L. y. Hâbcé
CATALYSE (catalytie, phénomènes catalytiques, force catalytiqoe, de présence, de contact). — II ne faut pas chercher dans Tétyroolojie grecque du mot Catalyse (xxxaXuo), je détruU^ xaTaX6în;, dissolution) laagnification usuelle et généralement acceptée des phénomènes que ce mot est destiné à représenter à l'esprit. Le plus grand yague a toujours estouré cette question ; une certaine obscurité, tacitement consentie par le plus grand nombre des chimistes, Tabsence de tonte défiaitioD do mol lui-même comme des faits qu'il devait comprendre, rexlenâon démesurée et l'abus yéritable qu'on a fait de tout temps de cette expression, la grande commodité pour l'esprit humain de résoudre une difficulté de fait par une subtilité grammaticale, tout, en un mot, a conconn jusqu'à ce jour à environner les phénomènes catalytiques d'une couleur mystérieuse propre à séduire. On s'habitua peu à peu à considérer b mots catalyse et catalytie comme l'expression de faits réguliers, dont le nombre s'accrut rapidement. La catalyse engendra bientôt la force csiêlytique^ laquelle prit rang naturellement au milieu et à côté des granks causes modificatrices de la matière, telles que l'affinité, la chaleur, lahmière, Télectricilé, etc. Nous croyons que le moment est venu de se séparer d'une fiction, sans raison d'être sérieuse pour le présent, conune sans espérance pour l'avenir. C'est dans ces idées, que nous croyons sages et progressives, que nous aborderons l'étude très-abrégée des phénomènes dits catalytiques.
Lorsque avec Lavoisier furent inaugurées les véritables méthodes d'expérimentation physique et chimique, une même impulsion entraîna tootes les intelligences. L'étude des phénomènes matérids et des modificalioD> réciproques des corps de la nature parut devenir la préoccupation eiclosivedes savants. D'un tel faisseau de lumières et d'une telle unité dansles recherches jaillirent bientôt les plus brillantes découvertes : en quelqiKî années, grâce à l'emploi de la balance et des méthodes rigoureuses d'investigation, la chimie put accomplir des progrès considérables et conquérir dans les sciences exactes un ran^ qui ne lui a jamais été disputé depuis. Quelques esprits d'élite, expérimentateurs habiles et novateurs hardis* désireux de constituer sur une large base l'étude des faits chimiques, df rattacher toutes les réactions déjà connues à un nombre restreint et défini de lois et d'agents, jaloux surtout de pouvoir exposer sans encombre
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et sans difficulté l'état présent des connaissances, jetèrent les premiers fondements d'un programme qui a suffi aux exigences d'un demi^siècle. L'illustre chimiste ^suédois, Berzelius, fut Tundes apôtres les plus ardents de cette regénération. Par ses nombreux travaux de laboratoire, aussi remarquables par leur précision que par leur portée philosophique, il avait acquis le droit* de parler en maître. C'est de la sorte qu'il conçut et fit accepter Tidée de catalytie.
Dans tous les phénomènes connus jusqu'alors, dans tous les cas où plu-* sieurs substances élémentaires ou composées réagissaient les unes sur les autres, si l'on avait le spectacle de modifications diverses, variables dans leurs effets, leur durée, leur intensité, etc., etc, la cause première de ces transformations de la matière semblait rester identique; c'était toujours au fond une affinité à satisfaire. Lorsque deux corps simples réagissaient l'un sur l'autre, en proportions convenables, chacun d'eux, tout en entrant pour sa part dans le composé produit, perdait son individualité physique. Il en était de même lorsqu*un corps simple réagissait sur un corps composé, ou que deux corps composés se trouvaient en présence. Chaque groupe élémentaire servait matériellement à la réaction réciproque, subissait lui-méme^une modification profonde et n'existait jamais à la fin de la réaction sous le même état qu'au commencement.
Le premier fait qui vint faire exception à cette loi, que l'on croyait générale, fut fourni par le platine très-divisé tel qu'on l'obtient lorsqu'il est précipité de ses solutions par le zinc ou lorsqu'on calcine le chloropla* tinate d'ammoniaque, ou encore lorsqu'on traite par l'alcool une solution de chlorure platineux dans la potasse caustique. En 1821, Humphry Davy avait d'abord remarqué qu'en versant dans un flacon à large ouverture quelques gouttes d'alcool, si l'on introduit dans ce vase un fil de platine préalablement chauffé au rouge, ce fil demeure incandescent pendant trèslongtemps. En 1823, Edmond Davy découvrit que le platine très-divisé, dit noir de platine, devient subitement et spontanément incandescent, à la température ordinaire, lorsqu'on l'humecte d'alcool. Enfin, en 1827 Doëbereiner trouva que l'éponge de platine, obtenue par la calcination du chloroplatinate d'ammoniaque, devient spontanément incandescente au contact d'un jet d'hydrogène, que ce gaz finit par s'enflammer et continue ensuite à brûler.
Ces phénomènes remarquables étaient bien faits sans doute pour surprendre et frapper les esprits. Comment comprendre, en effet, qu'une substance élémentaire, infusible, et aussi^résis tante aux réactifs que le platine, pût déterminer la combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène, sens rien perdre de sa masse, sans fixer aucun élément étranger, sans diminution comme sans augmentation de poids, sans altération matérielle d'aucune de ses propriétés? Au lieu de chercher à résoudre la difficulté, on prononça le mot de catalytiCj et comme tout phénomène mystérieux suppose une force occulte; I^l force catalytique fut le corolaire obligé du mot.
« Certains corps exercent, par le simple contact, une telle influence
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sur d'autres corps qu'il en résulte une action chimique ; des combinaisons sont détruites ou de nouvelles combinaisons prennent naissance, et tout cela s'effectue sans que le corps qui produit tous les changements soit altéré. Nous avons donné à la cause de ces phénomènes le nom de force catalytique^ tiré de xa-caXuo), je détruis. » (Triùté de Chime^ de Berzelius. 2* édition française, t. I, p. 111.)
Les découvertes succédant rapidement aux découvertes, et les faits comme les observations s'accumulant sans cesse dans la science, on œ tarda pas à signaler des réactions en apparence aussi mystérieuses et tout aussi inexplicables que les précédentes. Sans autres commentaires, on les appela catalytiques. Le mot catalytique devint dès lors en réafitt synonyme d'inexplicable. Là n'était pas précisément le mal ; le principal inconvénient résidait dans la facilité et l'arbitraire qui présidaient à cette classification. Mis ainsi sous le patronage d'une force occulte, les phénomènes obscurs échappaient à l'examen et ne sollicitaient plus d'expériences nouvelles. Tant qu'on croyait pouvoir expliquer la réaction et trouver la solution de la difficulté, les esprits étaient en éveil et l'on s'appliquait à résoudre le problème. Les recherches demeurant infructueuses, on faisait intervenir la force catalytique, et Ton insinuait que le phénomène litigieux relevait de cet agent mystique. La réaction classée de li sorte, la difficulté, sans être résolue, semblait disparaître et toute ncherche ultérieure paraissait inutile.
La revue rapide que nous allons entreprendre des principaux phénomènes attribués à la force catalytique montrera surabondamm^t quel regrettable abus on a fait de cette fiction et la grande variété des réactions entassées empiriquement dans cette catégorie artificielle.
Nous avons vu plus haut qu'un fil de platine, chauffé au rouge, demeure incandescent dans un mélange de vapeurs d'alcool et d'oxygène, que le noir de platine devient subitement incandescent lorsqu'on rtiimecte avec quelques gouttes d'alcool, enfin, qu'un jet d'hydrogène porte au rouge la mousse de platine, s'enflamme au contact de cette substance et continue de brûler à l'air.
Faraday remarqua que l'hydrogène dégagé par la voie sèche (par exemple, l'hydrogène provenant de la décomposition de la vapeur d'eao par le fer chauffé au rouge) ne s^'enflamme pas sous l'influence de h mousse de platine, quoiqu'il puisse être enflammé par l'étincelle électrique ou par un corps en ignition.
Exposée à l'air, l'éponge de platine perd peu à peu sa puissance catalytique qu'elle recouvre par une calcination modérée.
Thenard et Dulong ont fait sur ce sujet les observations les plus intéressantes qu'il est important de résumer. Si l'on soumet l'éponge de platine à l'action d'une chaleur blanche très-intense, elle perd la faculté de devenir incandescente par un jet d'hydrogène; cependant elle déterroiDe toujours la formation de l'eau, mais lentement et sans s'échauffer. Cn ni de platine d'un vingtième de millimètre de diamètre, contourné en une spirale de cent tours, n'exerça, au moment où il venait d'être prépare,
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aucune action sur le courant d'hydrogène, à la température ordinaire; mais à +300 degrés il déterminait l'oxydation du gaz. Lorsque, au con* traire, on Ta fait rougir plusieurs fois de suite, en ayant soin de le laisser refroidir chaque fois, le fil agissait sur l'hydrogène à +50: il ne conservait cette propriété à l'air libre que pendant quelques heures, mais il la gardait pendant vingt-quatre heures dans un vase clos; ce fil perdait subitement sa propriété lorsqu'on le plongeait dans du mercure pur. Un courant d'air sec ou humide de gaz oxygène, d'hydrogène ou d'acide carbonique, produisait les mêmes résultats, tandis que la potasse, la soude et l'ammoniaque n'enlevaient pas la propriété catalytique. La limaille de platine préparée à l'air avait, au moment de sa préparation, la faculté d'agir sur le courant d'hydrogène, tandis que, préparée sous l'eau, eUe n'avait aucune action. Des feuilles très-minces de platine, semblables à celles de l'or battu, jouissaient, dans les premiers moments de leur fabrication, de la propriété d'agir sur le gaz hydrogène à la température ordinaire, mais elles la perdaient dans l'espace de quelques minutes. Le platine précipité de ses dissolutions par le zinc métallique conservait ses facultés catalytiques d'une manière plus constante qu'aucune autre préparation. Le palladium, le rhodium et l'iridium, traités de la même manière que le platine déployaient absolument les mêmes propriétés. Le nickel spongieux déterminait la combinaison de l'hydrogène avec l'oxygène à la température ordinaire, mais sans devenir incandescent. L'osnium, l'or et l'argent jouissaient également des mêmes propriétés, quoique d'une manière moins régulière et à des températures plus élevées. D'autres corps solides non métalliques, tels que le charbon, la pierre ponce, le cristal de roche, la porcelaine, le verre, etc., ont aussi la propriété de déterminer la combinaison du gaz oxygène avec l'hydrogène, à une température de +550, mais sans devenir incandescents et sans que le mélange gazeux s'enflamme.
Faraday constata qu'un mélange d'hydrogène et d'oxygène dans lequel CD plonge une lame Iroide et épaisse de platine diminue peu à peu de volume en donnant naissance à de l'eau.
Wôhler mêla des rognures de liège avec du chloroplatinate d'ammoniaque, et carbonisa le mélange dans un creuset bien fermé. Les mêmes rognures de liège fusent carbonisées de la même manière, sans mélange préalable de platine. Or, le charbon platiné s'enflamme à l'air à une température bien inférieure à celle qui était nécessaire pour enflammer le charbon exempt de platine.
Si l'on fait passer sur de la mousse de platine chauffée au rouge un mélange d'acide sulfureux et d'oxygène, ces deux gaz qui, à l'état sec, ne se combinent directement à aucune température se combinent alors et produisent de l'acide sulfurique anhydre.
Kuhlmann a découvert que le platine en éponge transforme en acide nitrique un mélange d'ammoniaque et d'air atmosphérique humide.
La même substance produit l'effet inverse sur un mélange d'hydrogène et de composés nitreux ; dans ce cas il se produit de l'ammoniaque.
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Correnwinder a vu que la vapeur de soufre, mêlée d'hydrogène, ^ passant à + 400 degrés sur de la pierre ponce, fournit des qiiantiié< considérables d'hydrogène sulfuré.
De même que le platine à Tétat de poudre fine ou d'épongé provoque des combinaisons, il dissocie aussi des composés existants, les réduit i Tétat élémentaire ou les transforme en deux corps plus simples. Kov avons déjà vu Teffet de cette substance sur Talcool qui s'oxyde ainsi rapidement au contact de Tairen produisant de Paldéhyde, de Facide acétique, de Tacétal, etc.
Une des décompositions les plus remarquables est celle que présente Teau oxygénée sous Tinfluence de diverses substances minérales on or^ niques. Mis en coutact avec le platine, For, l'argent, le palladium pohê^ risés, ce liquide dégage de Toxygène avec une vive effervescence, et k mélange s'échauffe souvent à un tel point qu'on ne peut pluslctenirà la main. Si Teau oxygénée est concentrée et qu'on en fasse tomber une goutte sur un des corps précédents, la décomposition s'effectue ayec détonation, et si l'expérience a lieu dans un lieu obscur, on aperçoit me faible lueur. Dans ces réactions, l'eau oxygénée se décompose Detteneol en eau et oxygène, et les métaux ne changent ni d'aspect ni de coiop^ sition.
Divers oxydes métalliques produisent les mêmes résultats; les nm« suroxydent, les autres, comme l'oxyde d'argent, dégagent leur oxygèoe en même temps que celui de l'eau oxygénée; d'autres, enfin, ne chaogeit pas de composition et se retrouvent au même état après la réaction.
Parmi les substances organiques, la fibrine du sang présente la fidtê spéciale de décomposer spontanément l'eau oxygénée, sans subir ell^ même aucune modification appréciable.
L'illustre Thenard, à l'observation duquel sont dus en grande partie les faits précédents, constata que le persulfure d*hydrogène présentait des réactions analogues et se décomposait de la même manière en présence de divers corps pulvérulents, tels que le charbon, le platine, etc. En terminant son mémoire, il insista d'une manière précise sur ce fait spécial de l'activité mystérieuse des substances qui ne concourent poioi par leurs propres éléments aux réactions qu'elles déterminent.
Le chlorate de potasse chauffé dans un petit ballon de verre coiomence à se décomposer vers la température de -H 400 d^s centigrades. Or, si l'on mélange préalablement le sel avec du peroxyde Je manganèse, de l'oxyde cuivrique ou du sesquioxyde de fer bien purs ri pulvérisés, le dégagement d'oxygène commence vers -h 200. Si la proportion de ces substances est un peu considérable et la chaleur bmsqo^ ment appliquée, la décomposition est tellement rapide qu'elle deritft une explosion véritable. Après la réaction, les oxydes métalliques n'ont changé ni d'aspect ni de composition.
Si l'on fait un mélange d'hydrogène sulfuré et d'oxygène, ces deux gaz restent au contact sans aucune action sensible. Or, en introduisant dans le mélange un charbon dont les pores sont vides, les deux g» ^
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condensent aussitôt et réagissent l'un sur l'autre en produisant de Teau et un dépdt de soufre. L'action peut aller jusqu'à rincandescence.
Le nitrate d'ammoniaque fond à + 150, et ne commence à se décomposer qu'à + 230 ; il se forme dans ce cas de l'eau et du protoxyde d'azote. Mais si l'on mêle préalablement ce sel avec dix fois son poids de mousse de platine, il se décompose vers +160, en donnant un dégagement régulier d'azote; il se forme en outre de l'eau et de Tacide nitrique. La décomposition de ce sel, sous l'influence de la mousse de platine, se fait ainsi avec un abaissement de 70 degrés, et la nature des produits de décomposition est complètement changée.
Lorsqu'on chauffé l'acide citrique au-dessus de son point de fusion, c'est-à-dire vers + 150, il entre en ébuUition et donne naissance à un dégagement gazeux formé d'acide carbonique et d* oxyde de carbone. Si Ton mélange l'acide citrique avec de la poudre de pierre ponce, laquelle est sans action sur cette substance, l'oxyde de carbone disparaît et les produits de décomposition sont complètement modifiés. L'acide tartrique se comporte comme l'acide citrique dans les mêmes circonstances.
Lorsqu'on ajoute de l'hypermanganate de potasse à de l'ammoniaque étendue, de manière à colorer la liqueur en rouge intense, il se passe plusieurs heures avant que le liquide soit décoloré; mais si l'on agite un pareil mélange avec du noir de platine, la décomposition sera presque instantanée.
Une dissolution concentrée d'acide chromique bleuit instantanément l'empois d'amidon additionné d'iodure de potassium. Lorsque la solution acide est étendue de cinq cents fois son volume d'eau, la coloration ne se produit qu'au bout d'une demi-heure, mais a lieu instantanément si l'on agite la liqueur avec du noir de platine.
Le noir de platine décompose à rébuUition l'acide nitrique pur et produit d'abondantes vapeurs d'acide hypoazotique. Les acidjss iodique et permanganique subissent une décomposition parallèle sous la même influence.
Doëbereiner a constaté depuis longtemps qu'une dissolution de sucre fermentescible, additionnée d'un alcali caustique, se transformait rapidement au contact du noir de platine en eau et acide carbonique.
L'éponge de platine bien pure, chauffée avec de l'oxygène, acquiert la propriété de bleuir instantanément l'empois d'amidon ioduré.
E. Millon et Reiset ont constaté que plusieurs substances organiques et notamment celles qui servent d*aliments peuvent, sous l'influence des corps catalytiques, s'oxyder à de basses températures.
Le charbon de bois, le sulfure de plomb précipité, l'éponge ou le noir de platine, etc., jouissent de la propriété de condenser un grand nombre de gaz et de fixer plusieurs matières colorantes. Doëbereiner affirme que le noir de platine absorbe jusqu'à deux cent cinquante fois son volume d'oxygène. Calculant, d'après le poids spécifique du platine, que un quart du volume de celui-ci n'est formé que de pores dans lesquels le gaz se condense, il trouve que le gaz s'y trouve comprimé environ à
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mille atmosphères. Il faut sans doute, comme \e dit Berzelius, beaucoup rabattre de ce calcul ; néanmoins il restera toujours une force de condeisation qui excite Tétonnement.
L'alcool vinique, mélangé en certaines proportions avec de l'adie sulfurique ordinaire et chauffé à + 140, se dédouble nettement eaeai et éther ordinaire. L'acide sulfurique se retrouve dans le vase distillitoire sans avoir changé ni de poids ni de propriétés. Celle réactjon a sollicité de tout temps l'attention et la sagacité des chimistes. Tour à tour attribuée aux causes les plus diverses, elle finit par être rangée aa nombre des phénomènes cataly tiques.
L'action de la diastase sur l'amidon, de la pepsine sur les matière protéiques albumineuses et fibrineuses, du suc pancréatique sur k< graisses, de l'émulsine surTamygdaline, etc., etc., ont été successiT^ ment attribuées à des actions cataly tiques. 11 en fut bientôt de mémedf toutes les fermentations véritables, telles que les fermentations alcoolique, acétique, butyrique, lactique, gallique, etc., etc. La force catahliipe s'étendit insensiblement à une foule de phénomènes et de réactions ioeipliquées de la chimie organique. La force riffl/^ elle-même, cet antre agent occulte, qui jusqu'alors avait conservé seul le privilège d'expliquer les réactions diverses de l'économie vivante, se trouva séricose ment menacée par les empiétements successifs d'une rivale ennhbsante.
Dès 1845, E. Millon s'exprimait ainsi, dans ses Éléments de àm organique : « On peut caractériser la force catalytique en disant qu'ellf s'exerce dans deux directions distinctes; elle détruit ou bien elle associe ; elle trouble les combinaisons ou les provoque. Or, associer et dissocier, créer et détruire, constituent les deux termes simples auxquels rf rattachent en définitive toutes les opérations du laboratoire et toutef celles de U nature vivante. La force catalytique doit donc intervenir lacessamment dans les actions organiques : il faut s'attacher à en comprendre le jeu partout où elle interviendra et à en démêler la part de celle qui revient aux autres forces. »
Befzelius avait exprimé la même opinion quelques années avant. .4prè un intervalle de plus de dix-huit ans, Schônbein reproduit les même idées en les généralisant et leur donnant une extension presque illimitée : « Les substances, dit ce chimiste, qui jouissent du pouvoir de déTelopper des phénomènes catalytiques sont tellement répandues, soit dan* les végétaux, soit dans les animaux, qu'on peut dire que les deuxrègne> de la nature en sont pénétrés. Les semences et les racines de toutes \t plantes renferment des substances catalysantes. La germination est s intimement liée à la présence d'une substance de cette espèce que tout moyen qui annule l'activité catalytique fait aussi disparaître le pouvoir de germer. »
Dans une brillante leçon faite à la Société des amis des sciences, efl mars 1861, M. Dumas prêtait à ces dernières idées le secours magique de sa parole et d'une exposition magistrale. Suivant cet illustre chimislf?
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Tune des coaditions importantes do la vie dans les végétaux ou les animaux serait la formation incessante et la destruction non interrompue de Teau oxygénée dans les tissus et les liquides de Téconomie.
« La production de Teau oxygénée est donc un phénomène qui prendra désormais sa place parmi ceux qui, se manifestant sans cesse à la surface du globe, contribuent aux modifications que la suite des siècles lui imprime. Son apparition, sa destruction, les actions qu'elle exerce sur les corps qui Tavoisinent, sont autant de forces qui, infiniment faibles en apparence, peuvent néanmoins par leur continuité et Tinccssante répétition de leurs effets et de leur jeu, produire des résultats dont il y aura sans doute à tenir compte dans les études de la physique... La présence de Teau oxygénée est probable dans les tissus verts des plantes pendant que ceux-ci, frappés par la radiation solaire, dégagent l'oxygène naissant qui est le produit caractéristique de leur respiration. Elle est probable encore dans le sang et dans les liquides de roconomie animale ou s'accomplissent les combustions lentes, d'où dérive Pacidc carbonique, produit caractéristique à son tour, de cette autre respiration antagoniste. » (Dumas.)
Nous n'avons fait qu'ébaucher la description de quelques phénomènes attribués à la force catalytique. En réalité, le nombre de ceux qu'il serait possible de relever dans les mémoires et traités de chimie divers est beaucoup plus considérable; nous avons dû nous restreindre dans notre cuumération. Nous avons cependant la confiance que ce coup d'œil rapide suffira pour donner de ces faits une idée suffisante et mettre surtout en lumière leur prodigieuse diversité.
Que conclure de cet exposé et quelle signification attribuer à toutes ces réactions obscures, que la science accumule depuis près de cinquante ans sous la dénomination de phénomènes catalytiques? Faut-il continuer à les 3nvisager comme des phénomènes spéciaux, mystérieux, produits naturels i'une force particulière, inconnue dans son e^ence, manifeste seulement [>ar ses effets, et que l'on a désignée sous le nom de force catalytique? V'est-il pas plus logique et plus conforme aux saines doctrines de l'expo- *imentation scientifique, de dégager tous ces faits de leur ombre et de ne >a8 chercher ailleurs que dans rimperfection de nos moyens d'observa* ion et l'insuffisance des faits acquis, Texplication naturelle de la diffimlté qu'on éprouve à les interpréter?
Cette distinction qu'on a voulu établir entre les phénomènes dits ca^ alytiques et les autres réactions de la chimie ne repose sur aucune base ;érieu9e. Il semble de la sorte que la cause de toutes les combinaisons il décompositions ordinaires nous est parfaitement connue, que mil loute ne s'élève sur leur interprétation et qu'un petit nombre de ces phélomènes parvient seul à se soustraire à notre clairvoyance. Mais en réa* ité, rien n'est plus ambitieux et au fond rien n'est plus faux qu'une ciiiblable manière de présenter les faits» N'est-il pas tout aussi difficile 'expliquer et de comprendre comment l'hydrogène et l'oxygène se comineni quand ils sont portés à une température élevée, que lorsqu'on les wpyv. MCT. Mi». iT «m». VI. — 30
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met en présence de l'éponge de platine? S'il est nécessaire d'iDfoqoer la présence d'une force cataly tique dans le charbon ou le platine, knqu'ils agissent en décomposant un mélange d'hydrogène sulftiré et dW gène, il faut l'invoquer également dans l'eau elle-même qui produit b mém.es effets. Nous pourrions multiplier presque à l'infini des citatiofb apillogues.
Les exemples semblables abondent dans les sciences modernes, et nous ne fatiguerons pas le lecteur par des citations présentes à l'esprit de toœ. Mais c'est surtout la chimie qui deirait le moins accueillir ces niystèm et ces forces occultes, car, c'est sans contredit une des sciences qui a k plus éclairé l'étude des phénomènes physiques, rectifié le plus d'erran! et mieux précisé les conditions générales des réactions de la matière. Sans parler des travaux de Lavoisier, qui ont dissipé sans retour l'insaisissable phlogistique de Stâhl, la chimie u'a-t-elle pas expUqué etmême un grand nombre des faits attribués de tout temps à la force catalytique?
Grâce aux travaux de Willamson, la mystérieuse formation de I etber ordinaire se réduit aujourd'hui aux proportions modestes d'un double échange se produisant par deux réactions successives.
Il y a dix ans, Brodie exprima l'opinion que la décomposition deTcao oxygénée par les oxydes, offrait le caractère d'une réaction chimiqoe normale, que Télément oxygène était formé et mis en liberté en terta d'une loi moléculaire identique à celle qui régit la formation des substances composées et que la décomposition actuelle des deux oxydes était déterminée par la synthèse des particules d'oxygène se trouvant dans (les conditions polaires opposées selon Téquation :
AgO-hHO*=Ag4-HO-f-0».
Les récentes découvertes de Schônbein sur l'ozone semblent roetlre ces faits hors de doute.
Mialhe a démontre que la présence du noir de platine était inutile pour . pl'ovoquer la décomposition spontanée à Tair, d'un mélange de suoe fermentescible et d'alcali.
Dans ces derniers temps, Pasteur a démontré que les fermentations ne sont, comme on l'avait déjà prévu avant lui, que des réactions chimiques déterminées parla présence, l'évolution, le développement et les fonction naturelles d'un être vivant, végétal ou animal, qui vivant de sucre, si l'on choisit la fermentation alcoolique pour exemple, décompose cette substance dans l'acte même de sa nutrition et excrète de l'alcool et de l'acide carbonique, de même que l'homme, se nourrissant d'aliments azotés et hydrocarbonés, les transforme et excrète de l'acide carbonique d de l'urée.
Les travaux de Schônbein sur la production de l'ozone dans une Ibale de réactions chimiques, ainsi que la formation et la décomposition non interrompue de l'eau oxygénée à la surface du globe, ne peuvent manquer, dans un avenir prochain, d'éclairer bien des points obscurs éts
CATAPLASMES. — ph^^rmacologie. M7
phénomènes dits catalytiques et d'expliquer^ à la satisfaction de tous, ce qui nous semble aujourd'hui inexplicable.
Quoi qu'il en soit et en nous en tenant seulement aux faits déjà connus et acquis à la science, Thypothèse d'une force occulte, dite catalytique, n'a plus aujourd'hui de raison d'être sérieuse. Outre qu'elle tend à enchaîner le progrès et à fausser l'interprétation naturelle ^des phénomènes, elle présente le gra^e défaut de substituer à Texpérience directe et à renseignement des faits une de ces fictions analogues aux conceptions hermétiques du moyen âge. Le mystère, consenti ou accrédité de parti pris dans les sciences, loin de constituer un moyen de progrès, trahit seulement l'impuissance ou le découragement et conduit tôt ou tard à l'abaissement ou à la négation de la science elle-même.
Quoi qu'on fasse, quel que soit l'ordre des phénomènes qu'on embrasse et à quelque époque de l'humanité qu'on les observe, il reste toujours un certain nombre de faits qui surgissent avant l'heure de leur maturité, que les observateurs découvrent dans leurs investigations, mais qu'ils ne peuvent relier au faisceau actuel des connaissances acquises. Mis au jour trop prématurément, ils frappent tous les esprits par leur bizarrerie et leur imprévu. Dans l'ordre des idées régnantes et des faits connus, on ne les explique pas, parce que les phénomènes généraux desquels ils dépendent et qui peuvent seuls en donner la clef, ne sont pas même entrevus. Leur période d'incubation est souvent longue, mais l'époque propice se prépare; les découvertes se succèdent, des horizons nouveaux se découvrent et la lumière qui en jaillit, éclaire tout à coup d'une manière aussi subite que profonde les faits mystérieux des générations précédentes. C'est le sort habituel de toutes les grandes découvertes : elles ne jaillissent jamais soudainement; elles s'annoncent, au contraire, à l'avance, par des éclairs furtifs, s'élaborent ensuite lentement dans les esprits, sollicitent de proche en proche les travaux et les recherches, et, lorsque l'édifice est achevé par une commune collaboration, le monde est tout surpris de reconnaître tel fait, tel phénomène antérieur, jusqu'alors inexpliqué, qui, au milieu de l'harmonie générale du monument, se confond naturellement avec l'ensemble.
Z. RoussiN.
CATAPHORJL. Voy. Coma.
CATAFIiASMES (de xxxà, dessus, et TrXaaastv, enduire, appliquer). — Les cataplasmes sont des médicaments de nature assez diverse et de consistance molle, destinés à être appliqués à l'extérieur sur des parties saines ou malades.
Pharmacologie. — Les cataplasmes étaient fort usités chez les anciens, qui faisaient concourir à leur préparation les règnes animal et végétal, et même le règne minéral. On en obtenait dVmoHiente, de calmants^ de résolutifs j ô' astringents j de rémilsifsy etc., etc.. A vrai dire, cette sorte de médicament n'est pas aujourd'hui moins en faveur qu'au-
468 CATAPLASMES. — phabhacologie (préparation).
trcfois; seulement le nombre des agents thérapeutiques que Ton bil intervenir dans leur composition, tend à se restreindre chaque jour davtntage.
Envisagés au point de vue purement pharmacologique, les catapUsme» pei^vent être divisés en simples et composés^ suivant qu'ils sont formés d'une seule substance active ou de plusieurs.
Un cataplasme résulte en général de l'union d'une matière plus oo moins solide, ordinairement mucilagineuse, qui en est la base, et d^uoe substance liquide qui en est le véhicule. Le plus souvent, c'est à sa bai« que le cataplasme emprunte sa caractéristique thérapeutique ; d'autn-» ibis, c'est à son véhicule ; d'autres fois enfin, la bouillie résultant du mélange de la base et du véhicule n'est qu'une sorte d'excipient dans lequel on incorpore une ou plusieurs substances médicamenteuses sous forme de poudres, extraits, teintures, pommades, onguents, emplâtres, rtc. Uans ce dernier cas, au lieu de mêler ces diverses substances à toute la masse du cataplasme, il vaut beaucoup mieux les étendre simplement à la surface. On trouve a agir ainsi plusieurs avantages : économie de temps et de substance, action plus directe et partant plus efficace.
On obtient aussi des cataplasmes avec des plantes fraîches ou une k leurs parties : racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits, préalablement divi^è. Enfin on employait autrefois, et des empiriques sans diplôme emploieot encore fréquemment aujourd'hui comme cataplasmes, tantôt des animaui vivants ou récemment tués, tantôt des parties d'animaux, telles queb peau, la chair encore pantelante, des viscères et même des excréments!
Préparai Ion des cataplasmeai. — La confection des cataplasmes présente en général peu de difficultés. On les obtient à froid ou à chaud.
On prépare à froid les cataplasmes de plantes qui perdraient parla chaleur tout ou partie de leurs propriétés, tels les cataplasmes def(uw de moutarde (voy, Sikapismes) de pulpe d'at/, de pomme de terre^ etc.
Les cataplasmes préparés à chaud sont de beaucoup les plus nombreui Le cataplasme de farine de graine de /tn, celui de tous que l'on emploie le plus fréquemment, nous servira d'exemple. Pour le préparer, on délaye de la farine de lin dans de l'eau à la température ordinaire, de manière a former une bouillie un peu liquide et bien homogène. Les proportions qui réussissent le mieux sont, en volumes, deux parties de farioe et trob parties d'eau. On fait cuire cette bouillie dans un vase de terre ou de métal, en agitant continuellement, jusqu'à i^e que la masse ait acquis une consistance convenable. Ce procédé, qui est celui du Codex, peot^ * un très-petit nombre d'exceptions près, s'appliquer à la préparation de tous les cataplasmes simples et de quelques cataplasmes composés. Ainsi peuvent être obtenus les cataplasmes de farines de céréales : orge, seigle, froment, riz; de semences de légumineuses : fénugrec, fèves, leotille^f orobe, lupin et autres; les cataplasmes de fécule de pomme de terre, de mie de pain, etc.; ceux de farines émollientes (lin, seigle et oi^i parties égales), de farines résolutives (orobe, lupin, fèves et fénugrec parties égales), etc.
CATAPLASMES. — PHARMAtCoiodrE (préparation). 469
Un autre procédé, souvent mis en pratique pour la préparation du cataplasme de farine de lin, consiste à délayer simplement la farine avec assez dVan bouillante pour obtenir une bouillie ni trop claire ni trop épaisse.
Le premier de ces procédés a sur le second plusieurs avantages : en délayant la farine, non dans Teau bouillante, mais dans Teau froide, on évite la formation des grumeaux, et le cataplasme obtenu est beaucoup plus homogène ; en soumettant le mélange à la coction, l'hydratation du mucilage est rendue plus facile et plus complète, et, de la sorte, une même quantité de farine fournit un produit meilleur et plus abondant. Ce procédé donne donc d'excellents résultats, mais à la condition qu'il sera bien exécuté. Il va sans dire qu'il ne faut pas, comme cela se pratique habituellement, faire servir plusieurs fois le même vase sans avoir soin d'enlever le reste de cataplasme qui s'y trouve en partie aigri et en partie desséché. S'il ne devait point en être ainsi, si cette précaution ne devait point être prise, il vaudrait mieux avoir recours au simple mélange de la farine avec Teau bouillante. Ce dernier moyen nécessite, il est vrai, remploi d'une quantité un peu plus forte de farine, et donne une bouillie un peu moins visqueuse et un peu moins homogène ; mais ces inconvénients sont légers, auprès de celui qui résulterait de la présence, dans un cataplasme émollient, de produits acides, partant irritants, provenant de la fermentation et de produits empyreumatiques plus ou moins acres et plus irritants encore, provenant de l'altération par le feu d'une certaine portion de la masse desséchée sur les parois du vase dans lequel le cataplasme aurait été préparé.
En résumé, le procédé par coction est le meilleur et doit être employé lorsqu'on est certain qu'il sera convenablement exécuté; mais lorsqu'il en est autrement, ou lorsqu'on est pressé par le temps, le procédé par simple mélange est celui que l'on doit préférer : il est plus commode, plus cxpéditif, et s'applique, du reste, avec moins de désavantage à la préparation du cataplasme de farine de lin qu'à celle de tout autre cataplasme.
Lorsqu'un cataplasme devra être additionné dune substance active volatile ou renfermant des principes volatils, celte substance sera ajoutée au cataplasme à demi refroidi ; c'est ainsi qu'on devra agir à l'égard du camphre, du safran, de la ciguë, etc.
Si le cataplasme devait être composé de substances aromatiques, qui, toutes, comme on le sait, perdent davantage par la chaleur que par la dessiccation, il faudrait employer ces substances en poudre et les délayer en consistance convenable à l'aide d'une suffisante quantité d'eau tiède ou d'un véhicule approprié
Le savon et les extraits seraient préalablement dissous dans une petite quantité d'eau, les onguents dans un peu d'huile ; et, ces diverses solutions, ainsi que tous les médicaments liquides : laudanums, teintures, huiles médicinales, extrait de saturne, etc., seraient répandus à la sui;face du cataplasme au moment de son application,
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