CAROTIDES. — LIGATURE
Quelques autres explications de ces phénomènes plus ou moins tardifs et localisés, ont encore été tentées, et quoique aucune d'elles ne me paraisse pouvoir rendre un compte satisfaisant, je ne dirai pas de la généralité des faits, elles n'ont pas cette prétention, mais de quelques I accidents isolés, je crois devoir les passer rapidement en revue.
Selon P. Bérard, l'hémiplégie, que par parenthèse il croyait beaucoup t plus rare qu'elle n'est en réalité, tiendrait à ce que les artères qui eni trent dans la composition de l'hexagone artériel n'ont pas toujours le i même calibre chez tous les sujets. Ainsi, par exemple, s'il arrive que la L ligature soit faite chez un individu dont les artères communicantes sont T: peu développées, Tabord du sang sera arrêté dans les deux tiers antét rieurs de Thémisphère correspondant du cerveau, et tout le côté opposé \ du corps se trouvera paralysé. Mais alors l'hémiplégie devrait avoir lieu I immédiatement après la constriction du fil ; or, c'est le contraire qu'on a 1 observé. Aussi, Bérard, qui avait bien senti l'objection, va-t-il au-devant c et ajoute : que cette hémiplégie est peut-être duc alors à une hémorf rhagie cérébrale, déterminée elle-même par les eflbrts que fait le sang p pour dilater les capillaires trop étroits.
j Or, c'est là une pure hypothèse, et s'il est vrai qu'on ait trouvé à
^ l'autopsie des infiltrations, des taches ecchymotiques et même des foyers ,, d'apoplexie capillaire, ces faits, qui d'ailleurs sont la règle et non g l'exception, trouvent leur explication dans la paralysie des nerfs vaso- P moteurs démontrée directement par la physiologie expérimentale, et non I dans cette étroitesse des artères que rien ne prouve.
Cette théorie du diamètre variable des artères qui composent le \ cercle artériel a été reprise et défendue avec talent et conviction par ' J. Erhmann qui l'a appuyée sur des faits anatomiques intéressants. Mais je ferai simplement observer qu'en supposant le cercle artériel développé incomplètement chez un individu auquel on vient de lier la carotide, ce qui est déjà faire une large concession, il est bien plus probable et bien plus rationnel de supposer qu'il arrivera de deux choses Tune, ou les accidents d'hémiplégie surviendront de suite, ou ils n'arriveront pas du tout. Effectivement, à partir du moment où la circulation ' est interrompue dans un des afDuents de l'hexagone, la nature travaille ' à l'élargissement des voies circulatoires de la base du crâne, qui s'agran- ' dissent au lieu de se rétrécir, ainsi que l'ont prouvé les autopsies faites ' par Mott et A. Cooper, d'individus ayant succombé longtemps après la ^ ligature des carotides. L'hémiplégie devrait donc se déclarer immédiate- ' ment et tendre à .disparaître insensiblement, ce qui est précisément l'opposé de ce qu'on observe; la théorie de P. Bérard et d'Erhmann est donc tout à fait insuffisante pour expliquer l'hémiplégie.
De son côté, Leforl a proposé une autre explication de ce phénomène; il pense qu'il est dû à une sorte d'embolie cérébrale occasionnée par un fragment de caillot détaché de celui qui oblitère la carotide interne; il explique ainsi ces ramollissements cérébraux observés par Packard et Stanley, auxquels il faut ajouter les cas de Maisonneuve, et il rapproche
414 CAROTIDES. — ucatobe.
ces faits de ceux observés dans le ramollissement par thrombose cérébrale dus à Virchow, Charcot et T^ancereaux. C'est là une opinion fort plausible à laquelle il ne manque que la démonstration directe, ainsi que d'ailleurs le reconnaît Leiort. Il faut donc attendre les faits, il sera temps alors de la discuter.
Il reste maintenant à dégager encore de ce problème déjà si complJqaé une autre inconnue dont la solution intéresse surtout la médecine opératoire. Jusqu'ici, je n'ai parlé que des phénomènes cérébraux proprement dits laissant de c6té l'explication d'autres accidents dont certainement la cause pourrait être à la rigueur regardée comme provenant des centres nerveux, mais qui bien plus probablement, doit être rapporté à une lésion des nerfs qui avoisinent la carotide au niveau de la plaie. Je veux parler des troubles qui se manifestent du côté de la bouche, di pharynx, de l'œsophage et parfois de l'estomac d'une part, du côté di larynx, du poumon et du cœur d'autre part.
Déjà en 1859, à propos de l'aphonie qui survient chez quelques opérés, j'avais émis au sein de la Société de chirurgie cette opinion qu'elle pouvait être attribuée, soit à la lésion directe des filets nerveux qui avoisinent l'artère, soit à l'irritation consécutive produite par le voisinage d'une plaie en suppuration, irritation entretenue par le séjour du fil. Je me fondais sur les expériences récentes de Gaude Bernard, qui avait déterminé à volonté divers phénomènes graves du côté du cœur et di poumon, et des épanchements dans la plèvre rien qu'en irritant le ganglion cervical inférieur du grand sympathique. Mais, à cette époque, cette opinion, fondée sur les idées physiologiques nouvelles, parut peut-être un peu prématurée, toujours est-il qu'elle n'eut pas un grand succès. Il me sera permis de la reproduire de nouveau aujourd'hui, mais ea lui donnant des développements qui d'ailleurs étaient déjà dans ma pensée et en l'appuyant sur des faits. J'en tirerai ensuite des conclusiom pratiques.
La carotide primitive est accompagnée par deux gros troncs nerveux qui lui sont pour ainsi dire accolés, le pneumogastrique et le grand sympathique, le premier surtout ; de plus, de nombreux filets émanant des nerfs laryngés supérieurs et inférieurs, de l'anse nerveuse du grand hypoglosse, et surtout du grand sympathique, forment au-devant d'elle et sur le côté du larynx, un plexus sur lequel Huguier a attiré avec juste raison l'attention. Enfin, sur la carotide elle-même rampent de nombreux filets provenant de diverses sources, qui accompagnent jusque dans la profondeur des organes, les nombreuses branches qu'elle émet après sa division.
Or, il est, je ne dirai pas difficile mais impossible, que dans les manœuvres opératoires on ne blesse pas ou n'irrite pas quelques-uns de ces nerfs, surtout si on veut bien se rappeler la manière dont on procède ^ généralement à l'isolement de Tartère, c'est-à-dire par déchirure avec le bec de la sonde et non par incision. Puis, il faut passer le fil, et dans le mouvement de bascule qu'on imprime à l'aiguille en arrière de l'artère,
CAROTIDES. — LiGATunE. 415
qui peut répondre de ne pas contusionner le tronc même du pneumogastrique ou du grand sympathique? Entin, le fil laissé dans cette plaie profonde, en rapport direct avec ces deux troncs nerveux, provoque autour de lui, et par conséquent autour d'eux une inflammation de voisinage ou au moins une irritation qui ne peuvent pas être sans influence sur les fonctions de ces nerfs.
11 ne faudrait pas croire d'ailleurs que toutes ces considérations soient de pures hypothèses ; voici des faits qui les justifient. Roux lie la carotide primitive pour arrêter une hémorrhagie survenant pendant l'ablation d*une tumeur; au moment où il serre le fil, la malade est prise d'accidents tellement graves du côté de la respiration qu'on pense avoir saisi le pneumogastrique. On relâche la ligature mais inutilement, les accidents continuent, et la malade ayant succombé, on constate qu'effectivement le nerf avait été étreint, et son tissu par conséquent désorganisé. Robert, à la relation de ce fait, déclara que pareil malheur lui ^tait arrivé, mais que, grâce aux précautions prises, la malade guérit, toutefois en conservant une voix rauque pendant plus de six mois. Fearn, après avoir constaté des symptômes très-graves du côté du poumon chez un de ses opérés qui succomba, constata à l'autopsie que le pneumogastrique avait été coupé. Maisonneuve, chez la malade qui mourut avec un sphacèle ou ramollissement du cerveau, reconnut qu'il avait Hé le grand sympathique. Si donc des opérateurs d'une habileté si incontestable que personne ne peut se flatter de les surpasser, ont pu saisir dans la ligature ou couper ces troncs nerveux, ce n'est pas se hasarder beaucoup d'affirmer que dans bon nombre d'opérations, ces mêmes nerfs ont dû être sinon dilacérés du moins contusionnés, ou tout au moins irrités.
N'oublions pas de mentionner la déchirure, dilacération ou contusion difficile à éviter, des filets nerveux du plexus précarotidien, ni de celle inévitable des filets carotidiens propres.
Quant à l'irritation ou à l'inflammation déterminée par le séjour du fil, il n'est pas besoin d'insister pour en faire comprendre la réalité, non plus que celle que doit nécessairement entraîner la suppuration. Mais si d'ailleurs on en doutait, voici une observation qui, mieux que tous les raisonnements, mettrait cette influence dans tout son jour. J. Erhmann, pour se mettre à l'abri de rhémorrhagie dans l'extirpation d'un cancer parotidien, passa sous la carotide primitive une ligature d'attente ; mais il n'eut pas besoin de serrer le fil, qui fut retiré immédiatement. On s'aperçut que le malade à son réveil avait la voix rauque, ce qu'on attribua à la faiblesse ; mais le soir il fut impossible de s'y méprendre, c'était bien une aphonie paralytique. Le malade vécut 47 jours, et à l'autopsie on trouva le nerf pneumo-gastrique dénudé, mais intact; une traînée sanguine, trace d'un épanchement qui avait dû être considérable, existait encore snr son côté interne, et enfin le passage du fil, dont le séjour avait été si éphémère cependant, se voyait encore. Erhmann n'hésite pas à reconnaître que presque inévitablement le pneumogastrique ayait dû être froissé par la sonde en passant le fil, et c'est à cette cir-
416 CAROTIDES. — ligatobe.
constance et aussi à Tépanchement de sang qu'il attribue l'aphonie. Je partage complètement ces conclusions.
En présence de ces faits, et prenant en considération que la simple irritation d'un ganglion du grand sympathique sufBt chez les animauià produire du côté des organes de la respiration et de la circulation des accidents graves et même mortels, je n'hésite pas à rapporter sinon tous, du moins la plupart des accidents qui surviennent du côté de la bouche, du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac, des voies respiratoires et même du cœur, à une lésion directe ou indirecte des troncs ou fi\ets nerveux qui accompagnent ou avoisinent la carotide. Or ces accidenb sont fréquents; ils sont, je le reconnais, presque impossibles à éviter lor*qu'on lie la carotide primitive, d'où je conclus que pour cette raison et pour celles, qu'on peut déduire des lésions directes des centres nerveux, il faut réserver pour des cas graves et tout à fait urgents la ligature de la carotide primitive, et lui substituer toutes les fois que cela sera possible celle de la carotide externe, ou celle de l'interne, ou même des deux simultanément plus ou moins près de leur origine. Là les troncs nerveux sont moins tangents aux artères, en sorte qu'on aura plus de chances d'éviter leur lésion, et d'autre part en interrompant le courant sanguin dans Tune ou l'autre seulement des branches qui émanent de la carotide primitive, on pourra espérer de porter une moins grave atteinte à la circulation inlra-crânienne.
Résumant toute cette discussion, je dirai :
1** Que l'anémie cérébrale me paraît donner une explication rationnelle et satisfaisante de la plupart des phénomènes qui se manifeslent imméidiatement et même consécutivement après la ligature de la carotide, quand ils sont généralisés à tout l'organisme ;
2° Qu'il répugne à la raison et qu'il est contraire aux lois de la physiologie générale et de l'expérimentation sur les animaux de rapporter les phénomènes qui se manifestent plus ou moins tardivement et sont localisés à un seul organe ou à une seule partie du corps, à cette même cause de l'anémie ;
3** Que CCS derniers reconnaissent pour origine, soit une paralysie de la circulation capillaire dans le lobe cérébral correspondant ii l'artère liée, soit une lésion primitive ou consécutive des troncs ou filets nerveta qui accompagnent ou avoisinent la carotide.
De la ligature préalable de la carotide. — J'ai dit précédemment qœ quelques chirurgiens, redoutant l'hémorrhagie dans certaines opérations pratiquées sur la face, sur la tête ou le cou, avaient proposé de lier préalablement l'artère carotide. A ma connaissance, William Goodlad, en 1816, parait être le premier qui l'ait conçue et exécutée; depuis, plusieurs fois elle a été mise en pratique avec des succès divers, et plusieurs fois aussi elle s'est présentée aux sociétés savantes demandant à prendre droit de domicile dans la science.
En 1828, Fouilloy, chirurgien de la marine à Brest, soumit au jugement de l'Académie de médecine, la question de la ligature préalable des
CAROTIDES. — LîGATORB. -417
artères en général. Larrey père (it sur ce travail un rapport dont les conclusions étaient opposées à cette opération; néanmoins, dans la discussion, Lisfranc voulait qu'on réservât la ligature de la carotide aux tumeurs osseuses de la face.
 la Société de chirurgie, plusieurs fois cette question fut mise à l'ordre du jour, notamment en septembre 1865, où elle fut discutée pendant plusieurs séances. A cette occasion, je pris plusieurs fois la parole pour réfuter les arguments de Yerneuil, grand partisan de cette opération, arguments que je résumerai brièvement, en leur opposant ceux que de mon côté j'ai fait valoir.
Suivant Verneuil, dont je tiens à citer les propres paroles, « il ne s'agirait pas seulement de rendre l'opération plus aisée et moins émouvante pour le chirurgien, cette considération est secondaire; il s'agit de favoriser l'obtention du but final, c'est-à-dîre la guérison radicale. En liant d'avance les vaisseaux, il est certain que l'opération, sans parler de la durée qui peut être moindre, est plus soigneusement complétée, que les parties voisines sont plus souvent ménagées, que le sang est mieux épargné, et, dans certains cas, c'est une considération de la plus haute importance, car de ce que le malade ne succombe pas à l'hémorrhagie primitive, il ne faut pas conclure que le sang perdu à l'amphithéâtre se répare toujours, et qu'on n'ait plus à compter ensuite avec sa déperdition trop grande. Enfin il est incontestable que les phénomènes inflammatoires ou autres, dont la plaie est le siège nécessaire, sont singulièrement amendés par l'obstacle à l'abord du sang, ou au moins par l'atténuation locale de l'activité circulatoire. Cette circonstance, bien et dûment constatée, doit entrer dans la balance et corriger peut-être le pronostic sérieux inhérent a la ligature préliminaire. »
Ainsi, comme tous les chirurgiens qui préconisent cette opération, Verneuil se fonde :
1* Sur le danger des hémorrhagies épuisantes et selon eux quelquefois mortelles ;
2"* Sur l'avantage de n'être point gêné par le sang dans les manoeuvres opératoires ;
3** Sur l'absence ou tout au moins le peu de gravité des accidents inflammatoires qui serait la conséquence de cette diminution dans Tafflux du sang.
Mais j'ai fait voir que ce danger des pertes de sang épuisantes est un fantôme qui se dissipe devant la réalité, et qu'un chirurgien exercé et de sang-froid peut toujours, par les moyens hémostatiques qu'il a à sa disposition : compression, ligature, astringents, fer rouge, se rendre maître de l'hémorrhagie. Comme dernier moyen, d'ailleurs, il peut recourir à la compression du tronc carotidien d'abord et en dernier ressort à sa ligature, ce qu*ont fait Roux et Chassaignac dans des cas analogues. Quant à l'avantage de n'être point gêné par le sang et de manœuvrer plus à son aise, la pratique prouve qu'il n'y faut point toujours compter ; le fait de William Goodiad, celui cité par Chassaignac à la Société de chi-
KOCV. DICT. MÉO. ET CUIR. VI. — 27
418 CAHOTIUES. — LiCAïunE.
rurgic, dans la séance du 26 décembre 1849, prouvent avec quelle npidite le sang revient par les anastomoses après la ligature du tronc carotidien et inonde la plaie. C'est encore là une illusion qu'il faut détruire, car elle pourrait devenir la cause de mécomptes sérieux. Donc, ainsi que^ le disais déjà en 1 863, si, après la ligature préalable, on est en garde cootn les surprises hémorrhagiques^ on n'est pas à l'abri de rhémorrhagie.
Relativement à l'action de la ligature préalable sur les accidents iùflammatoires, si son efflcacilé est restée douteuse, très-douteuse méxoe, dans les cas où on y a eu recours pour combattre les grands phlegmons des membres, à plus forte raison faut-il s'en défier quand la région sur laquelle on opère est le cou ou la face, et que l'artère liée est la carotide, à cause de la rapidité du retour du sang dans toutes les directions.
Ainsi, les avantages attribués à la ligature préventive de la carotide 5e réduisent à peu de chose ; voyons les inconvénienls, disons mieux, le$ dangers.
D'abord, c'est une opération qui sans doute n'offre pas de difficultés sérieuses lorsque le cou n'est ni déformé ni infiltré; mais il faut Imq savoir que c'est souvent dans ces dernières conditions qu'on est oblige: de la pratiquer, et c'était là précisément le cas de Vemeuil, qui avooe avec loyauté qu'il fut assez longtemps avant de mener à bonne tin celte opération préparatoire; or c'est le cas ordinaire lorsqu'on a affaire à des tumeurs volumineuses. Nous avons même vu dans quelques cas les opérateurs les plus habiles commettre des fautes qui ont coûté la vie am malades.
Un autre danger sérieux est celui-ci : j'admets que parfois rintemipti&B du cours du sang dans la carotide suspend momentanément la circolitioB et permet d*opérer sans hcmorrhagie ; mais alors, comme les artères ouvertes ne donnent point de sang, on ne les lie pas, soit parce qu^on ne s'en aperçoit pas, soit parce qu'on néglige de le faire, et plus tard surviennent des hémorrhagies en retour.
Disons enfin que la plaie de la ligature, en s' ajoutant à celle de Topération principale, aggrave certainement encore les périls, sans compter que jusqu'à la chute du fil on doit redouter les chances des hémorrhagies, soit primitives, soit consécutives, qui tuent un bon nombre de malades auxquels on a lié la carotide, ainsi que le prouvent surabondaismcnt les statistiques. En résumé, selon moi, cette opération complique «b lieu de simplifier.
Toutefois, si je n'avais à donner que ces raisons, j'avoue bien nettement qu'elles ne seraient pas suffisantes pour entraîner la conviction, et que la question pourrait rester indécise.
Mais voici qui est plus grave. Relevant les cas de ligature préalable de la carotide, Vemeuil trouve 32 opérés et 9 morts. Sur ce nombre de neuf morts, cinq ont succombé à des accidents évidemment produits par la ligature préliminaire, de l'aveu de Vemeuil lui-même, ce qui donne une mortalité de 1 sur 6. Or, c'est là d^à un résultat fort alarmant pour une opération qui s'annonce comn^a en simplifiant une autre*
CAROTIDES. — UGATORE. 419
Mais ce chiffre est-il bien l'expression delà réalité? Évidemment non, €t voici qui le prouve. Nous avons vu précédemment que 22 fois sur ^ 100 (22,4 sur 100) la mort devait être attribuée après la ligature de la carotide, aux accidents dits cérébraux, ce qui donne un mort sur quatre et demi.
Comment donc peut-il se faire que quand la ligature de la carotide est pratiquée pour arrêter une hémorrhagie ou guérir un anévrysme, elle donne une mortalité de 1 sur 4 1/2, tandis que faite dans le but de prévenir une hémorrhagie avant une grave opération, elle n*entraine qu'une mortalité de 1 sur 6?
11 est évident que la statistique de la ligature préalable, qui d'ailleurs ne porte que sur 52 cas seulement, n'est pas complète, ou qu*on est tombé sur une série favorable. Le véritable chifTre, et encore je fais une concession, c'est 22,4 pour 100 ou 1 sur 41/2.
Voilà certes une opération préliminaire qui peut passer pour meurtrière! Aussi, par cette seule considération, aujourd'hui comme en 1863, je n'hésite pas à la repousser de la pratique générale, et à déclarer formellement qu'on doit la réserver pour quelques cas très-exceptionnels.
Médecuse opératoire. — Depuis longtemps déjà j'ai démontré dans mon Traité d'anatomie chirurgicale que les procédés pour la ligature des carotides auraient besoin d'être revisés pour être mis d'accord avec Tanatomie normale de leu» muscle satellite.
On peut voir, en effet, sur les figures annexées à mon traité et sur celles qui ont été gravées pour cet ouVrage, d'après les dissections de Ledentu, aide d'anatomie très-distingué de la Faculté, que Tarière carotide primitive et les carotides externe et interne qui lui font suite restent sous le bord interne du faisceau sternal du mastoïdien dans tout leur trajet, et qu'il n'est pas exact de dire avec les traités classiques de médecine opératoire, qu'elles sont situées en dedans de ce bord interne.
D'autre part, la direction générale des carotides est représentée trèsexactement par une ligne qui, partant à droite de l'extrémité interne de la clavicule, à gauche, de l'intervalle des deux faisceaux sternal et claviculaire du sterno-mastoïdien, viendrait aboutir au sillon qui sépare Tapophyse mastoïde de la branche du maxillaire. C'est donc tout le long de cette ligne et en prenant pour guide le bord interne du faisceau sternal qu'il faudra chercher l'artère.
Ligature de la carotide primitive. — Cette artère peut être liée dans toute sa longueur, depuis le moment ou elle sort, de la poitrine et entre dans la région cervicale, jusqu'à sa bifurcation au niveau du bord supérieur Au cartilage thyroïde.
Cependant, toutes les fois que cela est possible et qu'on a le choix, il faut pratiquer cette ligature immédiatement au-dessous de sa bifurcation : c'est le lieu d'élection. Là, en effet, elle est plus superficielle que partout ailleurs, moins recouverte par le bord interne du sterno-mastoïdien, et située au-dessus du point où la croise le muscle omo-hyoïdien, -c'est-à-dire dans le triangle de ce nom.
420 CAROTIDES. — ligatore.
Lorsque la nécessité oblige à se reporter plus bas, on peut faire la ligature ou dans le point même où elle est croisée par le muscle omo-hyoidien, ou dans le triangle que forme ce muscle avec la trachée et la cUtIcule, triangle dit omo -trachéal.
Procédé opératoire au lieu dit d' élection. — Le malade étant couché sur le dos, la tête légèrement inclinée du côlé opposé à celui où on T«it pratiquer l'opération, on fait, le long du bord interne du stemo-mastoïdien, une incision longue de 6 à 8 centimètres, dont le milieu répoiid au bord supérieur du cartilage thyroïde.
Dans ce point, l'artère, dégagée des muscles slerno-hyoïdien et thyroïdien, est située sous le faisceau interne du sterno-mastoïdien qu'on repousse en arrière et en dehors. Alors on divise le feuillet profond de Taponévrose, puis la gaîne des vaisseaux, et on trouve l'artère en dedans, la veine en dehors ; le nerf pneumogastrique est en arrière, entre les deux. On isolera l'artère en redoublant de précautions.
Procédés opératoires au tiers inférieur dans le triangle omo-trachéal. — Outre la peau, la couche sous-cutanée, l'aponévrose et le muscle slerno-mastoïdien, le bistouri rencontre ici successivement les muscle^ sterno-hyoïdien et thyroïdien, et l'omo-hyoïdien qui recouvrent l'artère.
On peut arriver au vaisseau par deux procédés, ou bien en longeant If bord interne du sterno-mastoïdien, comme dans le cas précédent, ou bien en pénétrant par l'intervalle que laissent entre eux les deux faisceaux de ce muscle.
Premier procédé, — Il consiste à faire une incision qui, partant du bord interne de la clavicule, remonte jusqu'à huit centimètres en suivant la saillie du muscle. Ce faisceau mis à découvert, on arriTC sur le muscle sterno-thyroïdien dépassé un peu en dehors par le slernohyoïdien, qu'on écarte également, et l'artère est située immédiateroeot sous le bord externe de ce dernier. Si on est trop gêné, soit par le bord du sterno-mastoïdien, soit par celui du sterno-thyroïdien, il ne faut pas hésiter à l'exemple de À. Key, à faire la section de ces faisc'eaux musculaires.
Si Ton éprouvait quelques difficultés à trouver la gaîne artérielle, il faudrait recourir à deux points de repaire importants : le premier est la trachée et le second le tubercule dit carotidien, signalé par Chassaignac, qu'on sait être formé par la saillie de l'apophyse transverse de la sixième vertèbre cervicale. Ce tubercule se trouve à sept centimètres environ audessus du bord supérieur de la clavicule. L'artère occupe par rapport à la veine jugulaire la même position qu'en haut, c'est-à-dire qu'elle est en dedans.
Deuxième procédé, — C'est au professeur Sédillot qu'on en doit la description (fig. lH). On pratique une incision de huit centimètres qui part de l'extrémité interne de la clavicule et remonte le long du mastoïdien en suivant l'interstice indiqué. On divise successivement la peau, le peaucier, l'aponévrose, on fait écarter les deux faisceaux musculaires et les lèvres de la plaie cutanée avec deux crochets, et l'on arrive ainsi sur
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CAROTIDES — LIGATDRE.
la jugulaire externe. On Técarte, on ouvre la gaine commune et on trouve Tarière en dedans de la jugulaire interne.
FiG. ili. — A, Chef sternal du sterno-mastoldien, érigné. — B, Cbçf clavicuiaire du même muscle érigné. — C, Bord externe des sterno-hyoîdien et thyroïdien. — D, D, Fil passé sous l'artère carotide primitive. — E, Veine jugulaire interne. — F, Nerf pueumogastriquc.
Ce procédé est et restera toujours un procédé exceptionnel et de nécessité. A droite, il serait presque impraticable sur le vivant; à gauche, il est possible. Mais il ne faut pas oublier qu'on va à quatre centimètres de profondeur, à travers une boutonnière contractile, chercher une artère que recouvre presque complètement la veine jugulaire interne à droite, et le tronc brachio-céphalique veineux à gauche. Néanmoins, ce procédé, avec une légère modification a pu être appliqué par Delorc, de Lyon, dans un cas d'anévrysme carotidien qui descendait fort bas et ne laissait qu'un petit espace entre lui et le bord de la clavicuk. Cette modification a consisté à ajouter une incision horizontale des téguments à l'incision verticale. Il parait même que les difficultés ont été moindres qu'on ne s'y attendait, et le chirurgien ajoute qu'on s'est exagéré les difficultés de la boutonnière contractile.
422 CAROTIDES. — ligature.
Cette addition de Tincision horizontale rappelle le procédé de Porter, qui fit une incision horizontale et coupa le chef interne du sterno-mastoïdien, pour arriver plus facilement sur Tartère, dans un cas de tumeur descendant très-bas. C'est un exemple à imiter.
Je terminerai enfin ce que j*ai à dire des procédés de ligature de \i carotide primitive en ajoutant que, dans un cias, Décès (de Reims) ne fui pas peu étonné de trouver la jugulaire flasque- et aplatie, au lieu d'être gonflée par le reflux veineux, ce qui facilita beaucoup son opération.
Enfin, si on voulait lier Fartère au niveau du point où elle est croisée par le muscle omo-hyoïdien, c'est-à-dire à sa partie moyenne, lorsqu'on serait arrivé sur ce faisceau musculaire, on le rejetterait soit en haut, soit en bas pour découvrir la gaîne artérielle. Le reste de ropération sérail fait suivant les règles posées pour le lieu d'élection, avec cette seule différence que l'incision des téguments qui aurait six à huit centimètres de longueur et longerait le bord interne du sterno-mastoïdien, commcni»rait à trois ou quatre centimètres au-dessous du bord inférieur du cartilage thyroïde.
Ligature des carotides interne et externe. — Le procédé pour lierce> artères à leur origine, et on ne les lie que là, est le même que celui par
Fio. 112. — A, Muscle slernc-cléido-masloïdienérigné. — B, Ganglion lymphatique. — C,liB<« thyro-hyoïdien — D, Fil passé sous la carotide primitive. — E, Fil passé sous la aroùl^ interne. — F, Fil pasaé sous la carotide externe. — G, Fil passé sous la thyroïdienne 9sr rieure. — H, Tronc commun des artères linguale et faciale. ^ I, Veine jugulaire iote'v recevant les veines thyroïdienne supérieure, iaciale et linguale. — K, Nerf hryngé supénear. — Ly Nerf pneumogastrique.
CAROTIDES. — BiBLiocnAPiiiE. 425
lequel on lie la carotide primitive au lieu d'élection. Seulement il faut
prolonger Tincision un peu plus haut vers Tanglc du maxillaire (fig. 112).
F. Guyon, qui a fait de la ligature de la carotide externe Tobjet d'une
étude très-attentive, propose de considérer le nerf grand hypoglosse
comme le point de repaire le plus sûr pour trouver cette artère. £n elfet,
ce nerf dans sa portion transversale croise le tronc carotidien externe, de
telle sorte qu'en se portant immédiatement au-dessous, le chirurgien est
' certain de jeter le fil sur le milieu de Tartère, c'est-à-dire à peu près à
' égale distance de son lieu d'origine et de la première collatérale supé-
' rieure qui s'en détache, ou, en d autres termes, dans le point le plus fa-
' Torable à l'hémostase.
Je renvoie, pour les détails anatomiques qui concernent la longueur du ' tronc carotidien externe et les diverses variétés qu'il présente, à la pre- ' mière partie de cet article ; ici je ferai simplement observer que le point de repaire donné par F. Guyon peut être utile dans certains cas, ceux, par exemple, où Ton rencontre pendant Topération le grand hypoglosse. Mais il faut bien se garder de rechercher ce nerf pour arriver ensuite plus sûrement à l'artère ; cette dernière est beaucoup plus facile à découvrir d'emblée que le nerf. Maintenant, une fois qu'on a trouvé une des deux f branches de bifurcation de la carotide primitive, il est facile de reconnaître celle qu'on a sous les yeux, la carotide externe fournissant seule des collatérales, lesquelles en ce point se détachent toutes de sa partie antérieure.
On se souviendra, lorsqu'on voudra lier la carotide interne qu'elle est située plus en dehors que l'externe, et on la distinguera de cette dernière en ce qu'elle ne fournit point de collatérales.
La ligature de ces deux artères avec les données anatomiques précises fournies dans ces dernières années par la médecine opératoire moderne, ne peut donc plus constituer, comme du temps de P. Bérard, une opération difficile pour un chirurgien exercé.
Petit (Ant.}, Mémoires de l'Académie des sciences, année 1765.
CoopER (Astley), Premier mémoire sur ranévrysnie et sur la ligature de l'artère carotide, lu à In Société médico-chirurgicale de Londres le 29 jinvier 1806. — Deuxième mémoire sur le même sujet, lu i la même Société le 21 féTrier 1809 (In Œuvres chirurgicales complèles. Paris, 1857, p. 550 et 553).
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A. RiGUET.
CARUTTE. — Il n'est personne qui ne connaisse la Carotte (Daucus Carotta Linn., Ombelufères); aussi nous dispenserons-nous de la décrire. Cette plante fournit à la matière médicale ses feuilles, ses fruits et ses racines.
Fenlileti. — Elles ont été employées comme vulnéraires.
Frolls. — Us sont toniques, excitants, carminatifs, ils pourraient servir comme succédanés de ceux de TAnis, du Carvi, du Fenouil. Dans certains pays on s'en sert dans la fabrication de la bière. Les Anglais en font une infusion stimulante. D'après Bouillon-Lagrange Thuile essentielle qu'ils contiennent est emménagogue et anti-hystérique. Enfin plusieurs anciens auteurs ont vanté leur infusion dans les coliques néphrétiques et la gravelle.
Racine. — On a écrit des volumes sur les usages et les propriétés de la racine. Malgré tout le bien qu'on en a dit elle n'est pas restée dans la thérapeutique, elle est reléguée, avec bien d'autres, parmi les remèdes populaires que le médecin tolère, mais auxquels il ne croit pas. Dubois (de Tournai) pense qu'elle ne mérite pas cet oubli et « qu'il serait utile delà soumettre à de nouveaux essais. » En voyant le nombre considérable des auteurs qui l'ont préconisée et le pompeux éloge qu'ils en ont fait on comprend ce sage conseil.
Usages et propriétés. — Nous allons les examiner successivement sans les maladies internes et dans les maladies externes.
Maladies internes, — Scholcr vante la décoction de racine de Carotte lans la toux des enfants et la phthisie. Cazin Ta vu employer avec succès lans l'extinction de voix, les toux opiniâtres, la phthisie, Tasthme, etc. Mtsch en a recommandé le suc, exprimé à froid, dans le traitement de a coqueluche. Barbier (d'Amiens) la préconise dans l'irritation des voies ligestives, dans les phlogoses, les ulcères de Teslomac, du duodénum, lans.lcs irritations du foie, etc. Tous les auteurs qui ont étudié ses pro-
426 CAROTTE. — analyse.
priétés s'accordent à la regarder comme utile dans la jaunisse, et t^ dans ce cas surtout que son usage s*est perpétué dans la médecine popslaire. Arétée vantait le suc de Carotte dans Téléphantiasis. Desbois ide Rochefort) l'indique comme avantageuse dans les engorgements glanduleux et scrofuleux, et par extension il Ta administrée avec succès dam le carreau des enfants.
Bremser rapporte qu en Allemagne on fait manger des Carottes crue» aux enfants vermineux. Cette indication est d'accord avec celles données par Delacbenal, Mellin, Rosen et Yanden Bosch. Dax Ta également Tantêp comme anthelmintique et après lui Dubois (de Tournai) et Cazin ont cobfirme ses assertions. — Elle agit surtout sur les ascarides lombricoides.
Maladies externes. — J. C. Soultzer semble être le premier qui, eo 1 766, ait songé à utiliser la Carotte râpée comme topique ; il préteMi avoir guéri par ce moyen des cancers ulcérés, et surtout les canc^sdi» sein. Bouvart, Deshois (de Rochefort), Bridault (delà Rochelle), Bouillon- Lagrange, Pages, Eausch, Tardieu, Clarion, Larroque obtinrent les mèim succès. D'un autre côté, Bayle et Cayol nièrent l'efficacité de la pulpe de Carotte dans le cancer, mais reconnurent que ce topique caloiait les douleurs, enlevait l'odeur sui generiSy si désagréable pour le malade, et tarissait un peu la suppuration. Boycr avait reconnu ce fait et il faisait fréquent usage de cet agent médicamenteux pour remplir ces indicatloos. Bayle et Cayol affirmèrent en même temps son utilité dans le pansement de certaines affections cutanées de nature scrofuleuse et dartreuse, qui avaient probablement été prises pour des cancers. Walker et après lui Hufeland vantent l'emploi de ce topique dans ce traitement des ulcères putrides et scorbutiques. Ajoutons enfin que Ricord a vu quelquefois les ulcères phagédéniqucs rebelles guéris par des applications de Carotte ràpce.
Roques prétend que des lotions avec la décoction de ces racines ou dc> cataplasmes de pulpe cuite calme le prurit insupportable des dartre. Dubois (de Tournai) a guéri un eczéma rubrum avec cette pulpe crue. Le même auteur a vu ce topique produire un résultat très-avantageox dans une brûlure, au premier et au second degré, confirmant ainsi, par une observation scientifique, une coutume répandue partout : le cataplasme apaise la douleur et prévient la production des pblyctènes.
Scholer a indiqué le mélange de suc de Carotte mêlé au miel contre les aphthes.
Analyse. — Marggraf avait déjà signalé du sucre dans la racine de Carotte, mais ce n'est que postérieurement qu'on fit une analyse exacte de cette substance. Vauquelin, Wakenroder, Bouillon - Lagrange, l'ont successivement étudiée et y ont trouvé un grand nombre de principes. Ls racines de Carotte contiennent de la fibrine, un suc jaune dans lequel se trouve du sucre cristallisable et du sucre incristallisable, un peu d'amidon, de l'extractif, du gluten, de l'albumine, une matière colorante cristallisable (Caroline), de l'huile volatile, de l'acide pectique et de IV cide malique, enfin une certaine quantité de sels terreux qu'on rencontre ordinairement dans les plantes.
CAROTTE. — DOSES et mode d'admiiiistration. 427
En étudiant ces données Tournies par l'analyse chimique, nous voyons que la pulpe de Carotte possède certains principes qui peuvent peut-être expliquer la plupart des propriétés qu'on lui a accordées, surtout si Ton veut faire abstraction de l'action spécifique qu'on a cru, probablement d'après un diagnostic mal éclairé, devoir lui attribuer dans le cancer. En effet, une pulpe composée des éléments que nous venons d'indiquer, doit former un topique excellent comme émollient et devra de plus favoriser la cicatrisation des ulcères, tandis que sa fraîcheur suffira pour expliquer son action calmante dans les dartres, l'eczéma, la brûlure, etc.
D'un autre côté, on voit que les maladies internes dans lesquelles on l'a préconisée peuvent à peu près toutes rentrer dans ce qu'on appelle diathèse scrofuleuse. La richesse du suc de Carotte en fibrine, en albumine, en gomme et en sucre, tous matériaux de nutrition, ne peut-elle jusqu'à un certain point rendre compte de la persistance avec laquelle tous les médecins qui ont étudié cette question ont insisté sur les bons résultats de cette médication ? Ce que nous avons dit des propriétés calmantes et émoUientes expliquera encore ici comment on a pu la voir réussir dans les inflammations gastro-intestinales.
Quant à son emploi dans la jaunisse, doit-on admettre, avec Peyrilhe, qu'il est ridicule et qu'il ne doit d'être resté dans la médecine populaire qu'à l'analogie de couleur qui existe entre le mal et le remède? doit-on dire avec d'autres que les heureux résultats sont dus au régime végétal? Ou ne doit-on pas plutôt, maintenant que l'on connaît les fonctions du foie, chercher l'explication des succès dans la composition chimique même de la racine de Carotte?
En présence de ces considérations, le conseil de Fr. Dubois (de Tournai) semble des mieux justifiés, et l'on est tenté d'admettre avec Fabre « qu'on ùéglige peut-être trop de nos jours cette substance si commune et que la modicité de son prix rend surtout précieuse pour la médecine des pauvres. »
Doses et mode d'administration. — 1" Sue des racines, 30 à 100 grammes par jour; 2"" décoction^ de 50 grammes à 100 de racines pour 1 litre d'eau; S*' sirop pectoral de suc de carotte. On exprime le jus, on passe et l'on fait évaporer à une douce chaleur. 50 à 100 grammes.
La racine brûlée et râpée a été autrefois utilisée comme succédané du Café ; aujourd'hui elle ne sert plus que pour le falsifier.
On a retiré de la Carotte du sucre cristallisable ; et par la fermentation on a pu obtenir de l'alcool.
Les Carottes sont ui) bon aliment, mais il faut prendre la précaution^ surtout quand elles ne^ sont plus jeunes, de retirer le corps central qui est ligneux et d'une digestion plus difficile.
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428 OARPHOLOGIE.
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Léon Marchand.
CARPHOIiOGIE (xip(pY) ou xipçoç, brin, flocon, etXéYeiv, cueillir). — Ce mot désigne un symptôme appartenant, la plupart du temps, aux périodes ultimes des fièvres graves, des inflammations du cerreau et des méninges. Son importance n'avait point échappé aux médecins de Tantiquité , on le trouve signalé dans de nombreux passages d'Uippocrate. La carphologie est caractérisée par une série de mouvements des mains qui ne semblent point être soumis à Tinfluence de la volonté. Ce sont le plus souvent des mouvements automatiques, et au moment oùU< se montrent, il nous parait impossible de les rattacher à une idée délirante. Les malades cherchent à saisir des,flocons qui voltigent dans l'air; ils promènent les doigts en tâtonnant sur les murs de leur chambre, les rideaux du lit, les draps et les couvertures; parfois, ces mouvemenU s'exécutent avec une certaine régularité, parfois aussi ils sont pins étendus, plus rapides, désordonnés : on a réservé plus particulièrement \t nom de crocidisme (xpoxi8(Çetv, ramasser de légers flocons) à TactioD d'arracher le duvet des couvertures, d'effiler les draps du lit.
Le cortège de symptômes graves au milieu desquels la carphologie vient prendre place ne permettra pas de la confondre avec certains mouvements qu'on retrouve dans d'autres affections, et qui ont quelque analogie avec elle. Dans le delirium tremens, par exemple, il est très-commun de voir les malades chercher sans cesse à saisir de petits objets qui leur échapperaient ou se reproduiraient devant eux avec une rare persistance. Dans ces cas, il y a toujours une hallucination de la vue, et le malade interrogé répond qu'il veut écarter de lui des légions d'animaux qui s'agitent à la surface de son corps. A la suite des grandes attaqu» d'épilepsie, de quelques attaques d'hystérie, le même phénomène se reproduit assez souvent ; mais il est essentiellement passager, et l'absence des autres troubles qui accompagnent la carphologie vraie permettra de leur assigner leur véritable valeur symptomatique. Il faut rapprocher la carphologie des troubles cum materia du système nerveux, tels que les soubresauts des tendons, les tremblements fibrillaires, les mouvements convulsifs, la roideur tétanique, etc. Toutes les fois qu'on l'observe, le pronostic est des plus fâcheux ; elle annonce Içi terminaison fatale de la maladie dans un délai nécessairement prochain. Aucune médication spéciale ne saurait être employée contre ce symptôme. Tous les efforts do inédecin doivent être dirigés centre la maladie dans le cours de laquelle il survient. Les préparations antispasmodiques ne le feraient disparaître que si elles modifiaient déjà l'état général du malade.
CARRAGEEN. — descriphon, propriétés, usages, admimstration. 429
HiPPOCBATi, Da régime dans les maladies aiguës, traduction Littré, t. II, p. 425. « La plupart des malades détachent les brins de leur couTerture. » — Épidémies, Ht. VII, t. V, p. 397, trad. Litiré. « Elle arnit de la carphologie. » — Prorrbétiques, li?. I, p. 519. t Les délires tremblants, obscurs, avec carphologie. a
Cbobbl, Pathologie générale, 5* édii., p. 152. — Dictionnaire en 30 volumes, art. Carphologie.
MoKKERET, Pathologie générale, t. HT, i'* partie, p. 50.
AuG. Motet.
CARRACSEEIV an €ARR Jl^AHEEUT. — C'est une algue des mers du Nord qui sert de nourriture aux habitants de ces conlrées. Les Anglais les premiers ont pensé à la faire entrer dans la matière médicale à titre d'analeptique et Tout donnée aux convalescents ; depuis, son usage s'est fort répandu et on la vend partout sous le nom de Mousse d^ Irlande^ Mousse perlée marine. C'est le Ft/cu5 crispus Linn., Vlva crispa D. C.
Description. — Celte plante est formée d'un pédicule rétréci se développant en une fronde plate dichotome à segments linéaires cunéiformes sur lesquels on remarque quelquefois de petites capsules hémisphériques, sessiles, concaves en dessous; elle atteint une longueur de 5 à 8 centimètres. A l'état frais, elle est de couleur pourpre-brun ou verte, dune odeur nulle; dans les pharmacies elle est sèche, crispée, recoquevillée, élastique, d'un blanc jaunâtre, d'une saveur mucilagineuse non désagréable.
Dans l'eau froide elle se ramollit et semble se dissoudre en partie, dans l'eau chaude elle se dissout presque complètement, et par le refroidissement se prend en gelée. — On y a troiivé 79 pour 100 de mucus.
Propriétés, usages, mode d'administration. — On l'emploie dans les phlegmasies thoraciques et abdominales, dans la phthisie, la diarrhée, la dysenterie, etc.
La Mousse d'Irlande, grâce à sa propriété mucilagineuse, sert de base à plusieurs préparations pharmaceutiques qu'on emploiera avec avantage.
Hydrolature de Carragaheen (Béral).
Mousse d'Irlande ^5 gramm.
Eau commune 1,500
Faites bouillir pendant un quart d'heure et versez sur un tissu de laine peu serré, exprimez le marc.
Tisane de Carragaheen (Béral).
Hydrolature Î^OO gramro.
Sirop de gomme à la fleur d'oranger 50
Mêlez.
Muciiage de Carragaheen (Béral).
Mousse marine perlée 30 gramm.
Eau commune 1,500
Opérez comme pour l'hydrolature en prenant la précaution de faire passer par portion et d'exprimer le marc à chaque fois.
Gelée de Carragaheen.
Mucilage de mousse d'Irlande 150 gmmm.
Sucre en poudre grossière ^20
450 CARTHAME. — fleurs.
Faites bouillir dans un poêlon d'argent, sur un feu modéré, jusqu'à réduction à 240 grammes. Enlevez Técume, coulez dans un pot et laissez refroidir.
Lait analeptique de Thodunter.
Lait de vache 720 gramm.
Carragaheen incisé 520
Sucre blanc 32
Cannelle contuse i ,30
Faites bouillir pendant dix minutes sur un feu modéré, passez et exprimez le marc. On peut remplacer le sucre et la Cannelle par 50 grammes de fleur d'Oranger.
Lahache (de Bruyères) a proposé dans ces derniers temps d'employé la mousse perlée pour conserver les sangsues.
Journal de chimie médicale. Paris, 1835. Union pharmaceutique, 1865.
Léon Marchakd.
CARREAU. Yoy. Mésentère.
CARTHAME (Carthamus tinctorius L., Famille des Composées, tribu des Carduacées, fig. 113). — Cette plante est originaire de Tlnde, mais àk
s'est naturalisée dans tout l'Orient et surtout en Egypte : on Fa importée en. Europe, et nous la trouvons cultivée en Espagne, en Allemagne el dans toute la France méridionale.
Utilisée comme matière industrielle, elle est fort peu connue comme a^eni médicamenteux ; son histoire ne présente donc qu'un faible intérêt au point de vue thérapeutique. Nous devons cependant indiquer dans quelles circonstances on pourrait peut-être l'employer.
Nous traiterons successivement de< fleurs et des fruits et nous nous codtentons d'indiquer l'usage que font certains peuples des feuilles réduites en poudre pour amener la coagulation du lait.
^ Fleura. — Description. — les
Fjo. 113. — Carihame (Carthamus fleurs sont réunies sur un plateau cootinctoHw L.). yexe, garni de poils blancs, soyeux,
qui environnent chacune d'elles el l'isolent de ses voisines, ce plateau est entouré de bractées qui les accompagnent dans une assez longue étendue et donnent à l'inflorescence (capitule) une forme ovoïde-allongée.
CARTHAME. — fiidits. 431
Chaque fleur, d'une belle couleur rouge-orangé, se compose : 1* d'une i:oroUe à tube long, grêle, cylindrique, terminé par un limbe à 5 divisions égales, lancéolées, étroites; 2<^ de 5 étamines à filet libre, porté par la corolle, à anthères réunies en anneau; 3" d'un pistil dont Tovaire est infère (comme disent les botanistes) et surmonté d'un disque qui entoure la base de la corolle ; au sommet Tovaire s'atténue en un long style qui passe à travers Tanneau formé par les anthères rapprochées et se termine par deux lobes stigmatiques à peine distincts.
A la maturité, les corolles se détachent et tombent emportant avec elles les étamines. Séchées, elles sont livrées au commerce sous le nom de Fleurs de Carthame. L'ovaire reste seul et passe bientôt à Tétat de fruit.
Usages et propriétés. — Les fleurs de Carthame ont été utilisées en teinture ; on s'en est aussi servi en médecine.
1^ En teinture. L'analyse a découvert dans les fleurs deux matières colorantes. L'une jaune, soluble dans l'eau, ne peut pour cette raison servir dans les arts, et est rejetée. L'autre ne peut être extraite que par les alcalis et précipitée par les acides végétaux, elle peut donner toutes les couleurs, depuis le rose jusqu'au rouge cerise; c'est elle qu'on emploie pour teindre la soie et les étoffes. On la connaît sous le nom de Carthatnine. Les fleurs qui viennent de l'Inde etde Caraccas sont plus riches en principes colorants.
Mêlée au talc, elle fournit le cosmétique connu sous le nom de rouge végétal ou fard végétal.
On mélange du Carthame dans certains aliments pour leur donner de la couleur; mais, dit-on, à trop haute dose cette substance peut devenir purgative.
2^ En médecine. On doit connaître les fleurs de Carthame plutôt parce qu'elles servent à falsiGer un de nos agents thérapeutiques que parce qu'elles peuvent avoir des propriétés médicamenteuses ; cependant on les croit purgatives à la dose de 8 grammes, et Barham prétend qu'à la Jamaïque elles sont utilisées dans la jaunisse.
Le prix élevé du Safran a porté certains marchands à le falsifier; on s'est servi, entre autres matières, des fleurs de Carthame, d'où son nom de Safran bâtard^ Safran d'Allemagne. La fraude est grossière et l'inspection attentive des caractères botaniques suffit pour la déceler; c'est ce qui nous a porté à insister plus haut sur sa description. Nous verrons à l'article Safran que l'erreur n'est pas possible.
Fruits. — Description. — Ce sont des akènes conico-ovoïdes, allongés, lisses, blancs, un peu irréguliers, à 4 angles saillants qui les rendent comme prismatiques, glabres, tronqués, sans aigrette au sommet. Sous les téguments on trouve un albumen huileux et un embryon assez petit.
Propriétés et usages. — Lorsque Ton mâche les fruits du Carthame, on leur trouve une saveur amère qui est sourtout prononcée quand ils sont vieux, et qui est plus marquée chez ceux qui viennent de l'Inde et de l'Egypte que chez ceux qui ont été récoltés en Europe. C'est à ce prin-
432 CARTILAGE. — akatomie.
cipe amer qu'on attribue les propriétés médicinales que les anciens leur reconnaissaient. Hippocrate, Galien, Dioscoride, Camerarius, etc., les indiquaient comme purgatifs; d'oii leur emploi dans Thydropisie et Taiiasarque. Schrœder les déclare émétiques ; Mésué les donne contre lapituile et les'maladies du poumon; Wauters propose de les substituer au Séné.
On retire parfois des fruits une huile qui, à cause de ses propriété! purgatives, ne peut être alimentaire, mais qui scrt,.au dire d'Âinslie, en frictions dans la paralysie, les rhumatismes et le traitement des ulcères de mauvaise nature. En Egypte, le tourteau est utilisé pour faire une sorte de pâte analogue au chocolat.
Quoi qu'il en soit, ces fruits ne semblent pas devoir de longtemps entrer dans la matière médicale, et on les laissera aux perroquets qui dans rinde en sont très-friands, ce qui leur a valu le nom de Graines de perroquets sous lequel on les désigne dans le commerce.
Doses et mode d'administration. — 1* Décoction^ 15 à 30 grammes pour 1 litre d'eau ; 2** Émulsion^ 8 grammes pour i 25 grammes d'eau ; 5* Er trait alcoolique, 2 à 4 grammes.
Ettmùller propose de leur adjoindre les fruits de Fenouil et d*Anis pour tempérer les coliques, et dans le même but Heurnius administrait conjointement la racine de Galanga qu'on pourrait remplacer par celle d'Angélique.
Les fruits de Carthame entraient autrefois dans la composition de> tablettes Diacarthami, de l'électuaire Diacarthame et de la poudre arthritique purgative, etc.
Léon Marchand.
CARTIIjJlQI:. — Le tissu cartilagineux, l'un des dérivés du tissu conjonctif (voy. Conjonctif (tissu), est en général une formation transitoire qui atteint son maximum de développement chez le fœtus, et qui n'est plus représenté dans l'organisme adulte que par des vestiges, en quelque sorte, de son état antérieur.