‹ Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 39 sur 75 · L. Ranvier · texte numérisé non relu

L. Ranvier

CABBUltfATES. — Chimie générale. — Les carbonates constituent un genre de sels formés par l'union de Tacide carbonique avec les bases salifiables. Leur caractère essentiel est de faire effervescence avec les acides, en dégageant un gaz incolore qui rougit le tournesol, précipite Teau de chaux et éteint les corps en ignition.

C'est à Black que Ton doit les premières notions sur les carbonates,

que Ton confondiait ayant lui ayee les alcalis ou les terres alcalines. C'est

lai qui, en 1756, montra que l'acide carbonique pouYait dulciGer les

alcalis, les faire cristalliser et leur donner la propriété de faire efferyes-

<^ence ayec les acides. Depuis lors, un grand nombre de chimistes se sont

296 CARBONATES. — chimie gékérale.

occupés de ce genre de sels, et leurs travaux successifs ont tellement perfectiouné Pctat de nos connaissances sur ce point, que Thistoire des carbonates laisse aujourd'hui beaucoup moins de lacunes que cejles des autres genres.

La plupart des carbonates existent dans la nature et forment même une partie importante des couches et de la solidité du globe. Ceux que k nature offre purs, peuvent servir directement aux usages médicaux; mais il en est d'autres, et c'est le plus grand nombre, que Tari prépare lui-même, soit en unissant directement l'acide carbonique avec les bases salifiablcs, soit en traitant par un carbonate alcalin la dissolution de l'oxyde que l'on veut changer en carbonate. Ce dernier procédé est le plus général, en ce qu'il s'applique à tous les carbonates terreux et métalliques qui, en raison de leur insolubilité, se prêtent très-bien à la loi des doubles décompositions, établie par Berthollet.

Les propriétés physiques des carbonates sont peu propres à les caractériser. Leur saveur est quelquefois alcaline et urineuse ; mais elle est alors assez faible pour pouvoir être supportée. Tous sont susceptibles de prendre des formes polyédriques régulières, sinon par nos moyens artificiels, au moins par les procédés dont la nature dispose. Quelqufêuns sont d'une dureté extrême, d'autres sont friables, ou même sans aggrégation.

La lumière paraît sans action sur les carbonates ; mais, en traversant la plupart d'entre eux, elle éprouve une modification importante par suite de laquelle elle se trouve partagée en deux faisceaux lumineux. Ce phénomène de double réfraction est surtout marqué dans le spath dislande (carbonate de chaux rhombocdrique) , et il paraît tenir à la Corme cristalline du minéral. Car le même carbonate, formé des mêmes éléments, réunis en même proportion, ne donne plus lieu à la double réfraction quand il cristallise dans un autre système (arragonite).

La chaleur décompose tous les carbonates, à l'exception de ceux de potasse, de soude et de lithine. Ces derniers sont eux-mêmes décomposés si, à l'action d'une haute température, on ajoute celle d'un courant de vapeur d'eau. En général, la décomposition se fait de manière que lacide carbonique est dégagé à l'état de gaz, et que Toxyde est mis en liberté.

L'air n'agit sur les carbonates par aucun de ses éléments, si ce n'est par la vapeur d'eau qu'il renferme. Suivant son état hygrométrique, il produit l'efHorescence dans les uns (carbonate de soude cristallisé), etU déliquescence dans les autres (carbonate de potasse).

Tous les^arbonates sont insolubles dans l'eau, à l'exception des carbonates de potasse, de soude, d'ammoniaque et de lithine. Plusieurs se dissolvent à la fiiveur d'un excès d'acide carbonique, ce sont particulièrement les carbonates de chaux, de magnésie, de fer. Cette circonstance explique comment on peut rencontrer ces derniers sels en dissolution dans les eaux acidulés, et comment ces eaux peuvent former des incrustations sur les corps qu'elles baignent.

Le carbone, à l'aide d'une très-haute température, agit sur les carbo-

Carbonates. — ciimiB généiule. 297

nates et les décompose tous, même alors qu'ils sont indécomposables par la chaleur seule. L'oxygène se dégage à Tétat d'oxyde de carbone. Si l'on fait passer de la Tapeur de phosphore sur un carbonate alcalin chauffé au rouge, l'acide carbonique est complètement décomposé, et il se dépose du charbon qui colore la masse en noir.

L'action des acides donne lieu au phénomène d'effervescence présenté plus haut comme propriété caractéristique et essentielle des carbonates. Il est à remarquer toutefois que l'acide carbonique étant soluble dans une certaine mesure, l'effervescence peut n'être pas apparente si le carbonate se trouve mêlé, à une quantité d'eau assez considérable pour maintenir dissous Tacide carbonique dégagé. De même, le dégagement d'acide carbonique peut ne pas être manifeste dans le cas d'un carbonate alcalin en dissolution, si la quantité d'acide ajouté n'excède pas celle qui est nécessaire pour décomposer la moitié du carbonate neutre. C'est qu'alors Tacide carbonique, au lieu de se dégager, se porte sur le carbonate non décomposé, pour le changer en bicarbonate.

L'acide carbonique peut se combiner en plusieurs proportions avec les bases, et donner des carbonates neutres, acides ou basiques.

Les carbonates neutres sont ceux dans lesquels l'acide et la base sont combinés à équivalents égaux : leur formule générale estXO,CO'.

Les carbonates acides^ appelés aussi bicarbonates y renferment deux fois plus d'acide pour la même quantité de base. Leur formule générale est X0,2C0*. Malgré cette constitution, ils agissent sur les couleurs végétales comme de véritables alcalis; ils verdissent le sirop de violettes et ramènent au bleu le tournesol rougi par les acides. Les bicarbonates alcalins sont moins solubles dans l'eau que les carbonates neutres : ils se distinguent d'ailleurs de ces derniers en ce que leur solution ne précipite pas à froid les sels de magnésie.

Quant aux carbonates basiques, ils sont peu nombreux, et leur composition ne peut point se représenter par une formule générale. C'est ainsi que le carbonate de magnésie (magnésie anglaise ordinaire), est formé de trois équivalents d'acide carbonique, combiné avec quatre équivalents de magnésie et un équivalent d'eau.

Il est souvent utile de doser l'acide carbonique contenu dans un carbonate, ou même dans un mélange salin : on y parvient très-facilement à l'aide d'un petit appareil imaginé par Fresenius et Will. Cet appareil se compose de deux petits ballons à fond plat, A et B, de 60*^*^ environ de capacité, reliés entre eux par un tube courbé C, et présentant chacun un tube droit disposé comme l'indique la figure 77.

On introduit dans le ballon A un poids déterminé de la combinaison solide à analyser, et on y ajoute de l'eau. Le ballon B contient deVacide sulfurique concentré. On tare exactement tout l'appareil sur une balance de précision, ce qui peut se faire très-bien, le verre étant ordinairement très-mince, et le pouls total du système n'excédant pas cent grammes. Après s'être assuré que les jointures sont hermétiques, on ferme l'extrémité supérieure du tube b avec une petite boule de cire, et on aspire par

298 CARBONE. — ses composés. — caractères et usages.

celle du tube d. L'air des deux ballons se trouyant ainsi raréfié, une certaine quantité diacide suUurique, aa moment où on cesse d* aspirer, passe de B en Â, et détermine immédiate* ment la décomposition du carbonate.

L'acide carbonique, n'ayant dautre issue que celle qui lui est offerte par le ballon B, traverse l'acide sulfurique qui s'y trouve contenu, et t dépose l'humidité qu'il entraîne avec lui. A mesure que le dégagement se ralentit, on fait arriver par aspiration une nouvelle quantité diacide sulforique, et on continue ainsi jusqu'à ce que tout le carbonate soit décomposé. On fait alors passer en A un

F,c. 77. - Appareil Fresenius et Will pour S^^^^ ^xcès d'acide sulfurique poUf

le dosage de l'acide carbonique. élever la température du liquide, et,

après avoir détaché le tampon de cire placé en i», on aspire à plusieurs reprises par le tube d. L'aci(k carbonique qui restait dans l'appareil est ainsi complètement expulsé et remplacé par de Pair. On laisse refroidir l'appareil, puis on le pèse, la perte de poids exprime la quantité pondérale d'acide carbonique que renfermait le sel analysé.

L'action médicale des carbonates ne saurait être présentée d'une manière générale, car, en se combinant aux divers oxydes alcalins, terreux ou métalliques, Tacide carbonique n'apporte aucun caractère thérapeutique propre. Pour les oxydes alcalins, il afTaiblit considérablement leur action, les duleifie, suivant Tancienne expression de Black, et lui laisse toujours un certain degré d'alcalinité, même alors qu'il intervient dans la proportion de deux équivalents pour un seul équivalent de base. C'est ce qui rend le bicarbonate de soude si précieux comme médicament interne, pour modifier les humeurs de l'économie et détruire leur trop grande acidité. Quant aux oxydes terreux et métalliques avec lesquels il forme des combinaisons insolubles, outre qu'il permet de les présentera Festomac sous une forme plus douce et plus acceptable, il offre encore l'avantage, par son dégagement au sein de l'économie et par le mouvement qu'il y produit, de faciliter l'action dissolvante des acides de ïestomac, et de rendre ainsi l'action du médicament plus prompte et plus sûre. Les carbonates de chaux, de magnésie, de manganèse et de fer, sont particulièrement dans ce cas (voy. chacun de ces carbonates en particulier). Henri Buignet.

CARBUltfE et «e* campoiiés. — Caractères et usages. — Sous le nom de Carbone on désigne une matière simple qui entre comme élément dans la composition de toutes les substances végétales et animales,

CARBONE. — SES composés. — dumànt.

et qui fait également partie d'un très-grand nombre de substances minérales. C'est certainement un des principes dont la nature a disposé ayec le plus de profusion pour former les composés des trois règnes.

Le carbone ne se rencontre que rarement à Tétat de pureté ou d'isolement ; mais il s'y présente sous des aspects si variés qu'il serait bien difficile de le définir par ses caractères extérieurs. Tantôt il est transparent* et incolore, comme dans le diamant ; tantôt il est noir et opaque^^mme dans le charbon ; tantôt il est dur et cristallisé ; tantôtil est mou et amorphe. Sous telle apparence, il brûle facilement et conduit très-bien la chaleur et l'électricité; sous telle autre apparence, il n'est que difficilement combustible et ne propage les deux agents qu'avec une extrême difficulté.

Les seuls caractères physiques qu'il présente d'une manière permanente sont les deux suivants : 1^ il est infusible et fixe aux plus hautes températures que nous puissions produire; 2** il est insoluble dans tous les liquides connus. A ces deux caractères qui sont invariables il faut ajouter, comme appartenant exclusivement au carbone, une propriété chimique essentielle : porté à une haute température dans un excès d'air ou d'oxygène, il disparait d'une manière complète en produisant un gaz doué de la propriété d'éteindre les corps en combustion, de rougir le tournesol, et de précipiter Tcau de chaux, gaz qu'il est facile de reconnaître comme étant Y acide cat^bonique.

Les diverses variétés naturelles ou artificielles du carbone sont : le diamant, le graphilCj la plombagine, Vanthracite, la houUle^ le coke, le noir de fumée y le charbon végétal et le charbon ammal.

j^Ummaiii. — Le diamant est du carbone pur. Lorsqu'on le chauffe dans un excès d'oxygène, non-seulement il y disparait tout entier, mais 6 décigrammes de ce corps donnent très-exactement 22 décigrammes d'acide carbonique, ce qui est l'indice d'une pureté absolue. II est transparent et cristallisé.

Les cristaux appartiennent au système régulier. Ils représentent tantôt des octaèdres (Gg. 78), tantôt des dodécaèdres rhomboïdaux (fig. 79), tantôt des solides de forme sphéroïdale (fig. 80), terminés par quarante-

Fm. 78. — Carbone cristallisé en octaèdre.

FiG. 79. — Carbone crislal- Usé en dodécaèdre rhombuïdal.

Fie. 80. — Carbone carbonisé sous forme d'un solide sphéroîdaU

500 CARBONE. — graphite, plombagine, anthracite, houille.

huit facettes triangulaires curvilignes, dont six répondent à chacune des faces de l'octaèdre.

Sa densité est 5^ 50. Son indice de réfraction rapporté à la raie D est 2° 50. C'est le plus dur de tous les corps connus ; aussi ne peut-on le tailler qu'au moyen de sa propre poussière. On le rencontre dans certains terrains d'alluvion : ses gisements les plus importants sont au Brésil, dans les royaumes de Golconde et de Visapour, et dans Tile de Bornéo.

La double propriété que possède le carbone de ne pouvoir être liquéfié ni par le feu ni par les dissolvants, fait que le diamant ne peut être obtenu par les moyens artificiels. Ce n'est pas que les tentatives aient manqué pour atteindre ce résultat, mais elles sont demeurées jusqu'ici sans succès. La fonte de fer peut, il est vrai, dissoudre plus de carbone à chaud qu'à froid, en sorte que la portion qu'elle abandonne par refroidissement affecte, en réalité, certaines formes cristallines. Mais ces cristaux sont des lames noires très-brillantes qui n'ont aucune ressemblance avec le diamant. On a donné à ce carbone cristallisé le nom de graplilte.

Plombagine. — Il est une autre variété que la nature nous offre à l'état cristallisé, et qui diffère aussi du diamant par sa forme et sa couleur, c'est ]di plombagine. Elle est en petites paillettes hexaédriques, très-minces, formant une masse d'un gris métallique que l'ongle raye avec facilité et qui laisse des traces d'un gris de plomb sur le papier : c'est avec cette matière que l'on fait les crayons de mine de plomb.

Le charbon métallique ou de cornue est le charbon que l'on trouve dans rintérieur des cornues qui ont servi à la fabrication du gaz de l'éclairage. Il est en masses grisâtres, brillantes, très-dures et très-sonores. Ce n'est pas sans raison qu'on l'appelle charbon métallique; car, indépendamment de ce qu'il est dur, compact et pesant comme les métaux, il possède, au même degré qu'eux, la propriété de conduire la chaleur et l'électricité. Du reste, le graphite et la plombagine, quoique très-délitables, jouissent également de ce caractère, puisqu'il suffit, comme on sait, de recouvrir de plombagine les moules en plâtre et en stéarine que l'on forme dans les opérations de la galvanoplastie, pour donner à leur surface la propriété de conduire le fluide de la pile et de provoquer les dépôts métalliques que ces opérations ont pour but de former.

Aniiiraeice. — On la trouve le plus souvent au milieu des roches schisteuses et arénacées ; c'est du carbone presque pur renfermant a peine 6à 8 pour 100 de matières étrangères. Elle est en masses noires, trèsbrillantes, et ne brûle, comme les précédentes espèces, qu'avec une trèsgrande difii culte.

Houille. — Elle provient,sans doute, comme l'anthracite, d'une décomposition particulière des matières ligneuses; elle est de formation plus récente, et renferme à poids égal une moindre proportion de carbone.

L'exploitation des mines de houille est soumise à des conditions hygiéniques et à des chances d'accidents ou de mort qui seront l'objet d'un article spécial (voy. Mineurs).

CARBONE. — HOUILLE, COKE, MOIE DE POMÉE, CUAnBOR ^-<G£TAL. 301

11 peut se déclarer des accidents spontanés d'incendie dans les masses de houille qui composent rapprovisionneroent des bateaux à sapeur. Le feu se déclare souvent dans les soutes à charbon disposées à portée des chauffeurs, et fermées, d'un côté, par une des parois de la chaudière, de l'autre par la paroi même du navire. On trouve quelquefois des foyers à un pied et demi de profondeur dans la masse de la houille. On a paré à peu près à ce danger en établissant, entre la paroi de la chaudière et le charbon, une cloison de tôle, dans l'intervalle de laquelle Tair pénètre, de manière à préserver le charbon de l'action immédiate de la chaleur. Les accidents du feu se déclarent le plus souvent après l'extinction des feux et l'expulsion de Teau des chaudières. Janvier en donne l'explication suivante : La température de la chaudière est une limite que la houille en contact avec elle trouve de la difficulté à dépasser; or cet obstacle, à son ignition disparaît dès que Teau et la vapeur sont expulsées de l'appareil. Ces accidents disparaissent par suite d'une aspersion abondante d'eau de mer; Janvier a remarqué encore que les accidents du feu sont d'autant plus à craindre que les houilles sont de meilleure qualité.

c^lce. — En calcinant la houille à l'abri du contact de l'air, on obtient un résidu que l'on désigne sous le nom de coke^ qui est amorphe comme les précédents, mais qui diffère considérablement d'aspect, suivant la nature de la houille d'où il provient. La houille en fournit ainsi en inoyende 65 pour 100. Il est dur et d'une combustion difficile.

En distillant la houille dans des appareils appropriés, on recueille un mélange de produits volatils parmi lesquels se trouve Vhuile de houille^ appliquée aujourd'hui à divers usages industriels.

N^r de ftamée. — Certaines substances très-riches en carbone n éprouvent, en brûlant à l'air, qu'une combustion incomplète. Elles donnent une flamme rougeàtre, très-fuligineuse, qui dépose du charbon sous forme de poussière noire sur les corps qu'on y plonge. C'est ce qu'on remarque lorsqu'on place une plaque de verre ou de porcelaine dans la partie supérieure de la flamme d'une chandelle. Ce charbon pulvérisé porte dans les arts le nom de noir de fumée. On le prépare ordinairement en brûlant des résines ou du goudron, et dirigeant les produits de la combustion dans une pièce appropriée, munie d'un cône en tôle qui sert de cheminée pendant l'opération, et de râcloir quand celle-ci est terminée. L'intérieur de ce cône et surtout les parois de la chambre se recouvrent d'une quantité considérable de noir de fumée que l'on fait tomber sur le «ol en descendant le cône mobile.

Ce noir de fumée ne saurait être considéré comme du charbon pur. Il retient toujours une certaine quantité de matière goudronneuse dont on le débarrasse en le calcinant en vase clos, et traitant les produits de cette calcination par des dissolvants convenablement appropriés. Il est employé dans certaines préparations pharmaceutiques ; mais c'est plutôt un produit industriel, utilisé notamment pour la fabrication de l'encre de Chine et de l'encre d'imprimerie.

CiuirlMii wététal. — Le charbon végétal est le produit de la calci-

SOS CARBONE. — charbon TÉGéTAL, charbon arimal (usages).

nation en vase clos des matières organiques végétales. Lorsqu'on soumel à une température élevée Tune quelconque de ces substances, Toxygène, rhydrogène et une partie du carbone dont elle est formée, se dégagent i rétat de combinaisons volatiles, tandis que l'autre partie du carbone reste comme résidu, présentant les aspects les plus variés suivant la nature de la matière d'où elle dérive. Ainsi le charbon de bois a la forme du bois lui-même; il est noir, dépourvu d'éclat et d'une densité variable, suivant que le bois était lui-même plus ou moins dense. Le charbon de sucre, an contraire, a une forme complètement différente de celle qu'avait le sucre avant sa combustion : il est d'un noir très-brillant, extrêmement l^;er, et présente l'aspect d'une matière qui a subi la fusion. C'est qu'en eflet le sucre a fondu avant de se carboniser et de se détruire.

On fabrique depuis quelque temps des charbons artificiels connus sous des dénominations très-diverses, telles que Boules pyrophUes^ Braise dâr unique^ Charbon de Paris. On les obtient en calcinant des mélanges de composition très-variable. Le but que se proposent les inventeurs est de produire un combustible qui ne donne que peu ou point de fumée apparente et qui puisse être vendu à bas prix.

Le charbon de Paris, dont l'emploi est aujourd'hui assez répandu dans le commerce, est obtenu en agglomérant à Taide du goudron de gaz les poussières et résidus de charbon de bois, de tourbe et de coke, et ea soumettant là masse à la carbonisation. Le chaii)on qui en provient est moulé, et pesant quoique assez poreux. II s'allume plus difficilement que le charbon de bois ordinaire, mais il dure plus longtenlps que lui.

Les mélanges qui servent à la préparation des charbons artificieb peuvent dégager des gaz nuisibles, lorsqu'ils renferment le nitrate de plomb au nombre de leurs éléments, et devenir ainsi une cause d'insalubrité. Il peut même y avoir danger d'empoisonnement par ces gaz si l'on brûle ces charbons dans des vases qui ne soient pas munis d'un tuyau destiné à porter au dehors les produits gazeux de la combustion.

Le charbon végétal, en brûlant au contact de l'air, peut produire des accidents et déterminer l'asphyxie {voy. Asphyxie, t. III, p. 562, iA Carbonique (acide), t. VI, p. 325 et 338).

Gliarbon animal. — On obtient le cliarbon animal en calcinant eo vase clos certaines matières organiques animales, et particulièrement des os que l'on a préalablement dépouillés de la graisse qui les accompagne en les faisant bouillir avec de l'eau. U représente un mélange intime de charbon trcs-divisé et de sels terreux. Ce n'est pas un combustible, à proprement parler, car il ne renferme guère que le dixième de son poids de carbone. Mais, en raison même de l'état de division de celui-ci, il présente, à certains points de vue, des avantages particuliers qui le rendent très-précieux pour les usages économiques ou industriels.

Parmi les propriétés qui appartiennent au groupe des charbons amorphes, il en est une très-importante par le parti qu'on en tire journellement, c'est la propriété i'cifsorption. Elle se manifeste par deux phéno^ mènes que l'on peut produire à tout instant et très-facilement, la

CARBONEL — CHARBON animal (usages). 505

décolorêtian et la désinfection. Si Ton suppose un liquide coloré, du vin rouge, de la teinture de tournesol, il suffit de Tagiter quelques minutes ayec du charbon pour lui foire perdre complètement sa couleur; de même que, si le charbon est agité avec une eau infecte, de Teau de mare ou d'égout, par exemple, il absorbe les matières gazeuses ou odorantes que cette eau renferme, d'une manière si complète et si parfoite que, lorsque celle-ci est filtrée, elle ne présente plus la moindre trace d'infection. Cette double propriété tient à la porosité du charbon; car, en rangeant les différents charbons dans Tordre de leur porosité relative, on remarque que cet ordre est exactement celui de leur faculté d'absorption. Ainsi le coke, qui est le moins poreux de tous, est aussi le moins absorbant, tandis que le charbon animal, que son extrême porosité place au sommet de l'échelle, est aussi celui qui occupe le premier rang par l'énergie avec laquelle il absorbe les matières colorantes et odorantes.

On peut prouver par expérience directe que le charbon jouit réellement de la propriété d'absorber les gaz. Si l'on prend dans un foyer un morceau de charbon incandescent, et si, après Tavoir plongé dans le mercure pour l'éteindre à l'abri du contact de l'air, on vient à le faire passer dans une cloche contenant un gaz, de l'acide carbonique, par exemple, on voit le volume de ce gaz diminuer graduellement et dans un très-grand rapport. Pour l'acide carbonique, le volume de gaz absorbé repr^nte 35 fois le volume du morceau de charbon que l'on a employé. Oo reconnaît, du reste, en répétant l'expérience avec des gaz de nature différente, qu'ils ne sont pas tous absorbés avec la même puissance. D'après Th. de Saussure, une mesure de charbon de bois absorbe :

Gaz ammoniac 90

Gaz chlorbydriqne 85

kààe salfureux 65

Acide sulfhydrique 55

Protoxyde d'azote 40

Acide carbonique 35

Hydrogène bicarboné 35.0

Oxyde de carbone 9.4

Oxygène 9.0

Azote 7.5

Hydrogène 1.75

Ces nombres semblent indiquer qu'il existe une relation entre l'absorption des gaz par le charbon et leur solubilité.

Il est à remarquer que le gaz qui a été ainsi absorbé, n*a nullement changé de nature : il est simplement emmagasiné et condensé dans les pores du charbon, de telle sorte qu'on peut l'en dégager soit en chauCEant le fragment de charbon, soit en le portant dans le vide.

Cette condensation des molécules gazeuses qui les place dans la même condition que si elles étaient comprimées à un très-grand nombre d'atmosphères, parait très-propre à exalter les actions chimiques. C'est en effet ce que l'on observe. Si Ton introduit dans une cloche remplie de gaz oxygène un charbon poreux qui a séjourné pendant quelque temps dans une atmosphère d'acide sulfhydrique, et qui, par suite, a condensé une grande quantité de ce gaz, le charbon s'échauffe, une grande quantité de soufre se sépare, et il se forme de leau et de l'acide sulfureux. Quelquefois la combinaison est tellement subite qu'il se fait une explo-

304 CARBONE. — charbon xiiiiiAL (osages):

sion. Des phénomènes semblables se manifestent avec d'autres ^iz combustibles.

Lorsque le noir animal a servi plusieurs fois à la décoloration et à la désinfection des liquides, il n'a plus, à beaucoup près, la même puissance d'absorption; maison peut lui rendre ses propriétés primitives en le soumettant à plusieurs lavages à l'eau et à une nouvelle calcination dans des creusets de terre. Cette opération s'appelle la révivification du charbon. Quand elle a été pratiquée à plusieurs reprises, et que le noir anintal n'est plus jugé propre à ses usages primitifs, on peut l'employer a\ec beaucoup d'avantages en agriculture : il constitue alors un engrais trèsrecherché.

Le pouvoir absorbant du charbon animal ne s'exerce pas seulement sur les matières colorantes et les gaz : il peut aller jusqu'à faire disparaître du sein de Teau des matières qui y sont réellement dissoutes, des sels métalliques, des principes amers, etc. Ainsi, lorsqu'on agite le charbon avec une solution d'acétate de plomb, de bichlorure de mercure, d'acétate ou de sulfate de cuivre, Teau est complètement dépouillée de ces sels, que l'on peut ensuite enlever au charbon, sans qu'ils aient' perdu aucune de leurs qualités. De même, si Ton soumet à l'action du charbon certains liquides médicamenteux, une décoction de quinquina par exemple, on voit qu elle perd son amertume et qu'elle devient sans action au point de vue médical. Ce principe amer n'est pas anéanti cependant : il est condensé dans les pores du charbon, et on peut l'en extraire en (aisant bouillir celui-ci dans un dissolvant approprié.

Ces faits montrent la possibilité de rendre potable une eau qui, outre des substances odorantes et infectes, renfermerait en dissolution une trop grande quantité de matières salines. En l'agitant avec du noir animal pendant un temps suffisant, on parvient à la débarrasser des unes et des autres d'une manière assez complète pour en faire une eau de bonne qualité.

Le charbon qui provient de la calcination des matières végétales ou animales, n'est jamais du carbone pur : il contient de l'hydrogène dans le premier cas, et de l'azote dans le second. Celui que l'on préfère pour l'usage médical est le charbon de bois léger. On l'obtient en introduisant dans un creuset de terre des fragments de bois blanc, non résineux, comblant les intervalles qu'ils laissent entre eux avec de la poudre de charbon ordinaire, et élevant ensuite graduellement la température jusqu'au rouge, le creuset étant couvert. Lorsqu'une petite quantité de charbon, étant détachée de la masse comme prise d'essai, ne colore plus la solution bouillante de potasse caustique, on cesse l'action du feu, et on laisse refroidir le creuset : on en extrait les fragments de bois carbonisé, et on les débarrasse, à l'aide d'une brosse légère, de la poussière charbonneuse qui les recouvre.

Les propriétés désinfectantes et décolorantes du charbon sont mises à profit dans une foule de circonstances, et deviennent la source d'appUcations importantes, non-seulement pour l'industrie, mais pour la toxicologie et l'hygiène.

CARBONE. — cHARBo:« végétal (thérapeutique). 305

Slenhouse a imaginé une foule d'appareils variés ayant pour objet la préservation des vapeurs méphitiques ou la guérison des affections putrides. Cest dans ce but qu'il a présenté à l'Exposition universelle de Paris, en 1855, un respirateur au charbon, sorte de masque en toile métallique dont la doublure est remplie de charbon, et à Iravers lequel respire exclusivement le malade asthmatique ou l'ouvrier placé dans une atmosphère viciée. Le même inventeur a également recommandé l'emploi des bandages au charbon, destinés à être appliqués sur les plaies gangreneuses et les différentes parties du corps atteintes d*ulcères ou autres affections de mauvais caractère.

Comme décolorant, le charbon est employé journellement et avec succès. Celui qui se prête le mieux à cet usage est le noir atiimal qui représente, ainsi que nous Pavons dit, un mélange de charbon avec du phosphate et du carbonate de chaux. En cet état, il peut être employé sans inconvénient dans beaucoup d'opérations des arts ou de la pharmacie, telles que la décoloration des vins, des vinaigres, des eaux-de-vie, des miels, des sirops, etc. Mais lorsqu'il s'agit d'opérations toxicologiques délicates, il importe que le noir animal soit amené à l'état de charbon pur, afin qu'il ne puisse céder aux liquides dont il a le contact, ni les sels de chaux qu'il contenait primitivement, ni Tacide chlorhydrique qu'il a pu retenir par suite d'un lavage imparfait à Peau distillée. L'expert ne doit donc jamais se servir de noir animal , sans avoir vérifié son état de pureté. Le noir animal bien lavé ne doit pas faire effervescence avec l'acide chlorhydrique étendu, et le liquide filtré ne doit donner aucun trouble lorsqu'on y verse de l'ammoniaque en excès. De même, l'eau qui a bouilli sur du noir animal bien lavé doit demeurer parfaitement limpide quand on y verse, soit du nitrate d'argent, soit de Toxalate d'ammoniaque. La vérification de ces caractères est de première importance si l'on veut se mettre en garde contre les erreurs qui résulteraient infailliblement de l'emploi d'un noir animal imparfaitement lavé.

Les propriétés désinfectantes du charbon seront exposées page 509.

FiooEA (0.)> Sur la décoloration du vinaigre et nouveau procédé pour décolorer cet acide et aulrea

liquides végétaux par le charbon animal (Ann^de chimie, 1811, t. LXXIX). Patk5, Théorie de l'action du charbon animal, sur les matières colorantes et son application au

raffinage du sucre- Paris, 1822.

BcssT, Sur la propriété quo possède le cliarbon animal de décolorer certains liquides (Journal de

Pharmacie, t. VIU, p. 257).

Jattvieb, Sur les causes de l'inflammation de la houille dans les dépôts dcslmés à l'alimentation

des fourneaux (Compt. rend, des séances de VAcad. des sctences, i. V, p. 851).

Henri Bcignet.

Thérapeutique. — Les variétés du carbone usitées en thérapeutique sont : le charbon végétal^ le charbon aninuil, la houilley la plombagine^ et, parmi ses composés, le sesquichlorure de carbone.

Cliarlioii Téfétal. — Les anciens n'ont eu que très-rarement recours au charbon; cependant Pline le recommandait contre Tanthrax. A une époque plus rapprochée de nous, Zacutus Lusifanus l'employait comme

novr. DicT. h£d. et chib. VI. — 20

506 CARBONE. charbon TÉGÉTAL (THilUPBUTlQDE).

emménagogue. Il a été préconisé contre Tépilepsie, la lienterie, les eoKques, etc. Le charbon préparé avec le bois de tilleul était seul usité.

Malgré les nombreuses propriétés dont on avait doué le charbon, il k bien vite oublié, et il faut arriver au commencement de notre siècle pov le voir recommandé par divers auteurs. Les travaux de J. B. DuYil,(le Brachet, en établissant, avec plus de soin, les propriétés du charbon, en lui assignant les limites rationnelles dans lesquelles ses effets denie&t s'exercer, ont fait connaître, sans trop d'exagération, les actions curalJTes qu'il pouvait déterminer. Mais c'est surtout aux divers mémoires de Bdloc, ancien médecin militaire, que Ton doit réellement la réhabilitation do charbon dans la thérapeutique.

Le mémoire que ce médecin présenta en 1847 à la Société de médecine de Bordeaux, celui qu'il adressa en 1849 à TAcadémie de médecine, et qui fit le sujet d'un rapport favorable rédigé par Pâtissier, ont pousamment contribué à rendre plus commun Tusa^e du charbon. Aussi, depuis cette époque, il en est fait mention dans quelques traités de matière médicale, et il a été inscrit dans le Codex de 1866.

La plupart des médecins qui ont recommandé l'usage du charbon n'employaient que celui préparé avec des bois légers, tels que le tilleol, recommandé par Martin Ruland, le peuplier, que Brachet et Belloc préfèrent. Le nouveau Codex propose l'usage de bois blanc léger et non résineux. Un médecin anglais, Leared, a émis une opinion coolraire. 1 rapporte que, d'après ses essais, les charbons préparés avec les bois les plus compactes étaient supérieurs à ceux qu'on obtient des bois légers. L'expérience, qui s'est prononcée, depuis plusieurs années, en faveur des charbons légers, a infirmé à Tavance les assertions de ce médecin.

Le charbon de peuplier, qui est le plus communément employé aajoor d'hui, doit être préparé, d'après Belloc, avec les pousses de trois à quatre ans, très-vertes, n'ayant jamais été émondées, et dont l'écorce n'a pis sourfert; le bois sera coupé au moment de la sève ; il faut rejeter les peopUers qui croissent dans les terrains bas et humides, peu exposés as soleil. Les branches choisies, dépouillées de leur enveloppe, sont placées dans des vases en fonte bien clos que l'on chauffe au rouge blanc; le charbon qu'on en retire est léger, brillant; on le fait tremper dansdeFeto pendant 3 à 4 jours, en ayant soin de renouveler l'eau tous les jours; on le met à sécher et on le pulvérise avant qu'il soit complètement sec. Le charbon de peuplier ainsi préparé contient 52 pour 100 de carbone.

Le charbon végétal est employé à l'intérieur et à Textérieur.

Emploi intérieur. — Effets physiologiques. — Pris dans une caillera bouche, légèrement humectée d'eau fraîche, la poudre de charbon dét^mine une sensation de sécheresse et d'astriction de la muqueuse buccale, de courte durée ; n'étant qu'incomplètement déglutie, s'attachant m dents et à toutes les parties de la bouche, elle provoque souvent des nausées, et c'est là un des grands inconvénients de ce mode d'admim^ tration qui, pourtant, est préféré par Belloc.

Le charbon donne lieu à une sensation de Craicheur dans le creux épi-

CARBOiNE. — CHARBON VÉGÉTAL (thÉRAPEOTIQPe). S07

gastrique, suivie bientôt par de la chaleur; Fappétit est exalté, les digestions sont plus faciles, les évacuations alvines activées; les selles sont d'une couleur noire due au charbon qui n'est ni digéré, ni absorbé ; il ne fait que traverser le tube digestif en s'emparant des matières gazeuses et liquides.

Propriétés thérapeutiques. — Le charbon végétal qu'Odier (de Genève) employait contre les coliques venteuses, que Récamier administrait contre le météorisme gastro-intestinal sous le nom de magnésie noire^ a été préconisé contre les affections nerveuses gastro-intestinales idiopathiques ou sympathiques. Belloc le recommande surtout contre les pesanteurs d'estomac qui surviennent après le repas, contre le pyrosis, la gastrodynie et contre la dyspepsie flatulente.

J'ai souvent prescrit le charbon et fe n'ai pas obtenu des résultats satisfaisants. Belloc affirme qu'il combat très-efficacement les douleurs gastralgiques, et cependant, toutes les fois que je l'ai employé, j'ai noté que les éructations gazeuses étaient diminuées, mais que les douleurs persistaient avec la môme intensité. Le charbon végétal n*a, à mon avis, qu'un seul avantage, celui de faire disparaître momentanément la flatulence de l'estomac, et cette action absorbante n'est pas toujours constante, j'ai remarqué, dans bien des cas, que le météorisme stomacal n'était, en aucune manière, atteint par cette substance. Chomel a reconnu cette impuissance fréquente du charbon, et Guipon (de Laon) a constaté que les rapports nidoreux, fétides, que les gastralgiques présentent parfois, sont assez souvent neutralisés par ce moyen dont Teflicacité toute palliative et passagère, dit-il, n'est démontrée que dans ce cas seulement.

Administré par la voie recto-colique, le charbon, dilué dans une suffisante quantité d'eau, a été utile pour combattre le météorisme intestinal que Ton observe souvent pendant le cours des fièvres graves. Nous l'avons fréquemment employé en lavements contre ce symptôme et presque toujours avec succès ; mais nous devons dire qu'en même temps nous prescrivions l'application' sur l'abdomen de serviettes trempées dans de l'eau chlorurée, inoyen qui, à lui seul, guérit quelquefois la pneumatose intestinale.

Le charbon végétal a été recommandé contre plusieurs autres maladies de l'appareil digestif. Banks (de Dublin) le prescrit contre le ptyalisme nerveux; Fuch, Hahnemann, Brachet l'ont préconisé contre les diarrhées rebelles ; Rayer l'associe au sous-nitrate de bismuth contre les diarrhées des tuberculeux et celles de la fin des fièvres graves. Bird, des Ëlats-Unis, l'a recommandé en lavement dans les cas de ténesme intense, accompagné d'évacuations muqueuses et même sanglantes; cet auteur assure que le charbon uni à Tipéca et à la poudre de rhubarbe, agit avec une merveilleuse promptitude contre les dérangements intestinaux déterminés par la présence des vers chez les enfants.

Le charbon par sa grande porosité, absorbant avec une très-grande promptitude les gaz avec lesquels il est mis en contact, a été, en raison de cette propriété, recommandé comme un auxiliaire utile dans le traite-

.308 CARBONE. — charbon végétal (thérapeutiqce).

ment des maladies fournissant des produits putrides; aussi Ta-t-oi prescrit dans la dysenterie avec selles fétides, à l'intérieur et surtout en lavements (Brachet, Farre). Trousseau Ta employé avec succès dansk cancer de Testomac pour détruire la fétidité des éructations, et dans le cancer de Fintestin, pour faire disparaître Todeur infecte desselles;» savant professeur a remarqué que consécutivement à ces résultats, k charbon végétal faisait disparaître Tanorexie, les nausées et la Gèfre hectique, symptômes qui sont réellement la conséquence de Taltération putride des produits fournis par le cancer, que cette substance, par ses propriétés désinfectantes, amendait indirectement.

Trousseau a aussi modifié Todeur fétide des cancers du rectum en employant des mèches enduites de cérat et auxquelles on incorporait do charbon et une petite quantité 4'extrait de ratanhia.

Des injections avec le charbon ont été recommandées contre la putrescence de Tutérus. Eisenmcnger rapporte le fait très-remarquable d'une femme qui, après être accouchée d'un enfant mort, ne put être délime du placenta entier; il survint des lochies extrêmement fétides, des symptômes généraux graves ; après avoir employé sans succès un giând nohibre de moyens, ce médecin eut recours au charbon; des injections furent pratiquées trois à quatre fois dans les vingt-quatre heures; et^an bout de deux jours, il constata une amélioration notable, et le troisième, tous les symptômes inquiétants avaient disparu ; la malade se rétablit promptement.

Nous avons quelquefois prescrit avec succès contre les hémorrhoîdes une poudre composée avec parties égales de charbon de Belloc, de quinquina pulvérisé et de crème de tartre. Nous administrons ce mélange à ii dose d^une cuiller à bouche, le soir, au moment du coucher ; nous prescrivons quelquefois, dans la journée, une ou deux doses semblables qaand le malade éprouve une pesanteur incommode à la région sacrée et une tension douloureuse à Tanus. Cette poudre agit en débarrassant l'intestin des gaz qui sont abondants chez les hémorrhoïdaires, en tonifiant les membranes intestinales et en facilitant les évacuations alvincs.

Nous avons vu employer une fois, avec de bons résultats, un mélange à parties égales de charbon et de sous-nitrate de bismuth, contre les hémorrhoîdes douloureuses et fluentes (Mége, de Toulon).

Le charbon végétal a été recommandé comme fébrifuge. Le docteur Calcagno le donnait pendant l'apyrexie à la dose de 4 grammes. Maccadios et Buscarelli disent en avoir obtenu de bons effets contre les fièvres intermittentes. Les faits qui constatent cette propriété sont trop peu nombreui pour qu'il soit possible d'accepter cette action curative.

Emploi extérieur. — Lov^itz, après avoir découvert les propriétés décolorantes du charbon, en 1788, reconnut quelques années plus tard qu'il était un désinfectant d'une grande puissance et le proposa pour purifier Teau qui devait servir à la provision des navires. A l'époque où LowiU écrivait, des barriques en bois où Teau se corrompait avec une grande facilité étaient employées dans toutes les marines.

CARBONE. — CHARBON VÉGÉTAL (thébapectique). 309

S'inspirant des travaux de Lowitz, Schaub, ayant reconnu que le charbon enlevait aux matières animales l'odeur fétide acquise par la putréfaction, a recommandé de l'employer pour la conservation des viandes pendant ]*été; ce procédé, du reste, était d un usage populaire en Hollande.

Cette propriété désinfectante du charbon a été mise à profit pour divers usages hygiéniques et médicaux. Plusieurs médecins anglais, et, entre autres Basfort, l'ont employé pour désinfecter les salles des hôpitaux, de dissection, les lieux d'aisances, etc. Pour cela, on place dans des vases du charbon pulvérisé, et quand il a servi pendant quelque temps, on* doit avoir la précaution de le faire chauffer dans un vase clos et renouveler celte opération toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures, pour détruire et chasser les gaz qu'il a absorbés.

Un médecin irlandais, le docteur Flowel, a eu Tidée aussi simple qu'ingénieuse de placer sous le siège des malades atteints d'incontinence d'urine ou de matières fécales des coussins remplis de charbon pulvérisé. A l'aide de ce moyen peu coûteux, il a fait disparaître les odeurs fétides qu'exhalaient les malades et a pu entretenir autour d'eux une minutieuse propreté.

L'action désinfectante du charbon a été employée dans le traitement de la gangrène, de la pourriture d'hôpital , des plaies de mauvaise nature fournissant une suppuration abondante et fétide. Dans ces cas, il faut saupoudrer toutes les surfaces malades avec la poudre de charbon, porter dans les parties anfractueuses des ulcères des boulettes de charpie roulées dans cette poudre et recouvrir le tout avec un plumasseau huilé. Ce pansement détruit la mauvaise odeur du pus et par suite contribue à déterger les parties et à diminuer la suppuration. Quand les solutions de continuité sont irritées et douloureuses, il est quelquefois utile de mêler 1 gramme d'opium brut en poudre à 100 grammes de charbon.

Celte substance est d'un emploi banal comme dentifrice ; elle entre dans la composition de diverses poudres, d'opiats, etc. ; elle entretient la blancheur des dents, assainit la bouche quand il existe une carie ou une maladie des gencives. Le charbon a été recommandé en gargarismes contre les altérations de là muqueuse buccale que présentent fréquemment les scorbutiques.

Le charbon a été préconisé contre diverses éruptions cutanées ; Brachet rapporte que les charbonniers sont rarement atteints par les maladies de la peau, et Billaut assure qu'ils sont constamment épargnés par la gale et les dartres.

Divers auteurs, tels que Thomann, Duval, Paulet, Griois ont traité la gale par le charbon de bois, mais avec des résultats peu satisfaisants ; il aurait mieux réussi contre la teigne, et on sait qu'il entre dans la composition de la poudre des frères Mahon^ qui a joui dans son temps d'une grande réputation d'efficacité.

Le charbon a été aussi recommandé contre l'ozène, pulvérisé et prisé.

Bonnafonta proposé une formule d'un charbon qu'il nomme caustique j destiné à remplacer le cautère actuel, dans le cas où il ne faut que pra-

310 CARBONE. — charbon végétal (tiiébapeutiqde).

tiquer des cautérisations superGcielles. C'est là une heureuse innoTatioo qui permet de supprimer les sinistres préparatifs que nécessite l'emploi du fer rouge. Ce charbon, préparé avec de la gomme adraganle et de l'azotate de potasse, et ayant les dimensions d'un crayon ordinaire, brûle avec la plus grande facilité ; il a l'avantage de continuer à brûler jusquao dernier morceau ; il est très-utile pour pratiquer la cautérisation ponctuée. Aran en a obtenu de bons résultats dans le traitement des affections chroniques de l'utérus, et en particulier des engorgements et des ulcératioDs granuleuses de cet organe.

En résumé, le charbon végétal possède deux propriétés importantes, il est absorbant et désinfectant ; c'est sur elles que sont basés les cfTets caratifs qu'on lui a reconnus.

Comme absorbant, il est utile contre certaines dyspepsies avec production de rapports nidoreux et fétides, et contre le météorisme intestinal. Mais, dans ces cas, il ne faut pas oublier que son action est fugace et passagère et qu'il ne peut être considéré, ainsi que l'avaient prétendu quelques auteurs, comme un agent curatif de la gastro-entéralgie; il n est qu'un auxiliaire utile.

Comme désinfectant, son influence est plus évidente ; il modifie h selles fétides des dysentériques, les produits infects des cancers, les plaies fournissant une suppuration de mauvaise nature. En raison de cette propriété, le charbon est un topique qui est souvent d'une heureuse application dans tous les cas où il est nécessaire de détruire la putriditc de certains liquides anormalement sécrétés.

Doses et modes d'administration. — Belloc conseille d'administrer le charbon à l'état pur délayé avec un peu d'eau dans une cuiller à bouche; on l'emploie quelquefois en bols, en pilules, sous forme d'opiat, avec do miel (Brachet), en pastilles associé au chocolat, ou uni à un mucilage et à une substance aromatique. Ces pastilles sont prescrites contre la mauvaise haleine, et pour détruire chez les fumeurs Todeur du tabac.

Leared, de Londres, conseille de le donner dans des capsules en gélatine ; cette forme ne peut être acceptée, car I4 dose journalière étant en moyenne de quatre à cinq cuillerées à bouche, il faudrait pour arrivera cette quantité de charbon, ingérer un très-grand nombre de ces capsules. Certainement l'administration de la poudre d'après la méthode de Belloc a de grands inconvénients, et les tentatives qui ont été faites pour faciliter l'ingestion de cette substance sont très-louables. Du reste, il sera toujours facile de le faire prendre, même aux personnes les plus difficiles en l'enveloppant dans du pain azyme.

A l'extérieur, on l'emploie en poudre pour recouvrir les plaies, les ulcères, pur ou additionné de camphre ou de poudre de quinquina. Ou le mêle parfois avec la farine de graine de lin pour faire des cataplasmes; on le prescrit aussi sous forme de pommade.

Le charbon végétal est la base de la poudre de Saxe recommandée contre l'épilepsie.

Le charbon en poudre est difficile à appliquer sur les plaies, il noircit

CARBONE. — CHARBON ANIMAL (THÉhAPEUTIQUE). 311

les pièces de pansement, les parties voisines, la literie. En présence de ces inconvénients, il était nécessaire de chercher à lui donner une forme commode sans nuire à ses propriétés absorbantes et antiseptiques ; c'est ce qu'ont tenté Pichot et Malapert ; ils ont préparé des produits qui ont pour base le charbon en poudre, et pour excipient la cellulose seule ou additionnée d' éponge, et qu'ils nomment carbonifères. Pour les obtenir on fait une pâte de charbon et de cellulose avec ou sans éponge, puis on fabrique avec ce mélange une espèce de papier qui sert aux pansements sous forme de compresses ou de bandes, et une charpie par le râpage. II est préférable que celle-ci ne contienne pas d'épongé, car, d'après Chalvet, qui a souvent employé ces produits, elle irrite alors les plaies et les rend saignantes.

Les applrcations du papier carbonifère sont utiles pour absorber les émanations qui s'exhalent des cautères et des vésicatoires, pour désinfecter et cicatriser les plaies à suppuration fétide; quand celles-ci sont étendues, qu'elles fournissent un pus abondant, la charpie doit être préférée.

Henry, pharmacien du Haut-Rhin, a proposé un mélange de fer et de charbon qui donne un produit formé par un charbon poreux, léger, impalpable, non pyrophorique, il est d*une activité plus grande que les préparations ferrugineuses insolubles.

CMarlion animal. — Ce charbon a été très-rarement employé en thérapeutique; en 4832, Biett le recommanda contre le choléra; ayant remarqué qu'aucun des employés des usines où l'on fabrique le noir animal n'avait été atteint par cette maladie, et que, en Angleterre, à Newcasile et dans les contrées où l'on exploite la houille, le nombre des cholériques avait été très*restreint, il pensa que cette substance pouvait avoir une puissance curative qu'il voulut mettre à profit; en conséquence, il ^ prescrivit à ses malades 2 grammes de charbon animal par heure, en élevant graduellement la dose jusqu'à 15 grammes. Sur 104 malades, tous très-graVement atteints, Biett n'en perdit que 50. Les essais qui ont été faits dans les épidémies ultérieures n'ont pas confirmé cette action curative da charbon animal.

Cette substance,, d'après les travaux de Payen, de Dubrunfaut, de Dupasquier, de A. Chevallier, deGirardin, d'Esprit (de Rouen), possède la propriété de s*approprier les matières salines en dissolution dans l'eau. Esprit a fait sur ce sujet des expériences très-remarquables ; il a employé le charbon de sang qui a un pouvoir absorbant très-développé, et il a reconnu que le plus grand nombre des sels métaUiques en dissolution disparaissait au contact du charbon, au point qu'il était impossible de retrouver dans la liqueur filtrée des traces de leur présence ; les dissolutions de sulfates de soude, de potasse, de magnésie, de Tazotatc de cuivre, d'acide arsénieux font exception, car elles ne sont absorbées que dans des limites fort restreintes ; aussi ne peut-on considérer le charbon eomme leur contre-poison.

Il résulte des expériences d^Esprit, qu'au point de vue de l'art de lormuler, le charbon est incompatible avec les substances qu'il s'approprie,

512 CARBONE. — charbon mikéral (thérapeotiqde).

puisqu'il les rend insolubles, et que, dans les recherches médico-légales, son emploi peut être la source d'erreurs graves; car, ainsi que l'a tiil remarquer A. Chevallier, un grand nombre d'auteurs prescrivent de décolorer par le charbon les liquides dans lesquels on doit rechercher les sels métalliques qui sont susceptibles d'être enlevés par cette substance.

Le charbon animal est Tantidote de tous les sels métalliques qu'il fixe; il faut donc dans les cas d'empoisonnements, après avoir évacué le toiique, réduire le charbon en poudre très-fine et le donner en grande quantité délayé dans de l'eau.

D'après les expériences de Garrod (de Londres), le noir animal est le contre-poison des solanées vireuses ; une petite quantité ajoutée à une solution de belladone, de jusquiame, de datura stramonium, détruit oq neutralise entièrement leurs effets ; ceux de la jusquiame sont plus facilement amendés que ceux du datura ; la belladone réclame une plus grande quantité de charbon. Il résulte des travaux de Garrod que le charbon végétal ne possède aucune de ces propriétés.

L'action neutralisante du noir animal parait s'étendre, d'après Garrod, à tous les alcalis végétaux, à la quinine, à la morphine, à la strychine, etc.; mais ces assertions ont besoin d'être contrôlées de nouveau, avant d'être acceptées en toxicologie.

Ciiarbon minéral. — Ce charbon est très-rarement employé, cependant, dans quelques pays, son administration est populaire contre certaines maladies ; dans Tile d'Œsel (Baltique) on le recommande mêlé avec de Teau-de-vie contre la dysenterie, et on Ta considéré comme très-efficace incorporé à de l'huile, pour résoudre, ramollir et faire suppurer les abcès.

L'huile pyrogénée de houille a été prescrite par Devergie contre diverse variétés d'eczéma; il l'applique sur les parties malades à Paided'un pinceau ; cette huile détermine d'abord une douleur vive qui bientôt devient supportable; la sécrétion se supprime, et ensuite apparaissent des squames plus ou moins épaisses qui s'amincissent graduellement et tombent en laissant la peau souple et de couleur naturelle ; ce moyen u'a bien réussi que sur les eczémas très-chroniques.

La plombagine a été anciennement prescrite à l'extérieur incorporée dans un corps gras comme dessicative et antidartreuse.

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I AuG. Barrallier (de Toulon).

COMBINAISONS DU CARBONE AVEC l'oXYGÈNE.

, Lorsqu'on chauffe le carbone au rouge dans un excès de gaz oxygène,

, il ne tarde pas à disparaître en se transformant complètement en acide [ carbonique. Et si cet acide carbonique vient à son tour à passer sur un excès de charbon chauffé au rouge, il perd la moitié de son oxygène et se ' transforme en un gaz neutre qui est l'oxyde de carbone. De là deux composés oxygénés du carbone qui tous deux ont de l'importance au point de vue médical, l'acide carbonique, dont la formule est C0% et l'oxyde de carbone, dont la formule est CO.

Acide cariMiiilqae G0<. Synonymie : esprit sylvestre, acide aérien, air fixe, air méphitique. — L'acide carbonique est un gaz incolore, dont l'odeur est légèrement piquante, et la saveur aigrelette. Agité avec la teinture bleue de tournesol, il lui communique une couleur d'un rouge vineux ; il produit dans l'eau de chaux un précipité blanc de carbonate de chaux. Il éteint les bougies et asphyxie les animaux qui le respirent. Sa densité est égale à 1,529. Il est donc beaucoup plus lourd que l'air, et cette circonstance explique comment on peut le transvaser d'une éprouvette dans une autre. Elle explique encore certains phénomènes naturels tels que ceux qui sont présentés par la girolle du Chien^ qui se trouve aux environs de Naples, et dans laquelle les voyageurs peuvent impunément pénétrer, tandis que les chiens qui les accompagnent périssent asphyxiés s'ils y demeurent quelque temps. C'est que le sol de cette grotte présente de nombreuses fissures par lesquelles se dégage incessamment de l'acide carbonique. Cet acide carbonique, beaucoup plus dense que l'air, forme une couche qui se maintient à la partie inférieure de la grotte, et dont la hauteur à peu près constante tient le milieu entre la taille de l'homme et celle du chien. Il est à remarquer, toutefois, que, si l'acide carbonique est un gaz asphyxiant, il n'a pas, à proprement parler, d'action dé)étère. Il est vrai qu'en examinant les atmosphères rendues mortelles par la combustion du charbon, on n'y a jamais trouvé plus de 4 à 5 pour 100 d'acide carbonique; mais on doit admettre qu'en pareil cas la mort est occasionnée par un autre gaz, notamment par l'oxyde de carbone, qui se forme également pendant la combustion du charbon. On a vu, en effet, en formant des mélanges d'air et d'acide carbonique en proportions variables, qu'il fallait environ 30 pour 100 d'acide carbonique pour rendre l'air irrespirable.

Faraday est parvenu à liquéfier le gaz acide carbonique, en le soumettant à une pression de 36 atmosphères, à la température de 0*. En abais-

Fie. 81.

- Appareil pour la liquéfaction du gaz acide carbonique.

sant la température à — 30**, il a suffi d'une pression de 1 8 atmosphères; tandis qu'en l'élevant à H- 30° il a fallu employer une pression de 75 aU mosphères. L'appareil dont on se sert aujourd'hui pour obtenir Facide carbonique liquide et même solide est celui qui a été imaginé par Thilorier (fig. 81). Dans un cylindre de fonte, A, disposé verticalement, et susceptible de se mouvoir autour d'un axe horizontal, on place 1,800 grammes de bicarbonate de soude, sel qui contient pr^ de la moitié de son poids d'acide carbonique à l'état combiné.

Après avoir délayé ce sel dans trois litres environ d'eau tiède, on y fait plonger un vase cylindrique en cuivre, contenant 1 kilogramme d'acide sulfarique concentré, puis on adapte à la partie supérieure du cylindre un obturateur à vis, avec lame de plomb, formant une fermeture parfaitement hermétique. Les choses étant en cet état, on incline le cylindre en le balançant autour de son axe horizontal : l'acide sulfurique se déverse sur le bicarbonate de soude et le décompose. Il ^e produit une quantité considérable d'acide carbonique qui, n'ayant aucune issue, se comprime lui-même et se liquéfie. Pour le séparer de l'eau primitivement introduite, et du sulfate de soude que la réaction a engendré, on le dirige, à l'aide d'un tube en cuivre à robinet, C, D, dans un second cylindre en fonte, B, en tout semblable au premier. 11 suffit d'ouvrir le robinet du tube pour que la distillation s'effectue. L'acide carbonique passe <lu premier cylindre dans le second, s'y accumule et s'y condense à l'état liquide.

Si l'on vient, maintenant, à faire communiquer ce réservoir avec l'air

extérieur, au moyen d'un tube étroit. A, on voit l'acide carbonique s'échapper avec violence hors de ce tube; et la partie qui se volatilise ainsi enlève assez de chaleur à celle qui reste pour la solidifier complètement. On accumule cet acide carbonique solide en dirigeant le jet de vapeur à travers une boîte métallique à parois minces, B, dont on voit la coupe en B". et dans l'intérieur de laquelle il est forcé de tournoyer avant de se rendre dans l'air (fig. 82). Lorsqu'on ouvre cette boîte au bout d'un certain temps , on la trouve remplie d'une espèce de neige blanche qui n'est autre chose que du gaz acide carbonique solidifié.

Fi6. 82. — Appareil pour la solidification du gaz acide carbonique.

L'acide carbonique solide peut rester exposé à Tair pendant quelque temps, sans éprouver d'évaporation sensible. Mais vient-on à le mélanger avec de l'éther, il disparait promptement en produisant un froid considérable. Le mercure que l'on plonge dans ce bain, s'y solidifie facilement. Les gaz eux-mêmes, au moins pour la plupart d'entre eux, s'y liquéfient et s*y solidifient. Faraday a vu qu'à l'exception de l'oxygène, de rhydrogène, de l'azote, du bioxyde d'azole et de l'oxyde de carbone, tous les gaz jusqu'ici connus pouvaient changer d'état par l'action de ce puissant réfrigérant.

L'eau pure dissout son volume d'acide carbonique à la température et à la pression ordinaires. Mais cette solubilité varie, comme celle des autres gaz, selon les conditions dans lesquelles elle s'effectue. Ainsi, elle diminue à mesure que la température s'élève. Bunsen a déterminé le coefficient de cette solubilité depuis 0*, jusqu'à 20^, et il a trouvé les nombres suivants :

1000«' d'eau pure dissolvent :

On voit, d'après ce tableau, que la solubilité décroit assez rapidement à mesure que la température s'élève. A 15°, l'eau ne peut plus dissoudre que les deux tiers de l'acide carbonique qu'elle dissolvait à 4"".

L'influence exercée parla pression rentre dans la loi générale de Henry . <le Manchester : La quantité pondérale du gaz dissous est proportionnelle à la pression supportée, ce qui veut dire que, sous une pression artificielle de cinq atmosphères, l'eau peut dissoudre cinq fois plus diacide carbonique que sous la pression normale d'une atmosphère.

Il suit de là que, si l'on vient à déboucher une bouteille dans laquelle se trouve de l'eau saturée d'acide carbonique sous une pression de plusieurs atmosphères, la solution se trouvant tout à coup ramenée à la pression ordinaire, perd instantanément la majeure partie de son gaz, ce <iui donne lieu à une ébuUition vive et tumultueuse. Les eaux ainsi saturées d'acide carbonique sous une pression supérieure à celle de l'atmosphère portent le nom iïeaux gazeuses. Dans certaines localités, Seltz, Soultzmatt, Vichy, on trouve des eaux gazeuses naturelles. Mais il en est beaucoup d'autres que l'on prépare artificiellement à l'aide d'une pompe aspirante et foulante qui puise l'acide carbonique dans un réservoir où il se trouve contenu, et qui l'accumule ensuite dans un récipient rempli d'eau.

On peut, en ayant égard aux lois de la solubilité de l'acide carbonique dans l'eau, connaître assez exactement la proportion de cet acide qui se trouve à Tétat libre ou combiné dans une eau minérale. Dans la plupart des eaux de cette espèce, l'acide carbonique existe sous deux états différents : à l'état combiné, formant des bicarbonates alcalins, terreux

CARBONE. — ACIDE CARDONIQUE.

OU métalliques; à Tétai libre, constituant une simple dissolution de ce gaz dans Teau. Les procédés chimiques ordinaires ne permettent pas le dosage direct et séparé de ces deux quantités. On dose en bloc tout l'acide carbonique à Taide du chlorure de baryum ammoniacal; oa prélève sur cette somme ce qui est nécessaire pour former des bicarbonates avec les bases trouvées par l'analyse, et on regarde comme acide carbonique libre tout celui qui excède celte quantité.

Ce dosage indirect et par différence a conduit souvent aux erreurs les plus grossières. C'est ainsi qu'on a trouvé moins d'acide carbonique libre dans Teau de Vichy des Célestins que dans les eaux de l'Hôpital ou de la Grande-Grille, quand il était évident pour tout le monde qu'elle en contenail beaucoup plus.

L'emploi d'un simple tube baronoétrique gradué, imaginé par Buignet (fig. 83), présente à ce point de vue des avantages qu^on ne peut méconnaître. Après avoir rempli ce tube aux trois quarts avec du mercure, on y introduit 20 centimètres cubes de l'eau à examiner, on achève de remplir le tube avec du mercure, puis on le renverse sur un bain du même métal. A l'instant même se manifeste une vive ébuUition dans le tube : c est l'acide carbonique qui se dégage dans le vide barométique.

Quand le dégagement a cessé, et que tout est tranquille, on mesure le gaz sous ses deux états : 1"* à l'étal de fluide élastique, en lisant le volume V

H' que l'on corrige d'après la formule V„. .; T à l'état de dissolution,

H' en lisant également le volume V du liquide, lequel devient vo)»,. ;

(I) représentant le coeflicient de solubilité indiqué par le tableau de Bunsen pour la température de l'expérience.

Un second tube barométrique placé à coté du premier, donne la pression H au moment de l'expérience. Quant à la température, elle se trouve indiquée par un thermomètre placé sur le support de l'appareil.

Quand on a une fois déterminé l'acide carbonique libre, on peut doser celui qui est à l'étal de bicarbonate. H suffit d'introduire 4 ou 5 centimètres cubes d'acide sulfurique au 1/10® dans le tube. Il se produit un nouveau dégagement très-abondant; on attend de même qu'il soit terminé,

Fig. 83. — Appareil pour le dosage'^de l'acide carbonique libre et combiné dans les eaux minérales.

et on mesure de nouveau le gaz sous ses deux états. Le nouveau volume, diminué du premier, donne Tacide carbonique qui existait à Tétat combiné.

La chaleur est sans action sur le gaz acide carbonique ; mais il se décompose partiellement lorsqu'on le soumet à une série d'étincelles électriques.

Si Ton fait passer un courant très-lent diacide carbonique à travers un tube de porcelaine rempli de charbon chauffé au rouge, on reconnaît facilement qu'il est décomposé et changé en oxyde de carbone. On peut même reconnaître, si Ton mesure les deux gaz avant et après l'expérience que le volume de Toxyde de carbone produit est précisément double de celui de Tacide carbonique employé. Cette transformation s'exprime au moyen de la formule C0*H-C=2C0.

Ce phénomène explique ce qui se passe dans les hauts fourneaux et même dans nos fourneaux ordinaires, lorsqu'ils renferment une couche épaisse de charbon. L'air qui arrive à la partie inférieure, et qui se trouve en excès par rapport au charbon rouge qu'il touche, le brûle complètement et le change en acide carbonique. Mais cet acide carbonique se trouvant à son tour en contact avec un excès de charbon rouge, se décompose, comme dans l'expérience précédente, en deux volumes d'oxyde de carbone qui débouche à la partie supérieure du fourneau. Puis, cet oxyde de carbone dont la température est très-élevée, se trouvant enveloppé, à sa sortie, par un excès d'air, brûle de nouveau en donnant une flamme bleue caractéristique, et en régénérant l'acide carbonique qui est le dernier terme de la combustion du charbon.

Quoiqu'il suffise de faire brûler du carbone dans un excès d'air pour produire l'acide carbonique, ce n'est pas ainsi qu'on obtient ce gaz dans les laboratoires. On le prépare le plus ordinairement par l'action des acides sulfurique ou chlorhydrique sur le carbonate de chaux que l'on trouve en abondance dans la nature. On emploie le carbonate de chaux tantôt à l'état de marbre, tantôt à l'état de craie. Dans le premier cas, on ne peut employer l'acide sulfurique, parce que le sulfate de chaux résultant de la réaction, étant insoluble, formerait à la surface des morceaux déjà attaqués, une sorte de vernis qui arrêterait l'action. L'acide chlorhydrique, au contraire, formant du chlorure de calcium soluble, donne lieu à un dégagement d'acide carbonique parfaitement régulier ; on in- p,^ §4 ^pp^^ii p^^^ la préparation du troduit le marbre en fragments dans gaz acide carbonique.

un flacon à deux tubulures à moitié

rempli d'eau (fig.84), et on fait arriver l'acide chlorhydrique par petites portions au moyen d'un tube à entonnoir : l'acide carbonique se dégage par le tube abducteur B, et se rend sous une cloche disposée pour le rece-

318 CARBONE. — acide carbonique.

voir. Si le dégagement de gaz devient trop rapide, on arrête l'addition de Tacide ; on en ajoute, au contraire, si l'action se ralentit.

Lorsqu'on fait usage de craie, qui est une variété de carbonate de chaux très-tendre et très-perméable, l'emploi de l'acide chlorhydriqoe ne peut plus convenir ; par cela même que le sel résultant de la décomposition est soluble, l'action s'établit presque instantanément sur tous les points à la fois, le gaz carbonique se dégage avec violence, et le dégagement cesse presque aussitôt pour reparaître de nouveau tumultueusemeot lors de Taffusion d^une nouvelle quantité d'acide. C'est à l'acide sulforiqœ qu'il faut recourir en pareil cas : on pulvérise la craie ; on la délaye dans l'eau de manière à en faire une bouillie claire (1 partie de craie et 5 parties 1/2 d'eau), et l'on y verse par parties Tacide sulfurique concentré; on renouvelle la surface à l'aide d'un agitateur.

Par quelque procédé que le gaz acide carbonique ait été produit, il et indispensable de le laver pour le débarraisser des portions d'acide étranger qu'il a pu entraîner avec lui. C'est à quoi l'on parvient en le faisant passer dans un flacon de lavage qui renferme une petite quantité d'eau pure ou de solution de bicarbonate de soude. Le gaz qui sort de cette dissolution est ensuite recueilli en nature, ou dirigé dans des appareils appropriés, lorsqu'on le destine à la préparation des eaux gazeuses.

La composition de l'acide carbonique peut facilement s'obtenir à Taie de la synthèse. Il y a pour cela, deux méthodes, la méthode des volumes et la méthode des poids.

1*^ On prend un ballon à trois tubulures, rempli d'oxygène pur et sec; on engage dans les deux tubulures latérales qui se correspondent, deux tiges métalliques portant chacune à leur extrémité un petit fragment de charbon pur (du diamant par exemple). En faisant communiquer les extrémités de ces tiges avec les deux pôles d'une pile, le diamant brûle et finit par disparaître complètement. Lorsque l'opération est terminée, e( que l'appareil a repris la température ambiante, on trouve que l'acide carbonique qui a pris naissance, occupe exactement le même volume que l'oxygène qui a servi à le former. La densité de l'acide carbonique étant 1,592 et celle de l'oxygène 1,106, la différence 0,423 représente nécessairement le poids de vapeur de carbone qui entre dans la composition de 1,529 d'acide carbonique. On arrive à reconnaître que 22 d'acide ca^ bonique contiennent 6 de carbone et 16 d'oxygène.

2® On introduit dans un tube de porcelaine une petite nacelle de platine contenant quelques fragments de diamant dont on a préalablement déterminé le poids. On dispose à la suite du tube de porcelaine un tube à combustion contenant du bioxyde de cuivre, puis une série de tubes destinés à arrêter l'acide carbonique et l'eau. Le tube de porcelaine étant chauffé au rouge, on fait arriver sur le diamant un courant d'oxygène par et sec, et on continue jusqu'à ce que la combustion soit complète. I^ bioxyde de cuivre, qui est également chauffé au rouge a pour effet de changer en acide carbonique la petite quantité d'oxyde de carbone qui aurait pu se former. L'expérience terminée, on pèse le tube dans lequel

CARBONE. ACIDE CARfiONIQUE (THÉRAPEUTIQUE). 319

s'est condensé Tacide carbonique, raugmentation de poids qu'il a subie donne la quantité de ce gaz fournie par la combustion d'un poids connu de diamant. On trouve de même que 6 décigrammes de diamant donnent 22 décigrammes d'acide carbonique.

L'acide carbonique se rencontre dans la nature soit libre, soit combiné. L'air atmosphérique en renferme un demi-millième environ de son volume. Presque toutes les eaux en renferment en dissolution ; certaines sources en contiennent même des quantités assez fortes : telles sont les sources de Vais, de Vichy, de Carisbad en Bohême.

Plusieurs causes, plusieurs phénomènes chimiques, tels que les combustions vives ou leutes, les fermentations, la respiration des animaux, versent incessamment dans l'air des quantités d'acide carbonique plus ou moins considérables. Et cependant la proportion de ce gaz se maintient à peu près invariable à un demi-millième du volume de l'air. La constance remarquable de ce rapport tient à ce qu'à côté des causes qui déterminent la production de l'acide carbonique, il en existe d'autres qui tendent à opérer sa destruction. Ainsi les parties vertes des plantes absorbent l'acide carbonique de l'air, fixent son carbone, et rejettent son oxygène.

L'acide carbonique communique à l'eau la faculté de dissoudre beaucoup de matières salines sur lesquelles elle n'exerce aucune action à l'état de pureté. C'est ainsi que les eaux chargées d'acide carbonique dissolvent beaucoup de phosphates et de silicates insolubles^, et leur permettent de pénétrer dans l'économie végétale par l'intermédiaire des racines. Hekri Bctgnet.

Thérapeutique. — Historique. — Les applications de l'acide carbonique à la thérapeutique ne remontent pas au delà de la seconde moitié du dernier siècle. Dès les premiers temps de son emploi, il jouit en Angleterre, où il fut le mieux étudié, d'une grande vogue, et fut successivemeni prescrit dans un grand nombre d'affections soit médicales, soit chirurgicales. Cette vogue dura, quoique en s'affaiblissant, une trentaine d'années environ, de 1770 jusque vers 1800 ou 1805; elle était due sans doute en partie à la curiosité qu'excitait alors l'étude des gaz nouvellement découverts, mais surtout aux bons effets que Ton retirait de Tadministratton de ce gaz, effets dont témoignèrent plusieurs médecins distingués du temps, Priestley, Percival, Dobson, Hey, Falconer, Ingenhousz, Beddoës, etc., etc. En France, où il fut aussi employé à la même époque sur la foi de nos voisins d'outre-Manche, ce gaz n'obtint pas le même succès; aussi il ne tarda pas à tomber dans Toubli. Il n'y a guère qu'une trentaine d'années que Mojon (de Gênes) essaya de remettre en lumière les propriétés thérapeutiques de l'acide carbonique ; son mémoire ne parait pas cependant avoir eu un grand retentissement dans le moment, car il s'écoula encore vingt ans avant que Simpson (d'Edimbourg) et Herpin (de Metz) appelassent de nouveau l'attention des praticiens sur les effets remarquables produits par Tapphcation de ce gaz. Dès lors, les essais se multiplièrent et l'acide, carbonique fut successive-

320 CARBONE. — acide carbonique (thérapeutique).

ment employé à Textérieur dans un grand nombre d'afTections chinirgi- ^ cales : il suffit de rappeler les heureux résultats obtenus dans c^ dii dernières années par nous, Broca, FoUin, Ch. Bernard, Haisonoeuve, etc., et exposés avec talent par Salva. Enfin, tout récemment, Tacide carbonique a été presque simultanément, de la part de Herpin et de nous, l'objet de deux monographies, qui, conçues et exécutées à un point de vue un peu différent, se complètent mutuellement.

Il est facile de se convaincre par la lecture de ces deux travaux de quelles nombreuses applications est susceptible l'acide carbonique et s'il n'a pas été jusqu'ici plus généralement employé, cela a tenu probablement à l'opinion erronée qu'on se faisait des propriétés prétendues toxiques de ce gaz, et aussi à la difficulté que l'on avait pour s'en procurer et l'administrer commodément, difficulté qui aujourd'hui n'existe plus, grâce à l'extension rapide que vient de prendre l'usage de ce gaz à Paris et en Allemagne.

Action physiologique. — Appliqué sur une partie limitée de la surface de la peau saine, soit en enfermant la partie dans un manchon (jui reçoit le gaz, soit surtout sous forme de douche, l'acide carbonique produit d'abord une sensation de froid assez marquée à laquelle succède une chaleur douce et agréable au début, mais qui peut acquérir une certaine intensité; puis, au bout de quelques instants, on voit naître une certaine rougeur qui s'accentue davantage à mesure que la douche continue d'agir, et qui ne tarde pas à être accompagnée de picotements et même de cuisson assez vive. Ces effets sont localisés à la partie qui subit l'épreuve du gaz et disparaissent promptement après la cessation de son action. Si l'on prolonge assez longtemps l'influence de la douche, on peut voir succéder à l'état d'excitation de la surface cutanée une diminution plus ou moins marquée de la sensibilité. Toutefois cet effet n'est rien moins que certain et peu prononcé, d'ailleurs, tant qu'on agit sur la peau saine et intacte ; aussi ne peut-on compter produire à l'aide de l'acide carbonique un degré d'anesthésie locale suffisant pour les besoins de la chirurgie.

Si au lieu d'agir sur une partie limitée de la surface cutanée, on soumet le corps à un bain général d'acide carbonique, la tête étant préservée avec soin pour qu'il n'en pénètre pas dans les voies respiratoires, les mêmes effets décrits plus haut se produisent^, mais plus énergiquement : après un froid assez vif ressenti pendant quelques instants, la chaleur revient et prend bientôt une grande intensité; on éprouve des chatouillements et des démangeaisons par tout le corps, surtout aux endroits où la peau est fine; les organes génitaux en particulier sont ordinairement excités ; la peau devient rouge et se couvre de sueur, le pouls diminue de fréquence. A cet état d'éréthisme superficiel, limité à la peau, succède un état de bien-être général, et une plus grande activité des phénomènes vitaux ; on sent le besoin d'exercice musculaire. Quelquefois ces derniers phénomènes sont moins prononcés, et on est pris d'une espèce d'engourdissement; on a de la peine à résister au sommeil qui vous envahit. Les

CARBONE. — ACIDE CARBONIQUE (thérapeutiquk). 32!

premiers effets tiennent principalement à Taction locale du gaz, les derniers sont dus à l'absorption de ce principe.

Si lorsqu'on est dans un de ces appareils à bains gazeux, on laisse échapper le gaz par l'orifice supérieur, de façon à ce que Taoide carbonique vienne baigner la figure, on éprouve des picotements dans les yeux, des éblouissements, des tintements d'oreille, etc., enfin des phénomènes analogues d'excitation des organes des sens se produisent comme du côté delà peau.

Nous dirons plus loin le parti qu^on a tiré de ces faits et les différentes applications thérapeutiques auxquelles ils ont donné lieu.

Les organes digestifs paraissent éprouver une action de môme genre que celle éprouvée par la peau : c'est donc vraisemblablement à l'excitation produite sur l'estomac par le gaz qu'il faut rapporter les bons effets que ressentent beaucoup de personnes, à l'état physiologique, de l'usage de l'eau de Seltz ou des eaux minérales dites de table^ lesquelles n'agissent guère que par l'acide carbonique qu'elles renferment. En outre de cette action locale, il se produit souvent quand on ingère une certaine quantité d'eau chargée de ce gaz, un peu de vertige et même un état passager d'ébriété. Cela s'observe parfois chez les femmes très-nerveuses,

i mais surtout chez les buveurs des sources les plus riches en acide car-

I bonique.

! Si on injecte de l'acide carbonique dans le tissu cellulaire ou dans le

i péritoine des animaux, on est frappé de ce fait que ce gaz ne détermine * aucun accident, qu'il est^ résorbé plus rapidement que n'importe quel •

1 autre gaz, et qu'il détermine, de même que l'air, l'oxygène, l'azote, etc., une exhalation des gaz renfermés dans le sang et dans les tissus. Cette

I innocuité d'action est à noter, car elle est déjà un argument en faveur de l'opinion d'après laquelle l'acide carbonique est simplement irrespirable et nullement toxique.

Injecté dans les Veines ou dans les artères, ce gaz ne produit pas d'action appréciable si l'opération est menée lentement, si Ton a soin de ne pousser dans le vaisseau que très-peu de gaz à la fois, de 4 à 6 centilitres environ. Sous ce rapport, il se distingue de l'air et de l'oxygène qu'on ne peut injecter aussi impunément, du moins en quantité égale, à cause de leur bien moins grande solubilité dans le sérum sanguin. Si au contraire on injecte le gaz un peu brusquement et en assez grande proportion, 20 à 25 centilitres à la fois, l'animal ne tarde pas à succomber par suite de la distension des cavités du cœur et du trouble profond apporté à la circulation par la présence de colonnes de gaz dans le système sanguin. C'est à Nysten que sont dues ces expériences, qui depuis ont été répétées et confirmées par Claude Bernard et par nous.

Quant à l'action exercée par l'acide carbonique introduit dans l'économie par les voies respiratoires, elle est de beaucoup la plus importante à étudier.

Les premiers observateurs qui se sont occupés de l'acide carbonique, tout en remarquant que ce gaz était irrespirable à l'état de purct?^, sa-

HOUT. DICT. «ÉD. ET CHIR. VI. — tîl

522 CARBONE. — acide CARBOifiQUE (thérapeutique).

valent parfaitement qu'avec une dose suffisante d air on pouvait le respirer sans danger et même en retirer ainsi de bons effets. Seulement, h cause, la nature de cette nocuité du gaz a toujours été un sujet de controverse. Dobson^ Fontana, Fourcroy, Collard (de Martigny), Christison, Brown-Séquard et d'autres savants ont prétendu que l'acide carbonique est un agent toxique, très-énergique même suivant quelques-uns. Percival, Beddoës, Guyton de Morveau, Nysten, sans compter plusieurs auteurs plus récents, ont adopté une opinion contraire et croient que ce gazeâ tout simplement impropre à la respiration. La première assertion était fondée presque uniquement sur des faits mal interprétés et des eipériences entachées d'inexactitude ; la confusion trop longtemps commise des effets de Toxyde de carbone et de ceux propres à Tacide carbonique, a contribué plus que toute autre chose à Tappuyer et à la faire persister. Ce n'est qu'après avoir nettement déterminé l'analyse qualitative etqnantitative de la vapeur de charbon, qu'on a pu se rendre compte de la put minime qui revenait à lacide carbonique dans les accidents produits par cette vapeur. D'un autre côté, l'expérience avait démontré depuis pb d'un demi-siècle aux médecins établis auprès de sources minérales riches en acide carbonique, l'innocuité relative de ce gaz respiré joumelleuMBl par les baigneurs, mêlé avec de l'air.

Parlons d'abord des phénomènes produits par la respiration, à l'élâi physiologique, d'un mélange gazeux renfermant une certaine quantité d'acide carbonique.

Le point important à établir, ce n'est pas l'innocuité relative de cegax^ laquelle se trouvera démontrée d'elle-inême par les faits suivants, mais le degré de respirabilité d'une atmosphère renfermant une proportion de a gaz plus forte que celle contenue dans l'air à l'état normal, le praticteo qui veut prescrire Tusage de ce composé doit être bien fixé sur la dose qu'il peut administrer sans danger. Mieux renseignés aussi sur ce sujet, les médecins hydrologues oseront plus qu'auparavanl^mettre à pro6tpoor la thérapeutique le gaz que la nature fournit en abondance dans un gnad nombre de sources minérales.

Les faits que nous allons consigner ici, reposent tous sur des expériences qui nous sont propres.

Si on respire un mélange de 8 ou 10 parties d'oxygène ou d'air poff 1 d'acide carbonique, on éprouve d'abord une sensation de chaleurdao» la poitrine, sensation qui s'irradie bientôt dans tout le corps ; la face s'injecte plus ou moins suivant le tempérament des individus, la respiration augmente de fréquence (environ 5 ou 4 inspirations de phis pir minute), et cela quoi qu'on fasse pour empêcher ou ralentir cette accéiératiori; parfois on éprouve, mais seulement au bout de 3 ou 4 minutes, un peu de vertige. Puis, si l'on arrête l'expérience, ces phénomènes disparaissent immédiatement. Si on augmente la dose d'acide carboaiqoei en respirant par exemple, un mélange au cinquième au Keu de au dixiûD^ comme précédemment, les phénomènes que nous venons d'énumérer s'accentuent davantage et persistent quelque temps après l'expérience; oo

CARBONE. — ACIDE CAnnoNiQUE (tiiéiiapeutique). • 323

ressent en ontreun certain degré d'oppression, pour peu que l*on prolonge ces inspirations. Enfin, si on fait un mélange de 3 parties d'oxygène pour 1 d'acide carbonique, c'est-à-dire un mélange au quart, on peut encore respirer cette atmosphère artificielle quoique très-chargée d'acide carbonique, mais Fexpérience nous a démontré qu'il ne serait pas prudent d'augmenter la dose. Si dans le mélange précédent, on remplace l'oxygène par de l'air, quoique la quantité de gaz respirable diminue à peu près des 4/5 par cette substitution, la respiration n'en est pas sensiblement plus entravée qu'auparavant, dans le même laps de temps, ce qui s'explique parce que la quantité d'acide carbonique restant la même, réchange de gaz peut continuer à se faire dans le poumon.

Dans toutes les expériences précédentes, comme on opérait avec des ballons de capacité variant entre 24 et 32 litres, la durée de chaque expérience ne dépassait pas 4 à 6 minutes. Dans tous ces cas, on n'a pas constaté le moindre degré d'anesthésie pas plus que dans un autre où 120 litres d'un mélange d'air et d'acide carbonique au huitième ont été consommés en 10 minutes. Nous ne prétendons pas infirmera l'aide seule de cette dernière expérience, l'assertion d'Ozanam concernant l'action anesthésique puissante de l'acide carbonique; mais cette action nous paraît au moins problématique avec les doses de gaz auxquelles on est obligé de se tenir dans les expériences tentées sur Thomme, sous peine de voir se produire des accidents. Nous ne voulons pas en nier la possibilité, puisqu'elle s'exerce facilement sur les chiens quoique rarement d'une manière complète, mais seulement établir qu'on ne peut songer à la provoquer chez l'homme à l'aide de cet agent.

Les faits qui précèdent nous montrent une tolérance remarquable de l'organisme humain relativement à l'acide carbonique : ils suffiraient certainement pour éloigner toute idée d'influence toxique. Si nous passons ipaintenant aux animaux, nous verrons cette tolérance aller encore plus loin, mais sans que l'expérimentation sur ce terrain apporte de nouveaux éléments bien notables concernant l'action physiologique du gaz.

llerpin (de Metz), tout en proclamant et défendant l'innocuité relative de l'acide carbonique, affirme que « l'air qui ne contiendrait que 40 0/0 de ce gaz est irrespirable )> (p. 147). Or, voici ce que nous apprennent nos expériences dans lesquelles nous nous sommes servi de l'appareil ici représenté figure 85.

Un chien a respiré pendant 4 minutes un mélange à parties égales d'air et iïacide carboniquey sans en éprouver d'autre effet qu'un certain degré d'aneçthésie et pas le moindre effet consécutif. Un autre a pu respirer aussi un mélange à parties égales pendant 13 minutes avant dé succomber; il avait consommé pendant ce temps 60 litres de gaz. Dans d'autres expériences, l'acide carbonique formant toujours la moitié du mélange gazeux, mais en substituant l'oxygène à l'air, un chien a pu respirer pendant 15 minutes cette atmosphère et en consommer, sans danger imminent, 100 litres une première fois et même 140 litres dans une autre séance. Enfin^ dans une autre série d'expériences, nous avons pu

324 CARBONE. — acide CAnBosiQUE (thérapeutique).

une première fois faire respirer pendant 8 minutes à un chicû un mélange formé de 3 parties d'acide carbonique pour 1 d'oxygène, et cela sans danger; la seconde fois, avec la même dose, la mort n'est venue qu'au bout de 22 minutes. Un autre chien a pu respirer pendut 22 minutes le même mélange dosé comme précédemment et consommer 130 litres de cette atmosphère; il a été, il est vrai, très-mal, mais il s'est parfaitement remis.

Fie. 85. — cCf Ballons munis à leur face inférieure de deux lubes en caoatchouc lerminé p» uo tube en cuivre : l'un de ces lubes sert à introduire le gaz ou mélange gazeux que loo Test doser: l'aulre sert à faire passer la quantité voulue de ce contenu dans un autre balloot non gradué et de capacité de ô2 litres, destiné à renfermer le mélange gazeux dosé tel qo» ▼eut l'expérimenter. De ce récipient le gaz se rend au dehors par un tuyau en caooldw* muni d'un robinet iet terminé par une espèce de muselière très-solide, assez large pour recevoir la tète de l'animal, et muni d'un manchon de caoutchouc qui s'adapte autuur da en «le ranimai. Le tuyau qui aboutit à la muselière est surmonté d'un autre tuyau e, qui communique avec lui et avec l'air extérieur au moyen d'un orifice situé à l'angle de réunion «les deux tuyaux. Cet orifice est fermé au moyen d'une bille en moelle de sureau. Quand l'aniinil fait son inspiration, il opère le vide dans le tuyau; alors la bille empêche l'air d'entrer par l'oritice, et par suite le mélange gazeux arrive seul dans les poumons de l'animal ; pendant l'expiration, l'air qui sort des poumons soulève la bille de sureau et s'échappe dans l'aUB»sphère.

En résumé, introduit dans Torganisme par les voies respiratoires, Tacide carbonique ne produit pas les phénomènes toxiques qu'on lui a si souvent attribués : en effet, d'abord à la dose de 1/5, ou même il» pour 4/5 ou 3/4 d'oxygène ou d'air atmosphérique, les mammilêres peuvent le respirer longtemps sans paraître sérieusement incommodés;

chez rhomme, il ne survient quelques troubles, assez légers du reste, qu'au bout d'un temps variable suivant le degré de susceptibilité des individus, mais généralement assez long pour qu'un effet thérapeutique ait la latitude de se produire, si l'emploi du gaz est indiqué. De plus, les lésions après la mort dans ce gaz, tant sur Thomme que chez les animaux, ne ressemblent pas à celles causées par un agent toxique avec lequel il a été souvent confondu, l'oxyde de carbone.

La plupart des accidents produits par la vapeur de charbon, Tair confiné, les vapeurs des cuves en fermentation, mis à tort sur le compte de Tacide carbonique, doivent être en grande partie imputés, soit à l'oxyde de carbone (voy. p. 535), à l'hydrogène sulfuré, aux vapeurs alcooliques, ou bien à d'autres composés mal connus qui prennent naissance dans ces cas. L'acide carbonique est simplement irrespirable. Il ne Test pas à la manière de Tazote ou de l'hydrogène, sans être pour cela plus nuisible que ces deux gaz. La respiration consistant essentiellement en un échange de gaz entre le sang et Tair, et cet échange ne pouvant se faire, comme le prouvent les lois physiques, qu'entre des gaz de nature différente, il est parfaitement évident que Tacide carbonique respiré pur met un obstacle matériel à la fonction pulmonaire, et par suite détermine Tasphyxie. L'azote et l'hydrogène, quoique impropres à jouer le rôle d'agent vital dans l'hématose, quoique irrespirables en un mot, le sont moins cependant que l'acide carbonique, parce que, étant différents par leur nature du gaz qui doit être éliminé, l'échange peut se faire pendant quelques instants.

Les phénomènes très-rcels d'anesthésie obtenus à l'aide de ce gaz chez plusieurs espèces d'animaux, ne nous paraissent pas pouvoir être provoqués chez l'homme sans danger d'asphyxie, d'après ce que nous venons d'établir, et aussi d'après le résultat de nos expériences sur nous-même. Applications médicales. — Si on trouve un grand vague dans le diagnostic de quelques-unes des maladies traitées au dernier siècle par ce gaz, au point qu'on ne peut accepter qu'avec la plus grande réserve les dénominations de fièvre putride j et surtout de ptithisie, cependant il faut bien admettre que des observateurs d'un mérite généralement reconnu à cette époque ne se sont pas tous trompés, et que lorsqu'ils ont constaté une guérison, c'est qu'il y avait quelque effet thérapeutique produit. Heureusement, à côté des documents anciens sur l'acide carbonique, nous en avons de date récente qui ont pour nous plus d'intérêt et qui sont de nature à nous inspirer^plus de confiance. Nous n'insisterons que sur les derniers.

En vertu des propriétés antiputrides que l'on avait reconnues à l'acide carbonique, on l'employa dans le traitement des fièvres putrides^ et on le prescrivit alors sous forme de potion effervescente (composée de jus de citron et d'un carbonate alcalin), qu'on donnait tantôt à boire, tantôt à respirer au moment où le gaz se dégage; sous forme de lavement gazeux, et enfin dissous dans l'eau en guise de tisane. Sous Tinfluence de ce traitement, Percival, W. Hey, Dobson et autres, ont vu guérir des fièvres

326 CARBONE. — acide CAnnoNiQUE (TiiÉnAPEOTiQOE).

putrides qui menaçaient d*ayoir une terminaison fatale. En France, on constata également, à la mcrne époque, quelques succès dans des cas amlogues; mais nous ne connaissons aucun document qui ait été publié depuis sur ce sujet. La seule trace de cette médication que Von puisse trouver encore aujourd'hui, c'est l'administration des alcalins dans les phlegmasies, pratique stssez récente qui nous est venue d'Angleterre, où elle est d'ailleurs très-répandue.

L'emploi de l'acide carbonique dans la phthisie date également du siècle dernier et s'est propagé jusqu'à nous. Withering, Ewart et Beddoês entre autres, ont publié plusieurs cas de guérison et un plus grand nombre dans lesquels il y avait eu une amélioration notable. Un fait de ce genre obsemé par Girtenner, et dans lequel s'était produite une guérison apparente fort remarquable, inspira assez de confiance à Hufeland pour qu'il recommandât sérieusement l'administration de l'air fixe (comme on appelait alors l'acide carbonique), même dans la dernière période de la phthisie. De nos jours, Goin parait avoir obtenu d'excellents résultats de l'emploi de l'acide carbonique dans des cas qui, sans être des exemples incootestables de phthisie, en présentaient cependant plusieurs des symptômes b plus caractéristiques. Pratiquant à Saint-Alban, i| associait généralement la médication hydro-minérale à l'administration du gaz. Nepple, dans m travail très-intéressant, a publié d'autres faits d'affections chroniques Jes voies respiratoires qu'il ne donne pas non plus comme des cas de phthbie confirmée, mais en ayant toute l'apparence, et qui ont été ou guéris oo très-améliorés par les inspirations d'acide carbonique à Saint-Alban. \m de nous la prétention de vouloir ranger l'acide carbonique parmi ces nombreux spécifiques éphémères de la phthisie, qui n'ont jamais eu it succès qu'entre les mains de leurs inventeurs. Nous espérons mieux sans espérer autant. Nous croyons qu'avec un fluide aériformc doué des propriétés que nous lui connaissons, qui se met en communication m\ directe avec l'organe principal de la respiration et qui agit aussi immédiatement sur la fonction elle-même, on pourrait peut-être constituer une espèce de dicte respiratoire qui, dans certains cas de phthisie, probablement les cas où la maladie affecte des individus à tempérament nerveux, irritable, ou chez lesquels il y a tendance aux hémorrhagies actives, mettnit l'organisme dans le milieu le plus favorable à une profonde modificalioo, laquelle seule peut conduire à une guérison plus ou moins prochaine, quand toutefois elle est encore possible... Aujourd'hui, — et ceciesluD encouragement, — nous avons de bien plus grandes facilités que le$ médecins du dernier siècle pour pratiquer, avec le plus de chances (k succès, la thérapeutique pneumatique. Nous savons, en effet, qu'en envoyant un malade à une station d'eaux minérales pourvue d'une sourccd icide carbonique, nous commençons déjà à modifier par le déplacement les conditions pathogéniques dans lesquelles il se trouve ; puis on peut associer la médication hydro-minérale à l'inhalation gazeuse comme un utile adjuvant, sans compter les autres ressources que fournit l'hygiène.

Si l'on peut concevoir des doutes légitimes sur l'efficacité de Tacide

CARBONE. — ACIDE CARBOKIQOE (TOiRAPEUTlQUE) . 527

carbonique dans la phthisie, il n'en est plus de même pour Vasthme. En «flet, il résulte d'observations déjà nombreuses et parfaitement authentiques que les inhalations d'acide carbonique ont sufB non-seulement pour prévenir des accès d'asthme imminents, mais encore pour en empêcher le retour pendant des mois et des années. Durand-Fardel, à Vichy, Goin et Nepple, à Saint-Alban, ont été à même de constater ces résultats. D'après ces deux derniers auteurs, c'est surtout l'asthme nerveux^ sans complication catarrhale ni cardiaque qui serait heureusement modifié par ces inhalations {voy. t. III, p. 729, art. Astiuie).

C'est encore auprès des stations thermales qu'on a essayé de combattre, à l'aide de l'acide carbonique, certains états pathologiques des organes respiratoires, consécutiis à des phlegmasies aiguës de ces organes : nous mentionnerons particulièrement les angines granuleuses, les bronchites, les pharyngites, etc., affections qui passées à l'état chronique ont été traitées par les douches ou les inhalations d'acide carbonique avec de très-heureux résultats. Willemin, Osann, Kuster ont rapporté plusieurs cas de ce genre, suivis d'un succès complet. On peut associer aux inspirations de gaz des gargarismes avec l'eau minérale chargée de ce principe ; seulement on ne sait plus alors ce qui revient au gaz et ce qui appartient aux éléments minéralisateurs dans l'eiTet thérapeutique obtenu. C'est pour cette raison que nous passerons sous silence les cures obtenues à certaines stations thermales, et attribuées trop arbitrairement à l'acide carbonique, aux dépens des principes constituants des sources.

C'est principalement à Nauheim et à Kissingen qu'on a appliqué les bains et douches de gaz au traitement de certaines foimes de rhumatisme chronique, la goutte, la paraplégie, les paralysies sans altération ^ave, des névralgies, l'atonie des organes génitaux, etc., etc. Plusieurs praticiens ont pu en constater les excellents effets : nous citerons notam^ ment Rotureau, Balling et 0. Dirùf.

Pour les bains généraux de gaz carbonique, ce n'est guère qu'auprès •des sources minérales aménagées à cet effet qu'on peut les prendre, et quoiqu'il n'y ait pas encore un grand nombre de stations oii ces bains soient installés, du moins en France, cependant l'usage tend à s'en répandre de jour en jour (voy. surtout Cahlsbad, Franzesbad, Nauheui, Vichy, etc.). Toutefois il est un assez bon moyen pour administrer des bains généraux de gaz sans être obligé de se rendre auprès d'une source minérale : c'est le procédé ingénieux et très-praticable imaginé par Faure (d'Esnaus), et qui a déjà été décrit t. lY, p. 495.

Nous n'avons pas parlé jusqu'à présent des doses auxquelles il convient d'administrer l'acide carbonique, parce que le peu que nous avons à en dire s'applique à tous les cas. Les résultats des expériences physiologiques fiâtes sur l'homme, concernant le degré de respirabilité de ce gaz, ont été exposés d'une façon assez précise pour que le praticien puisse se guider d'après ces données ; mais dans tous les cas on devra commencer par des doses faibles, un dixième par exemple, trois litres d'acide carbonique pour vingt-sept litres d'oxygène ou d'air, suivant les indica-

528 CARBOiNE. — acide carbonique (tuérapedtique).

lions à remplir. Mais surtout, ou devra, avant de passer à des doses plus fortes, étudier la susceptibilité des maladies à Tendroit de ce gaz, afin d'éviter les quelques accidents de suffocation ou d^irritation qui peaveot se produire. Quant à savoir s'il vaut mieux employer le gaz à Tétat naissant ou le gaz préparé depuis quelque temps, nous manquons de renseignements positifs pour résoudre cette question. Ce qui est probable c'est que le premier doit être plus actif que l'autre.

2° Applications chirurgicales. — C'est pour avoir paru guérir une affection à peu près incurable que l'acide carbonique a passé un moment pour le vrai spécifique du cancer, et a fini par rester un des meilleors palliatifs de cette cruelle maladie. Les premiers observateurs qui se sont occupés de Faction thérapeutique de ce gaz ont parfaitement connu les propriétés précieuses qui le rendent, encore aujourd'hui, si utile dans b pratique, et s'ils ont exagéré sa vertu curalive, il faut dire que les faits qui se passaient sous leurs yeux étaient un peu de nature à les iUusionner. Nous ne rappellerons pas les cas de cancer dont la prétendue guérisoo, annoncée, en 1794, par Ewart, eut quelque retentissement. Nous laisserons de côté tous les essais tentés à cette époque pour nous borner à ce que les documents, publiés pendant ces dix dernières années, nous ont appris.

Les applications chirurgicales de l'acide carbonique sont fondées sor l'action analgésique^ l'action détersive et l'action cicatrisarite de ce gaL Nous examinerons comment et dans quelle mesure s'exercent ces propriétés, dans les principaux cas où l'emploi de Tacide carbonique c^ utile. Signalons seulement le travail de Salva, qui a exposé nettement le mode de manifestation de ces propriétés.

C'est principalement contre les cancers ulcérés du sein ou de l'utérus que le praticien a l'occasion d'employer le gaz dont nous nous occupons. 11 s'agit ici, évidemment, non pas de guérir, mais de diminuer les douleurs atroces et l'odeur insupportable que produit la surface ulcérée du carcinome. On a rarement trouvé de cas où il n'ait pas amené quelque soulagement, quelque amélioration. Depuis longtemps déjà, pour celte affection, ce gaz est devenu d'un usage journalier dans plusieurs services hospitaliers et notamment à la Maison municipale de santé.

Dans tous les cas d'ulcère cancéreux que nous avons traités par l'acide carbonique, nous avons obtenu, comme effet immédiat, une action détersive des plus rapides, au point que, le lendemain même de la première application, l'aspect de la plaie était profondément modifié : la suppuration devenait moins abondante et moins fétide, et au bout de quelques séances la mauvaise odeur avait tout à fait disparu; cet état s'fôt maintenu à peu près le même pendant toute la durée du traitement. La douleur a été calmée souvent aussi dès le début et presque instantanément, d'autres fois un peu plus tard, mais toujours il y a eu soulagement évident. Nous avons vu plusieurs cancers ulcérés, arrêtés dans leur marche envahissante grâce à l'acide carbonique, commencer à se cicatriser, quelquefois dans une grande étendue et de façon à faire croire à une

apparente. C'est ainsi qu'il nous est arrivé de pouvoir donner à de pauvres malades, qui se croyaient vouées à une mort très-prochaine, une prolongation inattendue de leur existence et même Tespoir vraisemblable d'une guérison plus ou moins éloignée. Encore une fois, Tacide carbonique n'est pour nous, dans tous ces cas, qu'un palliatif, mais comme tel, on peut dire, sans crainte d'exagération, qu'il agit très-avantageusement. Les essais tentés à l'hôpital de l'a Charité montrent bien d'ailleurs que nous n'avons pas été le seul à observer des résultats aussi satisfaisants. Habituellement, nous faisons administrer à nos malades au moins deux douches de gaz par jour et pendant environ dix minutes chaque fois. Lorsque la fétidité de l'ulcère est trop prononcée, nous prescrivons trois et jusqu'à quatre douches par jour.

L'appareil que nous employons de préférence pour ces injections est celui de Mondollot, modifié d'après nos indications (Gg. 86). Ce n'est à peu de chose près qu'un appareil à préparer l'eau de Seltz, mais sans eau. Il est muni d'un manomètre qui indique la pression du gaz, et à l'aide duquel on peut connaître d'avance la force du jet qui va s'échapper.

Ce n'est pas seulement pour les cancers ulcérés de l'utérus qu'on a tiré partie des propriétés de l'acide carbonique ; les ulcérations simples et les engorgements du col utérin sont aussi très-favora- Fig- 8g. — Appareil Monblement modifiés par l'action cicatrisante et réso- f'^^j "'^f '^ *"'"' '"^'" lutive du gaz. Lejuge, qui a résumé quelques-uns des résultats obtenus à la Charité, cite trois cas d'engorgement, dans lesquels, sous l'influence des douches gazeuses, la consistance du col a diminué, l'utérus a repris son volume normal, et les malades ont quitté l'hôpital, débarrassés de leurs douleurs et de leur engorgement. Ce que nous venons de dire s'applique également aux névralgies de l'utérus et du vagin, avec cette différence que ces derniers ne cèdent pas toujours aussi aisément à l'emploi du gaz.

A l'exemple de Mojon, on a combattu avec succès par des douches d'acide carbonique ou d'eau de Seltz Y aménorrhée et les douleurs qui précèdent la période menstruelle. On peut employer l'appareil de Fordos (fig. 87), qui consiste en une carafe dans laquelle on a placé le mélange suivant :

Acide Urlriquc 30 grammes.

Dicarbonate de soude 58 —

Eau 250 —

Le col de celte carafe contient un tube d'étain dans lequel on a placé des fragments de marbre destinés à purifier l'acide carbonique provenant de la réaction.

350 CARBONE. — acide carbonique (tmérapectiqoe).

Lorsqu'on veut donner des douches avec l'appareil Fordos, il but avoir soin de placer à l'avance la canule avant d'opérer le mélange des substances indiquées.

On prendra garde que le jet ne soit trop fort, parce qu'il poomit se produire quelque accident.

L'acide carbonique, qu'il soit palliatif ou curatif, n'exerce jamais qu'une action locale qui pour se produire exige que l'organisme soit placé dans des conditions propres à la favoriser. Aussi, dans aucun cas, ne devra-t-on négliger de faciliter les bons effets du gaz à l'aide duo traitement général approprié.

Il est un genre de lésions dans lesquelles l'acide carbonique montre son influence modificatrice de la façon la plus frappante : ce sont les a< de plaies atoniques, à^ulcères anciens j ayant déjà résisté à plusieurs traitements, et dont la guérison devient de plus en plus difficile à mesm qu'ils persistent plus longtemps. Les nombreux exemples que nous avons

Fio. 87. — Appareil à dégagement d'acide carbonique de Fordos pour douches utérines. - A droite de la figure, on voit une coupe du tube d'étain destiné à purifier le gaz acide atbonique. — Â la partie inférieure M, couche de marbre. — Â la partie supérieure D, morteaui d'épongés.

eus SOUS les yeux ne nous laissent aucun doute sûr l'efficacité remarquable de l'acide carbonique dans ces circonstances. Des plaies d'une étendue quelquefois considérable , datant de plusieurs mois et même [de plusieurs années, présentant cet aspect livide et blafard qui caractérise les ulcères où tout travail de cicatrisation est arrêté, donnant issue à un écoule-

CARBONE. — ACIDE CARBONIQUE (tmérapeutique). 331

ment ordinairement assez fétide, subissent, dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, sous Tinfluence du gaz carbonique, une modification heureuse : leur surface devient d'un rouge vif, les bords sont nets 9 la matière sanieuse ou purulente est remplacée par de la sérosité trèsabondante d'abord , mais qui finit par tarir, et l'odeur si désagréable disparait. Déjà, au bout de deux ou trois jours au plus, parfois même avant ce temps, on voit renaître le travail de réparation de la perte de substance, et se former en plusieurs points de la plaie de petites plaque3 de tissu cicatriciel très-mince et très-peu résistant ; puis ces îUts de cicatrisation s'agrandissent, se rapprochent les uns des autres et finissent par recouvrir toute la plaie. Cette production de tissu cicatriciel se fait dans certains cas si rapidement que la plaie en est complètement recouverte avant que la réparation des tissus sous-cutanés détruits soit complète : on a alors au-dessus de la surface malade une pellicule cicatricielle adhérente par quelques points seulement aux tissus sous-jacents, et si l'on n'a soin alors de l'enlever là où elle n'est point fixée, on voit se former de petits abcès entre la cicatrice et la plaie, ce qui entrave et retarde la guérison définitive. Nous tenions à faire les remarques précédentes pour mettre un peu en ^arde les praticiens devant un travail trop hâtif de cicatrisation à l'aide de l'acide carbonique et éveiller leur attention sur les particularités qui peuvent se produire dans ce cas.

Le traitement des plaies anciennes par l'acide carbonique présente cet avantage qu'il n'est jamais douloureux. Pour maintenir l'acide carbouique au contact de la plaie nous avons fait construire des appareils en caoutchouc de diverses formes et de diverses longueurs, des manchons emboîtant soit la jambe (fig. 88) ou l'avant-bras, soit même un membre presque entier. Avec un appareil gazogène très-simple et spécial on fait arriver l'acide carbonique dans le manchon de caoutchouc (fig. 88). L'ouverture du manchon doit être juste assez large pour laisser pénétrer le membre et s'appliquer hermétiquement sur sa circonférence, de manière même à y exercer une légère compression. Pour achever de s'opposer à l'action de l'air, on peut appliquer une bandelette de diachy-

F16. 88. — Manchon de caoutchouc.

Ion disposée de façon à ce qu'elle fixe les bords de l'ouverture du man-

332 CARBONE. — acide CAnBOKiQUE (thérapeutique).

choD autour du membre. Tantôt on se contente d'une application dans les vingt-quatre heures, tantôt on la renouvelle toutes les six ou huit heures suivant les indications à remplir. Lorsque le manchon qui doit contenir Tacide carbonique est appliqué, une large bandelette de diachylon est placée sur le bord du manchon afin de prévenir la perle da gaz. On doit bien veiller cependant à ce que la compression exercée en cet endroit ne soit pas forte; en effet, le moindre inconvénient serait que le gaz resterait sans efficacité et même pourrait produire trop d 'excitation. De plus, il faut renouveler le gaz deux fois par jour au moins et vider la sérosité contenue dans l'appareil. Quand on a soin de prendre toutes ces précautions, Tapplication de Tacide carbonique n'est jamais douloureuse.

Lorsque la partie malade ne peut être 'enveloppée d'un manchon, on pratique des douches que l'on renouvelle de deux à quatre fois par jour. On se sert à cet effet de l'appareil Mondollot (fig. 86, p. 329). A la rigueur, on pourrait encore se servir d'un siphon à eau de Seltz, seulement il faut alors renverser Tappareil, de façon que Textrémité libre de la tubulure en verre qui se trouve dans le siphon pénètre dans une atmosphère de gaz au lieu de plonger dans le liquide.

Quand le gaz arrive sur la plaie, le malade éprouve en cet endroit la sensation d'un air tiède, bientôt suivie de chaleur vive, de picotements, de démangeaisons, avec une exsudation séreuse considérable, en un mot tous les phénomènes d'une excitation intense. 11 survient, mais rarement, des cuissons intolérables qui obligent parfois à modérer et même à suspendre l'action du gaz. Le meilleur critérium que Ton ait pour juger vile de l'opportunité de l'acide carbonique pour le traitement d'une plaie, c'est son mode d'action pendant les premiers jours : si le gaz n'a pas modifié la plaie au bout de trois ou quatre jours, s'il n'en a pas fait changer l'aspect, on peut s'arrêter là, pour ne pas perdre de temps, et sans insister plus longtemps passer à un autre traitement. Une précaution à prendre encore, quand on a obtenu la cicatrisation d'une plaie à l'aide de l'acide carbonique, c'est de ne permettre la marche ou tout autre usage actif du membre qu'au bout d'un certain temps après la guérison, parce que le tissu inodulaire s'élant formé très-rapidement, et la réparation des tissus sous-jacents ne marchant pas ordinairement aussi vile, les chairs n'ont pas encore acquis une fermeté suffisante pour résister à un exercice même peu fatigant.

Nous n'ajouterons rien concernant l'application de ce gaz aux ulcérations de diverse nature, telles que les inflammations gangreneuses, les ulcérations syp^litiques, les aphthes qu'on rencontre dans la bouche et l'arrière-gorge. Dans ce cas, pour éviter les accidents que pourrait produire l'inspiration involontaire du gaz administré sous forme de douche, on prescrira au malade de se gargariser et de se rincer souvent la bouche avec de l'eau de Seltz. Nous avons plusieurs fois constaté les bons effets de cette pratique, et Cyr a observé un cas d'ulcérations syphilitiques de la langue très-douloureuses et très-gênantes dans lequel Tusage de l'eiu

CARBONE. — ACIDE CARDOMQDE (iHÉRAPECnQUE). 335

de Seitz de la façon que nous venons d'indiquer, a fait disparaître ces manifestations spécifiques en un temps très-court.

Les affections chroniques de la vessie, cystitey catairhe, surtout lorsquelles s accompagnent d^hyperalgésie^ paraissaient, en raison des propriétés spéciales de Tacide carbonique, devoir être favorablement moditiées par l'administration de ce gaz. C'est en effet ce que l'expérience est venue confirmer. Les médecins anglais du dernier siècle avaient bien essaye de combattre l'affection calculeuse à l'aide de ce gaz, mais leurs tentatives, suivies d'ailleurs de peu de succès, comme on le comprend sans peine, s'étaient bornées à cette application. Ce n'est que dans ces dernières années que Broca et nous, avons employé les injections d'acide carbonique pour combattre la douleur et le catarrhe liés à certaines phlegmasies de la vessie : nous n*avons eu le plus souvent qu'à nous louer de cette pratique. Dans quelques cas de catarrhe vésical avec hyperalgésie, les injections de gaz produisent tout d'abord, à la première séance, une exacerbation de la douleur qui pourrait faire repousser par les malades ce mode de traitement; mais cela n'est pas fréquent, et quand cela se présente, les douches gazeuses ne tardent pas malgré cela à amener une amélioration rapide et à être parfaitement tolérés. Ce serait même précisément dans les cas où l'hyperalgésie est la plus prononcée, que ces injections de gaz donneraient les meilleurs résultats. On s'est demandé cependant si c'était bien à l'action propre de Tacide carbonique qu'étaient dus les bons effets produits dans ces circonstances, ou simplement au contact d'un fluide aériforme sur les parois de la vessie. Mais dans un cas de cystite observé par Broca, on a pu se convaincre que c'était bien à ce gaz qu'étaient dus ces effets, car un jour, chez un jeune homme en traitement par l'acide carbonique, l'air ayant été substitué au gaz, les douleurs reparurent très-vives et ne cédèrent que le lendemain sous rinfluence des injections gazeuses.

On se sert de petites vessies en caoutchouc en forme de poire, d'une contenance environ de vingt à trente centilitres et munies d'un robinet avec un petit tube. Pour pratiquer l'injection de gaz, après avoir introduit une sonde dans la vessie et avoir évacué l'urine, on adapte l'extrémité terminale du tube à l'ouverture de la sonde, on ouvre très-lentement le robinet et le gaz pénètre de lui-même. On peut en activer le passage en pressant dans la main le petit réservoir. On renouvelle également ces injections de deux à quatre fois par jour, mais chaque fois il faut maintenir le gaz dans la vessie pendant au moins cinq minutes au début, puis pendant un temps plus long.

Un mot des maladies des organes des sens que l'on a ^sayé de combattre à Faide de ce gaz. Ici l'empirisme avait depuis longtemps devancé la science. En effet, depuis plusieurs siècles, on savait en Allemagne que la vapeur lourde qui s'exhalait de certaines sources effervescentes guérissait les maux d'yeux et les surdités. Les observateurs modernes n'ont «u qu'à confirmer les croyances populaires et à préciser les indications de l'emploi de l'acide carbonique. C'est surtout dans les conjonctivites chro-

334 CARBONE. — acide carbonique (bibliographie).

niques, dans les kératites chroniques superGcielles et même profondes, dans les ulc&ations de la cornée^ Vamaurose tout à fait au début, que Tob peut espérer obtenir de bons effets des douches d'acide carbonique. On peut même appliquer le gaz aux inOammations aiguës de l'œil, seulement on doit prendre quelques précautions, diminuer par exemple la force do jet, ne pas diriger le gaz directement sur le globe oculaire mais sur set enveloppes, de crainte que Faction excitante de Tacide carbonique nV mène une exacerbation des symptômes.

Quant aux maladies de Foreille, Yotorrhée scrofuleuse ou sub-ioflanmatoire est une de celles contre lesquelles le gaz carbonique est le pb efficace; la surdité même, pourvu qu'elle ne soit pas liée à unelésioa organique grave, a maintes fois cédé à l'emploi de cet agent. « C'est surtout, ditE. Barbier (de Vichy), dans les cas de surdité commençante, résultant soit d'une otite chronique, soit d'un paralysie débutante de li pulpe auditive, ou d'une lésion de la trompe d'Eustache, à la suite dW phlegmasie de cet organe, que les douches d'acide carbonique sont suivies de résultats heureux et souvent inattendus. On a, en effet, observé des malades qui avaient ainsi recouvré instantanément le sens de Fouie après quelques séances, même après une première opération; mais dans ce cas l'effet n'a été que temporaire; il en était résulté toutefois, une modification notable et satisfaisante. Dans cette affection, le malade dirige le jd de gaz dans l'oreille externe pendant dix à vingt minutes, réitérant ao besoin l'opération dans la journée, et prolongeant ainsi quinze à vingt jours, suivant les résultats obtenus. Il est rare qu'après ce délai, il ne 8e produise pas au moins une amélioration sensible, et quelquefois le rétablissement de l'ouïe.

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L'oxyde de carbone est du petit nombre des gaz qui n'ont pu encore être ni liquéfiés, ni solidifiés. On l'a soumis simultanément au froid le plus intense, et à la pression la plus considérable, sans avoir pu réussir à déterminer son changement d'état.

Son action sur l'économie est essentiellement délétère. Les animaux qu'on y plonge y meurent immédiatement, non-seulement par ce qu'il ne leur fournit pas l'oxygène nécessaire à la respiration, mais parce qu'il exerce réellement sur eux une action toxique. Leblanc a vu qu'un animal peut vivre dans une atmosphère renfermait 25 pour 100 d'acide carbo-

FiG. 89. — Disposition d'appareil pour faire respirer à un chien de l'oxyde de carbone mêlé d'air.

336 CARBONE. — oxyde de CAnnoNE.

nique, tandis qu'il périt très-rapidcmont dans unç atmosphère qui ne renferme que 1 ou 1/2 pour 100 d'oxyde de carbone. Cette propriété délétère de l'oxyde de carbone a été étudiée avec soin par Cl. Bernard, quia reconnu : 1<> que ce gaz communique au sang une couleur rutilante' vive, persistante; 2° qu'il empêche le sang artériel de devenir veineux en paralysant les globules, et mettant obstacle aux échanges gazeux dontik sont les agents.

Le premier effet a été constaté en faisant respirer à un animal (fier. 89i soit dé l'air pur contenu dans le ballon A , soit de Tair contenant une'Jelile proportion d'oxyde de carbone contenu en OC. En ouvrant la veine jugulaire, on voit que le sang qui s'en écoule est noir dans le premier cas, et rouge dans le second. La teinte est d'aillAirs d'autant plus vermeille que la proportion d'oxyde de carbone mêlé à l'air a été plus considérable.

Quant au second point, il a été établi (fig.90: en mêlant du sang avec différents gaz, oxygène, acide carbonique, oxyde de carbone, et suivait par l'analyse les modifications que ces gaz avaient éprouvées, tant dans leur nature que dans leur volume apparent. L'opération peut se faire au moyen d'un tube gradué A, dans lequel on introduit le mélange de sang et de gaz, et qui peut ^ visser au-dessus d'un second tube B, muni Je deux robinets, R, r, et rempli de mercure. Après un contact suffisamment prolongé, on mesure le volume de gaz et on en apprécie la nature. On reconnaît ainsi que le sang qui a été en contact avec Toxyde de carbone ne peut plus absorber d'oxygène.

L'oxyde de carbone peut se combiner avec le chlore et former un gaz analogue à l'acide carbonique, dont il ne diffère qu'en ce qu'un équivalent d'oxygène s'y trouve remplacé par un équivalent de chlore. On a donné à ce gaz le nom d'acide chloroxycarbonique. Il suiCl, pour l'obtenir, de mêler volumes égaux d'oxyde de cnrbone et de chlore, et d'exposer le mélange à l'action de ff. la lumière solaire. Le volume diminue de moitié,

Fie. 90. — Tube eudiomé- ct l'on obtient l'acide chloroxycarbonique sous trique pour observer le forme d'un gaz incolorc, rougissant le tournesol, gaz mis en conùct"ivec îe ^'""^ densité de 3,399, possédant une odeur sufsang. focante, et éteignant, les corps en combustion.

L'eau le décompose rapidement, en produisant des acides chlorhydrique et carbonique : COCl -f- HO = CO* H- IICl. Lorsqu'on fait passer un courant d'oxyde de carbone à travers une

CARBONE. — OXYDE de carbone. S57

dissolution de protochlorure de cuivre dans Tacide chlorhydrique, le gaz est absorbé rapidement et en quantités considérables. Il est retenu avec une force telle, qu'il ne peut être expulsé ni par l'ébuUition, ni par le vide. Les divers sels cuivreux dissous dans Tacide chlorhydrique ou dans Tammoniaque, jouissent de la même propriété, et absorbent des quantités considérables d'oxyde de carbone.

Il sufBt, ainsi que nous Favons dit plus haut, de faire passer de Tacide carbonique sur du charbon chauffé au rouge pour obtenir l'oxyde de carbone ; mais ce n'est pas ainsi qu'on le prépare habituellement dans les laboratoires.

On se procure ce gaz très-facilement en chauffant dans un ballon 8 à

10 parties d'acide sulfurique concentré avec une partie d'acide oxalique cristallisé. ^ peine la température a-t-elle dépassé 100 degrés, que le dégagement du gaz commence. L'acide oxalique dont on fait usage dans cette réaction, ne peut exister qu'en combinaison avec l'eau. Sa formule est CH)',5H0. Si l'on vient à lui enlever cette eau, il se dédouble immédiatement en oxyde de carbone et acide carbonique, qui se dégagent à volumes égaux C*0* = CO -f- CO*. Or, l'acide sulfurique que l'on fait intervenir en grande quantité et à l'état concentré, a précisément pour effet de déshydrater l'acide oxalique, et de provoquer son dédoublement.

11 ne reste plus qu'à diriger le mélange des gaz ainsi produits dans un flacon contenant une lessive alcaline : celle-ci retient tout l'acide carbonique, et le gaz que l'on recueille est de l'oxyde de carbone pur.

Si, après avoir introduit dans un eudiomètre 100 volumes d'oxyde de carbone et 100 volumes d'oxygène, on vient à faire passer l'étincelle électrique dans le mélange, on remarque qu'il y a détonation et condensation : les 200 volumes se trouvent réduits à 150, et il est facile de reconnaître que le gaz ainsi condensé est formé de 100 volumes d'acide carbonique et de 50 volumes d'oxygène. Or, on sait que les 100 volumes d'acide carbonique correspondent à 100 volumes d'oxygène et 50 volumes de vapeur de carbone. Il s'en suit donc que les 100 volumes d'oxyde de carbone mis en expérience, contenaient 50 volumes de vapeur de carbone et 50 volumes d'oxygène, ou, en poids, 6 de carbone pour 8 d'oxygène.

Le dosage de l'oxyde de carbone, dans l'air ou dans un mélange gazeux, peut être pratiqué de deux manières :

1^ En absorbant directement l'oxyde de carbone par le protochlorurc de cuivre dissous dans l'acide chlorhydrique. Il faut avoir soin de saturer préalablement les vapeurs de cet acide à l'aide d'un peu de potasse. Si le mélange gazeux contient de l'acide carbonique et de l'oxygène, on enlève le premier par la potasse, et le second par l'acide pyrogallique ;

T En mêlant le gaz à analyser avec un excès d'oxygène pur, et faisant passer l'étincelle électrique dans le mélange. L'action comparée de la potasse caustique, avant et après l'étincelle, donne la proportion d'acide carbonique qui s'est produit, et, par suite, celle de l'oxyde de carbone qui existait dans le mélange.

Henri Buicnet.

SOtV. WtT. Mtr. ET CUIR. VI. — 22

338 CARBONE. — oxtoe be cabbore (actioii voxioie).

Propriétés anesthésigues. — Tourdes (de Strasbourg) a tait ooiuUr, en 1855, les propriétés anestbésiques de oe corps gazeux; il aeouUlé, dans un grand nombre d^ expériences, qu'un animal peut être anesthéâé plusieurs fois de suite sans que sa vie soit compromise ; cet oxyde détow mine, comme le chloroforme et Péther, rinscnsibilité, la résolutioadei membres, le ralentissement de la respiration ; il importe de s arrêlff quand Panesthésie est complète, car si on prolonge l'action du gaz, l'aiimal succombe, soit brusquement avec quelques convulsions, soit su» phénomènes appréciables, la transition du sommeil à la mort étant iir sensible.

a En constatant Faction anesthésique du carbone, dit Tourdes ea terminant son mémoire, c'est un devoir de signaler,- en même temps, h dangers qui résultent de la forme gazeuse et de la difGculté de Tapplica» tion de cet iigent, afin de ne point porter la responsabilité des accideots qui pourraient survenir un jour. »

En 1856, Léon Coze, sMnspirant des faits résultant des expériences le Tourdes, a employé des douches utérines d'oxyde de carbone sur oœ femme atteinte d'up cancer ulcéré de la matrice ; la malade épnnm d'abord quelques vertiges, puis ensuite un état de bien-être, suivi de h cessation complète des douleurs.

ACTION TOXIQUE. — Le charbon brûlant dans l'atmosphère ordinaire dégage de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone, ce dernier est produit alors en quantité très*minime, mais quand la combustion se ta dans un lieu où l'oxygène de Fair est en quantité insuffisante, il se tonne beaucoup d'oxyde de carbone et peu d'acide carbonique.

En traitant de cet empoisonnement, nous ne nous occuperons que des accidents que l'on attribue à Toxyde de carbone ; quant aux effets delètères de l'acide carbonique, voyez CARBOMiQnE (acide), p. 32S.

Le charbon de bois est souvent employé dans un but de suicide; les précautions préliminaires qui sont prises pour faciliter Faction toxique ont pour but de diminuer ou même d'empêcher Paccès de Pair extériâir dans le lieu où la combustion va s'opérer, et par conséquent de rendre moins facile la formation de Facide carbonique et par suite de faire pédominer la quantité d'oxyde de carbone; aussi c'est avec raison que les auteurs récents ont attribué à ce gaz la plus grande part dans Fintoxicition par la vapeur du charbon ; néanmoins il résulte des expériences de Cl. Bernard que Foxyde de carbone n'agit pas avec la même force qmod il est seul, mais que son action nocive est singulièrement augmentée quand il est mélangé à l'acide carbonique ; celui-ci asphyxie, Foxyde de carbone empoisonne.

Le mode de combustion a une grande influence sur la formation de l'agent délétère; si elle est rapide, il y aura une plus grande quantité d'acide carbonique, si elle est lente l'oxyde de carbone prédominera, et c'est le cas le plus fréquent dans les suicides, puisque la combustion s'opère, avec préméditation, dans des appartements bien fermés.

Les vapeurs de charbon peuvent occasionner accidentellement des

CARBONE. — oxYOB de carboke (ehpoisokkeiiekt).

ftyittpMmes graves et même la mori ; l'usage des braseros si commua» «n

Espagne, des tendours dans le Levant, les vicieuses installations des^clM-

minées, des poêles chauffés avec le charbon, etc., ont déterminé ipui

' qnefbis des empoisonnements plus ou moins complets et altéré pour un

' temps plus ou moins long la santé des personnes qui avaient élé tKf-

' sées à ces émanations délétères.

^ Symptômes de V empoisonnement. — La vapeur du charbon a une e<Uig

* caractéristique désagréable ; elle donne lieu à des nausées, à une rnyha ^ lalgie fort incommode ; les sujets éprouvent un sentiment de compreaaîaa aux tempes, des bourdonnements avec bruits et sifflements dans ks ^ oreilles, des éblouissements et des troubles de la vue, de la tendance. «i ' sommeil. Ces symptômes sont surtout très-marqués au moment «À le charbon s'allume, ils diminuent quand la combustion est bien établie ; si ■ ces émanations gazeuses ont lieu dans un endroit clos, il survient graduellement une insensibilité générale, commençant par les extromitéft et s de là s'étendant progressivement vers le tronc, elle persiste quelquefaîa ii après le retour de la connaissance.

i' La motilité est troublée de deux manières; il y a d abord résolutioa

i muscijdeire et inaptitude à produire des mouvements et ensuite de véritables paralysies.

1 La circulation est profondément modiGée, elle est extrêmement raie»-

t tie dans les capillaires, et même tout à fait arrêtée à un degré plus avancé I de l'empoisonnement ; elle cesse en premier lieu dans les parties les phia [i éloignées du cœur ; les battements de cet organe sont tumultueux, ils faiblissent souvent par intervalles.

I La respiration est lente, pénible, parait s'arrêter quelquefois. À me-

i sure que l'empoisonnement fait des progrès, la tendance au soibbmîI devient irrésistible, un coma de plus en plus profond s'établit et la amA b survient le plus ordinairement dans un calme parfait ; quelquefois les [ sujets tombent dans une sorte d'extase qui persiste jusqu'à la perte eoar r plète des facultés intellectuelles.

s Leudet (de Rouen) a observé, à la suite de cet empoisonnement, des

^ inflammations des nerfs avec formation d'abcès et apparition de diverses i éruptions cutanées. Cet auteur rattache ces symptômes à des troubles des , nerfs vaso-moteurs ; leur durée est assez courte, ils disparaissent sans I laisser des traces, excepté quand il y a des abcès. Les lésions des ner& moteurs et sensitifs qui sont la conséquence de l'action délétère des ématnations fournies par le charbon, ont une durée plus longue, peuvent être indurables, s'étendre du centre à la périphérie, de la périphérie au centre, et enfin causer la paralysie ascendante aiguë.

Lésions anatomiques, — Quand la mort a eu lieu à la suite de cet empoisonnement, on observe les lésions suivantes :

La face est calme, pâle, décolorée, elle a quelquefois une couleur rouj^ violacée ; les yeux sont brillants, saillants, durs au toucher ; les pupilles sont rarement dilatées ; la peau du corps présente une teinte rosée qui persiste souvent assez longtemps après la mort ; on remarque parfois des

340 CARBONE. — oxtde de carbone (ehpoisonxehekt).

marbrures sur les cuisses ; la roideur du cadavre est très-prononcée, ei les sujets conservent les attitudes qu'ils avaient avant ta mort; la puMfaction est retardée dans sa marche.

Les papilles de la langue sont très-développées. La muqseuse deTi^ pareil respiratoire est d'une couleur rosée et recouverte d'une matièR spumeuse y visqueuse et parfois sanguinolente. Les poumons sont saillants, recouvrent le cœur et se touchent sur la ligne médiane; ils sont rouge brun, laissent écouler à la coupe et à la pression du sangliqukk, épais, visqueux. Le foie, la rate, les reins sont gorgés de sang. Les mtés droites du cœur «sont remplies d'un sang noir, liquide d'après qoriques auteurs, rose vif ou couleur cerise d'après d'autres; les cavités gauches sont presque vides.

Il existe des différences assez grandes dans les lésions attribuées à i'emporsonnement par l'oxyde de carbone, suivant les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. Lhéritier a cherché à expliquer ces dissidences, en démontrant par des faits queTétat des cadavres variait suivant que la mortanit été prompte ou tardive et que la nécropsie avait été pratiquée peo k temps ou longtemps après la mort.

Cet auteur a remarqué que lorsque l'ouverture du cadavre avait été tûte peu après la mort, la face, les muqueuses étaient pâles, le sangdacœurel des vaisseaux d'un rouge vif; quand la nécropsie a lieu tardivement, h face est violacée, le sang couleur lie de vin, et ces lésions s'observent ausà quand l'action toxique a été lente à se développer.

D'après les expériences de Cl. Bernard, l'oxyde de carboné afflènc h mort en anéantissant les propriétés physiologiques des globales sanguns, tout en produisant en même temps leur conservation anatomique ; il Its paralyse et augmente l'obstacle qu'apporte l'acide carbonique à l'éebn^ des gaz ; d'où il résulte que le sujet absorbe fort peu d'oxygène.

D'après Klebs (de BerUn), l'oxyde de carbone détermine une drUtalion et une élongation des vaisseaux, par suite, une atonie de leur tunique muscslaire; en conséquence, on observe alors un relâchement de la eircututimet une accumulation de sang dans les parties périphériques et une insuffisance des contractions du cœur ; celui-ci ne serait que tardivement inflaenoi.

Traitement. — Il convient avant toute chose d'enlever le sujet dutfeo où l'intoxication a été produite, il faut ensuite le placer à Pair lil)re, couché sur le dos tout nu, la tète et la poitrine élevées ; on pratiquera, sans retard, des aspersions avec Peau froide ou tiède, suivant la saison, ^ tout le corps et principalement sur le visage et la poitrine ; l'eau doitêtrt projetée avec force et en fouettant les parties ; ce moyen, soH\'ent trèsefficace, doit être long-temps continué; Dalbon recommande dans tontes les saisons l'eau à 40 degrés ; en même temps, il faut fortement frictionner le malade avec des flanelles imprégnées de liquides excitants, tels que l'oxycrat, l'alcool camphré, l'eau de Cologne, le baume de Fioraventi, etc.; les parties mouillées doivent être de temps en temps essuyées avec des serviettes chaudes ; on irritera la membrane pituitairc avec l'ammoniaque ou avec une allumette soufrée enflammée, on stimulera les fosses nasales

CARBONE. — oxTDE DE CARBONE (empoisonnemekt). 341

avee les barbes d'une plume, les lavements froids Tinaigrés dolTeni être prescrits et on pratiquerait au besoin la respiration artificielle. Si des pliénomènes ëe congestion se manifestaient ou étaient en imminence, on pourrait avoir recours à la saignée générale. Duchenne (de Boulogne) a conseillé la faradisation pour réveiller la sensibilité de la peau et pour ranimer la respiration.

iilebs, admettant que Toxydc de carbone détermine une réplétion trèsconsidérable des vaisseaux périphériques due à une modification survenue dans la tonicité de leurs parois, a proposé pour combattre les accidents qui en sont la suite, de recourir aux moyens susceptibles de produire une constriction de ces vaisseaux.

D'après ses expériences, Tergot de £eigle remplit le mieux cette indication ; il s'est servi d'une solution d'ergotine de Bonjean qu'il a injectée dans les veines dans les cas très-graves, et qu'il a prescrit à l'intérieur quand les symptômes étaient moins intenses ; cette solution peut aussi être administrée par la méthode hypodermique.

Remak (de Berlin), considérant que dans le traitement de Tempoisonnement par l'oxyde de carbone, la première indication consiste à rétablir les fonctions hématosiques des globules sanguins, recommande dans ce but remploi du courant galvanique constant.

. Le retour à la vie s'annonce par des hoquets légers avec sifflements el resserrement des narines et des mâchoires, par un râle trachéal suivi de r^xpuîtion de matières glaireuses, épaisses, quelquefois sanguinolentes ; le ualade est pris ensuite d*horripilations ou tremblement général ; bientôt la chaleur reparait et les fonctions se rétablissent graduellement ; néanmoins la face reste hébétée pendant quelque temps, les yeux sont fixes, le regard incertain; quelquefois survient un délire furieux. Quand le calme est complètement rétabli, le malade éprouve pendant plusieurs jours de la fatigue musculaire et une céphalalgie persistante.

Quand le malade sera revenu à lui, on le placera dans un lit chaud, en ayant soin de laisser ouvertes les fenêtres de Vappartement ; on donnera des boissons toniques, quelques cuillerées de vin généreux, ou une potion cordiale. — Les secours que réclament les individus empoisonnés par les vapeurs de charbon doivent être administrés avec la plus grande promptitude, car l'action délétère de l'oxyde de carbone est très-rapide; il faut les continuer même alors que la mort parait être réelle ; on a vu des malades rappelés à la vie après plus de douze heures de traitement; il ne faut les cesser que lorsque apparaît la rigidité cadavérique, que l'on ne confondra pas avec la rigidité convulsive que cet empoisonnement détermine.

ToDRDcs, Mémoire sur l'action ançstbésique du gaz oxyde de carbone (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLIV, 1857, p. 96j.

BKRNiRD (Cl.), Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857; lO*, 11% 12% 13* leçons.

Leuoet (E.), Recherches sur les troubles des nerfs périphériques et surtout des nerfs vaso-moteurs consécutif» à l'asphyxie par la vapeur du charbon (Arch.gén. de méd., mai 1865).

AUG. BâRR ALLIER (dc Toulou).

di2 CARBONE. — hydrot.èke protocarbomé.

L'acide carbonique et Toxyde de carbooe sont les seuls composés <|ik It carbone puisse former avec Poxygène en brûlant à Tair. Mais on peal OKf gêner le carbone par des moyens détournés, et produire alors d^autres composés, dont quelques-uns, comme Vaeide oxaliquey ont une graode inportance s^u point de vue médical {voy. Oxalique (acide).

COMBINAISONS DU CARBONE AVEC l'hTDROGÈNE.

Parmi les propriétés chimiques que présente le carbone, une despku iflqportantes est celle qu'il possède de former des combinaisons mid* breuses et variées avec Thydrogène. Ce caractère le distingue du Irareel d« silicium, qui viennent se placer à côté de lui dans le groupe des nètaHoîdes, et avec lesquels il présente en effet les analogies chimiques les plus marquées.

Si Ton n'a pu jusqu'ici combiner directement le carbone avec l'hydrogène, on n'en connaît pas moins de nombreux composés naturels oa artifices, qui ne sont autre chose que des combinaisons définies de ces dni dMrps. Quelques-uns sont gazeux, comme le gaz de l'éclairage; d'aalres sMit liquides, comme l'essence de térébenthine ; d'autres, enfin, soit solides, comme certains stéaroptènes. Nous ne devons étudier ici que rbydrogène protocarboné, ou ga% des maraiSy et Thydrogène bioarliooé, OB ga% de V éclairage.

Mydrogéiie pratoearboné, OH«. — L'hydrogène protocarboné est un gaz incolore, inodore, insipide, sans action sur les réactifs oolofés, complètement insoluble dans Teau, ayant une densité égale à 0,559. Quaal i\n respire un air qui en contient un dixième de son volume, on épreufe UA serrement assez douloureux dans la région des tempea.

Soumis à l'action d'une température élevée, il se réduit à ses démêlements, et il éprouve le même effet de la part d'une série d'étincelles. Il

s'enflamme à l'approche d'un corps en ignition, et brûle avec une flamme pâle. Mêlé d'oxygène ou d'air, il détone fortement, soit par la chaleur, soit par l'étincelle électrique, en donnant naissance à de l'acide carbonique et de l'eau.

Le chlore agit énergiquement sur ee gai avec le concours de la chaleur ou de la lumière, et donne lieu à différents produite de substitution, qui ne diffèrent de l'hydrogàie protocarboné, qu'en ce que le chlore y rem- „ ^. place l'hydrogène, molécule à molécule. L'un

Fis. Oi . — Flacon muni d un enton- \ i •* * i i i i» rtiirP

noir pour l'extriction du g» in- de CCS produits est le chloroforme, (THll

flammable de U vase des marais. (t'OJ/. Chloroforhe).

Le gaz des marais se forme au fond des eaux stagnantes par la décomposition spontanée des débris organiques qui s'y trouvent (fig. 91). Il suffit d'agiter la vase de ces marais pourvoir

CARBONE. — uTDBOoèHE bicabbob^, 343

86 dégager ées bulles gaxeuses qui sont un mélange d'hydrogène protocarboné, d'aiote, d'oxygane et d acide carbonique.

L'hydrogène protocarboné se produit spontanément dans les mines de houille. Comme il est phis léger que Tair, il tend à s'accumuler dans la partie supérieure des galeries, où il forme avec Tair des mélanges explosifs qui détonent à l'approche d'un corps enflammé. Ces détonations sont quelquefois très-yioientes, et il arrive souvent qu'elles déterminent la mort d'un grand nombre d'ouvriers. On donne au gaz des houillères le nom de grisou. C'est pour mettre les ouvriers à l'abri de ces dangers que Davy a imaginé la lampe de sûreté qui porte son nom.

Le procédé que l'on suit pour préparer l'hydrogène protocarboné, a été indiqué par Dumas. Il consiste à chauffer un mélange d'acétate de soude et de chaux dans une cornue de verre munie d'un tube propre à recueillir les gaz. On élève graduellement la température jusqu'à 350 et même 400 degrés. On voit se dégager un gaz qui est Thydrogène protocarboné pur. La réaction s'explique au moyen de Téquation C^H^O^NaO + CaO = NaOCO* -h CaOCO* 4- C*H\ Cette action est générale. Toutes les fois qu'on pourra, sous une influence quelconque, enlever à un équivalent d'acide acétique nz: C^H^O^, les éléments de deux équivalents d'acide carbonique = CH)^ on donnera naissance au gaz des marais = C*H\ qui représente précisément la difiEérence entre ces deux formules.

En faisant détoner, dans un eudiomètre, 1 00 volumes de gaz des marais et' 300 volumes d'oxygène, on obtient 200 volumes de résidu gazeux conetitué par 100 volumes d'acide carbonique et 100 volumes d'oxygène. Les fOO volumes de gaz des marais contenaient donc 50 volumes de vapeur de carbone. Or, comme il reste 100 volumes d'oxygène, et qu*il en entre 100 volumes dans l'acide carbonique produit, il faut que les 100* autres volumes aient formé de l'eau avec 200 volumes d'hydrogène. La composition du gaz des marais serait, d'après cela :

Vapear de carbone 1/2 Tolome 75 en poids.

Hydrogène 2 volamcff Î5 id,

La densité calculée donne 0<%561, chiffre très-voisin de 0%559, fourni pat l'expérience*

■ydr^féne Mearlieiié C«H«. — L'hydrogène bicarboné est un gaz incolore, insipide, doué d'une légère odeur empyreumatique. Sa densité est 0'',985. Il se décompose par la chaleur en carbone, hydrogène et gaz des marais^

Soumis simultanément à une forte pression et au froid considérable* produit par le bain d'acide carbonique et d'éther, il se liquéfle et fournit un liquide incolore, très-mobile et très-réfringent. Ce liquide possède urie tension de vapeur considérable qui, même à 20 degrés au-dessous de 0, surpasse encore celle de 25 atmosphères.

L'hydrogène bicarboné s'enflamme au contact de l'air par l'approche d'un corps en ignition, et brûle avec une flamme blanche très-éclairante. C'est qu'en effet ce gaz contient deux fois plus de carbone que le précédent

544 CARBONE. — hydrocèke bicabboké.

pour la même quantité d'hydrogène, et c'est ce carbone qui, mtaot interposé dans la flamme, lui donne le pouvoir éclairant qu'elle possède.

Un volume d'hydrogène bicarboné, mêlé à trois volumes d'oxygène, donne un mélange explosif, qui détone avec violence à l'approche d'm corps en ignition. Si on opère dans un flacon de verre, cehii-ci wfpfesque infailliblement brisé.

Quand on expose à la lumière difTuse un mélange à volumes égaïade chlore et d'hydrogène bicarboné, les deux gaz disparaissent graduelkment et complètement : on trouve à leur place un liquide huilem qni ruisselle le long des parois, et qui a pour composition C^HH^l*. Ce Kqnile huileux bout à 82^5. Il est connu sous le nom de liqueur des HoUand^. C'est à cette réaction que l'hydrogène bicarboné doit le nom de^i# fiant^ sous lequel il est souvent désigné.

L'hydrogène bicarboné se prépare dans les laboratoires par un procédé qui le donne facilement et en grande abondance : après avoir mêlé une partie en poids d'alcool et cinq parties d'acide suliurique concaitR, on introduit le mélange dans un ballon, et on chauffe gradeellemeM jusqu'à ISO"". A ce moment, on voit se dégager un gaz qni est prèeisément l'hydrogène bicarboné. La composition de Talcool peut se représenter, en effet, par de l'hydrogène bicarboné et de l'eau, C*H*+HH)*. L'acide sulfurique, dont l'affinité pour l'eau est considérable, protoque ce dédoublement de l'alcool, et met en liberté le gaz défiant. Mab, a mesure que lalcool se détruit, le point d'ébullition du mélange s'élèfe, et bientôt la température est assez élevée pour que l'hydrogène bicarboné puisse décomposer l'acide sulfurique et former des acides sulfnreuiel carbonique, qui se dégagent en même temps que lui, et le souillent «o s'y mêlant. Pour le débarrasser de ces produits accidentels, cêmme^ ceux qui lui sont étrangers et qu'il pourrait contenir, on le (ait pwer successivement à travers une dissolution de potasse caustique qui retint les acides sulfureux et carbonique, puis à travers de l'acide sulfuiiqM concentré qui retient la vapeur d'éther. On anf'éte l'opération, dè^qttV» voit le mélange se boursoufler et donner lieu à une production denpeurs blanches.

Lorqu'on introduit dans l'eudiomètre 1 00" de gaz oléfiant, etSUO** d'oiygène, on ne retrouve plus, après l'étincelle, que 400^ de résidu faMW constitué par 200" d'acide carbonique et 200" d'oxygène pur. 100"d'oiygène ont donc disparu pour former de l'eau avec 200**^ d'hy^togè». La composition des 100 volumes de gaz oléfiant se trouve ainsi représentée par :

Vapeur de carlionp 100 Tolumei! ou en poids 85.7

Hydrogène 200 tolumes id. ^*.5

Ce qui correspond à la formule C*ll*.

Parmi les hydrogènes carbonés ayant la même origine que le g» oléfiant, et se rattachant à la série homologue des dérivés des alcools, se trouve le composé C*®H*% connu sous le nom d'amy/ine, eropWyé diDs

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