‹ Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 18 sur 75 · CAMPHRE. — CAMPHRE DU JAPON · texte numérisé non relu

CAMPHRE. — CAMPHRE DU JAPON

Les camphres naturels se rapportent à deux types distincts : 1* le camphre du Japon ou des Laurinées; 2^ le camphre de Bornéo ou de Sumatra.

I. Camplire du 4iapoii. (C*^H^"0*). — Ce camphre, aussi appelé camphre ordinaire, est fourni en abondance par le Laurier camphrier (fig. 18), Laums camphora^ L. Camphora o/jficmarum, Nées (famille des Laurinées) ; arbre assez élevé, ayant un peu le port du Tilleul, et qui croit dans les parties les plus orientales de l 'Inde, particulièrement au Japon. On extrait le camphre en chauffant avec de Teau les racines, les tiges et les rameaux des camphriers dans de grands vases de 1er recouverts d'un chapiteau de terre garni intérieurement de paille de riz.

Le camphre se volatilise et se sublime sous la forme de grains irréguliers d'un gris jaunâtre que Ton rassemble et que l'on transporte en

Europe dans des tonneaux, Fig. 18. — Uurier Camphrier

sous le nom de camphre {Camphora officinartm),

brut.

Les Hollandias ont eu pendant longtemps le monopole du raffinage du camphre. Le procédé très-simple, et qui aujourd'hui est appliqué partout, consiste à mettre le camphre brut dans des matras à fond plat, enterrés dans un bain de sable. On chauffe graduellement jusqu'à fondre le camphre et le faire entrer en légère ébullition ; puis lorsque toute l'eau est évaporée, en retirant le sable on découvre peu à peu le haut du matras, de manière à le refroidir et à permettre au camphre de s'y condenser (Guibourt). On obtient, dit-on, un raffinage plus parfait en mélangeant le camphre avec de la chaux vive.

On connaît, dans le commerce, trois sortes de camphre raffiné : le camphre anglais j très-blanc, sonore, en pains de 4 kilogr.; le camphre français j moins compacte et un peu moins blanc, et le camphre de ttoU lande^ le moins estimé ; ces deux derniers sous la forme de pains du poids de 1 kilogr. Le camphre du Japon est solide, incolore, d'une saveur brûlante, d'une odeur caractéristique. Il cristallise en octaèdres; sa densité est de 0,996. 11 ne fond qu'à 175° et n'entre en ébullition que vers 204**. 11 se vaporise néanmoins très-facilement à la température ordinaire. — Un fragment de camphre jeté sur Teau ne tarde pas à s'agiter et à présenter un mouvement gyratoire continu. Lorsqu'on place verti-

i06 CAMPHRE. — camphre de borhéo.

calement dans de l'eau un cylindre de camphre dont une partie n'est pas submergée, on voit bientôt ce cylindre se diviser en deux fragments au niveau de la surface du liquide.

Le camphre dévie à droite la lumière polarisée. 1000 parties d^eau en dissolvent une partie. Il est très-soluble dans Téther et Falcool, et il se précipite en poudre lorsqu'on traite ces deux solutions par Teau. L'acide azotique dissout à froid le camphre et forme avec lui une combinaison liquide (azotate de camphre) qui, traitée par Teau, se décompose et laisse déposer du camphre. A chaud, cet acide oxyde le camphre et le transforme en acide camphorique (C*®H**0'2H0). Le camphre absorbe de grandes quantités d'acides sulfureux, chlorhydrique et hypoazotique. L'a* cide phosphorique anhydre enlève au camphre deux équivalents d'eau et le transforme en camphogène ou cymène^ liquide éthéré dont la composition est représentée par conséquent par la formule C'*H" (Dumas).

Le camphre n'est pas le seul produit qui passe à la distillation, lorsqu'on

chauffe, au sein de l'eau, les rameaux des camphriers : on obtient, en

outre, une substance liquide, Yhuile de camphre qui, par sa composition

, (C^^H^^O), ne diffère du camphre que par un équivalent de moins d'oxy*

gène. Aussi cette huile se transforme-t'Clle très-facilement en camphre

• solide, (?*H*'0% sous l'influence de l'oxygène ou de l'acide azotique.

Un grand nombre de végétaux contiennent du camphre tout formé et empruntent à ce corps une partie de leur action thérapeutique, tels sont les racines des canneliers, la zedoaire, le gingembre, le galanga, les car* damomes, le schœnanthe, la camphrée, la plupart des labiées, etc.

II. Camplire de Bornéo (C^H^^O*). — Produit par le Dryobalanops aromatica (Gœrtn. f.) de la famille des Diptérocarpées, lequel se trouve à Sumatra et à Bornéo. Ce camphre, nommé capur baros^ se concrète naturellement sous récorceet au milieu du bois, en larmes plates qui ont l'apparence de la glace ou du mica de Moscovie. Il est très-estimé et se nomme cabessa. Vient ensuite celui qui est en grains comme le poivre, ou en petites écailles et que Ton nomme bariga; celui qui est pulvérulent comme du sable se nomme pee. Ces trois sortes sont mêlées ensemble et renfermées dans des vessies enveloppées d'un sac de jonc ; sans ces précautions, dit Rhumphius, le camphre cabessa se volatiliserait et priverait de son odeur le restant de la masse. Cette grande volatilité du camphre de Baros parait être une des principales raisons pour lesquelles la Compagnie des Indes n'envoie guère en Europe que du camphre du Japon.

Le camphre de Bornéo est ordinairement en fragments incolores et d'une transparence nébuleuse ressemblant à de petits morceaux de glace. Il présente une odeur camphrée moins forte que celle du camphre ordinaire et mêlée d'une odeur de patchouly.

Ce camphre, par sa composition (C'^ffW) et par la plupart de ses propriétés chimiques, appartient à la série des alcools isologues de l'alcool normal qui ont pour formule générale C^ff""*©'. Traité par l'acide azotique à une douce chaleur, il perd 2 équivalents d'hydrogène et se trans-:

CAMPHRE. — CAMPHRES ARTinCIBLS. 107

forme en camphre ordinaire C*WO* (Pclouze). Cette réaction fait voir que si l'on considère le camphre de Bornéo comme un alcool, le camphre du Japon en est très-évidemment Taldéhyde.

Par la fermentation de la racine de garance, on a obtenu, entre autres produits, un camphre isomérique avec le camphre de Bornéo, mais qui s'en distingue par son action sur la lumière polarisée : il estlévogyne.

m. Camulires artiaclel«« — On appelle camphres artificiels des composés formés par la combinaison de Pacide chlorhydrique avec diverses essences hydrocarbonées, notamment celles de citron et de térébenthine. Par quelques-unes de leurs propriétés ces composés rappellent, en effet, les camphres naturels : comme eux, ils sont solides ou liquides, incolores, d*odeur pénétrante et généralement peu solubles dans Teau, très-solubles dans Palcool, Téther, etc., mais ils donnent en brûlant, et c'est là ce qui les fait aisément reconnaître, une flamme verte et un dégagement d'acide chlorhydrique.

Par l'action de l'acide azotique ou de la potasse, le succin fournit une matière camphrée particulière, le camphre de succinj isomérique avec le camphre de Bornéo (C**H^H)*), mais d'un pouvoir rotatoire beaucoup plus {jE(ible.

Pharmacologie. — Le camphre est un des médicaments les plus employés. 11 entre dans le baume opodeldoch, le baume nerval, l'emplâtre de Nuremberg, Teau sédative, la pierre divine, le vinaigre des quatre voleurs. On en prépare des solutions dans Palcool, Téther, Phuile d'olive, l'eau, le vinaigre.

Alcool camphré. — Camphre, 1 partie; alcool concentré, 7 parties.

Eau-^e-vie camphrée. — Camphre, 1 partie'; alcool à 56** centés., 40 parties.

Éther camphré. — Camphre, 1 partie; éther viniqiie, 4 parties.

Eau camphrée. — Camphre, 1 partie; eau froide, 125 parties. Laissez en contact en agitant de temps en temps et filtrez.

Eauéthérée camphrée. — Camphre, 1 partie; éther vinique, 5 parties ; eau distillée, 60 parties. F. S. A.

Vinaigre camphré. — Camphre en poudre, 1 partie ; vinaigre blanc fort, 40 parties. F. S. A.

Huile camphrée. — Camphre, 1 partie ; huile d'olive, 7 parties.

Pommade camphrée. — Camphre, 8 parties ; axonge fraîche, 32 parties.

Le camphre est administré en outre en pilules^ lavements, potions, cigarettes, etc.

Lavement camphré. — Camphre, 25 cent. K 1 gramme, jaune d'œut n*» 1 , décoction de guimauve, 200 grammes F. S. A.

Pilules camphrées. — Camphre pulvérisé, 1 partie ; conserve de Roses Q. S. pour faire des pilules de 0,20.

Cigarettes de camphre (Raspail). — On fupie le camphre dans des tuyaux de plume ou dans des tubes de verre ou de métal convenablement préparés. Il suffit d'introduire dans ces tubes des grumeaux decam-

108 CAMPHRE. — action physiologique.

phrc que Ton maintient éloignés du contact de la salive au moyen d'un peu de coton cardé ou de papier Joseph.

Louis Hébert.

Page 1