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I. — Considérations préliminaires

1. Composition et nutrition des plantes. — Chacun sait que lorsqu'on brûle une plante, on obtient comme résidu de la combus-

HÉRAUD. PLANTES MÉD« 1

2 LES PLANTES MEDICINALES

tion une certaine quantité de cendres formées par les substances minérales et consistant en sels de chaux, de magnésie, de potasse, de soude, en silice et en oxyde de fer qui ont échappé à la destruction. Ces matériaux entrent à peine pour un vingtième dans le poids de la plante, et souvent ce chiffre est moins élevé ; les autres parties constituantes ont disparu par l'action de la chaleur, car elles sont formées de principes soit naturellement gazeux (l'hydrogène, l'oxygène, l'azote), soit capables, comme le carbone, de revêtir la forme gazeuse en entrant dans certaines combinaisons chimiques. Ces principes, que Ton rencontre non seulement dans les divers organes de la plante, mais encore dans les substances produites par l'acte végétatif (fécules, sucres, gommes, huiles, essences, corps gras), ont été nommés pour cette raison des éléments organiques.

L'origine des substances diverses que présente l'organisation végétale a été parfaitement mise en lumière par la science moderne ; c'est à la graine, à l'air ou au sol que la plante a emprunté les matériaux nécessaires à leur élaboration. C'est dans le sol que les racines puisent les principes minéraux solubles, et c'est la sève qui les distribue dans l'organisme. Les éléments organiques ont pour origine l'eau HO, l'acide carbonique CO2 et l'ammoniaque AzH3. La plante, admirable appareil de réduction (Dumas), absorbe les corps complexes que je viens d'énumérer, les décompose en leurs éléments et s'assimile tout ou une partie de ces éléments.

L'atmosphère et le sol sont donc les réservoirs de ces principes nutritifs. L'atmosphère fournit l'eau sous forme de pluie, de neige, de rosée ; elle fournit de l'oxygène, de l'acide carbonique, de l'ammoniaque, parfois de l'acide nitrique à la suite des pluies d'orage, parfois aussi des poussières salines contenant du sel marin, des sulfates de potasse, de chaux, de magnésie. L'azote atmosphérique, n'étant pas assimilable, n'intervient pas dans la nutrition ; c^st par suite dans l'ammoniaque qu'il faut chercher l'origine principale de l'azote des plantes. Il convient d'ajouter que l'acide nitrique des nitrates que le sol renferme ou qui y sont déposés comme engrais, en subissant une décomposition sous l'influence des matières organiques en voie de désagrégation, peut se transformer en eau et en ammoniaque et par suite ajouter un certain apport d'azote à la nutrition»

Le carbone n'a qu'une origine, l'acide carbonique. Ce sont les feuilles et les parties vertes des végétaux qui ont pour mission de décomposer cet acide en oxygène et en carbone; cette réduction s'opère par l'intermédiaire des parties vertes et sous l'influence de la lumière solaire. Le carbone est assimilé ; l'oxygène est en partie assimilé, en partie rejeté dans l'atmosphère. Cet effet cesse dans l'obscurité. L'atmosphère n'est point d'ailleurs la seule source où le

CONSIDÉRATIONS PEÉUMINAIRES 3

végétal puise du carbone, les racines vont en chercher dans les matières organiques en décomposition dans le sol. L'oxygène provient soit de l'eau, soit de l'acide carbonique. L'hydrogène est fourni par l'eau, l'ammoniaque et les matières organiques.

2. Des principes immédiats et de leur formatios. — Les principes immédiats sont les résultats de cette absorption et des réductions qui la suivent. Ces principes, auxquels les plantes doivent leurs propriétés médicales, sont très nombreux, et on les a divisés en trois classes suivant leur composition.

A. Dans la première classe, on range les composés ternaires formés de carbone, d'oxygène et d'hydrogène, ces deux derniers dans la proportion voulue pour former de l'eau, si bien qu'on peut les représenter par du carbone et de l'eau : de là le nom d'hydrates de carbone qu'on leur donne quelquefois ; ils ont pour formule C!2HifO,#; ils comprennent la cellulose, l'amidon, les fécules, les gommes, les mucilages, l'inuline, la lichénine. On range également dans cette classe les divers sucres, tels que le sucre de canne ou saccharose CUH"0", le sucre de fruit incristallisable ou lévulose C^H1^11, le sucre de raisin ou glycose C^H^O12, le sucre interverti, qui n'est qu'un mélange de glycose et de lévulose, provenant de la réaction que les acides végétaux et les ferments particuliers contenus dans les fruits exercent sur le sucre de canne.

B. La deuxième classe contient des acides végétaux dans lesquels l'oxygène est en excès sur les proportions de l'eau. Ce sont les acides oxalique, tartrique, citrique, tannique, gallique, méconique, pectkjue, malique ; ce dernier est le plus répandu dans l'organisation végétale. La pectine, que l'on trouve dans les fruits arrivés à un état de maturation avancée, fait également partie de cette catégorie.

C. Dans une troisième classe, nous rencontrons des principes chez lesquels l'hydrogène est en excès sur les proportions qui constituent l'eau; seulement ici tantôt le principe est azoté, tantôt il ne Test pas. Parmi les principes non azotés de cette catégorie, nous trouvons :

1° Des substances neutres (amygdaline, bryonine, colocynthine, convolvuline, crocine, daphnine, digitaline, esculine, gaïacine, glycyrrhizine, jalapine, salicine, santonine, saponine, etc.), appartenant à la catégorie des glycosides, c'est-à-dire des corps susceptibles de se dédoubler en glycose et en un ou plusieurs principes nouveaux sous l'influence des ferments et par l'action de certains réactifs ;

2° Des substances colorantes (catéchine, acide cachoutannique, aloétine, etc.) ;

\ LES PLANTES MEDICINALES

3° Une matière ligneuse constituant le squelette végétal, donnant à la plante sa rigidité et composée surtout de lignose, de lignone, de lignin et de lignéréose ;

4° Des matières grasses, de la cire, du caoutchouc ;

go Des huiles essentielles, les unes liquides, les autres solides à la température ordinaire, le camphre par exemple ;

6° Des résines, des baumes ;

7<> Des acides, tels que les acides benzoïque, caïncique, colombique, ipécacuanhique.

Dans une deuxième série azotée, nous trouvons :

1° Des substances plastiques, telles que l'albumine, la légumine ou caséine végétale, la fibrine : leur composition peut être représentée par du carbone et de l'ammoniaque unis aux éléments de l'eau ;

2° Des bases végétales, atropine, brucine, cinchonine, codéine, delphine, émétine, morphine, narcotine, narcéine, quinine, solanine, strychnine.

H. — Élection ou choix dés plantes. Caractères botaniques, physiques et chimiques distinotifs de oes plantes.

Est-il possible de reconnaître à des signes certains si une plante possède des propriétés thérapeutiques? On comprend combien il serait important au point de vue de la pratique médicale de donner une solution rigoureuse à cette question. Malheureusement, si l'on essaye de se servir des signes indiqués par les auteurs, on arrive à de simples présomptions, jamais à des certitudes. Nous allons passer ces signes en revue.

3. Signature des plantes. — Les anciens n'éprouvaient aucun embarras pour attribuer aux plantes certaines propriétés ; ils pensaient en effet que la forme, la couleur du végétal indiquaient clairement son emploi. G'est ce qu'ils appelaient la signature de la plante (de signum, signe). Ainsi les racines à suc rouge, la garance, le ratanhia, à cause de leur couleur, devront être prescrites dans les hémorrhagies ; les plantes à suc jaune, l'aloès, la rhubarbe, guériront les maladies du foie; les semences dures et pierreuses du grémil seront efficaces contre la gravelle, les saxifrages venus sur les rochers seront lithontriptiques. La forme, d'après eux, était un caractère non moins sûr ; le cabaret ou oreille d'homme sera utile dans les maladies de l'oreille, la vipérine contre la morsure du serpent, la pulmonaire dans les affections du poumon. Le temps a fait justice de ces opinions erronées et souvent dangereuses, qu'acceptait sans peine la robuste confiance de nos aïeux.

ÉLECTION OU CHOIX DES PLANTES ï>

4. Famille de la plante et propriétés médicinales des principales familles végétales. ~ Depuis longtemps, on a remarqué, et de Candolle a coordonné ces observations, que souvent les végétaux d'une même famille naturelle présentaient une grande conformité dans leurs qualités alimentaires, médicales ou toxiques. Ce sont ces analogies bien constatées qui ont permis à certains navigateurs de tirer bon parti des végétaux qu'ils voyaient, pour la première fois, dans des pays inexplorés. Cependant cette identité de propriété n'est point rigoureusement absolue, et Ton rencontre souvent des exceptions dont l'importance n'échappera à personne quand on saura que certaines familles, celle des Solanées par exemple, peuvent fournir.les aliments les plus sains et les poisons les plus redoutables, puisque nous voyons la pomme de terre, l'aubergine, la tomate placées à côté de la belladone, de la jusquiame, du datura, etCi

Ces réserves faites, voici les principales propriétés médicinales des familles de plantes décrites dans l'ouvrage.

Algues — Vermifuges, alimentaires, servant a la préparation de

l'iode.

Amentacébs — Écorces astringentes, fruits alimentaires.

Amomacées — Racines féculentes, quelquefois aromatiques et excitantes.

Ampéijdées (Vitacées). — Rafraîchissantes, béchiques.

Apogtnées — Acres et irritantes.

Amstolocheées... — Amères, aromatiques, quelquefois un peu acres et aromatiques.

àroïdées — Féculentes et souvent acres et purgatives, devenant

alimentaires quand on les a débarrassées de leur suc caustique.

Asclépiadacées... — Racines acres, stimulantes, quelquefois émétiques et sudorifiques, écorce purgative, suc laiteux acre et amer.

àuràntiàcees — Stimulantes, rafraîchissantes.

Balsahfluées.... — Toniques.

Berbéridées — Écorce astringente ; baies acides et rafraîchissantes.

Borraginées — Mucilagineuses, légèrement diaphorétiques, quelquefois astringentes et même un peu narcotiques.

Campanulacées. Lobéliacées. — Amères, souvent acres, émétiques.

Cannabinées — Feuilles narcotiques.

Caprifoliacées... —Feuilles astringentes, fruits laxatifs, écorces purgatives, fleurs mucilagineuses, diaphorétiques.

Caryophyllacées . — Légèrement aromatiques ou faiblement toniques.

Champignons — Vénéneux, alimentaires.

Chénopodiacées . . — Douces, mucilagineuses, sucrées, quelques-unes acres et odorantes.

Glusxagées (Guttifères). — Contiennent un suc laiteux plus ou moins acre et purgatif, acres et irritantes.

Colchicacées (Mélanthacées). — Diurétiques, purgatives.

Conifères — Feuilles et écorces astringentes. — Amandes souvent

alimentaires, produits résineux, stimulants, vermifuges.

Convolvulacées . . —-Les racines contiennent un suc laiteux acre et fortement purgatif.

Coriariées — Astringentes.

Crucifères —Stimulantes, antiscorbutiques, alimentaires, graines

oléagineuses.

€ucurbitacées. ... — • Les fruits souvent alimentaires et laxatifs, quelquefois émétiques et purgatifs, les racines quelquefois purgatives, drastiques, graines mucilagineuses, oléagineuses.

Daphnoïdées (Daphnacées). — Acres, corrosives.

Dipsacées — Astringentes, amères.

Eriqnées — Acerbes, astringentes, diurétiques.

Euphorbiacées . . . — Acres, caustiques, vénéneuses, purgatives.

Fiucacées (Fougères). — Rhizomes astringents, fébrifuges, feuilles aromatiques, astringentes, béchiques.

Fumariacées — Toniques.

Gentianacées...... — Amères, toniques, fébrifuges.

Graminées — Alimentaires, adoucissantes, quelquefois diurétiques,

diaphoniques.

Ilionees — Aromatiques, stimulantes.

Ibjdées — Bulbes féculents et en même temps émétiques et purgatifs ; stigmates du safran excitants, emménagogues.

Juglandées. . ..... — Écorce astringente, feuilles stimulantes, astringentes,

résolutives, fruits alimentaires.

Labiées — Aromatiques, stimulantes diffusibles ou bien simplement toniques, emménagogues, sudorifiques, antispasmodiques.

Laurinees (Lauracées). — Aromatiques, excitantes, sédatives.

Légumineuses .... — Alimentaires, purgatives, astringentes, toniques, excitantes.

Uchenacees — Alimentaires, amères, toniques.

Liliacées — Alimentaires, diurétiques, purgatives.

Loiacees ........ — Graines oléagineuses, adoucissantes, émoi lien tes, quelquefois purgatives.

Locaniacées — Amères, fébrifuges, tétaniques.

Ltgopodiacées.... — Spores absorbantes.

Malvacées — Feuilles et fleurs adoucissantes, émollientes, quelquefois purgatives.

Mékispermacées . . — Racines amères , toniques et astringentes , graines souvent narcotiques.

Morées — Diurétiques (pariétaire) . Les fruits rafraîchissants

(mûres).

Myristicacées. . . . — Aromatiques, stimulantes.

Mtrtacées — Toniques ou stimulantes, suivant que la matière astringente ou l'huile volatile prédominent.

Oleacées — Feuilles et écorces amères et astringentes, toniques,

fébrifuges, fruits donnant de l'huile, sève donnant de la manne.

Ombellifères — Toniques, excitantes, aromatiques, diffusibles, quelquefois alimentaires, quelquefois toxiques.

Orchidées — Tubercules féculents, alimentaires, fruits stimulants.

Palmiers — Alimentaires, adoucissants, pectoraux, astringents .

Papavéracées .... — Calmantes, narcotiques, stupéfiantes, quelquefois caustiques et rubéfiantes, graines oléagineuses.

Pipéracées — • Excitantes, sialagogues.

Polygalées — Évacuantes, altérantes, émétiques, expectorantes. Les

racines du genre krameria très astringentes.

Polygonées —Astringentes, toniques, fruits quelquefois alimentaires.

Renonculagées.... —Vénéneuses, acres, purgatives, épispastiques, graines acres et amères.

Rhamnees — Feuilles et écorces amères, astringentes, toniques,

baies purgatives, quelquefois douces, sucrées, mucilagineuses.

Rosacées — Astringentes, toniques, vermifuges.

Rubiacées —Racines acres, émétiques, purgatives ou diurétiques,

écorces presque toujours amères, astringentes, toniques et fébrifuges.

Rutacées — Amères, excitantes, toniques, fébrifuges.

Sapindacées — Vénéneuses, acres, narcotiques, le paullinia tonique

et astringent par exception.

Sapotacées — Souvent lactescentes, suc tenace, un peu acre et amer.

Scrofulariées.... — Peu d'unité dans l'action médicale, les unes amères, purgatives, les autres soit aromatiques, soit émollientes. La digitale diurétique, tonique du cœur.

Smaroubées — Amères, toniques.

Smlacées (Asparaginées). — Alimentaires, apéritives, diurétiques, émétiques.

Solanacées — Généralement vénéneuses, quelques fruits et tubercules alimentaires.

Styracacées — Balsamiques, stimulantes.

Synanthérées (Composées). — Amères, toniques, stimulantes, emmenagogues, fébrifuges, sudorifiques, diurétiques, antispasmodiques, sialagogues, sternutatoires, quelquefois narcotiques.

Térêbinthacées... — Stimulantes, astringentes.

Ternstroemiacées. — Stimulantes.

TmiAcÉEs — Bractées et fleurs antispasmodiques, calmantes et légèrement sudorifiques, feuilles mucilagineuses, émoi* , lientes.

Urticées —Diurétiques, toniques. Les figues adoucissantes, laxa-

tives.

Valérianées — Racines amères , toniques , stimulantes, fébrifuges,

antispasmodiques, sudorifiques, vermifuges. Violariées. ......— Adoucissantes, calmantes, racines émétiques.

Zygophyllées.... — Bois sudorifique.

B. Formes des plantes. — La forme de la plante étant de tous les caractères physiques celui qui frappe le plus nos sens, il n'y a rien d'extraordinaire que l'on ait essayé de faire intervenir ce caractère pour juger à priori des propriétés médicinales d'un végétal. De Candolle a même formulé à ce sujet le précepte suivant :

« 1° Les mêmes parties ou les sucs correspondants des plantes du même genre jouissent de propriétés semblables ;

<( 2° Les mêmes parties ou les sucs correspondants des plantes de la même famille naturelle jouissent de propriétés analogues. »

Il suit de là que plus les plantes ont d'analogie de forme, plus la similitude des propriétés est grande; de sorte que, si l'on connaît bien les propriétés de l'une d'elles, on en déduira celles de toutes les plantes du groupe. On peut opposer à cette règle de nombreuses exceptions ; quoi de plus dissemblable, par exemple, au point de vue physiologique que l'action des feuilles de la ciguë et celle des feuilles du cerfeuil, malgré la ressemblance de ces organes! Néanmoins on peut admettre que cette règle est vraie en général, et c'est sur elle qu'on s'appuie dans la recherche des succédanés.

6. Saveur des plantes. — Le goût comme la vue peuvent nous aider à reconnaître les propriétés médicinales des plantes. En effet, une plante insipide est généralement inerte, bien qu'ici encore les exceptions soient nombreuses, puisque la ciguë, un grand nombre de champignons délétères, sont insipides. Par contre, si une plante est sapide, elle jouira d'une activité ordinairement en rapport avec la sapidité qu'elle présente.

7. Odeur des plantes. — Les indications fournies par l'odeur n'ont pas une grande valeur, puisque des plantes très énergiques sont complètement inodores. On peut dire pourtant que l'absence complète d'odeur, jointe à l'insipidité, dénote un manque complet d'activité. D'ailleurs l'odeur des plantes n'apparaît souvent point immédiatement, et alors il faut froisser, déchirer l'organe, douf en développer l'arôme. La dessiccation, qui fait perdre leur odeur à beaucoup de plantes (violettes, roses), l'exalte au contraire chez plusieurs autres (rhizome d'iris, fleurs de mélilot).

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