‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 115 sur 163 · OBLIGER · texte numérisé non relu

OBLIGER

Ainsi l'obligation lie, engage : la contrainte moleste, contrarie : la force , emporte, entradne : la violence maltraite, outrage. L'obligation empêche on entraîne la liberté ; la contrainte la tourmente ; la force Tôte ; la violence la yiole, si on me permet de le dire. — Obliger est un acte de pouvoir, qui impose un devoir ou une nécessité. Contraindre est un acte de persécution ou d'obsession, qui arrache plutôt qu'il n'obtient un consentement. Forcer est un acte de puissance et de vigueur, qui, par son énergie, détruit celle d'une volonté opposée. Violenter est un acte d^emportement ou de brutalité, qui emploie le droit et les ressources du plus fort à dompter une volonté rebelle et opiniâtre. — Les préceptes de TÉvangile obligent, dès qu'on est chrétien, mais sans contraindre; car on est libre d'obéir ou de ne pas obéir. Les persécutions d'un importun vous contraignent quelquefois, mais sans vous forcer; car vous pouviez y résister encore. Une puissance irrésistible qui vient sur nous quand nous suivons la direction opposée, nous force à reculer sans nous violenter; car il est naturel que nous nous déterminions, sans attendre la violence, à renoncer à ce que nous ne pouvons pas faire. Un maître inique et absolu qui vous ordonne une chose honteuse ou injuste, vous violentera pour vaincre, par de mauvais traitements, votre résistance, et vous mener au crime malgré vos efforts. — On s'oblige soi-même, quand on s'engage. On se contraint, quand on se gêne fort. On s'eiforce plutôt qu'on ne se force, dans ce qu'on fait avec répugnance. On ne se violente pas; car on ne peut pas vouloir efficacement et faire tout ensemble des choses contraires. (R.)

OBLIGER A, OBLIGER DE. CONTRAINDRE A, CONTRAINDRE DE. FORCER A , FORGER DE. Dans ces locutions la préposition à présente Vexécution de la chose comme un but qu'il y a obligation d'atteindre, mais sans aucun rapport déterminé de temps. La préposition de marque détermination de l'action, avec rapport à un temps présent ou trèsprochain (75, page 27). On dit môme au passé, avec la préposition de plutôt qu'avec à : a Alors on m'obligea, on me contraignit, on me força de faire telle chose ». L'obligation est de tout temps ou dans un avenir indéterminé pour celui qui est obligé à faire quelque chose; elle est actuelle, elle a été dans tel moment ou elle sera bientôt pour celui qui est obligé de faire.

« Ainsi la religion oblige le diffamateur à réparer l'honneur de son prochain aux dépens du sicu propre; c'est un devoir qu'il doit remplir : mais la justice l'oblige, par une condamnation, de faire à sa partie réparation d'honneur; c'est une peine qu'il subit. L'ambition force le courtisan à ramper, il faudra qu'il rampe : quand il rampe, elle le force de ramper. Ainsi parlent nos bons écrivains, comme dans les phrases suivantes : La prévoyance oblige à faire des épargnes : les impics forcent la Providence à les punir : la valeur contraint la fortune à se déclarer pour elle ; et tout au contraire, votre vainqueur

TOUS contraint de fuir : la mauvaise conduite de yotie ami tous force dé l'abandonner ; de petites pertes obligèrent Alexandre de séparer ses troupes. Aussi dit-on à plutôt c[ue de lorsqu'il ne s'agit que d'une obligation morale et générale à remplir dans l'occasion; au lieu qu'on dit bien plutôt de que à, lorsqu'il s'agit d'une nécessité physique et présente dans le temps de l'exécution. Je ne sais même, disait Boubonxs, si, quand obligé emporte une obligation étroite de conscience, à ne serait point mieux que de. Oui certes, lorsqu'on ne parle que d*Qoe loi y d'une règle, d'une autorité qui vous impose un devoir ou une nécessité^ abstraction faite de la circonstance du temps. Mais dans la circonstance du temps, on est obligé par une force «Tagir ainsi. La charité vous oblige à pardonner, lorsque vous serez offensé : vous êtes obligé de, dans, le cas précis de l'offense. » (B.)

Remarquons eu outre que l'on dit plutôt à lorsque le verbe est à l'actif, et de lorsqu'il est au passif : Vous vous obligez à faire nne ekose, et vous êtes obligé de la faire.

OBLIGER, ENGAGER. Obliger dit quelque cbose de plus fort: engager dit quelque chose de plus gracieux. On nous oblige à faire une chose, en nous en imposant le devoir ou la nécessité. On nous y engage par des promesses ou par de bonnes manières. — Les bienséances obligent souvent ceux qui vivent dans le grand monde à des corvées qui ne sont point de leur goût. La complaisance engage quelquefois dans de mauvaises affaires ceux qui ne choisissent pas asseï bien leurs compagnies. (G.)

OBREPTIGE. V. Subreptice.

OBSCUR, SOMBRE, TÉNÉBREUX. Obscur, faute de clarté, de manière que les objets sont au moins plus difficiles à voir ou à distinguer. Sombre, faute de jour, de manière que la lumière éclaire moins les objets que les ombres ne les effacent. Ténébreux, faute de tonte lumière, de manière qu'on ne voit rien, on ne voit pas. — On lieu est obscur, qui n'est pas assez éclairé. Un bois est sombre, dont l'épaisseur, interceptant le jour, n*y laisse pénétrer qu'une faible et triste lumière. L'enfer est ténébreux, ou, s'il s'y élève quelque sombre lueur elle ne sert qu'à rendre les ténèbres visibles et plus affreuses. — Des nuages épais et la fuite du jour rendent le temps obscur : des nuées sombres et Tappareil de la nuit le rendent sonore : la nuit, la nuit parfaite le rend ténébreux, Vobscurité inspire des pensées et des sentiments différents^ selon ses degrés et ses modifications. Le sombre inspire la tristesse et la crainte. Les ténèbres inspirent Thorreur et l'e!froi. — Au figuré, un homme est obscur, qui n'est pas connu, qui est confondu dans la foule, qu'on ne remarque pas. Sa vie .est obscure, si elle est cachée, inconnue, sans éclat, sans appareil. Dans tous ces cas, Vobscurité empêche de connaître, de remarquer, de distinguer. U en est de même de Vobscurité des temps, du passé, de l'avenir, où l'on voit rien de clair. — S<mbre ne se dit figurément que de Tair du

OBSTACLE. 39d

Tisage, de lliumear, de l'esprit des personnes, des pensées^ etc. (Voir sombre, fnome.) — Ténébreux se dit des actions, des projets, dés entre* prises odieuses et secrètes, enveloppées de voiles impénétrables. (R.)

OBSCURCIR, y. Offïtsquer,

OBSCURITÉ. V. Ténèbres.

OBSÉDER. V. Assiéger (au figuré).

OBSÈQUES. V. Funérailles,

OBSERVANCE, OBSERVATION. Action d'observer ce qui est prescrit par une loi, par un règlement. — Observance n'est usité qu'en matière de religion : observation se dit dans tous les cas, môme en matière religieuse : « L'observation des commandements de Dieu ». ( Acad.) Mais par rapport aux choses de la religion, observance se dit de la pratique constante, entière, absolue de la loi ou de la règle; et observation se dit d*un acte particulier, d'une action conforme à tel ou tel article du règlement ou de la loi. En effet la terminaison ance désigne fêtât permanent des choses, et la terminaison ton marque Taction et facte (26 et 20, pages 8 et 7).

OBSERVATIONS. V. Notes

OBSERVER, GARDER, ACCOMPLIR. Ces termes sont synonymes dans le sens de faire, suivre, exécuter ce qui est prescrit par un com« mandement, une règle, une loi. — Le sens propre ^'observer est d'avoir sous les yeux, de donner son attention à. Le sens propre de garder est de tenir sous sa garde, de veiller sur, d'avoir toujours ses regards sur l'objet pour le conserver, le maintenir, le défendre. Le sens propre d'accomplir est celui d^achever de remplir, de compléter, de consommer. — Vous observez la loi par votre attention à exécuter ce qu'elle prescrit : vous la gardez par le soin continuel de veiller à ce qu'elle ne soit violée en aucun point : vous l'accomplissez par votre exaotitude à remplir entièrement et finalement tout ce qu'elle ordonnait. — Observer marque proprement la fidélité à son devoir; garder, la persévérance et la continuité; accomplir, la perfection ou la consommation de l'œuvre. -^ Vous observez un commandement et un autre. Par votre constance à observer les commandements de Dieu et de rÉglise, vous les gardez. Par l'observation plénière de ces com* mandements, vous accomplissez la loi. (R.)

OBSERVER, REMARQUER. V. Remarquer.

OBSTACLE, EMPÊCHEMENT. Obstacle signifie ce qui est, ce qui reste devant : ob, devant; stare, être arrêté, rester. Empêchement signifie, & la lettre, ce qui embarrasse, entortille, gène les pieds : pes, pied; et en, dans, entre. Mais empêcher se dit, dans un sens étendu, de tout ce qui gène, embarrasse, retient. — L'obstacle est devant vous, il vous arrête : Vempêchement est çà et là autour de vous, il vous retient. Pour avancer, il faut surmonter, aplanir l'obstacle : pour aller librement, il faut êler l'empêchement, le lever. — Vobstacle a quelque chose de grand, d'élevé, de résistant: et c'est pourquoi il

39A STNOlfTHES FRANÇAIS.

fant le TaiDcre , le surmonter, le renverser; il faut encore le détrain on passer par-dessns. V empêchement a qnelqne chose de gênant, d'incommode, d'embarrassant; et c'est poniqucn il fantTôter, le lever, ou s'en débarrasser : c'est un lien à rompre.— L'oMocfo se tronye surtout dans les grandes entreprises et avec de grandes difficultés : Vem^ péchement dans les actions ordinaires et avec des difficultés ordinaires. Les obstacles allument le courage; les empêchements l'impatientent. — Celui qui craint les difficultés voit partout des obstacles. Celui qui manque de bonne volonté a toujours des empêchements. (R.)

OBSTINÉ. V. Têtu.

OCG A SION, OCCURRENCE, CONJONCTURE, CAS, CIRCONSTANCE, «r Occasion se dit pour l'arrivée de quelque chose de nouveau, soit que cela se présente ou qu*on le cherche, et dans un sens assez indéterminé pour le temps comme pour l'objet. Occurrence se dit uniquement pour ce qui arrive sans qu'on le cherche, et avec un rapport fixé au temps présent. Conjoncture sert à marquer la situation qui provient d'un concours d'événements, d'affaires, ou d'intérêt. Cas s'emploie pour indiquer le fond de l'affaire, avec un rapport singulier à l'espèce et à la particularité de la chose. Circonstance ne porte que l'idée d'un accompagnement, ou d'une chose accessoire à une antre qui est la principale. — On connaît les gens dans Voccasion. Il faut se comp(»rter selon Yoccurrence des temps. Ce sont ordinairement les conjonctures qui déterminent au parti qu'on prend. Quelques politiques prétendent qu'il y a des cas où la raison défend de consulter la vertu. La diversité des circonstances fait que le même homme pense différemment sur la même chose. » (G.)

« Circonstance signifie, à la lettre, l'état ù'être autour, de circum eistare; et conjoncture, la disposition à se joindre avec une chose, de cum et jungere. La circonstance est donc ce qui environne ou accompagne la chose : la conjoncture, ce qui a du rapport avec elle on de l'influence sur elle. — La conjoncture et la circonstance sont à la chose comme deux cercles concentriques à un point donné : la circo»stance est le cercle renfermé dans la conjoncture. La conjoncture influe de loin sur l'événement : la circonstance touche, pour ainsi dire, à l'action. La conjoncture est un ordre de choses , une disposition de circonstances générales les moins prochaines, favorables ou contraires à la chose : la circonstance , distinguée de la conjoncture, est une disposition particulière d'une chose qui favorise ou contrarie actuellement le succès. Les conjonctures sont disposées avant l'action et indépendamment de Faction; les circonstances sont avec l'action même. Il est difficile que le système ou l'ensemble des conjonctures change; mais il arrive sans cesse des changements dans les circonstances. La cireonstance est une particularité de la conjoncture ». ( R. )

L'occurrence, du latin occurrere, survenir, arriver par accident, est im fait inattendu 9 un événement fortuit, ou un dénoûment jusqu'alors

Page 1