‹ Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 6 sur 75 · L. Marchand · texte numérisé non relu

L. Marchand

CACWElLIEfi^. — Aperça lilstorliine et déflnUlon. — A s'en tenir au sens étymologique, le mot Cachexie (xaxT] e^t(;, malus habitus corporis), désigne simplement un mauvais état du corps. A ce titre, et si l'on voulait se contenter d'une donnée aussi vague, il est clair que toute maladie serait, en un certain sens, une cachexie. Mais ici, comme partout en médecine, l'étymologie n'est pas tout. Ce mot a un sens traditionnel qui remonte aux temps les plus reculés; et malgré quelques obscurités, il comporte un peu plus de précision que ne semblent croire ceux qui le rayeraient volontiers du langage médical.

L'on trouve déjà ce sens assez bien indiqué par Arétée, lorsqu'il appelle la cachexie « l'aboutissant commun de toutes les souffrances et le résultat de toutes les maladies. » — Pour compléter la pensée du médecin de Cappadoce, qui serait plus claire s'il n'eût fait de la cachexie, à son tour, une source de maladies, il faut ajouter que c'est à propos des affections chroniques qu'il s'exprinie a^insi; et nous trouvons en effet

CACHEXIES. — APEBÇU historique et DéFUlITlON. 7

ridée de chronicité implicitement contenue dans la plupart des défini* tiens de la cachexie que nous ont laissées les médecins de l'antiquité, Hippocrate, Celse, Cœlius Aurelianus.

Ainsi état fâcheux, à la fois chronique et terminal, déterminé par une foule de circonstances diverses, voilà ce que signifiait ce mot dans Tesprit de ceux qui l'employèrent les premiers. — C'est donc à tort, selon nous, que les auteurs du Compendium de médecine considèrent cette signification comme peu philosophique, en ce qu'elle s'applique, disent-ils, à des maladies très -différentes par leur siège et par leur nature. Quoi de plus philosophique, au contraire, que de rechercher en toutes choses, au milieu de la diversité des phénomènes, les points de contact et les traits de ressemblance? Le reproche, sans doute, serait mérité s'il fallait entendre par cachexie une maladie ou une classe de maladies. Mais il n'en est point ainsi, comme on vient de le voir.

Ce qui est peu philosophique, et contraire^à la bonne méthode, c'est de confondre l'effet avec la cause, le symptôme produit avec la maladie qui l'engendre. Or, c'est là, il faut en convenir, une confusion qui ne date pas d'aujourd'hui. Elle fut commise de très-bonne heure, et le galénisme y contribua beaucoup pour sa part. Galien, on le sait, ramenait la plupart des troubles de l'économie à une double lésion humorale, lésion de quantité ou de qualité : à côté de la pléthore, venait la cacochymie caractérisée par l'intempérie des humeurs. — A proprement parler donc, et dans l'esprit de Galien lui-même, la cacochymie était la cause de la cachexie : la première menait à la seconde. Mais grâce à une sorte de consonnance, peu à peu on s'habitua à confondre ces deux termes, qui, dans les écrits d'une foule de médecins, devinrent trop souvent synonymes.

De là, à considérer les cachexies comme des maladies, il n'y avait qu'un pas, et c'est malheureusement l'erreur où sont enfin tombés les nosographes du siècle dernier. Cette erreur n'était d'ailleurs que la conséquence du principe vicieux qui leur servait de point de départ, et en vertu duquel la symptomatologie était prise comme unique base des classifications.

On a beaucoup reproché à Bordeu d'avoir encore renchéri sur ses prédécesseurs, en multipliant outre mesure le nombre des cachexies. Il est certain que ses cachexies laiteuses, séminales, sanguines, bilieuses, muqueuses et autres, quelque vivantes et pittoresques que soient d'ailleurs les descriptions qu'il en donne, prêtent singulièrement le flanc à la critique et semblent, de prime abord, un emprunt aux plus fâcheuses tendances de rhumorisme antique. Malgré tout, et la part faite aux ardeurs d'une imagination méridionale qui l'emportait souvent au delà du but, on ne peut s'empêcher de reconnaître dans les écrits de Bordeu un retour aux saines traditions, et une grande idée médicale. D'abord ses cachexies ne sont point, quoi qu'on en ait dit, des entités morbides, ce qui est déjà un mérite, mais de plus elles reflètent la pensée première qui a inspiré r Analyse médicinale du sang^ à savoir que le sang, cette chair fondue et coulante^ comme l'appelle Pordeu, loin d'être un liquide jner|e à la ma-

8 CACHEXIES. — aperçu historique et défiïiitioii.

nière dont reniendaient les anciens, est un fluide essentiellement vivant, d'où tout vient, où tout retourne, et où se trouvent éminemment représentées toutes les parties solides et liquides de l'organisme. De cette intime et parfaite solidarité entre le sang et les organes qu'il anime, résulte un nécessaire retentissement de ceux-ci sur celui-là et réciproquement, de sorte que toute altération de nutrition portée au delà de certaines limites et durant un certain temps devra compromettre l'un et l'autre de ces éléments du tout vivant.

N'est-ce pas, au fond, ce que nous dit la physiologie moderne? A mesure que la chimie précisait la nature des altérations humorales, à mesure que le microscope révélait une relation constante entre ces altérations et certaines modifications de texture, un retour manifeste s'est effectué vers ce que Ton pourrait appeler l'humorisme expérimental, et il est remarquable qu'après avoir disparu de la science pendant bien des années, les mots cachexie, états cachectiques tendent aujourd'hui à occuper une place de plus en plus grande dans le langage contemporain.

Il importe donc essentiellement que ces mots aient une valeur bien déterminée, et pour cela il faut avant tout éviter les malentendus.

Une cachexie n'est point une maladie : nous l'avons déjà dit, elle n'en présente aucun des caractères; en particulier il lui manque le premier de tous, à savoir cette unité d'évolution sans laquelle une maladie ne saurait être admise dans le cadre nosologique.

Pas davantage ne faudrait-il confondre la notion de cachexie avec celle de diathèse. Quelques divergences qui puissent exister sur la nature des diathèses (voy. ce mot), toujours est-il que tout le monde s'accorde à attacher à cette expression l'idée d'une cause présidant au développement successif d'une série de manifestations morbides; et c'est précisément ce caractère de cause qui manque essentiellement à la cachexie, puisque toute cachexie est un résultat. Par exemple, pour fixer les idées, la diathèse tuberculeuse amènera à sa suite la cachexie tuberculeuse ; et ainsi des autres. De plus, une diathèse peut exister sans aucune manifestation actuelle, tandis qu'on ne saurait concevoir une cachexie en l'absence des phénomènes cachectiques.

Est-il besoin d'insister longuement pour montrer que les mots anémie et cachexie ne sont point synonymes? Ce qui caractérise une anémie, c'est une modification spéciale dans la constitution du liquide sanguin, et c'est cela uniquement. Sans doute, il entre dans toute cachexie un certain degré d'anémie, mais celle-ci est insuffisante pour la constituer. L'anémie peut exister sans cachexie; à la longue elle pourra en amener l'apparition, mais seulement lorsque à la déperdition d'un ou de plusieurs des éléments du sang se seront jointes des altérations profondes dans la nutrition générale.

Dire qu'une cachexie est toujours un résultat, c'est reconnaître, en d'autres termes, qu'elle est toujours symptomatique. Pourtant le nom de symptôme lui convient-il absolument? L'usage a prévalu de désigner par ce mot un phénomène morbide envisagé isolément. Par exemple, le

CACHEXIES. — CARACTÈRES GinéRAUX. H

marasme, la fièvre hectique, la diarrhée colliquativc constituent autant de symptômes. Chacun d'eux pourra figurer dans Fensemble symptomatique qui constitue la cachexie, mais non d'une manière nécessaire et constante. Pour qu'il y ait cachexie, il faut qu'un certain nombre de phénomènes marchent associés ensemble. C'est cette association de plusieurs phénomènes en un tout complexe que les anciens pathologistes appelaient un syndrome, et c'est ce qu'on peut désigner tout simplement sous le nom d^état morbide.

On pourrait donc, pour résumer dans une définition les notions qui précèdent, entendre par cachexie un état morbide variable produit par les maladies chroniques, et caractérisé par une altération profonde de la nutrition, par suite de lésions portant à la fois sur la texture des principaux organes et sur la composition du sang.

J'ai dit un état morbide variable; en effet (et c'est bien là que gît l'extrême difficulté du sujet) il n'y a pas un état cachectique unique et toujours identique à lui-même, terminant d'une manière uniforme les maladies chroniques; sorte de vestibule de la mort, où viendraient s'entasser pêle-mêle toutes les affections qui, après avoir lentement miné l'organisme, sont enfin parvenues aux phases ultimes de leur évolution. Il n'y a pas, en un mot, quelque chose que l'on puisse appeler la cacheaÀe^ mais il y a efos cachexies; chacune fait partie intégrante d'une maladie, dont elle constitue, à vrai dire, une période. Ces états ont entre eux une ressemblance frappante et des différences non moins réelles ; et le problème sans cesse posé au clinicien, c*est de tenir compte à la fois et de ces ressemblances et de ces différences.

Caractères généranx des cacliexles. — Passons rapidement on revue les principaux phénomènes qui se rencontrent à des degrés cl sous des formes variables dans la plupart des cachexies, et qui, diversement groupés entre eux, constituent, pour ainsi dire, le fond commun d'où se tirent les différents types que l'on rencontre au lit du malade.

Le caractère qui frappe le premier, c'est une modification profonde dans la coloration de la peau. Presque toujours existe une pâleur manifeste qui parfois, mais seulement lors des redoublements de la fièvre hectique, s'accompagne d'une vive injection des pommettes. Cette pâleur, indice certain d'anémie, est répandue sur toute la surface du corps, et se complique souvent d'une teinte spéciale, tantôt d'un blanc blafard, tan-, tôt plombée, ou jaune paille, ou bistre, etc. La physionomie exprime la souffrance ou tout au moins la tristesse et l'abattement, et ces caractères peuvent se prononcer jusqu'à imprimer au faciès l'aspect hippocratique. En même temps on remarque une émaciation progressive, qui est peutêtre le caractère le plus constant des états cachectiques, et qui peut aller jusqu'au marasme. Après la fonte du tissu cellulo-adipeux, vient celle des masses musculaires elles-mêmes, et il arrive un moment où le malade n'ayant plus, comme on dit, que la peau sur les os, l'on voit les arcades orbitaires et les apophyses zygomatiques se dessiner de plus en plus, et

iO CACHEXIES. — CARAGTiBES ACCESSOTBES.

des saillies osseuses accuser la forme du bassin, le relief des c6tes et des grosses articulations.

Cependant cet état de maigreur peut être masqué, dans un bon nombre de cas, par des infiltrations séreuses, qui se font surtout aux extrémités. Parfois ces hydropisies généralisées s'expliquent tout naturellement par un obstacle mécanique à la circulation veineuse, ou par d'abondantes déperditions d'albumine qui se font par les reins altérés dans leur structure. Mais, indépendamment de ces circonstances spéciales, et par le fait même de l'état de cachexie, l'œdème a grande tendance à se produire, probablement sous rinfluence d'une véritable désalbnminisation du sang. C'est surtout au pourtour des malléoles qu'il feut en rechercher la présence, particulièrement lorsque le malade a gardé quelque temps la position verticale.

La fièvre, qui peut manquer jusqu'à la fin, revêt, lorsqu'elle existe, les caractères de l'hecticité avec le type rémittent ou intermittent à paroxysmes vespéraux. La constatation de cette fièvre a une importance majeure, car on peut établir en règle très-générale qu'il n'y a pas de fièvre hectique sans cachexie déjà confirmée ou pour le moins imminente.

Les fonctions du tube digestif s'altèrent presque invariablement. L'appétit est quelquefois conservé au début, et fait un singulier contraste avec la rapidité du dépérissement, mais il ne tarde pas à faire place à une anorexie plus ou moins invincible. Bientôt se manifestent des alternatives de diarrhée et de constipation, ou une lienterie qui dénote la paresse fonctionnelle de l'intestin. En dernier lieu apparaît une diarrhée colliquative, qui, souvent consécutive à l'état cachectique, devient à son tour une cause puissante de détérioration.

L'appareil respiratoire n'offre à noter qu'une excessive tendance à l'essoufflement, qui reconnaît pour cause la diminution des globules san* guins et, par conséquent, l'insuffisance de l'hématose. Cette aglobulie est d'ailleurs fréquemment accusée par un bruit de souffle à la base du cœur et dans les gros vaisseaux. Les fonctions des appareils glandulaires sont tou* jours plus ou moins altérées. Les sueurs sont profuses ou froides et vis* queuses, quelquefois elles se suppriment, la peau est alors sèche, rude et sans souplesse; les sécrétions buccales se tarissent, ce qui rend Thaleine plus ou moins fétide ; les urines, diversement modifiées dans leur composition, sont presque toujours diminuées dans leur quantité. C'est un phénomène qu'il n'est pas rare d'observer même dans les diabètes parvenus à la période cachectique. Au milieu de cette décadence universelle et radicale, avec une prostration des forces qui dépasse parfois tout ce que l'on peut imaginer, il est bien remarquablede voir l'intelligence demeurer presque toujours très-longtemps intacte. A la fin seulement elle s'obscurcit, s'embarrasse dans des rêvasseries opiniâtres ; c'est le commencement de l'agonie qui vient terminer ce triste tableau.

Caractères «cee«0olre«. — Il convient de placer ici, sur un second plan, un certaiin nombre de phénomènes moins intimement liés que

CACHEXIES. — CARACTÈRES ACCESSOIRES. H

les précédents à l'état cachectique, mais qui en constituent des complications très-habituelles.

De ce nombre sont certaines hémorrhagies évidemment en rapport avec l'altération profonde du sang. Telles sont celles qui se font par les fosses nasales, par les gencives ramollies, par l'intestin. Tel est surtout le purpura cachectique, remarquable par sa tendance à se localiser aux membres inférieurs.

Un autre phénomène du même ordre, que l'on remarque chez les individus cachectiques, c'est l'excessive facilité avec laquelle se forment chez eux les concrétions sanguines. On n'est point encore bien fixé sur la nature de la modification particulière du sang que l'on désigne empiriquement sous le nom d'inopexie ; mais c'est un fait bien avéré que la fréquente apparition des thromboses veineuses et de la phlegmatia alba dolens chez les malades épuisés par des affections de longue durée. Plus d'une fois cet accident survenu dans le cours d'une cachexie de nature douteuse a servi à diagnostiquer un cancer viscéral qui se dérobait aux moyens ordinaires d'investigation.

Mentionnons encore les gangrènes qui se forment avec tant de facilité, soit par suite des pressions prolongées résultant du décubitus auquel les malades sont forcément condamnés , soit autour des mouchetures que l'on est obligé de pratiquer pour évacuer le liquide des hydropisies, etc.

Divers accidents observés du côté des membranes tégumentaires sont aussi trop fréquents pour ne pas mériter de nous arrêter un instant. Ce sont des érysipèles de mauvaise nature, c'est Verythema.lxve qui se développe sur les membres œdémateux ; c'est surtout une variété d'ecthyma (ecthyma cachecticum de Bateman) caractérisée par des pustules phlyzaciées remplies d'un liquide roussâtre, à marche 'essentiellement chronique, à tendance ulcéreuse, et dont la localisation se fait surtout aux extrémités. Quant au pemphigus, c'est certainement une affection cachectique, en ce sens qu'elle amène, et quelquefois très-rapidement, une détérioration profonde de l'organisme, mais il est fort douteux qu'on puisse y voir légitimement un symptôme de cachexie. Si l'on met de côté le pemphigus des nouveau-nés, qui n'est peut-être qu'une expression de la syphilis congénitale, on peut toujours se demander, à propos de chacun des faits invoqués, si la cachexie ne s'est pas développée à l'occasion du pemphigus, en d'autres termes si Ton n'a pas pris l'effet pour la cause.

Nous avons enfin à signaler deux particularités intéressant le système tégumentaire, qui se rencontrent à une période avancée des cachexies : d'une part la perte du système pileux, d'autre part la facilité avec laquelle les surfaces se laissent envahir par les parasites. Gubler, on le sait, a pu, jusqu'à un certain point, expliquer par l'acidité des liquides de la bouche le développement de la mucédinée du muguet (oïdhim fl/6icans), considéré avec raison comme un signe du plus sinistre augure à la fin des maladies chroniques; mais il serait difficile d*invoquer des raisons analogues pour rendre compte des parasites cutanés, et surtout de leur prédilection pour certaines affections déterminées. Pourquoi la germination du champi-

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gnon du favtis est-elle favorisée par Ja scrofule? Pourquoi le trichophytontonsuram se fixe-t-il plus particulièrement sur les sujets dartreux? II y a là des conditions de terrain qu*il faut se borner à constater. La même remarque s'applique à certains parasites animaux : chacun sait qu'une véritable prédisposition pour les pediculi corporis est constituée par toutes les cachexies et particulièrement par celle qu*engendre la vieillesse unie à de mauvaises conditions hygiéniques.

iitloloirle. — Cette étiologie peut se résumer en un seul mot : toutes les maladies chroniques peuvent produire les cachexies. Disons plus : toutes les maladies chroniques qui déterminent la mort, paissent fatalement par une période cachectique avant de parvenir à ce dernier terme de leur évolution.

L'on est allé plus loin encore, et Ton a voulu admettre des cachexies déterminées par certaines maladies aiguës, on a même fait de la convalescence une cachexie. Il y a là une véritable confusion ; pour qu'une cachexie existe, il faut, pour le moins, qu'il y ait un mauvais état du corps; or, on conviendra que la convalescence est, en tout cas, un état relativement meilleur que la maladie qui Ta précédée. Sans doute, c'est un état fôcheux encore, mais ce n'est là qu*un reliquat des désordres causés par la maladie, lequel tend à disparaître de jour en jour. Dans une cachexie on a affaire à un organisme qui se détériore; dans la convalescence c'est, au contraire, un organisme qui se répare. Abandonnées à elles-mêmes, l'une aboutira à la mort, l'autre à la santé. Semblables en apparence, ces deux états sont donc en réalité le contraire l'un de l'autre.

L'on a encore cité, comme exemple de cachexie précoce, la cachexie saturnine. Mais précoce ne veut pas dire aiguë. Quelque rapidement que se manifeste l'intoxication par le plomb, elle n'en a pas moins les caractères d'une affection chronique. Elle s est produite insensiblement, progressivement; elle tend à se perpétuer. Si la cachexie en a été la première manifestation, c'est que l'imprégnation était profonde et par là même durable ; en fait, elle subsiste toujours fort longtemps et survit aux autres accidents de cet empoisonnement professionnel.

Toutes les maladies chroniques pouvant être causes de cachexie, c'est donc la moitié de la jpathologie qu'il faudrait ici passer en revue. Une telle énumération serait assurément possible; mais aurait-elle grande utilité pratique? Sans doute, il serait facile d'établir quelques grands groupes assez naturels; ainsi l'on envisagerait séparément les cachexies causées par les maladies diathésiques, le cancer, le tubercule; par les maladies constitutionnelles, la goutte, le rhumatisme, les affections dartreuses ; par les maladies virulentes, la syphilis, le farcin chronique ; on formerait une classe très-naturelle des cachexies toxiques, une autre des cachexies liées à une altération primitive du sang, et dont la cachexie scorbutique présenterait un type remarquable, etc., etc. Mais en dehors de ces cadres tracés d'avance, il resterait toujours une foule d'états pathologiques n'ayant entre eux d'autre lien que d'aboutir à déterminer des cachexies, et dont le classement serait par là même tout à fait arbitraire.

CACHEXIES. — ÉTioLOGiE. 13

Ajoutons que les groupes en apparence les mieux définis se sauveraient difficilement du même reproche. Soit, par exemple, le groupe des cache2Ûes virulentes : la cachexie syphilitique en offre certes le modèle. Et pourtant, qui oserait affirmer que, dans la syphilis tertiaire, c'est le virus seul qui doit être mis en cause? Qui ne voit, au contraire, qu'en ce cas la cause déterminante et directe de la cachexie, ce sont les ostéites multiples, les tumeurs gommeuses suppurées, les dégénérescences des principaux viscères, et qu'à ce titre la syphilis n'agit pas autrement que toutes les suppurations profondes, quelle qu'en soit l'origine ?

C'est qu'en eiïet, dans l'immense majorité des cas, une cachexie se rattache à un long enchaînement de causes subordonnées les unes aux autres, véritable série morbide dont il n'est au pouvoir de personne de dissocier les éléments. Qu'un rhumatisant contracte, dans l'une de ses attaques, une endocardite; celle-ci deviendra le point de départ d'une affection organique du cœur; par suite de l'enrayement de la circulation, les congestions, les hydrophlegmasies iront se multipliant du côté des principaux viscères; l'hématose deviendra incomplète; partant, le sang sera impropre à l'entretien des échanges nutritifs ; le foie subira la dégénérescence graisseuse, le rein s'altérera profondément dans sa structure ; de là l'albuminurie, de là l'épanchement de sérosité dans les cavités splanchniques, de là les accidents urémiques, et enfin la mort, aboutissant nécessaire de cette longue série. La cachexie qui la précède immédiatement pourra donc être attribuée indifféremment à l'urémie ou à l'albuminurie, ou à l'altération du sang, et ainsi de suite en remontant jusqu'au rhumatisme, cause première de toute cette succession de maux; ou, pour mieux dire, chacune de ces causes aura eu son rôle et sa part dans le résultat final. — H serait aisé d'établir pour un organe quelconque une série morbide analogue à celle qui vient d'être indiquée à propos du cœur.

Ce qu'il importe de connaître, c'est donc bien moins une étiologie né« cessairement banale à force de tout embrasser, que les conditions organiques intimes qui, sous les influences les plus diverses, président au développement des états cachectiques ; en d'autres termes, le mécanisme de production des cachexies, ou, si Ton veut, leur pathogénie.

Mais il nous est impossible d'aborder ce sujet, sans protester d'abord contre une fâcheuse tendance qui se fait jour depuis quelques années, et qui consisterait à créer, sous le nom de cachexies spéciales, une classe de maladies dites cachectiques. C'est revenir par une autre voie aux errements des vieux nosographes. On ne met plus dans cette classe, comme au temps de Sauvages et de CuUen, les marcores^ les iabes^ les hecii-' sies, mais on y mettrait volontiers, sous une étiquette commune, une cachexie splénique, une cachexie lymphatique, une cachexie surrénale, une cachexie exophthalmique, etc.

Il y a là un véritable abus de langage. Ces divers états morbides récemment décrits n'ont de commun entre eux que d'être encore trèsimparfaitement connus les uns et les autres. Sans doute la leucémie, la

U CACHEaiES. — PATHOGÉWIE.

maladie bronzée, la maladie de Grades, déterminent des cachexies, mais elles possèdent cette triste propriété ni plus ni moins que le cancer ou le tubercule. Elles finissent par là, mais après des périodes initiales variables; témoin Yexophthalmos^ qui n'est vraisemblablement qu'une névrose du grand sympathique, et qui peut, en tout cas, subsister des années entières avant de produire l'état de cachexie.

pafiioféBle. — La nutrition, dont l'altération profonde constitue en définitive les cachexies, a été souvent, et non sans raison, comparée à une sorte de budget bien réglé, dans lequel il doit y avoir équilibre entre les recettes et les dépenses. La plaie de tout budget, c'est le délidtj qui peut être amené par deux voies diiïérentes, ou par Texcès des dépenses, ou par rinsuffîsance des recettes. Changez les mots, dites excès de pertesi insuffisance de réparation, et vous avez sous ces deux chefs toutes .les lésions nutritives essentielles dont les cachexies sont lexpression dernière.

1*" Nous pouvons être très-bref sur le premier point, la chose allant de soi. Il est évident que Paccroissement insolite des déperditions est, dans une foule de circonstances, un agent direct et très-puissant de détérioration. C'est, par exemple, ce qui arrive à un degré remarquable chez les phthisiques : hémoptysies répétées, expectoration muco-purulente trèscopieuse, diarrhée incessante, sueurs profuses, voilà autant de causes d'épuisement auxquelles il faut ajouter les combustions interstitielles activées par l'état fébrile, et dont l'organisme doit faire les frais. Toutes les suppurations abondantes et prolongées, toutes les diarrhées chroniques, quelle qu'en soit la cause, placent les malades, sous le rapport des pertes journalières, dans des conditions analogues à la phthisie. De même encore l'albuminurie soustrayant sans cesse les matériaux plastiques de la nutrition constitue Téconomie dans un état de déficit permanent. La glycosurie, qui n'enlève que des éléments non azotés, a une action beaucoup plus lente à se produire, et le fait est qu'on voit des malades vivre avec ce symptôme pendant des années sans présenter de cachexie ; mais ce n'en est pas moins une perte réelle qui finit par amener tôt ou tard l'épuisement de la constitution.

D'autres voies, moins apparentes, sont encore ouvertes aux déperditions* Dans les hydropisies, la sérosité chargée d'albumine, qui pleut sans cesse dans les cavités séreuses et dans le tissu cellulaire, constitue, relativement à l'ensemble de l'économie , une non-valeur, et par conséquent un véritable déchet. Dans les affections dartreuses chroniques, la quantité de liquides sécrétés ou de produits épidermiqués sans cesse éliminés arrive parfois à des proportions colossales ; ainsi s'explique parfaitement le marasme dans lequel finissent par tomber certains individus atteints d'eczéma généralisé ou de pémphigus invétéré, etc. Il serait très-facile d'allonger cette liste, et chacun saisit toute l'importance de ces pertes exagérées de l'organisme.

2"* L'insuffisance de la réparation constitue le deuxième grand mode des lésions nutritives. Pour que la réparation soit complète, il faut nonseulement que les substances aUbiles pénètrent dans le corps, il faut

CACHEXIES. — PATUOGÉMiE. 15

qu elles y subissent une série d'élaborations, jusqu'à être transformées en éléments histologiques, en organes vivants. Chacun des termes de cette longue série peut venir à manquer ou rencontrer des obstacles dont les effets retentiront nécessairement sur la nutrition.

a. Et d'abord la quantité des substances alimentaires ingérées peut rester au-dessous des besoins; c est ce qui constitue Y alimentation insuffisante^ dont les effets désastreux présentent, à la durée près, une frappante anal<^e avec les résultats expérimentaux obtenus par Chossat dans ses célèbres recherches sur l'inanition. Il a été lait, dans ces dernières années, un nombre considérable de travaux sur la ration normale d'entretien qui convient à Phomme, dans les différentes conditions d'existence. Ce n'est pas ici le lieu d'aborder dans ses détails cette grave question. Rappelons seulement que l'alimentation peut n'être pas insufBsante par sa quantité absolue, et l'être par sa qualité, lorsqu'il n'existe pas, entre les substances ternaires et quaternaires introduites dans l'estomac, le rapport normal indiqué par l'expérience; d'où suit l'insuffisance réelle de certaines alimentations exclusives, quelque copieux usage qu'on en puisse faire d'ailleurs. On peut mourir de faim en ne mangeant que de la viande, à plus forte raison le peut-on si les substances azotées viennent à faire à peu près entièrement défaut dans le régime. Dans tous ces cas, il se produit un véritable phénomène d'autophagisme ; Téconomie, avant de succomber, vit un certain temps aux dépens d'elle-même; elle use d'abord la graisse, puis le sang, puis les muscles ; l'individu, en un mot, consomme sa propre substance ; triste nourriture assurément I

Ces phénomènes, si intéressants au point de vue physiologique, constituent, médicalement parlant, une véritable et profonde cachexie, car il est impossible de refuser ce nom à l'état de délabrement qui accompagne cette fièvre de famine^ dont Meersman a tracé le saisissant tableau. Ce que l'on a observé à l'état quasi-épidémique, dans la disette des Flandres, nous lé voyons tous les jours se produire autour de nous. Une foule d'individus entrent dans nos hôpitaux, pâles, blafards, amaigris, anémiques, minés par le besoin, prédisposés à toutes les maladies, mais n'en présentant pas d'autre actuellement, que cet état déplorable énergiquement caractérisé par Bouchardat sous le nom de misère physiologique; et nous devons ajouter ici, une fois pour toutes, que les conditions d'épuisement créées par la misère ne jouent que trop souvent le rôle de causes adjuvantes dans la production d'une foule de cachexies.

b. Supposons maintenant que les aliments soient introduits en quantité et en qualité suffisante, mais qu'ils ne soient qu'imparfaitement élaborés par le canal intestinal ; le résultat produit sera évidemment le même. C'est ce qui arrive dans toutes les dyspepsies. Or la dyspepsie se rencontre à chaque pas, soit primitive, soit à Tétat de retentissement sympathique des souffrances d'un organe éloigné. Beau, on le sait, en faisait la clef de voûte de la pathologie tout entière; son seul tort, croyons-nous, c'était d'avoir exagéré le nombre des dyspepsies initiales, tandis qu'en réalité, le plus grand nombre des dyspepsies sont un résultat secondaire d'autres

i6 CACHEXIES. — pathogêmie.

états morbides. Mais le fait en lui-même, c est-à-dire l'inlluence immense des troubles gastro-intestinaux sur les altérations de la nutrition, était profondément observé et reste d'une application journalière. A une épo* que avancée, Tappétit finit presque toujours par s'éteindre, si bien que les malades perdent non-seulement Taptitude à réparer leurs forces défaillantes, mais jusqu'au sentiment même du besoin de réparation.

Cette grande vérité pathologique est applicable d'abord aux maladies caractérisées par une lésion organique appréciable ; elle devient, pour ainsi dire, palpable, lorsque la lésion est de nature à entraver directement le travail de la digestion. Soient deux individus atteints de cancer stomacal ; chez l'un, la lésion siège au cardia ou au pylore, chez l'autre, sur une des faces ou des courbures de Testomac. Tous deux ressentiront également les effets de la diathèse cancéreuse, et finiront par devenir cachectiques; mais ce résultat se produira plus rapide et plus intense chez celui des deux malades dont le cancer siège à l'un des orifices.

Ce sont des phénomènes du même ordre, quoique d'une interprétation beaucoup plus difficile, qui se passent dans les maladies chroniques caractérisées par une simple perversion des fonctions nerveuses. Il y a certainement des cachexies par douleur, et il n'est pas besoin d'avoir vieilli dans la pratique pour avoir rencontré de ces névralgies rebelles, de ces névropalhies protéiformes, qui déterminent à la longue un dépérissement porté à l'extrême, véritable cachexie hypochondriaque, pour employer le langage des anciens. Mais que l'on se donne la peine de suivre la filiation des accidents, et l'on trouvera presque toujours, entre le fait primordial, douleur, et les troubles de la nutrition, un intermédiaire, qui n'est autre chose que la dyspepsie.

c. Pénétrons plus avant : l'aliment a été introduit dans le tube digestif, il est entré par les voies de l'absorption dans le système» circulatoire; il n'est point encore assimilé. Si nous étions plus avancés dans la connaissance des fonctions du foie, dont la glycogénie et la fabrication de la bile ne représentent vraisemblablement que la moindre portion, nous pourrions préciser, mieux qu'il ne nous est permis de faire, la nature des désordres nutritifs qui résultent de Tenrayement de l'action hématopoiétiquetle ce grand viscère. Il nous est du moins possible de considérer les résultats dans leur ensemble ; or ces résultats sont frappants : il n'est peut-être pas de maladie où la nutrition soit plus manifestement atteinte à sa source que la cirrhose; c'est vraiment un type de maladie cachectique. Si le dépérissement est moins rapide dans les autres aflections du foie, c'est probablement parce que l'organe, au lieu d'être atrophié en totalité, n'est atteint que dans une portion de sa substance, et peut continuer à fonctionner par la partie subsistante de ses éléments.

Mais le foie n'est pas le seul organe de hématopoièse, il n'est peut-être pas le plus essentiel. Les recherches contemporaines tendent en effet de plus en plus à établir que la formation des globules est dévolue aux organes lymphoïdes (rate, corps thyroïde, thymus, ganglions lymphatiques). Les leucocytes créés par l'activité propre de ces organes ne représenteraient

CACHEXIES. — PATH06É«iE. . 17

qu'une phase de l'évolution des corpuscules sanguins, et ne seraient que des globules rouges en voie de formation. Déjà, dans ses savantes leçons sur les anémies, G. Sée a insisté sur la part étiologique qu'il convient de faire aux glandes vasculaires sanguines. C'est un point qui touche de trop près à notre sujet pour ne pas nous arrêter un moment.

Il est certain qu'en réfléchissant à ces données physiologiques, qui paraissent bien établies, on ne peut s'empêcher d'être singulièrement frappé par le fait suivant : plusieurs des maladies les plus remarquables par l'intensité et la rapidité avec laquelle elles déterminent les cachexies ont entre elles ce trait commun, de porter leurs principales manifestations, soit sur le système lymphatique, soit sur la rate. De ce nombre sont : la scrofule, et tout particulièrement la scrofule abdominale, le carreau ; l'intoxication palustre qui, lorsqu'elle détermine une cachexie, s'accompagne presque invariablement d'un gonflement énorme de la rate ; la leucocythémie, avec sa double forme, tantôt lymphatique, tantôt splénique, ou réunissant ces deux caractères; l'adénie ou hypertrophie générale des glandes lymphatiques, sans augmentation des globules blancs.

La première explication qui se présente à l'esprit, c'est que les modifications de texture plus ou moins profondes survenues dans les organes lymphoïdes doivent avoir pour résultat commun d'entraver la formation des globules blancs et conséquemment celle des globules rouges. Mais cette explication, qui ne rendrait compte, en tout cas, que de l'un des éléments des cachexies, à savoir de l'anémie globulaire, ne saurait être acceptée comme expression générale de la réalité. h Pour la scrofule, par exemple, il est bien vrai que l'hypertrophie ganttglionnaire est souvent tout à fait illusoire, l'accroissement du volume n'c- ■tant dû qu'à l'augmentation de la trame conjonctive des glandes, ou |méme à leur dégénérescence caséeuse ou amyloïde. Mais il existe pourtant des cas où la tumeur ganglionnaire, plus ou moins semblable, à l'œil nu, à une masse encéphaloïde, est réellement constituée par un accroissement des éléments glandulaires. C'est dans des cas de ce genre que, chez de jeunes enfants, Rokitansky a trouvé l'hypertrophie du thymus et des corpuscules de Malpighi de la rate, le tout accompagné d'une remarquable augmentation des globules blancs du sang, c'est-à-dire, en d'autres termes, les lésions de la leucocythémie.

Si ce rapport entre la constitution du sang et l'hypertrophie des organes lymphoïdes avait été constamment rencontré, il aurait une grande importance ; car c'est sur cette considération qu'ont été construites toutes les théories de la leucocythémie. Mais Wunderlich a montré que, dans l'affection scrofuleuse, l'hypertrophie ganglionnaire la plus franche pouvait exister sans augmentation du nombre des globules blancs ; et, quant à l'ensemble morbide désigné classiquement sous le nom de leucocythémie proprement dite, il donne lieu, encore aujourd'hui, aux plus sérieuses difficultés. Il s'agit, bien entendu, de la leucocythémie vraie, c'est-à-dire permanente, et non de cette leucocytose passagère qui se rencontre dans une foule de circonstances physiologiques ou pathologiques.

ItOOf. DICT. ■&>. ET CHIA. VI. — 2

iS CACHEXIES. — PATHOGÉHIE.

Deux doctrines, on le sait, sont en présence, depuis les premiers travaux de Virchow et de Bennett : Tune' considérant la rate comme un lieu de destruction pour les globules rouges, admet que la suractivité de ce viscère doit avoir pour résultat l'augmentation relative des globules blancs ; Pautre, localisant dans les organes lymphoïdes la formation des globules blancs, pense que l'hypertrophie des premiers doit nécessairement amener la multiplication des seconds.

Ces deux théories ne sont peut être pas absolument incompatibles. La vie est un perpétuel renouvellement, et il n'est pas impossible que, dans certains organes, les destructions et les formations nouvelles marchent de pair. En tout cas, voici des faits : plusieurs fois on a signalé dans la circulation générale des leucocythémiques des produits spéciaux (xanthine, acides urique, lactique, formique), qui normalement ne se rencontrent que dans le sang de la veine splénique; nouvelle lésion humorale qui s'ajoute aux autres comme cause de cachexie; il est difficile de ne pas admettre qu'en pareil cas cette altération est due à un excès d'action de la rate. D'une autre part, les cas exceptionnels où l'on avait signalé l'excès des globules blancs sans hypertrophie des organes lymphoïdes, ont trouvé leur explication dans des faits nouveaux et bien singuliers qui les font rentrer dans la règle commune. C'est, en effet, dans des cas de ce genre que Friedreich, Leudet, puis Bôtcher et Billroth ont observé l'apparition de nouvelles glandes lympathiques se formant de toutes pièces dans les plèvres, le foie, les reins, les intestins.

Voilà, on le conçoit, une donnée bien intéressante, car elle permet de présenter comme expression de l'état actuel de la science la proposition suivante : il n'y a pas de leucocythémie sans hyperplasie des éléments glandulaires lymphoïdes.

Malheureusement pour la théorie, la réciproque est loin d'être vraie, et nous trouvons ici, comme pour donner tort à tout le monde, Vadénie^ dont on peut résumer l'histoire, en disant qu'elle présente avec la leucocythémie une complète identité de lésions, sauf l'augmentation des globules blancs. Chose curieuse! il n'est pas jusqu'au développement hétérotopique des éléments lymphatiques qui n'y ait été retrouvé ; conséquemment cette lésion ne saurait être considérée comme exclusivement propre à la leucocythémie. C'est du moins ce qui résulte d'une très-belle observation publiée récemment par Hérard et Cornil, et dans laquelle on trouva des éléments lymphatiques de nouvelle formation dans le péritoine et le tissu conjonctif sous-péritonéal, dans le poumon, dans les ovaires, dans le tissu conjonctif intermédiaire aux glandes en tube de l'estomac. Cependant le sang ne présentait pas plus de leucocytes qu'à l'état normal. II est à présumer que la cachexie qui se produit dans une période avancée de l'adénie est, pour une bonne part, un résultat secondaire des compressions multiples exercées par les ganglions de plus en plus volumineux. — ie ne puis quitter ce sujet sans signaler une particularité peu connue, et qui a bien son intérêt au point de vue du pronostic de l'adénie : c'est la fréquence de la mort subite survenue par syncope, au

CACHEXIES. — PATiioGÉNiE. 19

moment où rien ne semblait faire prévoir cette terminaison fatale; c^est ce qui est arrivé dans un cas dont j'ai été témoin, et qui m'a d'autant plus vivement frappé, que Ricord, qui avait vu le malade, avait, d'après les souvenirs de son expérience personnelle, appelé d'avance mon attention sur la possibilité de cette catastrophe.

La cachexie palustre compléterait au besoin la démonstration que vient de nous fournir Tadénie, car elle aussi est constamment accompagnée d'un développement considérable de la rate ; or, malgré rhypertrophie maintes fois constatée des éléments propres du parenchyme splénique dans les fièvres paludéennes, on ne note pas ordinairement d'augmentation des globules blancs. Souvent, il est vrai, Taccroissement de volume de l'organe résulte, en partie du moins, de congestions sanguines, d'infiltrations plastiques et d'épaississement des trabécules. Quoi qu'il en soit, à l'abaissement du chiffre des globules rouges et de celui de Talbuminc, il faut ajouter, d'après les recherches modernes, la fréquente présence, dans le sang, de granulations pigmentaires que Ton retrouve encore dans d'autres organes, le foie et le cerveau en particulier.

Cette théorie de la mélanémie, telle qu'elle était formulée par Frérichs, a, non sans cause, beaucoup perdu de la faveur qui l'accueillit dans les premiers temps. L'explication qu'on en prétendait tirer des accidents pernicieux est inacceptable ; l'origine du pigment dans la rate seule est au moins sujette à contestation ; mais il reste probable néanmoins que cette glande vasculaire sanguine prend une part importante à ce travail de destruction des globules rouges, qui amène la pigmentation. Quel que soit le mécanisme de cette destruction, il y a là, en toute hypothèse, un élément important dans la production de la cachexie.

Un autre variété toute différente de pigmentation est connue, depuis les travaux d'Addison, sous Je nom de maladie bronzée. Mais c'est déjà bien assez de la difficulté sérieuse qu'on éprouve à établir la réalité du rapport entre la lésion surrénale et la couleur de la peau, sans qu'il faille y joindre encore la prétention de rendre compte des phénomènes cachectiques qui terminent la scène. {Voy. maladie Bronzée.) Bornons-nous à rappeler que le trait dominant de la maladie d'Addison, c'est encore moins l'état de cachexie, dans le sens propre que nous nous efforçons de maintenir à ce mot, qu'une asthénie profonde allant à ce point que, dès les premières périodes, les malades peuvent à peine se soutenir sur leurs jambes. Il y a là une distinction qui a sa valeur, et le savant auteur de l'article auquel nous renvoyons le lecteur a eu soin d'y insister, en faisant ressortir la large part qui revient aux troubles fonctionnels du système nerveux dans la symptomatologie de cette affection. Quant aux troubles nutritifs, jusqu'à quel point sont-ils sous la dépendance des éléments lymphatiques qui entrent dans la constitution des capsules surrénales 7 Jusqu'à quel point ces dernières pourraient-elles être supplées, à cet égard, par des organes analogues^ Autant de questions qu'il faut se contenter de poser, et que la science n'est point actuellement en état de résoudre. En résumé, Ton voit combien il plane encore d'obscurités sur le rôle

20 CACHEXIES. — patuocénie.

joué par les organes lymphoïdes dans les lésion de nutrition, et combien il serait prématuré de vouloir enfermer ce rôle dans une formule unique. Mais qu'il y ait là une influence réelle et profonde, c'est ce que l'on ne saurait désormais contester, et ce qui légitime le rapprochement que nous venons de faire.

5° Après les nombreuses conditions dont nous avons énuméré les principales, et qui toutes concourent à l'élaboration du fluide nourricier, il en est une autre, absolument indispensable pour qu'il soit propre à entretenir la nutrition; c'est qu'il soit incessamment renouvelé par son contact avec Toxygène atmosphérique. Cette condition peut venir à manquer brusquemment ; on observe alors l'asphyxie proprement dite; mais par suite d'un obstacle permanent à l'intégrité de l'hématose, il peut s'établir aussi une sorte d'asphyxie chronique dont les effets se traduisent d'abord par une véritable anémie ; car les glqbules, véritables organes respiratoires, subissent un déchet, comme tous les organes qui fonctionnent incomplètement; et, à la longue, cette altération du sang retentit sur la nutrition tout entière, parce qu'il manque aux combustions interstitielles leur élément essentiel, l'oxygène. Cette condition se trouve réalisée par une infinité de circonstances diverses; il est aisé de concevoir qu'il en doit être ainsi dans toutes les maladies qui entravent le jeu de l'appareil respiratoire et la circulation centrale. Voilà donc encore un élément de cachexie dont on ne devra pas négliger l'appréciation dans toutes les maladies de poitrine et les affections organiques du cœur; c'est, du reste, par un mécanisme identique que Ton voit, chez de jeunes sujets, l'hypertrophie chronique des amygdales amener un étiolement profond et cet état particulier de l'économie que l'on a quelquefois désigné sous le nom de cachexie amygdalienne.

4° Mais il peut se faire encore que sans rien gagner ni rien perdre dans la quantité absolue de ses éléments constitutifs normaux, le sang subisse certaines modifications isomériques qui facilitent son entravasation dans les tissus et entravent sérieusement les échanges nutritifs. C'est ce qui arrive dans le scorbut, ainsi que dans les maladies caractérisées par l'altération connue, depuis Huxham, sous le nom d'état dissous du sang. G. Sée a, dans ces derniers temps, fait ressortir avec raison toute l'importance clinique que ces faits donnent aux belles recherches de Denis (de Commercy) sur la plasmine du sang. La fibrine, telle que noue la retirons par le battage, n'est, en effet, qu'un produit de dédoublement d'une substance protéique tenue en dissolution dans le liquide sanguin et susceptible de se partager en deux portions, l'une qui reste liquide, l'autre qui passe à l'état concret. Ainsi s'expliquent les résultats en apparence contradictoires obtenus par les observateurs modernes dans l'analyse du sang scorbutique : pour les uns, il y aurait diminution constante de la fibrine ; pour d'autres, ce principe resterait en quantité normale; parfois même on l'a trouvé augmenté. Mais, suivant que le dédoublement est plus ou moins complet, la portion concrète peut se trouver en quantité plus ou moins abondante. Avant de dire que la fi-

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brine a augmenté ou diminué en totalité, il faudrait donc tenir compte de la fibrine dissoute. C'est malheureusement ce qu'on n'a pas fait jusqu'ici pour le sang scorbutique; ce qu'on peut dire, c'est que le plus souvent la plasmine y reste liquide, de sorte que le sang est incoagulable, comme celui qui sort, à Tétat normal, du foie et de la rate.

S"" Enfin il nous sera permis de réunir dans un dernier groupe toutes les circonstances où l'atteinte portée à la nutrition résulte de l'introduction dans le sang d'un principe anormal.

Au premier rang se placent les empoisonnements chroniques, qui se divisent naturellement en deux classes d'après la nature des agents toxiques, les uns minéranXy les autres organiques. C'est surtout pour les premiers, et particulièrement pour les poisons métalliques, que l'on a pu étudier de près la nature des modifications subies par le liquide sanguin et par les différents organes. L'on sait aujourd'hui, par exemple, que le plomb, que le mercure forment avec les substances protéiques des combinaisons définies, de véritables albuminates tenus en dissolution dans le sang par le chlorure de sodium. Il en résulte à la fois une soustraction directe des éléments qui servent à la réparation des tissus, et, dans tous les points où ces corps sont fixés, un obstacle puissant aux mouvements moléculaires qui doivent s'accomplir dans l'intimité des organes.

Nous sommes beaucoup moins édifiés sur le mode d'action d'une foule de substances végétales t comme le maïs altéré, l'ergot de seigle, l'opium, le tabac, qui, h la suite d'un abus prolongé, amènent notoirement une détérioration profonde de l'économie tout entière. Il est peu vraisemblable que toutes ces substances agissent d'une façon identique; pour la plupart nous sommes obligés de nous en tenir à la simple constatation du fait. Il est pourtant un poison végétal, et le plus important de tous, sans contredit, dont l'action délétère peut être rapportée aujourd'hui à une cause déterminée : c'est Y alcool. Il y a longtemps déjà queMagnus Huss a signalé dans l'alcoolisme chronique un état graisseux du sang, parfois assez prononcé pour étrereconnaissableà l'œil nu. Depuis lors, cette même dégénérescence a été rencontrée dans une foule d'organes; Lancereaux, en particulier, en a (ait l'objet d'une intéressante étude. Cette stéatose alcoolique est surtout apparente dans les artères, dans les capillaires, dans le foie, les reins, le cœur, les muscles de la vie de relation, etc. Reste à savoir si c'est là le résultat d'une action chimique, d'une absorption de l'oxygène des tissus par l'alcool, ou s'il ne faut y voir qu'un effet rétrograde de l'irritation, et d'une manière plus générale, le mode nouveau qu'imprime à .la nutrition des organes toute déchéance fonctionnelle. Cette question est encore litigieuse. Ce qui peut faire pencher vers la seconde hypothèse, c'est que les stéatoses se rencontrent à chaque pas dans l'histoire des empoisonnements les plus divers, et que chaque jour en multiplie le nombre.

Parmi les poisons (Vorigine animale, nous n'avons guère à citer, au point de vue de la détermination des cachexies, que l'introduction de certains produits infectieux dans le torrent circulatoire par les voies de l'absorption. C'est ainsi que le pus fétide d'une o«ène tombant par le

22 CACHEXIES. — pathooémie.

pharynx dans le tube disgestif, fa matière ichoreuse d'un cancer de Testo* mac s^écoulant sans cesse sur une surface muqueuse riche en vaisseaux, ne peuvent pas pénétrer impunément dans le sang, et doivent y produire à petites doses, mais d'une façon continue, des modifications plus ou moins analogues à celles de l'infection putride. Mais, puisqu'il s'agit ici du cancer, nous ne devons pas négliger cette occasion d'étudier, au moins sommairement, le mécanisme de l'infection cancéreuse.

Un fait bien digne d'attention, et qui a frappé tous les observateurs, c'est qu'un cancer reste d'habitude un temps plus ou moins long à l'état de lésion locale, et qu'il ne détermine l'état général dit cachexie cancéreuse qu'à une certaine période de son évolution. Il est non moins certain qu'on ne voit jamais la diathèse cancéreuse produire d'emblée la cachexie; avant l'apparition de celle-ci, on trouve, comme intermédiaire obligé, la production d'une tumeur en un point quelconque du corps ; et force est bien de reconnaître dans cette tumeur le point de départ des ac* cidents généraux.

En quoi consiste la modification spéciale du sang qui caractérise cette seconde période si différente de la première? La chimie seule est impuissante à nous en révéler la nature. Diminution des globules, qui de 1 27 peuvent tomber à 21 ; diminution moins prononcée, mais appréciable encore, de l'albumine du sérum ; variations peu considérables du chiffre de la fibrine, voilà en peu de mots, tout ce que nous indiquent les analyses d'Andral et de Franz Simon. Il n'y a là rien qui diffère de ce qui se voit dans les autres anémies; encore ce résultat peut-il n'être dû qu'aux hémorrhagies répétées, qui ne font guère défaut pour peu qu'un cancer ait duré quelque temps. Et pourtant l'examen le plus superficiel fait pressentir qu'il doit y avoir là quelque chose de plus. Tout récemment, Fcltz (de Strasbourg) hasardait l'explication suivante : selon lui une prolifération luxuriante comme celle du cancer ne peut se faire qu'aux dépens de l'ensemble, et il doit arriver ici quelque chose d'analogue à ce qu'on observe dans une société où le luxe de quelques-uns fait la misère du plus grand nombre. Mais c'est là une pure hypothèse, car l'on ne voit pas pourquoi les tumeurs malignes auraient seules ce singulier privilège de vivre aux dépens de la masse commune, et pourquoi il n'en serait pas de même des lipomes, des fibromes, des kéloïdes, voire même de l'hypertrophie simple d'un organe quelconque.

On est donc ramené à la pensée que les phénomènes de l'infection sont dus à la pénétration dans le sang de quelque principe morbide. Dans des recherches récentes, Kaulich parait avoir démontré la présence de l'acétone dans le sang des individus atteints de cancer de l'estomac ; il retrouve cette substance dans les produits de la respiration et dans les urines, et, forçant un peu les conséquences, il attribue à cette cause les phénomènes de dépression nerveuse observés par lui chez ses malades, et qui sont, dit-il, semblables à ceux que Ton peut artificiellement déterminer chez les animaux. Quoi qu'il en soit de cette théorie fort sujette à contestation, elle ne saurait^ en tout cas, s'appliquer qu'au caQcer dç

CACHEXIES. — PATHOGiNiE. 25

l'estomac, et la formation de l'acétone ne serait due qu'à une fermentation anormale développée dans cet organe sous Tinfluence de la lésion. Mais pour expliquer l'infection cancéreuse considérée dans sa généralité, force est bien de faire intervenir un autre principe. Ce principe ne serait-il pas simplement la substance cancéreuse elle-même? Telle est la doctrine que Broca vient de soutenir avec autant de conviction que de talent.

•On connaît la célèbre expérience de Langenbeck, renouvelée depuis avec succès par Follin et Lebert : en injectant de la matière encéphaloïde dans le sang veineux d'un chien, ces observateurs sont parvenus à produire des noyaux cancéreux disséminés dans les poumons, dans le foie^ dans les parois du cœur, le tout accompagné d'un dépérissement évident. Il y a là certainement une grande analogie, quant au procédé et quant au résultat, avec les anciennes expériences de Castelnau et Ducrest sur l'infection purulente. Un fait assez curieux, c'est que ce sont précisément les mêmes organes, surtout le foie et le poumon, qui deviennent le siège des productions secondaires dans les deux cas.

En rappelant ces expériences, Broca se demande si ce qu'on obtient artificiellement chez les animaux n'est pas ce qui se produit spontanément chez l'homme. Il fait voir d'abord (et nul n'a concouru plus que lui à cette démonstration), que le prétendu cancer du sang, que l'on croyait autrefois avoir rencontré dans les veines, n'existe pas, qu'il ne faut y voir que des champignons encéphaloïdes ayant pénétré, en manière de hernie, dans la cavité des gros troncs veineux à travers la paroi préablement ulcérée. Grâce à cette pénétration, des particules de cancer doivent être incessamment balayées par le sang et emportées dans le torrent circulatoire. — Pour concevoir dans toute sa simplicité la théorie de l'ulcération intra-veineuse mise en avant par Broca, on n'a qu'à transporter par la pensée dans les veinules de petites dimensions le phénomène grossièrement apparent observé sur les gros troncs. Or, il est impossible, ajoute l'auteur, qu'une tumeur cancéreuse ait acquis un développement un peu considérable, sans avoir rencontré sur son chemin et plus ou moins détruit un certain nombre déveines; car du grand au petit, le mode d'envahissement est toujours le même.

La démonstration serait complète, si les cellules cancéreuses se retrouvaient en nature dans le sang ; et l'on conçoit que l'absence de cette contre-épreuve doive jeter un certain doute sur la théorie. Cependant cette objection a moins de valeur qu'on ne pourrait lui en supposer. D'abord le microscope a permis, dans des circonstances rares il est vrai, de reconnaître dans le sang des corpuscules semblables à ceux qui constituaient la tumeur primitive; puis, quant aux cas beaucoup plus nombreux où cette constatation a fait défaut, on peut, jusqu'à un certain point, s'en rendre compte en admettant qu'il y a eu destruction très-rapide des cellules en question. C'est ce qui arrive, en effet, pour les cellules de pus introduites dans la circulation, et l'on peut se demander si ce n'est pas par cette destruction même que se produit l'infection du sang. Il est possible, d'ailleurs, (jue la pénétration des éléments ne soit pas néces-

24 CACHEXIES. — valeur sémbiologique.

saire, et que la portion liquide du suc cancéreux suffise à produire un pareil résultat.

C'est donc à titre d'hypothèse très-probable, bien plutôt que comme vérité acquise, que Ton peut accepter cette théorie de l'infection et de la cachexie cancéreuse. Peut-être y aurait-il lieu de poser des questions analogues pour le tubercule, depuis que les recherches de Willemin ont appelé l'attention sur la possibilité de l'inoculation de ce produit pathologique. Mais c'est là un sujet de recherches trop récemment entré dans la science, pour qu'il nous soit possible de faire ici autre chose que de l'indiquer.

En résumé donc : déperditions excessives de toute nature ; absence de réparation tenant, soit aux vices de Talimentalion, soit à Pimperfection des fonctions assimilatrices et de la crase sanguine, soit à l'insuffisance de l'hématoçe; enfin, viciation du sang par l'introduction de substances nuisibles, toxiques ou pathologiques ; tels sont les éléments principaux auxquels nous parait pouvoir être ramenée la pathogénie des cachexies. Mais ce qu'il faut ajouter par-dessus tout, c'est que cette analyse est essentiellement artificielle, et qu'en clinique tous ces éléments se trouvent associés entre eux dans des proportions infiniment variables, dont l'appréciation est pour le praticien la source d'indications de toutes sortes.' Il ne devra non plus jamais oublier qu'au delà de ces éléments secondaires accessibles à l'analyse, il y a la cause morbide, dont la nature nous échappe le plus souvent, mais qui se révèle par ses effets d'une manière si frappante, surtout lorsqu'il s'agit d'une diathèse. C'est le propre de toute diathèse de tendre à l'extension continue, d'envahir progressivement les dernières profondeurs de l'organisme, paralysant de plus en plus la résistance vitale, et finissant par faire concourir toutes les fonctions, dans une certaine mesure, à la destruction de l'individu. L'on s'exposerait à des déceptions de toutes sortes en perdant de vue cette notion première.

Valear ifémélologlqno de* caeliexles. — Les cachexies, avonsnous dit, sont multiples comme les maladies qui les engendrent; l'altération intime de la nutrition, qui est le trait commun à toutes, tend à revêtir dans chacune une forme et une physionomie spéciales. Il suit de là que cette simple considération du mode cachectique affecté par chaque individualité morbide peut avoir une certaine valeur diagnostique, et même une valeur considérable, puisque c'est le premier signe qui frappe l'attention du médecin, et qui va lui tracer la voie dans laquelle il doit diriger ses investigations.

Il serait donc fort à désirer que l'on possédât des caractères précis, nettement tranchés, qui permissent, une cachexie étant donnée, de la baptiser d'un nom, et de lui assigner une cause. Malheureusement, dans une foule de cas, ces caractères n'existent point, et tout se borne, pour l'observateur, à une première et vague impression, qui n'apprend rien tant que l'on n'est pas descendu dans l'analyse minutieuse des symptômes. — Or, du moment que Ton fait intervenir la notion des

CACHEXIES. — VALEUR sAméiologique. 25

lésions ou des troubles fonctionnels propres à chaque maladie, ce n'est plus, à proprement parler, la cachexie qui sert de guide aux inductions diagnostiques : si je const^ite, par exemple, qu'un individu est cachectique, et que, de plus, il présente des exostoses multiples, des ulcérations taillées à pic, une destruction des os propres du nez, etc., je n'aurai pas grande peine, sans doute, à reconnaître qu'il s'agit là d'une syphilis tertiaire. Mais est-ce bien la cachexie qui m'aura fourni ce renseignement?

Diversité des types cliniques. — Voilà donc une première difficulté; mais ce n'est pas tout. Supposons que les caractères cherchés existent; et, dans un bon nombre de cas, ils existent en effet; la preuve en est que les praticiens exercés savent alors, au premier coup d'œil, de quel côté ils doivent porter leurs recherches. Mais ce jugement sommaire, souvent inconscient, qui résulte d'une grande habitude, est bien difficile à formuler. Comment décrire et surtout comment définir les mille nuances do coloration de la peau, les degrés de Tamaigrissement, Tair du visage, les infinies variétés d'expression que peut prendre la souffrance? 11 y a pour tout cela un long apprentissage qui ne peut se faire qu'au lit du malade, et qu'aucune description ne saurait suppléer. Cela n'empêche pas qu'il n'existe un certain nombre de types cliniques assez bien accentués pour qu'il soit légitime de leur attribuer une importance réelle. Quelques exemples ne seront peut-être pas inutiles.

Cachexie syphilitique congénitale. — Un enfant vient au monde et présente, dès les premières semaines, un dépérissement précoce ; toute son habitude extérieure a je ne sais quel air atrophié, flétri, rabougri; il a de la diarrhée; son cri est éteint, son visage ridé ; on dirait un petit vieillard ; les cils sont tombés ou ne se sont pas développés. Le visage a un ton bistré spécial; il semblerait, dit Trousseau, qu'on a passé sur les traits une légère couche de marc de café ou de suie délayée dans une ample quantité d'eau ; ce n'est ni de la pâleur, ni de l'ictère, ni le jaune paille; cette teinte, beaucoup moins foncée, mais presque du même ton que le masque des accouchées, ne s'étend pas ou s'étend à peine au reste du corps. — A ce tableau, qui ne reconnaît la syphilis héréditaire des enfants nouveau-nés? La considération de tout cet ensemble n'a certes pas moins de valeur aux yeux du médecin que les éraillures et les éruptions spéciales qu'il pourra 'rencontrer à la surface du corps.

Cachexie rachitique. — Il est une autre cachexie propre à l'enfance, dont les caractères sont aussi fort remarquables : c'est celle du rachitisme parvenu à ce qu'on a appelé la période de consomption. Indépendamment des déformations osseuses, qu'il faut quelquefois un certain soin pour reconnaître, l'attention est immédiatement sollicitée par l'étiolement de plus en plus prononcé, par l'air souffreteux de ces petits êtres, par un certain aspect d'abattement et de tristesse qui contraste singulièrement avec la gaieté habituelle à cet âge, par une extrême aversion pour tout mouvement, et surtout par des sueurs abondantes et profuses qui se montrent particulièrement vers la tête, et ne sont jamais plus prononcées

39 CACHEXIES. — valeur sûiûologiqdb.

que pendant le sommeil. Ajoutez à cela de fréquents accès fébriles, et vous avez tout un cortège de symptômes cachectiques qui trompent rarement un praticien attentif, et le portent immédiatement à explorer l'état des fontanelles et des épiphyses.

Cachexie scroftdeuse. — La cachexie scrofuleuse, qu'il ne faudrait pas confondre avec la précédente, possède une grande uniformité d'expression, quel que soit l'âge auquel on l'observe. La peau, ainsi que l'avait déjà remarqué Alibert, est d'une teinte sale et comme terreuse ; elle est en outre molle, flasque, pendante. Il existe, Bazin insiste beaucoup sur ce point, une grande tendance aux infiltrations séreuses, qui présentent cette particularité, de n'être point fort abondantes, mais d'être, en revanche, très-générales; on les rencontre aux membres supérieurs aussi bien qu'aux inférieurs; d'où un sentiment de tension tout particulier du côté des doigts; les joues, les paupières s'oedématient, et donnent au visage une bouffissure étrange. L'amaigrissement, d'ailleurs, est moins prononcé que dans d'autres cachexies. Il ne commence que fort tard, et ne va pas jusqu'au marasme. Avec cela, peu ou point de fièvre, absence de réactions générales, douleurs médiocres ou nulles ; on dirait que l'économie n'a pas même la force de souffrir; l'apathie et la torpeur vont se prononçant de plus en plus jusqu'à la mort.

Cachexie tuberculeuse. — Il en est tout autrement dans la variété de cachexie propre aux tuberculeux; car nous n'avons pas à prouver ici que ces deux expressions scrofule et tubercule ne doivent pas être considérées comme synonymes. Chez le phthisique vrai, l'amaigrissement atteint ses dernières limites; la peau est véritablement collée sur les os; le malheureux est, en quelque sorte, desséché et réduit à l'état de squelette. L'infiltration œdémateuse est l'exception ; si elle se manifeste, elle reste bornée aux pieds et aux jambes. La diarrhée est continuelle, les sueurs sont intarissables; la peau se desquame ou se couvre de crasse, les cheveux tombent; la pâleur du visage est d'un ton mat que fait ressortir la rougeur des pommettes. Les accès de fièvre hectique se succèdent avec une régularité désespérante. Inutile d'insister longuement sur ce tableau, dont chacun n'a que trop d'occasions de vérifier l'exactitude.

Cachexie cancéreuse. — La cachexie cancéreuse, lorsqu'elle est bien établie, se reconnaît, au premier coup d'œil, à une couleur jaune paille qui, d'abord visible à la face, au pourtour du nez et des lèvres, finit par envahir toute la surface tégumentaire. Joignez-y l'extrême souffrance, l'abattement prodigieux des forces, le caractère lancinant des douleurs, le trouble très-prématuré des fonctions digestives. L'émaciation porte sur tous les tissus à la fois, à tel point que l'on voit chez les cancéreux les os raréfiés se fracturer par un simple mouvement dans le lit. La fièvre, d'ordinaire, fait défaut jusqu'à la fin. Si elle se montre, la mort est prochaine.

n ne faudrait pourtant pas exagérer : quelque remarquable que soit la couleur jaune paille dçs çaqcérepx^ elle n'est pourtant pathognomonicjue

CACHEXIES. — VALEDA SÉMilOLOGIQUB. 27

qu'à la condition d'être à son maximum. Dans ses nuances les moins prononcées, qui sont, il faut le dire, les plus ordinaires, elle peut se confondre, surtout chez les gens âgés, avec la teinte de Tanémie. Abstraction faite des douleurs, rien ne ressemble plus à un cancéreux qu'un vieillard épuisé par des flux hémorrhoïdaires. La ressemblance est telle, qu'elle a fait commettre plus d'une erreur de diagnostic dans les asiles réservés à la vieillesse.

Cachexie syphilitique tertiaire. — Ce serait ici le lieu de placer la cachexie syphilitique, qui se développe à l'époque des accidents tertiaires, et qu'il ne faudrait pas confondre avec la simple anémie de la période initiale. J'ai déjà fait pressentir l'excessive difficulté de décrire cette cachexie séparément des lésions propres de la syphilis. Auguste Dumoulin, qui en a fait l'objet d'une étude spéciale, donne les caractères suivants : l'abattement, la prostration des forces, l'amaigrissement porté souvent à un degré extrême, la sécheresse et la décoloration de la peau, qui est plutôt terne que blanche; l'insomnie, les douleurs très-vives; la fétidité trèsprononcée de l'haleine, même en l'absence d'ulcérations de la gorge; enfin, la diarrhée et la fièvre, d'abord irrégulièrement intermittente, puis continue... On voit que tout cela n'a rien de bien spécial; et toutefois on ne saurait nier que le vieux syphilitique n'ait dans son habitus / extérieur, dans toute sa personne, quelque chose qui lui appartient en propre, un air de découragement et de prostration profonde, dont la plume seule ne peut donner l'idée, mais que l'expérience apprend à reconnaître.

Cachexie dartreme. — La cachexie dartreuse est presque toujours sèche, sans infiltrations; l'émaciation y est considérable. Les caractères anatomiques des diverses éruptions cutanées finissent par se confondre dans une exfoliation épidermique mal déterminée qui recouvre la surface du corps, et qui peut même disparaître à la fin. D'après Bazin, la fièvre hectique aurait ici cette particularité bien remarquable, de pouvoir se montrer sous presque tous les types de la fièvre d'accès, tierce, quarte, quotidienne, double tierce, pour devenir continue dans les derniers jours. C'est là un fait qui mérite vérification.

Cachexie palustre. — La cachexie palustre fournit au diagnostic des éléments peu nombreux, mais extrêmement nets. Le principal est encore ici la couleur de la peau ; cette teinte jaune, spéciale, qui n'a aucun rapport ni avec l'ictère, ni avec la teinte cancéreuse, a été comparée, tantôt comme celle de la chlorose, à la couleur de la cire vieillie, tantôt à celle du pain d'épice; il vaudrait mieux l'appeler simplement la teinte paludéenne, car rien n'y ressemble. Elle peut commencer à se manifester dès le troisième ou quatrième accès de fièvre intermittente; elle existe, même sans fièvre, chez les individus soumis à l'intoxication maremmatique. Dans un degré plus avancé, il s'y joint des hydropisies, d'abord dans le tissu cellulaire des extrémités, puis dans les séreuses. Aussi, tous les observateurs, depuis Hippocrate, ont-ils été frappés de cet aspect malingre, moll^isse, boursouflé^ livide^ prfois verdàtre, qu'il est

28 CACHEXIES. — valedii sÉMiiOLocïQnE.

si fréquent de rencontrer dans les pays marécageux. Constater un tel état, c'est avoir fait la moitié du diagnostic.

Cachexie cardiaque, — Quoi de plus significatif encore que 1 état de cachexie qui se déclare dans la période ultime des aRections organiques du' cœur? Beau réunissait, comme on sait, sous la dénomination commune d*asy$tolie tous les troubles qui surviennent alors. Cette notion d'àsystolie comprend à la fois les désordres locaux de l'appareil circulatoire et l'état général par lequel ils se traduisent ; c'est à cet état général seul que convient le mot de cachexie. L'embonpoint est d'ordinaire conservé, ou peu s'en faut. La face a une teinte jaune, cireuse, demi transparente ; les paupières inférieures sont légèrement bouffies ; les lèvres sont d'une couleur vineuse ; souvent il existe des varicosités des veinules du visage ; la physionomie exprime une vive anxiété. Un certain arrondissement de toutes les formes, la tuméfaction œdémateuse des membres, la couleur violacée des extrémités complètent tout un ensemble auquel il est difficile de se méprendre.

Cachexie albuminurique. — A côté de la cachexie cardiaque, on peut placer celle de la maladie de Bright. Entre les deux, l'anasarque établit la transition. Mais tandis que, dans la première, l'anasarque se complique d'un élément congestif, dans la seconde, l'hydropisie occupe presque exclusivement la scène; c'est la vraie cachexie séreuse des anciens auteurs. — Tous les tissus sont, en quelque sorte, noyés dans les liquides épanchés. La peau, d'un blanc absolument mat et blafard, se laisse distendre au point de s'érailler; le visage est défiguré par l'enflure. Devant une prédominance symptoma tique aussi accentuée, tous les autres phénomènes s'effacent, et il en résulte un type morbide capable, au plus haut degré, de frapper l'attention du médecin.

Cachexie cirrhotique, — Le type de la cirrhose hépatique n'est guère moins frappant : maigreur excessive des parties sus-diaphragmatiques du corps, gonflement énorme de toutes les parties sous-jacentes, voilà un contraste qui ne se rencontre nulle part ailleurs, et qui par là même est caractéristique.

Cachexie scorbutique. — Cette cachexie est sans contredit l'une de celles qui possèdent l'expression phénoménale la plus accentuée. La peau n'a pas simplement la pâleur de l'anémie; elle est d'un blanc sale ou bleuâtre; les lèvres ont une lividité particulière. Les suffusions sanguines se faisant par poussées successives, et revêtant toutes les teintes des ecchymoses, donnent à la surface cutanée un aspect marbré des plus bizarres. Les gencives sont fongueuses, l'haleine fétide. Les malades accusent une fatigue toute particulière ; les moindres causes provoquent chez eux des lipothymies et des syncopes. Beaucoup ont de la diarrhée, de l'œdème des membres inférieurs. — On le voit, nous ne pouvons guère parler de la cachexie scorbutique sans toucher à la description du scorbut lui-même ; et c'est précisément parce que le scorbut est essentiellement cachectique de sa nature, qu'il fut pris autrefois pour la souche commune d'oii provenaient une ioule de lésions, et qu'un grand nombre de mala-

CACHEXIES. — VALBUR séméiologique. 29

dies furent considérées comme n'étant que des transformations de cette affection. C'est encore pour la même raison que la pellagre a été désignée sous le nom de scorbut alpin, qui rappelait assez bien plusieurs des manifestations de cette maladie, mais qui avait le tort de confondre sous un même mot deux espèces morbides parfaitement distinctes.

Cachexies métalliques. — Les cachexies métalliques exigent un peu plus d^âttention , et il y aurait peut-être quelque exagération à leur attribuer dans tous les cas une valeur séméiologique considérable. Toutefois, elles présentent quelques particularités intéressantes. Ainsi la cachexie saturnine se fait remarquer par une coloration de la peau, sur laquelle Grisolle a beaucoup insisté, et qui se distingue parfaitement de celle de la chlorose. Dire que c'est une teinte jaune pâle est bien insuffisant; c'est pourtant tout ce que nous pouvons faire. Il est probable que cette teinte spéciale est le résultat mixte de Tanémie et de la présence des molécules plombiques sur la peau ; les chairs deviennent flasques, mais sans œdème; l'haleine a une fétidité particulière. Mais de toutes les circonstances propres à cette cachexie, celle qui mérite le plus d'attention, c'est la rapidité de son développement; on la voit survenir chez les cénisiers au bout d'une ou deux semaines de travail ; or il n'est point de maladie spontanée qui produise un effet aussi rapide, et cela seul sufGrait pour faire soupçonner un empoisonnement professionnel. On trouverait alors le liseré gingival, l'analgésie cutanée, et les autres signes de l'intoxication saturnine.

La cachexie mercurielle peut aussi se déclarer au bout d'un petit nombre de jours, mais cela n'arrive guère que dans les cas où elle est produite par un traitement hydrargyrique actif, ce dont il est facile de s'assurer ; chez les miroitiers, doreurs, chapeliers, et autres artisans qui manient le mercure, la cachexie ne se développe qu'à la longue, mais alors elle s'accompagne presque toujours d'un tremblement significatif. Ce qu'elle offre avec cela de plus caractéristique, c'est la bouffissure de la face, la facile infiltration des membres, et l'horrible fétidité de l'haleine due non-seulement à un ramollissement des gencives, mais à une véritable stomatite.

Cachexie alcooliqtœ. — Citons enfin, comme dernier exemple, la cachexie alcoolique. Nous parlons, bien entendu, de celle qui se développe indépendamment des lésions spéciales du foie ou des reins. 11 y a longtemps que l'on a noté les allures spéciales qu'affecte la dégradation physique chez les vieux ivrognes, la teinte blême et cadavéreuse qui succède chez eux à l'aspect enluminé de la face, l'amaigrissement qui porte principalement sur les membres, tandis que l'abdomen conserve un certain développement, grâce à la persistance des masses adipeuses de l'épi ploon, la sécheresse de la peau; enfin, et par-dessus tout, la caducité anticipée, le mélange de tristesse et d'abrutissement qui se peint sur la physionomie.

Nous ne poursuivrons pas plus loin cette étude, qui finirait par être monotone. Notre seul dessein était de montrer que beaucoup de cachexies

30 CACHEXIES. — valedr sémbiologiqle.

possèdent par elles-mêmes des caractères assez dessinés pour pouvoir servir puissamment au diagnostic souvent si difficile des maladies chroniques. Au surplus cette proposition cesserait d'être vraie, si on voulait la généraliser outre mesure, et dans les cas même que Ton vient de voir, les types cliniques n'ont de signification qu'à la condition d'être bien tranchés. Dans une foule de circonstances, qui restent peut-être les plus nombreuses, tout ce que dit un premier examen du malade, c'est qu'il est cachectique. Voici comment Ton pourra s'y prendre pour transformer cette première notion en une donnée utile au diagnostic de la maladie.

Il peut arriver d'abord que Tétiologie présumée soit le premier renseignement fourni par le malade; il ne reste plus dès lors qu'à rechercher si ce renseignement concorde en effet avec les phénomènes observés. A défaut d'une semblable indication, on devra analyser les principales circonslances de l'état cachectique observé. Ainsi, on notera soigneusement la coloration de la peau; on a vu, par ce qui précède, combien cette teinte est variable et instructive dans ses variétés ; rien, sous ce rapport, ne peut remplacer l'éducation de la vue, que donne seule une longue habitude.

Puis on recherchera s'il existe ou non de l'œdème, et dans les cas douteux, l'attention se portera surtout vers le pourtour des malléoles^ et vers la face postérieure des cuisses, qui par sa situation déclive dans le décubitus horizontal, est très-propre à déceler l'existence d'une légère infiltration du tissu cellulaire. La présence ou l'absence de l'œdème a, en effet, une importance de premier ordre. On pourrait, au point de vue symptomatique, diviser pratiquement les cachexies en sèches et humides; et cette distinction est si naturelle, que les anciens ne voulaient pas les désigner par le même mot : Femel donnait à la première variété le nom de tabès sicctty et réservait pour la seconde celui de cachexia; Yan Swieten accepte cette manière de voir. C'était évidemment aller trop loin, car il n'est pas impossible de voir une cachexie, sèche au début, devenir humide à la fin ; il n'en est pas moins vrai que la tendance à l'œdème appartient très-spécialement à certaines cachexies, et qu'elle fait presque totalement défaut dans certaines autres.

Supposons Tœdème constaté ; on songera immédiatement à s'enquérir de l'état des urines. Selon que celles-ci seront ou non albumineuses, l'examen se portera vers le rein ou vers le cœur, ou vers ces deux organes à la fois. Une hydropisie localisée à une partie du corps seulement fera songer à un obstacle circulatoire partiel, par exemple à une cirrhose du foie. Enfin il arrivera des cas où l'on sera réduit à expliquer Tœdème par la cachexie elle-même. Mais cette donnée, toute négative qu'elle est, servira du moins à mettre provisoirement hors de cause les cachexies où cet accident est le moins habituel.

De même encore la présence ou l'absence de fièvre hectique établira de prime abord un départ entre les différentes cachexies. Il en est, comme celle du cancer, de l'intoxication saturnine, où la fièvre est exceptionnelle et se lie à quelque complication. Il en est d'autres où elle existe invaria-

CACHEXIES. — iHDiCATioits pronostiqdes et thérapeutiques. 31

blement. Parmi ces dernières, la cachexie tuberculeuse occupe sans conteste le premier rang par sa fréquence. En Tabsence de tubercules, on cherchera s'il n'existe pas quelque suppuration profonde, Ton songera à la possibilité de lésions chroniques du côté de la vessie et des reins, etc.

Dans le cas où toutes les investigations seraient restées stériles, où rien ne dénoterait un trouble important dans les fonctions des principaux appareils, il ne faudrait pas négliger d'explorer la région de l'hypochondre gauche. La tuméraction delà rate ferait immédiatement soupçonner une intoxication paludéenne, et Ton devrait rechercher avec soin dans les antécédents, non-seulement l'existence d'accès intermittents bien avérés, mais le fait de l'habitation dans des contrées marécageuses. En cas de réponse négative, il faudrait se rejeter sur la possibilité d'un leucocythémie, et l'on ferait l'examen microscopique du sang; l'on n'oublierait pas non plus d'examiner l'état des ganglions lymphatiques, principalement aux aines et aux aisselles.

Enfin on s'informera, cela va sans dire, de l'état de santé antérieur, des conditions hygiéniques d^alimentation, de logement, et des habitudes professionnelles du malade.

C'est ainsi que d'approximation en approximation, le diagnostic arrive à se circonscrire dans un petit nombre d'hypothèses entre lesquelles il ne reste plus qu'à choisir au moyen d'une série d'éliminations successives, en faisant appel aux données ordinaires de la pathologie.

Indications pronostiques et ttiérapeatl^ues. — Il serait pour le moins superflu d'insister longuement sur la gravité extrême du pronostic que comportent les cachexies. La plupart constituent, à vrai dire, la période désespérée des maladies chroniques, et par conséquent, dans un trop grand nombre de cas, on ne peut guère prétendre qu'à prolonger un peu les jours du malade et à lui adoucir les derniers moments.

Il y a pourtant des exceptions à faire pour certaines maladies nées manifestement sous l'influence de causes délétères bien connues : on peut encore espérer la guérison lorsqu'il est possible de soustraire le malade à ces influences. Il en est ainsi pour plusieurs cachexies toxiques; par exemple, dans les cachexies métalliques, l'organisme tendant naturellement à l'élimination du poison, si le sujet cesse d'en absorber journellement de nouvelles doses, il pourra finir par se débarrasser de ces principes funestes, et récupérer la santé.

De même la cachexie paludéenne, la cachexie scorbutique pourront guérir. Tune si le malade cesse d'habiter les régions d'où s'exhalent les miasmes telluriques, l'autre si les conditions hygiéniques mauvaises viennent à disparaître, et si l'on peut fournir au malade de l'air sec, une température douce, une nourriture composée de végétant frais et de viandes de bonne qualité.

Dans tous ces cas et d'autres semblables, il s'agit de causes extérieures à l'homme, et dont il est, jusqu'à un certain point, e^n notre pouvoir de disposer. Encore faut-il, pour que la guérison survienne, que la maladie^

52 CACHEXIES. — indications pronostiques et théiupedtiqoes.

n*ait pas déterminé des lésions assez profondes pour prendre droit de domicile dans 1 économie et survivre à la cause morbide.

Mais lorsque le mal procède d'une de ces causes internes, aussi inconnues dans leur nature que spontanées dans leur évolution, qui occupent une si grande place dans Thistoire des maladies chroniques, la période de cachexie correspond au moment où la résistance vitale est décidément vaincue, et oiî la nature défaillante n'est plus apte à répondre aux sollicitations de l'art. Dès lors, que reste-t-il à faire à la thérapeutique?

C'est une chose bien remarquable et qui ajoute singulièrement à ce que le pronostic a déjà de fâcheux, que l'inutilité des médications dites spécifiques dans le traitement des cachexies. La syphilis en ofîre un frappant exemple : autant le mercure et l'iodure de potassium étaient des moyens héroïques pour combattre la maladie dans ses phases successives, autant ces merveilleux agents deviennent inefficaces et parfois même nuisibles lorsque, à la suite de suppurations et de diarrhées prolongées, la cachexie syphilitique s'est enfin déclarée. Dans les cas les moins avancés, ceux où le traitement a encore quelque prise, il faut, pour rendre aux spécifiques leur puissance d'action, commencer par remonter l'économie au moyen des toniques généraux et des ressources de l'hygiène; c'est la condition, trop souvent méconnue ou négligée, du succès de l'iodure de potassium.

Il n'est pas jusqu'à la cachexie paludéenne elle-même à laquelle cette remarque ne s'applique dans une certaine mesure. Non que les préparations de quinquina y soient contre-indiquées, bien au contraire ; tout le monde sait, depuis les travaux de Torti et de Lancisi, le parti qu'on en peut tirer en pareil cas. Mais il n'y a plus ici celte action directe, rapide, infaillible, que l'on observe dans les cas de fièvre intermittente légitime;! d'ailleurs, ainsi que Forget l'a fait voir un des premiers, le sulfate de quinine est loin de posséder ici l'efficacité du quinquina en nature, ce qui tend à faire penser que ce dernier agit alors comme tonique névrosthénique bien plutôt que comme spécifique proprement dit.

Cette impuissance des spécifiques contre les cachexies porte avec elle un enseignement : elle prouve que tout en paraissant agir sur la cause morbide elle-même, ces médicaments ne l'atteignent pas directement, avec la nécessité et l'invariabilité d'action qui n'appartient qu'aux phénomènes physico-chimiques; c'est, en définitive, à l'organisme vivant que le remède s'adresse avant tout, c'est lui qui doit l'accepter et l'utiliser, parce que c'est lui qui doit faire les frais de la guérison.

Que conclure de tout cela? Devant la gravité trop évidente des cachexies, la thérapeutique doit-elle abdiquer son rôle? Une telle proposition n'aurait pas seulement l'inconvénient d'être décourageante, elle aurait celui d'être fausse. En toutes choses il y a des degrés, et en médecine pratique plus que partout ailleurs. Une cachexie ne survient point d'emblée ; elle se développe lentement et par progrès successifs, laissant au médecin le temps d'agir, avant que les choses arrivent à ce degré

CACHEXIES. — UfDICATIONS PRONOSTIQUES ET THERAPEUTIQUES. 55

ultime après lequel il n'y a plus que la dissolution et la mort. Comment donc agira-t-il ? Est-ce en s'adressant aux éléments primitifs, de la maladie, à la cause connue ou présumée telle? N'est-ce pas plutôt en allant au plus pressé, en s'efTorçant de remédier avant tout à l'état d'épuisement qui menace d'une façon directe et prochaine les jours du malade? Nous l'avons montré il n'y a qu'un instant : cette médication d'urgence est le préliminaire indispensable de toute autre que l'on voudrait instituer ultérieurement ; ajoutons que, dans la grande majorité des cas, elle est la seule possible. Donc l'indication étiologique sera ici tout à fait secondaire, et la nécessité d'un traitement tonique et analeptique devra primer toute autre considération.

Les agents que la matière médicale fournit pour atteindre ce but sont très-peu nombreux, et l'habileté consiste moins à savoir les choisir, qu'à les manier convenablement en graduant les doses à propos, en variant le mode d'administration, en ménageant les susceptibilités individuelles. Ce sont d'abord les amers, et à leur tête les préparations de quinquina, qui, outre leur action incontestable sur le système nerveux, ont l'avantage précieux d'exciter l'appétit, de tonifier l'estomac, et de préparer ainsi les voies à l'alimentation. C'est ensuite l'huile de morue, qui a malheureusement l'inconvénient opposé, et qui, excellente au point de vue de la réparation plastique, n'est souvent tolérée qu'avec une extrême difficulté, ce qui rétrécit le cercle de son application ; ce sont enfin les préparations ferrugineuses infiniment variées dans leurs formes, mais identiques quant à leur manière d'agir.

Il faut savoir seulement que le fer est loin de posséder une égale efficacité dans les différentes cachexies. En réalité, c'est à l'anémie seule qu'il s'adresse, et plus l'anémie est le fait primitif et essentiel de Tétat morbide auquel on a affaire, plus la médication martiale a de chances de succès; c'est pour cela qu'elle réussit admirablement dans la chlorose, et qu'elle échoue presque toujours dans les anémies symptomatiques des diathèses. Ce n'est pas que nous croyions beaucoup aux dangers qu'on a imputés au fer administré comme tonique chez les individus prédisposés à la tuberculisation. Mais la vérité est qu'ils en retirent peu de profit, ce qui est une raison suffisante pour n'employer ce moyen qu'avec beaucoup de réserve, et pour en cesser l'usage dès qu'il est mal supporté. A plus forte raison en est-il de même de l'anémie des cancéreux, qui n'a jamais été sérieusement modifiée par les ferrugineux.

A côté des moyens précédents, et sur un rang au moins égal, il faut placer l'hydrothérapie et la médication thermale. Les douches froides, méthodiquement administrées, constituent a.ssurément aujourd'hui l'un de nos plus puissants agents reconstituants, et sont pour la thérapeutique une précieuse conquête. Elles trouvent surtout leur emploi lorsque les fonctions de calorification ont conservé assez de vigueur pour permettre à la réaction de s'établir avec promptitude et régularité après l'impression du froid. Elles ont pu même, dans quelques cas de maladies incurables, procurer parfois une amélioration, il est vrai relative et passagère, mais

■OBY. OICT. UEO. IT CIIR. VI. — 3

34 CACHEXIES. — BIBLlOGRiLPUIB.

assez évidente encore pour mériter de n'être pas négligée. Quant aux eaux minérales, surtout celles qui appartiennent au groupe des eaux sulfureuses et ferrugineuses, l'usage un peu banal qui en est fait trop souvent, et qui n'est pas sans inconvénient, ne les empêche pas d'être un héroïque moyen, à la condition toutefois qu'on ne pousse pas au delà du degré nécessaire la stimulation générale qu'elles déterminent. Comme pour tous les modificateurs énergiques, l'abus se trouve ici tout près de r usage, et il y a là une question de mesure dont Tappréciation est laissée au tact du praticien.

Des indications secondaires seront fournies par les symptômes prédominants de chaque cachexie; ainsi, combattre les complications inflam* matoires au voisinage d'un produit pathologique, modérer la diarrhée ou les sueurs profuses par les astringents, les accès réguliers de fièvre hectique par les antipériodiques, déterger les surfaces sanieuses, évacuer les épanchements séreux par des hydragogues, calmer -la douleur, cette cause si fréquente d'épuisement, etc., tout cela rentre dans le détail des cas particuliers, et n'a pas besoin d'être développé.

Mais l'indication qui prime toutes les autres, et qui les résume, c'est ce qu'on pourrait appeler l'indication nutritive. Tous les toniques ne serviraient de rien sans l'alimentation; la plupart même n'ont pour but que de lui préparer les voies, et par alimentation il faut entendre nonseulement le fait de fournir au tube digestif une nourriture plus ou moins succulente et réparatrice, mais Tart infiniment délicat de faire accepter cette nourriture à un estomac qui se révolte, de varier suivant les besoins le nombre et l'heure des repas, de faciliter et de rendre profitable le travail de la digestion, soit par les moyens pharmaceutiques, soit plus encore par ceux que fournissent l'hygiène, l'exercice, les promenades en plein air, la distraction, les occupations agréables.

Il n'est, pour ainsi dire, point de cachexie où ces moyens diététiques joints aux toniques proprement dits, ne trouvent leur place dans une certaine mesure; et c est précisément cette uniformité des indications qui, mieux que toute autre raison, et malgré ce qu'il reste forcément de disparate et d'artificiel dans le groupe des cachexies, justifie par un avantage pratique incontestable leur maintien sous une dénomination commune et l'étude collective que nous leur avons consacrée.

Arétée, De causis et sign. morb. dint. Lib. I, cap. xxn.

CsLius AuRELiANus, Morb. acut et chron. Lib. III, cap. vi.

Van SwiETERf Gomment., t. III, p. 636. Lugd. Bâta?., 1753.

GuLLCN, Élém. de méd. prat. t. III.

BoRDEo, Recherches sur les maladies chroniques; et Analyse médicinale du sang. Ëdit. Richerand.

Paris, 1818. Dumas (de Montpellier), Doct. gén. des mal. cbron. Paris, 1824.

Dans l'impossibilité de renvoyer aux innombrables monographies relatives aox différentes maladies chroniques qui peuvent déterminer les cachexies, nous nous bornerons aux indications suivantes concernant quelques points spéciaux abordés dans cet article : DoMouLHf (Aug.), De la cachexie en général, et de la cachexie syphilitique en particulier. Thèse de

Paris, 1848. — Gonsid. sur quelques affect. scrofuleuses observées chez le vieillard. Paris, 18&4- VwcHOW, Gesammelte Abhandl. zur wissenschafl. Medicin. Art. Leuksmie, Frankfurt, 1855. Friedreicb, Arch, fur path, Anat., t. XII, p. 37, 1856. BôTCHER, ibid., t. IIV, p. 483, 1858.

DigitizQd by VjOOQIC

CACHOUS. — ôACkotJS proprbment dm. 35

FoBGiT, Des cachexies et de leur tnitement {Bullet, de thérap,), t. LUI, p. 145, 1857. — Prin.

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Bisir, Leçons théor.et clin, sur la scrofule, p. 53 et suiv. Paris, 1861. KjivLicH (Jos.), Prag. med, Wochentchr., p. 34-27, 1864. Tboosskau, Clin. méd. de l'H6tel-Dieu, t. III, p. 555. Paris, 1865. CoB5iL, De Tadénie ou hypertrophie ganglionnaire suirie de cachexie, sans leucémie [Arch aén

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Broca, Traité des taroeurs, 1. 1, p. 310 et soir. Paris, 1866. FiLTi, Des ditthèses et des cachexies. Thèse d'agrég. Strasbourg, 1866.

Maurice Raymaud.

CACHOUS. — Longtemps on a pensé que le Cachou était une terre d'une nature particulière, et comme on le recevait du Japon, on lui donnait le nom de Terra Japonica. Plus tard on vit que c'était une produc-. tion végétale; mais, quoique dès 1624 Herbert de Jager ait nettement affirmé qu'il provenait d'une espèce à^Acaciay on resta de longues années sans bien connaître quelles étaient ses vraies origines. — Pour A. L. de Jussieu (1720), tous les Cachous, quelles que soient leurs formes, sont fournis par YAreca Catechu Linn. ; cette opinion-fut admise jusqu'au moment où Kerr démontra que certains de ces produits étaient fournis par l'Acacia Cat^cftuWilld.: une révolution s'opéra alors, et Ton professa que, seul, cet arbre donnait cette substance. Enfin, on fut bientôt forcé d'admettre que le Cachou était non-seulement produit par ces deux plantes, mais que beaucoup d'autres végétaux, et en particulier un grand nombre d'espèces du genre Acacia^ en fournissaient des quantités considérables.

Les Cachous peuvent être définis dans l'état actuel de nos connaissances : des sucs épaissis et astringents qui doivent leurs propriétés au tannin qu'ils renferment.

L'analyse y a démontré, de plus, des matières extractives, du mucilage, de la catéchine et un résidu insoluble. On peut dire, en général, que ce sont des substances brunes, solides, non déliquescentes, infusibles, très-acerbes, d'une densité qui varie entre 1,28 et 1,39; solubles dans l'eau, le vin et Talcool.

Nous trouvons en pharmacie cinq groupes de substances qui présentent ces caractères. Ce sont : l«*les Cachous proprement dits; 2® les Cachous de l'Arec ; 3** les Cachous Gambirs ; 4° le Suc d'Acacie ; 5<» les Kinos.

Ces substances sont, penchant la vie de la plante, des liquides renfermés dans des cellules dont la nature et la forme ont été parfaitement étudiées et décrites par Trécul*

L CJaelioas proprement dits. — OniGmE. — On le retire de Y Acacia Catechu Willd. (LÉGUitiNEfTSEs)^ bel arbre des Indes orientales, et qu'on trouve surtout au Bengale (fig. 2).

Pour l'extraire, on prend la partie intérieure du bois, qui est rouge foncé, noir même en certains endroits, on la débite en petits fragments qu'on fait bouillir avec de l'eau dans un vase à ouverture étroite. On fait déduire le liquide de moitié, puis on le verse dans un vase en terre à large sui^ace, et Ton concentre au tiers.. La matière est laissée au repos pendant vingt-quatre heures, alors on la jette sur une natte ou sur un drap saupoudré de bouse de vache préparée ; cela fait, on divise en morceaux

36 CACHOUS. — CACHOUS de l'arec.

quadrangulaires, dont on complète la dessiccation au soleil, et on livre au commerce.

Le Cachou se présente en pains carrés de 50 millimètres de côté sur 28 millimètres d'épaisseur ; propre à l'extérieur, non mélangé de glumes de riz ; à l'intérieur, il est un peu compacte, brunâtre près de la surface, mais tout à fait grisâtre et terne au centre. Il est stratifié et peut être divisé en lames suivant les couches. C'est le Cachou en manière (Técorce (Tarbre^ d'A. L. de Jussieu; Guibourt le nomme, à cause de ses caractères, Cachou terne parallélipipède. Avec Talcool, il laisse un résidu amylacé.

FiG. 2. — Acacia à Cachou (Acacia Catecku Willd.]. Le Cachoubrun en gros pains

parallélipipèdes est en masses carrées de 10 cent, de côté, de 6 cent, d'épaisseur, pesant de 6 à 700 grammes, brun-gris à la surface ; à l'intérieur présentant une couleur brune-rougeâtre ; peu luisant, à peine translucide en lames minces.

Quand on falsifie le Cachou brun avec du sable ou a une autre variété nommée par Guibourt Cachou brun siliceux; ce Cachou séparé de la silice forme ce que les débitants ont appelé extrait de Cachou brun.

On connaît encore différentes variétés, qui sont : le Cachou noirmucilagineux^ le Cachou de Siam en masses coniques, le Cachou blanc enfumé, le Cachou brun rouge polymorphe, et enfin, le Cachou de Pegu en masses : Torigine de ce dernier est encore tout à fait incertaine; il est brun rougeàtre ou noirâtre, à cassure brillante; sa saveur est astringente amère; il est en masses rectangulaires de 16 à 20 centimètres de longueur, de 5 ou 6 d'épaisseur; on dirait un extrait solide; de plus, il est enveloppé de feuilles. Le Cachou de Pegu petit encore être en boules, et Guibourt en décrit un autre lenticulaire.

II. Catsiioos de TAree. — Il est produit par l'Arec Cachou, Areca Cfir^^c/mLinn.,dela famille des Palmiers.

Description. — On en connaît quatre variétés ; 1** Cachou du Bengale ; Cachou en boules ternes et rougeâtres. — Il est en masses du poids de 90 à 125 grammes, qui, arrondies d'abord, se sont, par compression réciproque, déformées et ont pris des contours plus ou moins anguleux. Il est brun rougeàtre, terne, couvert de glumes de riz ; sur la cassure, on remarque une partie extérieure brune, un peu brillante, dure, et une partie centrale molle, grise, friable. Il s'écrase sous la dent et se fond complètement dans la bouche. Sa saveur est

CACHOUS. — GAMBiRs. 37

très-astringente, un peu amère, puis suivie d'un goût sucré agréable.

2** Cachou de Ceylan : Cachou brun noirâtre orbiculaire. — Il est homogène dans sa masse, qui est aplatie de 5 à 6 centimètres de diamètre sur 15 à 20 millimètres d'épaisseur.

3^ Cachou brun noirâtre amylacé, — Son caractère le plus marqué est de se colorer en grande partie en bleu par Tiode. Guibourt le divise en deux sous-variétés, le brun, plat^ amylacé (Cachou de Bombay), et le brun noirâtre intermédiaire.

4** Faux Cachou orbiculaire et plat. Il est rare.

Ces Cachous se préparent avec les noix de YAreca Catechu. On les coupe en morceaux et on les fait bouillir dans l'eau en ajoutant un peu de chaux. L'opération dure deux ou trois heures ; après ce temps, il se dépose une bouillie épaisse féculente qu'on expose au soleil jusqu'à ce qu'elle soit assez consistante pour qu'on puisse lui donner la forme arrondie globuleuse. — A Mysore, on fait deux Cachous auxquels on donne des noms différents, suivant qu'on les prépare avec les noix vertes ou les noix sèches ; la première sorte est appelée KassUj la seconde Coury.

III. «ainMn. — C'est une RuBiACÉE ïUncaria Gambir Roxb., qui fournit cette substance (6g. 3); elle croit à Sumatra, à Malacca, à Pulo-Pinang, à Singapore.

Ce Cachou est en pains cubiques de 25 à 30 millimètres de côté, pesant 12 à 20 grammes. A sa surface, on trouve une substance dure, brune jaunâtre ou noirâtre, en couche très-mince : à l'intérieur, il est poreux, léger, blanchâtre ou jaune fauve, bu encore rouge jaunâtre.

Sous la dent, il fait pâte, puis il se délaye dans la bouche. Sa saveur est amère, astringente, mais le goût sucré qui lui succède est bien moins prononcé que dans le Cachou de

l'Arec. On prépare ce Gambir brun F>«- 3- — Uncana Gambir Roxb.

par décoction des feuilles ; on obtient un liquide qu'on amène â consistance sirupeuse ; on laisse refroidir; la matière se durcit assez pour qu'on puisse la couper en petits pains qu'on fait sécher au soleil. Par infusion des feuilles et des jeunes rameaux, on obtient un liquide qui, évaporé, séché et façonné comme le précédent, donne le Gambir blanc.

Guibourt décrit dix autres espèces de Gambir, que nous ne mentionnerons pas, car on ne les trouve que rarement dans le commerce.

38 CACHOUS. — KiNOs.

IV. Mue d*A€aele. — C'est le suc de VAeacia vera Willd. (LÉcuin- NEUSEs), On le prépare, en Egypte, avec les fruits qu'on pile dans un mortier, et dont on exprime le suc. Ce suc est exposé au soleil, et quand il est arrivé à consistance voulue, on en fait des boules de 225 à 250 grammes, que Ton enveloppe dans des morceaux de vessie pour l'envoyer en Europe.

Ce Cachou est très-rare. Il est en masses solides, de couleur brune tirant sur celle du foie; il a une saveur acide, styptique, douceâtre, mucilagineuse. 11 se dissout promptement dans l'eau, mais sa dissolution est incomplète. On le remplace, en Europe, par un suc qu'on nomme Acacia nostras^ et qui est préparé de même avec les fruits du Prunus spinosa Linn. (Rosacées); il nous vient d'Allemagne.

V. KiDos. — On donne le nom de Kinos à certains Cachous qui nous arrivent, les uns des Indes, des Moluques et de la Nouvelle-Hollande, les autres de la Colombie, de la Jamaïque, du Mexique. Ils ont un aspect rougeâtre et résineux. D'après les provenances, on en connaît six espèces principales.

l"" Le Kino de Gambie. — Ce nom a été donné à deux produits du même arbre, le Butea frondosa Roxb. (Kueni) (fig. 4).

FiG. 4. — Butea frondosa Roxb.

a. Roxburgh décrit un suc astringent qui découle des fissures de l'arbre ou des blessures qu'on lui fait. Cette substance est friable, rouge, facilement et complètement soluble dans l'eau, en grande partie soluble dans Talcool.

b. Guibourt décrit une gomme astringente naturelle. Ce produit se

CACHOUS. — KiKos. 39

présente sous la forme de larmes, petites, allongées ; présentant sur un de leurs côtés des débris de Técorce dont elles ont été détachées, ridées, plissées du côté oppose. Cette substance rouge par transparence est opaque et noire en masse; elle n'est point friable, elle est même difficile à puWériser : elle ne se dissout pas dans Teau et y forme un mucillage plus ou moins épais. Cette seconde variété n'est probablement qu'un mélange d'une gomme insoluble avec le suc astringent décrit par Roxburgh.

2* Ktno d*Amboine ou Kino de l'Inde orientale. — Il est fourni par le Pterocarpus marsupium Roxb. (LÉGUMiifEusEs) ; arbre originaire du Malabar. Au moment où Farbre .est en fleur, on fait, dit-on, des incisions longitudinales au tronc, il en découle en abondance un suc rouge-sang. Ce suc est desséché ; alors il se fendille et se divise en petits fragments qu'on livre au commerce. Si ces fragments sont assez épais, ils sont opaques; mais si ce ne sont que des lames minces, ils sont transparents, et ont une couleur rubis. Ils sont inodores, friables, se ramollissent dans la bouche. Ils sont facilement solubles, même à froid, dans Teau et l'alcool : ces solutions ont une couleur rouge-sang, la poudre rappelle celle du colcothar. Cette substance est toujours identique avec elle-même et bien préparée (Guibourt).

3* Kino du Sénégal. — C'est une autre espèce du même genre de Lé- GuiimEusES, le Pterocarpus erinaceus Lamk., qui nous donne cette substance. Elle rappelle beaucoup la précédente par ses caractères physiques, mais elle est très-rare.

4'' Kino de la Colombie. — On le retire par incisions du Hanglier {Rhizocarpus mangle^ Linn.). On le rencontre dans le commerce sous forme de pains de 1 kil. à 1 kil. 500 gr., gardant sur leurs faces Tempreinte d'une feuille de Balisier ou de Palmier. Il est recouvert d'une poussière rouge qui, au premier abord, le fait ressembler au Sangdragon ; mais il s'en distingue parce qu'il se dissout un peu dans l'eau et qu'il est complètement soluble dans Talcool. Sa saveur est amère, trèsastringente; ses fragments rappellent beaucoup ceux du Kino de l'Inde.

5"* Kino de la Jamaïque. — Guibourt en décrit deux variétés fournies, du reste, par le même arbre, le Coccoloba uvifera Linn. PoltgoiNéc connue encore sous le nom de Baisiniei' à grappes.

a. n se rencontre en petits fragments de 4 à 12 grammes, d'un brun foncé, couvert d'une poussière rougeâtre, portant parfois des empreintes en réseau rectangulaire ; ces débris ont une cassure brillante, noire, inégale; opaques, en masses, ils sont transparents en lamelles; leur poudre est couleur chocolat. Ce Kino est très-friàble, sa saveur est astringente, amère ; il est peu soluble à froid dans l'eau et l'alcool, mais il s'y dissout complètement à chaud. Il n'est pas fusible, ce qui le distingue de certains Kinos falsifiés à l'aide du bitume.

b. Cette variété, qu'on doit regarder comme une préparation plus soignée de la précédente, n'en diffère que par ses fragments plus petits sans empreintes, et ses lamelles transparentes d'un rouge foncé.

è"" Kino de l'Australie ou Kino de Botany-Bay.—n est retiré de l'Euca-

40 CACHOUS. — pitoPBiâTÉs et modb d'admimistration.

lyptus resinifera Smith. Arbre de la famille des Mtbtacés, très-commun en Australie. Il se distingue des précédents en ce qu'il est en gros mor* ceaux en général arrondis d'un côté, et portant des débris de limbe de feuilles de Palmier et même des portions de pétiole. La cassure récente est noire et brillante, cette cassure devient terne par la suite, en se couvrant d'une poussière rouge brun, il est inodore, un peu astringent, assez soluble dans Teau, donnant une liqueur qui précipite par Talcool.

On a décrit, on outre, les variétés suivantes qui présentent moins d'intérêt : le Kino de l'ile Maurice, le Rino de Tile Bourbon ou Fakaali, le Kino de Sidney, le Kino brun terne, le Kino brun violacé, le Kino noir à poussière verdâtre, le Kino de la Vera-Cruz, le Kino du Brésil, appelé aussi Kino de New- York, le Kino à feuilles de Balisier, etc.

Propriétés, usages et mode d'administration des Cachous. — L'analyse montre dans tous les Cachous une quantité considérable d'acide tanninique ; aussi ne doit-on pas s'étonner de les trouver placés pour leurs emplois médicinaux, près du ratanhia et du tannin (voir Tannin). Il agit comme eux, et peut leur être substitué partout. C'est dire assez qu'il est styptique et astringent.

On a voulu en faire un spécifique de la phthisie pulmonaire, mais il ne jouit pas de vertus spéciales, il peut tout au plus calmer la toux et l'expectoration. Ainsi, en administrant dans ces cas l'extrait de Cachou à la dose de 1 à 6 grammes. Trousseau et Pidoux ont vu la fièvre, la toux, l'expectoration diminuer, mais la diarrhée n'a pas cédé et les sueurs n'ont pas été modifiées.

On donne le Cachou en poudre, en infusé, en teinture, en sirop, en pastilles, en grains; enfin, on en fait un extrait. La dose posologique varie entre 5 cent., 1 gramme et 1 gramme 50.

Il entre dans la composition du Diascordium, duCachundé, du Cachou de Bologne, appelé, à cause de son usage principal. Cachou des fumeurs.

Pour préparer le Cachou de Bologne, on fait fondre dans 100 grammes d'eau : extrait de Béglisse par infusion : 100 grammes; on ajoute : Cachou en poudre, 30 grammes, et gomme pulvérisée, 30 grammes. On évapore en consistance d'extrait, et on incorpore après les avoir réduits en poudre fine: Mastic, 2 grammes; Cascarille, 2 grammes: charbon, 2 grammes; Iris, 2 grammes. On rapproche la masse en consistance, et on ajoute encore : huile volatile de Menthe anglaise, 2 grammes; teinture de Musc, 5 gouttes; teinture d'Ambre, 5 gouttes. — La masse est alors jetée sur un marbre huilé et étendue avec un rouleau en une plaque de l'épaisseur d^une pièce de cinquante centimes. On laisse refroidir, puis, avec du papier sans colle, on frotte les deux faces pour enlever l'huile ; on humecte ensuite avec de l'eau les deux faces, et on y applique des feuilles d'argent. Il ne reste plus, pour l'avoir tel que nous le trouvons dans les pharmacies, qu'à couper ces plaques d'abord en lanières étroites, puis à séparer successivement à coups de ciseaux chacune des lanières en carrés ou en losanges. Cette préparation est souveraine pour masquer l'odeur du tabac, mais on peut la prescrire comme carminative et stomachique.

CADMIUM. 41

Le Kino sert à composer un élixir dentifrice astringent, utile pour rarfermir les gencives : Kino pur, 100 ; racine de Ratanhia, 100; teinture de Tolu, 2; teinture de Benjoin, 2; essence de Menthe, 2; essence de Ca* nelle de Ceyian 2; essence d'Anis, 1 (D. Mialhe).

Pour les autres usages, voir Astringents et Tannin.

Incompatibles. — On devra se garder d'associer les Cachous avec Témétique, les alcaloïdes, les ferrugineux, les substances albumineuses.

SoprasTicATiONS. — On falsilie le Cachou avec de l'amidon. Pour reconnaître la fraude, on traite à froid par l'eau et l'alcool ; la fécule reste pour résidu, et on la décèle avec la teinture d'iode.

On falsifie le Cachou avec du grès et du sable. Il suffit de soumettre à l'incinération, le poids du résidu donne le poids de substances étrangères.

On falsifie le Cachou avec des terres argileuses. Par l'incinération, on obtient encore un résidu ; de plus, la substance ne fond pas dans l'eau, l'alcool et le vin, avec la même facilité que le Cachou pur.

Quand les Cachous seront mélangés à d'autres extraits astringents, il faudra avoir recours au goût d'abord, puis essayer le soluté par le perchlorure de fer : si le Cachou est pur, le précipité sera vert, s'il est mélangé à d'autres extraits astringents, le précipité sera noir ou violet.

Léon Marchand.

CADAITRE. Voy. Autopsie et Mort.

CABIIIIJIII. — Le cadmium est un métal qui fut découvert, en 1818, par Stromeyer et Hermann. Il accompagne ordinairement le zinc dans ses minerais, et se rencontre, soit à l'état d'oxyde dans la calamine, soit à l'état de sulfure dans la blende. Lorsqu'on chauffe ces minerais dans un appareil approprié, le cadmium plus volatil que le zinc se concentre dans les premiers produits de la distillation ; on dissout ceux-ci dans l'acide sulfurique étendu, et on traite la solution par Thydrogène sulfuré, qui en précipite le cadmium à l'état de sulfure jaune. On fait bouillir ce sulfure dans l'acide chlorhydrique concentré, on filtre et on ajoute à la solution un excès de carbonate d'ammoniaque. Il se dépose du carbonate de cadmium, que Ton sèche, que Ton calcine, et que l'on chauffe ensuite dans des cornues de grès, après l'avoir mêlé avec du charbon. Le cadmium passe à la distillation.

Le cadmium est d'un blanc légèrement bleuâtre, assez semblable à l'élain, quoiqu'un peu moins blanc. Il est mou, flexible, se laisse limer et couper facilement. Quand on le frotte sur du papier, il laisse des traces grises, comme le plomb. Sa densité est 8,7. Il fond à 320<>, et bout à 860**. Sa vapeur s'enflamme et brûle avec éclat. Il ne donne qu'un seul oxyde qui a l'aspect d'une poussière brunâtre.

Oocyde de Cadmium, — Lorsqu'on traite une dissolution de cadmium par la potasse ou la soude caustique, on voit se former un dépôt blanc, gélatineux qui est l'oxyde de cadmium hydraté, CdO,HO. Cet hydrate est peu stable, et il suffit de le chauffer pour qu'il perde son eau, et devienne brun. Il sje décompose même en partie dans le sein du liquide où il a pris naissance.

42 CADMIUM. — oxyde, sels, sulfure, iodure et sulfate de cadmium.

Sels de cadmium. — L'oxyde de cadmium peut se combiner aux acides et former des sels qui ont beaucoup d'analogie avec les sels de zinc, mais qui présentent cependant des réactions caractéristiques spéciales. La potasse et la soude y font naître un précipité blanc d'oxyde hydraté, insoluble dans un excès de réactif. Le même précipité se forme avec l'ammoniaque, mais un excès d'alcali le redissout. L'acide sulfhydrique, versé dans une dissolution d'un sel de cadmium, y détermine immédiatement la formation dun précipité jaune, à quelque état que se trouve la dissolution : cette réaction est caractéristique.

. Sulfure de cadmium. — Le précipité jaune qui se forme, toutes les fois que l'on traite une dissolution de cadmium par l'acide sulfhydrique, est le sulfure de cadmium, CdS. Sa nuance est si vive, qu'elle le fait rechercher pour les usages de la peinture, et sa coloration est d'ailleurs si intense, qu'elle permet d'introduhre jusqu'à 25 pour iOO de craie dans le sulfure de cadmium sans que sa teinte jaune soit sensiblement affaiblie. C'est là une fraude qui se produit fréquemment dans le commerce; on la reconnaît à l'aide de l'acide chlorhydrique étendu qui dissout la craie, et n'attaque pas le sulfure.

Iodure de cadmium. — Ce sel se prépare très-facilement par le simple contact du cadmium en limaille avec Tiode au sein de l'eau. En ayant soin de maintenir un faible excès de métal, on obtient une dissolution limpide et incolore qui renferme l'iode et le cadmium combinés à équivalents égaux. Par évaporation lente et ménagée de cette dissolution, on obtient un très-beau produit d'apparence nacrée qui est l'iodure de cadmium, CdL C'est un sel blanc, brillant, inaltérable à l'air, très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. Certains médecins en ont adopté l'usage de préférence aux iodures de potassium et d'ammonium, en raison même de l'inaltérabilité dont il jouit. D'après les observations faites en Angleterre par Garrod, l'iodure de cadmium associé à l'axonge, serait beaucoup plus absorbable par la peau que l'iodure de potassium.

Carbonate de cadmium. — On l'obtient par double décomposition en traitant le sulfate de cadmium par le carbonate de soude. C'est un sel blanc, pulvérulent, insoluble dans l'eau, mais soluble dans les liquides acides de l'estomsfc, et pouvant produire alors les accidents toxiques dont il sera question ci-après.

Sulfate de cadmium. — L'acide sulfurique, concentré ou étendu, froid ou chaud, n'exerce aucune action directe sur le cadmium. Aussi, est-il nécessaire, pour obtenir le sulfate de cadmium, de traiter d'abord le métal par l'acide nitrique qui l'oxyde et le dissout, et de précipiter ensuite la dissolution par un carbonate alcalin. C'est sur le carbonate de cadmium ainsi obtenu, que l'on fait agir l'acide sulfurique préalablement étendu d'eau, en ayant soin de n'ajouter de cet acide que la quantité strictement nécessaire pour dissoudre le carbonate. En évaporant la solution, on obtient des prismes droits, rectangulaires, contenant 25,5 pour 100 d'eau de cristallisation. Ces cristaux représentent le sulfate de cadmium cristallisé dont la formule chimique est CdOSO'^éHO. Soumis à l'action

CAFÉ. — EVPLOrTH^RAPEUTlQirE. 4S

de la chaleur, le sulfate de cadmium perd d'abord son eau de cristallisation, puis dégage une partie de son acide, et se transforme en un soussulfate qu'une température rouge décompose complètement en acide sulfureux, oxygène et oxyde de cadmium.

Thérapeutique. — Le sulfate de cadmium est astringent et même irritant. Il agit à la manière du sulfate de zinc, mais avec beaucoup plus d'énergie. Schubarth (de Berlin) lui a reconnu des propriétés vomitiTCs, et Grimaud en a obtenu de bons effets dans le traitement de la syphilis, du rhumatisme et de la goutte. Mais c'est surtout dans les cas d'inflammations de l'oeil, lorsque celles-ci ont une cause dyscrasique, que l'emploi du sulfate de cadmium parait présenter des avantages. Rosembaum a indiqué la formule du collyre^ suivant, dont l'usage est assez répandu en Allemagne :

Sulfate de cadmium 0»',10 à 0»',40

Eau distillée SOt'.OO

Pour instiller dans l'œil, contre les taches de la cornée.

Toxicologie. — Les composés de cadmium paraissent ^avoir une action toxique assez marquée, d'après une observation de Soret, qui a signalé un cas d'empoisonnement de trois individus par l'inhalation d'une poudre consistant en carbonate de cadmium. Les symptômes principaux ont été des selles, des vomissements, des étourdissements, de la gène dans la respiration, un sentiment de constriction à la gorge, des crampes douloureuses. Ces faits montrent qu'il faut être râervé dans l'emploi thérapeutique des sels de cadmium.

ScBOBARTH [de Berlin), Quelques observations sur les effets du cadmium sur l'économie animale (Huflawrs, Journal et Bibliothèque médicale. Paris, 1S22, t. LXXVII^p. 400).

RosmBAim, De effectibos kadmii in organismum animalem ejusque usu medico. Bnmsfigae, 1820. Bibliothèque ofhthalmologique par Guillé. Paris, 1820, 1. 1.

SORET, Bulletin de thérapeutique, action toxique du carbonate de cadmium, 1858, t. LIV, p. 556.

Henri Buigket.

CABIJ9IJE (MembF^ae). Voy. Œuf HUMAm.

CAFÉ. — Bnipiol ti»ërapeatl«ae. — A l'article Boissons on a étudié le Café au point de vue botanique, physiologique, chimique, alimentaire et hygiénique; nous ne l'envisagerons ici qu'au point de vue thérapeutique.

Le café est une boisson aromatique, agréable; mais par les principes qu'il contient il peut, sagement et méthodiquement administré, devenir entre les mains du médecin un puissant agent médicamenteux. Dans un cas il rentre dans Thygiène alimentaire, dans l'autre, au contraire, il est réclamé par la thérapeutique. Jusqu'ici on n'a pu trouver le moyen de le maintenir à la fois dans ces deux branches de la médecine, et malgré Chaumeton, qui voulait peut-être d'une manière trop absolue le réserver comme médicament, le café est resté une liqueur délicieuse, dont on use à tout propos, souvent sans sagesse et sans discernement.

Une fois le café établi comme boisson journalière et vulgaire, scTn em-

U CAFÉ. — empijoi thérapeutiqo^.

ploi thérapeutique devenait plus difficile à introduire, d'abord parce que SCS effets médicamenteux se trouvent modifiés chez ceux qui en prennent habituellement (et leur nombre augmente tous les jours), et ensuite parce qu'en France on croit encore qu'un médicament doit, comme première condition, être un poison très-difficile à prendre et d'un goût désagréable. Enfin, tout le monde, les médecins eux-mêmes répugnent à ajouter foi aux vertus médicamenteuses d'une boisson dont chacun fait usage en temps de santé.

Cependant Tempirisme, cette clinique des siècles, prouvait que, dans certains pays, le café était utile contre quelques affections; la physiologie raisonnée expliquait quelques effets thérapeutiques, la chimie en découvrait d'autres, et les expériences cliniques démontraient d'une manière péremptoire que le café possédait des propriétés spéciales qui permettaient de l'opposer à la maladie. Les auteurs qui ont étudié tour à tour cette question intéressante sont très-nombreux, mais jusqu'ici leurs efforts ont été vains. Ce médicament sort un moment de l'oubli et y rentre presque aussitôt.

Il nous a semblé curieux de rapprocher tous ces travaux et de mettre en regard les données chimico-physiologiques, empiriques et thérapeutiques ; nous avons trouvé qu'elles se corroboraient et qu'elles s'expliquaient les unes par les autres, et nous en sommes arrivé à conclure que l'oubli thérapeutique dans lequel restait le café était immérité. Car si l'on doit se tenir en garde contre les médications entrevues par l'empirisme, si l'on doit ne pas accepter sans réflexion les vues quelquefois trop larges ouvertes par la physiologie, et les applications trop directes de la chimie organique, on a tort de ne pas croire aux propriétés d'un remède que propose l'expérience des peuples, d'un agent dont les propriétés sont expliquées en même temps par la chimie et la physiologie, et sont prouvées par l'observation.

I. L'infusion de café, prise chaude, agit d'abord à la façon des excitants du système sanguin : le cœur bat avec plus de précipitation, le pouls s'élève et devient plus plein, les fonctions s'exagèrent par l'effet de cet afflux du liquide nutritif, la sueur perle sur la peau, et les urines sont rendues en abondance, claires et limpides. Cette première période, qui est, suivant les tempéraments, plus ou moins marquée et plus ou moins prolongée, a été attribuée par certains auteurs à l'action de la température du liquide de l'infusion ; mais on est obligé de reconnaître qu'il y a un élément particulier d'excitation, et qu'une tasse de café agit d'une autre façon qu'une même quantité d'eau chaude; en un mot, il faut admettre, avec Mantegazza, que, si une certaine quantité de l'action est due à la température du véhicule, la plus grande part revient à la substance elle-même. En jetant un regard sur la composition chimique du café, nous sommes porté à penser que c'est l'huile essentielle qui ici, comme partout ailleurs, produit cette excitation sanguine, analogue dans ses effets à celle des alcooliques ; ce qui explique l'engourdissement et la somnolence immédiate qu'on voit se produire chez certaines personnes après

CAFÉ. — EMPiOl THÉRAPEUTIQUE. 45

l'ingestion d'une forte tasse de café comme couronnement du repas. Cet effet est surtout marqué quand on ajoute à cette boisson une quantité plus ou moins considérable d'eau-de-vie ; Ton comprend alors comment on peut dire que Talcool combat l'action hypnotique du café, et comment on donne le conseil assez peu raisonnable de faire suivre la tasse de café d'un ou de plusieurs petits verres.

Cette action physiologique du café explique son usage dans les maladies suivantes.

Aménorrhée, dysménorrhée. — Les femmes arabes et égyptiennes, au dire de Prosper Alpin, se servent du café pour rappeler leurs règles. Moseley rapporte qu'en Amérique on guérit les suppressions de règles en prenant, après le repas, cette infusion très-chaude et très-forte, et en faisant suivre son ingestion d'un bon exercice. Sparschuch, de filegny. Gentil, Buchoz, etc., ont reproduit les mêmes indications; Sparschuch va même jusqu'à le défendre dans la grossesse : « Ne igitur in statu graviditatis abortum timeant, ab coffex tisu copiosiori abstinere consultum habemus. » J. Roques l'employait dans les mêmes affections, et lui attribuait une influence heureuse dans les pâles couleurs, la langueur, la mélancolie et les dégoûts qui tourmentent les jeunes filles chlorotiques mal réglées. *

HÉMORRHobEs. — « Quo vero hagmonhoides exdtet et pellit^ res adeo hsemorrhoidariisestnotaut demonstratione nonindigeat » (Sparschuch). Tous les auteurs reconnaissent cette action excitante du café, soit pour le prescrire, soit pour le défendre.

Toux, catarrhe chronique. — Les Chinois donnent l'infusion de café dans la toux des phthisiques : Huxham la vante dans celle qui accompagne la petite vérole. Monin (de Grenoble) la préconise unie au lait dans les mêmes circonstances. Audry affirme qu'il guérit la toux la plus rebelle et la plus opiniâtre. Roques s'exprime ainsi : « Cette boisson sucrée favorise l'expectoration dans les catarrhes chroniques, et dissipe les toux les plus opiniâtres. ]» Offret (de Nantes) a constaté les mêmes faits : « Peu torréfié, dit-il, son effet se produit sur les muqueuses, et je ne connais pas de meilleure médication que son emploi à la dose de trois à quatre tasses par jour dans les rhumes et les bronchites à leur début. » Et plus loin : « Dans les cas de rhume et d'aphonie, j'ai observé bien souvent que l'infusion de café peu torréfié^ couleur sapin^ diminue l'aphonie, calme la toux, soutient l'état général, ne trouble pas le sommeil, quoique étant pris à la dose de trois ou quatre tasses par jour, même le soir avant de se coucher; ladiaphorèse se produit pendant la nuit; et que plus torréfié, son emploi diminue l'appétit et augmente l'aphonie et l'irritabilité du système nerveux, suspend la sécrétion salivaire et trouble le sommeil. »

Fièvres éruptives. — « Boerhaave a également recommandé le café à fortes doses dans cette forme grave de la petite vérole qu'il désignait sous le nom de petite vérole cristalline^ dans laquelle les pustules se réunissent en phlyctènes, ne contenant qu'une sérosité louche, et ont une tendance extrême à l'ulcération » (Fonssagrives). Plusieurs médecins ont cru devoir l'administrer au début des fièvres éruptives.

46 CAFÉ. — EMPLOI THéBAPEUTIQUE.

Dyspepsie. — Presque tous les auteurs qui ont écrit sur le café, le signalent comme excitant digestif. Après un bon repas Ton comprend comment il peut agir pour accélérer les fonctions de Testomac. Mais, pour des raisons que nous expliquerons tout à Theure, nous croyons que, dans ces cas, Tinfusion doit être faite aTec du café peu torréfié, être prise aussi chaude que possible, et que la quantité doit varier avec TefTet que Ton veut obtenir. C'est sans doute dans le même but que, dans son Traité sur la phthisie, Thomas Reid conseillant le café comme excitant des digestions, le donne en infusion légère à la dose d'une cuillerée à bouche après chaque repas.

Le café ne sera indiqué comme digestif que dans le cas de tempéra*ment sanguin, car il agit d'une tout autre façon sur les tempéraments nerveux, et nous le verrons, non sans raison, accusé de produire la dyspepsie elle-même.

Diarrhée. — Lanzoni prétend avoir arrêté avec le café des diarrhées des plus opiniâtres. Le chevalier Chardin et Vialla se guérirent de la même affection en buvant quatre tasses de café par jour, et Grindel raconte qu'une grande dame dut au café de conserver son dixième enfant, atteint d'une diarrhée coUiquative qui lui avait successivement enlevé les neuf premiers.

On a expliqué l'action du café dans ce cas par la présence du tannin qu'il contient. Nous ferons observer toutefois qu'on est, en général, d'accord pour regarder comme purgatives les hautes doses d'infusion de café très-torréfié.

Dtsuries, HYDROPisiEs. — Pendant la première période qui suit l'ingestion du café, nous avons constaté l'augmentation de la sécrétion urinaire; nous ne devons donc pas nous étonner de le voir essayer comme diurétique.

Lamare-Picquot (de Honfleur) a rapporté en 1861 un cas de dysurie grave qui a été guérie par Tusage de l'infusion de café.

Ph* Dufour croit devoir attribuer à Tusage fréquent qu'on fait en Turquie de la fève de l'Yémen^ la rareté des cas d'hydropisies dans ce pays. La même réflexion pourrait s'appliquer à tous les peuples du Levant^ car, chez eux, dit-on, cette maladie est à peu près inconnue.

Dès 1725, un médecin hollandais, Th. Zwinger, préconisait le café dans l'hydropisie. En 1859, le Bulletin de thérapeutique a enregistré trois observations dans lesquelles les syiqptômes furent améliorés par l'usage de ce médicament. Depuis, en 1859, Lehmann constata expérimentalement les propriétés diurétiques de cet agent et les qualités de l'urine. Le professeur Bouchardat dit que cette propriété l'a engagé à remettre en honneur son usage dans l'hydropisie; dans ce cas, il ne faudrait pas le donner uni au lait, car il agit alors comme purgatif sur beaucoup de personnes;

n. Après l'ingestion du café, dans un laps de tempà qui varie suivant les tempéraments, les phénomènes d'excitation sanguine disparaissent

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pour faire place à des phénomènes d'un ordre tout opposé. Le pouls devient plus lent, plus large, plus mou ; il s'est produit une détente, une liyposténisation ; la face pâlit, les fonctions se ralentissent, la diurèse s'arrête, les sueurs sont supprimées, le cerveau engourdi, comme nous TaTons vu, par Tafflux du sang, se décongestionne, s'éveille; les idées deviennent plus nettes, plus faciles, plus vives. Chea les personnes nerveuses, cette période vient vite et se dissipe lentement; c'est alors que se développe a cet état d'éréthisme , cette disposition spasmodique et vaporeuse, qu'Hoffmann et Gorter ont décrite sous le nom de motUitéï^ (Trousseau et Pidoux). C'est une sorte de névrose passagère. On s'accorde à attribuer à la caféine cette décongestion des organes; les conséquences physiologiques de celte action et les déductions thérapeu* tiques sont curieuses à étudier.

A. La déplétion du système vasculaire peut agir directement, et, dans certains cas, pour ainsi dire mécaniquement ; la turgescence, l'érection, font place à des phénomènes inverses ; aussi comprend-on qu'on ait pu avoir des résultats favorables dans des affections même inflammatoires et dans bien d'autres maladies contre lesquelles ceux qui ne veulent voir dans le café que son action d'excitation sanguine, s'étonneront toujours de l'entendre préconiser. L'erreur est d'autant plus facile que les phénomènes d*excitation continuent à se montrer, mais, tandis qu'il y avait eu, dans la première période, excitation par réplétion des vaisseaux sanguins, il y a dans la seconde excitation nerveuse qui est due justement à la déplétion de ces vaisseaux. Voici conynent Petit (de Château-Thierry) explique ce fait : « Deux systèmes bien distincts sont en présence dans notre économie, le système sanguin et le système nerveux; sans cesse ils réagissent l'un sur l'autre pour établir un équilibre physiologique; et si, avec Hippocrate, on doit dire : « Sanguis moderator nervorumy » on doit lyouter pour être complet : a Nervi moderator es sanguinis; » car, si le sang abondant et riche peut faire disparaître les phénomènes nerveux, il me parait certain aujourd'hui, et acquis à la science, que les nerfs ayant, par une cause quelconque, une action prédominante, empêcheront les effets plus ou moins fâcheux qui peuvent résulter d'un état pléthorique, et principalement la congestion cérébrale. )»

Voyons si les observations cliniques sont d'accord avec ces vues physiologiques.

Hernies fiTRANGLÉEs. — A la Havane, l'empirisme a découvert que le café possède la propriété spéciale de réduire les hernies étranglées^ et Un usage immémorial a consacré ses vertus dans cette affection. Durand (de Batignolles) avait eu l'occasion de reconnaître dans ce pays l'efGcacité du traitement; lui-même Tavait, dans ce cas, plusieurs fois employé avec succès, lorsqu'en 1857 le hasard lui permit de l'essayer en France. Une hernie, ilatant de treize ans, étant venue à s'étrangler, le médecin requis avait essayé tous les moyens reconnus, le taxis, la glace, les potions belladonées, etc., rien n'avait réussi, et on allait en venir à l'opération, quand Durand apprit ce fait et déclara avoir un remède souverain contre cet

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accident. On accepta le remède et il ordonna : poudre de café torréfié, 250 grammes pour douze tasses d'eau bouillante ; une tasse de quart d'heure en quart d'heure ; les quatre dernières peuvent être administrées de demi-heure en demi-heure. La prescription fut suivie exactement; à la cinquième.tasse le malade sentit quelques gargouillements dans la tumeur, et à la neuvième la hernie rentra d'elle-même. Le fait, publié par Triger, excita un vif étonnement et devint le point de départ d'essais nombreux.

Un vieillard de soixante-deux ans vit sa hernie se réduire spontanément à la sixième tasse (Meyer). Czernicki rapporte un fait analogue, mais la réduction se fait dès la quatrième tasse. La même année, Barascut vit un exemple semblable. Une hernie, datant de douze ans, s'était étranglée ; la femme qui la portait avait essayé, comme elle le faisait ordinairement, de la réduire, mais en vain; des bains avaient été pris, des cataplasmes appliqués, la hernie résista et l'étranglement survint; après vingt-quatre heures les vomissements apparurent; alors on appela Barascut, qui administra le café comme il a été dit plus haut. A la troisième tasse, des gargouillements se firent entendre, et, à la quatrième, la hernie rentra au moment où l'on plongeait la malade dans un bain.

L'année suivante, 1859, Ronxier-Joly (de Clermont-rHérault) publie deux observations nouvelles. A la médication intérieure il joint des onctions belladonées sur l'anneau, et il insiste pour qu'on agisse toujours ainsi. Dans les deux cas il y eut des hémorrhagies intestinales qu'il re* garde comme de nature dysentérique, et qu'il attribue aux fortes doses du médicament. « Cependant, dit-il, ^es accidents ne doivent pas faire renoncer à une médication aussi active et aussi heureuse ; seulement on peut procéder avec plus de ménagement et affaiblir les doses.» A la même époque, Sammut (en Angleterre) est témoin d*un autre cas de guérison.

En 1860, Paultrier ; en 1861, Lamare-Picquot (de Honflèurj et E. Cellarier, apportent de nouvelles preuves de Texcellence du café dans l'étranglement des hernies. Lamare-Picquot et Cellarier, tout en étant d'accord pour préconiser le médicament, diffèrent quand il s'agit d'interpréter son action : le premier croit qu'il agit en décongestionnant les portiojis de l'intestin étranglées par l'anneau, le second pense qu'il agit en excitant une contraction des fibres intestinales, qui dégageraient ainsi peu à peu l'intestin hernie.

Rhumatisme aigu. — Meffre prétend que Feste (de Marseille) donna du café à une dame atteinte de cette affection, les douleurs furent calmées. Un rhumatisant, docteur aujourd'hui, lassé de toutes les boissons qu'on lui avait prescrites, s'imagina de prendre du café très-léger en tisane ; il me déclare qu'il se sentit soulagé, que la douleur diminua, et que le mieux commença avec cette médication.

Blenkorrhagie. — Ricord, CuUerier, Vidal (de Cassis), et la presque totalité des médecins avec eux, défendent expressément à leurs malades atteints de blennorrhagie de prendre du café, parce que te café est un excitant. Cette raison, comme on Ta fait remarquer, est de peu de valeur, si tant est qu'elle soit juste, car les mêmes praticiens donnent dans cette

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affection une série de médicaments excitants, Poivre cubèbe, Copahu, et même Coloquinte; de plus, s'il est vrai que l'excitation soit essentiellement nerveuse, il n'y a plus de motif pour le proscrire. On comprendra comment Phillips déclare ne pas regarder le café comme nuisible dans celte affection, comment plusieurs médecins disent que « la marche de la maladie et la guérison n'étant nullement entravés par Fusage du café, on peut en prendre pendant le traitement. » L'observation, citée tant de fois et toujours dénaturée, publiée dans le Bulletin de thérapeutique ^ n'a jamais dit autre chose. Un boulanger, porteur d'une gonorrhée, la voit disparaître sous l'influence d'un refroidissement, et gagne une leucophlegmasie; il prend du café, la leucophlegmasie est guérie j tandis que la gonorrhée reparaît et reprend sa marche.

Le café peut cependant rendre des services dans la blennorrhagie, en agissant un peu comme diurétique et beaucoup comme anaphrodisiaque. Nous' avons eu un malade qui était atteint de blennorrhagie cordée^ rien n'avait pu calmer ce symptôme, qui se montrait surtout au moment où le malade commençait à s'endormir. Âpres cinq jours d'insomnie, la fatigue devenant extrême, le symptôme se reproduisait à chaque instant ; 'C'est alors que le malade, dans le but de lutter contre le sommeil, prit du café noir très-fort. L'effet obtenu fut tout autre que celui qui était attendu : le malade dormit et n'eut aucune érection. Le lendemain, il ne s'endormit qu'au matin, et le sommeil ne fut pas troublé. Averti, nous crûmes devoir l'engager à suspendre son café, et, la nuit, la corde reparut; il fallut accepter le moyen que le hasard nous offrait, et reconnaître l'effet anaphrodisiaque du médicament. La maladie parcourut ses périodes sans pari^tre ni accrue ni diminuée.

Céphalalgie. — Le café a toujours été regardé comme un médicament céphalique. L'opinion des auteurs anciens et modernes semble se résumer dans cette phrase de Buchoz : « Il soulage infailliblement tout le monde du mal de tête, quelque furieux qu'il soit.» Cependant nous pensons que l'auteur se laisse un peu emporter par son enthousiasme, quand il continue : <( Il y en a des exemples surprenants jusque sur des personnes qu'on était près de trépaner. »

Linné se guérit par ce moyen d'une céphalalgie qui avait résisté à tous les médicaments, et qu'il attribuait aux miasmes de la flotte. Pope, Nebelius, Baglivi, Percival, ont cité des exemples de cette action du café, et eux-mêmes lui ont dû la disparition de céphalalgies intenses. « Une expérience vulgaire, disent Trousseau et Pidoux, a consacré l'usage du café dans les céphalalgies, surtout celles qui surviennent après le repas chez les personnes nerveuses. »

Boileau (de Castelnau) et Albers (de Bonn) ont cru devoir, dans ces cas, associer l'opium au café. Ils ont cité des observations dans lesquels la maladie, après avoir résisté à ces deux médicaments employés séparément, guérit parfaitement grâce à leur administration simultanée; ainsi on fait prendre du chlorhydrate de morphine dans une tasse de café chaud et fort,

IIOUT. DIOT. Mfo. ET CHIA. VI. ~ 4

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Nous verrons plus loin ee qu'on doit penser de Tusage du café dans lee migraines.

Somnolence, état APWLEcrioiŒ:. — Le café empêche de dormir ; aussi Ta-t-on conseillé à tous ceux qui, à cause de leur ftge, et par suite d'une constitution sanguine trop marquée^ sont engourdis, somnolents; à ces vieillards qui semblent être sans cesse sous le coup d'une apoplexie. Percival le vante dans les fièvres, s'il y a somnolence ; et, suivant lui, les vapeurs en inspirations font en partie disparaître ces symptômes. BuchoE connaissait parfaitement cette propriété du café, puisqu'il écrit : « On prétend qu'il est même un préservatif contre Papoplexie et la paralysie, empêchant qu'il ne se fasse au cerveau des obstructions fatales. » Fonssagrives insiste sur son utilité pour combattre la tendance soporeuse qui se manifeste chez les vieillards disposés à l'apoplexie. « Nous considérons, dit-il, dans ces cas Tusage quotidien du café noir, principalem^t après le dernier repas de la journée, comme une précaution prophylactique de la plus grande importance. )»

Ces considérations nous amènent à parler de son emploi dans l'apoplexie cérébrale elle-même.

Héuorrhagies cérébbales. — Cette indication semble découler natnrellement de la précédente, cependant les faits cités sont peu nombreux. On lit dans les Mémoires de l'Académie [des sciences de 1702, la relation présentée par le père Malebranche, d'une apoplexie qui fut traitée avec le plus grand succès par les lavements de café. Cette obsei^ation restait isolée, quand, en 1860, Petit (de Château-Thierry) publia un mémoire sur l'emploi du café dans cette maladie.

Parti des considérations physiologiques que nous avons analysées. plus haut, Petit a été conduit à donner le café dans les congestions et les apo* plexies cérébrales, après avoir appliqué la saignée. Il a vu constamment ce médicament diminuer les congestions, et quand le malade cessait d'en faire usage, « les accidents menaçaient de reparaître, la face redevenait rouge, les idées s'embarrassaient, et les membres paralysés devenaient plus lourds et plus insensibles. » Il prescrit 50 grammes de café torréfié pour un litre d'eau, et il fait prendre 200 grammes de cette infusion deux fois, puis trois fois par jour.

Commotion cérébrale. — Robert a employé avec avantage l'infusion de café dans un cas de commotion cérébrale.

ÉtAT léthargique. — On ne s'étonnera point de voir le café préconisé à titre d' antihypnotique dans cette singulière maladie, la léthargie, qui semble être au premier abord un sonmieil indéfini. Pouppe-Desportes rapporte l'histoire d'un homme qui resta pendant quinze jours dans un état léthargique accompagné de fièvre j et qui ne put en être délivré que par le café.

Fièvre typhoïde. — Dans certaine forme, les malades sont plongés dans un coma dont rien ne peut les tirer. L'idée d'employer le café pour vaincre ce sommeil, devait venir naturellement. Pour nous, c'est à Martin Solon que revient le mérite d'avoir signalé le premier l'emploi du café

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dans la forme adynamique des fièvres typhoïdes ; mais, dit-il, il faut choisir le moment et faire alors la médecine des symptômes. Il cite trois obser- Tations remarquables dans lesquelles il yii sous rinfluence de ce médicament, la céphalalgie, la somnolence, la stupeur, TaHaiblissement des facultés intellectuelles, tous les symptômes cérébraux, en un mot, disparaître d'une manière rapide par Tusage du. café. Il l'administre le douzième jour à la dose de 8 à 15 grammes pour 250 grammes d'eau dans les vingt-quatre heures ; il choisit de préférence les miNoacnts où la réaction fébrile présente le moins d'intensité. Il ne le donne pas s'il' y a des symptômes de méningite ou de gastro-entérite. <( Nous en faisons, dit Fonssagrives, un naage constant dans la fièvre typhoïde adynamique, et nous en rapprochons les doses jusqu'à ce que nous ayons obtenu une stimulation suffisante. Quelquefois nous donnons T infusion de café noir frappé de glace; et dans les cas où le malade reste plongé dans une torpeur dont rien ne triomphe, nous lui prescrivons du café dont le véhicule est une forte infusion de thé vert. » Trousseau, dans ces cas, semble préférer les excitants du système circulatoire : ce Cependant, ajoute-t-il, nous avons quelquefois éprouvé rincontestable efficacité du café dans ces circonstances. x>

Cholèiu. — Guéneau de Mussy employait le café avec succès dans la période algide du choléra. Trousseau et Pidoux en ont fait un usage fort uUle dans la période qu'ils appellent période de réaction typhoïde ou période d'asphyxie chaude, a Les malades, disent ces auteurs, éprouvent alors un état soporeux et une adynamie avec inertie de la circulation capillaire, contre laquelle l'inhision du café nous a réussi, malgré une fièvre quelquefois assez vive. »

Empoisonnements par les narcotiques. — a II n'y avait qu'un pas, disent Trousseau et Pidoux, pour utiliser le café dans le narcotisme des intoxications par l'opium et toutes les préparations stupéfiantes : l'analogie n'a pas été trompeuse. x> Dans tous les cas que nous allons examiner, le café n'agit point comme contre-poison ; il ne s'adresse qu'aux symptômes somnolence, coma, engourdissement. Liquor coffex ad narcosim pellendam mmme efficax (Willis).

Opium. — Le café, chez les Orientaux, sert à contre-balancer les effets de l'usage immodéré de l'opium, l'opium tue en congestionnant le cerveau ; l'on comprend comment le café peut lui être opposé avec avantage. Giacomini, Percival, Carminati, Murray, ont constaté cette action du café; Orfila s'est assuré que ce médicament, tout en ne décomposant pas l'opium, diminue les accidents et les fait même cesser, -s^ils sont peu intenses. Begin, dans sa Thérapeutique^ conseille son emploi dans les mêmes cas. Fosgate (d'Auburn) ayant absorbé 10 centigrammes de morphine, et se sentant pris d'empoisonnement, se débarrassa de ces symptômes alarmants par l'usage du café. Bouchardat insiste sur l'antagonisme de l'opium et du café. Le Journal de Pharmacie rapporte rol]»ervation suivante : 70 centigrammes d'acétate de morphine avaient été avalés en une seule fois ; le tartre stibié ne produisait aucun effet ; après trois heures, alors que le malade était dans le coma^ on lui

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