Partie usitée. —La plante au temps de la floraison
Récolte, dessiccation. — On doit la récolter avant l'épanouissement des fleurs. La dessiccation est difficile, mais ne diminue en rien ses propriétés. La rue sauvage est plus active que celle que l'on cultive dans les jardins.
Composition chimique. — La rue contient : huile volatile, chhrophylle, albumine végétale, extractif, gomme, matière albuminoïde, amidon, inuline. L'huile volatile ou hydrure de rutile, GMH2îO», est d'un jaune verdâtre, un peu épaisse ; son odeur est forte, désagréable, sa saveur amère; sa densité est de 0,887. Elle est plus soluble dans l'eau -que les autres huiles essentielles; elle bout à 220° et cristallise par le froid. On peut la considérer comme le principe actif; la plante est pourtant plus acre que l'huile essentielle, ce qui tient à une substance non encore isolée.
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 1 à 4 gram. pour déterger les ulcères de mauvaise nature. 2° Tisane par infusion, 5 : 1000. 3° Infusion pour l'usage externe, pp. 20 : 1000. 4° Essence, en potion, 1 à 10 gouttes. 5° Extrait, rarement employér 5 décigram. à 2 gram.
Action physiologique. — La rue possède une saveur acre, un peu amère, aromatique, très chaude. Les feuilles, appliquées sur la peau, peuvent, à la longue, en déterminer la rubéfaction et la vési-
Fig. 245. — Rue odorante.
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cation. A l'intérieur et à dose peu élevée, elle détermine l'inflammation et le gonflement de la langue, la sécheresse de la gorge, des douleurs épigastriques, des vomissements, des coliques, la dépression et la lenteur du pouls, le refroidissement de la peau, des mouvements convulsifs, la contraction de la pupille, des étourdissements, des rêvasseries, de la somnolence, en un mot une série de symptômes qui tiennent à la fois de ceux propres aux irritants et de ceux qui caractérisent les narcotico-âcres. C'est surtout l'estomac et le duodénum que l'inflammation affecte.
Dans l'état de grossesse, la rue possède vis-à-vis de l'utérus une action spéciale; elle congestionne cet organe, stimule les fibres musculaires, en provoque la contraction, détermine une hémorrhagie grave, parfois l'avortement et la mort. Ajoutons que l'avortement est rare, et que l'administration de cette substance pratiquée dans un but criminel peut entraîner la mort sans qu'il y ait de délivrance.
Usages. — L'action congestive de la rue sur l'utérus fait qu'elle est utilisée comme emménagogue dans l'aménorrhée chlorotique ou par atonie. On s'en sert pour ramener l'écoulement des lochies, alors qu'elles sont brusquement supprimées chez les nouvelles accouchées. Elle paraît être très efficace contre la métrorrhagie. On a mis à contribution ses qualités stimulantes dans les coliques flatu lentes. Le décocté de rue a été préconisé, en lavements, contre les ascarides vermiculaires et en injection contre l'ozène. La poudre et la décoction tuent les poux, et l'huile dans laquelle on a fait digérer de la rue a été employée, avec succès, dans le traitement de la gale. En applications topiques, elle peut servir à combattre les engorgements froids, les contusions. Elle entrait dans la composition du fameux antidote de Mithridate; elle est bien déchue de cette réputation d'alexitère, qui n'avait d'autre appui que l'ignorance et la crédulité. C'est, dans tous les cas, une plante fort active, qu'on ne doit administrer qu'avec prudence.
SABINE. Voy. Genévrier sabine.
SABLINE A FLEURS ROUGES. — Arenaria rubra L. Spergularia rubra Pers. Alsine rubra Wahl. Caryophyllées.
Description. — Plante légèrement pubescente, de 12 à 20 centimètres de hauteur. Tiges étalées sur la terre, puis dressées. Feuilles linéaires , filiformes, petites, ovales, opposées, souvent
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aristées, planes sur leurs deux faces, glabres ou pubescentes, glanduleuses, présentant dans les entre-nœuds de petites stipules. Pédoncules courts, plus ou moins réfléchis, munis ainsi que les calices de poils glanduleux. Fleure rouges (mai-septembre). Galice à 5 sépales lancéolés, obtus, scarieux sur les bords, sans nervure dorsale. Corolle à 5 pétales entiers, insérés au fond du calice sur le réceptacle dilaté, d'un tiers plus longs que les sépales. Étamines 10, quelquefois moins par avortement. Ovaire supère. Style 3; ovules nombreux fixés à un placenta central. Fruit capsulaire s'o livrant jusqu'à la base en 3 valves, égal au calice ou un peu plus long. Graines lenticulaires, comprimées, finement chagrinées, pourvues d'un rebord épais et denticulées sur le dos. ®. On en connaît deux variétés, l'une pubescente (A. campestris), l'autre glabre (A. marina).
Habitat. — On la trouve dans les champs sablonneux de toute la France et dans les pâturages les plus élevés des Alpes et des Pyrénées.
Culture. — Elle croît spontanément en assez grande quantité pour qu'on n'ait point encore songé à la cultiver.
Partie usitée. — Toute la plante. Il vaut mieux remployer sèche que fraîche.
Récoite, dessiccation. — Il est probable que le meilleur moment pour la récolter est celui de l'apparition des organes floraux. La dessiccation est facile, on l'exécute à l'aide des procédés habituels.
Composition chimique. — L'analyse chimique de cette plante est encore incomplète. On y a signalé la présence d'une quantité notable (5' 0/0) de sels solubles consistant en chlorure de potassium, carbonates alcalins (Jacquème).
Formes pharmaceutiques, doses. 1° Tisane par décoction, pp. 20 : 500, 2 litres par jour. 2° Extrait aqueux, 1 à 2 gram. 3° Sirop, 6 à 7 cuillerées.
Action physiologique. — Il est encore assez difficile d'expliquer Faction de cette plante, qui paraît douée d'une action diurétique, anticatarrhale et calmante incontestable. Agit-elle par ses éléments alcalins, à la façon de certaines eaux carbonatées? C'est pour le moment la seule interprétation possible à donner aux résultats constatés. Sous son influence, on voit disparaître, en quelques jours, l'odeur ammoniacale et infecte de certaines urines pathologiques. Usages. — D'après de nombreuses expériences, la sabline serait un remède efficace dans les cas de gravelle, de catarrhe vésical aigu ou chronique, purulent ou sanguinolent, la dysurie, la cystite, la gravelle urique. Elle facilite l'évacuation des graviers et constitue
un calmant prompt et énergique des coliques néphrétiques. Cet effet ne saurait être attribué à la quantité de liquide ingéré lorsque la sabline est administrée sous forme de tisane, car l'extfait, le sirop, donnent les mêmes résultats que la tisane administrée avec plus ou moins d'abondance.
La sabline fait promptement disparaître les symptômes douloureux de la période aiguë de la vaginite et de la blennorrhagie chez la femme et même de la blennorrhagie chez l'homme; elle ne produit pas toujours la disparition de l'écoulement vaginal ou uréthral, mais elle le modifie très rapidement et permet d'en triompher, au bout de quelques jours, par l'emploi subséquent des astringents et des balsamiques (Bertherand, Boureau).
SAFRAN CULTIVÉ. Crocus sativus L., Crocus officinalis. Safran d'automne. I ridées. (Kpoxoç, de xpdxrj, filament, par allusion aux stigmates.)
Description (flg. 246). — Bulbe solide, globuleux, gros comme le pouce, arrondi, déprimé, blanc intérieurement, charnu, recouvert extérieurement de débris de pellicules sèches, fibreuses, d'un brun rougeâtre et muni inférieurement de racines fibreuses, jaunâtres, allongées; 3-4 bulbes sont souvent superposés. Feuilles réunies dans une gaine membraneuse qui part du bulbe, dressées, étroites, linéaires, pointues, vertes et lisses supérieurement, blanches inférieurement, canaliculées sur leur face interne, où elles présentent une ligne blanche. Fleurs (septembre-octobre) apparaissant avant les feuilles, violettes, teintées de rose ou de pourpre, 4-3, portées par une hampe très courte, mince, enveloppées par une spathe. Calice pétaloïde, monosépale, régulier, longuement tubulé, divisé en 6 segments profonds, ovales, lancéolés, plus courts que le tube. Étamines 3, insérées sur le tube du calice; filets minces, dressés; anthères sagittées. Ovaire infère à 3 loges uniovulées; style simple inférieurement, divisé supérieurement en 3 longs stigmates (flg. 247) d'un rouge fort vif, pendants hors du tube de la fleur, creusés en cornet, élargis à leur partie supérieure en forme de crête tronquée avec quelques crénelures au sommet. Fruit (capsule) ovale, trigone, ^ triloculaire, s'ouvrant en 3 valves septifères. Graines arrondies. ^.
Habitat. — II paraît être originaire de l'Asie, mais depuis longtemps il est cultivé en Espagne, dans le Gâtinais (Loiret), dans les environs d'Orange et de Carpentras (Vaucluse).
Culture. — Il préfère les terres légères un peu sablonneuses et calcaires. On y plante les bulbes du !•«• au 45 juillet, après avoir préparé le sol par des labours, l'avoir convenablement fumé et amendé. La floraison a lieu dès la première année; une semblable plantation peut durer neuf ans, mais on relève quelquefois les
bulbes au bout de trois ans pour les replanter dans un autre champ et laisser reposer la terre.
Parties usitées. — Les styles et les stigmates.
Récolte, dessiccation, conservation. — La floraison dure en-
Fig. 246. — Safran cultivé.
Fig. 247. — Stigmates de safran t a, grandeur naturelle ; 6, grossis.
viron vingt-cinq jours et donne en moyenne trois fleurs par oignon. Dès qu'on a cueilli les fleurs, on en sépare les styles et les stigmates, qu'on se hâte de faire sécher dans des tamis de crin modérément chauffés par de la braise; ils perdent dans cette opération les quatre cinquièmes de leur poids. Comme le safran se décolore et perd ses propriétés sous l'influence de la lumière, on doit le conserver dans des vases opaques et hermétiquement fermés; il faut 7000 à 8000 fleurs pour obtenir 500 grammes de safran frais, ce qui
représente 35 000 à 40 000 fleurs pour 500 grammes de safran sec; aussi cette substance est-elle toujours d'un prix très élevé. Le safran du commerce se présente sous la forme de filaments longs, souples, ■déliés, d'un rouge orangé foncé, sans mélange de pétales ni d'étamines jaunes; les styles blanchâtres caractérisent le safran d'Angoulême, le moins estimé de tous. Son odeur doit être forte, vive, pénétrante, agréable, ne rappelant pas le fermenté. Il doit colorer fortement la salive en jaune.
Composition chimique. — Le safran contient : huile volatile, matière colorante particulière, substance gommeuse, albumine végétale. L'huile volatile paraît être le principe actif. La matière colorante (safranine, polychroïte, crocine) est une poudre d'un jaune orangé, soluble dans l'eau, qu'elle colore en jaune, très soluble •dans l'alcool et dans l'éther, prenant une teinte bleue, puis violette, sous l'influence de l'acide sulfurique concentré, une couleur verte par l'action de l'acide azotique, brune par celle de l'acide chlorhydrique. Elle appartient au groupe des glycosides et se dédouble, sous l'influence des acides étendus et bouillants, en crocétine et •en glycose. - •
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 1 décigram. à 2 gram. 2° Infusion, pp. 4 : 4000. 3° Teinture, 5 à 10 gram. 4° Extrait, 1 décigr. à 1 gram. 5° Sirop, 20 à 60 gram. Il entre dans la thériaque, le laudanum de Sydenham, l'élixir de Garas, le sirop de Delabarre, le caustique safrané de Velpeau ou de Rust.
Action physiologique. — A petites doses, le safran excite les fonctions digestives. A la dose de 10-15 centigram., il accélère le pouls, augmente la transpiration cutanée, la diurèse, produit du malaise, de la chaleur à l'estomac, des nausées, des coliques, excite l'apparition des règles. Sous son influence, les selles, les urines, la sueur, les crachats, se colorent en jaune. Respiré en masse, il occasionne quelquefois des céphalalgies, des vertiges, un état de stupeur, une sorte d'ivresse pouvant être suivie de mort.
Usages. — Il passe, avec raison, pour stimulant, sédatif, antispasmodique, un peu narcotique et surtout emménagogue. C'est cette dernière propriété qui est la plus marquée chez lui, et c'est un remède populaire pour exciter la menstruation ou pour soulager les douleurs lombaires qui l'accompagnent. Il fait partie de plusieurs sirops employés en frictions sur les gencives pour calmer les douleurs de la dentition. Comme antispasmodique et sédatf, on l'a indiqué dans la gastralgie, l'hystérie, les spasmes, l'asthme, la coqueluche. On l'emploie comme condiment dans une partie du Levant, en Italie, en Espagne, en Provence.
SAGAPENUM. Voy. Férule sagapenum.
SAGOUIER FARINEUX S23
SAGOUIER FARINEUX. Sagus Rumphii Willd., S. genuina Labil. Palmiers.
Description (fig. 248). — Arbre pouvant s'élever à une hauteur de 10 mètres et acquérir un diamètre tel qu'un homme ne puisse l'embrasser. Tronc chargé vers les pétioles d'une bourre noire, ou crin, lisse, d'un tissu peu consistant. Feuilles longues de plus de
Fig. 248. — Sagouier farineux.
6 mètres, pennées, armées de longues épines caduques et formant un grand bouquet terminal. Fleurs monoïques, disposées en chatons distiques, qui, réunis en très grand nombre, forment des régimes grêles, à rameaux écartés pouvant atteindre jusqu'à 4. mètres de long et enveloppés d'une grande spathe épineuse. Mâles, présentant un périanthe de 6 divisions, disposées sur 2 rangs; 6-42 étamines à filets dilatés par la base. Femelles, périanthe semblable à celui des fleurs mâles ; 5 étamines stériles, à filets courts, dilatés et soudés inférieurement en urcéole, à 6 dents, que terminent autant d'an-