‹ Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 49 sur 75 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

I Le tissu cartilagineux concourt dans Téconomie à des usages assez

I variés. Son rôle le plus important, sans contredit, est de présider à la formation des os.

Dans l'origine, le squelette entier est constitué par ce tissu ;

' mais, dès les premiers mois de la vie intra-utérine, les sels cal-

. caires s'y déposent en certains points, et réduisent de plus en plus l'étendue des parties cartilagineuses.

Au moment de la naissance, La plupart des diaphyses sont déjà ossifiées, et les épiphyses seules restent à l'état cartilagineux (cartilage épiphysaire).

Des noyaux d'ossification les envahissent à leur tour, et bientôt nous ne trouvons plus le tissu cartilagineux que sous forme

d une lame plus ou moins épaisse ^^^ ^^^ ^^p^ ^,^^^^^ ^^ ^^^ ^^^^^ j, j,.^

interposée entre la draphyse et tragale qui se développe. — c. Cartilage avec de

les épiphvses. La multiplication petite groupes de cellules.- p. Couche rapprochée

.. '^ S •' „ , .1 r de la liirne de calcification, présentant la prohlera-

active de ces cellules est le fac- ^-^^ ,^*p,^g -^^^^^^ ^^ ^^, cellules du plus grand

teur principal de l'accroissement volume. Dans les cavités du cartilage, on voit des des os en longueur (fig. H9). cellules à noyau complètes, des coi^uscules^^^^^ ^ > 9 ,,° , nés, anguleux, granuleux, qui sont les cellules recette lame, qui prend le nom de tractées artificiellemenU La masse sombre qui s'a- Cartilage de conjugaison^ persiste vance dans la substance intermédiaire représente le

pendant toute la durée de l'en- ^Cj:^^':^:^'^ZLT^Z7:^i

lance et de la jeunesse. A me- formés très-rapidement, ainsi que les trabécules

.sure que ses deux faces s'ossifient, osseux. La moelle est détachée : dans les espaces

, Il 1 1 1 1- Il les plus inférieurs, les trabocules sont enlourés

les cellules de la partie centrale d'un rebord plus clair qui est le jeune tissu osseux

se multiplient et conservent à la produit par la moelle. — Grossissement : 500 di«-

lame presque son épaisseur nor- ^^tres. iR. v.rchow, f.g. m.)

maie (Gg. 120). Vers Tàge de

vingt ou vingt-quatre ans, les cartilages de conjugaison ne sont plus

•438 CARTILAGE. — physiologie.

représentés sur la coupe que par une ligne cartilagineuse très-mince, d'un

millimètre à peine d'épaisseur. Quand cette ligne est envahie à son tour par les sels calcaires, les os cessent de croître dans le sens de la longueur.

Le même phénomène est produit par la destruction accidentelle des cartilages épiphysaires' avant l'entier développement du squelette; Tos dont le cartilage a été atteint, reste alors définitivement plus court que son congénère. C'est ce que les chirurgiens ont souvent Toccasion d'observer à la suite des résections articulaires chez les enfants, où il a fallu porter la scie au delà du point de jonction des épiphyses avec la diaphyse. Une forte contusion du cartilage de conjugaison paraît même suffire dans quelques cas pour en pro-

., .ctti n 11" .• :i, ... .• voguer Tossificalion hâtive, conmie

l<]6.i20. — Prolifération d'un carUlage dia- ^ .^ ' .

physaire pendant la croissance. La pièce pro- OlllCr OU rapporte UU exemple pour

Tient du tibia d'un entant. — a, Éléments Thumérus ; de là un arrêt de déve-

rtii cartilage du voisinage de l'épiphyse; les lonnpment de cet OS uns sont uniques, les autres commencent à «oppemeni oe cei os.

se multiplier. — b, Groupes de cellules pro- Le dépôt des sels calcaires dans le

duits par la division successive de ceUules carlilaffC CSt tOUJOUrs précédé par uniques. — Groupes de cellules notablement ,, ... , . * •■

développées situés près du bord calcaire de * apparition dcs vaisseaux, et il comladiapiiyse, et produits par le développement mence dans la Substance intermé-

ct l'augmentation de volume des cellules uni- Jij^jre (fig. 121); CC n'est que plos ques : la substance intercellulaire devient de , ^ ^. ,/ ! ., .^ "

pluse^piusrare.-.rf, Coupe d'un vaisseau, tard quc la ccUule Cartilagineuse se

— ^Grossissement : isodiamctres.iR.ViRCHow, transforme, prend Une forme étoilée, ., ig. .} et s'incruste pour devenir corpuscule

osseui (voy. Os, Ossification).

Le rôle des cartilages permanents est moins essentiel ; pair leur consistance, ils tiennent le milieu entre le tissu osseux et le tissu Gbreux, et remplacent tantôt Tun, tantôt l'autre, soit pour diminuer la raideur du premier, ou augmenter celle du second. Par leur mode de nutrition et leurs altérations pathologiques, ils se rapprochent le plus du tissu de la cornée.

Les cartilages costaux prolongent les arcs osseux pour donner de l'élasticité à la cage thoracique. Dans le larynx, la trachée, les bronches, la trompe d'Eustache, le tissu cartilagineux est mêlé au tissu fibreux pour empêcher ces conduits de s'affaisser sous Tinfluence des contractions musculaires et de la pression atmosphérique.

Les fibro-cartilages vrais ou réticulés, tels que nous les trouvons dans le pavillon de l'oreille ou le nez, remplissent le même but à un degré moindre.

CARTILAGE. — pathologie. 45»

Enfin il existe un revêtement cartilagineux à la surface articulaire do tous les os, et ce revêtement est en général d'autant plus épais que Tar-

! FiG. 121. — Coupe horizontale fuite i travers le cartilage diapbysaire en croissance d'un tibia de foetus âgé de sept mois. — r, o, Cartilage calcifié. — c,o\ Les sels calcaires commencent à se déposer. — p, Périchondre. — Grossissement : 350 diamètres.. (R. ViRCBow, PathoL cell, fig. 128.)

\ ticulation en question est soumise à plus de violences {cartilage articulaire ou iV encroûtement. La gangue hyaline, dans laquelle sont logées les cellules cartilagineuses, les protège par son élasticité, et leur faible vitalitéles empêche de réagir contre les irritations auxquelles elles sont soumises. Leur résistance n'est cependant pas indéfinie, comme nous allons le voir dans le paragraphe consacré à la pathologie. D'ailleurs, dans les articulations les plus exposées, comme celle du genou, de la mâchoire ou celle de la clavicule avec le sternum, un disque fibro-cartilagineux vient renforcer l'action du cartilage d'encroûtement.

On peut affirmer d'une façon générale que le tissu cartilagineux est de tous les tissus de Téconomic celui qui résiste le mieux aux pressions extérieures. Toutes les fois qu'un tendon est soumis à des frottements répétés^ il se développe en ce point un noyau de cartilage, c'est ce que nous, voyons presque normalement dans les tendons des muscles jambière antérieur et postérieur, et dans celui du long péronier latéral. Chez les militaires, la pression trop continue du chien du fusil produit quelquefoisle même effet sur le tendon du biceps.

Tous les fîbro-cartilages que nous avons nommés accidentels ne sont^ en quelque sorte, que du tissu fibreux, transformé plus ou moins complètement en tissu cartilagineux, selon l'usage plus ou moins violent auquel il a été soumis.

PATHOLOGIE

Jusqu'ici il y a peu d'années, on considérait les cartilages comme doués d'une vitalité presque nulle et plus rapprochés des corps inorganiques que

440 CARTILAGE. — pathologie.

des corps organisés; On était do4)c porté à leur refuser la possibilité de subir des altérations morbides, d'autant pUis qu'on les trouvait souvent inUds en apparence, au milieu des désordres les plus considérables des parties voisines. Cependant, dès 1846, Kûs (de Strasbourg) (loc. dt.) avait décrit rinflammaiion des cartilages.

On examen plus approfondi et surtout Tinspection microscopique ont démontré que les modifications pathologiques étaient presque aussi oombreuses dans le tissu cartilagineux que dans les autres tissus. On ksi surtout étudiées, jusqu'à présent, dans les cartilages articulaires, qui, par leurs fonctions et leurs rapports, sont les plus exposés aux altérations. Dans une série d'études remarquables présentées en 1850, 51-52, âb Société anatomique, P. Broca a définitivement jeté la base de la path&. logie des cartilages. Redfern, en Angleterre, publia presque à la même époque ses recherches sur ce sujet. Enfin 0. Weber, en Allemagne,! complété plus tard nos connnaissances sur l'histologie pathologique de ce tissu.

Nous commencerons cet exposé par la chondrite^ Vinflammation iu cartilage^ deux mots dont la réunion constitue encore, pour beaucoupdc médecins, une dissonance choquante. Mais de même que personne oeit plus tenté de nier l'inflammation de la cornée, quoique ce tissu ne renferme pas de vaisseaux, de même aussi on ne peut plus rejeter l'influnmation du cartilage, qui a d'ailleurs plus d'une analogie avec celle d^ la cornée; les premières altérations apparaissent dans les cellules, qui se mettent à proliférer; puis la substance intermédiaire se ramollit et se dissocie, finalement la membrane synoviale, qui joue ici le rôle de la gûdjonctive, se gonfle, s'injecte et envoie des prolongements vasculaires sur le cartilage.

C'est sur la surface cartilagineuse, qui reste dans le moignon après oœ désarticulation, qu on peut étudier ces phénomènes jour par jour dans toute leur pureté, quand toutefois ce revêtement ne s'élimine pas M d'une pièce par nécrose. Nous avons pu les suivre récemment à la clinique, après une désarticulation du poignet, où la contusion des tissus nous avait empêché de pratiquer la réunion immédiate.

Voici ce que l'on observe dans ces cas : pendant les deux ou trois pre miers jours, le cartilage perd simplement son aspect bleuâtre, byalio, et prend une couleur mate, d'un blanc jaune; il devient aussi un peu rugueux, comme grenu. Nous verrons que cela est dû à la prolifération d^ ses cellules. Pendant ce temps, la synoviale environnante s'est couverte df bourgeons charnus, qui débordent sur le cartilage et en réduisent considérablement la surface ; c'est un véritable chémosis. De ce bourrelet vasculaire part alors une membrane conjonctive très-délicate, renfennant des anses capillaires, qui s'avancent de la circonférence vers le centre du cartilage-, c'est l'analogue du pannus dans l'œil. Elle est d'abord transparente, facile à méconnaître, parce que la couleur blanche du cartilage paraît à travers; on peut aussi l'enlever par grattement. Mais bienlôl elle s'épaissit, envoie des prolongements dans l'épaisseur même du ti^

CARTILAGE. — pathologie.

cartilagineux ; puis elle se couvre de bourgeons charaus de plus en plus épais, et tinalement toute trace de cartilage a disparu, sans qu'aucune parcelle de son tissu n'ait été éliminée au dehors. Si Ton pratique alors une coupe verticale vers l'os, on trouve les bourgeons implantés directement sur ce dernier.

Quels sont maintenant les changements intimes qui correspondent à ces altérations visibles à Tœil nu. D'abord les cellules augmentent de volume, surtout celles situées près de la surface, puis les noyaux se divisent et se sous-di visent, et bientôt on trouve l'ancienne capsule cartilagineuse énormément agrandie, et contenant quatre, six, etc., jeunes cellules de nouvelle formation. Souvent, plusieurs capsules voisines deviennent confluentes en s*agrandissant; celles qui sont situées près de la surface s'ouvrent et déversent leur contenu dans l'articulation. De là cet aspect rugueux du cartilage, qui se traduit, sous le microscope, par des contours extrêmement déchiquetés.

Les cellules nouvellement formées dans les capsules cartilagineuses subissent des évolutions diverses. Dans le plus grand nombre de cas, elles se remplissent de granulations fines et de globules graisseux, qui les désagrègent complètement. D'autres fois, elles se transforment en globules de pus ; plus rarement, en cellules fusiformes se rapprochant du tissu conjonctif, quelquefois en corpuscules étoiles. Toutes ces modifications peuvent se rencontrer sur la même pièce, eommc ^ le prouve la figure 122.

La substance fondamentale s'altère également. Quelquefois elle se ramollit purement et simplement, et se transforme en une masse gélatineuse plus ou moins liquide. Plus souvent, elle s'infiltre de granulations graisseuses et se fendille en lamelles, qui lui donnent un aspect fibreux. C'est dans ces fentes que s'insinuent les vaisseaux de nouvelle formation, dont 0. Weber a très-bien décrit le mode de développement.

Jusqu'ici, nous avons supposé la surface cartilagineuse enflammée exposée librement au fond d'une plaie. Dans une articulation close, les phénomènes se passent en général de la même manière, mais ils sont plus complexes et moins réguliers.

La pression réciproque des surfaces articulaires empêche sur certains points le développemient du pannus vasculaire, qui forme le point de départ des bourgeons. Les cellules cartilagineuses y sont encore le siège

Fia. 122. — Chondrile de la tête d'un métatarsien carié. — Cette figure est très-remarquable au point de Tue dea métamorphoses de la cellule cartilagineuse. Tout en haut se trouve une cellule normale; plus bas, à droite, une cellule dont le contenu tend à se métamorphoser en corpuscules osseux étoiles; plus bas encore, deux énormes cellules remplies de globules pyoldes et de quelques corpuscules osseui; la cellule du coin, en bas et à gauche, subit la transformation fibreuse. [Mobel et Ville- MIN, pi. Vlll, fig. 0.)

442 CARTUAGE;. — PATHOLOGIE.

d'une prolifération active qui aboutit ordinairement à une degénér^cence graisseuse; elles deviennent confluentes; les cavernes qui en résulteot s'ouvrent dans la jointure et forment alors ces ulcérations, à bords soovent taillés à pic, que B. Brodie a d'abord signalées.

Ces ulcérations sont surtout fréquentes dans les arthrites sèches, et je crois que la raison doit en être cherchée dans la pression trop cooâdérable des surfaces articulaires, qui gène le développement des yaisseam et des bourgeons. Certains auteurs, tout en décrivant ces ulcérations comme nous, ont nié que ce fût là de Tinflammation et de rulcératiim, parce qu'il ne se développait pas de vaisseaujc. Mais la prolifération de» cellules est le fait essejitiel de rinQammation, et les vaisseaux ne se développent que pour fournir aux cellules un supplément de sucs dutritifs. Quand les vaisseaux et par conséquent le plasma nourricier font défaut, les jeunes cellules ne peuvent pas continuer leur trtnsformation en un tissu stable, mais elles périssent par dégénérescence graisseuse.

Ce qui confirme notre manière de voir, c'est que dans les arthrites avec épanchement liquide, où les surfaces articulaires sont écartées Fane de l'autre, la vascularisation des cartilages se fait régulièrement de la circonférence vers le centre, comme après une désarticulation.* Dans certains cas d'hydarthrose, on a pu le constater à l'autopsie. Lebert, dans son bel atlas d'anatomie pathologique, a fait représenter une pièce de ce genre (voy, pi. CLXXVllI, fig. 12 et 13). — La synoviale forme chémosis, pousse une membrane vasculaire d'abord à la superficie du cartilage, puis les pénètre; les bourgeons charnus des surfaces opposées se soudent et constituent, en s'organisant, les tractus fibreux qui limitent les mouvements. Quand la couche de bourgeons est plus deose et qu'elle a détruit tout le cartilage, elle peut même s'ossifier plus lard et constituer une ankylose osseuse. Sur une femme morte de fièvre puerpérale, nous avons pu nous assurer qu'une arthrite métastatique da cou-de-pied, qui s'était formée dans le cours de la maladie, avait guéri par ankylose osseuse, sans aucun abcès extérieur. Les surfaces cartilagineuses avaient à peu près totalement disparu, probablement par le mécanisme indiqué plus haut.

Quand l'arthrite débute par les os, les bourgeons vasculaires formés dans ces derniers pénètrent dans les cartilages par leur face profonde. Si l'on examine l'articulation au moment propice, on peut voir les cartilages d'encroûtement criblés de petits trous, par lesquels les bourgeons commencent à faire hernie. Un peu plus tard; tout le tissu cartilagineux est transformé en tissu de granulation.

Auguste Ollivier et L. Ranvier, dans un travail fort remarquable, ont prouvé tout récemment que les inflammations articulaires de nature rhamatismale produisaient dans les cartilages des altérations semblables à celles que nous avons décrites : prolifération des cellules de la couche superficielle, fonte graisseuse, ulcération.

L'inflammation des cartilages nous parait donc un fait bien réel, et si

CARTILAGE. — pathologie. 443

elle se termine presque nécessairement par la disparition des tissus enflammés, cela ne doit pas nous étonner. Un ganglion suppuré se détruit et est remplacé par une simple masse de tissu inodulaire, sans que personne ne mette en doute la nature inflammatoire de FafTection. Le cartilage enflammé peut d'ailleurs produire des globules de pus ou même des fibres conjonctives, comme les autres tissus. Le fait a été constaté par divers observateurs (Redfern et ?• Broca).

Un autre mode de destruction des cartilages, plus lent et moins évidemment inflammatoire, c'est la dégénérescence velvétique ou velouté que nous rencontrons surtout dans Tarthrite déformante des vieillards, mais aussi à un degré moins prononcé dans les autres arthrites.

Si, dans les autres affections articulaires, l'inflammation débute à peu près toujours par la synoviale ou les os et ne s'étend que consécutivement aux cartilages ; dans Tarthrile déformante, au contraire, les cartilages sont atteints les premiers, et après leur destruction seulement, la maladie s'étend aux os sous-jacents. Du moins, c*est ainsi que nous avons vu les lésions se succéder dans les nombreuses autopsies que nous avons pratiquées.

L'altération du cartilage commence par une désagrégation de sa substance fondamentale, qui se fendille et se résout en filaments, visibles à l'œil nu. La surface du cartilage prend alors l'apparence d'un gazon touffu ou du velours, d'où le nom de dégénérescence velvétique. Cette altération débute toujours par le centre des surfaces articulaires, là où les frottements sont le plus considérable. Petit à petit les filaments se détruisent à leur tour, le revêtement cartilagineux disparaît entièrement à ce niveau, et la surface de l'os, mise à nu, subit alors une série de transformations^ dont nous n'avons pas à nous occuper ici. A mesure que le centre du cartilage s'érode et se déprime, les frotlements articulaires se font sentir d'avantage au pourtour. La dégénérescence velvétique gagne ainsi de proclie en proche jusqu'à disparition totale du cartilage. Sur ses bords, il se fait souvent, pendant les premières périodes de la maladie, un travail tout opposé, une véritable hypertrophie, qui se montre sous forme de petits mamelons de tissu cartilagineux au point de jonction de ce dernier avec l'os. — Probablement que le voisinage des capillaires osseux fournit aux cellules cartilagineuses l'excédant de plasma nécessaire à ce travail.

Quelquefois ces mamelons deviennent assez gros et se pédiculisent *, de sorte qu'en se détachant ils peuvent devenir l'origine de corps mobiles articulaires. Ils s'ossifient ordinairement assez vite.

L'examen microscopique de cette altération indique qu'il ne s'agit pas d*un procès tout à fait passif, d'une simple destruction mécanique, d'une usure en quelque sorte. On trouve les cellules cartilagineuses en voie de prolifération active; mais, à cause de l'absence de vaisseaux et du fendillement précoce de la substance fondamentale, les jeunes cellules périssent par transformation graisseuse, ou bien elles deviennent libres et tombent dans la cavité articulaire, où l'on en retrouve quelques-unes na-

444 CARTILAGE. — pathologie.

géant dans la synovie (fig. i 25). Quant aux altérations de la gangue amorphe

hyaline, elles commencent par l'apparition de stries, formées de granulations graisseuses. Ces stm correspondent aux fentes futures.

Les filaments qui en résultent sool souvent renflés à leur sommet et renferment encore des cellules cartilagineuses ; après leur destruction, l'extrémité du filament parait comme effiloché.

En somme, cette dégénérescen»

velvétique est une espèce d'inflammation chronique du cartilage i marche extrêmement lente, dam laquelle les altérations de la suk-

^ ,^^ , stance fondamentale prédominent

Fig. 123. — Dégénérescence velvétique du car- „„„ n j ni » lilagearliculaire dans «ne arthrite déformante. «Ur Celle deS CellulcS, et qui par- La substance fondamentale est divisée en fi- COUrt SCS phases sanS formation de brilles, les cellules sont en voie de multiplica- vaisseaux tion (d'après Weber). » * «... i x

Les autres affections des cartilages pourront être passées assa rapidement en revue; ce sont la nécrose, Tossification, la crétification, l'infiltration urique, l'hypertrophie et les lésions traumaliques.

La nécrose des cartilages se produit dans les arthrites, quand Tes soœjacent est le siège d'une infiltration purulente étendue, et que ses vabseaux sont plus ou moins oblitérés. Le cartilage d'encroûtement se détache alors par une espèce de macération et flotte dans la jointure; mais c'est une terminaison plus rare qu'on ne l'a avancé. Lebert a vu des nécroses partielles du cartilage articulaire dans une tumeur blanche, suite de rbaniatisme (loc. «i., vol. II, p. 598, pi. CLXXVIII).— Après une désarticula, tion, on voit survenir la nécrose du cartilage, quand on panse ce dernier avec des topiques trop irritants; c'est une nécrose par excès d'inflanunatioD.

Les cartilages du larynx sont aussi assez sujets à la nécrose, à la suite des fièvres graves. C'est ordinairement une périchondrite suppurée qui est cause de l'accident. Comme ces cartilages reçoivent leurs sucs nourriciers par Tentremisc du périchondre, le décollement de cette membrane les frappe de mort. Dans l'arthrite déformante, on trouve assez souvent des fragments de cartilage, entièrement séparés de leur connexion par une espèce d'ulcération circulaire et constituant de véritables corps mobiles articulaires. P. Broca en a déposé plusieurs exemples au Musée Dupuytren {Bullet. de laSoc.anat,^ 1851, p. 109), sous le titre de nécrose des cartilages. Mais ces cas doivent être distingués de la nécrose proprement dite, parce que les fragments ainsi détachés ne sont pas frappés de morl, mais continuent à vivre au dépens du liquide synovial, qui les baigne.

L* ossification a été rencontrée accidentellement dans tous les cartilages

CAIITILAGE. — PATHOLOGIE. 445

hyalins permanents; les cartilages articulaires y sont toutefois rarement sujets; parconlre, ceux du larynx présentent souvent celte-transformation. Elle est amenée par Tâge ou une irritation répétée, et se fait d'après le même type que rossification des cartilages transitoires. La transformation du cartilage en tissu osseux n'est réelle que si les cellules du premier sont devenues des corpuscules osseux.

Souvent les sels calcaires se déposent seulement par amas plus ou moins réguliers dans la substance fondamentale, sans modifier les cellules cartilagineuses. C'est là de la crétification ou calcification^ et, si Ton y regarde de près, elle est peut-être plus fréquente que lossification réelle.

Chez les goutteux, les cartilages des articulations malades sont quelquefois incrustés de cristatix fins, qui sont formés d'acide urique ou d'un urate. Ils se présentent sous forme d'aiguilles, fines, légèrement recourbées et déposées dans la substance fondamentale. Les cartilages ainsi infiltrés sont d'un aspect blanc, comme frottés de craie (voj/. pI.CLXXVllI, fig. 7, de Lebert, et Atlas de C. Morel et Villemin, pi. Vil, fig. i ).

V hypertrophie j ou pour parler plus exactement, Vhyperplasie^ a été observée sur tous les cartilages permanents. Elle est ou diffuse ou circonscrite, et forme alors des tumeurs arrondies auxquelles Virchow a donné le nom à^ecchondroses ou exostoses cartilagineuses, pour les distinguer des enchondromes constituées par du tissu caililagineux de nouvelle formation, hétérotopique {voy. Chokdromes) ; ces ecchondroses restent ordinairement petites, et s'ossifient souvent. Elles se forment surtout aux dépens des cellules plasmatiques du périchondre, qui dépose à la surface de l'ancien cartilage une série de couches nouvelles. Dans Tenchondrome, au contraire, ce sont les cellules mêmes de la tumeur qui se multiplient à l'infini, de là un accroissement presque illimité de ces néoplasmes, qui les rapproche des cancers. Nous avons déjà mentionné les ecchondroses qui se forment au pourtour des cartilages articulaires, dans les arthrites déformantes. On en a observé également sur les cartilages costaux, les disques intervertébraux, la symphyse pubienne. Gintrac a décrit une hypertrophie concentrique du cartilage cricoïde, et Virchow a vu de petites excroissances comme des pois sur les cartilages du larynx, et même de la trachée. Elles y existent quelquefois en nombre considérable.

Un certain nombre d'exostoses, principalement celles qui se développent chez les jeunes sujets au niveau des cartilages de conjugaison, ont été primitivement des ecchondroses qui se sont ossifiées plus tard. Souvent l'ossification s'y fait par couches très-irrégulières. J. Cruveilhier les a décrit sous le nom à^ostéo-chondrophytes; V, Broca en a présenté un exemple curieux à la Société de chirurgie en 1866.

Les lésions traumatiques des cartilages sont de deux ordres, les plaies et les fractures.

Quand les cartilages articulaires sont blessés par un instrument piquant, ils réagissent généralement peu, et au bout de plusieurs semaines, on trouve la plaie dans le même état que le premier jour, comme le prouvent des expériences anciennes confirmées encore par Richet. A la suite

446 CARTILAGE. — bibliographie.

de fractures intra-ârticulaires, Broca a vu cependant la division du cartilage se réparer par du tissu fibreux ; il pense que ce fait est général, ft que si on ne Ta pas observé sur les animaux, c^est qu^ou n a pas attend] assez longtemps avant de les sacrifier.

Les divisions sous-cutanées et les fractures des cartilages costaui, guérissent par un cal osseux ou fibreux (Malgaigne) formé aux dépem du périchondre et des tissus voisins.

Le cartilage thyroïde est quelquefois fracturé à la suite d'une forte coustriction du cou ; il se consolide probablement de la même manière qoe les cartilages costaux.

Les plaies des fibro-cartilages guérissent par interposition du tko fibreux.

Quant aux tumeurs constituées par du tissu cartilagineux de nouTeIk formation, elles n'ont pas en général leur point de départ dans les cartilages normaux. Elles naissent dans les os, le tissu cellulaire ou le< glandes ; par leur marche et leur développement, ce sont de véritable néoplasmes, dont les cellules ont une forme analogue à celles des cartilages. Elles devront faire Tobjet d'un article spécial (voy. Cho!Idboiei.

Mentionnons en dernier lieu que le tissu cartilagineux résiste trèlongtemps aux néoplasmes qui se développent dans son voisinage. i*ii trouve souvent les cartilages articulaires encore intacts, quand l'extrémité osseuse qui les supporte est transformée depuis longtemps en une vmit cancéreuse. A la longue, cependant, ils disparaissent aussi par foot« graisseuse.

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Eugène Boegkel.

. CAPiVI. — CASCARILLE. — description. 447

CARIJS. Voy. CoRMA.

CARTI. — Les graines do Carum Carvi Linn. (Ombellifères)» autrefois fréquemment employées eu médecine comme toniques et carminatiyes, sont maintenant presque tombées dans l'Oubli, mais cela est dû surtout à la facilité avec laquelle on trouve à les remplacer. L'Anis, cii effet, dont nous avons traité (tome 11, page 516), leur est partout substitué.

Description (fig. 124). — Racines fusiformes rappelant celles de la carotte, cultivées dans certains pays pour servir d'aliment. Tiges de 50 centimètres, lisses, striées, portant des feuilles bipennatifides. Inflorescences en ombelle composée. Fleurs blanches ou blanc jaunâtre. Fruit oblong, contracté latéralement, marqué de 10 sillons, se divisant en deux petits akènes (méricarpes), pendus chacun par un filament très-ténu, appartenant à la columelle qui se bifurque. f i«)t

PpopRiÉTÉs, USAGES, DOSES. — Le Carvi ' -.— - m

est un carminatif et a les mêmes propriétés que rAnis,on le donne dans les mêmes cas et aux mêmes doses.

Léon Marchand.

CAftCARIIiliE. — Sous le nom de Cascarille, on vend dans le commerce des écorces diverses, dont la provenance est, pour la plupart d'entre elles tout au moins, encore fort douteuse. Les* principales sont : l"* la Cascarille vraie; 2"" la Cascarille blanchâtre; 5" la Cascarille rougeâtre, 4** la Cascarille de la Trinité de Cuba; 5** la Cascarille noirâtre et poivrée. La première est la Cascarille officinale, les autres, jusqu'ici, n'ont à peu près servi qu'à la falsifier. Nous n'insisterons que sur la Cascarille vraie, nous ne dirons des autres que juste ce qui sera nécessaire pour empêcher toute confusion.

Description. — La Cascarille officinale est en fragments de 3,5 et même 10 cent., épais de 2 millimètres, roulés sur les bords, de la grosseur du petit doigt ou beaucoup moins, durs, compacts, à cassure résineuse finement rayonnée, de couleur brun terne. Sa surface extérieure, fendillée transversalement, est grise, quelquefois couverte de petits lichens; l'intérieur est jaune fauve. D'une odeur agréable, de saveur aromatique, mais un peu acre, sèche et chaude, elle donne, par la distillation, une huile volatile verte d'une odeur suave.

La Cascarille blanchâtre est toujours recouverte d'un épiderme gris

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