, suivant qu'on se propose d'obtenir la dissolution du calcul, ou qu'on
CALCULS. — TBAITBIIBRT. 89
veut l'extraire ou le briser. Le trailement ne doit point être défini ainsi ; nous n'avons pas là deux méthodes, deux manières de faire différentes entre lesquelles le médecin puisse hésiter.
Le traitement doit avoir en vue par-dessus tout : 1^ d'abord de .prévenir les accidents, les complications (traitement de la cystite calculeuse, de la néphrite, des coliques biliaires et néphrétiques, etc.); 2*" s'il est possible, de faire disparaître le calcul, de le dissoudre, le briser, l'extraire; 3® de soumettre le malade à un régime et à une médication qui empêche chez lui la formation de nouveaux calculs ou l'accroissement de calculs préexistants.
Nous ne parlerons point ici du traitement des complications si variées des calculs, accidents qui sont tout autant de maladies distinctes ; il ne peut être rien dit de général à ce sujet. Pour ce qui* est du traitement radical des calcub, on ne doit y recourir que dans l'intervalle des accès douloureux, lorsque toute trace d'irritation, d'inflammation locale s'est apaisée, et que la maladie est, pour ainsi dire, silencieuse.
Nous avons dit qu'il fallait chercher à dissoudre les calculs, à les briser, à les extraire, lorsque les seules forces de l'organisme, sollicitées en vain, sont impuissantes à les expulser. L'idée d'attaquer les calculs par des dissolvants, portés plus ou moins directement jusqu'à leur contact, est la première qui se soit offerte à l'esprit; elle a été cherchée, creusée, fouillée en tous sens; on a essayé toute' espèce de dissolvants susceptibles d'agir sur les éléments constituants des calculs pour les désagréger ou les dissoudre, et prenant la vessie pour un matras à long col, les chimiàtres depuis Paracelse, jusqu'à Hoskins, Roberts, B. Jones, dont les recherches sont très-récentes, tous ont essayé dans la même voie, par la même méthode : faire passer dans l'urine, directement ou par voie d'absorption, des substances capables de dissoudre le calcul. Benjamin Brodie a montré que des calculs phosphatiques pouvaient être réduits de volume ou même entièrement dissous à l'aide d'une solution très-étendue d'acide nitrique. Hoskins imagina, il a quelques années, d'injecter dans la vessie une solution très -faible d'acétate de plomb (0,05 centigrammes pour 30 grammes d'eau), légèrement acidulée par quelques gouttes d'acide acétique ; il se ferait, dans ce cas, par double décomposition, un précipité granuleux de phosphate de plomb et d'acétate de chaux et de magnésie. Roberts prétend s'être servi avec succès de solutions étendues de carbonates alcalins ; une solution au centième amène plus rapidement la dissolution du calcul que ne le ferait une solution plus concentrée. Prévost et Dumas, et, plus tard, Bence Jones, essayèrent par l'électrolyse de désagréger et de dissoudre des calculs.
Dans le traitement des calculs biliaires, la prétendue action dissolvante du remède de Durande
Ëther 8ulfurique 15 gramm.
Essence de térébenthine iO
n'est rien moins que prouvée ; le médicament ne semble agir qu'en amc«
90 CALCULS. — TRAITBIIERT.
nant le rejet du calcul par son action évacuante et purgative; le chloroforme, donné en sirops, en potions, n'a produit aucune action sur des calculs formés de cholestérine et de cholépyrrhine, dont il est pourtant un des ^leilleurs dissolvants (Corlieu, Bouchut).
Mais si nous ne pouvons réaliser la dissolution des calculs à Taide de lithontriptiques, de quelque nature qu'ils soient, nous avons entre les mains des moyens qui nous permettent, dans certains cas, d'amener l'évacuation spontanée du calcul. Pour les calculs vésicaux : les diurétiques, la busserole, préconisée par Brodie, l'usage chez les enfants de diurétiques associés à la belladone localement appliquée pour obtenir le relâchement des fibres circulaires du col vésical et favoriser l'expulsion du calcul (Aberle); ce dernier moyen a joui en Allemagne, dans ces dernières années, de quelque réputation. Dans cette même série d'agents médicinaux destinés à favoriser l'expulsion des calculs, nous rappellerons, à propos des calculs biliaires, les purgatifs doux (huile de ricin, sulfate de soude), dont les observations de Duparcque ont démontré les bons effets ; les vomitifs qui agissent dans le même sens, mais avec plus de violence, et offrent par conséquent plus de dangers. On a conseillé également l'usage de frictions aromatiques (Pujol), le massage (Hall), les douches et l'électricité.
Lorsqu'il convient d'intervenir et de débarrasser la vessie ou la bile des calculs qu'ils renferment, on peut extraire ces calculs en pénétrant par la taille jusque dans la cavité oii siège le calcul, ou bien les broyer à l'aide d'instrumeifts lithotriteurs. Pour ce qui est des calculs nrinaires, nous n'avons point à rappeler les statistiques de Civiale, de Malgaigne, de Velpeau, de Coulson, deMarcet, etc., pour y chercher une raison de préférer la taille à la lithotritie. L'innocuité relative de la taille chez les enfairts est un fait prouvé par Tetpérience des siècles et que l'expérience de chaque jour vient confirmer et dans un parallèle des indications et d^ contre-indications de la taille et de la lithotritie, cet élément est peut-être le seul qui soit indiscutable. Mais cette question appartient à l'histoire toute spéciale des maladies des voies urinaires.
La taille et la lithotritie sont des moyens opératoires applicables nonseulement aux calculs urinaires, mais aussi aux calculs de la vésicule biliaire. J. L. Petit est le premier qui ait eu l'idée d'ouvrir par incision des parois de l'abdomen, au niveau de la vésicule distendue, une voie aux calculs : il faut avoir soin d'amener des adhérences avant de tenter l'opération. Il reste, après l'incision, un trajet fistuleux qui peut se cicatriser (Leclerc). Si l'on se décide à faire l'opération, on doit, malgré l'assertion contraire de Chelius, ne tenter d'ouvrir la vésicule que dans les cas où la tumeur biliaire offrant la marche d'un abcès phlegmoneux, est prête à s'ouvrir au dehors en rejetant du pus, de la bile altérée et des * calculs ; dans ce cas il faut faciliter le rejet des calculs par la Gstule, en la dilatant graduellement à l'aide d'épongés ou de racines.
Il y a deux ans Demarquay, dans un cas de fistule biliaire à la suite de cholécystite calculeuse, çut l'idée d'écraser à l'aide d'yu petit brise-?
CALCULS. *- BIBUOGRAPIIIE. 91
pierre, des calculs très-profondément situés ; l'opération réussit parfaitement. Il résulte donc de ce lait que la lithotrilie a été et peut être appliquée comme la lithotomie au traitement des calculs biliaires.
Mais le traitement des calculs ne consiste pas seulement à les détruire lorsqu'ils sont une fois formés ; il s'agit maintenant d'empêcher qu'il ne s'en forme de nouveau ; c'est alors qu'il faut avoir recours à un régime approprié.
Dans le cas de calculs biliaires, on devra prescrire un régime doux et modéré, exclure les aliments gras et recommander au malade de l'exercice et du mouvement, la vie en plein air, pour empêcher la stagnation de la bile et amener par une vie plus active, une combustion plus complète des matières grasses.
On doit prescrire les alcalins, les sels à acides végétaux, à base de soude, non-seulement parce qu'ils ont des effets laxatifs et amènent des évacuations bilieuses, mais surtout parce qu'ils activent les combustions interstitielles et rendent la bile alcaline. Dans le cas de calculs urinaires, l'indication est la même : activer les désassimilations organiques pour faire diminuer, dans l'urine excrétée, l'acide urique et les urates, produits de combustions imparfaites (inhalations d'oxygène) : prescrire l'exercice, la vie au grand air, donner des alcalins, des sels à acides végétaux. Dans l'usage aujourd'hui si répandu des eaux minérales, on ne doit pas oublier que le grand mérite de leur action est non pas tant de rendre l'urine alcahne, d'en régulariser l'évacuation, de la rendre plus abondante et de laver pour ainsi dire à grand eau les reins et la vessie, que de rendre le sang alcalin : cette alcalinité favorisant la solubilité, dans le sang, de l'oxygène, rend plus active l'action des inhalations de ce gaz. Il conviendrait donc de faire précéder l'emploi des inhalations d'oxygène, d'un traitement alcalin, et, suivant les indications de Demarquay, de donner le matin deux ou trois verres d'eaux alcalines avant de faire respirer l'oxygène; mais ceci trouvera mieux sa place quand il sera traité des calculs urinaires. Voy. UaiNAmES (calculs).
En terminant ces généralités sur les calculs dans les différents organes^ sur ce que Ton appelle encore aujourd'hui la diathèse calculeuse, un fait nous frappe tout d'abord : il n'est pas de question que les médecins chimistes aient plus sérieusement étudiée, cherchée, analysée sous toutes ses formes et sous toutes ses faces, que cette question de l'origine et du mode de formation des calculs ; et cependant ils ne nous ont appris que peu de choses. Ce n'est donc plus seulement à la chimie, mais à la physiologie pathologique qu'il faut maintenant demander le complément de la vérité que seule elle peut nous fournir; il faut que Texpérimefitation aidée de Tanalyse chimique vienne en aide à l'observation pour en compléter les résultats.
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