CAMPHRE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE
augmentée, la salive est plus abondante; celle-ci acquiert, d'après Guersent, nnô saveur douce qui devient même parfois sucrée quand on porte dans la bouche une gorgée d'eau fraîche.
Le camphre fait partie constituante d'un grand nombre de dentifrices, son emploi pour la toilette de la bouche devenu banal a pu, à cause précisément de la diffusion de son usage, permettre d'étudier les avantages et les inconvénients qu'il présentait dans ces cas, et on a constaté que les avantages étaient presque nuls, et que parmi les inconvénients observés, il en est un qui mérite une attention sérieuse; le camphre, sous quelque forme qu'il soit administré, a une action fâcheuse sur rémail des dents, et les rend, à la longue, molles ou d'une fragilité extraordinaire.
Quand le camphre est ingéré, il détermine sur les muqueuses du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac, une sensation de chaleur, de picotement et de douleur qui dure plusieurs heures ; l'épigastre est trèsdouloureux. Certains auteurs, entre autres CuUen, ont remarqué que chez quelques personnes, il déterminait le vomissement, mais peut-être avait-il été administré à doses trop élevées. A doses ordinaires, Guersent a remarqué que l'appétit persistait, et qu'il ne déterminait ni vomissement, ni diarrhée, ni constipation ; seulement les sujets accusaient une soif vive; cet auteur n'a observé des accidents, tels que nausées, vomissements, gastrodynie, syncopes, que chez les individus impressionnables qui avaient une répugnance très-marquée pour l'odeur et la saveur de ce médicament.
Quand le camphre est ingéré en grumeaux, il irrite, enflamme et ulcère la muqueuse de l'estomac ; son action est la même sur la muqueuse du gros intestin, quand il est administré par la voie recto-cblique ; si on le donne à doses élevées et sans gradation, il détermine un sentiment douloureux de chaleur, qui s'irradie dans tout l'abdomen : dans les deux cas, il occasionne une constipation momentanée.
D'après un grand nombre d'auteurs, le camphre, introduit par la voie recto-colique, développe les phénomènes résultant de son absorption avec plus de promptitude et d'intensité que lorsqu'il est ingéré par la voie bucco-gastrique ; une seule expérience faite par Carquet est en oppositiçn avec ce fait.
Quand on met du camphre en poudre sur la muqueuse pituitaire, il provoque un picotement moins prononcé que sur la muqueuse buccale, cet effet est lent à se manifester, et quand il est bien établi, il est accompagné d'élernuements et de larmoiements.
2** Action dynamique. — Lorsque le camphre, porté dans l'organisi^e par les voies habituelles, est absorbé et introduit dans le torrent circulatoire, il donne lieu à divers phénomènes que je vais faire connaître.
A doses nîédicamenteuses, le camphre ralentit les mouvements du cœur et diminue le nombre des pulsations artérielles, mais cette action est peu énergique, passagère et très-variable, suivant les individus.
ilO CAMPHRE. — ACTION physiologique.
Si les doses sont plus élevées, ou continuées pendant trop longtemps, le cœur bat avec plus d'énergie, le pouls est plus accéléré, les mouvements respiratoires plus rapides ; l'haleine des sujets est imprégnée d'une forte odeur de camphre.
Cette substance exerce une action très-manifeste sur l'appareil nerveux ; à doses ordinaires, elle doùne lieu à des tremblements musculaires venant par accès; les yeux sont vifs, brillants, il y a des tintements d'oreilles; si les doses sont plus élevées, on observe de la pesanteur de tête, une grande débilité musculaire avec somnolence, stupeur des sens, obscurcissement de la vue, il y a quelques symptômes d'amblyopie, et des hallucinations visuelles, le tact est émoussé.
Les expériences d*Alexander confirment parfaitement la réalité de ces diverses actions ; ce médecin n'ayant éprouvé aucun effet notable de Tingestion d'un scrupule (1 gramme 20 centigrammes) de camphre, en prit deux en une seule fois; vingt minutes après, il éprouva une lassitude inaccoutumée, des bâillements, des pandiculations, de la tristesse; le pouls n'avait pas varié ; au bout de trois quarts d'heure, le pouls faiblit de dix pulsations; puis survinrent des étourdissements, des vertiges; la démarche était chancelante, la lecture impossible ; le sujet avait soif, de l'anorexie, des tintements d'oreilles ; les idées étaient confuses; bientôt il perdit complètement connaissance; revenu à lui, il poussa des cris inarticulés et éprouva des convulsions violentes; les yeux étaient hagards, la bouche écumeuse, il faisait de grands efforts pour arracher les objets qui l'environnaient; à cet état si violent, succéda un calme comparable à un évanouissement.
Trousseau et Pidoux, après avoir pris 2 grammes de camphre, éprouvèrent les symptômes suivants : sentiment de réfrigération perceptible, surtout à l'œsophage et au ventricule, comparable à celle qui suit Tin^ gestion d'une glace; le peuls perd douze pulsations; sentiment de fraîcheur et. d'accablement dans le tube digestif; l'anaphrodisie est bieit^ évidente; trois heures après, tous ces symptômes avaient disparu, il ne resta de l'action du camphre qu'un vif appétit.
Scudery de Messine, après avoir pris 10 à 20 grains (50 centigrammes à.l gramme) de ce médicament, constata qu'au bout de vingt minutes, son pouls était plus fréquent et plus vibrant, la face était rouge, la peau sèche, la lumière lui paraissait avoir plus d'intensité, les yeux étaient brillants, les conjonctives injectées, la respiration gênée, l'air expiré avait l'odeur du camphre. Le besoin d'uriner se manifesta à plusieurs reprises, et chaque fois 1 urine était excrétée en petite quantité, avec un sentiment de chaleur dans le canal de l'urèthre ; après quatre heures, ces phénomènes firent place au sommeil, pendant lequel il survint des songes voluptueux avec érections et pollutions ; ces derniers symptômes ont été notés^dans cinq expériences successives et répétées par Gussoni, Pasquali, Mezzeti et Joerg de Leipzig.
Cette action de stimuler les organes génitaux est contredite par de nombreux faits, et par une réputation de sédation que son ancienneté