CAMPHRE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE
rend respectable, témoin ce vers de la deuxième partie des aphorismes de récole de Saleroe :
Camphora per nares castrat odore mares*
Pendant lëpidémie de choléra de 1832, beaucoup de personnes, qui avaient la plus grande confiance dans les vertus préservatrices du camphre et l'employaient de toute manière, éprouvèrent une annihilation complète, mais temporaire, des fonctions génératrices. Des ouvriers, qui travaillaient dans une raffinerie de camphre, se sont plaints de Taffaiblissement de leurs organes génitaux ; des faits de ce genre sont racontés par des médecins américains.
D'un autre côté, Carquet saupoudra sa chambre de poudre de camphre, et en mit dans son lit; il passa une mauvaise première nuit, il fut moins incommodé pendant les suivantes, et, au bout de huit jours, il put sup^ porter sans peine Tinfluence des émanations camphrées. Il avait eu le soin de renouveler chaque jour la poudre de camphre, et cependant il n éprouva aucune influence notable sur les fonctions de l'appareil génital. Malgré ces derniers faits et d'autres encore que nous pourrions citer, on ne peut nier que le camphre n'exerce une influence réelle sur les organes de la génération, influence qui n'est pas absolue, mais qui a été assez généralement observée ; elle parait être déterminée par une action élective et modale que cette substance exerce sur la partie inférieure de la moelle et sur les nerfs qui vont se distribuer aux organes génitaux.
Quelques auteurs ont rapporté des cas où cette action du camphre a paru se manifester sur l'utérus, surtout dans 1 état de gestation ; l'emploi de ce médicament comme abortif est très-répandu dans le Levant, et récemment Fenerly faisait connaître [Gazette médicale d^Orient)^ un cas d'avortement provoqué par l'ingestion en une seule dose de 12 gram-* mes de camphre dissous dans un verre d*eau-de-vic; la femme succomba le quatrième jour.
Fonssagrives considère le camphre dans ses effets dynamiques comme un stupéfiant diffusible, possédant, dans quelques circonstances ^ des propriétés analogues à celles du chloroforme. Ayant placé un gros morceau de camphre dans un sac à inhalation, adapté exactement au museaU d'un chat et placé au voisinage d'un foyer de chaleur, il constata promp-^ tement Tapparition de quelques signes d'insensibilité; la même expé« rience répétée sur deux chiens nouveau-nés a fourni les mêmes résultats» Le camphre est inassimilable et n'éprouve pas de changements par son contact avec les divers liquides de l'économie ; il circule rapidement dans les canaux vasculaires, et il est promptement éliminé ; l'odorat en révèle des traces dans toutes les sécrétions. Celte substance, suivant la remarque de Panizza, n'est pas susceptible d*être conservée par l'organisme*; elle agit simplement par impression.
D'après les faits qui précèdent, le camphre possède une action locale, irritative, réfrigérante, anesthésique, que tous les auteurs lui reconnais-
ii2 CAMPHUE. — ACTION toxique.
sent; mais raccord est bien loin d'être fait quand il s'agit d'apprécier SCS propriétés dynamiques ; ici les opinions sont nombreuses et extrêmement divergentes ; je n'ai pas le projet d'exposer toutes les hypothèses qui ont été proposées, je dois me borner à établir les modes d'action du camphre basés sur ses propriétés.vraies.
Le camphre, administré à doses convenables, possède des propriétés qui le rapprochent des narcotiques ou stupéfiants, il est donc sédatif; de plus, comme toutes les substances volatiles, il peut être considéré comme un agent diffusible d'une grande valeur; en comprenant l'acte de la diffusion, ainsi que l'ont établi les travaux modernes, c'est-à-dire comme projetant à la périphérie et disséminant l'action nerveuse accumulée sur une partie au détriment des autres, et, ainsi que nous l'avons exposé, il Y a environ douze ans, dans notre cours de matière médicale à l'école de médecine de Toulon. (Voy. Diffusion.)
Les opinions diverses qui ont été publiées sur les propriétés du camphre ont eu en général pour point de départ les modes d'administration de ce médicament; il est bien avéré qu'à doses modérées et graduelles, il est sédatif, et ensuite excitant; mais s'il est introduit dans l'organisme sans gradation et en peu de temps, soit à doses faibles, soit à doses fortes, il sera toujours excitant; alors il détermine une fièvre plus ou moins intense, due sans doute à une action réactive, qui se juge par des sueurs abondantes, à odeur fortement camphrée; ainsi son mode d'agir est inverse de celui des huiles essentielles ; celles-ci sont d'abord stimulantes, puis sédatives, tandis que le camphre est sédatif en premier lieu et ensuite stimulant. Ce médicament agit surtout sur le système nerveux, et les résultats de son action, en raison de la mobilité des actes de ce système et des modifications individuelles, doivent varier très-souvent.
D'après ce qui précède, le camphre considéré dans son action dynamique n'est ni un antispasmodique, ni un excitant, ni un contre-stimulant, etc.; il est diffusible et sédatif, avoisinant ainsi le groupe des anesthésiques proprement dits, de sorte que ce médicament possède deux propriétés bien acquises : 1° Irritatioiiy sédation^ réfrigération locales; 2° Sédation et diffusion générales. L'action stimulante qu'on lui a reconnue ne peut être admise, car, bien qu'elle soit indiquée dans certaines expériences, il est néanmoins démontré, comme je l'ai déjà dit, que cette stimulation est réellement le résultat de l'administration de doses élevées, ou de la continuation intempestive du remède au delà des limites posées par les indications curatives.
Après ces deux modes d'action, nous devons, en tenant compte de l'influence délétère que le camphre exerce sur les organismes inférieurs, lui reconnaître des propriétés parasiticides, et, comme nous l'établirons plus tard, une action antidotique.
B. Action toxique. — Le camphre est très-rarement employé comme poison ; les cas d'intoxication qui nous sont connus ont été le résultat de son administration intempestive ou de l'exagération des doses. Les expé-