LOURD
Honorer quelqu'un d'nn litre est une action qui ne suppose point une durée, mais qui n'indique qu'un acte particulier fait dans un point de la durée; quand était le mot propre, et il parait que Racine l'a senti. Mais arracher quelqu'un du sein de ^a patrie, le traîner dans un climat barbare, est une action qui suppose une durée de temps, une longue suite d'efiforts, et Racine a employé lorsque pour marquer cette durée. Substituez ici quand à lorsque, et lorsque à quand, et vous sentirez que l'expression n'est plus conforme à l'idée, et que par conséquent Racine, loin d'avoir confondu ici ces expressions, les a employées avec choix , et d'une manière conforme à la différence que nous leur assignons. (L.) LOUANGE. V. Éloge.
LOUANGES. V. Applaudissements.
LOUANGEUR, LAUDATIF, LOUEUR. Louangeur est substantif et adjectif: substantif, il ne se dit que des personnes et il est synonyme de loueur; adjectif, il se dit aussi des choses et il est synonyme de laudatif. Dans les deux cas il signifie proprement qui donne des louanges, qui loue ou«qui a loué réellement et à une époque précise. Laudatif, est un adjectif peu usité; et il ne se dit que d'un genre littéraire, des écrits et des discours qui de leur nature sont propres à louer ( 4î, page 12 ).
Loueur est substantif et signifie aussi qui loue, qui fait l'action de louer; mais ce mot exprime simplement le fait et ne se prend pas toujours en mauvaise part : La Fontaine a dit loueur modeste. Le substantif louangeur désigne l'homme qui a l'habitude de donner des louanges et qui les donne sans dicememeut, à tort et à travers, sottement, et comme pour satisfaire le besoin qu'il a de louanger. LOUCHE (SENS). V. Ambiguïté.
LOUER, AFFERMER. V. Affet^mer.
LOUER, VANTER. V. Vanter.
LOUEUR. V. Louangeur.
LOURD, PESANT. On peut comparer ces mots en les prenant tous deux dans le sens propre ou dans le sens figuré. — Dans le premier sens, tout corps est pesant, parce que là pesanteur est la tendance générale des corps vers le centre de la terre ; mais on ne peut appeler lourds que ceux qui ont une pesanteur considérable, relativement ou à leur masse ou à la force qu'on y oppose. Le léger n'est l'opposé que du lourd, et ce n'est que par extension que quelquefois on l'oppose au pesant. Difi'érents hommes porteront des charges plus ou moins pe^ santés y à raison de la différence de leurs forces; mais un homme faible trouvera trop lourd un fardeau qui ne parait à un homme vigoureux qu'une charge légère. — Dans le sens figuré, et quand il s'agit de l'espiit, il me semble que le mot de lourd enchérit encore sur celui de pesant; que Vespvïi pesant conçoit avec peine, avance lentement, et fait peu de progrès ; el que l'esprit lourd hq conçoit rien, n'avance point, et ne fait aucun pu-ijrès. (B.)
346 SYKONYMBS FRANÇAIS.
LOURD, LOURDAUD. Qui manque de légèreté (au flgorô), de grâce, etc. - L'adjectif lourd se dij figurément en parlant de 1 espnt, et signifie qui manque de facilité, de promptitude, de finesse, de grâce : « Cest un homme lourd, un esprit lourd i^, (Acad.) Lourdaud a seulement rapport au maintien, aux manières; il signifie grossier ei maladroit, et s'emploie toujours comme substantif : « Un lourdaud oe
village »« (Acad.) . .
LOYAL, FRANC. Franc est pris ici dans le sens de droit, ouven, sincère, qui dit sans détour ce qu'il pense. On dit un homme fraru:» une âme franche, un cœur franc, une conduite franche, un caraoere franc, etc. — Loyal vient de loi. Il se disait dans le langage féodal, pour désigner un vassal fidèle aux lois qu'il avait juré d'observer envers son seigneur. Il se dit aujourd'hui de la fidélité avec laquelle on observe toutes les lois de la probité et de l'honneur. On dit ordinairement franc et loyal: ce qui indique que loyal dit plus que franc. -- On est surtout franc dans le discours; on est surtout loyal dans la conduite. L'homme franc dit sans détour ce qu'il pense; il convient de la vérité, même lorsqu'elle peut lui nuire; il se met au-dessus, n s'affranchit de tout ce qui peut l'engager à dissimuler la vérité, à l'affaiblir, à la déguiser.' L'homme loyal, sincèrement attaché à \ous les devoirs de la justice, de l'équité, de la société, fait ouvertement, sans gêne et sans dissimulation, tout fie qu'exigent ces devoirs, et les remplit tous exactement (L.)
LUCRE. V. Gain.
LUEUR. V. Lumière.
LUIRE, RELUIRE. Reluire, c'est luire en réfléchissant la lumière (5, page 3). Au figuré, dans le sens de briller, paraître avec éclat, reluire exprime une idée de reflet : « Le courage doux et paisible relwt dans ses yeux ». (Fénelon.) Quelquefois il est simplement augmentatif.
Quoique luire se dise nécessairement de corps lumineux par eux-
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et les cuirasses ». (Acad.)
LUMIÈRE. LDEOR, CLARTÉ, ÉCLAT, SPLENDEUR. U /««'«* est ce au moyen de quoi les objets sont visibles, ce qui fait le jour,» lait que nous voyons. Les autres mots n'exnrimpnt nne desm<»*'
?^u M*,/?* gradations de la lumière. Ainsi la lueur est une /ww"* n^™ et légère; la clarté, une lumière assez vive et plus on mow»
Cnll,, ^1"':; T ^T'^"^ ^"^"^^^^ "^^ «"'e vive c/ar«f,- la spl«»^' W fe^ v*î* .^"^'^^.et 1« plus vit Mat. - U lumière faitwiri.l» ti^m^ntT «"P'^»»te°»ent et confusément; la clarté fait «irdf ^ta ?uê/al •^'"*î?*' ^'^'"" ^'^» '«' facilement et parfaitement, ouwmr longtemps; la splendeur fait voir tout IVWa/ de la à^
UAGNIFJQUE. 3Z|7
et a^vec tant d'éclat que les yeux en sont éblouis. — La lumière est en opposition avec les ténèbres. La lueur perce à travers ces mômes ténèbres. La clarté dissipe Tobscurité. Véclat chasse les ombres. La splendeur est toute lumière, — Dans Tusage figuré de ces termes, oa observera les mômes différences et la même gradation. (R.)
LUNATIQUE. V. Maniaque.
LUSTRE. V. Éclat,
LUXE, FASTE, SOMPTUOSITÉ, MAGNIFICENCE. Ces mots dé signent de grandes, grosses ou fortes dépenses; le luxe^ une dépense excessive, désordonnée; le faste, une dépense d'apparat, d'éclat; la somptuosité, une dépense extraordinaire, généreuse; la magnificence^ une dépense dans le grand et le beau. — Le luxe est malheureusement de tous les états; il y en a jusque chez le bas peuple; il se glisse dans les genres de dépenses les plus communes. Le faste ne se trouve proprement que chez les riches, dans leurs bâtiments, dans leurs meubles,, dans leurs habillements, dans leurs équipages et leurs trains. La somp^ tuosité concerne proprement les festins, les édifices, les monuments, les choses d'éclat : il est peu d'hommes assez opulents pour étaler en tout genre une somptuosité habituelle. La magnificence ne sied qu'aux grands qui, aux moyens de faire des dépenses extraordinaires, joignent des titres pour les rendre éclatantes, mais par un usage bien entendu,. qui les fait estimer, honorer et glorifier, en rendant leur magnificence aussi utile qu'agréable au public. ( R.)
MACHINATION. V. Manigance.
MACHINER. V. Ourdir.
MACHINISTE. V. Mécanicien.
MAGICIEN , SORCIER. On donnait autrefois ces noms à des impos-^ tenrs qui abusaient de la crédulité du peuple pour lui faire croire que, par le moyen de quelque génie ou démon avec lequel ils étaient en lommerce, ils pouvaient intervertir l'ordre de la nature.— Le premier ne désignait que ceux qui se disaient en relation avec des esprits bienfaisants; et le second, de ceux qui se disaient en commerce avec des esprits malfaisants. (L.)
Magicien se dit encore, par extension, de celui qui, dans un art, a le talent de produire beaucoup de surprise ou de plaisir : « Ce faiseur de tours, ce décorateur, ce peintre est un vrai magicien ». ( Acad.)
MAGNANIMITÉ. V. Grandeur d'âme.
MAGNWIGENCE. V. Luxe.
MAGNIFIQUE, SOMPTUEUX, SPLENDIDE. ifa^ni/î^MC désigne tout ce qui donne une idée de grandeur et d'opulence. Un homme est magnifique^ lorsqu'il nous offre en lui-même et dans tout ce qui Tinté-
3à8 SYNONYMES FRANÇAIS.
resse, un spectacle de dépense, de libéralité et de richesse, que sa figure •et ses actions ne déparent point. Magnifique se dit aussi des choses. Une entrée est magnifique, lorsqu'on a pourvu à tout ce qui peut lui donner un grand éclat par le choix des chevaux, des voitures, des vêtements et de tout ce qui tient au cortège. Une parure est magnifique^ lorsqu'elle brille par la richesse. — Somptueux se dit de ce qui annonce avec éclat une grande dépense. — Ce qui est spendide relève la beauté de ce qui est magnifique et somptueux, — L'idée d'une grande l)eauté est le caractère de ce qui est magnifique; l'idée d'une grande •dépense, celui de ce qui est somptueux; l'idée d'un grand éclat, celui •de ce qui est spiendide. (L.)
MAIGUET, MAIGRELET. GRASSET, GRASSOUILLET. Maigret el ^grasset sont des diminutifs de maigre ei de gras (57, page 18) ; maigrelet et grassouillet le sont de maigret et de grasset, moins toutefois •en ce qu'ils annoncent la qualité à un moindre degré, que parce qu'ils se disent des enfants et des jeunes personnes.
MAIGKIR, AMAIGRIR. Maigrir, c'est devenir maigre rapidement ; « II maigrit à vue d'oeil ». ( Acad.) Amaigrir , c'est littéralement arriver à maigrir, aller à la maigreur (10, page 5 ) : il signifie maigrir peu à peu: « Le jeùue amaigrit ». (Id.) Il faut remarquer en outre que maigrir est toujours un verbe neutre, tandis qu'amaigrir s'emploie le plus souvent comme verbe actif : « Le travail l'a beaucoup amat- ^rîn. (Id.)
MAINT, PLUSIEURS. Maint signifie plusieurs : mais plusieurs marque purement et simplement la pluralité, le nombre; tandis que maint réduit la pluralité à une sorte d'unité, comme si les objets formaient ane exception, un tout séparé du reste, un corps à part. Quiconque sent la force et l'ntilité des mots collectifs doit regretter et recommander celui-là. Il n'y a personne qui ne trouve une différence sensible entre ces deux phrases : Tout homme est sujet à erreur; tous les hommes sont sujets à Perreur, Tout désigne la qualité propre de l'espèce, de l'humanité : tous ne désigne qu'une qualité commune aux individus, à la généralité. La locution maint auteur semble annoncer jun nombre d'auteurs qui forment une sorte de classe, et comme s'ils faisaient cause commune : plusieurs n'annonce que le nombre, sans •désigner aucun rapport particulier entre eux , si ce n'est qu'ils ont la même opinion, la même marche, le même titre, queliue chose de semblable. — Maint a le privilège rare de se répéter et d'exprimer par sa répétition un assez grand nombre. On dit maint et maint, comme tant •et tant. Ces sortes de licences contribuent beaucoup à donner aux langues des formes distinctives qui les rendent intraduisibles q^jant à la grâce et au génie; et par là elles ont quelque chose de précieux. (R.) MAINTENANT. V. A présent.
MAINTENIR, SOUTENIR. Maintenir, c'est à la lettre, tenir la main : sovi^nir, c'ast tenir une chose par dessous ou en dessous (14, page 5),