CAMPHRE. — ACTION TOXIQUE. H
riences failes sur les animaux ont démontré les propriétés nocives de cette substance quand elle est donnée à doses élevées. Menghini, dans ses expériences sur divers animaux, a constaté que la mort survenait au bout d'un temps qui variait suivant la force du sujet. En général, les premiers symptômes qu'il nota furent des mouvements convulsifs, de rabattement, de la stupeur; la respiration était anxieuse, les mouvements du cœur précipités. Orlila fait prendre à un chien 16 grammes de camphre en fragments et lie l'œsophage ; quatre heures après l'ingestion, l'animal est agité, court avec rapidité pendant quelques minutes, puis s'arrête en s'appuyant fortement sur les pattes antérieures ; les muscles de la face sont convulsés, ensuite les convulsions deviennent plus générales; il tombe sur le côté, la ,téte renversée fortement en arrière; les membres sont dans une agitation extrême, les yeux sont saillants hors des orbites, les conjonctives insensibles sont injectées, une écume épaisse remplit la gueule, la respiration est anxieuse, accélérée, Panimal ouvre largement la bouche pour aspirer l'air qui semble lui faire défaut ; ces divers symptômes étaient séparés par des moments de rémission espacés de cinq à dix minutes ; peu après survint un abattement extrême ; la mort n'eut lieu qu'au bout de huit jours.
A l'autopsie on constata une. rougeur par plaques de la muqueuse stomacale, avec des ulcérations disséminées çà et là; les poumons étaient affaissés, gorgés de sang, les méninges étaient fortement congestionnées.
Orfila donna à un autre chien le camphre en solution; il reconnut les mêmes symptômes, mais les lésions cadavériques ne furent plus les mêmes : il n'y avait pas d'ulcératîons dans l'estomac, mais seulement des traces d'une inflammation diffuse.
D'après Chritison, à la suite de l'empoisonnement par le camphre, le cœur renferme dans ses cavités gauches du sang d'une couleur rouge brun. Scudery a constaté dans l'estomac les lésions décrites par Orfila, et a remarqué qu'elles s'étendaient dans le duodénum et dans les parties supérieures de l'intestin grêle ; les uretères, l'urèthre, les cordons spermatiques étaient phlogosés, tous les tissus étaient imprégnés d'une forte odeur de camphre.
Le camphre agit surtout comme perturbateur du système nerveux; c'est par cette action élective que l'on peut se rendre compte de l'anxiété respiratoire qui est le phénomène prédominant et le plus effrayant des accidents toxiques occasionnés par cette substance, à laquelle succèdent de l'agitation, des syncopes, de l'affaiblissement et quelquefois une insensibilité générale et de la paralysie; rarement on a constaté dans les diverses expériences ce sentiment de légèreté extraordinaire et la puissance du vol que certains auteurs lui ont reconnue ; on a aussi noté la perte momentanée de la mémoire, des troubles de l'intelligence et surtout du délire; celui-ci, précédé habituellement d'une excitation comparable à celle de l'ivresse au second degré, a ceci de particulier qu'il est ordinairement.gai, d'où le nom de pleasant intoxication^ qui lui a été donné par Eikborn. En même temps, il y a un froid glacial avec pâleur générale ;'le
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|)ouls est faible, mou, peu accéléré, à 50 ou 55 pulsations, quelquefois il est irrégulier, intermittent.
La marche de Tempoisonnement par le camphre est très-variable; les symptômes gastriques se manifestent d'abord, puis après on remarque la $édation de la circulation, les troubles de Tinnervation des sens, les convulsions, etc. ; Taccélératiôn des battements du cœur ne se présente qu'en dernier lieu.
La durée est courte, et la terminaison rarement fâcheuse ; la guérison a lieu d'une manière graduelle, soit après une transpiration abondante à odeur camphrée, soit après un sommeil prolongé et réparateur, soit à la suite de toute autre forme de réaction organique.
Il est difficile de préciser la dose toxique du camphre; elle a varié <lans les diverse^ observations : 5 grammes ont suffi pour tuer les lapins, il en a fallu 8 pour les chiens; chez l'homme, la quantité nécessaire pour produire des accidents est difficile à déterminer; cependant on peut dire qu'à l'intérieut 3 à 16 grammes ont produit de^ effets toxiques plus ou moins marqués; ces doses ont élé très-<li verses quand le camphre a •été introduit par la voie recto-colique. Trousseau a constaté des symptômes d'empoisonnement chez une dame qui avait pris un lavement avec 10 gouttes seulement d'eau-de-vie camphrée. Dieu rapporte le fait <l*une intoxication d'un enfant de deux ans par un lavement avec 50 centigrammes de camphre pulvérisé. Laennec, Bricheteau, Orfila, ont relaté plusieurs accidents de ce genre.
Nous pourrions citer un grand nombre de cas où l'emploi intempestif du camphre a occasionné une aggravation manifeste de la maladie contre laquelle il était prescrit. En 1846, Homolle, Gaide, Blatin, ont fait •connaître à la Société médico-pratique de Paris des faits d'intoxication •à la suite de l'abus de la médication Raspail ; dans aucun des cas cités la mort n'est survenue, grâce aux soins immédiats qui ont été prodigués aux sujets, mais tous ont conservé pendant longtemps une santé débile et chancelante.
Les camphres artificieh administrés à la dose de 16 grammes, à des «hiens, n'ont déterminé aucun des accidents propres au camphre naturel ; les animaux sont tombés dans un état d'abattement et de coma extrêmes, et ont succombé le septième jour.
Traitement. — Quand l'ingestion du camphre a eu lieu depuis peu de temps, surtout s'il a été pris en fragments ou en poudre, il faut, en premier lieu, provoquer l'expulsion du poison par les vomissements ou par les lavements. Si les symptômes d'irritation locale sont bien marqués, les boissons émoUientes, l'émulsion d'amandes, les potions huileuses, les demi-bains ou les bains entiers tièdes devront être prescrits.
Dans les cas où les phénomènes d'absorption se sont manifestés, il convient de combattre les nouveaux accidents qui se présentent; mais ici les fBoyens proposés sont très-disparates et ont nécessairement varié suivant les appréciations que l'on s'est faites sur les actions du camphre.
Les anciens, suivant les données transmises par les Arabes, considérant
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cette substance comme un remède froid, recommandaient les excitants. L'école rasorienne, la plaçant parmi les hypothénisants cardiaco-vasculaire et spinal, prescrivait les stimulants, surtout les alcooliques, et les opiacés, que Hufeland conseillait; Orfila, l'admettant parmi les narcotico-âcres, préconisait les antiphlogistiques, les émollients. D'après les faits relatés qui établissent que le camphre est un stupéfiant diffusible, qu'il cabne plutôt qu'il n'excite, il résulte que les moyens utiles contre les accidents qu^l détermine doivent être choisis parmi les stimulants, tels que le café noir en boisson et en lavement, les potions vineuses avec addition de teinture de cannelle, les tisanes aromatiques ; les irrigations froides sur la tète seront prescrites pour combattre l'anxiété respiratoire si pénible et parfois si tenace. Orfila a essayé sur des chiens l'éther étendu d'eau et Thuile de térébenthine, et a eu lieu de s'en louer. Un moyen très-efficace est Tinsuiflation, quand elle est employée avec persistance; Orfila a sauvé par son aide quatorze chiens sur vingt.
Les divers agents susceptibles de rappeler la chaleur, tels que alèzes chaudes, moines à l'eau bouillante, frictions excitantes, sinapismes ordinaires ou rendus plus actifs par l'addition de l'ammoniaque liquide appliqués sur les membres et la poitrine, doivent être simultanément mis en usage.
Se basant sur l'action délétère que le camphre exerce sur certains animaux et sur les végétaux, Baspail reprenant une hypothèse ancienne mise en avant pour la première fois par un médecin anglais, dans une brochure anonyme, publiée en 1 729, ^^^^ ^ ^^^^^ * Système d^uii médecin anglais snr la cause de toutes les espèces de maladies y avec les surprenantes configurations de diverses espèces de petits insectes qu^on voit par le moyeti d'tm bon microscope dans le sang et les urines des différetUs malades et même de tous ceux qui doivent le devenir; Raspail, disons-nous, a considéré comme cause première de presque toutes nos maladies les parasites animaux et végétaux, et, comme le camphre possède d'après lui la propriété de les détruire, il lui a fait la plus belle place dans son système médical. Nous ne nions point, d'une manière absolue, cette action parasiticide, mais en saine thérapeutique, il faut, avant d'instituer un traitement, établir des indications rationnelles, et par conséquent rejeter tout ce qui n'est -qu'hypothèses et futiles démonstrations. C. Action thérapeutique. — 1*» Action topique^ irritative^ réfrigérante^ nesthéstque, — Cette première action du camphre a été mise à profit dans un grand nombre de maladies externes.
Appliqué en*poudre sur les plaies à fonds gris-blanchàtres, paresseuses, lentes à développer les bourgeons charnus, le camphre détermine une •excitation plus ou moins marquée suivant le degré de vitalité des parties, quelquefois on le mélange avec certaines substances susceptibles d'augmenter son activité; ainsi, Ph. Roux pansait les ulcères de mauvaise nature et les plaies compliquées de pourriture d'hôpital avec du camphre en poudre, arrosé avec du jus de citron ; d'autres fois on mitigé cette action en le mêlant à un corps facilement soluble, le sucre, par exemple, qui
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n a pas l'inconvénient d'encroûter les bords de la plaie. L'alcool camphré est souvent employé dans ces cas, mais alors Faction est complexe^ car il est évident que l'alcool doit avoir une part dans les résultats obtenus.
Les pansements des plaies, des ulcères, par l'alcool, sont très-anciens : les nombreux vulnéraires, dont nous trouvons la composition dans les formulaires des siècles derniers, n'ont dû leur réputation qu'à l'alcool, qui leur servait de véhicule; ce mode de traitement oublié pendant de longues années, a été remis de nouveau en usage par les travaux récent:^ de Batailhé, de Dolbeau, de Nélaton, de Chèdevergne, de Houel, de Gaulejac, de Bérenger-Féraud, etc. Ces médecins ont employé le plus communément Teau-de-vie camphrée marquant 56 degrés centésimaux. Ils se sont servi comparativement de l'esprit-de-vin pur et camphré, et ils n'ont pas reconnu des différences sensibles d'eflicacité ; néanmoins on peut dire que le camphre, par ses propriétés réfrigérantes, par la soustraction du calorique que sa volatilisation détermine, par ses propriétés sédatives, n'est pas étranger aut bons effets que l'on a obtenus de ce mode de pansement, et qu'il peut être considéré comme un adjuvant utile. A Thôpital des Cliniques, dans le service de Nélaton, où les plaies sont pansées avec Feau-de-vie camphrée, les infections purulentes, les pourritures d'hôpital, les angioleucites, les érysipèles, sont presque inconnus, et on a remarqué, en outre, sous Tinfluence de ce traitement, Tabserice presque complète de l'odeur spéciale des salles de chirurgie.
Uytterhoeven, de Bruxelles, recommande une pommade: avec onguent d'althaîa, 50 grammes; camphre, 4 grammes; contre les ulcères atoniques avec callosités ; quand ils présentent une tendance à la gangrène, il y a utilité de lui associer la poudre de quinquina, de charbon et même Je chlorure de chaux.
L'ea\ji-de-vie camphrée est d'un emploi banal contre les contusions, les entorses, le pansement des fractures, etc. Elle agit comme réfrigérant et donne lieu à un effet d'aslriction qui favorise la résolution. Frestel, de Sainl-Lô, préconise, dans ces divers cas, le mode de pansement qui suit: il onctionne la partie avec de la pommade camphrée, saupoudre celle-ci avec du camphre pulvérisé, applique un bandage approprié et arrose le tout avec de l'eau alcoolisée.
Ce médecin a fait connaître, en 1848, les heureux résultats qu'il a obtenus de l'eau-de-vie camphrée employée en injection dans l'hydrocèle; les avantages qu'il lui reconnaît sont de provoquer une douleur moins vive que les autres liquides ordinairement mis en usage,' et de hàler le travail d'inflammation adhésive. D'après Frestel, la présence du camphre modère l'action irritante de l'alcool et constitue un adjuvant utile, sinon nécessaire.
L'action réfrigérante et anesthésique du camphre est d'une grande utilité contre l'érythème, la brûlure au premier degré. Appliqué en poudre dans des sachets, soit seul, soit mêlé avec de l'amidon ou des fleurs de sureau et de camomille pulvérisées ou dissoutes dans l'huile, il apaise la