CASSE. — DESCRIPTION
blanchâtre, uni ou strie longitudinalement, jamais transversalement. U cassure est brune du côté du centre, blanche du côté de Tépiderme, elle est en fragments d*un calibre plus gros.
La Cascarille rougeâtre est en morceaux paraissant appartenir à des rameaux assez développés. Elle est fongueuse, jaunâtre, peu épaisse. Le liber, souvent dénudé, est d'un rouge pâle à Textérieur, mais d'un ronge foncé à rintérieur. L'odeur est térébinthacée, la saveur rappelle celle du mastic.
La Cascarille de la Trinité de Cuba ou Copalchij se rapproche de li précédente par son odeur et son goût, mais son épiderme est uni et comme usé par le froissement.
Enfin, Guibourt décrit une Cascarille noirâtre poivrée^ à saveur mt et amère.
On attribue maintenant la Cascarille vraie au Croton eleuteria St., jadis, on la croyait fournie par le Croton Cascarilla Linn., mais il paraîtrait que ce dernier arbre ne donnerait que le Copalchi. Ce sont probablement d'autres Euphorbiacées et même d'autres espèces de Croton qô fournissent les différentes Cascârilles que nous venons d'énumérer.
Propriétés, usages. — La Cascarille officinale est réputée stomachique, tonique, stimulante; on Ta prescrite comme fébrifuge.
On Ta employée dans la dysenterie, dans les bronchites chroniques; on l'a ordonnée contre les vomissements.
On s'en sert pour aromatiser le tabac, mais elle enivre à trop forte dose.
Mode d'administration. Doses. — En poudre, de 1 à 4 grammes. En isfusion, 70 grammes pour un litre d'eau. En teinture^ 2 grammes, û extrait, on a surtout vanté la mixture composée suivante :
Infuse de Cascarille 400 gramm.
Vinaigre de SciUe 2t
Teinture de Camphre composée 48
Dans les affections chroniques des bronches, à la dose de 20 à 40 grammes par jour.
Elle entre dans Télixir de Stoughton et dans celui de Chaussier.
Pharmacopxia Ijond. 1856.
Mixlure de Cascarille composée (J5tt//e/m de thérapeutique. 18i5, t. XXXVI, p. 513;.
Léon March-^nd.
CAS^SE. — Il est peu de médicaments qui aient eu une aussi gnnk réputation que la Casse, et pourtant de nos jours cette substance estbieo peu employée. Elle est fournie par le Cassia fistula Linn. , Caneficier (litfmineuses), originaire de l'Egypte et de Tlnde, transporté aux Antilles et difis l'Amérique méridionale.
Description. — La partie que l'on trouve dans le commerce et que l'on vend dans les pharmacies se présente sous la forme d'uue gousse bnuK, unie, de 15 à 50 centimètres de long sur 25 millimètres de large. Cell^ gousse ne s'ouvre pas, ses deux valves restent appliquées l'une auprès ^
CASTOREUM. — iiistoirb naturelle.
Pautre et le long de chacune des sutures on voit une bande épaisse. Ce
fruit est divisé intérieurement en un grand
nombre de loges par des cloisons ; chaque
loge renferme une graine cordiforme, jaune,
dure, lisse, entourée d'une pulpe rouge ^
brunâtre de * consistance sirupeuse et de
saveur sucrée-acidulée. Telle est la Casse
des boutiques ou Casse en bâton (fig. 125).
Si l'on ouvre le fruit et qu'on enlève ce qu'il contient en raclant chaque valve, on a la Casse en noyaux ou Casse avec les graines; mais cette pulpe peut être passée au tamis, débarrassée des grains, des débris, des cloisons, etc., c'est la Casse mondée; enfin le pharmacien en la mélangeant au bain-marie avec du sucre, du sirop de violette, de l'eau de fleurs d'oranger la transforme en Casse cuite.
Propriétés, usages, iioses. — La pulpe de Casse est un laxatif, on la donne à la dose de 50 à 60 grammes.
Adtres espèces. — 1» Casse du Brésil produite par le Cassia^Brasiliana \Àx\n.'y ses gousses sont plus longues, recourbées en sabre et beaucoup plus larges, car elles présentent 48 cent, de diamètre, comprimées. La pulpe est amère et désagréable :
on l'emploie comme purgatif en Amérique. 2° Guibourt indique une autre espèce, la petite Casse, qui n'a été vue qu'une fois, elle a la même longueur que la Casse ordinaire, mais elle est beaucoup plus étroite.
Léon Marchand.
Fig. 125. — Casse [Cassia fisUdal.].
— a, (lasse plus pclilc que nature.
— b, Exlr^mité ouverte pour montrer los cloisons et la pulpe. — c.
Graine.
CAS^TOREUIH. — UjSTOinE naturelle. — Substance aromatique particulière sécrétée par le castor fiber^ mammifère rongeur clavicule de la tribu des Castoriens.
Les castors habitent les contrées incultes du Canada et de la Sibérie: mais on en trouve aussi quelques-uns en Prusse et en Pologne. Il y en avait même autrefois en France, où ils étaient connus sous le nom de bièvres.
Suivant l'opinion généralement accréditée, la petite rivière de Bièvre, qui se jette dans la Seine, à Paris, aurait pris son nom des castors qui jadis la fréquentaient.
Quoi qu'il en soit, il y a déjà longtemps qu'il n'existe plus de castors en France ; les derniers observés ont été trouvés sur les bords du Rhône et du Gard.
Les castors sont des animaux très-remarquables par leur industrie instinctive. Ils se creusent, sur les bords des lacs et des rivières, des
nOOV. DICT. MfiO. ET CUR. VI. — 2'J
CASTOREIM. — HISTOIRE naturel.
Coiriers où, pendant Télé, ils vivent solitaires; mais à l'approche de la «aison des neiges, on les voit quitter ces terriers et se réunir par band» de deux à trois cents, pour construire en commun leur demeure d'hiier. Les plus gros castors n'ont pas plus de 10 à 13 décimètres de Ioq- ^ueur, du museau à l'extrémité de la queue; leur tête, presque ao^ large que longue, ressemble assez à celle d'une marmotte. Chacune de leurs niâchoires est garnie de dix dents, dont deux incisives sur le devant ^ quâtreimblaires de chaque côté,
La peau du castor présente deux sortes de poils, Tun très-aboodaBl, grisâtre, d*une extrême finesse, et qui, ne se mouillant pas, protège IV «limai contre l'humidité, en même temps qu'il le garantit du froid : il sert
à la confection des chapeaux de feutre; Tautre, brun, long et soyeux, qu'on appelle jar, n'a point d'usage.
Le pelage du castor est ordioairemeot d'un brun rougeâtre, quelquefois noir, plus rarement blanc. Une peau de castor d'un beau noir constitue une fourrure im très-grand prix.
Les parties génitales externes et TaoïK (fig. 126) s'ouvrent, sous la queue du castor, dans une poche comparable au cloaque de oiseaux ; la verge, oui ne parait pas au*d^ hors, se dirige en arrière; les tesiicDb sontcachés dans les aines. De chaque 6k du conduit commun se trouvent deux pai e» de .glandes; la paire inférieure, située prè de Tanus, et souvent accompagnée de quelques autres glandes plus petites, r&okm •une matière huileuse jaune, d'odeur désagréable, différente du castor eum, Celoi-d
l'te. Iâ6. «— Appareil du caétordum.
— fl, fl, Glandes du castoreum. — b^ ify Leurs orifices dans le canal prépulial. ^ c, La verge avec son prépuce parliculior. -^ c^, Ouverture du eanal prdpulKil — e, e, Glandes anales. — f^ /*, Leurs oiilices.-^ g^ Amis. *- /r, Portion dft la quoue >— i, Prostate enfermée.
Jiy ky Gbndes de Gooper. — /, /, Vésicules séminales. — m, m, Ganaifx déférenls. — ;/, yi, ïc^tt- •ouïes.— «», Venie^
iloG. i27u^-^'61iiBâes du castoreum.
^t corttettu datns les dettxglaMks ^érieurcs (êg-. S 27), espèces de p ches obovées-oblongues ou p yriforracs, inégales, qui s'ouvrent dans le
CÂSTOREUH. — GASTORBim d'amérique et de sibIiue. 451
fourreau préputial par deux larges orifices. Chez ranimai adulte, ces fK>ches atteignent jusqu'à 13 centimètres de longueur; elles sont bien plus grandes que les testicules et ne peuvent être confondues avec eux ^Matthiole). Du reste, toutes ces glandes sont situées à Tintérieur du corps , de l'animal, et les testicules, non plus que les poches à castoreumy n'apparaissent point au dehors. Il est donc difficile de concevoir ce qui a pu 'donner lieu à la fable absurde dont Juvénal s'est fait Técho dans ces vers :
ImiUtus castora qai se Etmuchum ipse facit. cupiens evidere damno Testkuli; adeo medicatum intelligit ingnen. (Sat. xn.)
Deux sortes de castoreum existent dans le commerce : 1^ le castor eum 4'Amériquej le seul employé en France et en Angleterre; 2^ le castoreum -de Sibérie,, usité surtout en Russie, en Pologne et en Gallicie.
C^astorenaa d^Amérlqae. — Le castoreum d'Amérique, appelé aussi castoreum du Canada ou de la baie d'Hudson, est onctueux et presque liquidée l'état frais; mais le commerce nous le présente presque toujours desséché dans les deux poches qui le renferment. Ces poches, qui simulent une petite besace, sont toujours plus ou moins ridées et aplaties.
L'odeur de ce castoreum est forte, sui generis ; sa couleur brune noirâtre à l'extérieur, brune, fauve ou jaunâtre à l'intérieur; sa cassure résineuse, avec des membranes blanchâtres entremêlées; sa saveur acre -et amère.
« Le castoreum varie beaucoup en qualité, suivant l'âge de l'animal, la nature de son alimentation, Tépoque plus ou moins éloignée du rut à laquelle il a été tué. » (Guibourt.)
Casforeom de Slliérle. — Le castoreum de Sibérie se présente, d'après Guibourt, tantôt en poches pleines, arrondies, plus larges que longues, et comme confondues en une seule ; tantôt en poches accolées deux à deux, mais complètement distinctes, comme le sont celles du castoreum d'Amérique. Il n'offre point la cassure résineuse de ce dernier, et il se pplvérise facilement. Son odeur, très-forte, rappelle celle du cuir de Russie.
Analyse. — L'analyse du castoreum a été faite successivement par Bouillon-Lagrange et Laugier, par Brandes, John efPaff, Wôhler, etc. Il renferme : une huile volatile^ que Runge et Wôhler considèrent comme principalement composée d'acide phénique (acide carbolique, phénol) ; de la castoriue^ découverte par Bizio, et que Brandes, à tort, ce nous -semble, a regardé comme le principe essentiellement actif du castoreum; une matière résineuse, de Y albumine, des matières grasses, du mucus^ du carbonate d* ammoniaque, des sels de soude, de potasse, etc. (urates, l^enzoates, sulfates). Wôhler a signalé, en outre, dans le résidu de la distillation du castoreum, Texistence de la salicine et de l'acide salicy- Jique, produits qui proviennent évidemment des écorces de saules et de
452 CASTOREUM. — castoreun de sibIrie.
peupliers qui entrent, comme on le sait, pour une large part dansFalimentation des castors.
Selon Linné, le castoreum fourni par les castors qui se nourrisseot surtout d'écorces de peupliers serait préférable à tout autre.
Préparations. — Les préparations de castoreum en usage sont:b pondre j la teinture alcoolique et la teinture éthérée.
La poudre s'administre en pilules, les teintures en potions et en lavements.
Lorsque Ton fait entrer la teinture de castoreum dans une potloo, il faut d'abord la mélanger avec le sirop, atin d'éviter, autant que pi»sible, la séparation des matières grasses et résineuses, et*partant la [ormation de grumeaux, qui donneraient au médicament un aspect peu agréable.
Exemple de potion au castoreum :
Teinlure alcoolique de castoreum 2 grammes
Sirop de fleurs d'oranger 30 —
Mêlez et ajoutez :
Eau distillée de tilleul ou de valériane 100 grammes.
Èther sulfurique 4 —
Bouchez exactement et agitez.
Lebrou a beaucoup vanté contre l'asthme, les toux spasroodiques, les coliques nerveuses, les coliques menstruelles, Thystérie, les néfralgics en général, le sirop suivant : eau distillée de valériane, i ,000 gramme*; eaudistillée de laurier cerise, 500 grammes ; sucre blanc, 5,000 grammes; castoreum, 60 grammes; alcool concentré, 250 grammes. Faites macérer, pendant huit jours, le castoreum dans l'alcool ; filtrez la teinture obtenue, faites-la digérer, à une douce chaleur, avec les hydrolab. laissez refroidir et filtrez ; faites fondre, en vase clos, le sucre dans b liqueur, et filtrez de nouveau.
Ce médicament nous paraît devoir ses propriétés peut-être plus eucore aux eaux distillées qu'il renferme qu'au castoreum lui-même.
Le castoreum faisait autrefois partie d'un grand nombre de préparations. Il entre encore dans les pilules de cynoglosse, celles de Fuller, aujourd'hui inusitées; la thériaque, la potion antihystérique du £odei.
D'après Thouvenel, il ne faudrait pas moins de 15 grammes de castoreum pour déterminer chez un homme sain quelques phénomènes physiologiques appréciables : cest vers le canal intestinal que se maniresient ces phénomènes consistant dans une irritation éphémère et sans carac tères particuliers.
Thérapeutique. — Le castoreum est un médicament dont les propriétés sont loin d'être démontrées. Pour Krausoldt, Ettmûller, Schob, Tilemann, Hilscher, cités par Trousseau, c'est le plus puissant des antispasmodiques; mais pour Stahl, Junker, Rivinus, etc., pour Joei^, ^ beaucoup de nos contemporains, c'est une drogue inerte ou tout an
moins inutile, qui devrait être bannie de nos matières médicales. Opinions exagérées entre lesquelles probablement doit se trouver la vérité.
Mattbiole, Gommenlarii in sex libros Dioscoridis. Venetiis, 1565, p. 330.
Biuo (B.), Nuovi Sostanza nomata Castorina [Giomale di fiêica, 1824, t. VII).
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BftANDT und Ratzebdrg, Medizinische Zoologie, Berlin, 1827.
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Pereira, Pharnuiceutical Journal, noveniberl851.
Louis Hébert.
CJlSTRATIOJV. Voy, Testicules.
€ATAIiEP9IE. — La catalepsie, indiquée par Hippocrate (xaTC/T)), par Galien, qui en rapporte une observation, par Aetius, etc., décrite par Caelius Aurelianus, qui lui consacre un chapitre assez étendu, est une névrose intermittente, apyrétique, caractérisée par des accès de durée variable, pendant lesquels il y a suspension de Tentendement et de la sensibilité, et aptitude des muscles de la vie animale à recevoir et à garder les divers degrés de contraction qu'on leur imprime. Elle constitue une névrose spéciale, mais elle se rencontre aussi comme clément symptomatique, dans un certain nombre d'affections nerveuses.
La catalepsie, maladie d'ailleurs assez rare, est plus commune chez la femme que chez Thomme; on Tobserve surtout de vingt à trente ans; elle est plus fréquente chez Tenfant que chez le vieillard. On lui a assigné une foule de causes, soit prédisposantes, soit occasionnelles ; ainsi Théredite, l'état nerveux, la chlorose, les excès de travail, Tabus de la méditation, les passions tristes, la frayeur, la colère, l'imitation, etc. Chacune de ces influences a été retrouvée dans les divers faits que possède la science. Quelquefois elle est liée à la présence de vers intestinaux, et deux fois elle s'est développée chez des sujets qui venaient d'être frappés de la foudre. Tanquerel des Planches a signalé Pexistence de convulsions cataleptiques consécutives à l'intoxication saturnine. Le même phénomène s'est présenté, mais d'une manière transitoire, dans cette forme de périencéphalite diffuse, désignée sous le nom de paralysie générale, ainsi que dans les fièvres graves.
Elle est spéciale à l'espèce humaine ; cependant on lui a assimilé cette maladie nerveuse du cheval qu^on désigne sous le nom d'immobilité.
L'accès de catalepsie peut débuter brusquement, ou être précédé de symptômes précurseurs, comme de la céphalalgie, des vertiges, des douleurs épigastriques, un sentiment de constriction à la gorge, et divers troubles nerveux hystériformes. Lorsque l'invasion est subite, les malades conservent immobiles l'attitude qu'ils avaient au moment même où ils ont été frappés. Un homme fut pris de catalepsie en montant une échelle; un autre en jouant aux cartes (J. Frank); un troisième, en saluant son médecin, qui s'en allait (Boerhaave); deux cordeliers furent atteints de
catalepsie pendant la messe, au Consummatum e$t (Lafaille). Cae bb Taccès déclaré, quels que soient les mouvements que Ton imprime m bras et aux jambes, quelque pénible en apparence que soit Tattitaje qu'on leur impose, ceux-ci la conservent pendant une heure, deux heures, et même beaucoup plus, selon la durée de Taccès, alors qu'à FéUt physiologique la contraction musculaire ne saurait s*exercer d une manière permanente au delà de quelques minutes ; on dirait une statue à ressorts, ou des membres en cire molle, qui conservent l'inflexion qu* on leur a donnée. Tout au plus faut-il, dans quelques cas, pour obtenir Tétatcableptique, surmonter une certaine raideur opposée par les mnsdes, et soutenir les membres pendant une ou deux minutes, avant de les abasdonner à eux-mêmes.
La catalepsie peut être partielle ou incomplète. Elle respecte en géoénl les muscles de la poitrine, et permet aux mouvements inspirateurs (k s'exécuter comme de coutume. Tissot a vu un cas dans lequel, peodast deux mois, les bras seuls étaient cataleptiques ; quelques individus norchent encore lorsqu'on les pousse.
La plupart des malades, pendant l'accès, n'ont aucune conscience de ce qui se passe autour d'eux ; chez eux l'exercice intellectuel est comme suspendu, et on en a vu achever au réveil une phrase interrompue par l'invasion de l'état convulsif ; dans quelques cas, cependant, le jugemei^ et la volonté peuvent encore intervenir ; des cataleptiques ont obéi à ui commandement, et ont versé des larmes, sous l'influence d'une émotiou morale.
L'insensibilité aux piqûres, aux brûlures, est ordinairement complète; les paupières restent ouvertes ou fermées, selon le moment où l'accès e^l survenu ; mais la vue est abolie dans la plupart des cas ; il en est de même de l'odorat, et même de l'ouïe, bien que, dans certains faits exceptionnels, les malades aient répété plus tard ce qui avait été dit autour d'eux. La suspension des fonctions sensorielles pendant l'accès de catalepsie a été notée par la grande majorité des observateurs, et doit ^ considérée comme la règle la plus générale ; mais cette suspension, «d raison de la rigidité et de l'impossibilité d'exécuter un mouvement, est peut-être, ainsi que le dit Puel, plus apparente que réelle.
Forestus a signalé un malade qui, pendant l'accès, mangeait avidement les aliments qu'on plaçait dans sa bouche ; mais ce fait est eiceptionnel, car, le plus souvent, les fonctions digestives sont suspendues. Le pouls conserve son rhylbme normal; quelquefois il se ralentit sa© rien perdre de sa force ni de son amplitude. Quant à la température, elle s'élèverait, d'après Gcorget, au début de l'accès, Undis que, sdoo d'autres, elle tomberait un peu au-dessous de la moyenne physiologicffle. L'état des diverses fonctions varie d'ailleurs beaucoup chez chaque individu, selon que l'état convulsif est plus ou moins caractérisé. Oflclquefois l'anesthésie est générale et profonde ; dans d'autres cas, la sensibilité reste vague et obtuse, les idées suivent lentement leur cours,^ même que persistentfies symptômcsjcataleptiques proprement dits.
CATALEPSIE. 4t)5
Une fois Faecès terminé, le malade revient à lui; parfois Timpossibillté de parler persiste quelque temps encore, mais, en général, tous les mou- Tements reparaissent, et il ne reste que de la céphalalgie, une grande irritabilité des sens, un sentiment de profonde courbature.
Rien de variable comme la durée et le nombre des accès, fin accès peut ne durer que quelques minutes, ou se prolonger pendant plusieurs heures, plusieurs jours et au delà; l'intervalle de temps qui les séparepeut être aussi très-inégal. On a vu des sujets, au sortir de longues crises,, revenir à eux pendant quelques instants, et retomber pour un tempsencore long, tandis que d'autres restent des mois entiers sans éprouver aucune atteinte nouvelle. La catalepsie peut n'offrir qu'une seule attaque,, et disparaître ; mais, le plus souvent, les accès sont nombreux ; on en ft compté jusqu'à dix-sept cents chez une seule malade (Puel). Tantôt ilssurviennent d'une manière irrégulière, à propos d'une frayeur, d'uneémotion ou de la moindre cause occasionnelle ; tantôt, au contraire, ilsoffrent une périodicité parfaite, et se reproduisent tous les jours, tous lesdeux jours à la même heure, ou, chaque semaine, à un jour déterminé ^ quelquefois ils ne se manifestent que pendant le sommeil. En général,, pendant leur intervalle, la santé est loin d'être parfaite; il reste de la céphalalgie, de l'embarras dans les idées, de l'insomnie, une impressionnabilité excessive, des palpitations, des troubles dans les fonctions digestives, et tout ce cortège de symptômes qui se lient à l'état nerveux.
L'aptitude des membres à conserver pendant longtemps la positioi> qu'on leur donne, l'impossibilité pour le malade de modifier cette attitude,, constituent le caractère essentiel et pathognomonique de la catalepsie. L'hystérie, avec ses convulsions cloniques, rapides, étendues, et ses. accidents nerveux protéiformes, ne saurait être confondue avec l'immo*bilité cataleptique ; dans la contracture hystérique, qui pourrait, au pre-mier abord, laisser quelque prise au doute, les membres déplacés reprennent immédiatement leur position primitive. Le tétanos, dans lequel la connaissance est conservée, tandis que les muscles restent raides, inflexibles, et agités par des spasmes douloureux, ne saurait donner lieu à une erreur de diagnostic. Dans la léthargie, il y a résolution musculaire; les membres soulevés retombent inertes, les mouvements inspirateurs sont à peine sensibles, et le pouls est si faible que le doigt peut à peine le percevoir. L'extatique conserve la liberté de ses mouvements ; il a souvent une certaine conscience de ce qui l'entoure; son regard inspiré,, sa physionomie rayonnante contrastent avec le visage froid et immobile du cataleptique. Chez les aliénés, le diagnostic de Tétat cataleptique exige plus d'attention, car il peut être simulé par un effort énergique de volonté; des hallucinés, des mélancoliques, en état de stupeur, conservent quelquefois pendant un temps fort long les attitudes qu'on leur donne ; mais bientôt les membres tremblent, oscillent, et retombent, puis le^^ malades avouent, soit au moment même, soit plus tard, qu'ils ont agi sous l'influence d'une idée délirante ou d'une hallucination de l'ouïe,, d'un ordre, par exemple, transmis'par une voix invisible, et qu'ils n'ont
maintenu cette attitude qu'à l'aide d*un effort mui>culaire très-énergiqœ et même douloureux. L'anesthésie, que Ton a donnée dans les cas de a genre comme moyen de diagnostic spécial à la catalepsie» est trop commune chez les aliénés pour avoir une grande valeur.
Il faut d'ailleurs ne pas oublier que la catalepsie est souvent associée à divers états nerveux, et notamment à Thystérie, à l'extase, au soouiafflbulisme, à l'épilepsie, à la chorée. Les accès hystériques et les accès cataleptiques se combinent de deux manières : ou bien la catalepsie c^ consécutive aux mouvements convulsifs et se prolonge pendant une demiheure, une heure après l'accès, ou bien la rigidité cataleptique se mootie la première pour faire place aux accidents hystériques. Bourdin, Tissoi, Georget et Calmeil, ont vu des malades qui ont été successivement calileptiques, somnambules, hystériques, puis épileptiques. Jules Fabret, reprenant les observations de Puel et de Skoda, fait judicieusement ressortir les difficultés d'un diagnostic précis dans ces névroses complexes. Pour lui, comme pour nous, il y a des cas nombreux dans lesquels la catalepsie a perd insensiblement ses caractères propres, pour revêtir ceoi d'autres phénomènes voisins, sans qu'il soit possible de poser scientifiquement une limite vraiment nette et précise, de nature à indiquer positivement où cesse le degré de contraction qu'on peut appeler cataleptique, et où commencent ceux qui doivent recevoir une autre dénomination. » L'observation publiée par Mesnet, est l'un des plus curim exemples de cette complexité, de cette transformation des névroses. L'eut cataleptique a également été observé dans l'hypnotisme et dans cet éUl nerveux désigné improprement sous le nom de magnétisme. Dans les épidémies convulsives du moyen âge, dont notre époque donne encore à intervalles éloignés quelques exemples remarquables, les convulsions cataleptiques jouaient un rôle important. Associées à d'autres phénomène* nerveux, elles ne contribuaient pas peu, par la bizarrerie de leur aspect à éveiller dans les esprits Tidée d'une cause mystérieuse et surnaturelle. L'accès cataleptique n'est pas grave par lui-même ; presque toujours il finit par guérir, et une complication pourrait seule amener la mort. U catalepsie n'en est pas moins une affection sérieuse, car elle est l'indice d'une prédisposition nerveuse portée à un haut degré ; en guérissant, elle peut se transformer en une autre névrose, et aggrave d'ailleurs le pronostic des états morbides auxquels elle vient se joindre. Associée à la manie, à la mélancolie, aux hallucinations, elle imprime à la maladie une marche lente et incertaine, et doit presque toujours faire craindre le passage à Tétat chronique, pour peu que les convulsions cataleptiqiKS persistent avec une certaine intensité.
Nous ignorons d'ailleurs la nature des lésions anatomiques qui correspondent à cette affection. Dans les rares autopsies qui ont été faites, on a signalé le développement considérable des glandes de Pachionijd^ l'injection des méninges et de la couche corticale, un peu de piqueté cérébral ; mais ces altérations superficielles sont insuffisantes pour expliquer les symptômes observés pendant la vie, et jusqu'à ce que des obsenatiow
plus complètes soient acquises à la science, il faut regarder la catalepsie comme due à une lésion purement dynamique du système nerveux cérébro-spinal.
Un grand nombre de moyens thérapeutiques ont été vantés contre la catalepsie. Galien préconisait les émissions sanguines qui ne peuvent être utilement employées que dans les cas de pléthore habituelle ou de congestion encéphalique, au moment même de Taccès. Les purgatifs, les vomitifs, donnés à leur tour, ne sauraient être conseillés d'une manière absolue, et ne répondent qu'à certaines indications.
Les antispasmodiques et les antinévralgiques n'ont de valeur que dans les cas où les accidents nerveux paraissent dégagés de toute complication ; ils peuvent constituer un adjuvant utile, diminuer la fréquence des accès et abréger leur durée, mais ils ne sauraient former à eux seuls une médication suffisante pour combattre la prédisposition.
Le sulfate de quinine, nettement indiqué dans les cas oiî les accès reviennent avec périodicité, et même dans les cas où cette périodicité est irrégulière, a pu prévenir leur retour et contribuer à la guérison ; on devra donc toujours débuter par son emploi dans la catalepsie à forme périodique.
Petetin conseillait comme traitement général les bains glacés, Georget les bains à 20 et 22 degrés. Quant aux divers moyens hydrothérapiques, lotions froides, affusions froides suivies de frictions sèches, douches graduées, selon la force et le degré de réaction des sujets, ce sont là des moyens d'une haute utilité qui produisent vers la peau une dérivation salutaire, raniment les fonctions digestives, diminuent Fimpressionnabilité nerveuse, et qui, combinés avec le fer et les toniques, doivent, chez les sujets affaiblis, former la base de la médication.
L'acupuncture pratiquée pendant l'accès peut être utile pour entretenir la sensibilité cutanée. Petetin a £ait cesser l'état convulsif en faisant passer des courants électriques à travers les muscles frappés de catalepsie; Puel est arrivée au même résultat en exerçant de légères frictions sur les masses musculaires; ces frictions, pratiquées sur les paupières, parvenaient, chez une malade dont il rapporte l'observation, à rappeler la connaissance et à faire cesser Taccès.
Citons, mais seulement pour mémoire, l'insufflation pulmonaire, conseillée par Georget pour suppléer à l'action musculaire respiratoire, qu'il croyait momentanément suspendue dans la catalepsie ; c'est là une méthode fondée sur une erreur de physiologie pathologique.
Parmi tous les moyens de traitement vantés contre une affection qui ^e rencontre rarement dans la pratique, il faut distinguer, tout en sachant les associer, les méthodes qui s'adressent surtout à l'état général du sujet, des moyens accessoires qui peuvent à la rigueur diminuer la durée €t l'intensité des accès, mais dont Paclion n'est réellement efficace que lorsque les conditions générales de la santé se sont déjà améliorées.
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