‹ Nouveau dictionnaire des plantes médicinalesChapitre 64 sur 226 · CHICORÉE SAUVAGE · texte numérisé non relu

CHICORÉE SAUVAGE

rarement blanches ou roses, disposées en capitule, dont les uns sont axillaires, sessiles, géminés ou ternes, tandis que les autres sont solitaires au sommet des rameaux. Involucre formé par deux rangs de bractées, ciliées, glanduleuses, les extérieures ovales-lancéolées, plus courtes que les intérieures, qui sont linéairesK>btuses.

Réceptacle plan, alvéolé, sans paillettes. Demi-fleurons 18-20. Corolle ligulée, à sommet tronqué, à 5 dents. Étamine&5. Anthères réunies en cylindre traversé par un style à 2 stigmates. Fruits (achaine) tétragones, comprimés , surmontés d'une couronne d'écaillés très courtes, dressées, obtuses, érodées au sommet. ^.

Habitat. — Croît dans toute la France, sur les bords des chemins, dans les lieux incultes.

Culture. — On la cultive en planche ou en bordure. Il est possible d'en avoit toute Tannée par des semis successifs en pleine terre ou en couche, suivant la saison.

Elle vient très bien et ne demande d'autres soins que l'arrosage.

Parties usitées. — Les feuilles, les racines et les fruits.

Récolte, dessiccation, cotiser- . ^ «,. ,

' , .. , * .„ FlfS- 88» — Chicorée sauvage.

vation. — On récolte les feuilles

en juin, elles perdent leur couleur en se desséchant. Il faut les conserver dans un lieu sec, car elles attirent fortement l'humidité de l'air. Elles sont amères, inodores ; elles donnent néanmoins une eau distillée odorante et très amère. Les racines doivent être récoltées en septembre.

Composition chimique. — Les feuilles contiennent : extractif amer, chlorophylle, albumine, sucre, plusieurs sels, entre autres du nitrate de potasse. Les racines renferment de Pinuline.

Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Infusion ou décoction des feuilles, pp. 10 à 15 : 1000 ; on préfère employer les feuilles fraîches. 2° Suc, 30 à 120 gr. 3° Sirop, 30 à 120 gr. ÂP Extrait, 4 à 12 gr. 5° Sirop composé à la rhubarbe, 8 à 40 gr., très usité pour purger les enfants. Infusion ou décoction des racines, pp. 15 à 15 :

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1000. Les fruits, improprement appelés graines, étaient une des quatre semences froides.

Usages. — La chicorée, par son principe extract if amer, se range parmi les substances toniques. Son action, quoique lente et faible d'abord, se manifeste quand on en continue l'usage pendant un certain temps. On a préconisé les* feuilles pour ranimer les forces digestives à la suite des fièvres intermittentes et des fièvres muqueuses, mais on a rarement recours à leur action fébrifuge. Jadis on leur attribuait des propriétés fondantes et apéritives qoi les faisaient employer dans les engorgements du foie et des viscères abdominaux ; elles entrent dans les sucs d'herbe dépuratifs et sont prescrites dans les affections de la peau, telles que dartres, rougeurs, etc. Les jeunes feuilles sont tendres, leur amertume peu prononcée ; on les mange en salade ; elles sont laxatives et conviennent aux personnes dont le ventre est resserré. La racine possède une saveur douceâtre et mucilagineuse d'abord, très amère ensuite. Elle a les mêmes propriétés que les feuilles, mais elle n'est pas employée en thérapeutique. On fabrique avec elle le café-chicorée. Pour cela, après avoir coupé la racine par tranche et l'avoir desséchée, on la torréfie et on la réduit en poudre. La poudre de chicorée possède une saveur amère, un arôme particulier qui a une certaine analogie avec celui du caramel. Il est presque inutile d'ajouter que le café-chicorée n'a ni le goût, ni le parfum, ni aucune des propriétés du café véritable. On l'accuse de produire des flueurs blanches chez les femmes qui en font usage; il est certain que sous son influence le teint contracte une coloration paille particulière. La poudre de chicorée peut s'enflammer spontanément quand elle est emmagasinée en grande quantité.

CHIENDENT OFFICINAL.. — Voy. Froment rampant

CHIOCOQUE DOMPTE-VENIN. Chiococca anguifuga Mari. Chiocoque anguifuge, CaTnca, Caïnça, Raïz prêta, Racine noire. De yw, neige, et x6xxoç, baie ; à cause de la couleur du fruit. Rubiacées- Cofpéacées.

Description. — Arbrisseau de 2-3 mètres. Racine rameuse, à divisions cylindriques, variant comme grosseur entre celle d'une plume et celle du doigt; branches cylindriques, glabres, sarmenteuses, s'attachant aux corps environnants. Feuilles opposées, courtemenl pétiolées, ovales, acuminées, un peu échancrées en cœur à la base, entières, glabres sur les 2 faces, munies de 2 petites stipules, ovales, acuminées. Fleurs d'un blanc sale, disposées au nombre de 4-5 en grappes axillaires, unilatérales. Calice à 5 dents fines, aiguës, ovales ; adhérent à l'ovaire. Corolle infundibuli forme, presque campanulée à 5 divisions étalées. Étamines 5, incluses, in-

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sèrées sur un disque épigyne. Ovaire infère, à 2 loges, surmonté d'un style simple terminé par 2 stigmates linéaires soudés en un seul. Fruit (baie) charnu, blanc, sec, à 2 lobes, un peu comprimé, couronné par les dents du calice, contenant 2 graines lisses, allongées, comprimées comme celles du café. j.

Habitat. — Croit au Brésil, dans les forêts vierges des provinces de Bàhia et de Minas-Géraës , au Pérou, à la Guyane française, dans nie de Cuba,

Partie usitée. — La racine. Elle se présente en fragments cylindriques de 3-4 décimètres de longueur et d'une épaisseur variant entre les limites que nous avons indiquées pour la racine fraîche. Son écorce, brunâtre, recouvre un corps ligneux blanchâtre; elle est rugueuse, mamelonnée, parcourue longitudinalement par des nervures très apparentes, peu épaisse, offrant de distance en distance des Assures transversales, se séparant aisément du bois. La cassure de ce dernier paraît être criblée de trous. Cette racine possède une odeur particulière analogue à celle du jalap ou de la valériane; récorce, qui est la seule partie , active, présente une saveur très acre et très amère. Le bois est insipide.

Composition chimique. — Elle contient : matière grasse douce d'une odeur viveuse, acide cafétavnique, acide caïncique (C^H^O1*), matière 'jaune extractive amère, matière colorante, émétine.

Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 2 à 4 gr. 2° Extrait alcoolique, 2 à B décigr. 3° Teinture, 2 décigr. à 8 gr. 4° Acide caïncique, S à 6 décigr. 5° Sirop, 30 à 100 gr. 6° Vin, 30 à 60 gr. 7° Macéré, pp. 8 : 250. Au bout de 48 heures, on fait bouillir, on laisse reposer et Ton passe au moment de l'administrer; en 2 fois, à 2 ou 4 heures d'intervalle, dans les hydropisies. Autre macéré, 12 : 750; dose, 60 gr.. dans le catarrhe vésical. Le Chioïsocca densifolia Mart. et le Ch. racemosa L. paraissent fournir la racine de caïnca concurremment avec le Ch. anguifuga.

Action physiologique. — C'est un purgatif qui agit sans irriter fortement l'intestin et qui devient drastique et vomitif si l'on augmente la dose ; il détermine également un effet diurétique incontestable, des sueurs considérables, et facilite l'apparition des règles. A hautes doses, il paraît susceptible de produire des accidents toxiques semblables à ceux qui appartiennent aux éméto-cathartiques. 11 est donc tout à la fois purgatif, vomitif, diurétique et emménagogue.

Usages. — C'est un puissant hydragogue ; il peut rendre de véritables services dans l'hydropisie essentielle, dans i'hydropisie symptomatique des affections cérébrales, où il est nécessaire de dévier sur le tube intestinal ; il apporte dans ces cas un certain sou-

CIGUË OFFICINALE

lagement. On a essayé, sans trop de succès, son action diurétique dans le catarrhe vésical ; ici, sans doute il modifie la quantité et la nature des urines, mais il n'apporte aucun changement à l'état de la muqueuse gastro-urinaire. Au Brésil, il passe pour alexipharmaque; on l'y emploie également contre l'aménorrhée, le pica des nègrçs ; aux Antilles, il est réputé antisyphilitique.

CIGUË OFFICINALE. Cicuta major Bauh., Conium maculatum L., C. officinale Chev. Ciguë tachetée, Grande ciguë. Ombellifères- Smyrnées.

Description (flg. 83). — Plante de 1-2 mètres, vénéneuse, répandant quand on la froisse une odeur vireuse, désagréable. Racine

pivotante, napiforme, de la grosseur du petit doigt, longue de 20 à 25 centimètres, peu ramifiée, d'un blanc jaunâtre, chargée de stries circulaires, d'une odeur forte, d'un goût douceâtre. Tige droite, simple inférieurement, rameuse au sommet, cylindrique , fistuleuse , noueuse , striée, d'un vert clair, '[glabre, 'parsemée dans sa partie inférieure de tfra ^W y^^ff taches rougeâtres, d'où le nom spécifique de maculatum. Feuilles d'un vert brillant sur la page supérieure, d'un vert pâle sur la page inférieure, pétiolées, grandes, à pourtour triangulaire ; celles du bas ont des pétales alternes, embrassants ; elles sont tri- et quadripennées, tachetées comme la tige ; celles du haut, ordinairement opposées et seulement bipennées; les unes et les autres se terminent par une foliole pointue , elles ressemblent à celles du persil sauvage. Fleurs (juin-juillet) nombreuses, petites, blanches, disposées en ombelles très ouvertes, terminales et composées de 12-20 rayons. Involucre de 4-5 folioles lancéolées, réfléchies et comme couchées sur le pédoncule. Involucelle à 3 folioles ovales, aiguës et tournées en dehors de l'ombellule. Calice petit, court, à 5 sépales soudés avec l'ovaire. Pétales 5, inégaux, cordiformes, sessiles, étalés. Étamines B, épigynes; filets subulés au sommet; anthères ovales, blanchâtres. Ovaire infère, arrondi, globuleux, ridé, strié, à 10 côtes. Styles 2, très courts, divergents, se confondant par le bas avec un disque à 2 lobes terminés par un stigmate

IFig. 83. — Ciguë officinale.

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globuleux jaunâtre. Fruit (diachaine) court, ovale, globuleux, comprimé latéralement, formé de 2 méricarpes à 5 côtes saillantes et crénelées, à vallécules striées longitudinalement, sans vaisseaux résineux, se séparant à la maturité en deux moitiés qui restent suspendues par le sommet à l'extrémité d'une columelle filiforme. Chaque méricarpe contient une graine dont le tégument propre est presque confondu avec le péricarpe.

Habitat. — Elle est commune dans toute l'Europe et l'Asie boréale, elle s'est naturalisée en Amérique. On la rencontre dans les terrains incultes, ombragés et un peu humides, dans les décombres, sur les bords des chemins, près des habitations: elle a souvent donné naissance à des méprises funestes par suite de sa ressemblance avec le cerfeuil.

Ne pas confondre avec la ciguë vireuse (Cicuta virosa L.), la ciguë aquatique ou phellandrium (Phellandrium aquaticum L.), la petite ciguë (Mthusa cynapium L.), le persil (Apium petroselinum L.) et le cerfeuil (Scandix ccerefolium L.).

Le tableau de la page 202 permet de différencier ces six plantes.

Culture. — La ciguë officinale croît spontanément en si grande abondance, qu'on ne la cultive pas ordinairement pour les besoins de la médecine ; on peut la reproduire en semant la graine au printemps. On repique les plants en mai, à 2 ou 3 pieds de distance, en faisant choix d'une terre fraîche et substantielle. Dans les pays septentrionaux, la ciguë perd de ses propriétés médicinales et devient presque inactive.

Parties usitées. — Les feuilles et les fruits, improprement appelés semences.

Récolte, dessiccation. — On doit recueillir les feuilles au moment de la floraison ; avant cette époque, elles sont peu actives ; on les emploie vertes autant que possible. On opère la dessiccation à l'étuve et à l'abri de la lumière ; si l'opération est bien conduite, elles conservent leur couleur et leur odeur et perdent les 8/6 de leur poids. Il est bon de les renouveler toutes les années, ainsi que les préparations auxquelles elles donnent lieu. Les fruits doivent être récoltés parfaitement mûrs, sinon ils sont inactifs.

Composition chimique. — Le suc de ciguë récent contient : résine, extr actif, gomme, albumine, fécule, sels, méthylconicine, conhydrine, conicine. Les fruits renferment en plus une huile volatile très odorante qui devient brune et se résinifle au contact de l'air. La conicine ou cicutine (G16H18Az), principe actif de la ciguë, est un alcaloïde liquide incolore, oléagineux, plus léger que l'eau, d'une odeur piquante, pénétrante, désagréable, rappelant celle du tabac

CIGUË OFFICINALE

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et de la souris ; son goût est acre, analogue à celui du tabac ; elle est peu soloble dans l'eau, très soluble dans Péther et dans l'alcool, bouillant à 212* et se décomposant aisément sous l'influence de l'eau et de la chaleur. Il résulte de là que Ton doit éviter d'employer les préparations de ciguë qui ont subi Faction de la chaleur. La conicine du commerce renferme souvent de la méthylconicine. EUe est très vénéneuse et se dose par milligrammes et centigrammes. La conhydrine (C,6H17AzOf) est beaucoup moins active que la conicine, dont elle paraît dériver.

Formes pharaaeeatiqaes, éwm es. — Préparations avec tes fmUes fraîches : 4° alcoolature (bonne préparation), i à 2 gr. ; 2° extrait de suc, 1 décigr. à 1 gr. On connaît aussi une huile, un emplâtre, une pulpe, un glycérolé. Préparations avec les feuilles sèches : 1° poudre, 5 centigr. à 1 gram. ; 2° extrait alcoolique, 5'centigr. à 4 gram.; 3e teinture alcoolique, 40 à 30 gouttes; 4° teinture éthérée, 4 à 12 gouttes (inusitée). Préparations avec les fruits : extrait alcoolique, 5 à KO centigr. On emploie aussi la poudre, la teinture et le sirop.

Aettai physiologique. — A petites doses, la ciguë et la conicine produisent des nausées, du malaise, un peu de céphalalgie, de légers vertiges, des défaillances; la vue s'obscurcit, l'ouïe devient moins fine, la langue s'embarrasse, la peau est le siège d'un fourmillement désagréable et quelquefois d'une éruption érythémateuse; les urines sont abondantes, involontaires quelquefois, ainsi que les selles ; le pouls se ralentit, la calorincation diminue, les forces musculaires s'anéantissent progressivement, les membres s'agitent souvent d'un mouvement convulsif, la pupille se dilate; la paralysie, limitée d'abord aux muscles volontaires, finit par gagner les muscles respiratoires, puis le cœur, et la mort a lieu, par asphyxie, précédée de cyanose, de stupeur, de délire. L'action de ces substances se produirait sur la moelle, dont elles épuiseraient la force excitomotrice. La conicine est après l'acide cyanhydrique le plus redoutable des poisons; les antidotes à lui opposer sont le tannin et l'iodure ioduré de potassium ; on doit s'abstenir d'employer les acides domestiques, tels que le vinaigre, le suc de citron.

Usages. — La ciguë, après avoir joui d'une haute réputation en médecine, est tombée, de nos jours, dans un discrédit qui tient certainement à la confusion que l'on trouve dans l'histoire thérapeutique de cette plante. Parmi les emplois malheureusement trop nombreux que l'on a indiqués, les uns sont de nature purement empirique, les autres sont rationnels. Dans la première catégorie se rangent les applications basées sur les propriétés fondantes, résolutives, qu'on lui prête, et de là son usage dans les affections

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