Partie usitée. — Les graines et l'huile qu'on en extrait
Composition chimique. — Les graines [graines de Tilly, des
Moluques, petit pignon dinde), qu'il faut éviter de confondre avec les pignons d'Inde, fournis par le Curcas purgans Adans. , qui sont beaucoup moins actifs, contiennent : acide crotonique, huile brunâtre, résine, matière grasse incolore, matière brunâtre, matière gélatineuse, crotonine, gomme, albumine végétale, huile essentielle acre (?) . L'acide crotoniqueest volatil, très acre, toxique; il est liquide, oléagineux, et se solidifie à + 5°. Lorsque, après avoir broyé les graines, on les soumet à l'action dissolvante de l'éther ou à la pression, on obtient environ 38 p. 100 d'une huile épaisse, transparente, jaunâtre, jaune orangé ou brune, de la consistance de l'huile d'amande douce , d'odeur désagréable, de saveur ècre et brûlante, se coagulant à -+- tf° et devenant solide à 0°, soluble dans l'éther et en partie dans l'alcool froid. L'acide crotonique, la résine amère et la résine sont les substances qui donnent à l'huile ses propriétés irritantes.
Formes pharmaceutiques, doses. — On prescrit toujours l'huile à doses très faibles, une à deux gouttes, en ayant soin d'augmenter son volume par une addition de sucre, de savon médicinal, de mie de pain, d'huile d'amande douce, ou bien dans un looch, une émulsion, pour lui permettre d'arriver dans l'estomac. En lavements, on
Fig. 96. « Croton cathartique.
CROTON ÉLEUTÉR1E 235
peut élever la dose jusqu'à 10 gouttes. A l'extérieur, on l'emploie, en frictions, à la dose de 10 à 30 gouttes, soit pure, soit mélangée avec une ou deux parties d'huile d'amande douce, d'huile d'olive, d'essence de térébenthine.
Action physiologique. — L'huile de coton est excessivement acre. Ses vapeurs suffisent pour produire une irritation de la pitui taire et de la conjonctive, et quelquefois une inflammation érysipélateuse plus ou moins grave. Ingérée à dose médicinale, elle laisse dans l'arrière-bouche un sentiment de chaleur, d'âcreté, qui dure longtemps. Son action sur l'estomac est moins énergique, bien qu'elle amène quelquefois des vomissements; elle détermine d'ordinaire seulement une sensation de chaleur. Son effet se fait surtout sentir sur l'intestin grêle; elle occasionne de vives coliques, une diarrhée aqueuse parfois très abondante, accompagnée de cuisson à la marge de l'anus. On constate quelquefois une supersécrétion urinaire. A plus forte dose, il survient des accidents toxiques très graves. Appliquée sur la peau (10 à 30 gouttes), elle l'irrite et produit une éruption spéciale des vésicules, qui, au bout de quelques jours, laissent suinter un liquide jaunâtre; le nombre des vésicules est d'ailleurs variable et dépend de l'étendue de la surface frictionnée.
Usages. — L'huile de croton est un drastique précieux, mais dont on ne doit faire usage que quand il est nécessaire et difficile d'obtenir des évacuations alvines. Les cas où on la fait intervenir sont, par suite, peu nombreux; nous citerons : la colique de plomb, le volvulus, l'invagination, l'étranglement herniaire, l'hydropisie ; pour conjurer une hémorrhagie cérébrale. A l'extérieur, c'est un révulsif puissant qu'on peut utiliser dans certains cas où il y a indication pour les vésicatoires; c'est surtout contre les affections du larynx et du thorax (laryngite subaiguë ou chronique, bronchite) qu'elle a donné les meilleurs résultats. On l'a également indiquée dans les névralgies, les rhumatismes. Il ne faut jamais oublier que l'huile de croton est un médicament dangereux, et qu'on ne saurait apporter trop de circonspection dans son emploi.
CROTON ÉLEUTÉRIE. Croton eleuteria Benn. Euphorbiacées.
Description (flg. 97). — Arbrisseau de 6-15 décimètres de haut. Feuilles ovales, lancéolées, longuement acuminées, arrondies ou légèrement cordées à la base, finement dentelées, couvertes en dessus et surtout en dessous d'écaillés argentées. Fleurs unisexuées, disposées en grappes d'épis axillaires, ou terminales, les mâles et les femelles sur le même axe. Mâles : calice double à cinq divisions ; pétales grands. Étamines 12 à 20. Femelles : calice double. Ovaire à trois cotes, surmonté par un style à trois branches, bipartites. Fruit à trois coques, petit, oblong, arrondi, gris ou argenté. £•
236 CROTON ÉLEUTÉRIE
Habitat. — 11 croît dans les îles d'Andros, Longue, Éleuthère, à la Nouvelle- Providence.
Partie usitée. — L'écorce, connue sous le nom de cascàrille officinale ou vraie (chacrille, écorce éleuthérienne, cascàrille de
Fig. 97. — Groton éleutérie.
Bahama, quinquina aromatique). Le nom de cascàrille dérive de cascarilla, petite écorce, en espagnol. Elle se présente en petits fragments de 3-5 centimètres de long, de la grosseur du doigt ou d'une plume à écrire ; sa surface extérieure, fendillée transversalement, quelquefois couverte de petits lichens, et d'un gris cendré, est d'un jaune fauve à l'intérieur. La cassure est résineuse, finement rayonnée, la saveur acre et amère, l'odeur très aromatique et se développant surtout quand on la brûle. Une autre espèce, le Croton cascarilla L.x a fourni autrefois beaucoup de cascàrille; mais les quantités que Ton trouve aujourd'hui dans le commerce européen sont insignifiantes. Les Croton glabellus L., C. lineare
CUCUMÈRE COLOQUINTE 237
Jacq., C. flaveus L., C. lucidum L., donnent des cascarilles de qualité inférieure.
Composition chimique. — L'écorce de cascarille contient : principe amer, résine soluble dans l'alcool, gomme, acide benzoîque, cascarilline, huile essentielle. La cascarilline est une substance alcaloïdique, cristalline, peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool. L'huile essentielle est verte, d'odeur forte, de saveur aromatique et amère, pesant spécifiquement 0,938.
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 1 à 4 grain, dans les premières cuillerées de potage. 2° Infusion, pp. 8 : 1000. 3° Teinture, 2 gram. A0 Extrait, 2 gram. Cette écorce fait partie de Télixir antiseptique de Chaussier.
Action physiologique. — L'huile essentielle et le principe amer rendent compte de l'action physiologique de la cascarille et permettent de classer cette écorce dans la catégorie des amers aromatiques. L'huile essentielle est un excitant du système nerveux et réveille la sécrétion du suc gastrique.
Usages. — On prescrit l'écorce de cascarille dans l'atonie du tube digestif. Elle arrête, dit-on, les vomissements, et favorise la sécrétion du lait. On l'a recommandée dans la diarrhée ancienne, la diarrhée atonique des enfants, dans les catarrhes pulmonaires, les hémorrhagies passives, et comme anthelminthique. A une certaine époque, on a voulu faire de la cascarille une rivale de l'écorce de quinquina ; elle est loin d'avoir justifié la haute opinion qu'on avait conçue d'eHe ; ce serait tout au plus un adjuvant du quinquina. Les fumeurs la mâchent pour enlever l'odeur que le tabac communique à l'haleine, ou bien ils mélangent sa poudre au tabac à cause de l'odeur spéciale qu'elle manifeste en brûlant.
CUBÈBE. — Voy. Poivre cubèbe.
CUCUMÈRE COLOQUINTE. Cucumis colocynthis L., Citrullus colocynthis Schrad. Coloquinte. (KoXoxuvWç, de xotXia, ventre, et xtveîv, remuer.) Cucurbitacées.
Description (fig. 98). — Tige herbacée, courbée, s'élevant sur les corps voisins à l'aide de vrilles extra-axillaires courtes, cylindrique, couverte de poils rudes, charnue et cassante. Feuilles alternes, pétiolées, réniformes, aiguës à cinq lobes, celui du milieu plus prononcé, dentées, pubescentes, rudes sur les nervures. Fleurs monoïques, solitaires, extra-axillaires. Mâles : calice campanule, à cinq lanières étroites, subulées, libres, hérissé de poils blancs et rudes. Corolle jaune orangé, adhérente par sa base avec le calice, campanulée, ouverte, à cinq lobes ovales, aigus. Étamines B, soudées 2 par 2, la cinquième libre. Anthères uniloculaires, en S, rapprochées en cône. Femelles, présentant un calice et une
CUCUMÈRE COLOQUINTE
corolle semblables aux mâles. Ovaire infère, ovoïde, en massue, monoloculaire ; ovules nombreux, attachés à un trophosperme à trois branches ; style trifide ; chaque division porte un stigmate bifide. Fruit globuleux, jaune, de la grosseur d'une orange, recouvert par une écorce dure, coriace, assez mince, à pulpe blanchespoDgieuse, dans laquelle on trouve des graines nombreuses, ovales, comprimées, blanches. ®.
Habitat. — Originaire de l'Orient et des îles de l'Archipel.
Culture. — L'Espagne, le Levant, le nord de l'Afrique, fournissent la plus grande partie de la coloquinte que Ton trouve dans le commerce; mais elle s'est naturalisée en France, où on la cultive. On choisit, pour cela, une exposition chaude, une terre substantielle, et l'on y sème les graines sur place, ou mieux sur couche ; il faut arroser fréquemment pendant les chaleurs. Elle se ressème souvent d'ellemême.