Partie usitée. —Les graines. Elles constituent les fèves d'épreuve
du Calabar, ou Eséré, employées par les nègres pour déterminer, à l'aide de leur action toxique, l'innocence ou la culpabilité des accusés. C'est la seule partie de la plante qui soit vénéneuse ; les enveloppes le sont moins que l'amande.
Composition chimique. — L'amande contient : amidon, cellulose, Fig 215. - Fèves de Calabar. ^uile grasse, matières inertes, et
environ un millième d'un principe actif qui, primitivement désigné sous le nom de calabarine ou de physostigmine à l'état impur, a été nommé ésérine (A. Vée) à l'état cristallisé. L'ésérine, incolore, quand elle est pure, présente le plus ordinairement une teinte rosée; elle cristallise en lames minces rhombiques, fond à 69°, est soluble dans l'éther, le chloroforme, l'alcool, légèrement dans l'eau; sa solution aqueuse est alcaline aux réactifs colorés; ses sels, sous l'influence des alcalis, prennent au contact de l'air une couleur rouge marquée. D'après quelques auteurs, la physostigmine et la calabarine seraient deux alcaloïdes distincts. L'ésérine contiendrait, quand elle est colorée, plusieurs substances étrangères et entre autres la rubrésérine.
Formes pharmaceutiques, doses. — 4° Poudre, 40 centigram. en plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. 2° Extrait alcoolique, 5 à 15 centigram. Cet extrait, peu soluble dans l'eau, est plus soluble dans la glycérine; son mode d'administration le plus usité est le papier calabarisé, qui consiste en papier Berzelius imprégné d'une solution glycérinée d'extrait; chaque centimètre contient 2 milligrammes d'extrait, on le divise par centimètres carrés et par dixièmes de centimètre carré que l'on applique sur la conjonctive, pour contracter la pupille. On emploie également, dans le même but, l'extrait en collyre aqueux ou à la glycérine ou sous forme de petites
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tablettes gélatineuses. 3° Ésérine, à l'état de sulfate ou de chlorhydrate en solution au 4/1000, une ou deux gouttes en instillation dans l'œil.
Action physiologique. — Administrée à dose suffisamment élevée, la fève de Calabar détermine les accidents suivants : soif intense, constriction de la gorge, salivation abondante, pouls rare et faible, peau froide couverte d'une sueur visqueuse, hypersécrétion des larmes et de l'urine, abolition graduelle des mouvements volontaires, prostration des forces, résolution musculaire, alternant avec des contractures des membres et du tronc, affaiblissement des extrémités inférieures pouvant aller jusqu'à la paralysie, respiration laborieuse, pupille parfois contractée, irrégularité et ralentissement des mouvements du cœur, asphyxie, mort. S'il se produit des dévoiements ou des vomissements, la vie est sauve. Mais de tous les phénomènes physiologiques produits par la fève du Calabar, le plus remarquable est l'action sur la pupille, lorsque ses solutions sont appliquées sur la conjonctive. En effet, après un temps qui varie entre cinq et quinze minutes, suivant la nature et la quantité de la préparation employée, il se produit un resserrement de l'iris tel que l'ouverture de la pupille finit par devenir imperceptible; le maximum d'effet a lieu au bout de trente à quarante minutes; l'action peut se prolonger jusqu'à deux et même cinq jours. En même temps, la faculté d'accommodation se trouve augmentée, et la sensibilité rétinienne diminuée. On explique cette constriction de la pupille soit par l'excitation du moteur oculaire commun, soit par la paralysie du grand sympathique et le relâchement du muscle ciliaire. Le tannin serait le contre-poison de l'ésérine.
Usages. — La fève de Calabar est employée surtout comme antimydriatique pour neutraliser les effets de la mydriase artificielle provoquée par l'atropine, pour faciliter l'examen ophthalmoscopique; dans la mydriase spontanée rhumatismale ou paralytique; dans les plaies de la portion périphérique de la cornée; pour remédier à l'abolition ou à la paresse d'accommodation ; on a conseillé son usage alternatif avec celui de l'atropine pour détruire les adhérences que l'iris peut avoir contractées avec le cristallin ou la cornée. Elle a donné d'assez bons résultats dans le tétanos traumatique ou spontané, mais elle n'a paru que peu efficace dans la chorée, la paralysie agitante, le delirium tremens; elle est antagoniste de la strychnine et a été employée pour combattre l'empoisonnement par cet alcaloïde, mais elle ne paralyse qu'incomplètement ses effets tétaniques.
PIED-DE-CHAT. — Voy. Gnaphalier dioïque.
PILOCARPE A FEUILLES PENNÉES, Pilocarpus pinnatus ou
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pennatifolius. Lem. (de irTXoç chapeau et xapicoç fruit). Jaborandi {Cotinho). Rutacées-Cuspariées.
Description. — Arbuste pouvant acquérir la hauteur d'un homme et au delà. Racines tortueuses de couleur jaune orangé pâle. Tige et rameaux cylindriques, recouverts d'une écorce gris noirâtre tachetée de blanc, glabre à l'état adulte. Feuilles (flg. 216) alternes, sans stipules, longues de 8 à 42 centim., larges de 2 à 2 4/2 centimètres, composées, imparipennées à 7-44 et le plus ordinairement 9 folioles, pétiole épais à la base, canaliculée supérieurement; folioles (flg. 247) opposées, portées par de courts pétiolules, ellipti-
Fig. 216. — Feuille entière.
Fig. 217. — Une foliole isolée.
ques, ob longues, obtuses, émarginées au sommet, inéqui latérales à la base, fermes, coriaces, à nervure médiane saillante, criblées de petites taches punctiformes qui consistent en glandes pellucides remplies d'huile essentielle. L'odeur et la saveur de ces feuilles sont à la fois aromatiques et nauséeuses. Fleurs hermaphrodites, de couleur gris jaune ou brunâtre, d'odeur de citron, formant de longues grappes flexibles de 40 à 50 centimètres de long. Calice petit à 5 dents à peine marquées. Corolle à 5 pétales épais, étalés en étoile, ovales, acuminés. Etamines 5, alternes avec les pétales, attachées au-dessous d'un disque annulaire très développé, orbiculaire, obscurément pentagonal, filet dilaté à la base, subulé; etamines ovoïdes, biloculaires, introrscs. Carpelles 5, distincts inférieure-
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ment, soudés par les styles, biovulés. Fruit formé de 8 capsules,, déhiscentes en 2 valves, monospermes. Graines noires, luisantes, sans albumen à radicule supère. J.
Habitat. — Il est originaire de la province de Saint-Paul au Brésil.
Culture. — La plante ayant fleuri en Wesphalie, en Belgique et à Paris, il est probable qu'elle pourrait être cultivée avec succès dans le midi de l'Europe et en Algérie.