Partie usitée. — Les fruits
Récolte, dessiccation. —On les cueille avant leur parfaite maturité pour éviter qu'en s'ouvrant ils laissent échapper le suc qu'ils renferment. On les fait sécher lentement à l'ombre et on les enduit d'une légère couche d'huile de coco, d'acajou ou de ricin, pour les conserver souples et en éloigner les insectes. Par la dessiccation, ils se rident, brunissent et développent alors une odeur suave. On les réunit en bottes de 50 ou 100, que l'on expédie, en Europe, dans des boîtes de fer-blanc. On peut encore préparer les fruits mûrs en les plongeant pendant quelques minutes dans l'eau bouillante, les laissant égoutter et sécher à l'ombre jusqu'à ce qu'ils soient devenus mous, gras, noirâtres et d'odeur agréable; on les roule ensuite dans du papier huilé. Au Mexique, on prépare les fruits du vanillier en les soumettant à une espèce de fermentation qu'on arrête au moment favorable. Les principaux lieux d'exportation sont : l'île Bourbon, le Mexique, les Antilles, les Indes orientales.
Dans le commerce, on distingue trois sortes de vanille. 1° La vanille lec ou légitime, la plus belle de toutes, est un peu molle, d'un brun rougeàtre foncé, d'une odeur forte et suave ; quand on la conserve dans un lieu sec et dans un vase imparfaitement clos, elle se couvre de petits cristaux blancs et brillants de vanilline; on dit alors que la vanille est givrée. 2° La vanille simarona ou bâtarde, qui est plus courte, plus grêle, moins grasse, plus rouge, moins aromatique et qui ne se givre pas. 3° Le vanillon, appelé par les Espagnols vanille pompona et par les Mexicains bova, c'est-à-dire bouffie; les gousses sont noires , molles , visqueuses , presque toujours ouvertes, leur odeur est forte, moins agréable que celle des précédentes; elle présente un goût de fermenté; elle serait fournie par le V. Pompona, Schi. Quant aux vanilles lec et simarona, on attribue la première au V. saliva, Schi., et la deuxième au V. sylvestris, Schi. ; mais ces deux espèces ne paraissent pas différer des V. planifolia et aromatica.
Composition chimique. — La vanille contient : huile grasse, résine, tannin et dérivés tanniques, glucose, lévulose, substance amyloïde, vanilline, cellulose. L'huile grasse possède une saveur et une odeur désagréables. La résine est molle. Xe principe aromatique est la vanilline, Cl6H806. C'est une substance d'odeur faible, s'exaltant par la chaleur, de saveur légèrement piquante, cristallisant en prismes déliés, soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, les huiles fixes ou volatiles, peu soluble dans l'eau, fondant entre 80° et 81° et se volatilisant sans décomposition sur la lame de platine. C'est cette substance longtemps confondue
avec l'acide, benzoïque , puis avec la coumarine, qui constitue la couche blanche ou givre que Ton remarque à la surface de certaines vanilles.
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 5* décigrammes mêlés à la poudre de sucre. 2° Teinture ou essence, 8 gram. dans une potion. 3° Tablettes. 4° Sirop. La vanille empêche les corps gras de rancir.
Usages. — C'est un stimulant aromatique. Les anciens la considéraient comme nervine, céphalique, exhilarante, capable d'augmenter la puissance génésique. On Ta recommandée dans les fièvres nerveuses où la valériane est indiquée, au début des fièvres adynamiques avec symptômes d'hystérie, dans les fièvres adynamiques s'accompagnant d'évacuations colliquatives , dans les fièvres qui épuisent les forces des individus vieux et faibles; mais aujourd'hui elle n'est plus usitée que pour aromatiser le cholocat, les crèmes, les liqueurs.
VÉRONIQUE OFFICINALE. Veronica officinalis. Véronique mâle, Thé d'Europe. Scrofulariacées.
Description (tig. 270). — Plante de 1-3 décimèt., d'un vert sombre,
Fig. 270. — Véronique officinale.
velue sur toutes ses parties, à poils blancs et articulés. Racine fibreuse. Tiges couchées, diffuses, radicantes à la base, redressées au sommet, cylindriques, rai des, rameuses. Feuilles opposées courtement pétiolées, ovales-elliptiques, un peu aiguës, dentées, ridées. Fleurs (juin-juillet) d'un bleu pâle ou d'un blanc rosé, presque sessiles, en grappes axillaires, serrées, munies de bractées subulées, présentant des pédoncules épais et raides, et des pédicelles dressés.
Calice à i divisions presque égales, très courtes, lancéolées. Corolle petite, rotacée à 4- divisions, la supérieure plus large, arrondie, l'inférieure plus petite. Étamines 2, saillantes, divergentes. Ovaire à 2 loges pluriovulées ; style simple; stigmate bilobé. Fruit (capsule) assez petit, recouvert par le calice, pubescent, cilié, glanduleux, triangulaire , à 2 loges polyspermes. Graines presque planes à la face interne. ^.
Habitat. — Elle est très commune en Europe, et croît sur les coteaux ombragés, les pâturages, au bord des chemins.
Culture. — On la reproduit à l'aide des graines que Ton sème dans une terre légère, ou par éclats de pieds que Ton sépare à l'automne.
Partie usitée. — Les sommités fleuries. Elles sont inodores ; leur saveur est amère, chaude, styptique.
Récolte, dessiccation. — On les recueille pendant la floraison. Après les avoir mondées des feuilles desséchées rouges ou noires, on les dispose en guirlande au séchoir ou au soleil.
Composition chimique. — Elles contiennent une matière extractive et très peu de tannin.
Formes pharmaceutiques, doses. — Infusion, 15 à 30 gr. :
Usages. — Elle est amère, aromatique, excitante et stimulante, elle augmente la sécrétion urinaire et facilite l'expectoration. On l'emploie surtout dans les affections de poitrine, telles que les catarrhes pulmonaires chroniques, la phthisie, les bronchites. On l'a également préconisée dans l'ictère, la gravelle, les fièvres intermittentes. On employait autrefois la décoction et l'eau distillée de véronique contre la gale, les dartres, le pansement des ulcères. Elle est peu usitée de nos jours, et, malgré les nombreuses qualités que lui attribuaient les anciens, il ne faut voir dans cette plante qu'un tonique léger.
VIGNE CULTIVÉE. Vitis vinifera h. Ampélidées (Vitacées).
Description (flg. 271). — Arbrisseau sarmenteux, de grandeur variable. Tige noueuse, tortueuse, recouverte d'une écorce grisâtre ou rougeâtre, crevassée, peu adhérente, se détachant par filaments. Rameaux (sarments) alternes , noueux , flexibles , à écorce lisse, brun rougeâtre et fibreuse, munis de vrilles par lesquelles ils s'attachent aux corps voisins. Feuilles alternes, longuement pétiolées, planes, échancrées en cœur à la base, palmées, à 5 lobes sinués et dentés, d'un vert foncé en dessus, tomenteuses-blanchâtres en dessous. Vrilles herbacées, opposées aux feuilles, rameuses, tordues en spirales dans divers sens. Fleurs (mai-juin) très petites, verdàtres, en grappes composées, serrées, d'abord dressées, puis
pendantes, opposées aux feuilles. Galice très petit, étalé, cupuliforme, à 5 dents. Corolle à 5 pétales libres inférieurement, formant au sommet une sorte de coiffe qui se détache d'une seule pièce. Étamines 5, opposées aux pétales; filets grêles, subulés; anthères cordiformes. Ovaire libre, ovoïde, acuminé, à 2 loges biovulées, inséré sur un disque annulaire; style court; stigmate en tête, presque sessile, un peu bilobé. Fruit (baie) ovoïde ou globuleux, de couleur et de grosseur variables , renfermant un petit nombre de graines. J.
Habitat. — La vigne, originaire de l'Asie, a été successivement
Fig. 871. — Vigne cultivée.
introduite dans la Grèce, l'Italie, le midi de la France et de là dans toutes les parties tempérées du globe.
Parties usitées. — Les feuilles, la sève, les fruits.
i« Les feuilles de vigne sont récoltées pendant la belle saison. Dans la médecine populaire, on les emploie quelquefois comme astringentes, dans la diarrhée chronique, les hémorrhagies passives, la ménorrhagie, les épistaxis. Elle ont une saveur légèrement
astringente et acide qu'elles doivent au tannin et au bitartrate de potasse qu'elles contiennent.
2° Lorsqu'on taille la vigne, il s'en écoule une sève incolore, limpide, transparente, inodore, insipide, que l'on nomme pleurs de la vigne. Cette matière contient de Yacide acétique , de Vacétate de chaux, une matière végéto-animale. Jadis on la prescrivait contre les affections cutanées, le peuple l'emploie encore contre l'ophthalmie. Vextrait de vigne se prépare avec les bourgeons de la vigne; il est inusité aujourd'hui.
3« Le fruit ou raisin porte avant la maturité le nom de verjus. Sa saveur est alors acide, astringente. Il renferme de la pectine, de la pectose, un peu ou pas d'acide pectique. On s'en sert comme acidulé et diurétique, et l'on a indiqué un sirop de verjus pour combattre l'obésité.
L'étude du raisin mûr est du ressort de la bromatologie. Le raisin est rafraîchissant, laxatif; la cure aux raisins, qui consiste à se nourrir pendant deux ou trois semaines de raisins mangés sur pieds, est employée avec succès dans un grand nombre d'affections chroniques, et entre autres dans les obstructions viscérales, l'hydropisie, le scorbut. Quand les raisins ont été desséchés soit au four, soit au soleil, après avoir été plongés dans une solution alcaline chaude, on s'en sert en médecine comme émoi lient s et béchiques. On en connaît plusieurs espèces, que l'on peut diviser ainsi : 1° Gros raisins secs, ou raisins de caisse, que l'on distingue : en A. de Smyrne ou de Damas quand ils sont gros comme de petites prunes, allongés, comprimés, ridés, d'un jaune brunâtre, et en il. de France, de Marseille ou de Provence, d'Espagne ou de Malaga, lorsqu'ils sont plus petits et plus foncés. 2° Raisins de Corinthe; ceux-ci sont noirs, gros comme des lentilles, sans pépins apparents et très ridés (Dorvault). Ils font partie des quatre fruits pectoraux, on les emploie en décoction dans les catarrhes bronchiques et pulmonaires.
Le jus de raisin porte le nom de moût. Il renferme : eau, sucre, pectine, acide pectique, matière albumineuse azotée, tannin, bitartrate de potasse, tartrate de chaux, acides tartrique, malique, citrique, libres ou combinés. Il est adoucissant et laxatif. Le jus de raisin évaporé en consistance de sirop épais constitue le sirop de raisin; quand l'évaporation est poussée plus loin, on obtient une matière de consistance de miel, c'est le rob de raisin.
Vin. — En faisant fermenter le jus de raisin au contact des pellicules (épicarpes), des graines et des rafles, on obtient les vins, que l'on peut distinguer en vins sucrés, en vins mousseux ou de Champagne, en vins blancs et en vins rouges. Tous les vins renferment
les mêmes substances, savoir : Eau, alcool, acides tannique, acétique, propionique, tartrique, malique, citrique, succinique, sucre, motiéres azotées, aldéhyde, matière colorante jaune (vins blancs), matière colorante bleue (cyanine), glycérine, des matières odorantes variables pour chaque espèce et constituant le bouquet du vin, de Yéther œnanthique, et des sels tels que le bitartrate de potasse, le tartrate de chaux, le sulfate de potasse, le chlorure de potassium, le tartrate de fer,' de la magnésie, de la soude. Les vins de liqueur renferment encore une certaine proportion de sucre ; ils sont généralement riches en alcool, tels sont le Constance, le Malaga, le Rancio, le Frontignan, le Grenache, le Lacryma-Christi, le Tokai, VAlicante, le Malvoisie, le Madère, le Xérès. Les vins mousseux sont obtenus en mettant en bouteille le moût qui a déjà subi un commencement de fermentation et en ficelant les bouchons. Presque tous ces vins sont additionnés de sucre candi pour augmenter leur richesse en alcool et en acide carbonique. La fabrication demande de grands soins.
Les vins blancs contiennent peu de tannin et pas de cyanine; quand ils sont de qualité médiocre, ils renferment une matière albuminoïde (Glaiadine) qui leur communique la propriété de subir une fermentation spéciale dite visqueuse ; ils tournent alors au gras. On prépare indifféremment les vins blancs avec des raisins blancs ou rouges, mais dans ce dernier cas on ne laisse pas fermenter le moût sur les pellicules. Les vins rouges sont riches en tannin, leur coloration est due surtout à la cyanine, matière bleue qui rougit au contact des acides. Les vins fournis par les raisins du Midi, qui sont plus sucrés, renferment une plus grande quantité d'alcool que les vins des localités plus septentrionales. En général, un vin naturel renferme 8 à 15 pour 100 d'alcool anhydre et 2 à 2,2 de matières desséchées à. 105*.
Le vin à petites doses est excitant, il devient narcotique à doses plus élevées; les vins blancs sont stimulants et diurétiques, les vins rouges sont toniques et astringents, et les vins de liqueur toniques et stimulants. On prescrit le vin dans la convalescence des maladies, la glycosurie, les fièvres intermittentes, la fièvre typhoïde, les scrofules, la pbthisie, l'incontinence d'urine chez les enfants, le scorbut. Les injections de vin sont recommandées dans la blennorrhagie chronique, on pratique aussi ces injections dans les cavités séreuses pour les oblitérer. Leurs effets sont ceux de l'alcool, mais mitigés; outre cette action ils en possèdent une qui tient à la nature de leurs autres principes et qui les rend astringents, laxatifs, tempérants, nutritifs, suivant qu'ils renferment plus ou moins de tannin, de bitartrate de potasse et de sucre. Le vin sert d'excipient à
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