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ANATOMIE

Chez l'homme fait, il constitue, d'une part, le revêtement articulaire des extrémités osseuses, qu*il protège contre les pressions et les frottements inévitables dans leurs fonctions ; d'autre part, il forme le squelette en même temps résistant et flexible de certains organes, tels que Toreille, le nez, le larynx.

Employé à ces différents usages, le tissu cartilagineux se présente sous deux aspects très-différents; tantôt il forme une masse homogène, bleuâtre, sans structure apparente, c'est le cartilage hyalin ou cartilage vrai; tantôt il est composé de fibres et de lamelles qui lui ont fait donner le nom de fibro-cartilage. Les réactifs et le microscope conGrment celle distinction, mais, dans les deux cas, on trouve au milieu de cette substance fondamentale variable des cellules de même nature qui constituent la partie vraiment caractéristique du tissu cartilagineux.

CARTILAGE. -^ anatomie. 433

La cellule cartilagineuse (chondroplastc de Ch. Robin), de forme et de. volume très-variables, acquiert dans les cartilages costaux jusqu'à 1/40 ou 1/50 de millimètre; elle est tantôt sphérique ou polyédrique, tantôt ovoïde et très-allongée. Son contenu, légèrement granuleux et transparent, laisse apercevoir un noyau ordinairement rempli de globules graisseux. Mais le caractère dislinctif de la cellule cartilagineuse, c'est l'existence d'une seconde enveloppe externe, nommée capsule, qui se confond intimement. avec la gangue qui l'entoure (fig. 114). On s'est basé sur cette apparence pour soutenir que cette membrane capsulaire n'existait pas en réa-

tité, et que la cellule cartilagineuse était Fie. 114. — Cellules de cartUafreana-

simplement logée dans «ne vacuole de la X^d^'^r^l '^t^

substance fondamentale, un peu plus large d'un cartilage en voie de dévelop-

qu'elle-méme, d'où l'imaffe du double con- F^em. — a, b, c, Formes bien

.^ w . . M 11'.- 1 , développées. — rf, Forme plus

tour. Mais, si par une ebullition prolongée, jeune. (U. Virchow, Pathol. ceii,, ou par l'action de Tacide nitrique ou chlor- %. 2 ) hydrique concentré, on fluidifie le tissu

fondamental, on voit alors des cellules cartilagineuses, entourées de leur capsule, nager librement dans le liquide. Le même fait se vérifie, sans aucune préparation, dans certains enchondromes ramollis, comme j'ai eu l'occasion de le constater (/oc. ciL). L'existence indépendante de la capsule ne peut donc pas être niée. Cette seconde enveloppe n'existe pas encore autour des cellules cartilagineuses de formation récente; elle ne se forme que plus tard et peut même s'épaissir considérablement avec l'âge. Elle est quelquefois double et triple, ce qui est un point de ressemblance de plus entre la cellule cartilagineuse et les cellules végétales.

Quand on observe ces cellules encore vivantes, pour ainsi dire, avec le fort grossissement d'un système à immersion, on y remarque des changements de forme très-notables dus à la contraction de la substance même de la cellule. Celle-ci, d'abord ronde, se hérisse de prolongements filiformes, qui se sous-divisent même quelquefois, pour rentrer ensuite, disparaître et se reformer sur un autre point; ou bien la cellule s'étrangle, se couvre d'une ou plusieurs bosselures ; d'autrefois elle prend une forme polygonale plus ou moins irrégulière (Virchow, Grohé).

Ces contractions s'affaiblissent à mesure que la masse cartilagineuse, séparée de l'organisme, perd sa température normale. Elles disparaissent instantanément par l'addition d'eau acidulée ou même d'eau pure.

Ces phénomènes n'ont encore été observés que sur les cellules de certains enchondromes à substance intermédiaire liquide ou très-molle ; on les constaterait probablement aussi sur les cellules du cartilage normal, si l'on parvenait à les isoler sans altérer leur vitalité.

Après les cellules nous avons à nous occuper de la gangue jqui les entoure, et qui communique aux différentes espèces de cartilage leur aspect Bi leurs propriétés physiques.

ROUT. DICT. >iD. ET OAR. VI — 28

434 CAIITILAGE. — asatomie.

La substance fondamentale du cartilage hyalin est formée par une mi^ dure, élastique, d'un blanc opale, demi- transparente, dans laquelle les

cellules cartilagineuses sont eachàssées par séries, allongées, perpendiculaires à Vos ; vers la surface libre du cartilage, elles sont Irè?aplaties, puriformes, et forment des lignes parallèles à cette face (fig. H5). Ou les a considérées quelquefois, mais à tort, comme us épithélium pavimenteux.

Cette substance fondamentale ne r,c. 113.- Coupe verticale du cartilage de la P^^sentc aucuiie slructure appt-

rolule, pendant son développement. — a, Sur- rente, même à UU fort gTOSSISSe-

l'ace articulaire avec des cellules fusiformes ment.

(corpuscules de cartilage] disposées parallèle- n ±' i ' j i.-\

nienL-^ Prolifération commençante des ccl- ^ Par Une COCtlOU prolongée de 12

Iules. — c, Prolirération plus avancée : groupes à 48 hcureS, le tissU cartîlagineui

considérables arrondis ; en dedans de la capsule g^ disSOUt, à TeXCeptioU des cellules.

dilatée se voient toujours un grand nombre ^ * \ f . - i

Ae cellules. — Grossissement : 50 diamètres. '^'CS demierCS SC dcpOSCnt pendant

(R. Ym How, Paiïioi. ceiL, fig. 22.) le refroidissement, et le liquide se

prend en une gelée visqueuse formée |)ar une substance albuminpïde, la chondrine. Elle est très-analogue à la gélatine, mais s'en distingue en ce que sa solution est précipitée par Tacide acétique et les sels métalliques.

Outre la chondrine, on trouve dans le cartilage, entre cinquante-quatre iîentièmes et soixante-dix centièmes d'eau, quelques centièmes de graisse, «t cinq à six centièmes de sels minéraux, à base de chaux, de magnésie ai de soude, mais à peine quelques traces de potasse.

Le cartilage hyalin ne renferme en général ni vaisseaux, ni nerfs. On remarque cependant à la circonférence des cartilages articulaires une zone de capillaires souvent difliciles à apercevoir quand ils ne sont pas •colorés par le sang, qui partent de la synoviale et s'étendent à peu près d un millimètre sur le tissu cartilagineux. Toynbee et Hueter ont observé que cette zone était plus large chez le fœtus, et qu'elle tendait à diminuer dans la vie extra-utérine à mesure que les mouvements gagnaient plus d'étendue, et que les cartilages étaient soumis à des pressions plus fortes -et plus répétées qui oblitèrent les vaisseaux.

La nutrition des cartilages hyalins s'opère par des courants endosmotiques avec les capillaires des tissus voisins. Hueter a décrit tout récemment dans les cartilages articulaires un système de canalicules et de lacimes qui s'abouchent, d'une part, avec les capillaires de la synoviale, «t pénètrent de là dans la substance cartilagineuse. Ce seraient des canaux assez analogues aux réseaux plasmatiques de la cornée. 11 les rend apparents en les colorant avec la solution de nitrate d'argent; mais ces observations demandent encore à être répétées avant d'être admise» définitivement.

CÂRTIL\GE. — ANATouiE. ^ 45o

L'absence de vaisseaux est commune à tous les cartilages hyalins permaneîits^ c'est-à-dire qui ne se transforment pas en tissu osseux dans l'état normal. On range dans cette catégorie : les cartilages articulaires ou d'encroûtement, les cartilages costaux, ceux de la trachée et des bronches, le cartilage de la cloison, le cricoïde, le thyroïde et les arythénoides. Quand, par les progrès de l'âge ou d'upe cause pathologique, ils sont sur le point de s'ossitier, on y voit apparaître préalablement des vaisseaux.

Les cartilages transitoires ou d^ ossification^ qui forment le moule du squelette de l'embryon et le fœtus, sont constitués par du tissu hyalin, mais ifs sont le siège d'une nutrition très-active et renferment toujours des vaisseaux. Quand l'ossification est achevée, le tissu fondamental ne fournit plus de cbondrine à la coction, mais de la gélatine.

Les fibrO'Cartilages diffèrent des cartilages hyalins en ce que la gangue qui entoure les cellules est fibreuse et flexible, au lieu d'être amorphe et dure. Nous les diviserons, avec C. Morel, en deux groupes bien distincts : 1** les fibro-cartilages proprement dits ou réticulés^ comprenant l'épiglotte, la trompe d'Eustache, les cartilages de Santorini, de Wrisberg, et ceux des ailes du nez et de l'oreille, dont la substance fondamentale est un feutrage de fibres élastiques presque sans mélange de fibres conjonctives. Les cellules cartilagineuses sont assez régulièrement dis*tribuées au milieu de cette gangue. Cette classe de cartilages ne s'attaque que très-peu par la coction, et donne une faible quantité de chondrine.

2® Dans les fibro-cartilages du deuxième groupe j ou fibro-cartilages accidentelSy qui comprennent les cartilages tarses, les disques intervertébraux et interarticulaires, le tissu conjonctif, avec ses fibres et ses corpuscules plasmatiques, prédomine ; les fibres élastiques y sont en faible proportion, et les cellules cartilagineuses ne s'y rencontrent, pour ainsi dire, qu'accidentellement, et font quelquefois entièrement défaut. On serait donc presque en droit de les rejeter de la classe des cartilages et de les ranger à côté du tendon d^Achille, qui, chez les vieillards, renferme régulièrement des cellules cartilagineuses aux environs de l'insertion calcanéenne.

On pourrait aussi placer dans cette catégorie le cal^ qui, chez la plupart des animaux, présente des cellules de cartilage au milieu des fibres conjonctives. Chez l'homme, on ne rencontre ces éléments cellulaires que dans le cal qui se forme après les fractures avec perte de substance, alors qu'il reste un intervalle entre les deux fragments.

Ajoutons que cette deuxième variété de fibro-cartilage ne donne que de la gélatine à la cuisson ; sous ce rapport aussi il se comporte comme du tissu fibreux.

Développement. — Les premières cellules de cartilage apparaissent dans la corde dorsale, et dérivent directement des cellules embryonnaires ; elles ne sont pas encore séparées par de la substance intermédiaire hyaline; celle-ci ne se présente que plus tard, sans qu'on connaisse exactement son mode de formation.

CARTILAGE. — anatomie.

Ces premiers rudiments une fois constitués, le cartilage s'accroît | a:

multiplication de ses cellules propres Ij. gure 116). On voit alors dans une même capsulejusqu'à quatre et cinq cellules jeune?

FiG. 117. — Cnrlilape épiphysairc du bras d*aii enf'-t (coude), Irai lé d'abord par le chromale de potas** t< ensuite par l'acide acétique. — Dans la subsUnoe foodamentale (ti«su intcrcellulaire) homogène, on nui En a, des cavités du cartilage, avec une mince parai [capsule], dans lesquelles se détachent des celtales <k cartilage avec noyau et nucléoles; — En b, cap*0}é* (cavités) avec deux cellules, résultant de la division i la cellule primitive simple; — En c, divisicn de la capsule, ayant suivi la séparation des cellules ; — En tf , i&terposîlion de substance intercellulaire, «îloignaiit .i> capsules divisées. — Développement du cambre [W, YiRCHow, Pathologie cellulaire, fi g. 9)

FiG. 116. — Accroissement d'un cartilage costal d'un adulte. — Groupes considérables de cellule de cartilage au milieu d'une enveloppe commune (appelée à tort cellule mère); les groupes ont été formes par la division successive de cellules simples dans le principe. En haut et à gauche, on voit un groupe dans lequel une cellule a plusieurs couches de capsules (masse externe dest';crétion). — Grossissement : 50'J diamètres. (K. Yirchow, iig. 6.)

qui finissent par s'isoler et devenir à leur tour le point de départ d*uw

nouvelle végétation (iig. 117). En même temps, la surface du carlilaiie s'accroît par apparition de nouvelle^ couches, formées aux dépens des partie?

profondes du périchondre.Les coq)uscules plasmatiques de cette membrane augmentent d'abord de volume, elle? perdent leurs ramifications, on y voit apparaître un noyau, et elles achèvent de se constituer, par la formation d'une seconde enveloppe, la capsule i ligure 118). Sur une coupe* réussie on peut souvent constater toute la série des transformations des corpuscule?

plasmatiques en cellules cartilagineuses.

Ce mode d'origine des cellules cartilagineuses est surtout évident dans les fibro-cartilages accidentels, qui ne paraissent se former que par ce mécanisme.

Connexions. — Les difîérentes espèces de cartilages sont toutes en rap-

FiG. 118. — Carlilage costal avec son périchondre sur un sujet de dix-huit ans. — A gauche, on voit le tissu (ibreux du périchondre, à droite le cartilage. Au point de jonction des deux, les cellules cartilagineuses sont très-allongées, semblables aux corpuscules plasmatiques du périchondre, dont elles proviennent, mais déjà munies d'une seconde enveloppe ou capsule. (G. MOBEL et ViLLEMlK, pi. III, fig. 5.)

CARTILAGE. — physiologie. 457 •

port, soit avec du tissu fibreux ou du tissiT osseux. — Le cartilage et Tos sont en rapport direct par deux surfaces hérissées d'aspérités qui s'engrènent Tune dans Tautre. Leur connexion est encore assurée par la gaine périostique, qui se continue directement sur le cartilage en prenant le nom de périchondre. Quant à la face articulaire des cartilages d'encroûtement, elle n*estreYétue par aucun prolongement de la synoviale. Même : Tenduit cpithélial de cette membrane s*arréte au bord du cartilage.

Les fibro-cartilages réticulés sont entourés d'une même enveloppe fibreuse.

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