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STMPTOMATOLOGIE ET DIAGNOSTIC GÉNÉRAL DES CANCERS

Ce sont surtout les caractères cliniques qui permettent de distinguer les tumeurs malignes; nous signalerons seulement leurs symptômes les plus importants, ceux qui peuvent conduire à un diagnostic générât de ces pseudoplasmes.

Le siège de la tumeur, sa forme, son volume, n'ont pas grande signification, car à ce triple point de vue, on trouve dans les cancers toutes les variétés possibles.

Le peu de mobilité de la tumeur est d'une certaine importance quand la tumeur n'a pas son point de départ dans le squelette. Bien que ce caractère puisse se rencontrer dans les tumeurs bénignes, il peut être pris comme élément de diagnostic, car il survient souvent de très-bonne heure dans le cancer, avant que la tumeur ait acquis un grand développement. Comme l'une des tendances les plus remarquables du cancer consiste dans l'envahissement de tous les tissus sans distinction de nature, la tumeur cesse bientôt d'être roulante, on sent qu'elle fait partie de l'organe malade et qu'elle s'immobilise dans la région qui en est le siège.

Les douleurs méritent également d'être prises en considération. Bien que certains cancers soient peu douloureux du commencement à la fin et que parfois des tumeurs bénignes soient le siège de douleurs vives, on peut dire d'une manière très-générale que les affections cancéreuses arrivées à une certaine période de leur évolution sont remarquables par les douleurs qui les accompagnent. Les malades comparent leurs souffrances à une brûlure, à de la pesanteur; mais ils insistent surtout sur les élancements quils éprouvent comme si une aiguille, un poignard, un fer brûlant étaient plongés dans la tumeur. C'est à ces douleurs qu'on a donné le nom de douleurs lancinantes; leur fréquence est telle qu'on les a regardées, avec assez de raison, comme constituant un bon caractère diagnostique.

Vnlcération est moins constante, car il n'est pas très-rare de voir des malades qui meurent avec une ou plusieurs tumeurs cancéreuses non ulcérées. Cependant toutes les tumeurs cancéreuses tendent à s'ulcérer, et si ce travail n'est pas encore accompli au moment où l'on observe le malade, l'adhérence de la peau au tissu morbide a presque autant de Taleur. Lorsque l'ulcération s'est effectuée, il en résulte un nouveau ca-

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ractère important : la surface de l'ulcère est sanieuse, irrégulière, à bords saillants, blaforde ou au contraire d'un rouge vif; elle repose sur une base dure et épaisse, offre en certains points des anfractuosités profondes, en d'autres des bourgeons charnus exubérants et même de véritables fongosités ; en un mot, elle n'a point les caractères d'un ulcère de bonne nature. Ajoutons qu'elle ne fournit point de véritable pus, mais un liquide ténu, séreux, grisâtre ou sanguinolent, qu'on appelle idior cancéreux^ d'une odeur fétide particulière, repoussante, analogue dans tous les cas.

L'existence d'un engorgement ganglionnaire spécifique serait un excellent caractère de la tumeur cancéreuse, s'il était toujours possible de se prononcer sur la nature de l'altération des glandes lymphatiques aug" montées de volume. Malheureusement, il est souvent fort difficile d'avoir une certitude. Si toutefois les glandes engorgées sont multiples, dures, peu mobiles, adhérentes à la peau; si surtout elles sont déjà le siège d'une ulcération offrant les caractères de l'ulcère cancéreux, on ne peut avoir de doutes.

Le retentissement sur la santé générale est un bon signe, car il démontre souvent d'une façon remarquable la malignité de la tumeur. Bien qu'il ne soit pas rare de trouver des malades, porteurs de cancers externes volumineux et anciens, chez lesquels la santé générale n'a pas encore subi de profondes atteintes, on peut dire que ce n'est pas la règle, et qu'en général il y a disproportion marquée entre la lésion et le retentissement sur l'organisme. C'est ainsi qu'on ne peut expliquer d'une façon satisfaisante la dépression des forces ni par le suintement, ni par les hémorrhagies, car très-souvent ces deux phénomènes n'existent pas ou sont insignifiants ; on meurt aussi bien de cachexie cancéreuse alors qu'il n'y a aucune tumeur secondaire et que l'organe lésé est d'une médiocre importance ; enfin le malade peut succomber même avant Tulcération. Tout cela prouve qu'il faut rattacher à la nature de la tumeur son influence délétère sur la constitution et montre le contraste qui existe entre les productions malignes et les tumeurs bénignes. Celles-ci peuvent, en effet, exister pendant de très-nombreuses années et acquérir un développement énorme sans causer d'autre préjudice à la santé que celui qui résulte de leur poids et de leur volume considérables.

L'ensemble des symptômes généraux qui surviennent dans le cours de la maladie cancéreuse est ce qu'on appelle la cachexie cancéreuse. Quand on veut étudier cet état, dégagé de toutes les complications qui peuvent intervenir pour modifier la santé générale, il convient de choisir de préférence les cancers externes ou chirurgicaux, et non pas les cancers des organes internes qui, par leur siège même, peuvent s'opposer à Texercice d'une fonction indispensable à la vie.

De tous les signes de la cachexie cancéreuse, celui que nous devons indiquer tout d'abord, c'est un certain degré d'amaigrissement, pas trèsconsidérable, cependant, car on voit des sujets mourir de cancer qui ont conservé un embonpoint notable, ce qui ne se retrouve pas dans d'autres cachexies, la cachexie tuberculeuse, par exemple. Cet amaigrissement

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s'accompagae d'une Xeinie jaune paille du visage, qui n'est ni celle de la chlorose, ni celle de i'ictère.

En même temps les fonctions digestives se troublent ; le malade a moins d'appétit, les digestions se font avec quelque difficulté, les selles ne sont pas aussi régulières qu'à letat normal, mais la diarrhée ne survient que rarement et dans les dernières périodes de la maladie. Si du muguet se développe, il annonce généralement une fin très-prochaine. Les forces déclinent d'une manière sensible, le malade s'affaiblit de jour en jour, il survient de Tessoufflement et quelques palpitations. Quand la dyspnée est très-marquée, qu'elle s'accompagne de toux, de respiration siffiante et d*une expectoration renfermant de temps à autre des traces de sang, il est probable que des tumeurs secondaires se sont développées dans les poumons.

A une époque variable de la cachexie cancéreuse, on voit fréquemment survenir des hydropisies qui peuvent avoir deux causes : tantôt elles sont mécaniques et dépendent uniquement de ce que la tumeur principale ou plus souvent des glandes lymphatiques engorgées compriment ou envahissent de gros troncs veineux ; d'autres fois elles ont une cause plus générale et dépendent d'une altération profonde du sang. Dans le premier cas, les hydropisies sont limitées à un membre ou même à une portion de membre (ex. : œdème du bras dans le cancer du sein avec engorgement des ganglions axillaires); dans le second cas, elles sont bien[moins localisées et occupent à la fois le visage et les extrémités, les inférieures surtout. Il importe de signaler une autre cause d'œdème partiel : ce sont des phlébite» coagulantes, très-communes à une période avancée de la cachexie cancéreuse, et qui se montrent surtout aux membres inférieurs. Quant à la circulation, elle est peu influencée par la maladie cancéreuse; la fièvre ne s'allume guère que dans les derniers temps de la vie. Il en est de même des fonctions intellectuelles, qui ne se troublent que peu de temps avant la mort.

Assez souvent les malades se plaignent de douleurs vagues et profondes dans les lombes et dans les membres, douleurs qui peuvent tenir à ce que des dépôts de matière cancéreuse se sont faits dans les os. Quand ces derniers ont été usés par le tissu morbide, il peut survenir des fractures dites spontanées, dans un léger effort, par exemple lorsque le malade se tourne dans son lit.

Tels sont les signes de la cachexie cancéreuse. Quant à ses causes, pouvons-nous les déterminer? Un fait très-frappant, c'est l'influence que la tumeur exerce sur la santé générale. Un malade peut offrir les conditions d'une diathèse cancéreuse très-activc, ainsi que le démontre l'éruption, en un court espace de temps, de nombreuses tumeurs^ sans que la santé générale paraisse aflectée. Au contraire, la cachexie tend à paraître à mesure «que la lésion cancéreuse se développe, et l'on peut dire d'une façon générale qu'elle est assez en rapport avec l'ancienneté, le volume de la tumeur et la quantité de sucs qu'elle contient. Cette triple condition ne doit pas être perdue de vue.

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Une autre preuve de laction de la tumeur sur la sauté générale peai être tirée du résultat des opérations. Une tumeur cancéreuse existe, l'amaigrissement et la teinte jaune paille du visage prouvent qu'elle a déjà retenti sur la santé générale : eh bieni l'opération rend au malade ses forces et ses couleurs, jusqu'à ce qu'une nouvelle tumeur vienne à son tour infecter l'organisme. Voilà un fait que Ton vérifie chaque jour et dont on ne peut contester Timportance.

Marche. — Examinée en elle-même, une tumeur cancéreuse est une lésion qui, à partir de son début, tend continuellement à s'accroître, ne rétrograde jamais. C'est là un des faits les plus essentiels de la maladie, et que ne sauraient infirmer de très-rares exceptions, telles que la gangrène de la tumeur et la cicatrisation d'ulcères cancéreux. En elTet, cette guérison est apparente, le mal ne tarde pas à reparaître et à suivre son cours habituel.

Quelquefois, dès le début, les tumeurs cancéreuses sont multiples. On peut voir, il est vrai, les tumeurs bénignes en très-grand nombre sur le même sujet, mais alors toutes les tumeurs occupent le même système organique (lipomes dans le tissu conjonctif sous-cutané), ou le même organe (Obroïdes de l'utérus), et dans tous les cas elles n'infectent point les viscères. Souvent, au contraire, les tumeurs cancéreuses multiples occupent en même temps les régions et les organes les plus divers.

A la tumeur cancéreuse primitive succède, comme nous l'avons dit, l'engorgement ganglionnaire spécifique ou de même nature. Il nous serait difficile de dire d'une façon générale à quelle époque cette altération se produit; mais nous devons reconnaître que cet engorgement spécifique est non-seulement très-fréquent, mais probablement caractéristique du cancer : il n'y a pas un seul cancer qui ne puisse, à une époque variable, se compliquer d'altération semblable des ganglions correspondants, tandis que je ne crois pas qu'il existe un seul exemple de tumeur bénigne ayant entraîné la formation de produits semblables à son propre tissu dans les glandes lymphatiques.

EnGn, nous savons que la généralisation des cancers est un des points les plus importants de leur histoire, et par là il faut entendre, non pas simplement la multiplicité des tumeurs dans un même système organique, mais la multiplication dans des organes différents : ainsi. Ton peut trouver des cancers à la fois dans presque toutes les régions de l'organisme.

Toutes les espèces de cancers n'ont pas les mêmes propriétés infec* tieuses : tandis que les unes, telles que l'encéphaloïde, le squirrhe, Tostéoïde, le mélanique, se généralisent très-souvent, il y en a d'autres pour lesquelles c'est un fait très-rare, le cancer épithélial, par exemple.

Une remarque générale qui doit être faite, c'est que les cancers conséculifs suivent ordinairement une marche plus rapide que le primitif, qu'il s'agisse d'une tumeur récidivée sur place après opération, ou d'une tumeur ganglionnaire, ou enfin de cancers par infection.

La durée est d'une certaine valeur diagnostique, non-seulement pour

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séparer les cancers des tumeurs bénignes, lesquelles en général marchent avec beaucoup de lenteur, mais encore pour distinguer entre elles les di- Terses lésions cancéreuses.

Terbiinaison. — La terminaison du cancer abandonné à lui-même est toujours mortelle. Cette proposition est si généralement vraie qu'on peut, sans hésitation, la formuler de la façon la plus nette et ne signaler que comme des exceptions infiniment rares les cas où il semble qu'une tumeur Yéritablement cancéreuse ait disparu sans laisser de traces. Tels sont les quelques faits cités par Yelpeau et qui' offrent toutes les garanties dont un diagnostic cliiiique est susceptible.

Opéré, le cancer peut récidiver sur place, dans les ganglions, ou à distance. Quand, au contraire, une tumeur bénigne est enlevée, d'ordinaire elle ne récidive point, et si la récidive survient, elle a lieu sur place. La récidive n'est cependant pas, dans tous les cancers, également prompte et fatale. Il y a des formes, par exemple le tibro-plastique et le cancroïdê, qui, par l'opération, sont susceptibles deguérison durable et même radicale, tandis que d'autres, tels que l'encéphaloïde et le squirrhe, exposent presque fatalement à la récidive. Toutefois des exceptions existent, et si quelquefois le cancroîde récidive avec la plus grande opiniâtreté, on peut, d'un autre côté, après de nombreuses années, voir des malades qui restent guéris des cancers les plus graves.

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