PASSER
« Les fleurs et les fruits passent, ils n'ont qu'une saison : les fleurs •et les fruits se passent, lorsqu'ils se fanent ou se flétrissent.
« Les couleurs passent, elles n'ont qu'une certaine durée : elles se passent dès qu'elles commencent à s'effacer ou à perdre leur lustre, •i^'est ainsi que la beauté passe et se passe, »
« Les modes passent, leur nature est de changer : dès qu'elles commencent à se passer, elles sont passées. »
« Ces distinctions sont palpables. Ainsi quoiqu'il soit vrai que passer et se passer s'appliquent souvent aux mêmes objets^ il ne suffit pas de dire qu'il y a plusieurs endroits où l'on peut mettre indifféremment l'nn et l'autre^ mais que néanmoius l'un est quelquefois plus propre et plus élégant que l'autre. L'un et l'autre expriment des idées différentes ; et si l'un est propre dans un cas^ l'autre ne saurait l'être. »
« Bouhours observe que s'il s'agissait^ par exemple^ de la beauté en général, on dirait ia beauté passe; mais que s'il s'agit d'une belle personne qui commence à vieillir, on dira plus proprement et plus élégamment, sa beauté se passe. La raison en est que la proposition g-jnérale présente les qualités ou la fin commune aux objets de la même espèce; et que dans les cas particuliers, on considère plutôt le changement ou la révolution opérée, dans les objets individuels. C'est le «ort de la beauté en général que de passer; mais l'événement parti- <ïalier à telle beauté, c'est de se passer par des altérations succès* sives. »
« Les maux passent, et votre mal se passe. Le temps passe ^ et le temps de semer ou de recueillir se passe. Le goût du monde passe, et votre goût pour e monde se passe à mesure que vous en essuyez plus ÛB dégoûts.»
« Comme le mot passer n'a trait qu'à la durée et à sa fin , on s'en sert particulièrement pour marquer le peu de durée des choses. Comme 1^ verbe se passer désigne particulièrement une action ou une révolution, il sert particulièrement à indiquer un rapport à l'emploi des choses. Ainsi quand on parle du temps, seulement pour exprimer la rapidité avec laquelle il s'échappe, on dit le temps passe, les jours passent, les années passent; mais quand on parle du temps avec rapport à l'usage que nous en faisons, on dit qu'il se passe. »
« Le temps passe sans que nous nous en apercevions : il se passe sans que nous en profitions. »
c La vie passe; et elle se passe à perdre la plus grande partie du
temps. »
20 a Voyons quelques autres verbes qui, de même , dans un sens neutre, désignent simplement la qualité, la destination, le résultat ou l'événement; tandis qu'avec la forme réciproque, ils indiquent une succession d'efforts, de changements, de progrès, jusque vers le terme de l'événement final. »
«Celui qui pâme, tombe en défaillance : celui qni se pâme, se débat.
UiO SYNONYMES FRANÇAIS.
poar ainsi dire^ avant de tomber. Le premier verbe désigne le résultat, et le second. la crise. On pâme de joie ainsi que de tristesse; la joie a, comme la tristesse, la propriété, la vertu de nous jeter dans un état de pâmoison. On se pâme à. force de rire ou à force de crier ; c'esV^-dire que des efforts ou des éclats successifs de cri ou de rire mènent par une progression d'effets jusqu^à la défaillance. »
8« «Les choses sujettes à devenir noires noircissent; le teint noirciY au soleil. Les choses se noircissent lorsqu'elles perdent de leur blancheur et qu'elles deviennent noires : le temps se noircit à mesure qu'il se couvre de nuages épais et sombres. Un objet pourrait noircir tout d'un coup; il ne se noircit que par degrés. »
40 « La viande pourrit, les confitures chancissent, le pain moisit^ etc.; ce sont des accidents que ces objets doivent éprouver ou même qu'ils éprouvent actuellement. La viande se pourrit , les confitures 4e cAoncissent, le pain se moisit; ces objets sont alors dans la crise ou fomentation qui produit la pourriture, la chancissure ou celte pelllcnle blanche qui se forme sur la surface, la moisissure ou cette efflorescence en mousse ou en duvet qui s'élève sur cette pellicule. »
S<> « Un homme meurt, qui rend le dernier soupir; un homme se meurt, qui se débat contre la mort. » (R.)
PASSER , SURPASSER , DÉPASSER. Excéder, être au-dessus de, avoir quelque chose de plus. Passer exprime simplement l'idée : dans surpasser la particule surajoute k passer une idée de supériorité pins remarquable ou plus fortement affirmée (15, page 5) ; surpasser ^ ce n'est pas seulement être ou s'élever au-dessus, c'est dominer, être supérienr de beaucoup. Du reste les deux verbes s'emploient dans des cas analogues; ainsi Ton dit, suivant que l'on veut exprimer l'idée avec plus ou moins de force : !<> Dans le sens d'aller au delà : « La dépense passe la recette ; cette dépense surpasse mes moyens ». (Acad.) 2» Dans le sens d'être plus haut, plus élevé : « Cet homme yons passe de toute la tète; il est plus grand que lui, il le surpasse de toute la tête ». (Id. ) S« Surmonter quelqu'un ou quelque chose : « S'il continue d'étudier, il pas sera tous les savants de son siècle. U les surpasse tous en science b. (Id.) 40 Excéder les facultés de Tesprit : « Gela jM»«ema capacité, moi intelligence. Cette science surpasse mon esprit». (Id.)
Surpasser signifie littéralement passer au-dessus, ^élever au-Aecsto; dépasser signifie aller plus loin, aller au delà, dans une direction quelconque, même vers le bas; ce que ne peut jamais signifier sur* passer, qui exprime toujours la supériorité. Ainsi, Tondit: a Le vêtement de dessous dépassait l'autre de trois doigts». (Acad.) Cette maison n'est pas dans l'alignement des autres, elle les dépasse d'uu décimètrai Dans ces phrases surpasser serait tout à fait impropre.
De même l'on dira très-bien : « La hauteur de cette maison dSe^DQ«se de beaucoup celle des maisons voisines ». (Acad.) Ici le y exhii dépasse exprhne simplement l'idée d'excédant; quant à Tidée de direction vers
l'AuvnE. Ml
un point supérieur, elle est exprimée par le mot hauteur : la hauteur surpasse ferait même une sorte de périssologie.
An figuré, dépasser signifie de même aller plus loin, et surpasser, aller ainiessus. Ce dernier dit plus que dépasser : un succès qui surpasse l'attente est- un succès encore plus grand que celui qui a dépassé l'attente, parce qu'il y ajoute quelque chose sur quoi Ton ne comp tait pas.
PASTEUR. V. Berger.
PATELIN , PATELINEUR. Celui qui tâche de faire venir les autre à ses fins par des manières souples et artificieuses.
a Le mot patelin marque, sans accessoire, la qualité, le défaut, le vice. Patelineur marque, par sa terminaison ( 40, page 13 ) , Taction de faire le patelin, l'acte de pateliner, l'habitude du patelinage. On est patelin par caractère, et par un caractère souple et artificieux : on est patelineur par le fait et par les manières propres ôxi patelin, » (R.)
PATHÉTIQUE. V. Touchant.
PATIENT. V. Endurant.
PATIS. V. Pacage.
PATOIS. V. Langage.
PATRE. V. Berger.
PATRIOTISME. V. Civisme.
PATURAGE , PATURE. V. Pacage.
PAUVRE, INDIGENT, NÉCESSITEUX, MENDIANT, GUEUX. Je ne suis point pauvre, disait un bon paysan qui n'avait pour tout bien que ses bras, et sur ses bras une famille,* mais à qui Ton offrait la charité, quand il demandait du travail. Il y a le pauvre qui demande du travail pour yiyre, et le pauvre qui demande Tanmône et qui en vit. Le premier est un homme pauvre; le second est ce qu'on appelle un pauvre, un mendiant, un gueux: pauvre de profession, il fait le métier de mendiant, et communément avec la livrée du gueux; il mendie, il gueuse. — Le pauvre a peu ; il est mal partagé, il manque de fortune, l/indigent n'a point de bien ; il éprouve le besoin, il pâtit. Le nécessiteux est dans les liens et les douleurs de la nécessité^ d'un besoin urgent, d'une détresse dont il ne peut se tirer. Le mendiant tend la main en demandant et pour recevoir la charité. — • Gueux signifie dépouillé, dénué de biens. Nous disons un gueux revêtu, par la raison que le propre du gueux est d'être nu, dénué, dépouillé : les guenilles sont l'équipage du gueux. Gueux est un mot injurieux ; et il indique au physique et au moral, un désordre, un dérèglement : vous appelez gueux un misérable, un fripon, un homme ?il, etc. Les gueux sont de vilains pauvres, des mendiants suspects, des fainéants vagabonds. — Le pauvre n'a qu'une existeoce précaire; il est exposé au besoin. Vindigent est dans le besoin; il éprouve de la souffrance. Le nécessiteux est dans une extrême détresse; il manque des nécessités de la yie. Le mendiant professe pour ainsi dire la misère; il va soilici-
Ai2 SYNONYMES FRANÇAIS.
tant la charité publique. Le gueux gueusant étale la nudité ou le dénuement de la misère; il mendie avec l'appareil le plus dégoûtant et le plus révoltant. (R.)
PAUVRETÉ, INDIGENCE, BESOIN, NÉCESSITÉ. La pavxreté^i une situation de fortune opposée à celle des ricliesses^ *dans laquelle on est privé des commodités de la vie, et dont on n'est pas toujours le maître de sortir; c'est pourquoi l'on dit que pauvreté n'est pas vice. Vindigence enchérit sur la pauvreté : on y manque des choses nécessaires; elle est, dans l'état de fortune, l'extrémité la plus basse, ayant à Tautre bout pour antagoniste, la superfluité que fournissent les biens immenses : il n'y a point d'homme qui ne puisse s'en tirer, ,i moins qu'il ne soit hors d'état de travailler. Le besoin et la nécessité ont moins de rapport à l'état et à la situation habituelle que les deux mots précédents : mais ils en ont davantage au secours qu'on attend ou au remède qu'on cherche; avec cette différence entre eux deux, j que le besoin semble moins pressant que la nécessité. (G.)
PAYE, PAYEMENT. Salaire, solde, action de payer. Les deux mots s'emploient dans ces divers sens, quoique payement indique plus spécialement Faction (19, page 6). Mais il y a cette différence que la paye est réglée, se fait à jour fixe, est une chose habituelle ; tandis que le payement est accidentel : « La. paye des soldats se faisait tous les huit jours. Exiger le payement d'une dette ». (Acad.)
Payement s'emploie aussi au figuré : « Le témoignage de la conscience est le seul payement qui jamais ne vous manque ». ( Montaigne]
PAYE, SOLDE, SALAIRE. Il ne faut pas définir la paye, ce qu'on d<Mine aux gens de guerre pour leur solde, comme si elle ne regardait que les soldats : on dit aussi la paye des ouvriers, quand on leur distribue tout à la fois les salaires qu'ils ont gagnés, dans un certain temps, par une suite de travaux. — Quoique la solde regarde, selon Fusage ordinaire, le soldat, il faut observer que soldat vient de solde, et non solde de soldat. Ainsi il y avait des soldes avant qu'il y eût des soldats; et Ton dit soudoyer, avoir, tenir à sa solde des agents, des espions, etc., engagés et payés pour d'autres genres de services. -- Le salaire concerne proprement l'ouvrier qui, pour gagner chaque jour sa vie, travaille pour autrui chaque jour. Mais ce mot s*spv^(fl^ aussi généralement à toute rétribution légitimement et rigoureusement 4ae pour tout genre de soin : ainsi Ton dit que toute peine mérite salain- — Paye désigne particulièrement l'action de payer, de distribuer, di délivrer actuellement la solde ou les salaires que l'on doit, selon les conventions qui ont été faites. Solde désigne surtout l'engagement par lequel on s*est mis au service et sous la puissance d'autrui pour ^ genre de service et avec la condition de la solde. Salaire désigne spécialement un droit et un besoin rigoureux dans celui aui le crame. (R)
PAYENS. V. Gentils. h 5 6
PAYER, ACQUITTER. Payer, c'est remplir la condition d'uD ©af