Pavot-coquelicot
Fig. 208. — Coupe transversale de l'ovaire
nent : albumine, gomme, amidon, résine, rhœadinine, acides rhœadinique et erratique. La rhœadinine est de nature alcaloïdique; les acides rhœadinique et erratique sont combinés à la chaux; ce sont ces acides qui donneraient aux pétales leur couleur rouge. Foismes pharmaceutiques, doses. — 1° Infusion , 5* : 1000. , 2© Teinture, 1 à 2 grammes. 3<> Sirop, 10 à 30 grammes. Avec la fleur de mauve, de pied-de-chat et de pas-d'âne, ils font partie des espèces béchiques.
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Usages. — Les pétales de coquelicot sont légèrement calmants et diaphoniques. On les emploie dans les catarrhes pulmonaires, la coqueluche, les angines, les fièvres éruptives. On leur attribue des effets légèrement narcotiques qui seraient dus à des traces de morphine.
PAVOT SOMNIFÈRE. Papaver somniferum L. Pavot à opium. Papavéracées.
Description (fig. 209). — Plante de 10 à 12 décimètres et plus,
glabre, très glauque, d'odeur vireuse, de saveur amère, désagréable. Racine grêle, fusi forme, blanche à l'intérieur, brune extérieurement, munie de quelques fibres. Tige forte, grosse, cyiin-
m drique, dressée, simple inférieuf rement,
peu rameuse a sa partie supérieure. Feuilles alternes, sessiles, larges, semi-amplexicaules, largement ondulées, incisées et dentées sur les bords, acuminées au sommet, subcordi formes à Ja base. Fleurs (juin-juillet) grandes, terminales , solitaires , inclinées Sur la tige avant leur épanouissement, dressées après, variant comme couleur depuis le blanc jusqu'au violet, en passant par le rouge. Calice à 2 sépales très caducs, ovales, concaves, presque blancs à l'intérieur. Sépales 4, chiffonnés avant l'épanouissement, caducs, entiers, ayant une macule noire à la base, se doublant aisément par la culture. Étamines, plus de 100, hypogynes, incluses; filets minces, subulés; anthères allongées elliptiques, comprimées, insérées par la base. Ovaire libre, stipité, monoloculaire ; stigmates 10-12 rayonnant sur un disque lobé. Fruit (capsule) arrondi, globuleux, indéhiscent, devenant d'un gris jaunâtre à la maturité, présentant un renflement à la base et au sommet, uniloculaire, offrant à l'intérieur des trophospermes pariétaux, qui divisent la 'cavité sous forme de cloisons incomplètes. Graines blanches, bleu de ciel, jaunes ou noires, très petites, réniformes, réticulées, très nombreuses. ®.
Fig. 209. — Pavot somnifère.
Habitat. — Le pavot [somnifère est probablement originaire de l'Orient; il croît spontanément dans l'Europe méridionale.
Culture. — On connaît deux variétés de pavot somnifère, le pavot blanc (P. officinal), et le pavot noir (P. pourpre). Ce dernier se distingue par les pores qu'il présente au sommet de la capsule au moment de la maturité, pores par où il laisse échapper les graines. La culture est très facile; dans les jardins on le sème en planche et il se reproduit ensuite de lui-même. Dans les champs, on le sème à la volée, et il prospère, pourvu que la terre soit légère et qu'on ait eu soin de féclaircir et de le débarrasser, par quelques sarclages, des plantes étrangères.
Parties usitées. — Les capsules , les graines , les feuilles, les fleurs, l'opium.
Capsules ou Tètes de pavot. — Elles sont tantôt allongées (flg. 210),
Fig. 210. — Pavot blanc :
a, graine de grandeur naturelle ; 6, la même grossie.
Fig. 211. — Pavot blanc déprimé.
Fig. 212. — Pavot noir :
a, graine de grandeur naturelle ; 6, la même grossie.
tantôt déprimées (flg. 211), comme dans une variété cultivée dans les environs de Paris ; toujours indéhiscentes, glabres, blanchâtres, très légères, spongieuses quant elles sont sèches, sonnantes, sans odeur, .d'une saveur légèrement amère; leur surface interne est blanche. On les récolte en automne. On préfère pour l'usage médical celles du pavot blanc, parce qu'elles sont plus grosses. Elles contiennent de la morphine dont la quantité varie avec le pays, l'époque que l'on a choisie pour la récolte. Recueillies à leur maturité conv plète, elles sont plus actives que celles récoltées à l'état vert, car elles renferment le double de substances alcaloïdiques actives (Bu-
chner). Les formes pharmaceutiques sont : 4° infusé pour tisane, pp. 10 : 1000; 2° décocté, pp. 20 : 1000 en lotions, fomentations, lavements; 3° extrait alcoolique, 1 à 4 décigrammes. On emploie les capsules pour calmer la douleur et procurer le sommeil. On les prescrit dans les coliques, les irritations d'intestin, la diarrhée, le vomissement nerveux, la toux; on les donne en lavements, dans la dyssenterie, les coliques; en injections vaginales dans les eoliques utérines, le cancer de la matrice, en lotions sur les parties enflammées. Il est toujours nécessaire d'apporter une grande prudence dans le maniement de ce médicament, surtout chez les enfants. Le sirop diacode ou de pavot blanc était ainsi nomme parce que jadis on le préparait avec les têtes de pavot; on le donnait à la dose de 20 à 60 grammes par jour, et il contenait, pour chaque dix grammes, 10 centigrammes d'extrait de pavot. Le sirop diacode du Codex de 1866 est préparé avec l'extrait d'opium, chaque 20 grammes contenant 1 centigramme d'extrait d'opium.
Graines. — Elles n'ont rien de narcotique, et l'on peut en extraire de l'huile; c'est surtout le pavot à graines noires (Fapaver nigrum Lob.) (flg. 212) qui est employé à cet usage. Cette huile est d'un jaune clair, d'une saveur très douce; elle est siccative, brûle mal et en émettant beaucoup de fumée ; elle se congèle à — 10° et se dissout dans 25 parties d'alcool absolu froid et 6 parties d'alcool bouillant; sa densité est de 0, 9249. Dans le commerce on la connaît sous le nom d'huile blanche ou d'huile d' œillette. Elle est comestible ; en médecine, on la prescrit en lavements, à la dose de 60 à 120 gram., dans la constipation. Dans quelques pays, on mange les graines.
Feuilles. — Elles sont narcotiques et font partie de l'onguent populéum et du baume tranquille.
Fleurs. — Les fleurs sont calmantes, narcotiques ; on en préparait jadis une eau distillée et une teinture.
Opium. — On donne le nom d'opium au suc épaissi de la capsule du pavot somnifère. Cette substance médicamenteuse est extraite de deux manières différentes. On incise les capsules avant leur maturité ; ces incisions doivent être superficielles et entamer seulement le péricarpe jusqu'à une profondeur de 1 à 2 millimètres, sans pénétrer dans la cavité. Les incisions transversales, qui divisent les vaisseaux, sont préférables aux incisions longitudinales. Par ces incisions découle un suc laiteux qui se concrète, au bout de quelques heures, en opium. Après dix ou douze heures, on ramasse cette matière avec un instrument particulier, et l'on répète l'opération pendant cinq ou six jours. On obtient ainsi Vopium en larmes; on forme avec ces larmes des pelotes ou petits pains en
les humectant, puis les pétrissant. Un deuxième procédé consiste à extraire le suc des capsules déjà épuisées par l'incision, en faisant intervenir l'expression. On conçoit aisément que cette dernière opération donne un opium de qualité très inférieure. Aussi les Orientaux déguisent-ils d'ordinaire cette infériorité en mélangeant les deux produits.
L'opium est d'odeur forte, vireuse, sa saveur est amère, nauséeuse et très désagréable. Il est soluble dans l'eau, en laissant pour résidu quelques impuretés; il se ramollit par la chaleur, brûle et s'enflamme lorsqu'on le projette sur des charbons ardents. On en distingue trois sortes principales connues sous les noms d'opium de Smyrne, de Constantinople, d'Egypte ou d'Alexandrie.
L'opium de Smyrne est la meilleure espèce d'opium, la plus pure, la plus riche en morphine. Il se présente sous la forme de pains plus ou moins volumineux, souvent déformés par leur pression réciproque, recouverts de fruits triangulaires de rumex, qui quelquefois aussi se montrent dans l'intérieur, parce que plusieurs pains se sont soudés ; sa couleur est d'un brun pâle, se fonçant avec le temps; sa cassure terne, inégale; son odeur forte et vireuse; sa saveur est amère, acre et nauséabonde. Il paraît avoir été préparé par l'incision des capsules et l'agglutination des larmes. 11 contient de 12 à H pour 100 de morphine. La quantité de morphine varie d'ailleurs avec l'état de mollesse, de dureté, de siccitéde la substance.
L'opium de Constantinople est tantôt en gros pains coniques, un peu aplatis sur les côtés, du poids de 250 à 350 grammes, tantôt en pains plus petits, larges comme la paume de la main, du poids de 150 à 200 grammes, recouverts d'une feuille de pavot. Sa couleur est noire, assez intense ; sa cassure est nette et résineuse. On en trouve une troisième variété dont les pains ne pèsent que 80 à 90 gr. 11 contient 7 à 8 pour 100 de morphine et paraît avoir été préparé en ajoutant le suc exprimé dea capsules à celui qu'elles donnent après leur incision.
L'opium d'Egypte ou d'Alexandrie est en petits pains orbiculaires aplatis, très nets, conservant quelques vestiges des feuilles qui les ont enveloppés. Sa teinte est d'un brun foncé, son odeur faible. Il est très homogène et un peu poisseux aux doigts. Il contient de 3 à 6 pour 100 de morphine et à peu près autant de narcotine.
L'opium de l'Inde n'existe pas dans le commerce européen ; on en connaît trois sortes, celui de Patna, de Malwa et de Bénarès ; quelques-uns de ces produits renferment jusqu'à 10 pour 100 de morphine. L'opium de Perse ou de Trébizonde est sous forme de cylindres de la grosseur du doigt, entourés de papier, et contient 5 à 12 pour 100 de morphine.
Il faut joindre à cette nomenclature l'opium indigène. Belon est le premier qui ait conseillé d'extraire de l'opium des pavots cultivés dans nos climats. Des tentatives de ce genre ont été faites à diverses reprises par Loiseleur, Deslongchamps, B. Roux, Aubergier, Hardy, mais sans grands résultats pratiques. Les essais tentés par Aubergier sur la variété de pavot dite pourpre lui ont permis de récolter un opium qu'il a appelé affium. Dans tous les cas, la récolte de l'opium dans nos pays entraîne des frais considérables, et il est probable, comme l'a fait avec raison remarquer Soubeiran, que cette exploitation ne prendra quelque importance que quand elle aura été adoptée par les petits cultivateurs.
Composition chimique. — L'opium renferme : morphine, codéine, narcotine, thébaïne ou paramorphine, porphyroxine, papavérin e, pseudomorphine, méconine, opianine, narcéine, acides méconique, thébolactique, sulfurique, bassorine, caoutchouc, gomme ou mucilage, albumine, principe vireux volatil, débris végétaux. Il n'est pas d'ailleurs démontré que tous ces corps préexistent réellement dans l'opium, et plusieurs peut-être résultent-ils des transformations qu'entraîne l'emploi des moyens analytiques. Des analyses récentes ont même permis d'y signaler la présence des corps suivants : méconidine, laudanine, codaminey lanthopine, cryptopme, protopine, hydrocotarnine , cotarnine , apomorphine , chlorocodide (Hesse). Du reste, en admettant que ces derniers corps existent, leur présence n'apporte rien aux qualités de l'opium, vu les quantités infinitésimales qu'en contient cette substance aux doses thérapeutiques. Les plus importants parmi les composants de l'opium sont les alcaloïdes, et surtout la morphine, la codéine, la narcotine, la narcéine, la thébaïne ; ces corps y existent fort probablement à l'état de sulfates, de méconates, de thébolactates ; une partie de la narcotine s'y trouve en liberté.
Morphine (C84H19Az06 .-h 2HO). — Elle cristallise en prismes droits rhomboïdaux incolores ; elle est d'une saveur amère persistante, lente à se développer; peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool absolu et surtout dans l'alcool à 80°, presque insoluble dans l'éther, le chloroforme, les huiles grasses et certaines huiles essentielles, soluble dans la potasse, la soude et l'ammoniaque, déterminant au contact de l'acide iodique et de l'amidon une coloration bleue par suite de la réduction de l'acide, colorant en bleu les solutions de chlorure et de sulfate ferrique. L'acide nitrique, à son contact, produit une couleur rouge de sang. La morphine et ses sels sont soporifiques; au réveil, les animaux sont plongés dans l'abrutissement. C'est de tous les alcaloïdes de l'opium le plus soporifique et le plus toxique pour l'homme. 10 centigrammes de
chlorhydrate de morphine complètement absorbés peuvent produire la mort. Elle possède à un haut degré la propriété d'empêcher les courants exosmotiques de l'intestin, les sécrétions intestinales; de là dérive l'emploi de la morphine et de l'opium pour arrêter la diarrhée. C'est un analgésique que l'on utilise journellement soit sous forme d'injections hypodermiques, soit à l'intérieur. Elle a l'inconvénient de faire disparaître l'appétit et d'occasionner des nausées et des vomissements.
Codéine (C36H21Az06 -+- 2HO). — Elle est cristallisable, de saveur amère légèrement acerbe, non volatile, très soluble dans l'alcool et l'éther, insoluble dans les hydrates alcalins. Elle est dangereuse pour l'homme à doses peu élevées ; elle n'empêche pas les courants exosmotiques, et rien ne milite en faveur de son emploi, car elle est très peu analgésique et très peu soporifique.
Narcéine (C^H^AzO18). — Cristallisable, d'un éclat soyeux, amère, inodore, peu soluble dans l'eau froide, assez soluble dans l'eau bouillante et dans l'alcool surtout à chaud, presque insoluble dans l'éther, donnant avec l'acide sulfurique un liquide rouge qui verdit par l'application d'une température modérée. C'est la plus soporifique des bases de l'opium pour les animaux ; elle l'est moins que la morphine pour l'homme; elle est analgésique, anexosmotique ; c'est un diminutif de la morphine qui a l'avantage de ne produire ni nausées ni vomissements et qui fait même disparaître ces accidents.
Narcotine ,(C44H23Az014). — En cristaux blancs, inodores, insoluble dans l'eau froide, à peine soluble dans l'eau bouillante, soluble dans l'alcool et l'éther bouillants, ainsi que dans le chloroforme. L'acide nitrique la colore en rouge comme la morphine. Elle est peu toxique, peu convulsivante, elle n'empêche pas les courants exosmotiques intestinaux; elle n'est ni analgésique ni soporifique comme semblerait l'indiquer son nom.
Thébaïne ou Paramorphine (C88H81Az06). — Cristallisable, incolore, de saveur styptique acre, presque insoluble dans l'eau et les hydrates alcalins, très soluble dans l'alcool et l'éther. C'est de tous les composés de l'opium l'agent le plus convulsivant et le plus toxique pour les animaux; elle n'est ni anexosmotique ni soporifique, mais analgésique.
Papavérine (C40H2iAzO7). — Cristallisable, insoluble dans l'eau, excessivement soluble dans l'alcool , prenant sous l'influence de l'acide sulfuriqie concentré une coloration bleue caractéristique; elle n'est ni anexosmotique ni soporifique.
Opianine (C66H36Az204). — Cristallisable, inodore, insoluble dans Peau, soluble dans l'alcool, se colorant en rouge sous l'influence
d'un mélange à parties égales d'acide sulfurique et d'acide nitrique, elle paraît être stupéfiante et soporifique.
La porphyroxine et la pseudomorphine sont encore peu connues. La présence de ces deux bases dans l'opium n'est d'ailleurs pas constante. La méconine, C20H1#O8, est un principe neutre très amer, qui ne paraît contribuer en rien aux propriétés de l'opium et passe même pour inerte. L'acide méconique, C^HH)1* -+- 6HO, est également inactif; il possède, sok libre, soit à l'état salin, la propriété de produire dans les dissolutions ferriques une coloration rouge de sang très intense.
Le principe odorant et volatil qui donne à l'opium son odeur caractéristique n'a pas été étudié au point de vue chimique, mais il est aujourd'hui démontré que la partie volatile et vireuse de l'opium ne contribue en rien à l'activité de cette substance.
Voici comment, d'après Rabuteau, on peut grouper les alcaloïdes de l'opium au point de vue de leurs propriétés médicinales :