CALENTURE
tion avec un soin tout spécial : or pendant le cours d'une navigation de quatre années (1845-49), un personnel de près de 3000 hommes ne nous en a pas offert un seul cas. Rapporter des faits de suicide ou de disparitions nocturnes à bord des navires qui naviguent dans les pays chauds à l'invasion subite d*une calenture, Q'est évidemment édifier une étiologie toute gratuite. Nous craignons bien que des interprétations analogues et des fièvres pernicieuses délirantes méconnues, aient jusqu'ici fait les frais de la calenture. Il faut provisoirement et jusqu'à ce que nous ayon^ des observations détaillées et bien faites tenir en doute prudent Texistence de cette affection. »
Boudin après avoir consacré quelques lignes à la calenture, conclut que son existence est au moins fort douteuse; il énumère quelques-uns des symptômes qui la caractérisent d'après les auteurs que nous avons précédemment cités et surtout d'après les faits énoncés par Beisser, et termine en faisant connaître une observation qu'il doit à Senard, médecin en chef de la marine ; elle a trait à un matelot qui, étant à Toulon au mois de mars, fut pris, à la suite d'une émotion morale profonde, d'un délire violent, durant lequel on eut de la peine à maîtriser ses tentatives réitérées pour se jeter à la mer; ici l'époque de Tannée, la cause productrice de la maladie ne peuvent faire supposer Texistence de la calenture, telle qu'on a coutume de la décrire.
Le Roy deMéricourt n'hésite pas à conclure qu'il n'existe pas d'individualité morbide qui puisse justifier le maintien de la calenture dans le cadre nosologique.
Grisolle s'exprime ainsi : Hypérémie cérébrale, a Je serais porté à rattacher à une forme de congestion cérébrale Taffection connue sous le nom de calenture, observée, dit-on, fréquemment à bord des navires qui naviguent sous le tropique... Ajoutons que dans ces derniers temps, quelquesuns des médecins les plus distingués de la marine, juges très-compétents, et en tète Le Roy de Méricourt, ont nié l'existence de la calenture et ont soutenu qu'on avait à tort imposé ce nom à quelque forme de délire dont on n'avait pas recherché la cause ; c'est donc là un sujet d'étude à poursuivre. »
Monneret écrit : « Peut-être convient-il d'attribuer à des congestions encéphaliques le mirage égyptien et toutes les visions singulières que présentent les soldats et les voyageurs sous l'empire de l'insolation et des chaleurs très-fortes (calenture, délire, suicide, etc, etc.).
Dans la rédaction de cet article, nous avons dû nous borner au rôle d'historien, puisque jamais nous n'avons observé la calenture ; les faits que nous avons rapportés ne sont pas assez caractérisés pour justifier l'existence de cette maladie; nous reconnaissons volontiers que les premiers auteurs qui l'ont décrite ont été de bonne foi; nous comprenons que, frappés de l'instantanéité des symptômes observés, ils aient cru être en présence d'un état morbide inconnu ; mais aujourd'hui qu'une analyse sévère préside à l'appréciation des faits médicaux, pouvons-nous considérer comme constituant une individualité morbide particulière ces formes de
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délire qui peuvent se présenter dans une foule de circonstances très-variées? ce délire irrésistible qui pousserait les malades a se jeter à la mer n'est pas noté dans toutes les observations, et cependant ce désir formerait le caractère essentiel de la calenture, et par suite éloignerait toute idée d'admettre, comme on Va récemnjent proposé, une calenture de mer et une calenture de terre.
Nous avons consulté les plus anciens auteurs de médecine espagnols, et principalement ceux qui avaient fait de longues navigations. Dans aucun des ouvrages qu ils ont publiés nous n'avons trouvé des traces de la calenture.
Nous n'avons jamais observé une maladie semblable pendant treize années de navigation, principalement dans les pays chauds. Nous avons consulté les vétérans de la médecine navale qui habitent Toulon, et tous fios camarades de la marine. Or, nul n'a vu la calenture; nul, en évoquant ses souvenirs, n*a pu y retrouver un fait morbide se rapportant même de loin aux symptômes attribués à cette maladie : nous avons principalement interrogé ceux de nos collègues qui ont navigué dans la mer Rouge. Cette mer, aujourd'hui plus fréquentée par notre marine à cause de nos nombreux rapports avec Textrème Orient, resserrée entre des côtes arides et sablonneuses, rarement arrosée par les pluies, présente, surtout Tété, une température égale et même supérieure à celle des régions tropicales ; les accidents déterminés par Faction solaire n'y sont pas rares et quelquefois ont été assez intenses pour amener la mort ; les symptômes observés, dans ces cas, sont ceux que Ton constate ordinairement dans les inflammations des membranes cérébrales. Malgré l'élévation extrême de la température de ces parages, aucun des caractères que l'on assigne à la cal^ture n'a été noté par ceux de nos confrères qui ont navigué dans cette mer torride.
Dans le cours de l'enquête que nous avons faite auprès de nos collègues de la marine, nous avons recueilli l'observation suivante : pendant la guerre d'ItaUe, en 1859, l'escadre française étant en croisière dans l'Adriatique, mer resserrée et chaude, il se présenta à bord de la frégate à vapeur le Mogador^ devant l'ile de Lossini, un cas subit de délire : les médecins appelés à donner des soins au malade, crurent, au premier abord, avoir aflkire à une calenture, mais bientôt la maladie se dessina aves ses véritables caractères; c'était une fièvre pernicieuse délirante que guérit rapidement le sulfate de quinine. Ace sujet, nous dirons que la plupart des faits de calenture qui ont été observés n'étaient certainement que des fièvres rémittentes graves.
Nous concluons que la calenture n'existe pasi
'links (R.), Dictionnaire universel de médecine, de chirurgie, etc., traduit de Tanglals par Diderot, Eidous et Toussaint. Paris, 1746, in-folio.
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FoRGET [C], Médecine navale, Paris, 1832.
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Camisole. od
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^ U Rot de MteicouRT, Existe-t-il une individualité morbide qui puisse justifier le mamtien de
la calenture dans le cadre nosologique (Archives génér. de méd. Août 1857, t. X. p. 129. GaisoLLEj MoNNEBET, Traités de Pathologie interne.
A. Barballier (de Toulon).
CAIiUlVIEli. Voy. Mercure:.
CALUBIQIJE. Voy. Cëaleur.
CAIiTlVlE. Voy. Cbeveu et Ar^pÉciE.
CAHISOIiE. — Lorsque les aliénés sont violemment agités, on est parfois obligé de recourir à des moyens de contention qui leur enlèvent le libre usage de leurs membres; jusquen 1794, partout en Europe les fous étaient enchaînés ; Pinel vint, fit tomber ces moyens barbares, et leur substitua la camisole, dont l'usage est si répandu aujourd'hui.
La camisole est une espèce de brassière iV enfant ^ faite de toile forte, lacée par derrière, largement échancrée au niveau du cou et munie de manches assez longues pour être croisées autour du corps et nouées derrière. On a fait à ce moyen de contention des reproches assez graves et quelque peu mérités ; la camisole, quand elle est un peu serrée, com-* prime douloureusement la poitrine et gène sensiblement les mouvements respiratoires; de plus, quand l'agitation est vive, la pression exercée sur les parties «aillantes du corps peut déterminer la formation dVscharres ou de phlegmons. H&tons-nous d'ajouter cependant qu'une surveillance attentive peut faire disparaître ces inconvénients et rendre à ce moyen de contention son innocuité parfaite. En Italie, et dans quelques asiles de France, la camisole a été avantageusement remplacée par une ceinture, qui, embrassant le bas du corps, est fermée derrière le dos par des bou^ clés solides ; elle est soutenue par deux lanières en cuir passant en sau* toir sur les épaules; sur les côtés, sont fixés deux ga|ts qui reçoivent les mains, et au niveau des poignets, des bracelets de cuir les assujettissent dans leur position. Cet appareil a des conditions de solidité que n'offre pas la camisole : il maintient bien le malade, est moins pénible à la vue, et a le grand avantage de laisser bien libres les mouvements de la poi-^ trine.
La camisole, la ceinture à manchons, ne sont que des instruments ; ce qu'il importe surtout de rechercher, ce sont les règles qui doivent pré* sider à leur emploi. Pinel, le premier, a tracé en maître les règles d'ap* plication des moyens Coercitifs^ et depuis on n'a fait que développer les principes par lui posés^ « Il faut, dit-il, accorder aux aliénés toute Téten* due des moutemcfnts qui pettt sd concilier avec leur sûreté et celle des